ROMAINS U
chitecture et de la maçonnerie des Thermes de Paris. Ces deux édifices pouvaient donc être contemporains.
Ainsi ce ne peut être Julien, mais bien plutôt son crand-père, Constance-Chlore, qui, vers la fin du troisième siècle, ou, plus tard, dans les premières années du quatrième, fit construire le palais des Thermes de Paris.
Jardin du palms des Thermes. A
îttitU
Plan de Paris tous les MéroTingi
Home, les palais des empereurs, les maisons des citoyens opulents, étaient toujours
!e la période romaine, plusienrs édifices ou ains magnifiques. On voit per une in«-crip- :ion, rapportée dans le Recueil des mi^toriens ae France, tom. I, pag. 145, que Constantin II, tils de Constantin dit le Grand, Ht, entre les années 337 et 340, élever à ses frais des Thermes dans la ville de Pweims. Sidoine Apollinaire cite et décrit plusieurs de ces édifices dont il exalte l'étendue et la magnificence, édifices qui ont disparu depuis l'arrivée dea Francs dans la Gaule.
accompacnés de vastes et magnifiques jardins. Ceux du roi Tarquin, de Jules (]ésor, d'Aizrippa. qui, après lui, appartinrent à Culicula et à Néron ; ceux de Pompée, de Lucullus et de Sallusle sont célèbres dans l'histoire : les Romains en faisaient leurs délices. Les Thermes de Paris, construits par un empereur romain, devaient avoir leur jardin.
Le poète Foitunat nous apprend qu'au sixième siècle il existait, entre le palais habité piir Childebert, roi de Paris, et l'église de Saint-Germain-des-Prés, de vastes jardins, qu'il décrit dans une pièce de
vers, intitulée^f5 Jardins de la reine VItrogothe ; il dit que Childebert traversait cesjardins pour se rendre à l'église :
Hinc iter ejus erat, cum limina sancta petebat (l).
L'église que ce poète désigne par ces mots limina sancta, est celle qu'on nomme aujourd'hui Saint-Germain-des-Prés ; elle était l'église chérie de ce roi ; il l'avait fondée ; il y fut enterré avec son épouse Ultrogothe. Le palais qu'habitait le roi Childebert à Paris était le palais des Thermes. Il serait possible , mais il n'est pas prouvé, que cette église eut été établie fi l'extrémité occidentale de ce jardin, et comprise dans son enceinte : c'est une conjecture que je donne sans m'y arrêter (2). Je passe aux limites de ce jardin.
Au midi, la limite est incertaine: elle devait partir des points les plus méridionaux du palais des Thermes, et laissant en dehors l'emplacement actuel du Luxembourg, qui avait une destination dont je parlerai, s'étendre jusqu'auprès de l'église de Saint-Germain-des-Prés.
A l'est, ce jardin était évidemment borné par les bâtiments des Thermes.
Au nord, le cours de la Seine le limitait entièrement. Cette borne naturelle, qui contribuait à l'embellissement et à la sûreté de ce jardin, ne devait pas être négligée. Puisque les bâtiments du palais s'étendaient jusqu'au bord de cette rivière, le jardin devait avoir la même extension : il est prouvé qu'aucun intermédiaire , pas même un chemin, ne le séparait de la rive; la première route établie sur ce bord ne le fut qu'au commencement du quatorzième siècle, sous le règne de Philippele-Bel.
A l'ouest enfin ce jardin était en tout ou en partie borné par un canal qui communiquait à la Seine, et se remplissait de ses eaux.
Ce canal, où coulent aujourd'hui les eaux des égouts de la rue de l'Egout et de
(1) Fortunati Carmina, lib. 6, de Horto Ultrogothonis reginse, carmen 8.
( 1 ) Dans le diplôme de la fondation de cette église, Childebert dit seulement qu'ill'a fondée dans le territoire parisien, non loin des murs de la Cité, dans la terre qui dépend du fief d'Issy, et dans le lieu nommé Lucotitie, [Diplomata carlœ, etc., 1. 1, p. 54.)
celle de Jacob, partait des fossés de Saint- Germain-des-Prés et de la rue Saint-Benoît, traversait l'emplacement des maisons situées en face de cette rue, les emplacements de la cour et de l'église des Petits- Augustins, et s'étendait parallèlement à la rue de ce nom, jusqu'au quai Malaquais et jusqu'à la rive gauche de la Seine. Dans des titres des douzième et treizième siècles, ce canal est mentionné sous le nom de Fossé, et plus généralement sous celui de Petite Seine (1 ). Il avait \ 4 toises de largeur, et environ 160 de longueur (2). Je soupçonne qu'il se prolongeait beaucoup plus loin au midi, et s'étendait jusqu'à la rue du Four (3).
Ce canal, qui ne fut comblé que vers le milieu du seizième siècle , était, dans le moyen âge , absolument inutile à la défense de l'abbaye de Saint-Germain-des- Prés et à celle de la partie méridionale de Paris, puisqu'on pouvait facilement le tourner, et qu'il ne fut point un obstacle aux Normands qui, à plusieurs reprises,
(1) Histoire de Paris, par Félibien^ t. I, p. 462 ; Recherches critiques sur la ville de Paris, par Jaillot, tom. V, quartier Saint- Germain-des-Prés, p. 4.
(2) Voyez le Plan de Paris sous la domination romaine.
(3) L'élévation de la partie méridionale de la rue Saint-Benoît n'est point un obstacle à l'opinion de la continuité de ce canal jusqu'à la rue du Four. Ce canal a pu suivre la direction de la rue Saint-Benoît, bâtie en. partie sur le fossé de l'abbaye Saint-Germain ; les eaux de la Seine pouvaient s'étendre jusqu'à la rue du Four. La rue dite de l'Egout est presque au niveau du bas de la rue Saint- Benoît. Les eaux de la rue du Four pouvaient couler parla conduite del'égout, puisqu'elles y coulent encore, traverser l'extrémité orientale de la rue Taranne, où se trouvait un vaste cloaque, peut-être reste du canal dont je parle ou des fossés de l'abbaye, cloaque qui ne disparut qu'en 1640, époque où l'on construisit l'égout, et où l'on exhaussa considérablement le sol de cette partie de la rue Taranne, ainsi que celui des parties les plus élevées de la rue Saint- Benoît. De cette supposition très vraisemblable il résulterait que les bâtiments de l'église de Saint-Germaindes-Prés auraient été élevés dans l'enclos du jardin du palais des Thermes, depuis nommé Jardin de la reine Ultrogothe, et ensuite Clos de Lias.
sous LES ROMAINS
pillèrent cette abbave et les habitations de
celte ] artie méridionale. Son creusement est doDC antérieur au moyen àse. où Ion ne s'occupait guère, sans une nécessité urpente. de travaux d'une telle importance. Ainsi, n'étant point du raoyen-àge, il devait appartenir à la période romaine : voici ce qui confirme cette opinion.
En septembre 1806, en fouillant la terre pour réparer l'égout qui se verse dans la Seine, presque en face de la rue des Petits- Augustins, on trouva précisément à 'l'angle de terre que formaient le cours de cette rivière et la rencontre de l'egout. des fragments de construction antique . composes de pierre d'une forte dimension, et dans le Tième lieu, une douzaine de médailles d'or portant une tète lauree, au re\ers un bige conduit par la Renommée, et pour légende le nom Philippe en caractères grecs. Les médailles de cet empereur en ce caractère sont communes; elles furent sans doute multipliées à l'occasion des jeux st'culaires que cet empereur célébra en l'an 248. Leur abondance les fit apparemment préférer à des médailles plus récentes. Peutêtre aussi ces fondations contenaient-elles d'autres médailles d'une époque moins ancienne, qu'on n'a pas décou\ertes. Celles qu'on a déterrées attestent l'antiquité de la construction . sans attester son époque. Otte construction, située à cet angle de terre, pouvait servir à l'agrément du jardin comme à sa défense. Son antiquité peut aussi servira prouver l'antiquité du canal.
L'espace compris entre ces limites, c'est-à-dire l'endos du jardin des Thermes, soit qu'il ait change de nom ou df maître, soit qu'il ail cessé d'être jardin pour recevoir une autre destination, .s'est loiigtf'mps maintenu dans son intégrité primitive. On a vu que, sous la première race, Fortunat le désigne par ces mots: les jardins de la reine Ullrogothe. Sous la troisième, et dans des titres des douzième et treizième siècles, il est fréquemment mentionné sous le nom de Clos de Lias ou de Laas. Ce mot Lacis ou Lins se compose de notre article le , rendu par l'équivalent // ou la, et de as, qui est une altération du mot arx , palais, citadelle; altération dont Ducange offre des exemples en France (1). Ainsi clos de Lias signifie le clos, le jardin du palais ou de la cita-
(1) Voir son Glossaire au mot As.
délie. C'est sous cette dénomination ôîarx que le poète Fortunat désigne le palais des Thermes, où demeurait CÉildebert, roi de
Dilige regnantem celsa, Parisius , arre (1).
Ce qui prouve encore l'identité du jardin des Thermes et du clos de Lias, c'est que l'un et l'autre occupaient le même espace et étaient compris dans les mêmes limites. Ce jardin, détérioré au douzième siècle, appartenait aux abbés de Saint- Germain-des-Pres. L'abbé Hugues V , en 1179, en aliéna plusieurs parties, à condition que des maisons y seraient construites. Divers titres prouvent que la rue de la Huchette, la rue Poupée, la rue de l'Hirondelle et celle de Saint-André-des- Ars ont été ouvertes sur le clos de Lias ou de Laas. Ces trois dernières rues en ont même porté le nom, ainsi que la rue ou chemin établi sur le bord de la Seine. La rue Saint-André-des-Ars et l'église de ce nom étaient dans leur origine nommées de Laas ou Lias (2). Le surnom des ars leur vient évidemment de ces mots a5, ou de arx. Ce n'est pas tout : l'église , le monastère, les cours et jardins des Grands- Augustins, dont l'ensemble s'étendait depuis la rue de ce nom jusqu'à celle de Guénégaud , étaient, ainsi que ces rues, établis sur le clos de Lias (3).
On a la preuve que des terres, des vignes, occupaient les autres parties do ce clos. Ainsi les limites du clos de Lias sont les mêmes que celles qui ont été assignées au jardin du palais des Thermes : les unes confirment les autres. Le jardin de ce palais, sans changer de limites, a changé de nom; encore ce nom change-t-il en gardant le même sens : car, comme je l'ai dit, clos de Lias signifie clos ou jardin du palais. Il est impossible de placer ailleurs le jardin du palais des Thermes.
Aucun des historiens de Paris n'a parlé de ce jardin, de ces limites, du canal de la Petite-Seine, qui le bornait à l'ouest, ni de l'identité de ce jardin avec celui d'Ultrogothe et avec le clos de Lias.
Aqueduc d'ARCUEiL. Arcueil est un
(1) Fortunali Carmina^ lib. 6, carmen 4.
(2) Voyez Recherches critiques sur Paris, par Jaillot, tom. V, Saint-André, pag. 4, 7, 10, 11, 93, 120.
(3) Histoire de Paris, par Félibien, t. III, p. 207.
village situé à deux lieues et au midi de Paris; il doit évidemment son nom aux arches ou arcades qui supportaient l'aqueduc romain au-dessus du vallon formé par le cours de la Bièvre. Une partie de cet aqueduc antique subsiste encore auprès de l'aqueduc moderne, dont je parlerai dans la suite. Ces restes antiques offrent des masses assez considérables de maçonnerie romaine, toute semblable à celle du palais des Thermes. A diverses époques , et sur différents points, on a découvert des portions de son canal de conduite.
Lorsqu'en 1544 on fouilla la terre près de la porte • Saint-Jacques, pour y construire des fortifications, on rencontra une partie de cette conduite. De pareilles d couvertes ont été faites dans plusieurs caves qui avoisinent cette rue. En 1777, et dans les années suivantes, lorsqu'on s'occupa de consolider les nombreuses carrières de Paris et des campagnes situées au midi de cette ville, des ingénieurs trouvèrent en divers points un assez grand nombre de portions de cet aqueduc pour en tracer le plan. « Il suivait, dit M. Hé- « ricart de Thury, les pentes de la col- « line sur la rive gauche de la vallée de « Gentilly ou de Bièvre. D'après toutes « les parties qui ont été reconnues par <ï MM. Husset et Caly, ingénieurs des « mines de l'inspection (des carrières), il « paraîtrait que, dans une grande partie de «; son cours, cet aqueduc n'étaitqu'un petit « canal à découvert , ou un chenal fait en « béton de chaux, sable, ciment, cailloux <t et meulières , broyés et pulvérisés. Des <t ponts avaient été jetés de distance en « distance sur c^tte rigole. La direction « de son cours a encore été reconnue en a 1 8 II sur le bord de la voie creuse (che- « min qui se dirige du faubourg Saint- « Marcel au Petit-Montrouge, nommé * depuis 1818 rue des Catacombes), où, « en perçant un puits de service qui ré- « pond aux Catacombes, on a retrouvé <5 l'aqueduc romain à trois mètres de pro- « fondeur (l). »
(1) Description des Catacombes de Paris, par M. Héricart de Thury, p. 261.
Ce canal paraît avoir été originairement à découvf-rt, et à peu près au niveau du sol de la campagne. Aujourd'hui il se trouve en plusieurs points enfoncé à 3 mètres au-dessous de ce niveau ; en quelques autres, il ne l'est qu'à un mèire, et même à un demi-mètre.
DE PA]\IS
i L'auteur de ce passage a tracé , sur un plan qu'il a publie dans sa Dfscription c/fs Catacomhesde Paris, la direction et les sinuosités d'une partie de cet aqueduo; mais il ne parle point de deux de ces fragments qui sont à découvert aux deux côtés d'un chemin creux et montant, qu'on nomme le Chemin des prêtres, et qui de Montsouris se dirige vers Arcueil. A gauche et à droite, et sur les talus de ce chemin creux, on voit la coupe de cet aqueduc, qui, comme le dit M. Héricarl de Thury, n'y paraît pas avoir été couvert. La largeur ou la dimension horizontale de son ouverture est de 4 décimètres ou de i pied 2 pouces 4 lignes.
De ce Chemin des prêtres, l'aqueduc se dirigeait h travers le petit jardin d'une maison de Montsouris, où j'ai vu ses traces . et traversait l'ancienne route d'Orléans, puis la rue des Catacombes, où il a été reconnu par M. de Thury.
Voilà l'existence du palais des Thermes, de ses jardins , de son aqueduc établie par des preuves qui, particulières à ciiacun do c:.'S objets, sont en même temps communes à tous, se fortifient les unes par les autres, et ne laissent plus de place à l'incertitude.
Il me reste à prouver l'existence d'un autre établissement dépendant de ce palais des césars.
Camp ROMAIN (I). Toujours des camps étaient placés près des palais des césars et des augustes, et même des présidents de province. Ammien Marcellin et Zozime, en racontant comment Julien fut , par des troupes auxiliaires, élevé à la dignité d'auguste, parlent plusieurs fois du camp situé près de Paris. Le premier dit qu'après le repas que ce prince donna aux chefs de ces troupes, ces chefs se retirèrent dans le camp accoutumé, in stativa solita recesserunt. Le second indique ce
Ainsi de ce qu'en certains endroits ce canal, construit depuis environ quinze cents ans, se trouve aujourd'hui recouvert d'une couche de terre de 3 n^ètres d'épaisseur, on doit conclure qu'en ces endroits le sol s'est exhaussé de 3 Uiètres ou de plus de 9 pieds, ce qui fait environ 7 pouces par siècle : cette élévation, si elle est certaine, doit s'attribuer aux engrais abondamment répandus sur les terres situées au-delà des murs de Paris.
(1) Voy^z le Plan de Paris sous la domination romaine.
SOIS LFS ROMAINS
laiiip. où les troupe:- tirent un repas nocturne.
Les modernes sont daccordsur ce point, H n'ont jamais révoqué en doute l'existence d'un camp près de Paris; mais ils ont beaucoup difl'éré sur sa position : les uns le placent à la porte Baudet, où commence la rue Saint-Antoine ; les autres tians la Cité, devant le Palais de Justice.
Ce camp était situé près du palais des Thermes. D'après le récit d'Ammien Mar- «.ellin, on voit que les cormnuoications du camp à ce palais s'exécutaient avec promptitude. Zozime atteste posiliNcment que le lieu où campaient les troupes était voisin du palais.
Je ne vois qu'un seul emplacement convenable à ce camp ; les autres sont trop ploii;;nL'S •. car il aurait fallu traverser la Seine pour s'y rendre; ils >ont peu commodes, et on a la preuve que ces emplacements étaient, du temps dt^ Romains, employés à des usages qui ne pou\ aient convenir à un camp (!).
Cet emplacement , presque contigu à l'enclos du palais des Thernu-s. est aujourd hui occupe par quelques maisons des rues de Vaugirard et d lînfer , et par la |)artie orientale et le parterre du jardin du Luxembourg. On aurait ignoré lanlique destination de cette partie de ce jardin, si des projets d'embellissement qui, pentiant les années 1801 et 1811. y furent exécutés, n'eussent occasionné de grands mou- \ements dans le sol, et exhume une vérité ju.^qu'alors cachée dans le .<ein de la terre.
L'expose .succinct des objets d'antiquités qui y furent découverts prouvera cette destination.
D'abord je dirai que les mouvements du terrain n'ont produit aucun indice de tombeaux, aucune fondation d'édifice romain, rien de stable, beaucoup d'objets mobiles et convenables à des campements.
Déjà, avant ces travaux , on avait déterre quelques objets très portatifs consacrés au cuite. Sauvai nous a|)preud que, lorsqu'on jeta les fondements du palaisdu Luxembourg, sous la régence de Marie de àlédicis , on découvrit une figurine en
(1) L'emplacement de la porte Baudet était occupé par un cimetière. [Voyez ci-dessus second cinietit»re du faubourg septentrional.) Il ne pouvait être devant le palais de la. Cité, puisque là était la place desUuée au commerce, Cjoiine on le verra dans la suite.
bronze de o à 6 pouces de hauteur ; elle représentait Mercure (1).
M. de Caylus recueillit dans la suite une petite idole d'Apollon en bronze, trouvée près de l'angle oriental du même palais, du côté du jardin.
Dans les fouilles faites en 1801 , on déterra quelques figurines de divinités, une petite idole de Mercure en bronze, une tète de Cybèle de même métal, et quelques instruments que l'on croit destinés aux sacrifices.
Des objets qui appartiennent aux repas et aux aliments s y montrèrent en abondance. Plusieurs ustensiles propres à la cuisine, tels qu'un grand nombre de vases entiers ou en fragments, de toutes formes, de toutes dimensions ; des plats , des cuillers, des fourchettes et des manches de couteaux, etc.
Des ustensiles concernant les vêtements et la toilette, tels qu'ornements d'habits, miroirs, cure-oreilles, aiguilles en ivoire et en bronze, bracelets, clefs , dés ;i coudre, anneaux et styles.
On y déterra un nombre infini d'autres ustensiles, plus particulièrement propres aux militaires et à leur habillement, comme agrafes, boucles de diverses espèces avec leurs ardillons, que les Romains nommaient fibulœ ; des boutons , des crochets, des ornements de ceinturon , des harnais de chevaux et un bout de fourreau d'épée.
On y a recueilli plusieurs médailles :
quelques-unes celtiques, d'autre-^ consulaires, et une suite d'impériales, depuis Jules César ju.<qu 'à Ilonornis. C'e.st à :'époque de ce dernier empereur qu'il faut lixer celle de la désertion entière de ce camp.
Quelques fragments de mo>aïque y furent au:ïsi trouvés ; ils pourraient avoir appartenu à l'estrade ou tribunal construit au milieu du camp, du haut duquel le chef militaire prononçait ses sentences, ses harangues ou allocutions.
Toutesces antiquités furent découvertes dans la partie du jardin du Luxembourg située à l'est du parterre. M. Grivaud, archéologue distingué, les a recueillies avec zèle, et savamment décrites ; mais il s'est borné là, sans tirer aucune induction sui la destination du sol où on les a déterrées (2).
(Ij ÂvM-iuUcs de i'aris, par ^^auval, t. L', p. 345.
(2) Aniiquités gauloiaes et romoines recueil-
Lorsqu'en 1811 ]e sol du parterre de ce jardin Kit baissé d'environ deux pieds, d'autres antiquités furent exhumées, et notamment un grand nombre de fragments de poteries romaines avec bas-reliefs. J'en ai vu plusieurs et ramassé quelques-unes. Si ces dernières antiquités ont été recueillies, elles n'ont pas été publiées.
J'ai reconnu aussi , en juin 1817, lorsqu'on a défriché la terre à l'est du palais des pairs, pour y établir \inrosarîum semblable à celui qui se voit au côté opposé, plusieurs fragments de poterie romaine.
Tant d'antiquités relati\ es au culte, au ménage, à la cuisine, aux vêtements et aux usages des militaires, réunies sur un même emplacement, annoncent que, pendant la période romaine, cet emplacement fut habité, et le fut par des militaires ; que ce lieu habité n'offrant aucune trace d'édifice solide, la surface ne devait être couve, te que de ces légères constructions propres aux camps, et nommées par les anciens tentoria, tahernacula. Cette absence de constructions solides, la nature des antiquités découvertes, le voisinage du palais des césars et de la voie romaine, tout concourt à prouver que cet emplacement était celui du camp romain, qu'il est , en outre, très embarrassant de placer ailleurs.
Champ des sépultures. Dans le vaste espace compris depuis les hauteurs de la rue Saint-Jacques et de celle du faubourg de ce nom , et depuis la rue d'Enfer jusqu'au bas (iu revers du plateau de Sainte- Geneviève , on a déterré , à diverses époques, un" si grand nombre de tombeaux romains, qu'on ne p^t contester à cet immense emplacement le titre de champ des sépultures, ou de cimetière.
Corrozet, qui écrivait ses Antiquités de Paris vers le milieu du seizième siècle, dit : « De nostre temps avons trouvé des « sépulcres au long des vignes, hors la « ville Saint-Marceau, et n'y a long-temps « qu'en une rue , vis-à-vis de Samt-Vic- « tor, en pavant icelle rue, qui ne l'avoit
< onc été, nous fust monstre , au milieu
< d'icelle, un sépulcre de pierre , long de .^ 5 pieds ou environ, au chef et aux K pieds duquel furent trouvées deux mé- « dailles antiques de bronze (1). »
L'abbé Lebeuf nous apprend qu'en jan-
lies dans le jardin du palais du Sénat, 1B07. (1| Antiquités de Parfs, par Corrozet, seconde éûit., p. 10, verso.
vier 1636, dans un jardin formé sur l'ancien cimetière de Saint-Marcel, presque derrière l'église de Saint-Martin, un jardinier, en remuant la terre, trouva soixante-quatre cercueils de pierre qui pa- | raissaient appartenir à des personnes des ; premiers temps du christianisme. Un seul • de ces tombeaux avait sur son couvercle une inscription portant : Vitalis à Barbara, « son épouse très aimable, âgée de vingt-trois ans cinq mois et vingt-huit jours, » Sur ce tombeau étaient gravées deux colombes, emblème de l'amour conjugal, ainsi que le monogramme du Christ, placé dans un cartel, entre Vatphaei Voméga, signes fort en usage parmi les chrétiens du quatrième siècle (1).
Dans le même lieu fut placé le tombeau de saint Marcel, qui donna son nom à un mémorial, puis à une église, et enfin h un faubourg de Paris.
• De ces découvertes on peut hardiment tirer cette conjecture, que les alentours de l'église de Saint-Marcel étaient, .^ous là domination romaine, consacrés spécialement à la sépulture des chrétiens.
Près de là était un territoire dont le nom ancien semble dé.signer le séjour de,< morts. Ce territoire, dans un titre de l'an 1245, est appelé terra de loco cinerimi, le lieu des cendres, peut-être parce qu'on y brillait les corps. 11 s'étendait le long de la rivière de Bièvre, et fut traverse par une longue rue qui, de ces mots, de loco cineriim, a reçu le nom de Lourcine (2).
En 1635, on fouilla la terre prè.s, du Marché aux Chevaux, et il en résulta la découverte de plusieurs grands cercueils en pierre, tous antiques, remplis de corps d'une grandeur extraordinaire, et chargés d'inscriptions grecques, dit Sauvai, qui n'a certainement pas assisté à cette découverte.
Le même écrivain rapporte que, dans les fouilles faites derrière l'église de Saint- Étienne-des-Grés, on avait, peu d'années avant, rencontré une réunion de trente cercueils en pierre et en brique, dans lesquels étaient plusieurs médailles d'or et d'argent, appartenant aux empereurs Constantin, Constant et Constance.
L'emplacement même de l'ancienne
jl) Histoire de la ville et du diocèse de Paris, t. I, p. 203.
I2) Histoire du diocèse de Paris, par Lebeuf, tom. I, p3g. 160 ; tom. II, pag. 414,
sous LES
jlise de Sainte-Geneviève, fouillé en 16^0, ^it au jour un vaste cercueil de 6 pieds
demi de longueur et de 3 pieds de lar- ^ iir ; ses côtés^étaient ornés de bas-reliefs leprésentant Diane et des chasses. Berger, qui parle de ce monument dans son Histoire des grands chemins romains, a pensé qu'il était un ouvrage du quatrième siècle.
En t738, dans la rue des Amandiers, près de Sainte-Geneviève, vis-à-vis le collèze des Grassins, on découvrit, en creusant le sol, plusieurs cercueils de pierre. L'abbé Lebeuf assure que. antérieurement à cette époque, on avait, dans le voisinage de cette rue, trouvé plusieurs tombeaux en plâtre et en pierre tendre (1 j.
Lorsqu'en 1807 on démolit l'ancienne église de Sainte-Geneviève, on fit des fouilles qui produisirent quinze cercueils de Pierre placés sans ordre, et comme par effet d'un bouleversement ; trais il n'est pas certain que ces tombeaux appartinssent à la période romaine (2)
Cette incertitude ne peut subsister à l'é^ garj des nombreux monuments sépulcraux trouves dans l'enclos des ci-devant Carmélites, autrefois nommé de Notre- Dame-des-Champs, et dans les environs de cet enclos.
Cet emplacement, situé à l'est de la rue d'Enfer, paraît avoir été le point le plus vénéré du vaste cimetière que nous décrivons, et le véritable sanctuaire sépulcral.
En fouillant à quinze pieds sous terre dans cet enclos, on rencontra, dit Sauvai, une grande voûte sous laquelle était un groupe de figures qu'il décrit ainsi : « La • pnncipale figure représentait un homme « à cheval, suivi de trois autres figures à « pied, parmi Ic^uelles était un jeune « enfant. Chacune d'elles avait à la bou- « che une médaille de grand bronze de « Faustine ou d'Anlonin-le-Pieux. Un des « piétons tenait de la main ga.che une
(1) Dissertations, tome I, page 2t .
(2) Voyez, sur la découverte et l'étar de ces tombeaux, ci-après l'article ^66ayc de Sainte- Geneviève. Lorsqu'en 1807^ et dans les années suivantes, on a, sur l'emplacement de cette église, ouvert une rue nommée de Clovis, l'ingénieur qui présidait è ces travaux a découvert plusieurs autres tombeaux, avec quelques médailles ou monnaie qui sont du temps de la monarchie.
RCMAESS
« lampe qui avait la forme d'un soulier < garni de clous (I).
« La même figure avait à la main droite « une tasse contenant trois des et trois « jetons d'ivoire, qui se trouvèrent pres- « que pétrifiés. "
Sauvai ajoute avoir vu chez une demoiselle, curieuse d'antiquités, cette tasse avec un de ces dés et un de ces jetons.
L'enfant était représente tenant à ki main droite une cuiller d'ivoire dont le manche avait un pied de long : il dirigeait cette cuiller vers un grand vase encore rempli d'une liqueur odoriférante, qui.
répandue par la rupture fortuite de ce vase, exhala une odeur dont l'air fut parfumé.
Ce monument très curieux, quoique décrit deux fois, l'est imparfaitement par Sauvai. Cet écrivain nous laisse à désirer des détails sur la matière, les dimensions, le costume et le goiJt du travail de ce groupe, qui appartient au deuxième siècle, comme le prouvent les médailles, prix du naulai;e, trouvées dans la bouche de chacune «ïe ces figures.
Sauvai parle ensuite d'un tombeau situé, dit-il. près de là, sans doute dans le même enclos. 11 était orné de bas-reliefs, oîi il remarqua un licteur vêtu à la romaine. On trouva dans ce tombeau une fibule ou agrafe, une boule et un cornet en bronze bien travaillé, qui portait cette inscrip-
VIBIUS ilERMES E\ VOTO-
Dans le même enclos des Carmélites, lorsfqu'en 1630 on travaillait à construire la fontaine de ce couvent, on déterra quelques restes d'un cercueil, et un bas- relief de deux pieds de haut oii l'on voyait, dit encore Sauvai, un sacrificateur debout, et à ses pieds un taureau prêt à être immole.
Aucun de ceux qui ont écrit sur Paris n'a fait attention à ce passage remarquable : Sauvai lui-même ne s<' doutait pas qu'il décrivait un monument curieux et très rare en France, un monument du culte de Mithra, dieu-soleil des anciens Perses. Les Romains, vers la fin de leur république, admirent le culte de ce dieu, et le représentèrent ordinairement sous
(1) Dans les recueils d'antiquités, on trouve plusieurs lampes antiques qui ont cette forme.
l'einblème d'un jeune homme coiffé du bonnet phrygien, orné d'un poignard, et prêt à l'enfoncer, ou l'enfonçant dans la gorge d'un taureau couché à ses pieds.
Ce culte passa à quelques autres , avec l'époque des Antonins, de l'Italie dans la Gaule, où des monuments semblables, mais en très petit nombre, ont été découverts.
La figure que Sauvai nomme un sacrificateur est celle de Milhra lui-même, qui triomphe du taureau équinoxial ; elle est un des emblèmes du jour , qui , au printemps, sort victorieux des ténèbres de l'hiver. Ce culte avait de grands rapports avec le christianisme, comme l'avoue Tertullien (1).
Ce bas-relief , situé parmi les tombeaux, ne leur était pas plus étranger que ne le sont les signes et objets de culte placés autrefois, et qu'on place encore aujourd'hui sur les monuments sépulcraux.
Dans le nlême quartier, un peu plus au sud, vers l'emplacement de la maison de l'institution de l'Oratoire, et sur la route d'Orléans, on découvrit , à 4 pieds sous terre, un cercueil de pierre, long de 6 pieds et large déplus de 2. La position où se trouva ce cercueil annonçait qu'il avait été renversé. A un pied au-dessous fut trouvé un autre tombeau aussi en pierre , sur lequel était gravée une inscription, qui apprend qu'il fut érigé pour Lucius Gavilîius. fils de Cneius Perpetus, par ses héritiers.
« Je pourrais encore parler, ajoute Sau- « val, de quantité d'autres caveaux , de « coffres, de squelettes et de têtes , ayant « des médailk sala bouche, qui auparavant « et depuis ont été découverts à Nolre- « Dame-des-Champs (enclos des Carmélites) « et aux environs ; ce qui donnerait lieu « de croire, vu le grand nombre qu'on en « a trouvéen ce quartier-là, que peut-être « les Romains l'avaient choisi exprès pour « leur servir de cimetière et y placer leurs
(1) Dans le Recueil d'antiquités de Caylus, 1. 111. dans l'atlas deV Origine de tous les Cultes, par Dupuis, on voit la gravure de divers monuments de Mithra\ et, dans les salles des Antiques au Louvre, on a réuni deux de ces monuments en original, dont nous avons l'ait graver celui qui nous a paru le plus intéressant et le mieux conservé.
PiMi. — Topographie
« tombeaux , parce que c'était le grand « chemin de Rome (1). »
M. l'abbé Lebeuf pense que non-seulement le champ de sépulture comprenait tout le plateau de la montagne Sainte- Geneviève et une partie de son revers oriental , mais qu'il s'étendait au midi jusqu'à Montsouris, où se trouve la maison dite la Tombe-Isoire. Pour prouver que tout cet emplacement était consacré aux morts, il cite aussi, outre la Tombe-Isoire, le fief des tombes, situé dans le même emplacement, ainsi que les contes populaires sur le diable de Vauvert, les esprits, les revenants, qui apparaissaient en ces lieux contigusà la rue d'Enfer.
Fabrique de poteries. Au milieu du champ des sépultures , les Romains cherchèrent et trouvèrent une terre propre à la poterie. A l'endroit même où s'élève l'édifice du Panthéon , lorsqu'en 4737 on commença à travailler à ses fondations, il fut découvert plusieurs puits sans revêtissement, creusés dans l'unique but d'y trouver des terres propres à la fabrication. Quelques-uns de ces puits avaient jusqu'à 75 pieds de profondeur. On y trouva des âtres, des fours construits pour la cuisson des ouvrages, des fragments de vases, des vases entiers et imparfaits.
On y employait deux sortes de terre :
l'une, d'un blanc-gris, était recouverte d'un vernis noir et fort égal ; et l'autre, rouge, dont le vernis avait un éclat très brillant. Sur les vases en terre rouge on remarquait des bas-reliefs d'un très bon goût.
Dans ces puits, on a trouvé aussi une m.éd aille d'Auguste, les anses d'un grand vase de bronze, que M. de Caylus a jugées dignes d'être gravées ; de plus, quelques fragments de bronze peu intéressants, et une meule de moulin à bras (2).
Arènes (3). Vers la fin de la domination romaine, presque tous les chefs-lieux de la Gaule avaient un emplacement destiné a <x jeux, aux combats des gladiateurs et à ceux des bêtes féroces. Ces emplacements , nommés Cirques , Amphithéâtres , Arènes , étaient ordinairement construits avec plus ou moins de magni-
(1) Antiquités de Paris, par Sauvai, t. j, p. 20, et t. II, p. 335.
(2) Antiquités de Caylus, t. III, p. 402 et s.
(3) Voyez Plan de Paris sous la domination romaine.
Lagovb, rue Soufflet, 18.
sous LES ROiJALNS
ficence par des soldats lé2;ionnoires campés près du chef-lieu, comme le prouvent quelques inscriptions du Recueil de Gruter.
Sur le revers oriental de la montagne Sainte-Geneviève , entre la maison dite autrefois de la Doctrine chrétienne et la rue Saint-Victor , était un emplacement auquel un seul titre de 1284 donne le nom <le Clos des Arènes.
Gettedénominationafaitcroire qu'il avait
existé là un amphithéâtre ; mais aucun reste de ce prétendu édifice n'a survvcii pour t^^moigner son antique existence.
Nous ^ oyons encore et nous admirons les débris imposants des amphithéâtres des autres villes gauloises : Paris n'offre rit-n de semblable ; on doit en conclure que ce heu de spectacle, s'il a réellement existé, était peu solidement construit . et secomi posait de palissades et de terrasses.
Abbaye de Saini-Germain-de»-Pré» au xvi'aiècle
A l'indication que donne le titre dont je viens de parler, on a rattaché un passage de Grégoire de Tours : ce passage porte qu'en l'an 577 , le roi Chilperic ordonna «luil serait bâti des cirques à Paris et à boissons. Suessoniis atque Parisiis circos œdificaripr^pcepit. Cet ordre suppose que Paris et Soissons étaient dépourvus d'un l>àtimcnt destmé aux spectacles publics ; «ar ce roi n'aurait pas ordonné la construction d'un édifice déjà existant. On i^ore si cet ordre fut exécuté; mais, s'il
a existé à Paris une con>tructiun appelée les Arènes , on peut assurer, puisqu'il n'en est reste que le nom. qu'ell»* n'était ni magnifique ni solide.
Autel a Bacchus. L'existence de cei.
autel n'est fondée que sur une conjecl urr; mais cette conjecture est très vraisemhLible. Près des vignobles qui garnissîjitTil . au nord et à re.-.r, le penchant de la a>lline de Sainte-Geneviève , à l'endroit r.t est aujourd'hui située l'église Saiut-i>i'noît, il est certain qu'on a pendant lon^;-
temps rendu un culte à un saint Bacchus, nommé en français saint Bacch (1).
Le nom du saint , le même que celui du dieu Bacchus ; son culte établi dans les domaines du dieu du vin , au centre des vignes; la fête de ce saint , célébrée le 7 octobre, le jour même où, dans les environs de Paris, on célébrait encore, il y a peu de temps, la fête païenne des vendanges et de Bacchus , l'origine inconnue de saint Bacchus ; qui n'a point de légende particulière, et qui n'a été qu'un peu tard accolé à saint Sergius , et mis avec lui en communauté d'événements, parce que la fête de l'un et de l'autre était célébrée le même jour : toutes ces circonstances réunies ne prouvent point, mais rendent très croyable, re:s.istence d'un autel à Bacchus, dieu auquel a succédé, dans ces vignes, le culte d'un saint de ce nom. D'autres exemples de métamorphose de dieux en saints, opérées par l'ignorance et la force de l'habitude, rendent celle-ci très probable (2).
Edifice du quai de la Toubnelle.
Trois fragments de marbre, représentant des figures en haut-relief, et un mur de 5 pieds d'épaisseur, construit de pierres de taille d'une grandeur considérable, trouvés, en 1735, à 10 pieds de profondeur, en jetant les fondements de la maison que faisait bâtir M. Mazois, trésorier de France, indiquent un édifice antique, construit avec un sorte de magnificence.
M. de Caylus conjecture que c«t édifice était une chapelle bâtie par les négociants de Paris, vis-à-vis de l'autel érigé dans la Cité par les mêmes négociants (3). Cette conjecture ne satisfait point, mais on ne peut lui opposer qu'une autre conjecture.
(Il Voir plus loin à l'article Saint-Benoit.
(2) Depuis que l'empereur Probus eut permis aux Gaulois de planter des ^•ignes, le culte de Bacchus fut établi par eux. Julien, dans son Misopogon, dit que ces peuples rendaient un culte à cette divinité; et l'abbé Lebeuf, dans deux dissertations, a décrit les cérémonies païennes des fêtes bachiques célébrées de son temps, les 7 et 9 octobre, dans quelques vignobles des environs de Paris. Un vignoble près d'Orléans, appelé Rebrechien, doit ce nont à an lieu consacré à Bacchus, area Bacchi. Voyez ci- après, chapitre 4, article Saint -Benoit, et article Etablissement du ciiristianisme à Paris, et la note.
(3) hecueil d' Antiquité e , i. 111, p. 398.
Telle était, au quatrième siècle, la physionomie de la partie méridionale de Paris : le palais des Thermes, ses vastes jardins, un vignoble, un camp romain, un champ de sépultures en occupaient presque la totahté.
Statue de Julien. Un marbrier de Paris possédait une statue de cet empereur ; il paraît qu'elle fut découverte dans cette ville ; mais on ignore en quel lieu et à quelle époque. M. Denon, qui l'a acquise du marbrier pour la céder au gouvernement, et M. "Visconti, qui l'a fait placer au musée des Antiques du Louvre, ont jugé que cette statue n'était point un ouvrage romain, et qu'elle avait été fabriquée dans les Gaules. Le témoignage de ces deux habiles antiquaires, la confiance que l'on doit à leur tact, à leur décision, m'ont déterminé à la placer au rang des antiquités parisiennes. Sa tête, chargée d'un diadème orné de pierreries et entrelacé avec des lauriers, comparée avec celle de ses médailles, est d'une ressemblmce frappante; son corps est couvert d'un manteau grec.
La statue de cet empereur, qui a séjourné pendant quatre ou cinq hivers à Paris, qui a parle avec intérêt de cette ville, et qui paraît avoir opéré d'utiles changements dans son administration , comme on le verra bientôt, quand même ell« n'aurait point été découverte sur le sol parisien, ne serait point déplacée parmi les antiquités parisiennes.
V. Etat civil des Parisiens à la fin du quatrième siècle, époque et cause du changement du nom de Lutèce en celui de Paris.
La petite nation des Parisii, ou Parisiens, n'était point au rang des privilégiées de la Gaule, au rang des nations libres, alliées ou amies des Romains, comme il s'en trouvait plusieurs que. Pline a dénombrées. Sa forteresse ou chef-lieu, Lutèce, ne fut jamais colonie, ni métropole de province; elle ne jouit, sous l'empire romain, d'aucune de ces prérogatives qui peuvent favoriser l'accroissement et la magnificence des villes ; si elle devint municipe, ce ne fut que vers la fin du quatrième siècle ; elle devait être auparavant réduite à la pire des conditions politiques, à celle des vectigales. Zozime, Ammien Marcellin et Julien lui donnent des qua-
socs LES
liËcations équivalentes à petite forteresse {ctustellum oppldulum).
A une é[oque inconnue, et pendant la période romaine, les Parisiens étaient, a\ec les Senones, les Tricassini, les Meldi et les Edui, soumis au même régime financier, et sous la direction d'un seul adjoint au procurateur général; un de ces adjoints est, dans une inscription, nomme Aurelius Demétrius. Ces nations faisaient, comme celle des Parisiens, partie de la province Lyonnaise.
Deux préfets, vers la fin du quatrième siècle, résidaient à Paris : celui des navigateurs sur la Semé, établis a Andresy Xprœfectus clasiia Anderecianoram, Parotis}; et le prtfet des Sarmates, peuples étrangers, vaincus, et chargés de cultiver des terres situées entre Paris et Chora («).
La province Lyonnaise, dont Paris dépendait, étant, vers la fin du troisième sit-cle, divisée qh deux provinces, le territoire des Parisiens fut compris dans la j-remière Lyonnaise. Vers la fin du quatrième siècle, on divisa de nouveau la Lyonnaise en quatre provinces, et ks Parisiens se trouvèrent dans la quatrième, qu on surnommait Senonia. parce que Sens en était la métropole.
Pourquoi la forteresse des Parisiens at-elle perdu ou quitté son nom primitif de Luiéce, pour prendre celui de Parisii? pourquoi le nom de la nation a-t-il remplace celui du chef-lieu? à quelle époque s'est opéré un changement qui semble si extraordinaire, quoiqu il fût commun à tous les chefs-lieui de nations dans la Gaule? Il serait trop long de résoudre complètement ces questions encore neuves : je dois me borner à des résultats, à un exposé succinct des principales causes de ce changement à Paris, et à la fixation de l'époque où il s'est oporé.
Des Barbares doutre-Khin avaient passé oe fleuve, et, perdant cinq années consécutives, par des piiîages, des incendies, des massacres, avaient presque entièrement ruiné, dépeupié une grande partie
(1) Chora n'eiifete plus. Sa position, qn n'oflre que des ruinas, était, comme la prouvé M. Pasomot, daas ses Min\oir»s géographiriues^ •ituée aor ua tertra app3lé Vilie-Auxerre, yré& la rivière de Cure, à 1,.590 toises environ au norJ de SermioeUeâ, entre Vermanton et Avalloa.