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SOUS LA LIGUE

Le duc de Guise se plaignit aux ligueurs de Paris de Ces complots formés sans sa participation. Quelques mois après, lorsque Henri III quitta Paris pour aller au devant des reîtres, ce duc forma le projet d'engager les ligueurs à s'emparer de cette ville pendant l'absence du roi, tandis que lui se saisirait de sa personne en Champagne ; mais il y renonça, trouvant son exécution trop périlleuse.

Tous ces projets, dont le roi était averti par Nicolas Poulain, échouaient au moment d'être entrepris. Les ligueurs en étaient consternés, et ne savaient quel était le révélateur de leurs secrètes délibérations. Ils avaient la certitude que tous leurs projets étaient découverts; par conséquent ils en redoutaient à chaque instant la punition; mais Henri III, dégradé par la débauche, n'avait pas la force, de faire respecter son autorité. Il aurait pu facilement se saisir des membres du comité conspirateur : il était instruit du lieu et de l'heure de leur séance ; mais il redoutait les suites de cet acte de vigueur: il lai suffisait de préserver sa personne des attentats de ses ennemis.

Les ligueurs, rassurés de voir que tous leurs projets contre la personne du roi, quoique toujours déjoues, étaient toujours impunis, changèrent de marche ; ils cherchèrent à s'emparer de l'opinion publique, et à la soulever plus vigoureusement contre le roi. « Lors les ligueurs, dit Nicolas « Poulain, commencèrent à pratiquer le •c plus de peuple qu'ils purent, sous le « prétexte de h religion; et les prédica- « teurs se chargèrent en leurs sermons « de parler fort et ferme contre le roi, le « dénigrer envers le peuple plus qu'ils « n'avoient jamais fait; et ce, pour provo- « quer le roi à en prendre quelques-uns, « afin d'avoir sujet de s'élever contre « lui : ce qui advint enfin par la sédi- « tieuse prédication d'un des leurs à Saiut- « Severin, auquel ils firent vomir tant de « vilaines injures contre le roi, que Sa « Majesté fut contrainte de l'envoyer qué- « rirpour parler à lui {\). »

Le roi ordonna, le 2 septembre 1587, à Rapin, lieutenant du prévôt de l'hôtel, d'aller arrêter un théologien qui avait prè-

Journal de Henri III, t. II, p. 247, 248.

(1) Procès-verbal de Nicolas Poulain. —

Journal de Henrillf, tome II. png. 250, 251 .

16 niSTOIRE

cîié séditieusement à Saint -Gern^ainl'AuxeiTois. ainsi que les curés de S:iint- Severin et de Saint-Benoît. Bussi le-Clerc averti, vint avec sa compagnie s'embusquer dans la maison d'un notaire ligueur, appelé Nicolas Hatte, située près de Saint- Severin, pour s'opposer à l'arrestation du curé. Instruit de ce projet de résistance, le roi envoya chez ce notaire le lieutenant civil Séguier, qui s'y présenta, en fut repoussé, revint bientôt avec force sergents et commissaires, et n'obtint pas plus de succès. Le peuple s'attroupa ; et quelques hommes crièrent dans la rue Saint-Jacques : Aux armes! mes amis; qui est bon catholique, il est heure qu'il se montre -. les huguenots veulent tuer les prédicateurs et les catholiques (1).

Ainsi l'autorité royale exercée par un prince ef^éminé, et méconnue par un peuple justement mécontent et perfidement exalté par les prédicateurs, était dépourvue de son principal appui.

Dans le même temps la duchesse de Montpensier, sœur des Guises, engagea le curé de Saint-Severin, Jean Prévôt, à placer dans le cimetière de cette église un tableau qui représentait, dit l'Estoile, « plusieurs étranges inhumanités exercées a par la reine d'Angleterre contre les « bons catholiques; et ce, pour animer le « peuple à la guerre contre les huguenots. « De fait, alloit ce sot peuple de Paris et voir tous les jours ce tableau, et en « le voyant crioit qu'il falloit exterminer « tous ces méchants politiques et héréli- « ques. De quoi le roi averti manda à « ceux du parlement de le faire ôter, « mais secrètement ; ce qui fut exécuté « (le 9 juillet 1 587 ), de nuit, par Auroux, tt conseiller au parlement et, pour lor-, « marguillier de Saint-Severin (2). "

De thou nous apprend que ce tableau fut gravé, et que les gravures étaient exposées dans les rues de Paris.

Cependant les prédicateurs de cette ville, autorisés par l'impunité et par l'argent de l'Espagne, continuaient, avec une audace jusqu'alors inouïe, leurs déclamations contre Henri III.

« Le 30 décembre 1 587, le roi manda « venir au Louvre sa cour de parlement

(1) Journal de Henri III^ par l'Estoile, au 2 septembre 1587.

(2) Journal de Henri HI, au 2 septembre

DE PAïlTS

« et la faculté de théologie, et fit aux '< docteurs une âpre réprimande, eu la « présence de sa cour, sur leur licence « effrénée et insolente de prescher contre « lui, contre toutes ses actions, mesna» ft touchant les affaires de l'état ; et s'a- « dressant particulièrement à Boucher, « curé de Saint-Benoît, il l'appela mé- « chant et plus méchant que défunt Jean « Poisle, son oncle, qui avoit été indigne « conseiller de sa cour ; et que se- com- « pagncns, qui avoient presctié contre « lui plusieurs calomnies , ne valoienfc « guère mieux ; mais qu'il s'adressoit « particulièrement à lui, pour ce qu'il « avoit été si impudent que de dire dans « un sermon qu'il avoit fait jeter en un « sac en l'eau Burlat, théologal d'Orléans, « et combien que ledit Burlat fiit tous « les jours avec lui et ses compagnons « buvant, mangeant et se gaussant ; leur * disant davantage : Vous ne pouvez niiM- « que vous ne soyez notoirement malheu- « reux et damnés, par deux moyens :

« |o pour avoir publiquement et en la « chaire de vérité avancé plusieurs calom- « nies contre moi, qui suis votre légitime « roi, ce qui est deffendu par l'Ecriture- « Sainte; 2» pour ce que, sortant de « chaire, après avoir bien menti et médit « de moi, vous vous en allez droit à l'aJUr « tel dire la messe sans vous réconcilier « et confesser desdits mensonges et mes.- « disances; combien que tous les jours « vous preschiez que quand on a menti « ou parlé mal de quelqu'un qui que ce « soit, suivant le texte de l'Evangile, se « faut aller réconcilier avec lui avant de « se présenter à l'autel (1). Il ajouta : Je « sais votre belle résolution de Sorbonne, « du 16 de ce mois, à laquelle j'ai été « prié de n'avoirégard pour ce qu'elle a vnit i « été faite après déjeuner. Je ne \i « pas au reste me venger de ces outrai « comme j'en ai la puissance, et con « a fait le pape Sixte V, qui a env;. « aux galères certains prédicateurs cor- i « deliers, qui, en leurs prédications, « avoient osé médire de lui. 11 n'y en a « pas un de vous qui n'en mérite autant « et même davantage ; mais je veux bien « tout oublier, et vous pardonner, à la « charge de n'y retourner plus : que s'il

(1) Heuri III parlait avec assez de i'ncilité ; mais il ne montre pas ici une connaissance bien exacte des évanp;ilep.

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