VII. Etat physique dô Paria
Soixant€-neuf maisons religieuses, vingt d'hommes, quarante-neuf de femme, et quelques autres établissements pieux ou civils, tous composés de grands bâtiments, cours, jardins et enclos, fondés dans Paris sous le règne de Louis XIII, devaient y occuper un espace considérable, et faire*, pour ainsi dire, déborder les bâtiments de cette ville hors de son enceinte. Une autre cause avait accru la population et le nombre des maisons de Paris, et contribué à la plénitude de cette ville. La paix intérieure, depuis si longtemps bannie de Paris, rétablie par Henri IV, ayant ramené l'aisance et la sécurité, une multitude d'habitations nouvelles s'éleva dans cette ville et dans ses faubourgs. D'autre part , les troubles et les guerres civiles qu'engendrèrent en France la faiblesse et l'incapacité des gouvernants, 1 ambition et l'àviaité des princes et seigneurs, firent sentir le besoin de mettre à l'abri de leurs atteintes et de protéger par une enceinte plus vaste une partie des maisons, hôtels, monastères établis dans les faubourgs du nord.
Accroissement de l'enceinte de Paris.
Dès l'an 1562, Chartes IX avait eu le projet d'étendre l'enceinte de la partie septentrionale de Paris; mais les troubles qu'il contribua à faire naître s'opposèrent k l'exécution de ce projet.
En 1626, un nommé Boyer, secrétaire du roi, proposa de faire construire entièrement la partie septentrionale de l'enceinte. Elle devait commencer à l'est de Paris, au bord de la Seine, près du boulevard de l'Arsenal, et aboutir à cette rivière, à l'ouest de cette ville, et à l'alignement de la gorge du bastion qui joignait la porte dite de la Conférence.
Cette porte, située sur la rive de la Seine, à 1 endroit où se terminait le jardin des Tuileries, reçut le nom de Conférence, et existait en 1608. Il ne faut pas la confondre avec la Porte-Neuve, qui se trouvait sur le quai du Louvre, au point où la rue Saint-Nicaise venait aboutir à ce quai. Il ne faut pas non plus la confondre avec îa barrière de la Conférence, située à l'ex- 4rémité du Cours.
Le proget de Boyer n'eut qu'un commencement d'exécution. Le bureau de la rille, mu par divers intérêts, fit suspendre les travaux, et s'opposa même à l'enregistrement de son contrat.
En 4 634 , Barbier, intendant des fttaof ces, fut plus heureux ; mais son projet n'obtint pas une entière exécution. D'abord il devait comprendre dans l'enceinte projetée une grande partie des faubouigs actuels; oe plan parut trop vaste, et h sait trop d'intérêts. Son marché fut aa. nulé en 4632. Alors il renferma son plan dans des bornes plus circonacrites, et en commença l'exécution sous le nom de Charles Froger, secrétaire de la chambre du roi.
Il se chargea de faire construire une enceinte qui commencerait à la porte Saint-Denis, suivrait, le long des Fossés- Jaunes (4), jusqu'à la nouvelle porte Sainl- Honoré, dont la construction avait été commencée par Boyer, et cju'il s'engagea d'achever. Il fut tenu aussi de bètir deux autres nouvelles portes, l'une au bout du faubourg Montmartre, et l'autre entre 06 faubourg et celui de Saint-Honoré ; d'abattre les anciens murs, les anciennes portes qui se trouvaient depuis la porte Saint-Denis jusqu'à la porte Neuve; de combler les anciens fossés, où l'eau croupissait, etc.
En vertu de ce traité, l'ancienne porte Saint-Honoré, située vers l'endroit où la rue de ce nom reçoit celle de Riciielieu» fut démolie en 4634. On établit sur son emplacement une boucherie, et la nouvelle porte fut placée à l'extrémité de la rue Saint-Honoré, entre le boulevard et la rue Royale.
L'ancienne porte Montmartre fut, en 4 633, pareillement démolie, et à sa place on établit une boucherie. Cett« ancienne porte était située dans la rue de ce nom, un peu au sud des angles méridionaux des rues des Fossés-Montmartre et Neuve-Saint- Eustache. La nouvelle porte Montmartre construite alors fut élevée sur la rue de oe nom, entre la fontaine et la rue des Jeûneurs, presqu'en face de la rue Neuve-Saint-Marc. Elle subsista jusqu'en 1700, époque de sa démolition.
Entre ces deux portes, il en fut construit une troisième, à laquelle on donna le nom de Richelieu. Elle était située dans la rue de ce nom, près celle Feydeau; elle a subsisté jusqu'en 4704.
(1) Les Fosaés- Jaunes, ainsi nommés k cause de 1a couleur des terres, furent oremsés sous le règne de Charles IX; ils étaieut s!tués près de la rue Bourb(Ki- Villeneuve.
Sttr l'emplacement enserré dans cette oouvelle enceinte furent ouvertes, peu de temps après, les rues de Cléry, du Mail, Neuve-Saint-Eustache ; celles 'des Fossés- Montmartre, Saint-Augustin, des Victoires, de Richelieu, Sainte-Anne, des Pelits-Charaps, etc.
La butte Saint-Roch, butte dont la formation a été expliquée, s élevait au milieu de ces nouvelles constructions, et conser-
éTAT PBTSIQCE ]0|
vait encore sa hauteur, sa forme agreste et ses moulins à vent(1).
Outre ce quartier, on en vit alors com-^ niencer et se terminer plusieurs autres. L'église de Notre-Dame-de-Bonnes-Nou^ velles fut bâtie en 1624; et plusieurs rue» construites à l'entour reproduisirent l'aocien village de la Ville-Neuve, situé autrefois sur cet emplacement, détruit pendant le siège de Paris, et dont le nom est
KEqutro:
B«^I^ce(l^
Costuiiies du XV* siècle.
Jai!
encore rappelé par celui d'une rue (1). Le Marais, quartier dont une grande partie, encore eo culture, n'offrait que de castes enclos, se couvrit aussi de maisons ît de rues nouvelles. Eo 1620, sur lemwacement de la rue Culture-Saint-Gerjais. on traça les rues de Saint-Anastase, *® Sa»nt-Gervais; et, en l'année 1636, «Iles d Anjou, de Beaujolais, de Beauce, le Bourgc^oe, de Bretagne, du Foretz,
(l) Rue Boturbon-Vaieneure. Voyez oi-
de la Marche, du Perche, etc., furent oo» vertes.
Le projet de construire ce quartier avait, en 1608, été conçu par Henri IV, maii sur un plan plus vaste. Ce prince voulut établir au Marais une place d'une grand* étendue, qui devait porter le nom de plaça de France, à laquelle auraient abouti huit rues, larges chacune de six toises, borw dées de bâtiments uniformes, et désignée*
(l) Mercure frênçais^ t. XX, p. 718 il
suiv.
tèiit espar nnedènomîn;;tI(Hi gOograi hique. Te le est l'or gine des iioniv we provit œ €[<!(- 1 01 tent faplùj art des rues de ce quartier.
• l'île S;:inl-Lo«is fut, «ons ce règne, efllièi ornent rou*erle de maisons, et donna h-\i) mI e de Paris uïi non \ eau quai ter régf'ièn ni'.nl cens! mit (l).
Dai.è l'îledc laCité,la rue Sain' e-Anre, f.i es du Pillais, fut Oi.veiie en 1631; la ru Sinnt-Louis, qui n'existe pius, le fut m 16L0.
Au l;!ul)Ourg Saint-Germain, sur l'emfil:itoni( nt du petit Pré-aux-Clercs, el sur celi.i qu'y ocenpaient l'Iiôtel et les jindins df la iei:"e Marguerite, on ouvrit la rue des Ptt!!s-Aiigu>lM!S et quelques autres.
Le grand Pre-aux-Clercs vit ses pi airies, ses jardir.s, ses clos couin encer à se cou- \rir découverts, dv niaiscns, d'holels et de laiges . ri;es, telles eue (elle SairU-Doiri;: que, autrefois nomnue le Ghen'in- 8u>;-Va(hes. les rues de Bourbon, de Ver- Deuil, etc. Riais ces lues l'urtni ouvertes, ce.- con.-truc ions s'extcutèrtnl sans pian, fins règle : chi»cun bi.ti.-sail sur son terrain, ne s'as>ujetii.-sait à auc ai alignenienl, et suivait les ondulations des aucien> chemi! s.
Paris lut aussi pendant ce temps orné de \ast's éiiices, de soixante neuf maisous religieuses, de trois églises paroissiales, de que!quts hô, ilaux, du j alais du Lux ml ourg, du palai^ Cardinal ou Royal, de la Soi lx)nne, du collège Du lMe>sis, de^ bàiiii.cnts et du Jjrdui des Plantes, et d'autres etablissmit^nls, dont j'ai parlé, etc., etc. Celte ville reçut une face Douvdle.
De si grands cbang ments furent celé- , bris par L.n ; oète de ce temps. Corneille, ^ dau.v sacomtdiedu Menteur, repiésentée pour la première fois eu 1642, fait dire à Doiaute, uu des personnages de cette ? pièce : j
Vm-h sf tiibte à ni«ii yeux un |i»ys de roftians;
tf î cu'jdiî- if niuiii) \«iir ui.f llr ei clianlec (2) ;
le la iii:N»iii dé.>«i(« et la l|-ou\r hab lèt*.
Oiuu.ti Aini'ta 011 nouveau, si n.- laioedea roaçons,
fcii »up6.l»«c ))tt(«ii» ï t-liuiigté tXi buUiOus.
CÉKO.tTE.
Îari» tott loot i*t jour^ de cm méiamorpheses ; di.b loul le Pie-aiix-iJieRS lu verrub ihCiiies cbOïCS 1El'l'uBi%-ers*mitr n«péiii li n voifTè^al
(l) Voyez ci-dessus ile Saint -Louis ^ dans | lai pr< Êtîiite période.
{2} L île baiiit-Louis.
AiixsiifPrl'ps rf"h .'« Al Palaîs-Cflrdinal fli; T<i (' une vi le frifèn-, i!\ec i omp»' l'â'^t*, Siiiible d'un vieux fO'Se par miracif so: iSi- (2V
Par la ville enti'Te, dont parls^ ioi Cor-; n.ille, on doit entendre les quartiers nouveaux qui avoisinaiont le Palai--Hoyal,' que traversaient la rue de Uichelieu et' autres rues adjacentes.
L'aqueduc d Arru'ei! pnrla le bie¥if;iit éé ses eaux dans les jarditiiî du Luxemboni^ et dans plusieurs qtia' tiers de l'Université et du f;iu bourg Saint -Germain.
L'bôte! de Nevers figurait avccdistinction sur l'emplacement delhôte! des Monnaies.
Le mur de ses jardins bordait le quai jusfiu'à la rue Gî éni gaud ; et ce quai, dé- ■ pourvu de parapet, se terminait entre l'hôtel des Monnaies et le collège des Quatre- - Nations. \
La tour de Nesle, ainsi que la porte de j ce nom, .4tuée sur la rive gauche de la ! Seine; la tour du Bois sur la rive op| osée, tour qui s'élevait beaucoup plus h;. ut que le conible de la galerie du Louvre, et la Porte-Neuve, qu'el'e protégeait, exis! aient .< encore. Chacune de ces deux tours, ron- ! des, très éLvées, étuit accoup'ée à une > seconde tour ronde d'un moindre diamètre, mais dont la hauteur surpassait de plusieurs toi-es la tour principale. L'ancien Louvre était encore entoure de fossés alimentés par les eaux delà Seine. Deux pontsconslruiîs sur la route du quai laissaient entrer dnns ces fossés l'eau contenue par des écluses.
La fiiç.;d ' de ce palais, du ûôtédeSaint- Germain-l'Auxerruis, conservait encore i son ancien caiacière. Eile était tei-minée aux deux angles par deux tours rondes couvertes d un toit en forme conique. Où arrivait à la porte principale par uu pont composé d'arches eu pierre et d'un pont- ; levis.
. Le jardin des Tuileries était séparé du | palais de ce nom par un espac? asselÉ '■ coisidérable et par une rue qui portait le nom de ce jardm (3). Ce jardin, le Cours^
(1) Pî.laîs-Royal.
(2) Le M^vteur, acte IT, scène v.
(3) Un riiiicur, qui éciixal dans les premiers temps de Louiâ XiV, paiio uiusi de c« jardin : '
Qu'il est beau. qu'il esl b>n muré!
M»*» d où '%'»«iti qu'il ni ««pai^é taf uni lie p-à-, (III do.^ !c I. î Uti^ ta ttie(iè,id»i«(!«« jours^
la-Rpine, les jard!n<; du Lnxemhnurg. des Plantes et du PalaU-Ruyal étainf^aNec le Pi-é-mx-Ciercs, qui commençai à -6 couvrir de maisons et de rues nouvelles, les seul's prom >nades d? Paris: mais tous les Parisiens, n'avaieut pas la liberté d'ea jouif.
Le Pont-Neuf éîait le rendez-vous commun des étrangers, le lieu le plus pass;int de la V Ile On le froivait consfeamment (^ouvert d'une foule de curieux, de charlatans qui veiidajent du* aume et jouaient des farces, de bifjiquis^es qui faisaien" des tours de gobelets de m rchands de chansons, .jui Ls chaniâient, de jeux de marioniii-iie<, de marchands de jou oux, de quincaillerie, de livres, etc. Il présentait des î^cene^ très variées et un tableau fort ânim '.
Voilà îe beau cô é, la face riante et gracieuse de Paris réo^mmenl embelli.
Examinons cette ville sous une autre face.
Les lours deNcsIe et du Bois, la façad? du Louvre et ses tours rondes, le-- éd^fi es duG:aiidetdu Petii-C.hàlelet, le Pala.s de la Cité, la forteresse du Temple, ceile de la Bastille, la plupart des tours et portes de 1 enceinte de la partie meridion:ile de Pari-, etc.. cons rvaient encore a cette vil'e le.- traits prononcés de son ancienne barbarie, un aspect hideux, menaçant et féodal.
Si nous parcourons l'intérieur, nous y voyons des rues tiès étroites, tortueuses, bordées, de loin en loin, de .}uel jues èlifices somptueux ou so i»]es, mais dont les intervalles éiaier.t re i plis par des m tisonmal bui^s, ou plutôt par de pauvres baraques; nous y voyons un peu d opulence avoisin.mt beaucoup de misère.
LVlat des rues n était pas plus .satisfaisant que celui des maisons qui les bordaient : puantes, fj.ng u^es, ob-tiué-s souvent p.ir d s immondices, des fumiers, et inot-d-es d eaux stagn:.ntes et corrompues, elles liiessaient également la vue et l'odorat.
Dans les procès-verbaux qui furent dresses, en 1636, sur les ru s de Paris, on peut voir.quL-l en était le déjlofabie état : des nies non encore pasées, ou qui ne l'étaient
■l'avoir 11 mai>onJi la mJ e,
»■• »eiar«iu rians 1rs faubooriiï ?
(Port» ndiV-u/e, poème satiriqoe, P*tr Petit, avucat.)
fais
que d'un côfp, ou sailement en qu- 1 lueir prlies: des ama^ de srravois, de fum ^r; d'immondices, entassés v-ur le bord :de^ maisons denuis environ dix an»*, d'antre* amas de mém -s matières, encoaibr mt I# milieu d-s rues, obsfruai'-nt le co irs des eaux, et fermaient !'ouTe:tu -e des égouts. Ces égouts étant obstru «s par ces nni »> oo par les matériaux de leur pro:>re maco»^ nerie tombée en ruine, les eaux, sans ( couie:iient, Temniissaient l^'s rues où se trouvaient ces égouis, retîuaient dan- 1-^- rue*' voisines, et y formaient d'<mmH'n~es et feti les cloaques, continuels ob^t icle- pour les piss;ints et foyers très actifs d- corruption et de maladies contagieuses pour les habitants du quartier (1)."Ces -r^cès^ verbaux font la censure du soaverneTient, des administrileurs de la police, et ; euvent serv-r de pièces justifica'ive? aux poètes qui ont qualifié Pa-is de ville d* boue, ville de langes et de crottés. Les poètes, contre l'usage, ont à cet égard très (>eu exaaéré.
Ce Poîit-Xeuf, si peuplé de marc' ;and« et de charlatans, l'éfail aussi par de -ombreux filous et de hardis vol* ur-, comrrii o:j le verra dans la section suivante.
Paris alors re -semblait a^sez bien à u» homm ' pa'ivre et orgueilleux, qui orte^ rait des \ct.*!rer,ts dores sur du lingi sale et peuplé de vermine.
\1I1. Etat civil de Paria.
Bien ne fut changé dans Paris relitiv*»ment à l'état civil des habitants (2): le* mènvs d.sordres régnaient ; et, m:iLTé le çrand nambre de magistratures et J'offic ers de justice, les attroupements, les vols, les assassinats même se commettaien'. en place publique , en plein jour, et presque toujours i ! punément.
CVst un trait decar.cièr^ ass?z remar^ quable qie des airêts du parlement, q li, rendus contre les vag?ïbonds arm s, hIlant, a'îsas-inant dans la vill? dans !^ faubourgs, dans ses environs ; ren lus ooo* tre les in-olences et les voies de fa 1 'iet l-ag s et des laquais, et renouvelés -ans G^sse, l'étaient toujours in iti enie:)?. L9 renouvelle lient continuel du remède pi un*
(1) Histoire de Paris, par Félibien, pr u . es, t. IV, p. 119 et suiv.
(2) Voyez Etat civii ée Paris <ow# le rè/nif de Henri lU.
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▼ait la continuité du mal. Cet état de désordre provenait de ce qu'outre la confusion résultant de la multiplicité des agents soumis à différents chefs, outre l'intérêt qu'ils avaient à ne point punir le crime, les chefs du gouvernement, esclaves de la routine et pleins de respect pour le passé, a' osaient rien améliorer, ne remontaient jamais aux causes premières, et ne s'atta- ^aient qu'aux effets.
Le 8 janvier 4615, le parlement rendit an arrêt portant que les vagabonds, gens lans aveu, voleurs de nuit, videront la ville et les faubourgs de Paris dans vingt-quatre heures (4). Cet ordre, suivi d'un grand nombre d'autres pareils, ne fut point exécuté.
Le 45 février 4623, l'excès du mal détermina Cyprien Perrot, conseiller au parement, à se plaindre à cette cour des assassinats et volleries qui se font, dit-il, tant de jour que de nuit en cette ville. Un arrêt survint , qui prescrivit des mesures contre les coupables, mesures qui ne furent point exécutées.
Deux ans après, le 24 janvier 1625, le procureur général se plaignit encore des assassinats, violences et lyolleries o^m se commettaient nuit et jour, tant dans cette ville et les faubourgs que dans les environs; et le parlement ordonna, contre les auteurs de ces crimes, des peines très sévères, qu'on n'exécuta point.
Le 28 septembre \ 627, les conseillers de la chambre des enquêtes vinrent faire sentir au parlement la nécessité a de pour- € voir aux volleries et assassinats qui se € commetient en cette ville. » Un conseiller de cette cour, nommé Jean-Robert de Saveuse, venait d'être assassiné.
Le lendemain, le parlement enjoignit à la cour du Ghàtelet de faire tout son possible pour chasser les voleurs et assassins, et découvrir le meurtrier de M. de Saveuse. Ces arrêts eurent peu d'effet.
Le 23 juin 4629, le parlement défendit aux écoliers de s'attrouper et de porter des armes, et ordonna aux vagabonds de vider la ville. Cette ordonnance resta sans exécution; car l'année suivante, le 23 novembre 4630, on s'occupa encore de purger la ville des vagabonds et gens sans aveu qui y causaient des désordres.
(l) Ârrii de la cow du parUmtfa contre les voleurs de nuit, les vagabonda et les gens moA aven, imprimé en 1615.
niSTOIRB DE PAftlS
Le 48 juin 4634, le procureur général du roi se plaint au parlement « d'assem- « blées illicites , de voies de fait , de vio- « lences, meurtres, assassinats qui se font « dehors cette ville, entre les portes du « Temple et Saint-Antoine. •
Le 17 novembre de la même année, U parlement , ayant mandé les officiers du Châtelet, leur ordonna, entre autres choses, de chasser les vagabonds de la ville, et d'empêcher les volleries.
Le lendemain, le parlement mande encore les officiers du Châtelet, leur reprocha leur négligence envers les vagabonas, annonce que cett* négligence est cause des vols qui se commettaient en cette ville, oîi il n'y avait sûreté ni le soir ni le matin.
Le 16 juillet et le 30 août 1632, le parlement fut encore obligé de prendre, contre les mendiants valides et vagabonds, do rigoureuses mesures, qui ne serN'irent à rien.
Le 47 mars, le 46 juillet et le 30 août 1632, le parlement renouvela ses ordonnances contre les mendiants valides et contre les personnes armées et malveillantes, qui volent et tuent les voyageurs sur les grands chemins.
Le 23 avril 1633, le procureur du roi se
plaignit à la cour du parlement « des « meurtres, assassinats, violences et voile- « ries qui se commettaient journellement « sur les grands chemins, par plusieurs « personnes armées et autres malveillante» • qui empêchent la sûreté publique, for- « çant les maisons des particuliers, par la « faute et négligence des officiers, qui ne « font ce è qtiOi ils sont obligés en leur « charge. » La cour renouvela ses anciennes ordonnances, et en ajouta de plus rigoureuses qui ne furent pas plus efficaces.
Le 19 mai suivant, le roi adressa au parlement une lettre tendante à ce qu'il soit proraptement remédié aux désordres, volleries et insolences qui se commettent dans Paris.
Le 13 février 1634, le procureur général du parlement fait encore entendre à cette cour ses plaintes contre les meurtres, assassinats, violences et volleries « qui se « commettent, dit-il, journellement, tant « à la campagne, sur les grands chemins, « que dans cette ville et faubourgs, par « plusieurs personnes armées et malveil- « fantes, et vagabonds et sans - veu, qui c empêchent la sûreté publique et forcent € les maisons des particuliers, par la fauta
• et néglieence des officiers, qui ne foot « pas ce a quoi ils sont obligés par leur
• charge. » Le parlement ordonne des me* sures très rigoureuses contre ces perturbateurs, mesures qui fièrent sans effet.
Le 5 mai de l'anoée suivante, on voit les mêmes désordres se reproduire. Le roi envoie au parlement des lettres patentes qui portent ordre exprès de rechercher et poursuivre les vagabonds, gens sans aveu, comme bohémiens, mendiants valides, sol- Mats débandés, et de les envoyer aux galères sans formalité de procès (4).
On faisait de temps en temps quelques exemples. On coupait quelques branches du mal ; on laissait subsister le tronc.
Il en était de même des pages et laquais. Leur insolent e et leurs excès inquiétaient, troublaient les habitants de Paris, et contrariaient l'action de la justice, qui n'avait contre eux que de faibles moyens de répression. Déjà ces domestiques, nobles ou roturiers, avaient, dans les temps antérieurs à cette période, signalé fortement leur caractère perturbateur et malfaisant; ils continuèrent sous celle-ci leurs turbulentes habitudes. Ce furent les pages et laquais du prince de Condé qui, en 4617, pillèrent et dévastèrent l'hôtel que le marquis d'Ancre possédait rue de Tournon ; ce furent aussi les pages et laquais qui déterrèrent le corps de ce marquis, le mirent en lambeaux ; et ce ne fut qu'à leur exemple, ou peut-être à leur instigation, que le peuple de Paris prit part à ces excès.
Le 47 mars 4632, sur les remontrances du procureur générai, le parlement ordonna que les précédents arrêts relatifs à la tranquillité publique seraient exécutés, et fit
• défense à tous pages et laquais de s'as- « sembler à la porte Saint-Antoine, ni ail- « leurs ; de molester aucune personne, ni « de commettre insolences, de porter pis- « tolets, bâtons ni épées. Enjoint aux « maîtres de les retenir près d'eux en leur
• devoir, et leur défend de faire porter t leur épée, à peine de 300 livres d'a-
• mende, et d'en répondre civilement. » Les maîtres et les laquais continuèrent à «e livrer à leurs désordres accoutumés.
Le 49 janvier 4633, un page fut condamné à mort par le Chàtelet. Aussitôt les pages et laquais se réunirent pour soustraire le condamné à la justice. Le lieute-
(1) Cea détails sonl extraits des Registres «wnwcrin du parlement i aux date» indiquées.
ÉTAT CIVIL toi
nant criminel, voyant cette réunion menaçante, fit retarder l'exécution : elle n'eOt lieu que pendant la nuit. Cette exécution nocturne attira à ce magistrat les reproches du parlement.
On voit que, le 4 mars 4633, les pages et laquais sont dénoncés à cette cour, e^ accusés de jouer aux cartes et aux dég dans les salles du Palais et sur les bancs même des procureurs ; mais c-e n'était là qu'une bagatelle.
L'année suivante, le 43 février 1634, dans une ordonnance que rendit le parlement contre les assassins et les voleurs qui désolaient Paris, on trouve, entre autres articles, celui-ci : « Il est défendu « aux laquais et serviteurs auxquels leurs « maîtres donnent argent pour leur dé- « pense, d'entrer dans les cabarets avec « aucunes armes pour y boire et manger, « et d'y séjourner plus d'une demi-heure « à dîûer et autant à souper, et, inconti- « nent après, se retirer chez leurs maîtres, « et de ne point se trouver dans lesdit& « cabarets après sept heures du soir ; et à « ladite heure les cabareta doivent être « fermés en hiver. »
Cet article inexécutable n'est placé ïd que pour prouver le peu de sécurité dont on jouissait à Paris.
Le 20 mai en 4 636 , sept à huit faux monnayeurs furent arrêtés, daos la rue Champ^Fleuri, par deux commissaires d© police, qui, escortés de dix à douze sergents, les conduisaient en prison. Arrivés dans la rue du Four, la duchesse de Soissons vint à y passer. Alors ses pages et laquais attaquèrent les commissaires et les sergents, et furent bientôt fortifiés dans cette attaque par d'autres pages qui accoururent de l'hôtel de Soissons. 11 s'engagea un combat entre les pages et laquais d'une part, et les commissaires et sergents de l'autre. Un commissaire fut battu et un sergent blessé mortellement d'un coup d'épée, ainsi qu'un soldat qui l'accompagnait; un maître d'armes, qui avait pris la défense des suppôts de la justice, reçut quarante coups d'épée.
On fit dresser procès-verbal, informer; et le grand-prévôt se saisit de l'affaire.
Le 20 mars 4637, on dénonça au parlement une assemblée tenue la veille à la porte Saint-Antoine, par des pages et laquais et des tireurs de bois. « La cour or- « donne qu'il en sera informé ; fait défense « de s'assembler, de se battre; enjoint
106 HISTOIBB
«>aux pages et lafinais de suivre leurs nuiTit.fcifi>, s '.n^ foire insolences ; enjoi t aux K inaîtres de les retenir, sous peine d'en «^répoaire.. ». :
Q.ieique- mois après, le 24 jiw-llet 1 637^ QO vcile oidojinance qui ! roove TinuMIité àe< précédenU^. Le procureur général se plaint au | arlenienl des contr.'iven lions aux a nets qui farjt défense a>ix paues et laquais «.deporteréjées. d'aller en troupe! «ce qui est cause de meurttes, voi.'s<!.e « f;;it et atleiîlats- » Il requiert qa'd y soit pourvu I ar des peu ses si sévères que ehaciiu pui-se être retena en son devoir. En, coDScquence, la cour fait inhibition et délnse « à tousseipineurs, gentilshommes ^ et aulres. de quelque qualité et condi- « fcion qj'ils soiert, de faire porter ie^ir .« épée par leu;s paires ei l;K|uais, à neifio .< de quiitri-vii^gts livr s parisis d'amende •< au roi, et, eu cas d'excès faits par les- ■« dits pages et laquais, d'en répondre cii%. vilement en leur propre et privé nom. « envers lespar;ies intéressées, jusqi'à h, « somme de quatre mjll:' livres. Fait 11 « cour inhibition et défense de permeîtr' « ni .soutîVir porter à leurs pages e; laquais «, é| ées, bâtons et autres armes, et aux lam qviais, d'en porter, à peine du foiiet, etc. « Cet arrêt menaçant fut sans effet.
De noiivelles in^-olences des pag<^ et la- ^«ais sont dénoncées au parleinetit le 17 (i^écerabre 1638.; et, dans cette dénr>nc'a- 4ton , le procureur général fait l'aveu ée l'inipuissance de ses moyens d'exécution.
« Quoique, par plusieurs ordonnances, 4 dit- 1, publiées de temps en temps, on A ait essayé de maintenir en leur devoir •*. les prges et laquais, néanmoins ils se ■* porîent à tels excès de désordres dans <la gra de salle et autres endroits du « Pa ais, que le res'i>ect dû à la justice y .« e.^t vioJé... La cour défend à tous pages ,K et laquais de suivre leurs maîtpes dans « la ^ ande salle et galeries des Merciers « du Palais; leur enjoint de les attendre «-dans la cour, et de s'y comnarter mo- « de-tement, à peine de punition corpa- « relie, etc. »
Le 19 mars 1640, des officiers de b j«s- Sice conduisaient au supplice, à la place de Grè\e, deux particuliers condamnés à Bjort : la po ence fut arrachée : ce délit fut imputé aux pages et laquais. Le parle- Qtt^j}! ordonna qvi'il en serait informé, et t^'a.i^ défense déjà faite à ceux-ci
de tenir des assemblées et déporter di^ épées (i). . ' : ■ :;'.•♦■ ' s ;
Les seigneurs delà co«tr éflnrnaieiit a^' vagabonds, aux voleurs de jour et de miii/ aux pag.'S et aux laqtiats, lexem; le de rinfraet'on des o donnai es et du mé|>ris pour tes a ut )n lés : j'en rapp)iterai aiU leurs plusieurs preuves. Je me l;orne, quant à présent, à Celle-ci.
- Le baion de Beauvea^i, àreus^i^ de fabri^ quer de la faus e ti.o rtaie, crime dool plusieurs nobles se- c-eiidirenl cou^)ables ad dix-Si^ptiome siède,' était déin/u d;'ns les prisons du Ghalelet. S-h) pmcès .se Coutiiiuait, lorsqne de Vitry, capitaine diès gardes du roi, et iex^tnpt M d<eviil >, âci compagnes d'un graiv<l nombre de gen^s armés et munis de p'-tivrds, se présenleRl pendant, la fluit au Ghàielet. Ils balttBfc et mettent en fuite les ai^hers, brisent les portes de la pnson, en tifent le ha' on dé Beauveau, vont d-ms la nu»i-on du lieue* n^nt de robe-courte, rinsuHent, et j commettent plu-ie«rs viilcuces. Le parle*' ment, informé <le ces excès, ord' nna, [^ 14 juin l61G,quede Vitry, MalleNilOèf ceux qui les accœupagnaient clans leut expédition nocturne si raient an étés et mené-prisonniers dans la Onciergerie, etc.^ vaine oidonnance! Le d lit doilt sd plaignait l« parlement fut approuvé pà^ la cour et par le roi lui-mênje. On peut voir, dans les registres du parlement, kà pitoyables raisons allégu' e^ par le garde des sceaux, pour justdier, au nom d© Louis le Juste, «o attentat si manifesta contre la justice (2).
- Ces f*itSi et plusieurs autres que jo pounats ajoiiter, suffisnt pour prouvei' que la justice était alors à Paris sans ftji'ce, eoiJtrar;ée dans .«^n action par la tie<i Hlé', et qu'il n'y avait sùieté dans cette vi le ni pour les personnes ni pour les propriétés. "
Les rues n'étaient point encore eclairée:> pendant ta nuit, ou ne- l'étaient que f'ai- Wement et daris quelques quartiers. Un gen ilhomrae. le sieur Disteruod, qui- a publie, ea i62ft, ud votame de ses {wésies, avoue qu il ava+t le projet de voler les passants daus les rues,; je l'aurais exécuté, dit-il,
{ 1) Voyeï les Registret manuscrits du ftar-' fevH««<, aux diverses époques ueutiOiinéea ctdesbus.
(2 y Begislret mcmusGiiig du iHxrUm nt, tkm& H m Id juia 1616.
ETAT
Si l'en ne m>'-l c«griu an brillant de* lanicr es. |
On -ri t qu'auparavant, e! dan- les ternes ' 4'alciin'H .seulen.eut, en obligeait le.< Parisiens à i^'.laecT. yendanl la nu t, des,s.aux d'eau à leur porte et des lanieiiies à leur fenê.ie. Ceux qui parcoi'.raien! nuitammeiil'l.s lue» de Paiis portaient avec ^ux d s l;i nterr.es : (e sont ce:les dont Darle le p* èto. L'usage des. L:nteines ne tut gt; n 'ra eraen t éta bli que ?ous Ld .is XI V.
L'obscurilé des rues toneouiait avec ^ vices et la faiblesse du gouveiue,. enl k favoiiser le>- désordres et les crimes.
iiu-M les dîefs des factions avaient-ils peu d'oLslacles a surmoiittr, peu de dangers à courir, poiip, suivant leur intact, iroubkr la Iranquiilité publique et fomenlerdes éii e. tes por.uia;r<-'s.
Etat civil des Feotestants. Les étern.b ennemis des pi o.esii.nts persistaient «.'ans le i rojet de les detiuiie; et, ayant échoué dans leurs tentatives d'une seconde 5.iir:i-Bar hélenu qui devait avoir lieu ap.ès lassascinat de Henri IV. ils profièient du nioasent où le roi prit les ariies lonire les ducs de Ruhan et de Soubihe, clefs des protestants lusurg>;s dans le Poiiou, la Saintonge, etc., pour tssaver d'exterminer ceux qui vivai.ut parfcibkm nt à Paris.
Le dimanche 26 septembre 1621, le duc de Montbazon, gou\ern(ur de Paris, infoiine de ce projet d'extermination, donna une e.corte aux Paiisiens qui se lendaient à Cha cnton poisr assister au prêche : les lituteuants civil et c iminel, le cLe\ aller du guet tt leurs archers, fortifiait nt cette e:^co^te. Les pioteskints n'éj louxèient aucun trouble dans leur prêche du malin, mais, à leur retour de l'a près dîme, ils furent assaillis en chemin, vc.s 1 Vallée de Fécan (l), par une trouje de vagabonds et \0ieurs armés, qui attaquèrent datKird ceux qui étaient en carrosse et à cheval. Les proteslantt; qui se trou\aieni à pied se réuniient a^x archers de leur escorte; et^ pourvus d'^rnies, ils 0, posèrent une vigouieuse resis* tance à c tte troupe de brigands.
Ceux-ci, (Jecouçagés [.ar cette résistance, s'occupèrent moins à combattre
(jl) La valîéequi portait ce nom est r^-pré- «ntée aujourd'hui par la rue dite de la Vallée de F.caji, qui, au faubourg Saii.t-Autome, fait ia coniinuaiiou de ia rue de la Pîaodicttv;, cheujifl de Clxareiitcn.
.£;u'à: insulter et pHler ceux qu'ils trour vaiept sans armes. SurJeir chenan, ils r'eiiconlrèient et attaquer nt pli^situr^ [ artic ulif rsqui n'itaienl point prolesîanls, les dé| ouiilèienl de Uurs m^nt^'^iux ; el^ so.is lepitti'xt' de s'assurer s'ils avaiinj, des ;hapelets, s'ils étaient caihulicjues, il^ leur ( nle\aient le'iis bouises. ;
.\piès un combat où, de fart et ^d'avir tre, plusi urs personnes reçurent la ibojçI ou des bLssures, les pote^tanLs coiiti»
uuèrent leur loe.te vers Paris, et les bri-r gands se rendirent a CharentCM». Là, iJs ( nfcncèient li première por'e de la cour du ttmple, pillèrent les boutiques de quelques libraires, la maison du concierge et la sali, du conaislo.re, {^is ils uiircui le feu au temple.
Après celte expéditicn, la trour e de« brigciidsse d.visa. Uuie partie revint vers Paris par le chemin ordinal- e; rautiTÇ passa la Seine au PorL-à-l Anglais, et entia dans cetle v;îfe par le faubourg Saii^fc? Marcel.
Cependant les proteslants avec leur es»
corle, après avoir souteau le oxubat cte la vallée de Fécan, se disposaient a leotiei dans Paris par la lorte Saint Antonej Ilf qu'ils furent de nouveau u.-'SaiLis pif une nouvelle Iroupe de brigands a. o^te^ près celte porta de Jà ville. Il [.diutlivies UD nouveau combat. Les magistiais, 1»
chi- valier d.i guel et leurs arcliers iienk tous leurs effoiU pour contenir la fu:eu5 de cette po|/ulace excilie et |;ayce; ma,ià ils ne purent tompi temeut ri.us.-ir.
Voici ce qu'on lit dans un écrit cooîposâi à cette épo ;Ue : « Le iuini,lre (proieslani^jt
• arrive a la porte Saini-Antoiue, et di| « à Cls furieux : Ah! messieurs! fdjl-iS « massacrer des hommes? L,e roi l'a-t-^
• V ommandé? A ors ce grai.d ncmbre l'a « f-ages, de laquais, étudiants, erocli^ « teur»et autres personnes et gens ^a^^ « ruison, ayant It^s armes à la mai- , rè- " pcn^liienl au niiaislre : C e=>t la n.oij|
• du duc de 2ylayenne qui est venue jU:- « qu'ici... se sont debuudés Ov.vierleniviuA « sur lui, et lui ont coupé, à co. ps d'epéçi ■ le nez, les lèvres et le» oreiies... iisj <* sur\eua le sieur de Moutbazou^ gouvee»
• neur de Pans, qui a dit au peu le : « Tout beau, messieurs, vous ofknsez: le
• roi... Et alor.- se >out dereclief mis. su* « ceux de la religibn qui s'étaient sauvt.4 « de Charei.ton à Patis, et eu ont ti^ « plusieurs et porté Icçs oreillœ d^ laittiâft
JM)8 HI8T0IRB
• ire par les rues de Paris au bout d'une
• épée, sans que le gouverneur de Paris
• y pût porter du bien (4). »
Ge mouvement était concerté d'avance par des ennemis secrets, puisque les ma« Ipstrats avaient eu connaissance du projet, «t avaient tenté d'en prévenir l'exécution : ïl n'était donc point l'effet d'un concours fortuit de circonstances, comme on a Toulu le faire croire; et l'espèce de brigands qui y figuraient annonce assez que l'argent et non les opinions religieuses tétait leur principal moteur. D'ailleurs, fcomme je l'ai prouvé par des faits dans la période précédente, il n'a point eiisté à Paris de soulèvement contre les réformés, sans instigateurs secrets ; et les Parisiens ont vu sous Henri IV les cérémonies du culte protî^tant célébrées presque publiquement, sans qu'ils a ent donné le moindre signe de méconten^ment.
Le plan d'attaque étai^ssez habilement concerté. Les protesta|Ps, assaillis à la vallée de Fécan, retournant à Paris après le combat, devaient se trouver environnés d'ennemis. D'abord arrêtés à la porte Saint-Antoine, ils avaient à combattre une nombreuse troupe de brigands qui les y attendaient. Pendant que le combat se serait engagé, l'autrjg partie de brigands qui dévastait le tem'ple de Gharenton devait revenir^ sur ses pas et les attaquer par derrià^; de sorte qu'aucun de ces malheur©^ n'aurait échappé à la mort, sans l'assistance de la force publique.
Pendant le massacre^^qui devait s'exécuter à la porte Saint- 4ntflvue, l'autre partie de brigands qui avaient passé la Seine au Port-à-l' Anglais devait se porter dans les Biaisons des protestants qui avaient assisté au proche du matin, pour les assassiner et piller. Ainsi donc, le temple étant ruiné et les protestants massacrés de toutes parts, le succès eût été complet, et une seconde Saint-Barthélemi eût encore souillé les pages de notre histoire.
Le prévôt des marchands ordonna, le même soir, à tous les capitaines de la ville, d'établir des corps-de-garde dans leurs quartiers respectifs, afin de tenir les séditieux en crainte. La nuit fut calme.
(1) Remwmens et alarmes faictes en la ville 4i Paria, le dimauche 29 septembre 1621, avec les massacres faits au bourg de Cha- Teuton par les pages, laquais et autres perlonaes, p. Il, 12 et suivantes.
Xm PABI8 I
Le lendemain, le parlement rendit on " arrêt qui ordonnait de [ïromptes informations contre les meurtres et les incendies de la veille, avec des défenses, soui. peine de la vie, de faire aucune assem» blée. Mais, comme si les chefs de la &édi> tion eussent voulu braver le parlement el tourner ses arrêts ,en dérision, ils remirent le même'jour leurs satellites en mouvenaent. Les uns allèrent à Gharenton, y pillèrent et ruinèrent sans obstacles deux maisons restées intactes, appartenant à des protestants; d'autres, attroupés au faubourg Saint-Marcel, se livrèrent à plusieurs excès. Il y eut trois personnes de la religion protestante massacrées, et quelq es séditieux tués.
Ces derniers, informés que les protes- , tants. pour éviter la mort, s'étaient réfu- h giés aans les bâtiments des Gobelins, s'ef- 1) forçaient d'en bril^r les portes. M. de Moutbazon, averti de leur dessein sangui- :j naire, s'y transporta avec des forces, 1 chercha par des discours à dissiper l'at- ^ troupement, et se retira.
A peine fut-il éloigné que les séditieux • se livrèrent à de nouveaux excès ; ils sa portèrent, notamment, dans la rue des Postes où ils pillèrent deux maisons appartenant à des protestants. Les magistrats, assistés de la force armée, s'y rendirent aussitôt, et surprirent quatre de ces pillards chargés de bardes qu'ils* avaient enlevées dans ces maisons, et qu'ils emportaient chez eux. Deux de ce.' voleurs furent, le lendemain, pendus eu place de Grève. On leur attacha des écr»teaux portant ces mots : Séditieux, faiseurs d'émotion. Les deux autres furent, le même jour, flétris et fouettés, la corde au cou, et bannis pour neuf ans. Cesexécutiont étouffèrent entièrement la sédition (4); et les chefs ajournèrent leurs projets de destruction à des temps plus prospères.
A la place du temple ruiné, on en Ht construire un nouveau, plus vaste et plut^ magnifique, sur les dessins de Jacques : Desbrosses : le Mercure français e»
donne la description : il était achevé en 1623, époque où les protestants y tinrent leur synode national.
(l) Mercure françaiSftova. VII, pag. 851 et gtûv. — Registres manuscrits du parlement. aux27 et2H septembre 1621. On voit, dans ces re^iistres, qu'une de ces maisons pillée;* appartenait à un protestant nommé Brioû
Parw. — Tjp. Lacoub, rue Soufflet, M".
ÉTAT
Oû voit par le récit de ce mouvement Gue l'autorité publique n'avait pas la force de prévenir une sédition, quoique le projet lui en fût connu; qu'elle n'avait pas ^lle d'eu arrêter les progrès ; enfin qu'elle ne pouvait, tout au plus, qu'en tempérer les effets.
Chambre de justice. C'est ici le lieu de placer une notice sur la chambre de justice établie à l'Arsenal, tribunal de
CIVIL ff0
sang, composé de vils satellites, de condamoateurs, institué par le cardinal de Richelieu pour répandre l'effroi dans le cœur de ses ennemis, et donner quelques couleurs légales aux assassinats que son ambition méditait. Pour n'effaroucher personne sur l'établissement de ce tribunal extraordinaire, ce cardinal déclara, d'abord, qu'il n'aurjit pour unique attribution que le crime de fausse monnaie *
S«iat Eofltach».
«"est ce que portent expressément les lettres patentes du U juin 1631, qui placent cette chambre de justice dans une «Ile du Palais. D'autres lettres patentas du 1 6 septembre de la même année transfèrent Cette chambre à l'Arsenal, et, sans fe déclarer précisément, laissent entrevoir qu'elle sera destinée à juger, outre le crime de fausse monnaie, plusieurs autres crimes (4).
^ 7 L^**"^" ft-^nçai», t. XVU, pag. 714 , HI DULAU2B
On commença par faire le procès à qaelques faux monnayeurs; et, au sujet d'un gentilhomme nommé Henri de Grèce, sieur de Vaugrenier, accusé de ce crime, il s'éleva entre la nouvejle chambre et le parlement une querelle assez vive. Le parlement avait déjà commencé la procédure, et l'accusé était dans les prisons de h Conciergerie. Néanmoins la chambre da l'Arsenal ordonna que les pièces du procès ainsi que l'accuse lui seraient délivrée. Le parleir^nt s'opposa a l'exécution de cette ordoonauce, et, le 48 novembre 46^
JM^ HISTOmE
défendit aux greffiers, Caissiers, serij;ci ts, concivtTes, d'y oblcmiérer. Alors la chambre rie l'Arsenal, voy<iDt son ordonnarce niépripée, voulut faire arrêter le gr. ffier riu baiiliape du Palais, e», fit empri.-f nner à la Bastille le lieutenant général de ce bailliage. L'avocat du roi," Bignon, s'éleva vivement contre ces formes ^jo' ntes et extraordinaires, déclama contre la chambre de l'Arsensl, s^e plaignit nolimimenlde ceque cette chambre, ayunt condamné deux faux monnayeurs à mort, les avait fait exécuter en place de Grève pendant la nuit. Il demanda qu'il fût fait contre ces expéditions nocturres des remontrantes au roi. Le parlement décida que les remontrances seraient faites (1). Voilà la guerre allumée entre le parlement et le bailliage du Palais d'une part, et le conseil du roi et la chambre de l'Arscn 1 d'une autre part : guerre démonstrative des vices du gouvernement, de la faible>se de ses institutions et du peu de garantie qu'elles offraient à la sécurité des citoyens.
Le conseil du roi n'attendit pas que le pajîenient vînt faire ses remontrances.
Le 31 décembre 4631, il annula tout ce qu'avait fait cette cour contre la chambie de l'Arsenal ; de plus, il ordonna au parlement de se rendre auprès du roi, qui alors était en Champagne. La dépulat on du pailement fut obligée de s'y rendre. Louis XIU recevait facTlemcnl les impressions ('e ceux qui le maîtrisaient, et secondait 1res bien, par sa colère et la rudesse de ses paroles, les passions de Richeheu. Il fit longtemps attendre son audie: ce, et reçut avec beaucoup d'humeur cette députation. « Je vous ai mandés, dit-il, pour vous dire le mécontentement que j'ai de nirn parlement, et ce que je veux qui soit foit à l'avenir. » Alors, le garde dos sceaux prit la parole pour exposer les motifs de ce mécontentement et la volonté du roi. Dans son discours, il reprocha au parlement de continuer ses délibérations contre l^s actes de la chambre de l'Arsenal, mnîgré les ordres du souverain, lui drclara que ses remontrances ne seraient point écoulées, et lui prescrivit de ne plus en faire. « Le roi ne veut pas, dit-i!, que le «parlement ;?e mêle de ses affaires, et « vous ordcnae de vous retirer pour aller < remplir vos devoirs »
Le président de la députation, après «lie très humbla révérence, dit que les
commnndoments que le roi venait de fnir-e étoiei t des preuxes de sa colère. Cela' m'arrête, continua-t-il ; car il n'e-;t permis à NOS siij' ts de se justifier en présence de leur roi irrité. II protesta de son entière obéissance à l'avenir, <ibéissance qui pourra, dit-il, effacer les mauvaist^s impressions que leroi a reçues contre k* parlement. Ce |)résident, au nom de sa compagnie, dem;:nda le rappelde ses confrères . exilés ou interdits; il ajouta que le public était fort scandali-é de l établissement d'uu nouvel impôt et de la conduite de la chambre établie à l'Arsenal ; que le parlement espérait que sa majesté aurait la justice de révoquer l'un et l'autre, et que Louis XI avait eu du regret d'avoir maltraité sort parlement.
A ces mots, on vil le roi changer de couleur et faire paraître une grande émotion; il n'était guère accoutumé à prononcer des discours composés de plusieurs phrases ; mais, inspiré par sa colère, il improvisa le suivant : « Je ne suis point préparé pour vous répondre; mais je vous veux dire que vous entreprenez sur mon autorité.
Vous vous mêlez du soulagement de mes peuples ; j'en ai plus de soin que vous. Vous m'avez dit que les particuliers ont appris dans la comi.asnieà m'obéir, néanmoins ils s'en sont peu souvenus. Vous n êtes établis que pour rendre la justice entre Pierre et Jean. Si vous continuez vos entreprises, je vous rognerai les en. les si près qu'il vous en cuira. » 11 ajouta d'autres paroles de colère.
Après avoir essuyé cette bordée, les ■membres de la députation firent une très profonde révérence, et se retirèrent (1).
(1) Registres mannscrits du parîemeni^ aa 16 février 1632. Dons quelques autres cjrconsîauces, Louis XIII, inspiré de mémo, reflîiifLsta la même colère contre le parlement. Le 20 déeembre 1635, ce roi tînt son lit da^ justice pour faire enregistrer seize édita bur- ' saux, la plupart fort onéreux ; il y récita s» ^ phra-e ord n; ire : a Je suis tenu en ce lien ' sur Jes occasions qu) so présentent, et ai ' chargé M. le ch.incelier de vous d.re ce qui ' est de mon intention. » Le chancelier Pierre' ' Ségiiier, satellite du cardinal, exposa* le mo- '' tif et l'objet de ces édits, et u'eii donna pa» ' lecture. Le paileme t, ne pouvant, sui.ant *i ses règles, enreuijstrer gaiis connaîrre, e» dispo?H à fil re tktj remontrances. Le cardioal en fut iustru:t: il fit écrire par le roi au
Jl
ÉTAT
Les membres de la chambre de l'Arsenal purent alors, sans craiudre le moindre obstacle, servir les vengeances du cardinal •de Richelieu, et remplir l'indigne fonction de condamnateors. Les prisons se rempli rent de victimes destinées à Téchafaud La place de Grève et le carrefour de S lint- Paul furent illustrés par le nombre, la qualité, et souvent pnr l'innocence de ceux qui y perdirent la vie ou qui y furent exéc Ifs en effigie.
La chambre de l'Arsenal subsista jusqu'à la mort de son fondateur, le cardinal de Richelieu (I). Il y eut dnns diverses vides des commissioD? spéciales créées pour juger de pareils coupables. On coci-
f)arlemt;nt trne lettre très meoaçante ; et, I- 4 jiiiivier 163t>j cette c<mr reçut l'ordre de .se rendre le lendemain à.Siiinc-«jerinain-en- Laye. Le roi leur dit: « J ai ^rraud mécontentement de «e qiii s'est passé eu mon pp.rlemeju depuis que j'ai éé en icelui tenir mon lit de justice. Je sul'î outré de colère; mon .ciiaueeiier voiiS fera enien.ire ma volonté. «
La chancelier ht nn discours ten<lant à prouv r que l'autoriié du r.ji était ?ans lornes, et que le parlement lui de\ait toute obéissance. Le premier présidînt d^raiindu au rui la permission de pari-r et de justiri-ir leparloiiient. -Non, je neie veux point, »» dit le roi. ^ti président renouv»;ia ses humbles in&tancvrs, pour lui expo.*er ;ua les torts du parleajeut n'étaient point réels. *» Non, je ne veux rit^n entendre, et veux être obéi. »
Que d:rail-on d'unj\ige qwi prononcerait contre un accusé sans l'entencireV Au surplus, Louis XllI , dès que le cardinal fat mort, g )uverné par d'auire» hommes, ch:ingea totalement de principes et de conduite, rappela ies exilés, ou\r.t les prisons a!.x vicii-ues encore vivantes de cet épouvantable tyran.
(1) Les personnes qui com posaient ce tribuna., et non pas leur lamilie, so:it seules -entachées de rinfamie qi.i doit rejaillir siir leur mémoire. Vo;ci leurs no i.s: deux conseiller» d État, Fovier et Fouqu.'t; six maî- -tres des requêtes,. .eCriqueviJl--,, D/schamp-, de Ne.,m«na, Baiillon, de Latîém.s et Dupré; ^ii conseillers au granu consîi , de L. Bistraie, Charpentier, Le Tv^nnelier , <:e Mouiiiiagny, <le liouqueval ^t L:iiiicr. Le pro- «or«ir général de cjtt.; cumruisSK»» e:ait 4'ArgjU8un, maîue -les r q êce», et D Jardin, grtttier. {Mercure franç.us, tome A Vil, pag. 713.)
CIVIL * It^i
naît les exploits de celles d'Amien-=, on Lyon et de Toulouse, etc. Le cardinal de Richelieu établit de plus une Chambre souveraine à Ruêl, village situé à trois Heues de Paris, dan< le château même qu'il habitait, pour y juger le maréchal de Marillnc < t autres.
Chambre du Domaine. Par lettres patentes du 26 sep! embre 1631, le carlinsl institua une Chambre du Domain'^, chargée de con'i>(jaer et de réunir ai doniaiiKdu roi les terres et biens m"ubles a partenant aux condamnés qui suivai nt k* parti de la reine, mère de Loui- XIII, et de G a -ton. frère de ce roi. Klie fut perroinenle jusqu'à la mort de Richelieu.
A ce tableau de l'état civil de Parr<*, a'outons un char^gement remarquable qui eut lieu, sous le même règrie, dans ïe clergé de cette ville Ce c'ergé et^it préside par un évêque qui, depuis les [renaier? établissements du chrisiianisme dans % Gaule, df'^p ndait de l'atchevêque de Sen^. Les événements politiques avaient doeoé à Paris une grande sop'^rioiit'^ sur sa nfiétropole eccl'î'si -stique: on désirait, depHJs longtemps, que l'évèch^ de la capita'e du royaume fut dis'rait de la dépendance du prel it de ia petite ville de Sens, et f^t érigé en archevêch.'. Le moment se trouva favorable à ce p:ojet ; Henri de Gondy, cardinal de R -Iz, évque de Paris, mourut le 13 août 1632: qu Iques moisaupiravantetai» mort rar.hevê]ue de Sens. Celte conjoncture leva be ucoup de di'fi .ullés', et l'on viola >ans h.silation l'antique limitat'on des diocèses et des iuridictionj* ecclésinstiques. Paris fut érigé en archevêché par une bulle du 20 octobre 162^, con' rm:e ; ar letties patentes du rui , da mois de fevr er 1623, et enregis'rJe an parlement le 8 août suivant, 0 i lui adjoignit pou" suff agan^s les évèchés de Charires, de ilenix et ii'O.léns, que l'on dé^membre de l arihevèché de Se:js. .lean- Franco sdeG-ondy, doyen de N tre-DjîBfv, coadj teur «l ,rère du dernier évê<i te (ïi Paris, en fut le premier urch.vêque (I).
(1) Ce te fam.llrt de Gondy, orizin .ire d'Italie, passée iiu service de Catherine de Méiiii"!, fit uni toruMC inmense à :a côcrfde France, '-t ac^u t des biens i-t des lio-.jneurs par iM- o e-i peu eS îmables. L'; siège épi^coo 1 de Pa !■< était d'veuu «-n que que e «ne le pHtr^îi hr-i d.'S (Joidy. Pierr.- de Ciondy fut é u é.êiuQ de ce;te ville enlônS-J
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