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« ne voulaient pas y entrer ils refusaient « l'absolution.
« On porta des plaintes contre ces con- ■* fesseurs séditieux, ajoute M. De Thou ; « on leur enjoignit de ne pa» abuser ainsi « de la sainteté de leur ministère : ils ne « changèrent pas, furent seulement pius « circonspects et posèrent ce dogme nou- « veau, que le pénitent qui découvre ce « cu]" le confesseur lui a dit est aussi « coupable que le confesseur qui révèle «c la confession de son pénitent (1). »
Cependant la conspiration , quoique avec lenteur, s'avançait vers son but : Henri III, toujours de plus en plus méprisé, commençait à n'être plus obéi. Ce roi, instruit des secrètes menées que la duchesse de Montpensier, sœur de^Guises, dirigeait contre son autorité, lui ordonna, en janvier 1588, de sortir de Paris. Elle refusa de lui obéir; et, quelques jours après, tournant en dérision ce monarque, elle disait qu'il portaitdeux couronnes, mais qu'elle lui en réser%ait une troisième: qu'elle avait des ciseaux pour lui tondre la tète, et former une couronne de moine à frère Henri de Valois (ï).
« Elle portait, dit De Thou, une paire « de ciseaux d'or pendue à sa ceinture, et et les montrait aux personnes de la « cour, en disant qu'elle était destinée à « tondre le roi, afm de le reléguer dans un 'monastère comme indigne de porter la « couronne, et de mettre sur le trône un « prince qui le méritât mieux (3j. »
Cette pensée parut ingénieuse aux ligueurs, qui la reproduisirent en vers français et latins (4).
Les ligueurs, outre la dénomination de frère Henri de Valois, appliquaient au roi des épithetes plus injuiieuses encore. Ces factieux,si crédules, si fanatiques, avaient-
(1) Histoire de De Thou, liv. 86.
(2j Journal de Henri HI, t. II, p. 89.
(3i Histoire de De T/iou, liv. 163.
(4) Henri III joignait au titre de roi de France celui de roi de Pologne. Uii distique latin portt; qu'une autre couronne l'attendait dans le ciel C'est cette idée qui lit naître celle d'une troisième couronne ou tonsure monacale. Les ligueurs ont composé sur cette troisième couronne, en vers français et latins, plusieurs épigrammes qui méritent peu d être reproduites. [Voyez le Journal de H nri lU, par l'Estoile, au 18 novembre 1585.J
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ils le droit de reprocher à leur prince les erreurs dont eux-mêmes étaient les défenseurs et les dupes?
Le comité des ligueurs, nommé depuis le conseil des Seize, parce qu'il dirigeait les seize quartiers de Paris, que l'impunité rendait plus audacieux, mit moins de mystère dans ses délibérations séditieuses. Ce conseil se tenait, en 1588, dans le couvent des Jésuites de la rue Saint-Antoine ; Nicolas Poulain y assistait : il rapporte qu'on y proposa de se jeter sur le roi pendant qu'il parcourrait en masque les rues de la ville. Le roi, averti par ce zélé serviteur, ne sortit point du Louvre.
Cependant les ligueurs ne cessaient de presser le duc de Guise de se rendre à Paris : ils lui écrivirent que leurs gens '.talent prêts, en bonne disposition, en grand nombre, et qu'il ne leur manquait que sa présence. Ce duc répondit qu'ils eussent à établir secrètement leurs quartiers, et à rechercher le nombre auquel se montaient leurs partisans. Sur cette réponse, les ligueurs, dans les premiers jours d'avril 1588, tinrent une assemblée dans la maison de Santeuil, située devant l'église de Saint-Gervais, où se trouvèrent Labruyère, La Chapelle, Rolland, Bussi-le-Clerc, Crucé, Compan et beaucoup d'autres.
La Chapelle prit la parole, et, d'après l'avis du duc de Guise, proposa de réduire les seize quartiers de Paris en cinq, et présenta à l'assemblée un plan où cette division était tracée. Chacun des cinq quartiers devait avoir son colonel, sous lequel seraient établis quatrecapitaines. A chaque capitaine devait être distribué un mémoire, contenant les règles de sa conduite et l'indication des lieux oùdevaient se trouver des armes pour ceux qui n'en avaient point (1).
Ce projet adopté, les ligueurs s'occupèrent à rechercher le nombre d'hommes qu'ils pouvaient mettre sur pied. D'après leurs calculs et leurs recherches, il résulta que ce nombre se montait à trente mille hommes.
Le 15 avril 1588, le duc de Guise écrivit encore aux conjurés qu'il avait envoyé plusieurs capitaines expérimentés dans diversquartiers de Paris ; qu'il leur envoyait
(1) ProcèS'verbal deNicolas Pou/aùi, seconde partie, intitulée: Préparatifs de la Ligue, etc.
de plus cinquante cavaliers logés dans les villages voisins de cette ville; que ces cavaliers devaient y entrer pendant la nuit qui précédait le dimanche de Quasimodo, et par la porte Saint-Denis, de laquelle les conjurés étaient surs. A ces cavaliers, entrés dans Paris, devait se joindre une troupe de hgueurs les plus déterminés. Voici le projet conçu par le duc de Guise.
Leduc d'Epernon, qui avait coutume de faire la ronde depuis dix heures du soir jusqu'à quatre heures du matin, devait être tué par deux de ses propres gens, qu'on avait subornés : après cette expédition, la troupe devait marcher droit au Louvre, passer les gardes au fil de l'épée, et s'emparer de ce château et du roi.
Le roi fut bientôt, par Nicolas Poulain, averti de ce nouveau complot. Il fit renforcer la garde du Louvre, ordonna à sequarante-cinq gentilshommes (1) de coucher dans ce château, et fit venir de Lagny quatre mille Suisses, qui furent iogé,^ au faubourg Saint-Denis.
Ces précautions prouvèrent aux ligueurfe que leur plan de conspiration était connu. Us ne pouvaient concevoir comment et par qui toutes leurs entreprises étaient révélées; leurs soupçons ne s'arrêtèrent jamais sur le véritable auteur de ces révélations : ils restaient confondus et déconcertés; mais l'impunité de leurs précédents attentats les rassurait.
Le duc de Guise, pour profiter du succès de ce coup de main, s'était approché de Paris jusqu'à Gonesse. Dès qu'il eut appris les moyens que la cour venait d'employer pour sa sûreté, il s'éloigna.
Les ligueurs n'étaient pas tranquilles : ils redoutaient à chaque instant les effets de la vengeance du roi. Dans cette crainte, ils écrivirent au duc, et, entre autres choses, ils lui dirent que,s' il ne venait promp-
(1) Ces quarante-cinq gentilshommes, largement gagés par Henri III pour la défense de sa personne et pour des expéditions secrètes, étaient généralement méprisés. On les qualifiait de fondeurs de naseaux, de couinjarrets ; ils assassinaient à la volonté du maître. On connaît les noms de quelques-uns de ces assassins à gages : tel» sont ceux de Chalabre, Loignac, Montsery, Sainte Malines, etc., tous de familles illustres aux yeux des généalogistes.
Paris. — Typ Lacoib, lue Soufilot, 11?
temeut les secourir, ils le regarderaient comme un prince s;ins foi. Le duc, ainsi pressé, répondit qu'il leur envoyait plusieurs capitaines expérimentés, et qu'il les suivrait de près. Ces capitaines arrivèrent en effet : ils furent reçus par les ligueurs, et secrètement logés en divers quartiers de Paris. Le duc attendu avec impatience et ne pouvant plu? retarder son voyage à Paris, sollicita auprès du roi,
sous LA L^CUR 49
pour écarter les soupçons que i^on arrivée pourrait faire naître, la permission de rentrer en c^tte ville, afin, disait-il, de se justifier devant sa nrij^sté des culomnies dont on le chargeait.
Le roi, parfaitement instruit de toUvS ses projets, lui envoya le sieur Bellièvre pour lui défendre expressément de sej'résenter à Paris. Le duc promit d'obéir, jura, dans la suite, qu'il n'avait fait au-
Hucien archevêché.
eune promesse, et redoubla ses instances auprès du roi, qui lui dépêcha, par le sieur de La Guiche, un second ordre de ne point s'approcher de cette ville.
La mère du roi. son épouse, la très grande partie de ses courtisans, tous dévoués aux Guises, seraient, sans beaucoup d'efforts, parvenus à vaincre la résistance d'un roi faible, indolent, incapable de prendre une résolution forte, encore moins de l'exécuter ; mais une nouvelle entreprise contre sa personne réveilla, si-
III DULAURE
non son courage, au moins le sentiment de sa propre conservation.
La duchesse de Moutpensier, voulant hâter le dénoùment. ou ravir à ^on frère la gloire d'un succès désiré, fit, le 5 mai, placer une douzaine d'hommes hardb , cuirassés, bien armés et assistés de quelques gentilshommes, dans une maion située hors la poi te Saint-Antoine, nommée Bélesbat ou la Roquette (1). Ces homme*
(l) La Roquêttf ou Bélefbat étnit une mai-
go HISTOIRE
embusqués devaient arrêter le roi à son retour de Vincennes, faire rebrousser son carrosse, et le mener en diligence jusqu'à Soissons, par le moyen de plusieurs relais placés s'JF la route. Aussitôt on aurait répandu l'alarme dans Paris, en disant que les huguenots avaient enlevé le roi, et qu'ils voulaient lui couper la gorge; puis, à la faveur du trouble occasionné par cette nouvelle, on serait tombé sur tous les politiques, sur tous les partisans du roi, non-seulement à Paris, mais dans toutes les villes où le parti de la Ligue dominait.
Ce complot, digne de son auteur, fut encore déjoué par Nicolas Poulain, qui se rendit exprès à Vincennes pour en avertir Henri III. Ce prince fit venir de Paris une centaine de cavaliers pour lui servir d'escorte, à son retour de Vincennes.
Le 9 mai 1588, à midi, leducdeGuise, malgré les ordres réitérés de Henri 111, arrive à Paris, descend à l'hôtel de la reine-mère (1). Un gentilhomme en instruit le sieur de Villeroi. Celui-ci court au Louvre pour en informer Henri III : Monsieur de Guise est arrivé, lui dit-il. Le roi parait effrayé : Il est venu ? par la mort-dieu, il en mourra! s'écrie-t-il. 11 envoie chercher le colonel Alphonse Ornano : Si vous étiez à ma pkice, que feriez-vous? demanda-t-il à ce colonel, qui répondit : Il n'y a qu'un mot à cela : tenez-vous le duc de Guise pour ami ou pour ennemi? Le roi, sans répondre, fit un geste qui prouvait assez qu'il ne reg.rdait pas le duc comme son ami. Alors Alphonse dit au roi que, s'il voulait l'autoriser, il apporterait à ses pieds la tète du duc, ou le mettrait en Heu de sûreté qui lui serait indiqué sans que personne osât bouger. Le roi, toujours timide et irrésolu, répondit qu'il es[;érait mettre ordre à tout par un autre moyen. ,
Bientôt la reine-mère, dans sa chaise, et le duc de Guise, à pied , partirent ensemble pour se rendre au Louvre. Le trajet
son de plaisance située dans le lieu même où depuis furent, en 1636, établies les hospitalières de la Roquette, et à l'extrémité de la rue qui porte ce nom. Henri II et Henri IV ont possédé cette maisou.
(!) L'hô-el de la reine-mère, Catherine de Médicis, était situé sur r.raplacemeni actuel de la Halle aux blés.
était court ; mais il fut pour le duc une marche triomphale. Les Parisiens ligueurs s'empressaient sur ses pas, voulaient toucher son habit; le bord de son manteau, faisaient entendre les acclamations de Vive Guise! vive le Pilier de l'Eslise! L'Estoiîeajoute qu'une demoiselle, quittant son masque, s'écria : « Bon prince, puisque tu es ici, nous sommes sauvés! »
Catherine de Médicis présente au roi son fils le duc de Guise. Ce prince, en le voyant, devint blême, se m.ordit les lèvres, et lui dit, suivant un témoin oculaire, « qu'il trouvait fort étrange qu'il « eût entrepris de venir en sa cour, contre « sa volonté et son commandement. Le « duc s'excuse et demande pardon, dit « qu'il s'est fondé sur le désir qu'il avait « de représenter lui-même à sa majesté « la sincérité de ses actions, et de les dé- « fendre contre les calomnies et les impos- « tures de ses ennemis... La reine-mère « s'entremet là-dessus, la reine aussi ; il « est reçu en grâce. Le roi se retire dans « sa chambre. Le duc, peu de temps « après, accompagne la reine jusqu'à son « logis, puis va à l'hôtel de Guise (1). »
Suivant d'autres témoignages, le roi se montra furieux, prit même la résolution de faire tuer le duc de Guise dans la chambre de la reine son épouse, et ce fat dans ce dessein qu'il pria sa mère de l'y introduire. Le roi s'y rendit, et, avec colère, demanda au duc ce qui l'amenait à Paris. Le duc, en courtisan exercé, sans s'émouvoir, se prosterne, se met presque à genoux, et, dans un discours étudié, lui répond respectueusement qu'il supplie sa majesté de vouloir bien prendre confiance en sa fidélité, sans se laisser aller aux passions et aux calomnies de ses ennemis. Ce commencement d'explication fut interrompUjCt coutinuédanslejardindela reine.
A ce mouvement de colère succéda, chez le roi , le calme de la timidité : le duc en devint plus audacieux, et sortit triomphant de cette lutte. Le lendemain, 1 0 mai, nouvelle entrevue entrd les deux princes ennemis. Le duc la redoutait ; mais elle eut un succès pareil à celui de la première.
(i)Relal,iondela mort de MM. le duc et le cardinal de Gwise,par lesieurMiron, médecin. — Journal de Henri lll, t. III, p. 461, 465, 466; t. ÎI,p. 95, 96. — Histoirede DeTJwu, liv. 90.
Que pouvait Henri lll, prince timide, efféminé, dont les débauches et les superstitions avaient rétréci la raison, éteint le courage? qui voyait s'ele\er contre lui une populatiou dont il élai nié rl-é, une population excitée, far.alisée par le ^ prêtres, lesquels lui faisax'iii env.sager la ré- Yolteet le renversement du ii..L^ comme des actes de dévotion? Que }ou\ait ceroi environne de traîtres, et qui tromait dans ses courtisans et jusque dans sa mère des partisans de son plus cruel ennemi? Il ne pouvait guère conjurer lorage qui allait 1 alteindre.
Le 1 i mai, dès la pointe du jour, ce loi, qui ne se fiait nullement aux protesta lions du duc de Guise, essaya de prendre des précautions contre lui ; il fit entrer par la porte Saint-Houoré les quatre mille Suisses logés depuis quelque Liops dans le faubourg Saiiit-Denis, de us, deux mille hommes de gardes-lVanvuiscs, et lit placer plusieurs compagnies de la ville dans le cimetière ôas Innocents.
Pendant la nuit du II au 12, quatre de ces compagnies de gardes bourgeoises qu'on avait postées dans le cimeticie des Innocents, séduites et entraînées par les ligueurs, avaient abandonné leur poste.
Les troupes suisses, qui venaient d'entrer, les remplacèrent dans ce cimetière; puis elles furent, ainsi que les gardesfrançaises, réparties dans divers postes de - la ville. Les Suisses occupèrent la place de Grevé, et le Marché-Neuf; les gai desfrançaises, le Petit-Pont, le pont'Saint- Michel et le pont Notre-Dame. Tous aient reçu l'ordre de n'attaquer aucun i.^urgeois, mais seulement de re; ousser leurs attaques. Le projet du roi était, dit-on, de faire arrêter, avec cet appareil formidable, les principaux chefs de la Ligue, de les faire jug^'^ et mourir par !a main du bourreau. Il savait prendre des résolutions sans savoir les exécuter.
Au bruit de l'entrée de ces troupes et de leur reliai tition dans divers lieux , les ligueurs alarmés se réveilèrent. Crucé, l'un des plus actifs de ce parti, des quatre heures et demie du matin, lit crier dans le quartier de l'Université : Alarme! alarme! Mêmes cris se font eiitendre dans les auties quartiers. Aussitôt les bourgeois s'armeni, sortent de leurs maisons, se reunissent dans leurs cori;s-de-garde. On tend les chaînes dans les rues, on les bairicade
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avec des tonneaux pleins de terre. Les capitaines que le duc de Guise avait fait secrètement entrer dans Paris dirigent le mouvement. Le duc de Brlssac, son partisan, entouré d'une troupe d'écoliers, de mariniers et d'artisans armes, t'tablit la { remière barricade dans la place Maubert ; tous les autres quartiers imitent cet exemple avec une promptitude qui décelait un plan prémédité.
Chaque barricade était défendue par de la mousqueterie. Les gardes du ro., voulant poser des sentinelles dans la rue Saint-Severin, furent forcés par les bourgeois de se replier dans leur quartier. A midi, toutes les rues de Paris étaient fortifiées par des barricades, et quelques-unes furent poussées jusqu'à cinquante pas du Louvre.
Les troupes du roi, pressées de toutess parts, ne pouvaient avancer ni reculer sans s'exposer au feu de ces barricades et aux coups de pierres dont on as ait faii provision dans les maisons.
Le roi, instruit d'heure en heure, et alarmé de tout ce qui se passait dans la ville , envoyait tour a tour le gouverneur de Paris, les maréchaux de Biron et d'Aumont pour apaiser le peuple et le rassurer sur ses intentions. ]i chargea plusieurs fois la reine sa mère et Bellièvre de se rendre auprès du duc de Guise pour l'engager à sortir de cette ville : démarches inutiles. La révolte continua , et le duc de Guise resta dans Paris. La cour consternée pensa à faire retirer les troupes, mais il était trop tard.
Un coup de mousquet tiré , vers la rue Neuve-de-Notre-Dame, par un des soldats du roi , amena une scène sanglante : les bourgeois aussitôt chargèrent les Suisses qui "remplissaient la place du Marché- Neuf, Au feu Ce la mousqueterie se joignirent les coups de pierres lancées du haut des fenêtres. Vingt Suisses perdirent la vie et douze furent blessés, suivant les uns ; et, suivant les autres, soixante furent tués et enterres au parvis de Notre-Dame, Le massacre des Suisses serait devenu général, si le duc de Brissac, qui et minaudait pour le duc de Guise, ne les eût sauves des mains des bourgeois, en les renfermant dans la boucherie du Marche- Neuf, et en faisant cesser le feu ce la mousqi'eterie.
En même temps, les troupes du roi placées sur les ponts furent chargées et mises
mSTOIRK 1>K p\nis
en déroule : plusieurs soldats sauvèrent leur vie en se réfugiant dans les maisons. De Thou rapporte qu'étant sorti avant que les b rricades fussent achevées, i! s'avança, malgré les dangers, jusqu'au Louvre qu'il trouva désert, et il ajoute qu'il vit sur le visage des partisans du duc de Guise un air de satisfaction et d'assurance qui lui fit juger que l'autorité royale était près de sa tin.
Cependant le roi, apprenant que ses troupes étaient battues de toutes parts, fut réduit à la honte d'implorer le soir l'assistance du duc qu'il avait menacé le matin. Le maréchal de Biron vint le prier, au nom de sa majesté, d'intervenir pour sauver les Suisses de la fureur du peuple. Le duc, flatté de pouvoir montrer quelle était l'étendue de son influence sur l'esprit des Parisiens, consentit à cette demande. Sur les quatre heures du soir, il sortit de siin hôtel (1) pour se rendre à l'Hôtel-de- Ville ; puis il parcourut diverses rues et places. Cette sortie, la première qu'il fit dans cette journée, fut une espèce de marche triomphale. Il fit cesser partout la mousqueterie : il ordonna au duc de Brissac et au capitaine Saint-Paul de conduire les Suisses et lesgardes-fiançaii^es vers le Ltnivre, de les obliger à porter leurs armes baissées , et à se découvrir la tête comme des vaincus. Sur son passage, il recueillit tant d'acclamations flatteuses de la part des Parisiens, que, las d'entendre crier vive Guise! il dit : « C'est assez, c'est trop, messieurs; criez vive le roi! » 11 humiliait et protégeait Henri IIL
Le soir, les chefs de la garde bourgeoise ne voulurent point recevoir le mot d'ordre du prévôt des marchands, qui ordinairement le leur donnait au nom du roi ; ils allèrent le demander au duc de Guise.
Henri UI, à Paris, n'avait plus de roi que le nom.
Tels furent les principaux événements de la journée du îî mai 1388, fameuse dans l'histoire sous le nom de journée des barricades, et qu'un député du clergé aux états de Blois qualifiait « d'heureuse et ''^inte journée des tabernacles (2). »
Les événements du lendemain furent la
(1) L'hôtel de Guise était celui qu'on a depuis nommé de Soubise. rues du Chaume et de Paradis.
{2} Lettres d Etienne Pasquier^ liv. 13, lettre 3.
conséquence de ceux de la veille. Le 13 au matin, le roi tenait son conseil potir aviser aux moyens d'échapper à cette crise, lorsqu'on vint l'avertir que les prédicateurs excitaient le peuple, exaltaient sa fureur en disant : « Allons prendre frère Henri de Valois dans son LousTe ; » de plus, que ces mêmes prédicateurs avaient fait armer sept à huit cents écoliers, trois ou quatre cents moines, et que huit mille hommes allaient sortir de Paris pour s'emparer des dehors du Louvre, et s'opposera l'évasion du roi. Ces bruits, vrais ou faux, effrayèrent tellement ce prince, qu'il ne balança point entre le parti le plus honorable et le parti le plus sur. Vers le midi, feignant d'aller se pronener au jardin des Tuileries, il sortit à pied, tenant une baguette à la main.
A peine eut-il mis le pied hors du Louvre, qu'un bourgeois vint augmenter sa f'ayeur, en lui disant que le duc de Guise, à la tête de douze cents hommes, s'avançait pour se saisir de sa personne. Alors il court vers la Porte-Neuve (1), l'ouvre, et se rend avec précipitation au château des Tuileries, où étaient ses écuries; il fait partir en avant ses gardes, des Suisses et une partie d " sa cour, se botte et monte à cheval. Du Halde, en lui chaussant ses éperons, le fit avec tant de hâte qu'il en mit un à l'envers : « C'est égal, dit le roi, je ne vais pas voir ma maîtresse; j'ai un plus long chemin à faire. » En fuyant, il se tourna vers Paris, et jura qu'il n'y rentrerait que par la brèche; il n'y rentra plus. Il passa à Saint-Cloud, et alla coucher dans un village de Beauce nommé Latrape. Le lendemain il se rendit à Chartres, où il séjourna jusqu'à la fin du mois. Cette ville , pendant ce temps , devint le théâtre de plusieurs négociations.
Le duc de Guise était si enorgueilli du succès qu'il venait d'obtenir, que, le jour même de l'évasion du roi, et avant qu'elle lui fiit connue, il s'exprimait ainsi dans une lettre adressée au gouverneur d'Orléans : « J'ai défait les Suisses, taillé en
(1) La Por/e-iVeutieétait située entre le Louvre et les Tuileries, et se trouvait, ain-i que l'ancienne muraille, qui subsistait toujours, près du quai, en face de l'emplacement 'de l'ancienne rue Saint-Nicaise. C'est par cette Porte-Neuve que Henri IV fit son entrée à Paris ; à côté de cette porte était la tour du BoiSj quia subsisté jusque sous Louis XIV.
• pièces une partie de la garde du roi, et
• liens le Louvre investi de si près, que je . rendrai bon compte de ce qui est dedans. . Celle victoire est si grande qu'il en sera . mémoire à jamais. » Mais il changea de langage lorsqu'il vit sa proie échappée : il en témoigna ses regrets; et les plaisants, qui n'étaïent pas alors très polis, di:aicnt que « les deux Henri (Henri III et Henri duc de Guise) avaient bien fait les ânes.»
Les ligueurs, puissants et débarrasses de toute entrave, s'occupèrent de leurs projets d'ambition ou de vengeance. Le duc agit alors eu souverain : il ordonna que les barricades de Paris fussent eulevtes, s'empara des fortifications du Petit et du Grand-Chàtelet, de l'Arsenal, du Temple et de la Bastille, qui lui fut remise sans résistance , et dont il fit gouveroeur le fameux ligueur Bussi-le-Clerc. Il alla visiter les présidents du parlement, et les détermina à continuer l'exercice de leurs fonctions. Il destitua les échevins et le prévôt des marchands; il fit renfermer ce dernier à la Bastille ; la Chapelle-Marteau, Igueur des plus acharnés , fut nommé à cette fonction : il opéra plusieurs autres changements.
Rapin, prévôt de l'hôtel, connu par son éloignement pour la Ligue et par son talent en poésie, fut chasse de Paris. Seguier, avocat du roi, pour la même cause , éprouva le même sort.
Quelques protestants habitaient encore Paris : les uns échappèrent à la mort en "se conformant aux pratiques extérieures du calholicisme; d'autres s'obstinèrent à résister à la force des circonstances ; ils furent victimes de leur zèle, et les fureurs de la Saint-Barthélemi se renouvelèrent contre eux. Poccard et Larue entrèrent, à neuf heures du soir, dans la maison d'un nommé Mercier, maître d'école, le poignardèrent et jetèrent son corps dans la rivière. Deux pauvres filles d'un procureur au parlement, appelé Jacques Foucaud, emprisonnées depuis le mois de janvier, à cause de leur persistauc^e dans leurs opinions religieuses, furent condamnées au supplice du feu. « Elles l'endurèrent fort - constamment, dit l'Estoile: une d'elles fut « brûlée vive, par la fureur du peuple qui « coufa la corde avant qu'elle fût etran- •< glée. »
Lorsque ce moment d'effervescence fut passé , les ligueurs restèrent effravés de leurs succès et surtout de l'évasion du roi.