SOLS LA LIGUE
testant, enfin catholique et ligueur ar- i Neuil'i promit de ranger sous les drapeaux dent. etc. " <Je la Ligue tous les conseillers du parle-
Ces prêtres, vraies trompettes de sédi- ment; et le nommé Choulier, tous les tion, eurent la charae expresse de ne rion | clercs de cette cour. Rollatid s'engagea, néeliger dans leurs chaires ainsi que dans avec le secours de son frère, conseiller à la leurs" confessionnaux, de s isir toutes les i cour des monnaies, d'entraîner dans le occasions, de les f iire naître lors-qu'elles ne j parti tous les généraux et conseillers des s'offriraient jas d'elles-mêmes, poirexci- ' x.----- .
ter le peuples détester, à mépriser le roi, et pour le soulever contre les protestants de Paris. Ces ecdésiastiques s'acquittèrent avec zèle de ce double rôle.
On recruta, ensuite, dans le barreau un assez grand nombre de partisans, tels que lis présidents Lemaislre et Neuilli ; les nommés Caumont, Ménager. Louis d'Or- •pans, avocats: Cruce, La Chapelle, pro- Cireurs; La Morlière, notaire; Loachard, C)iimissaire, etc. Dans d'autres classes, on recueillit La Chapelle-Marteau, gendre du président Neuilli; Rolland, de Bar, Gilbert-Coeffier, sieur d'Effiat, etc. Tels furent à Paris les principaux agents de la faction des Guises, et les provocateurs des scènes tumultueuses et sanglantes qui, pendant neuf années, désolèrent cette ville déjà épuisée par des excès de tous genres.
Les conspirateurs commencèrent par se donner une organisation. Un comité de cinq, puis de dix personnes, fat chargé de diriger et d'exécuter les opérations : ce comité, pour échapper à la surveillance du gouvernement, changeait, chaque fois u'il se réunissait, le lieu de ses séances
monnaies. D'autres eurent la charge de f;nre des partisans à la Ligue parmi les serg'^nts à cheval et à verge, parmi leurs voisins et les habitants de leur quartier. Labruyère, lieutenant particulier, répondit de tous les conseillers du Chàtelet ; Crucé, des procureurs de cette cour, et de plus, d'une grande partie des professeurs et écoliers de l'Université: Michelet promit d'entraîner tous les mariniers et gens de rivière, tous mauvais garçons (1), et dont le nombre s'élevait à plus de cinq cents. Toussaint Poccart, potier d'étain, et un nommé Gilbert, charcutier, entraînèrent tous les bouchers, charcutiers de la ville et des faubourgs, dont le nombre passait quinze cents: et Louchard, commissaire, tous les marchands et courtiers de chevaux, dont on comptait à Paris six Cents et plus ^2 .
Ainsi, de proche en proche, la partie la plus active de la population de Paris fut engagée dans la Ligue. De la rapidité des progrès de ce recrutement on doit conclure que les hommes d'alors cédaient facilement à la séduction.
Aussitôt que la Ligue eut une organi-
n sait qu'elles se tenaient, alternative- sation complète à Paris, le duc de Guise
ment, dans les maisons des conjurés, à la Sorbonne, au collège de Fortet, qiy fut à cette occasion nommé le berceau de la Ligue, et dans le couvent des jésuites de la rue Saint-Antoine, etc.
Accroître le nombre des partisans de la Ligue en montrant aux hommes crédules
ordonna à ses agents, dans cette ville, d'aller ailleurs opérer une semblable organisation.
On avait disposé les choses de manière que la conspiration, avant d'éclater à Paris, put se manifester dans les villes de province. Au mois de mars de la même
la relision catholique en danser et leur ! année I080, on apprit qu'il se fai-ait des
Vie menacée par les protestants; en sedui «ant les hommes avides et ambitieux avec de largent ou des promisses de places ^minentes, ou bien en les épouvantant par la menace d'une ruine prochaine :
telles sont les princi|:ales manœuvres qu'employa le comité des ligueurs. Ils se distribuèrent le travail. La Chapelle-Marteau se chairgea d entraîner dans le parti de la Ligue tous les membres de la chambre des comptes; le président Lemaistre, tous ceux du parlement : Senaut, ihis les clercs du greffe; et un nommé Leleu, tous les huissiers de cjtte c )ur. Le président
levées de troupes en divers lieux, et que plusieurs places fortes étaient prises aa nom de la S tinte-Un on.
t En ce temps, dit l'Estoile, on com- « mença à découvrir l'entreprise de la « sainte Ligue, de laquelle ceux de la
(1) Cette qualification ét*it synonyme de celles de voleurs, assiissi-is.
(2) Hemarqufs sur la Sdtire àfénippée, t H, p. 75. — Histoire de PalnmCayer, t I. [>. 12.
— Procès- verbal de Nicol'js Poulain, — Journal de l Entoile, t II, p. 22y, tdlt. de 1744.
— Histoire de De Thou, liv. «6.
« maison de Guise, joints à ceux de la « maison de Lorraine, étoient les chefs, c secourus par le pape, par le roi d'Espa- « gne et par le duc de Savoie son gendre : € tigue pourpensée et inventée par défunt « Charles cardinal de Lorraine, voyant la « lignée des Valois proche de son période. « Le roi, averti de tous ces remuements, « et des levées de gens de guerre par le « duc de Guise, commença à se tenir sur « ses gardes, mais si négligemment, dit « l'Estoile, qu'on entra en fort grand « soupçon qu'il n'y eût entre lui et ceux « de Guise quelque intelligence se- « crête (1). » On saisit à Lagni un transport d'armes très considérable, que le cardinal de Guise envoyait à Paris. Les Guises s'étaient emparés des villes de Ghâlons, Toul, Verdun, Soissons, Dijon, etc. Le duc d'Aumale, cousin germain des Guises, tenta de prendre Boulogne, afin de faciliter l'entrée des troupes espagnoles qui devaient y débarquer : son projet, connu d'avance, fut déjoué. Il s'empara du faubourg d'Abbeville. Le roi dit, en apprenant ces mouvements séditieux : Si je laisse faire ces gens, je ne les aurai pas seulement pour compagnons, mais pour maîtres : il est temps d'y mettte ordre. Il les laissa faire : il n'y mit point ordre. Au contraire, loin de réprimer et de punir sévèrement de si graves attentats à son autorité, il eut la faiblesse d'accorder à ceux qui s'en étaient rendus coupables toutes ces villes prises, comme des garanties ou places de sûreté. Sa condescendance pour les ligueurs alla jusqu'à leur fournir des sommes considérables pour payer leurs troupes, et cent mille écus pour bâtir une citadelle à Verdun. Déplus, le 18 juillet 4 585, il révoqua, pour leur plaire, les édits de pacification faits en faveur des protestants.
Ces concessions étonnantes et insensées, provoquées par la mère de Henri III, Catherine de Médicis, qui, ne se lassant pas, même dans sa vieillesse, de faire le mal, sacrifiait à la faction des princes ligueurs les intérêts de la France et ceux de son propre fils, furent considérées comme un présage des succès de cette faction et de la chute des Valois.
Encouragés par l'impunité, par l'aveuglement et l'excessive faiblesse du roi, les
(1) Journal de Henri III^ t. I ; au 1er mars
chefs de la Ligue poursuivirent avec une nouvelle audace l'exécution de leur projet. Ils redoublèrent d'activité pour ruiner Henri III dans l'opinion publique; ils répandirent des libelles, firent afficher jusqu'aux portes du Louvre des placards où ce roi était indignement outragé.
Ils employèrent un autre moyen :
le 16 juillet 1586, ils portèrent ce prince à tenir un lit de justice au parlement pour obliger cette cour à enregistrer à la fois vingt-sept édits bursaux, qui excitèrent contre sa personne un mécontentement général. Les auteurs et les motifs de ces impôts, nommés édits guisarts, furent bientôt connus.
En 1 587, les membres du comité secret des ligueurs de Paris craignaient continuellement d'être découverts et punis avec sévérité : ils écrivaient souvent au duo de Guise pour l'engager à venir dans ■ celte ville y changer la face du gouvernement, et faire cesser leur état d'anxiété.
Le duc de Guise faisait des promesses et ne les tenait pas. Pressé par leurs importun i tés, il leur envoya son frère, le duc de Mayenne.
Ce duc vint offrir ses hommages à Henri III, l'assura de sa fidélité, et aussi-" ; tôt reçut secrètement à l'hôtel de Saint- i Denis, où il logeait, les principaux ligueurs i de Paris, qui lui remontrèrent le danger | qu'ils couraient en servant les intérêts de i son frère. Le duc de Mayenne en fut frappé, et conçut aussitôt le projet de faire lui-même ce que son frère tardait : tant à exécuter. Il arrêta avec les ligueurs un plan de conspiration, dont voici les principaux articles.
Les conjurés devaient pénétrer pendant la nuit dans les hôtels du chancelier, du , premier président du parlement et de plu- i sieurs autres magistrats de Paris, les égorger, puisse rendre maîtres des postes i les plus importants de cette ville : du grand et du petit Châtelet, de l'Arsenal, du Palais, du Temple et de l'Hôtel-de- Ville. Ils devaient ensuite assiéger le Louvre, tuer tous ceux qui se présenteraient pour défendre le roi, tendre les chaînes, et barricader les rues, afin de massacrer tous les suspects en matière de religion, et notamment tous les politiques: c'est ainsi que les ligueurs nommaient les bons Français qui n'étaient ni du parti protestant, ni de celui de la Ligue. Après ces expéditions sanguinaires, ils
devaient parcourir les rues en criant vive la messe (1 ) !
Nicolas Poulain, membre du comité secret, vint dévoiler à Henri III le plan des conjurés. Ce roi ordonna que les divers postes de Paris fussent garnis de troupes. Par cette précaution et plusieurs autres, il prouva aux ligueurs qu'il était instruit de leur complot : ils en furent effrayés. Le duc de Mayenne, averti que Henri III l'accusait d'en être le chef, se présenta devant ce roi, lui protesta de son innocence avec l'accent de la colère, et se retira de Paris après avoir rassuré les ligueurs, et leur avoir dit qu'il n'allait pas loin et qu'il volerait à leur secours en cas de danger (2).
Les ligueurs de Paris se dédommagèrent de ce mauvais succès en répandant des libelles et des placards contre le roi et les principaux magistrats.
Le duc de Mayenne imagine un autre projet ■. dans le faubourg Saint-Germain, il avait laisse, à son départ, divers corps de troupes qui lui étaient dévouées; il savait de plus qu'il pouvait compter sur un grand nombre de ligueurs à Paris.
Informé que Henri III devait dîner à l'abbaye et de là se rendre à la foire Saint-Germain, il conçut le projet d'y enlever ce roi : mais celui-ci, averti du complot, ne se rendit ni au dîner ni à la foire, et y envoya le duc d'Epernon, qui y fut in- , suite et' obligé de fuir précipitamment (3;.
Les ligueurs formèrent plusieurs autres projets contre la personne du roi : celui de s'en saisir dans l'église des Capucins, pendant qu'il y entendrait la messe, et celui de le surprendre à son retour de Vincennes, d'oii ordinairement il ne venait qu'accompagné de quelques domestiques. Ce dernier projet consistait à arrêter son carrosse, à tuer son cocher et les personnes de sa suite, et à crier : Sire, ce sont les huguenots qui vous veulent prendre! Le roi, effrayé, serait sorti de sa voiture : alors on l'aurait saisi et renferme dans une petite tour du couvent Saint- Antoine (4).
(1) Procès-verhal de Nicolas Poulain. — Journal de Henri III, tome II, page 240,241.
(2) Procès verbal de Nicolas Poulain. — Journal de Heurt III, t. II, p. 247.
(3) Procès-verbal de Nicolas Poulain. — Journal de Henri III, t. II, p. 247.
|4) Proces-verbal de Nicolas Poulain. -