LES ROMAINS
même Childebeit, roi de Paris, y logeait avec ses filles ^1).
La Chronique de Vezelay porte (jue des moines de ce monastère \inrent a Paris pour se plaindre de la tyrannie tiu comte te Nevers. En quittant le palais du roi. ils s'avancèrent jusqu'au Vieux-Palais [U6qne ad vef< s ^jalulium \ ; 1 1 les moines de Saint-Germain-des-Prés vinrent à leur rencontre 2 .
Au douzième siècle, des monuments historiques remettent cet édifice eu lumière. Un titre de l'an 1138, relatif a l'aumùnerie de Saint-Benoît, porte que cette aumônerie était conliguè au palais des Thermes : juxla locum qui dkitur Thertnx(3].
Jean de llauteville, qui tlorissait à Paris en 1 1 80, dans ses poésies, où il se donne la dénomination d'Archilrenius, fait un t ibleau pompeux de cet édifi'.e, qu'il qualifie d'habitation des ro s, Domi^s atila rc gmn « Ce palais des rois, d.t-il, ('ont les € cimes s'élèvent jusqu'aux cieux, et dont « les fondements atteignent l'empire des « morts... Au centre se disl.ngue le « piincipal corps de logis, dont les ailes € s'étendent sur le même uligneii.ent, et, . se déployant, semblent embrasser la « montagne (il. »
Avant 1218^ Simon de Poissi jouissait de ce palais; et Philippe-Auguste, en cette année, en fit don à lienri son chambellan. « Nous donnons a ptrpétuilé, poite l'acte • de donation, le jialais des Thermes, pa- " fatuim de leiminis, que possédait € Simon de. Poissi, avec le pressoir situe « dans le même palais \b\. »
Dans la vie de saint Louis, écrite par le confesseur de la reine Marguerite, on lit que ce roi, « voulant fonder le collège de « Sorbonne, acheta des maisons situées « devant \epa/e.s des J'ertnes {6). »
Dans le rôle d'une contribution levée en 1313 sur les l;abi.anls de Paris, a locca-
Dilige regnantein celsa, Pariiiu?, arce (3).
Le même Fortunat, en décrivant les jardins qui accompagnaient ce palais, nous apprend que la reine Ultrogothe, veuve du
(1) Ammian. Marcel., 1 b. 20, cap 4.
(2) Codex Theodosiauus, de Sumerariis, lex 11, t. II, p. 449 ; de Metallis, lex m, t. III, p. 491 ; de anuona et tribtitis, lex xiil, t. 1"^, p. 22.
(3) Foriunali Carmiiia, lib. 6, carmen 4.
(1) Fortune ti Carmina, lib. 6, de Ilorto Ultrogothonis, Caniicn H.
(:^j Recueil des Hùtorieiis de France, tom. Xll, pag. 337.
(3) histoire de Paris, par Félibien, preuves, i. 111, p. 91.
(4) Archilrenius Joannis ^//an7/d?,1ib, 4, cap. 8, de au la in inovtis veitice consliluta.
(5) Mémoires de l'Académie des Inscriptions, t. XV, p. b81.
[*5j Histoire de saint Louis, éàit. 17 61, p. 345.
sion de la chevalerie du fils de Philippele-Bel, on lit : « L'encloître Saint-Benoit « d'une part, et d'aulie !e palais des Thermes {]). «
Guillot de Paris, qui, vers le même temps, a mis en rimes les rues de cette ville, n'oublie pas le palais des Thermes.
Je m'en allai tout simplement D'iluccques au palais des Termes.
Il est inutile de citer un plus grand nombre de témoignages pour prouver que cet édifice a constamment reçu la qualification de palais, ou une autre équivalente.
Il était d'une grande étendue. Les bâtiments et les cours \atria\ qui en dépendaient s'élevaient, du côté du sud, jusqu'aux environs de la Sorbonne. La Vie de saint Louis atteste que ces bâtiments en étaient voisins: et Jean de Hauteville, qui écrivait avant que Philippe-Auguste, pour construire le mur de l'enceinte de Paris, eût fait disparaître plusieurs parties de cet édifice, nous en parle comme si le principal bâtiment de ce palais fût situé sur la partie la plus élevée de la montagne. Voici le titre du chapitre où il décrit ce palais : De Aida in monfis vertice constituta ; du palais construit sur le haut de la montagne. S'il en était ainsi, la salle dite aujourd'hui des Thermes ne serait qu'une dépendance, qu'un accessoire du principal édifice.
Au-delà et du même côté devait être aussi la place d'armes, ou le campus désigné par Ammien Marcellin. Sur cette place, le césar Julien fut proclamé auguste, et harangua les troupes. Julien, dans son manifeste au sénat et au peuple d'Athènes, parle aussi de cette place publique en disant qu'un officier de son épouse, instruit des trames perfides des agents de Constance, lesquels avaient répandu de l'argent parmi les troupes pour les faire soulever contre Julien, vint dans la place publique et cria : « Braves guerriers, étrangers ou citoyens, gardez-vous de trahir votre empereur! »
A cette place, qui devait occuper les emplacements de l'ancien couvent des ja-
(] ) Histoire de Paris, par Félibien , preuves, vol. V, p. 621.
cobins, de la place St-Michel, etc., aboutissait la voie romaine qui, venant dOrléans, passait au village d'Issy.
Toute cette partie méridionale dépendait du palais des Thermes, puisqu'on a la certitude que les rois de France, qui ont succédé aux empereurs romains dans la propriété de ce palais, possédaient de menu ces emplacements méridionaux, et qu'il.étaient sous leur censive. Au nord, en partant du point ou gît aujourd'hui la salle des Thermes, les bâtiments de ce palais se prolongeaient jusqu'à la rive gauche du petit bras de la Seine. M. de Caylus, qui a soigneusement exploré les traces de ces constructions antiques, assure que dans les caves des maisons situées entre cette rivière et cette salle, on trouve des piliers et des voûtes de la même maçonnerie: il ajoute qu'avant la démolition du Petit-Chàtelet, forteresse située au bas de la rue Saint-Jacques et à l'extrémité méridionale du Petit-Pont, on voyait des arrachements de murs antiques qui se dirigeaient vers le palais des Thermes ; il en tire cette conséquence, que les bâtiments de ce palais s'étendaient jusqu'à la rive de la Seine.
La salle qui subsiste encore, unique reste d'un palais aussi vaste, offre dans son plan deux parallélogrammes contigus qui forment ensemble une seule pièce. Le plus grand a 62 pieds de longueur sur 12 de largeur; le plus petit a 30 pieds sur 18 Les voûtes à arêtes et à pleins cintres qui couvrent cette salle s'élèvent jusqu'à 42 pieds au-dessus du sol. Elles sont solidement construites, puisqu'elles ont résiste à l'action de quinze siècles, et que depuis longtemps, sans éprouver de dégradations sensibles, elles ont supporté une épaisse couche de terre cultivée en jardin et plantée d'arbres.
L'architecture simple et majestueuse de cette salle ne présente que peud'ornements. Les faces des murs sont décorées de trois grandes arcades, dont celle du milieu est la plus élevée, genre de décoration fort en usage au quatrième siècle. La face du mur méridional a cela de particulier, que l'arcade du milieu se présente sous la forme d'une grande niche, dont le plan est demicirculaire. Quelques trous pratiqués dans cette niche et dans les arcades latérales ont fait présumer qu'ils servaient à l'introduction des eaux destinées aux bains. Pour prononcer affirmativenjent sur la destination de cette salle, il faut attendre le
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résultat des fouilles qu'on doit y exècu-
Les arêtes des voûtes, en descendant sur les faces des murs . se rapprochent, se réunissent, et sappuient sur une console qui représente la poupe d'un vaisseau.
Dans Tune on distingue quelques figures humaines. Ces poupe's. symboles des eaux, ont peut-être sers i à caractériser un lieu destine à des bains.
La maçonnerie de cette salie se compose de trois rangs de moellons régulièrement tailles, dont "chacun a 4 ou 5 pouces de hauteur, et de quatre rangs de briques, dont chaque rang peut avoir ! pouce d'épaisseur. Cesranlrs alternatifs de moellons et de briques ont, en quelques endroits, été recouverts par une couche de stuc épaisse de i à 5 pouces.
Depuis que cette salle esf débarrassée des futailles qui couvraient entièrement les faces de ses murs, on a pu découvrir que la maçonnerie, surtout du côte septentrional, et dans la partie de la salle placée en retour, avait éprouve à diverses époques des restaurations qui diffèrent du système général. Dans cette partie en retour, on a remarque des bandeaux d'arcades il plein cintre, composes de pierres d'un grain fin, scupUées en cannelure, bien conservées.
Dans cette même partie de la salle, qui vient d'être fouillée jusqu'it environ 2 ou 3 pieds de profondeur, on a decouvert.au rez-de-terre, un mur qui la séparait de
(1) Ce monument architectural, le seul dont Paris puisse se gloririer, propre à répandre quelque jour sur l'antique état de cette ville, ces restes d'un palais des césars, qui depuis quinze cents ans ont avec succès résisté à tous les moyens de destruction, étaient occupés par un tonnelier : il aurait pu presque impunément dégrader cet édidce. Ces considérations ont sans doute déterminé le préfet de la Seine à le faire servir à un établissement d'utilité publique. Au mois d'août 1B19, on a commencé la démolition des maisons situées sur la rue de la Harpe , derrière lesquelles était caché ce monument.
Lorsqu'en 1818 je suis allé visiter cette salle du palais des Thermes, des tonneaux en très grand nombre en masquaient les murs, et ne laissaient apercevoir qu Une petite partie de sa voûte. J'en sortis peu satisfait de trouver, au lieu d un palais des empereurs romains, un magasin de futailles.
l'autre partie; peut-être qu'en cet endroit était le bassin ou la piscine des bains. Cette fouille a procuré la découverte d'une plaque de fonte haute de 2 pieds et quelques pouces, et large de 1 pied 9 pouces. Si sa partie supérieure ne se terminait |:>as en forme pyramidale . elle ressemblerait parfaitement aux plaques de nos cheminées ; elle est ornée d'une bordure qui se compose d'une suite d'oves. Je ne prononcerai point sur l'antiquité de ce monument isolé et de peu d'importance.
On a aussi mis à découvert . dans la partie occidentale de la grande pièce, la naissance d'un escalier par lequel on devait descendre pour parvenir aux souterrains. Certainement on aurait fait plusieurs autres découvertes qui eussent supplée au silence de l'histoire, si les travaux de la restauration de cet édifice n'eussent pas, en 4821, été suspendus.
On ne connaît pas entièrement l'étendue des souterrains; des amas de décombres s'opposent à ce qu'on y pénètre au-delà de 90 pieds. Ces souterrains sont à deux étages, l'un sur l'autre; le premier est à dix pieds au-dessous du sol , et le second est à six pieds au-dessous du premier. Chaque étage est divisé en trois berceaux parallèles, soutenus par des murs de quatre çieds d'épaisseur, et communiquant entre 'eux par des portes.
Ces souterrains qui, comme l'a reconnu M. de Caylus, s'étendaient jusqu'aux bords de la Seine, doivent aussi s'étendre jusque sous l'hôtel de Clugny, bàtisurune partie de l'emplacement du palais des Thermes, où plusieurs murs , plusieurs voûtes, sont de construction romaine, et sous le ci-devant monastère des Mathurins, pareillement élevé sur une autre partie «!u même emplacement; deux établissements qui furent construits évidemment aux dépens du sol de ce palais et de ses matériaux.
En 4676. un événement fit reconnaître les souterrains placés sous le couvent des Mathurins. Cette découverte est attestée par une inscription dont voici la partie intéressante ; « En I676.au mois d'août, « une ouverture s'étant faite au pavé de « cette cour, environ le milieu du ruis- « seau, plus près néanmoins de la cuisine « que de la salle du jardin, l'on creusa, et • l'on aperçut une grande ouverture, à peu « près semblable aux trois arcades qui « forment le présent escalier; danslaquel- « le un domestique de céans , étant des-
« cenda par une entrée qui commençait « du côlé de ia solle, observa que c'était « un grand trou qui prenait ?on origine « dessous le palais des Thermes, rue des « ]Malhurins, laquelle ouverture fut bou- « chée avec trois grosses poutres, etc. »
L'obscurité de celte rédaction n'empêche pas de reconnaître le fait principal : il existait sous le monastère des Mathurins des constructionssouterraines qui communiquaient à celles du palais des Thermes.
Sur les diverses parties du sol qui environne la salle de ce palais, se trouvent plusieurs restes de constructions antiques. A l'hôtel de Clugny, dans un bâtiment situé à gauche en entrant dans la cour de cet hôtel , sont plusieurs murs et voûtes qui dépendaient de l'édifice principal.
Entre cet édifice et la rue de la Harpe, on voit, en face et de deux côtés, des murs et des formes d'arcades, semblables à celles qui existent sur les murs de la salle.
Derrière cette salle des Thermes, il en existait une' seconde , moins étendue, qui, comme la première, était couverte par une voûte chargée d'une épaisse couche de terre, cultivée en jardin et plantée d'arbres. Cette voûte subsista jusqu'en 1737, époque où , suivant ^I. Bonami, elle fut démolie ('). Enfin ce palais s'élevait, comme oa l'a prouvé, jucqa'à la hauteur du coteau.
Maintenant que j'ai établi l'Hendue et l'im^'Oi lance des Thermes de Paris, que j'ai dicnl l'unique pièce qui subsiste entière, et lt^< nu. sures, ruines ou souterrains qui l'enviiounent, je vais rechercher à quelle époque et par quel prince fut fondé ce palais.
Suivant la commune opinion, le césar Julien le fit construire pendant son séjour dans les Gaules, c'est-à-dire depuis les derniers mois de l'an 3oo jusqu'au printemps de 361. En conséquence de cette opinion, on nomme vulgairement cet édifice le Talais de Julien ou les Thermes de Julien. Il est certain que ce césrr a passe quatre ou cinq quartiers d'hiver à Paris, qu'il y iuibilait un palais considérable, honorablement mentionné par des écrivains de son temps, et qui ne peut être différent de celui qu'on vient de décrire ; mais il ne s'en suit pas qu'il l'eût fait construire. Julien, envoyé dans la Gaule pour
(1) Mémoires de l'Académie des Inscriidions, t. XV. p. 679.
en chasser des barbares qui la dévastaient depuis longtemps, employa les deux premières années de son séjour à composer des armées, à créer des finances, à faire une guerre continuelle, et les années suivantes à réparer les maux innombrables que ces brigands y axaient causés. Ce n'est pas dans des temps de crise et de pénurie que l'on pense à élever des palais. D'ailleurs, les goûts simples de ce prince, ses mœurs austères, son économie sévère, son éloignement pour le luxe et la magnificence, ne pei mettent pas de lui attribuer cette construction. Le palais des Thermes était construit aNant l'arrivée de Julien dans les Gaules.
L'addition ou nom de Julien au palais des Thermes est moderne. Jamais, depuis les tempsMesplus anciensjusqu'au seizième siècle, on ne trouve ce nom uni à celui de cet édifice. Lelibraire Corrozet, qui publia, vers le milieu de ce siècle, une description de Paris, est, je crois, le premier écrivain qui, pour faire preuve de savoir, ait écrit que Julien avait construit ce palais. Son opinion, sans fondement, n'ayant pointété combattue, s'est soutenue jusqu'à ce jour.
La construction de cet édifice doit être attiibuéeà un souverain qui, pendant un long séjour dans les Gaules y aura joui du calmepropreà cette entreprise. Constance- Chlore réunit ces convenances : durant quatorze ans consécutifs, dei)uis l'an 292 jusqu'en 306, il séjourna dans ces contrées. Collègue de Dioclétien, il y régna en souverain, d'abord en qualité de césar, ensuite en celle d'auguste. Aucun empereur, avant et après celui-ci, n'a resté aussi longtemps dans les Gaules. Son règne fut paisible, et l'histoire, pendant sa durée, n'offre aucun événement capable de contrarier une telle construction.
Dioclétien fit élever à Rome, ville située dans la partie de l'empire qu'il s'était réservée, un magnifique palais des Thermes, dont les restes sont encore conservés. (Jouxta nce-Chlore, dans la partie de l'em- (lire qui lui fut donnée en partage, dut, à l'exemple de son collègue, faire bâtir un palais des Thermes dans les Gaules; car, dans cette région, et dans les métropoles des provinces, il existait des bâtiments appelés prétoires, mais non des palais pour lesempereurs, qui, jusqu'alors, n'y avaient jamais résidé (l). 11 fallait un palais im-
(1) Il existait dans la Gaule, vers la fin
sous LES
pariai à un empire nouTeau : ConstaDCi*- Chlore eut le temps, et de plus le besoin d'en construire un, et à lui seul convient •a construction des Thermes de Paris. Une lutre considération peut concourir à conlirmer celte opinion et à déterminer à peu près l'époque de cette construction. Le jzenrede lyrchiteclure et de la maçonnerie des Thermes de Dioclétien à Rome, a des conformités frappantes avec celui de l'ar-