‹ Histoire de ParisChapitre 129 sur 261 · SOIS LOUIS · texte numérisé non relu

SOIS LOUIS

académie, lui accorda pour ses séances nue salle dans le Louvre: elle a continué «J'y siéeer jusqu'au temps de la Convention, où toutes les académies furent supprimées et remplacées par VInstitut. décrété par la constitution de l'an iv (1796), établi et organisé parla loi du 3 brumaire m V (24 octobre 1796), dont je parlerai m son heu.

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qui avait apartenu,au quinzième siècle, au connétable d'Armasnnc. L'emplacement du jardin était, sous le règne de Charles V et longtemps a^rès, traversé

j diagonalement par la muraille et les fossés

; de Paris.

I En 1 6 2i, le cardinal de Richelieu acheta du sieur Dufresne l'hôtel de Rambouillet.

1 et du marquis d'Estrées celui de Mercœur.

Académie royale pour la noblesse, j II fit abattre ces hôtels, démolir ce qui -ituée rue Vieille-du-Temple, fondée, en j restait des murs de la \ille, combler les 1636, par le cardinal de Richelieu, qui (fossés et niveler le terrain; il acquit, de ionna 22,000 livres pour cet établisse- i plus, quelques autres emplacements qui nent. Vingt gentilshommes devaient y , lui permirent d'étendre son palais depuis 'tre nourris, chacun pendant deux années, | la rue de Richelieu, qu'il -it ouvrir, jus- 't, de plus, instruits dans les exercices ; qu a la rue des Bon5-Enf:ints. nilitaires, les mathématiques et l'his- | Le terrain étantdéblayé, il fit construire, cire, etc., le tout gratuitement. Cette aca- en 1629, son palais sur les dessins de Lelemie se composait, en outre, de jeunes mercier. La principale porte d'entrée prégentilshommes qui payaient pension. On sentait les armoiries de Richelieu, surmongnore le sort de c^t établissement qui ne tées du chapeau de sa dignité ecclésiastiut pas durable. j que, etau-dessuson lisait cette inscription :

Imprimerie royale. Elle fut établie, | Palais-Cardinal. Cette inscription est resrt 1642, par ordre du cardinal de Riche- j tée jusqu'en 1642 , époque de la mort de

:eu. Sublet, sieur des Noyers., en fut v)mmé surintendant ; Trichet Dufrêne, "rrecteur, et Cramoisi, imprimeur. En eux ans seulement il sortit des presses e cette imprimerie soixante-dix gros vojmes grecs, latins, français, italiens, tous •nprimés en beaux caractères et sur beau apier. Il fut dépensé, dans les sept premières années, pour monter cette imprimerie, plus de 360,000 francs. Si le carinal de Richelieu eût borné ses actions cet établissement, sa mémoire aurait 'àssé avec honneur à la postérité.

Quelque brillante que fût dans son oriine cette imprimerie, son état n'est pas imparable à ce qu'il est aujourd'hui. On possède des poinçons, matrices et carac- *res des langues de presque tous les peules de la terre qui ont une écriture, et otamment les cent trente sept raille catctères de la langue chinoise.

Cette imprimerie fut d'abord établie ins la galerie du Louvre, au rez-delaussée et à l'entresol; elle fut ensuite "ansférée à l'hôtel de Toulouse, en face e la place des Victoires; et enfin, par '^retdu 6 mars 1809, à l'hôtel de Sou- 'se et dans le bâtiment de cet hôtel. ppelé Palais-Cardinal, et situé Vieille rue n Temple.

Palais-Royal, situé rue Saint-Honoré, *» 204, bâti à la place de l'ancien hôtel e Mercœur et de l'hôtel de Rambouillet,

Richelieu. 11 avait légué ce palais a Louis XIII ; et ce roi, le 7"octobre de cette année, vint avec la reine en prendre possession et y fixer sa demeure. Alors, à l'inscription Palais-Cardinal, on substitua celle de Palais-Royal. Aussitôt la famille de Richelieu sollicita le roi et la reine de faire rétablir l'ancienne inscription : son honneur v était intéressé. Les mots de Palais-.Cardinal furent replaces ; mais le nom de Palais-Royal prévalut, et se maintint malgré l'inscription restituée (1).

Ce palais fut orné avec tout le goût, la recherche et le luxe imaginables. Le cardinal n'oublia rien de ce qui pouvait satisfaire son ostentation et ses goûts fas-

(1) Voici les vers qui furent publiés suri» construction de ce palais ;

Funeste bâtiment, autant que magnifique; Ouvrage qui n'est rien qu'un eflfel des malheurs; Pavillons élevés sur les débris des mœurs, Qui cansci aujùur<Phui la misère publique ; Ordres bien observes dans toute la fabrique; Lambris dores et peints de diverses couleurs, DêUfmpes dans le sang et dans l'eau de nos pleurs, Pour assouvir l'hiiineur d lin conseil tjraniiiqi .■ : Pourpre rouge du feu de mille embrasem'»nls; Raluslre>, promenoirs, superflus ornements; Grand portiil, enriclii de pilier» et de niclies. Tu portes en écrit un «loiu qui le sied m^I ; On le devrait nomm-r l'iioiel des mauvais richci, Avec plus de raison que Palais-Cardinal.

Plusieurs autres pièces de vers furent publiées sur ce sujet : elles attestent moins le talent des auteurs que l'indiguation publique.

Ik

tueux : il y eut des boudoirs, une chapelle, des salles de bal, des galeries et deux salles de spectacle,

La chapelle était remarquable parla richesse de ses ornements. Tous les Ya?es, tous les autres objets servant au culte, comme ostensoirs, calices, burettes, encensoirs, etc., étaient d'or massif, ornés d'un grand nombre de diamants.

Louis XIV ayant, en 1692, cédé le Palais-Royal au duc d'Orléans, son frère unique, et a ses descendants màks, ce frère du roi fit détruire une vaste galerie dont le plafond, peint par Philippe de Champagne, représentait les glorieux exploits du cardinal, et la remplaça par des appartements.

Une autre galerie, appelée galerie des hommes illustres de France, occupait l'aile de la seconde cour. Ces hommes illustres, que le cardinal avait choisis lui-même, n'étaient qu'au nombre de vingt-cinq. On voyait leurs portraits en pied peints par Champagne, d'Egmont, Vouet, Poerson, et au-dessous leurs noms, leurs devises, et de petits tableaux qui représentaient leurs principales actions.

Entre ces peintures étaient des bustes antiques, la plupart en marbre. La richesse et la variété des ornements frappaient d'admiration les spectateurs, qui sans doute, dans leur ravissement, ne se doutaient guère que la mémoire de ces personnages prétendus illustres, notamment celle de Montfort, Biaise de Montluc, Anne de Montmorency, Catherine de Médicis, mé liait plutôt ï'exécration que les hommages de la postérité. Ajoutons qu'au nombre des illustres de cette galerie se trouvaient LouisXlII et Richelieu lui-même (1 ),

Le cardinal fit construire dans ce palais deux salles de spectacle : l'une, destinée à des spectateurs choisis, ne pouvait contenir que cinq cents personnes; l'autre, plus vaste, en contenait environ trois mille. Cette dernière salle était contiguë au palais, et située du côté de la rue des Bons- 'Enfants.

C'était sur ces théâtres que jouaient les troupes de comédiens gagés par le cardinal,

La plus vaste de ces salles fut, en 1660, accordte par Louis XIV à Molière et à sa troupe; et lorsquen 1673 ce grand comique fut mort, le roi la destina à la repré-

(1) Ces portraits se voient aujourd'hui au LfOuvre, dans le Musée des tableaux.

DE PARIS I

sentation des drames héroïques ou tragédies en musique, qu'on a depuis nommes opéras. '*»

Cette salle, le 5 avril 1763, fut consumée par un incendie. Elle fut reconstruite à la même place , et ouverte au public le 26 janvier 1770: elle fut de nouveau détruite par le feu aussitôt après le spectacle du 8 juin 1781. Elle a depuis été reconstruite ailleurs. (Voyez Opéra.)

Le public arrivait à cette salle pnr un cul-de-sac, anciennement nommé la Court- Orry, passage indigne de ce théâtre et fort incommode. C'est sur l'emplacement de ce passage que l'on a ouvert, en 1782, la rut de Valois.

L'escalier du palais, situé à droite et entrant, est remarquable par sa beauté Desorgues en fournit les premiers dessins. Sa rampe de fer est pareillement admirée.

Le régent avait formé dans ce palai^ des collections précieuses :

Une de tableaux, qui contenait des ouvrages des plus grands maîtres ;

Une collection ou cabinet d'hi?toire naturelle, notamment de minéralogie; I Une collection de modèles de toutes le^^ \ productions des arts et métiers.

Dans la seconde cour, les faces des troi; corps de bâtiments qui l'environnaienl présentaient, en relief, des ancres et sur- . tout des proues de navires qui faisaient % une saillie de plusieurs pieds. Le cardina •? de Richelieu joignait à ses titres de puis ; sance celui de surintendant de la marine, l

En face de la principale entrée du Pa- \ lais-Royal était un hôtel appartenant à f Noël Brulart de Sillery. Il le vendit, le 115 I mars 1640, à Charles d'Escoubleau, marquis de Sourdis, qui , le même jour, k céda au cardinal de Richelieu. Ce cardina fit démolir cet hôtel, en forma une plac« devant son palais, au milieu de laquelle oi éleva une fontaine monumentale , comm( l'atteste un plan manuscrit que j'ai sou; les yeux. Cette place, moins vaste qut celle qui existe aujourd'hui, était bornéf au midi par des maisons qui ne correspondaient point à la magnificence du palais. En 1719, le duc d'Orléans, régent d( France, fit abattre ces maisons, et construire un peu au-delà, sur les dessins d( Robert Cotte, un édifice dont la façade i 20 toises de développement, et dans leque est un réservoir pour les eaux. Au centrde la façade de cet édifice on a établi une fontaine publique. Ce fut alors sans doutt

que la fontaine, isolée au milieu de la place, disparut. Je parierai en son lieu de cet édi' ce appelé Chàteau-d'Eau. ainsi que du jardin du Palais-Royal, et des changements qu'il a éprouvés.

Théâtres. Le théâtre de l'hôtel de Bourgogne et celui des Italiens se maintinrent sous ce règne. Ce dernier fut vulgairement ^ appeié Théâtre du Marais. Des deux théà- 1

SOUS LOUIS xui 491

était nommé Fléchelles, et dans la farce Gautier-Garguille. Quoique Normand , il

contrefaisait à merveille le Gascon ; il jouait les vieillards de farce, et avait beaucoup de naturel ; il faisait rire par ses gestes, sa tournure ridicule et ses chansons toujours fort gaillardes, comme on peut en juger par le recueil qu'il en a publié (I). Gautier-Garguille fut longtemps chirgé

très que le cardinal de Richelieu fit éta- | de débiter les prologues qui, suivant Tublir dans son palais, un seul fut public. ' sage de ce théâtre, précédaient la pièce On y jouait des tragédies, des tragi-co- j V'oici queiquesphrises d'un de ces prolomédies et autres pièces. Je vais donner' l'étal de ces divers théâtres sous le règne

de Louis XIII, et de quelques spectacles qui s'établirent à Paris pendant cette période.

Théâtre de l'hôtel de Bourgogne, situé rue Mauconseil. J'ai parlé dans la période précédente de l'état de ce théâtre, berceau delart dramatique en France: je vais ajouter quelques notions nouvelles SQf son état et ses progrès pendant le règne de Louis XIII. On commençait à y jouer des comédies d'un genre un peu supérieur aux bouffonneries ordmaires ; on y représentait des pièces où Ton voyait figurer les divinités de la mythologie, ce qui annonce que la scène prenait quelquefois UD degré de gravité qui ne lui était pas ordinaire ; mais la farce dominait encore.

Les comédiens de ce théâtre firent. le 30 janvier 1613, confirmer de nouveau leurs privilèges, et furent autorisés, suivant l'ancienne formule, à jouer tous Mystères, Jeux honnêtes et récréatifs, sans offenser personne, en la salle de la Passion, dite l'Hôtel de Bourgogne (1).

Sur ce théâtre se rendirent célèbres quelques acteurs dont je vais parler.

Henri Legrand, dont le sobriq'jet était Belleville et le nom de théâtre Turlupin, a joué la comédie pendant cinquante ans.

« Jamais homme n"a composé, joué, ni < mieux conduit la farce que Turlupin.

« Ses rencontres étaient pleines desprit, ■ de feu et de jugement ; il lui manquait « un peu de naïveté... Il passait pour n'a- « voir pas son pareil dans le bas comi- « que 1*2). .

Hugues Guéru, dans les rôles sérieux,

(1) Registres manuscrits du parlement, au 30 janvier 1613.

(2) Variétés historiques et littéraires, t. I, deuxinme partie, p. 501.

gués qu'il est pos>ible de citer sans offenser notre délicatesse :

« Une chose que je dois vous dire, c'est « de ne pas pencher tellement l'oreille à la « symphonie de ce passe-temps, que quel- « ques operateurs manuels (filous) ne coo- « pèreot avec le galimatias, et ne s'en « servent comme dune musique ou d'une « voix achéloise. plutôt pour le ra\isse- « meut et prise formelle de vos bourses, « que pour l'appbiudissement de vos oreil- « les, etc.. Le champ de mes inventions « étant si stérile que, s'il n'est arrosé des « douces liqueurs de votre bienveillance. « il est difficile qu'il puisse produire de^^ « fleurs dignes de vous être offertes. Phi- « lippot (acteur) viendra iucontineut, qui « se promet, sous l'assurance de votre sup- « plément, de vous faire rire et pearer « tout ensemble, afin que la modération « de l'un tempère la violence de l'autre... ' Messieurs et dames , je désirerais, sou- « haiterais . voudrais , demanderais e^ « requerrais . desiderativement, souhaita- « tivement, volontativement, demaudati- « vemtnt, avec mes desidératoires, sou- « haitatoires, etc., vous remercier de votre

(1) Les cbansous de Gautier-Garguille furent imprimées en 16-31, et réimprimées en 1658. Le &ieur Tomassin lui dédia, en 1632, les prologues intitulés Regrets facétieux, plaisants, et harangues. Quant aux chansons de Gautier, pour juger de leur licence, il suffit de transcrire ces phrases du privilège du roi : « Notre cher et bien-aimé Hugues « Guéru, dit Fléchelles, Tun de nos cornét* diens ordinaires, nous a fait remonstrer « qu'ayant compose un petit livre intitulé « les Nouvelles chansons de Gantier-Garguille, «c il le désireroit mettre en lumière et faire »< imprimer; mais il craint qu'autres que lui... " ue le contrefissent, et n'ajoutassent quelu ques autres chansons pins dissolues que " les siennes. »

« bonne assistance et audience, en une « petite farce réjouie et gaillarde, que nous « vous allons représenter, avant laquelle « je veux faire une grande petite large « étroite et spacieuse remontrance, qui « vous fera rire. »

Ces balivernes et surtout ce style ridiculement pédanlesque étaient fort en usage sous Louis XIII.

Robert Guérin, dit Lafleur dans les rôles sérieux, et Gros-Guillaume dans la farce, avait des mœurs crapuleuses et une stature d'une grosseur extraordinaire. Au milieu des élans de sa joie, qu'il communiquait facilement aux spectateurs, on le voyait verser des larmes de douleur, que lui causait parfois la gravellé qui le tourmentait, douleurs dont il supportait la violence sans interrompre son jeu, et sans cesser de faire rire.

On rapporte que Turlupin, Gautier- Garguille et Gros-Guillaume, tous les trois garçons boulangers du faubouf^g Saint- Laurent, liés d'amitié, sans étude, mais 4oués d'un esprit naturel, formèrent le projet déjouer la comédie. Us louèrent un petit jeu de paume, situé près de l'Estrapade, y bâtirent à la hâte un théâtre, et :>e firent des décorations avec des toiles grossières. Ils jouaient, depuis une heure jusqu'à deux heures, des scènes qu'on appelait Turlupinades , pour la somme de i sols 6 deniers par personne. Gautier- Garguille représentait ordinairement le rôle de maître d'école, ceux de savant et de maître de la maison ; Turlupin jouait l«s valets, les filous, etc., et Gros-Guillaume faisait le sentencieux.

Les comédiens de 1 hôtel de Bourgogne, jaloux des succès de ce théâtre, se plaignirent au cardinal de Richelieu, qui, avant de prononcer sur cette plainte, voulut s'assurer des talents des acteurs déîioncés. Ils jouèrent dans son palais une ^'^.ène bouffonne qui dérida son éminence. K.lle ordonna que les trois acteurs Turlui-in, Gautier-Garguille et Gros-Guillaume ï^^raient admis à jouer à l'hôtel de Bourgogne.

Gros- Guillaume se permit d« contrefaire un tic ou une grimace que faisait habituellement un magistrat puissant; ce magistrat, en colère, le fit décréter de prise de corps. Gautier-Garguille et Turlupin prirent la fuite ; Gros-Guillaume fut renfermé dans les cachots de la Goncier- 59rie, où il tomba malade de saisissement

HISTOIRB DB PARIS

et mourut. Bientôt après, ses deux camarades, instruits de sa mort, ne purent lui survivre : la douleur les enleva dans h nvême semaine (1).

En 1619, Gros-Guillaume prononça sur son théâtre et fit imprimer un prologue intitulé : Advis de Gros-Guillaume sur les affaires de ce temps avec une remonstrance à messieurs qui se meslent de tout. Ce prologue fut évidemment commandé par la pohtique de la cour, contre ceux qui, se mêlant des affaires publiques, s'avisaient d'en raisonner, dans le but de donner à l'opinion une direction favorable à la paix. Il suppose Paris assiégé, manquant de farine et de beurre de Vanvres. « Si je ne mangeais que de l'huile en ca- « réme, dit-il, vous ne verriez pas det « farces à si bon marché : je vous ferais « payer le rétrécissement de mon pour- « point ; car le même qui contient le Gro^- « Guillaume, en tiendrait bien quati> « maigres et huit au bout. « Il suppo-^ ensuite qu'en état de guerre les bourgeois seraient obligés d'aller monter la garde aux portes de Paris. « Oui, oui, j'y ai di^ « l'intérêt, ajoute-t-il : si on s'amusait a « aller ivrogner aux portes, adieu l'hôte!

« de Bourgogne. Pour moi , je ne suis « point séditieux : j'aimerais mieux ga- « gner quatre écus par jour et boire tout « mon soûl à la Croix-Verte, durant l;i « paix, que de mourir de froid sous uiu- « tente en temps de guerre. »

Il parle ensuite de ceux qui s'occupeiit de politique. <^ Il n'y a, dit-il, si petiî o frère coupe-chou (moine servant) qui ne « veuille entrer au Louvre; il n'y a ha- « rengère qui ne se mêle de parler de i;i • guerre et de la paix; les crocheteurs au

(1) Ils furent tous trois enterrés danl'église de Saint-Sauveur, sépulture ordinaire; des comédiens de l'hôtel de Bourgogne. < >^ leur composa une épitaphe dont voici quelques traits :

Gautier, Guillaume et Turlupin, Qui metioient tuul le monde en liesse, Om tous IfoJs rencontré leur fin Avant qu avoir vu leur vieillesse.

Gautier, Guillaume el Turlupin, Ignorants en grec el latin, Briilèrenl tou» trois sur la scène Sans recourir au sexe féminin.

Maiâ la mort en une semaine, Pour venger son sexe mulin.

Fit à tous trois trouver leur liu.

Variétés historiques et Uil'hair^s.

conde partie, p. 501, etc..

pABi?. — -Typ. L\i*'.R, rue SoufUot, !8.

«r coin des rues font des panés;\riq\ies et

• des invectives : l'un loueM.â'ïpemon, « l'autre le blâme. Ah ! que vous êtes

• fous! etc. (1). »

Bertrand Haudrin, dit Saint-Jacques et

Guillot-Gorju, succéda aux précédents. Il avait étudié en médecine, même en pharmacie, et renoDcé à ces sciences pour embrasser la carrière du théâtre. Il jouait

ordinairement les rôles de médecins ridicules, et les faisait rire eux-mêmes. Il étai| grand, noir et fort laid ; doué d'une excellente mémoire, il nommait avec une volubilité extraordinaire les drogues é& apothicaires et les instruments de chirurgie. Après avoir joué la farce pendant huit ans, il se retira à Melun, où il exerça ki profession de médecin. Ennuyé de* son

Saint Jacques-du-Haut-Pas.

nouvel état, il tomba dans une mélancolie qui l'obligea de revenir à Paris, où il mounit en 1648.

Dulaurier, surnommé Bruscambille , était un comédien de l'hôtel de Bourgogne, qui obtint beaucoup de célébrité dans son temps. Il paraît qu'il succéda à Gau- 7^-Garguille dans l'emploi de composer et débiter les prologues avant l'ouverture ae ja scène. Si l'on compare les prologues «e Bruscambille avec ceux qui , sous le règne de Henri IV, étaient prononcés sur

(1) Avis de Gros-GuillaurM, p. 4 et 10. m DULAURB

le même théâtre, on s'aperçoit que la p©« blesse avait fait quelques progrès.Ils contiennent moins de paroles triviales, moins de grossièretés, maisn'en sont pasexemptson y trouve des pièces de vers, un raé^ lange d'érudition et de bouffonneries, et surtout une affectation ridicule pour le style figuré, conforme au mauvais goût du temps; nul trait concernant les mœurs, les opinions, les usages du siècle ; enfin beaucoup d'obscénités.

Ou avait reproché à Bruscambille de faire des prologues trop sérieux ; pour 5 excuser, U en prononça un, en forme d©

^|t4 IIISTOIRE

^çdimatias^ comme porte son titre, et le. •^rmiiia par des phrases qu'on ne 'eut <>o^i^rf■m( nt copier. « Je vous conjiire, «dit-il, ! ar..., de uetloyerla poussière de « n s imperfections avec les * pot sseltrs ^ de votre humanité, et de recevoir un

< clyslèîe d'excuses aux iules! insde votre « mécoi tenhm nt; ce que faisant, \0'js

^ nous obligerez à saisir l'occasion au ; oil ■< du... jour Ciicher la malière que vous

< s<uezdans le hassin de vos comniande- « ments. etc. (1) »

Le prologue sur Y Impatience des spectateurs C( nlient quelques notions >ur les habiicés de ce théùlre et le genre de pièces qu'on y jouait. « Je vous dis donc que « vous avez tori, et même grand lort, de

< \eï)W depuis vos maisons ju.-qu'ici pour

< y monlrer l'impaiieiiee qui \oas est na- « turcHemcnt habituelle, ou, si vous vou

* lez. qui vous est hubiluellemer.t na-

< turelle; c'est-à-dire, pour n'èîre à peii.e « entrés dans ce lau de diverlisseuienl,

< que, (lès la porte , vous triez, à gorge «déployée : Commencez! commeicez!

« Elque s;iv(z-vous, messieurs, si le sei-

< gncLF Bruscambille aura Ijien étudié

< soç rôle, avant que de laraîtie devant

< l'exeellence de vos seigneuries, et si

< votre précipitation ne lui fera point dire « quJipje impert nence qui pourrait dé- « pla re a la seigneurie de vos excelleii- « ces?

« Nous avons bien eu la patience de

* vous atten,dre de pied fei me, et de re-

< cevoir votre argent à la porte de meil- •: leur cœur, pour le moins, que vous ^ nous l'avez p ésenté; de vous préparer « uee plie décoration de théâtre, un; belle t pièce toute neuve, qui, sériant de la « fo(ge, esi encore toute chaude, de broc « en bouche, et se doit gober la serviette

< sur l'épaule...

« M;.is c'est encore bien pis quand on - accmmeficé! l'un tousse, l'autre cra- ^ che, Kaiitie pette, l'auire ril, l'autre au c *.fet^tre tourne le cul; il n'est pasjus- « q^U'^tiux laqucjis qui n'y veulei.t mettre <'ie nez, tantôt en faisant intervenir des 'gourmandes nciproquees , tantôt en

* lançaut avec des sarbacanes des pois

* au nez de ceux qui ne peuvent mais de

* {purs foliûs. Pour ces sortes de ^ens, je

(t) 4p* pCT'^V* ((jcétifuses et bom mots du ffm^vs Bruscambm>-, coniédiea originul; Cot:>gT)e, 1741, p. 153.

DE P4RIS

« les réserve à leurs martres qui peuvent, « ad retour, avt-c une fomentitinn d'é- « trivièi-cs appliques sur les partirs r;0s- « térieures, éteiiidre l'a^rdeiir de leurs iii- « solences (!';.

« li e.-t question de donner un ro; p de « bt'C en passant à c rtains fanfarons de « Gones-equise o'omènent pendautqu'on « représente. N est-ce pas une chose « aussi ridicule que de chanter au lit, ou « de siffler à tab'e?... L'hôtel de B ;urgo- « gne est pour j uir et voir des spectacles « divertissants, assis ou debout, s^ns bou- « ger non \ lus qu une rouve'le épousée. € Vous rèj ondnz peut-être que le jv'u ne « vous plaît jas: c'est là où je v usat- « tendais, pour vous prouver qi e vous « êtes d'aut;inl plus fous d'y venir et de « nous apporte r votre bel et bon argent. « Ma foi, si tous les àn(>s mangeaient des m chardons, je n'en voudrais par l'ournir la « compagnie à cent écusrar an.. .Parbleu! « se dit un autre, en allongeant e cou « comnie une grue antique, n'y devrai-^nt- « ils pas nièler un iiitt;rméde, des fein- « tes!

« Que vous avrz le goiît dépravé et peu « conn isseur! Comment donc a: pelez - « vous 11 scène lorsque Pan, D-ane, (Jupi- « don et autres s'iiigèrer.t dextremcnt au « sujet? N'e-t-cepas intermèdes en lan- . gage comique? Pour ce qui est des fein- « tes, je vous (li tends venir avec dessa- « botsneufs.il faudrait, pour vous raizoû- « ter, faire voler quai-re diables en l'air, « vous infecter d'une puante fumée de « poudre, et faire plus de bruit que tous « les armurieis de la Heatrmerie n'ea « fosit... S il arrive quelquefois a ex cô- « médiens de faire un tiniamarre de fu- « sées, ce nesl que pour .«'accommoder à « votre humeur capricieuse, etc.!2 . »

On voit dans les pass;iges de ce prologue !|ue le sjectacle él it souvent troubla* par l'irjjjpal^ience, les clameurs et les at'ar, qu'es des spectateurs; qu'il s'en trouvatit. qui regif etiiient les àc^nesimiyanleâ a.ppe-

(l)iXl est éyi4f^ti c^ue Br«6f^ml>illi9 pai^;

ici des pagça el laqu:iid qui, chaque j*»^* Goinmeilaient dcà iusoltoct» et niême dpst voU di.HLS Paris. L;i jn^UQe re pouvait le^, atteindre, et leur*, m^îiras quelqueloia 19^. faisalexit fouetter dit us leur* hôtels.

(À), tes l'emées (acùieuses. et i(A bofi$, mPth du fameuj; Bruscambille^ comédien original; Cologne, 1741, p. B2 etsuiv.

,. .. .. . *Of's tons xiii --^

d^l^^. ^ab,e V ,u H.. ,ue ré.Y,.s ,iecos de th. ôtre o„ carac.ère^e T

runcfcx.Le.rs porirais en piH .^t ?

, e-nue .0U5 Pte gravé, far les ha U les

u'î tvv ^f^^P'^'.Cf n^' ProinennUréfc '•Msaxaieijt in>pi;éau pub ic

t^e^rheAlrese compatit d'uo p.Kerre Je que.ques nns< de 'o,es. Lorsque ! cour s y ren Ja.t. on y faisait porteries

nect.rre de porter ^u /.- geà la co -.^die

P3ur M. dE.ernon tt un pour M zZ

m^^;rare!Ie vouait qujls la viui^ent

ouïr. Le marqui>, l'Ancre me di lors

en ces propres termes : Rirdio, n:on.u

«je nie moque moi deLe chose de>to

• rnonde La n-m. a soin de faire (x,rter

- unsrgepourZ met, et n'en ) njiut

.^nt autant de ^^Daib.ne.Fieziloul « 3 1,4 ec. ion;. e délie rriQci;.i(!j. .

TiiEATRc DU Marais, i t. :é' d'abord

rue de la Poterie. h>oteI d'Argent,' utm

pf^ifenieftt a.'tr^f .»§ 10:5 ràr.f.'èrt'sNje \ Pas«hn,a*ixqtt<-UI..>< cometJien.de Bni.

camWfc? et c »n>p.)<;nie avaient «ucdéd Oa voit.:jussi ,i|... e. ccmip.!»^. dansfîprolo^'ue. Ira ta,e»t le publie on pia es >faiieremftt. ; >

h cxisîarî dans le mt^me temps »Mi;.r tetirqui po.til pour \vw^ de thôàti-r'Cv^ «ai de Jt-uM Fathe. Biu-cnmb lie, vo ' ;aiit prouv PMu'ii n'est r>as I.juteur d'un Pièce. sat.rMju-, xnlii.sU'a: Caractères p Mœurs dei /emwes , dH au public' « Ahu q-i OM «e s'y trompe pas. nousavoii - cru .^ii'ii ét»#r àe notie pradenf-e Jej» -^ hanne et moi. de vous faire a lectun -< de ce<.co: ies {\). •

Jean Farine, <iont on ionor-3 le nom ^i souvent mentionîié dans divers rcrit^ 'in temps. Un poèîe représente un -eun-- *ûmme .un, a^ res phisi-iirs fredain^^ ijeut s en^ger dans lu traupe des comd^^s d. l U< tel de Bo'u-.or.a., : il «'.dresse ^ Labeur ou Gio.-Gud.au me, et lui diœamie dêlre s g été i arîB4 ses comparons, Doœnies les braves lestes,

ai charment m. cj,a«,„ depa olf et 4n e«ie^

«tait Joddet. est un personna.^^e cominue ^ui figure dans les pièces de Scarron. C t^t lia jqKi a jou.- d'onsinal le rôle de do-. Ja- ^dArwenie, de Jodelet souffle ié àtJn&elet maître et valet, comédie de c^ auteur. CVtait. suivant les ernvai,.<= <hi tem. s, un acteur t es com.nue • jj lui suffisait . e.epresen'ersnr îa scène pour jxeiter les éclats de nre des spec a.eurs. « avait un Herf» qui jouait les vieillard. ^ lous ces ac eurs. a l'exception de GrosfaiiiLaume, ne jouaient jamais sans masque ils ra:aissaient toujours surla se De awe te même costume. Oo accommodait

. )i.,s fx rcic.-s do ce terzps, k Débaw

lesruesde!aTixe;a;:iJi'i;erdr];:v:;:^ n^- A : commence LCLt du rené dp LouisXriI latrocp..d.ih6te!d-^rgS se transfera dans la Vieille rue du T m le aii-dessousde IVgout .!e celte rue. où elle avait loue un jeu de paume. Ce no ueau ocal reçut alors la dénomination deThcà- 1 re du Marais. Il eta t occup. p^r ,ne roupe de comed.cns .talien./peLionn^

ç^elieu, Mondcn paraît avoir été le (h^ ^ çefle troupe. Là brillaient Ar!e :uin l^anlabD (i) Mézelin. Trnelîn, I.ab"S' !--ûronib.ne, le Docteur, etc. La troup*; Italienne eut un acteur distingué par JV

i^)^'^^'^^^' Mémoirts de B,s3ompierre ,

lau 1624 ; « Pan ta on étant allô, i] y - •* quatre moi*, trouver ie snrint.n i.nt ( n r- « quis ae La Vie .viMe) p.,ur h,i fa r» ^i-uer " ui:e ordonnance de quelque ..o.nme %u^ " \otr- maje>té avoit douLé. à .acurapa-, ie " des que Je marqub le vit euirer oa s su

- ci.ai..bre, il se mit soudain et sans d >e

- gare, a faire mille paaralonnaJes Le sei- ^ g^.eur Pantalon, tout .u rebours, se m^t ' ^V.' 8a.';oane mine, et, s'approchaut de U

* \ieaville avec ua pas plein .ic crravit- il' . lui ait : Seigneur n.arquis, voire" 1 u^stds- . «ujeseigTieurievi^t déjouer mou rôte.

. je la ..upphe maint^rant de joner le sien

• vn s-g..aut mon or^o.nnaacc. n (u vod imbltqu^ au rof, p. 32. )

igg BI8T0IBK DR PARIS

riginalilé de son jeu, son esprit bouffon et ' sa pantomime, dans la personne deTibe- TÎo Fiorelli, dit Scaramouche, homme vicieux, qui fut condamné aux galères en Italie pour ses escroqueries , et fort accueilli en France, surtout pendant la minorité de Louis XIV (4).

Mondori, beau parleur, était ordinairement chargé de l'emploi d'orateur; c'est lui qui composait et débitait les prologues des pièces. Le cardinal de Richelieu le faisait jouer sur le théâtre de son palais. Cet acteur était admiré dans les rôles de héros comme dans les rôles de bouffons. Il ne voulut jameis adopter sur la scène Vusaçe des grandes perruques, et v figurait les cheveux courts et crépus. Il mettait trop d'ardeur dans son jeu; en jouant le rôle d'Hérode dans la tragédie de Mor riamne, par Tristan, il fut frappé d'apo- 1 plexie, et resta paralysé d'une partie de ! ses membres. Retiré dans une maison de campagne près d'Orléans, il avait entièrement renoncé au théâtre, lorsque le cardinal lui ordonna de venir à Paris pour jouer le principal rôle dans la comédie de Y Aveugle de Smyrne, comédie dont ce Cardinal était auteur avec l'abbé Desmarets. Ce comédien malade obéit à cet ordre barbare. Il fit des efforts pour remplir le vœu du terrible maître ; mais il ne put jouer que dans deux actes de celte pièce. Mondori se retira dans sa maison comblé de pensions qu'il tenait de la munificence de Richelieu et de ses courtisans (2).

La licence des scènes théâtrales deverait intolérable pour un temps où le goût €t la politesse faisaient des progrès. Les habitudes grossières du vieux temps se ' maintenaient, mais elles commençaient a paraître scandaleuses. Je le dis, et ne , puis en fournir la preuve sans craindre le * reproche que méritent les auteurs de ces farces grossières et dissolues, ou que méritent les mœurs de leur temps.

Les indécences de la scène furent prohibées, mais non entièrement bannies par dès lettres patentes du roi, données le 46 «vril 4644, et enregistrées au parlement le 28 de ce mois. On y fait défense « à tous « comédiens de représenter aucune action « malhcnnêie, de n'employer aucune pa-

« rôle lascive ou k double entente, à peii» € d'être déclarés infâmes, etc.: » et, ee qu'on ne trouve guère dans des lettre»

patentes de cette époque, on emploie le mobile de l'honneur pour amener les ac» teurs â des principes de décence : • Et en « cas que lesdits comédiens ne contre- « viennent, ains règlent tellement les ac- « tiens de théâtre qu'elles soient du tout « exemples d'impureté, veut et ordonne « que leurs exercices ne puissent leur être « imputés à blâme, ni préjudicier k leur . réputation dans le commerce public(4). * THEATRE nu Palais -Royal. Ce fut pour faire jouer sa tragédie de Mirame que le cardinal de Richelieu fit bâtir ce théâtre contigu k son palais. La représe»-^ tation lui coûta, dit-on, 2 ou 300,000 écus. Guy-Patin écrit que, le 28 janvier 4637, on joua k l'hôtel de Richelieu une comédie qui coûta 400,000 écus, dépense fort intempestive, à cause de la misère publique. Le n.ême ajoute que le lendemain plus de cent bateaux chargés de vin, de blé, d'avoine, de poisson, etc., périrent vers la Grève: grand malheur pour les marchands. Pendant que les uns se réjouissent k grands^ frais, les autres se ruinent (2).

Sur ce théâtre on ne jouait que des tragédies, des tragi comédies , des comédies héroïques, qu'étaient chargés de composer- Pierre Corneille, Rotrou,deL'Estoile,Bois- I Robert, Colletet, l'abbé Desmarets, etc. i Le cardinal contribuait, en tout ou partie, k ces productions dramatiques, et paraissait flatté qu'on les crût son ouvrage.

Montfleuri, acteur le plus renommé de ce théâtre, dont le nom de famille était Zacharie Jacob, fut admis dans la troupe royale en 4636. On attribue sa mort aux efforts qu'il fit en jouant le rôle d'Oreste ; car les acteurs qui criaient le plus, qui se donnaient les mouvements les plus violents, étaient sûrs d'obtenir les suffrages de li cour. Il avait le ventre si gros quil poi tait pour en soutenir le poids un cercle de fer k sa ceinture. « Il fait le fier, disait . de lui Cyrano de Bergerac, parce qu on . ne peut le bâtonner tout entier en un « jour. »

Sur ce théâtre, en 4636, parut la tra* gédie du Cid, qui, en 4639, fut suivie des HoracestKà.^ Cinna. Ainsi ce théâtre, fa-

(1) Voyez la Vit de Scaramouche^ par An- ^ Constautini.

(2) Variétés historique» et littéraireSy t. I, %rt. 2, p. 528,

(1) Registres manuscrits du parlement, au3Ô avril 1641.

(2) Esi^rit de Gui'Patin, p. 187.

sors LOUIS XIII

vorbé par un puissant protecteur, fut presque en même temps le berceau et le char triomphal de la tragédie.

Théâtre d'Avenbt. Un chef de troupe, nommé Jacques Avenet, avait loué, en 1632, le jeu de paume de La Fontaine, situé rue Michel-le-Comte, et y avait établi un théâtre où se jouaient des comédies et des farces. Les habitants des rues Midiel-le-Gomte et Greuier-Saint-Lazare se plaignirent au parlement du grand nombre de carrosses qui obstruaient ces rues, de l'insolence des pages et laquais, et des vols qu'y commettaient les filous attirés par ce tnéatre. Le parlement, en 1633, fit droit à la demande des habitants de ces rues. II ne paraît pas que ce théâtre se soit soutenu longtemps.

Théâtre de Tabarin, situé place du Pont-Neuf, du côté de la place Dauphine. ï^ris, autrefois bien plus qu'aujourd'hui, était le domaine très productif de toute •îspèce de charlatans. Je u'eotends parler ici que de ceux qui vendaient des remèdes à tous les maux, et qui, parce seul moyen, vivaient aux dépens de la multitude ignorante et crédule.

Peu de temps avant l'établissement de Tabarin. on voyait, dans la cour du Palais, à Paris, sur un théâtre, il signor Hieronimo, magnifiquement vêtu, décoré d'une chaîne d'or, et vendant de l'onguent contre la brûlure. Il avait pris à gage un bouffon de l'hôtel de Bourgogne , nommé Galinette la Galine, et, en outre, quatre joueurs de violon, lesquels, le premier par ses bouffonDeries, les seconds par leur bruit, attiraient les regards et l'attention des pa.ssants. Le seigneur Hieronimo se brûlait publiquement les mams avec un flambeau, jusqu'à ce qu'elles fussent couvertes d'ampoules; il se donnait des coups d'épée à travers le corps. Aussitôt il appliquait son baume ; et le lendemain il montrait aux nombreux assistants qui se pressaient autour de son théâtre les plaies faites la veille guéries et cicatrisées, les ravissait en admiration, et vendait son baume {\).

Tabaiin ne faisait point de pareils tours de foi ce. Il n'était qu un bouffon gagé par un nommé Mondor, vendeur de baume et d'onguent. Il jouait le rôle d'un /liais,

(1) Solire conWt les charlatans et pseudomé' decinsj etc., par Thomas Soxmet, sieur de Courrai; édit. de lolO, p. 101.

et proposait à son maître les questions les plus ridicules, que celui-ci, vêtu en habit de médecin, portant la longue barbe au menton, résolvait gravement en termes de la science. Tabarin, toujours mécontent des solutions de son maître, en donnait d'autres qui paraissaient inspirées par les habitudes contractées dans les lieux d'at* sauces ou dans les lieux de débauche Alors le maître contrefaisait l'homme cour roucé, répondait souvent aux questions et aux solutions ridicules de Tabarin en le qualifiant de gros âne, de gros porc, de maraud, etc. Tel était le mécanisme des scènes que ce charlatan et son valet jouaient sur leur théâtre, scènes qui pendant plusieurs années attirèrent à son théâtre presque toutes les classes des habitants de Paris. Plusieurs écrits attestent la renommée d'un tel spectacle, dont Boileau parle, mais avec mépris.

Un contemporain a aussi contribué à étendre la réputation de Tabarin : c'est Thomas Sonnet, sieur de Courval, gentilhomme virois, docteur en médecme et poète satirique. Il avait, en 1610, publié une satire violente contre les charlatans, pseudomédecins, empiriques, etc. , en prose naêlée de vers. En 1619, indigné des succès de Tabarin , il fit un extrait de cette satire, et la publia sous le titre : Les Tromperies des charlatans découvertes.

Dans le portrait que ce médecin fait des charlatans, Tabarin ou son maître, qui n'y était point nommé, se reconnut. Il fit aussitôt publier une réponse intitulée : Za Répooise du sieur Tabarin au livre intitulé La Tromperie des charlatans découverte. On y lit ces phrases : « Ma- « licieusement et à dessein , le susdit li- « vre, intitulé : La Tromperie des char t latans, a été publié, non à autre « intention que pour me faire perdre l'a- « mitié que vous me portez, et me faire « sortir de vos bonnes grâces, que j'ai ac- « quises sans l'avoir mérité... Sitôt que « Dieu m'a fait la grâce d'entrer en cette € ville de Paris, je n'ai été si téméraire de • montersur le théâtre, en place publique, ■ sans aller prendre permission des officiers « du roi, de M. le lieutenant civil, auquel € j'ai des obligations infinies (1). •

Le sieur Courval avait raison de se

(1) La réponse du sieur Tabariu, au livre intitulé Tromperies des charlatans découverte*! Paris, 1619, p. 6, 7, 13, 14.

piaiiiare des chnrIalaTis; Tabarin av?.it raison de ?e julifirr; le lieutenant civil avaii ton d'avoir permis à ce dernier d'étah irun thé Hre et d'y vendre ses dioiïuos. On a recueilli les œuvres de Tabarin, et elles o: t obtenu jusq t'a six éditions, i Paimi les questions lui les composent, le; nombre de celles qu'on peut ciler aujour- | d'hui est infiniment petit (<). En voici ' une que j'ai choisie :

TABARIN

• Quels gens trouvez- vous les plus «;,eourtois du monde? •

LE MAÎTRE

« J'ai été en Italie; j'ai vu les Espa- « gnes et traversé une erande partie des « Alemaj^nes; mais je n'ai jamais remar- « que tant de courloisie qu'en France.

« Vous voyez les Français qui s'embraso seul, se Cfi ressent, se bienveillenl, s'ô- « tent le chapeau; enfin, je n'ai, entre «.tou es les conirées où je me .suis trouvé, «vu ni remarqué gens si courtois qu'en « France. »

TABARIN

« Appelez-vous un trait de courtoisie « que d'ô'er le chapeau ? Je ne voudrois • pas beaucoup voir de telles caresses, « moi. •

LE MAÎTRE

« La coutume d'ôter le chapeau, en si- « ene de bienveill noe, ♦'si ancienne, Ta- « ba; in, pour témoigner l'honneur, le res- « pecl et I amitié qu'on doit à ceux qu'on

« salue... •

TABARIN

« De f.içon que toute l'essence de la « courtoisie, vous la jugez consister à « ôlor le ch;)peau. Voulez-vous savoir « qui sont les gens les plus courtois du « monde jf •

LE MAÎTRE

« Qui, Tabarin? »

(1) Itecueil général des œuvres et fantaisies de T ib'irin^ divisé en deux parties, conîenani tes rt;iu'onirt.8, qnestiong et demandes f cétieu3-^8, aV' c leurs r.^ponses. A cette six ème. éditian est ajoutée la dtiiixièuie panij d s qucbiions et farces non encore vues ui iuiprixaévs. Paris, 1625.

DE PAaîS

TABARIN

« Ce sont les tireurs de lame (voleurs) « de Paris; car ils ne sont p,^ seulement « contents de vous ôter le cha eau ; mais- « le plus souvent, ils vous ^iMit le man- « teau quand et quand (1). •

Tabarin demande ailleurs, h sot maître, lequel il aimerait mieux d'être cheval ou âne. Le maître préfère la condlion du cheval, et Tabarin celle de l'àne, « parce « que, dit-il, les chevaux ont lj f eine de « courir les bénéfices, et, le plus souvent, « les ânes les prennent. »

Une autre question atteste un u«?ai»e qui n'existe plus, et dont j'ai déjà parlé. Tabarin demande à son mnître pourpioi les femmes portant des m isjues. • Je me suis « trouvé, dil-il, dans une as-embK^e de « femmes: je n'ai jamais vu tant de mas- « ques ni tant de beaux montons. Je « croyois être en carème-prei ant. »> I^ maître lui répond : « Les femmes portent « des masques pour se conserver j - tf'int « frais, pour s? garder du hàle et ne flé- « tri: point les roses et les li- qui se vont « ém.iili :nt le verger de leurs joues, etc. > Tabarin donne à cet usage un molif ridicule vt trop grossier pour être ra 'porlé (2).

Tabarin représenlaitaussi, sur son théâtre, «les pièces à intrigues. A la suite de ses Qiùcsdons, on trouve deux de --es pièces, intitulées /^â^/*CM tabariniqucs ; et^ dans ces deux pièces, on voit des nersonnages que l'on dupo en les renfermant dans un sac. Molière a imité cette scène de Tabarin dans .ses Fourbe rie^i de Scapin; imitation que Boileau lui reproche dans ces vers, où il dit que cet anteir comique aurait att int le sublime des n art. si pour s accommoder au goùL du peuple, iln'eiit

QiiiUé pour 1h btîiiffon ragréaM** Pt 1^ fln, El 8i4tis IjontH h Té «'iice aiiiÀ Tab -r n. Uans i-e »ac rulicu'e uù M:apiii s't!ii^'<<ii>|>pe. Je ne rooiriiiuU (ilu» l'a;iie:ir du Misant lirope.

Dans une de ces questions, le chaîlata» n'oublie pas de faire l'apologie de ses dror '"^. « Mon maître, dit Tab;irin, vous dntez tant vos drogues, principalement « voue baume, votre pommade, et iou»

« les autres médicaments que vous dispen-

(1) Itecueil général des œuvres et faulaitie» deTiihurin, que-tion 22, partie l, p. 63

(2) liecueil général des awre^ et fantainies 4ê Tabarin^ partie 2, question 16, p. 5,i,

sors

• SM; fe désirerois gnnrl m?nt sav'oir

• leur ' nergie, ! uriropriét-^it iiis.-ance.» Le mntreiVi répond modi-temenl : « A « la vérit -, il faut que je confisse, sans « phil lutieou ostentation, que moiibaume « est ùD <ies pins rares «-Ciets que la nn- -'•tuiv ait jamais d couverts, tant poui- € les cxp rienceîîquil en a fait piroîlre, « tant à Paris qu'en autres vi les de

• France, où je l'ai distribué, que pour « les évi'nenWnts *^{ guéri.-^or's admirabis « qui en sont réussis, outre même mon

• atleuti-. Il est tes bon aux douleurs d:

• fête, aux migraines, veit ses, lén bro- « sites du ce^^'^au; il est singul er pour le t mai de-tomac, syicope, \omissemeut, i palpitation .. , pb r l'ubstrucion du « foie, l'opitation de la raie, pour le mal

• de reins, de fluxions catnrrht-uses, pour

• les sciatique>, etc. (!). »

Ce n'étaient pas seulement les personnes du peu:-le, c'é'airnt aussi celles de la Clu:qui C! oyaient à l'ef^cac té des drogues de ec ch ii-'can. Dans um pièce satirique •ontie les courtisans, en lit :

Que >i l'or a les de-ts pài^, Faul l*-£po iioijd » fiéqueutées, L'oi> aiH. le ro»ua ^n, 3ue Ton trouve tb z Tubarin (f).

Parmi les nombreux écrits publiés dans lespremièresannécsdurègiiedcLouisXII!

H e:i est un qui coii;mtnce ainsi... « Me « promenant sur le Pont-Neuf, attendant « la fi.rre qu a accou'ume de jouer sur !e

• soir Tubariu po ir mieux vendre ses « denrées, je m'a.rêtai à la boutique mo- « bile d'ui; manhuLd libraire (3). »

Dans une autre | ièce où Ton fait parter des femmes, 1 une dit : • N'av» z-vous

• point vu et lu les Questions de Taha- « rm? — Oui, madame, upond la femme

• d'un secrétaire du roi, je lésai lues il

• n'y a pas un mois; mai? je n'y prends ■ pas l.KaucOi p de plaisir; car on r: 'a dit « qu il y a bien à ■ ire ce ce que dit Ta-

• Éar n, et de ce qu'on a écrit sous son « non., et qu'il n'y a rten de tel que de « Ituir. — Vrijmi, mademoiselle, dit l,j « fennie d'un médecin, je l'ai oui dire « ainsi à mon mari; mais il trouve que

(1) lierveil général dts œuvres et favtaisifs it Tutiurni, qi:estio:i 16, partie 2, p. «3.

f^) \.it PaffiUil lie la court, [.our appr ndre à àia. oi.rir ei s'babilier à la Jhode; I 622.

(3) La Pwtrmtnade du Pré - aux -C Uns, p. 1} 1622.

LOUIS xm ♦'g'ç

• Mon dor dit b auronn con'"u-é'non . eî « il s'étonne de la facilité des l»ou!ii oi de ■ Pavi^ qui se lai-sent persualer si légè- « remen' à sesdvs'^ours (1). •

L'> théàiie de T.iba in e ' 'gnr- siir l'ne vignette do ses œuvr»-. On y vol re-r pr sente le maître, en bal it doe*î(iTa', la tè^e couver e d'un bonnet biisque, Ij meh-^ ton orné fj une loiigue barl)e, et t-nantec ses mains des boîîes d'onguent ou de biume^Il paraît s'adres-er à son \alet T: b.irin, qui, coiffé d'un chap?;iu d'arlequin, vêLu d'u'csouquenilleel d'un largq pania'on, po le à sa ceinture une balle

d'art

euuin t

t fléchit les gem x en y por-

tant !e< deux mains. Son v;saj,ee.'t couvert d'un ma.-que. Sur l'ar ière ; lan eM une femme assise, coiffée d'une oq ie ornée de p'umes; devant elle est une grande ca-set'e ouverte, contenant des ^o.s oe boîtes de baume.

Tabari:i, ou plutôt son maître MontiîiorTj car ce d:-ruier se contentait des pro ts dû charatan sn.e et laissait à so;i associé Tabariii toute la gloire de ses t-uces, revint à Paris et s'y trouvait en 4 634. SaE5 doute que son théâtre offiait nés scène» [lus licencieuses qu'au;, arasanf, ou que la tiélicatesse parisienne ava t fait dés progrès: car, ie 8 août de cette ann^e, 1^habitai.t^ de l'île de la Cite se ; laign.reni au parlement de l'indécence de ce sp ctacle. « Le nommé Moutdor, est-il dii dans « cettei lainte, elauîres charlatans jouent, « des farces, chantent des chan^ons ei !'6ni « autres acûons messéantes et .scandaleu- « ses. » La cour décréta que lesor-lcn;:ar/ces rendues à ce sujet seraient exécuue&^ et que le bai'li du Palais y tiendrait la main (2;.

Ces; trop m'arrêter, dira-t-on, sur un sujet Si futile; mais les succès d<f Tabarifc ne contribuent-ils pis à caractériser la peliode qui m'ccup'? Le thé-tre, q el ;ue grossier qu'il soi;, n'est-il pas i'iiKigetidele, des nioeu.s pubiiquesPCechai latau , *a-t-il pas été l'objet cle l'admir^-tion publijue'V X'ii-t il pas dupé et divrrti (endaitî scpt^ a huit ans la co r et la vi.le? Ne vo.l on." pa-; qu en peignant la gros^ièle.é des oc;medi Uv, j'ai voulu peinJrecelie dessi^eetateurs?

(1) Troisième après-âinée ùu caquet de fa6~ courhée, p. iO; 162-.

(Z) Rf'jUtres du t'uMment, SLij l(îaoûtl634.

tOÔ BISTOIBB DB PAAIS

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