IX. Tableau moral de Paris
C'est toujours dans le gouvernement, dans ses institutions, dans ses actes, que se trouve la principale source de la moralité ou de l'immoralité publique. Le gouvernement français, né de la barbât ie, conservait encore presque toutes les imperfections de sa malheureuse origine : la jeunesse de Louis XIII , la faiblesse de -son caractère, même dans l'âge viril, son incapacité, celle de sa mère régente, firent ressortir ces imperfections, et ouvrirent la carrière aux excès de la féodalité et à toutes les ambitions. Le mal, partant du centre du gouvernement, et s'élendant jusqu'aux ex^rémitésdu pouvoir, jusqu'aux dernières administrations, ne perdait rien par cet éloignement, et semblait en acquérir plus d'énergie : il pénétrait partout.
L'administration de la justice, faible et mal constituée, accessible à la corruption et à tous les abus, tentait de réparer d'une main des désordres qu'elle faisait naître de l'autre ; elle voulait contenir les excès résultant de la forme vicieuse du gouvernement, et l'on a vu, dans la section précédente, la preuve de son impuissance.
Une législation vague, incertaine, laissait un champ vaste à 1 arl3itraire; et, à la faveur des formes compliquées, innombrables, de la procédure, la chicane et la mauvaise foi pouvaient manœuvrer sans péril.
L'organisation des finances élait plus embarrassée et plus vicieuse encore : elle semblait formée exprès pour pro Léger les supercheries, les rapines, les dilapidations. De nombreuses et vives r^-clamations s'élevèrent, dans les années 1^14 et 1615, pendant la session des élats-généraux tenus à Paris; dénormes abus furent dévoilés. Le gouvernement vit la grandeur du mal; mais il ne savait ou ne pouvait y appliquer le remède.
Les édits bursaux, ou lois de finances, ressource ordinaire contre les besoins dévorants de la cour, avaient amené la vénalité des magistratures, des emplois, des dignités, etc., etc. : ces édits accueillaient
Henri de Gondy en 1596 ; Jean-François de Gondy en 1622, et Jean-François de Paule de Gondy fut ensuite nommé coadjuteur de l'archevêché de Paris. Ce dernier est célèbre dans l'histoire, sous le nom de cardinal de Retz, par ses talents, sa turbulence, son 4évergCQd8ge et ses fredaines politiques.
les richesses, repoussaient le mérite, et accoutumaient le public à le mépriser.
Par le régime féodal , le hasard de la j naissance tenait lieu de talents, de génie j et de vertu. Dépourvu de ces qualités, le ; nob'e n'en était pas moins honoré; doué I de ces qualités, le roturier n'en était pas j moins avili.
I Tant de germes de corruption, des ins- , titulions vicieuses et sans force pour lutter ; avec avantage contre les passions humaii nés, encouragées par le gouvernement, ne 'pouvaient qu'égarer l'opinion et pervertir j la morale publique.
I Voilà les principales causes de la corruption générale ; je vais décrire quelquesuns de leurs effets.
Le règne de Louis XIII se divise en deux parties distinctes: la première offre I onze années de basses intrigues, de querelles, d'envahissements d'autorité et de finances, de guerres civiles et d'anarchie ; la seconde est signalée par dix-huit ans de la tyrannie d'un homme tourmenté par l'ambition la plus effrénée, dévoré par une soif inextinguible du pouvoir, et qui, pour les satisfaire, s'abandonna aux manœuvres les plus audacieuses et les plus criminelles. Les intrigues du marquis d'Ancre, du comte de Soissons, du prince de Conde, du duc de Bouillon, etc. ; les cabales qu'ils formèrent contre la cour, les moyens de déception, les impostures, les menaces qu ils employèrent pour fortifier leur parti, pour affaiblir celui de leurs adversaires; les motifs mépiisablesde tant d'agitations, les prises d'armes, les guerres civiles qui s'ensuivirent ; guerres qui, entreprisessans justice et conduites sans gloire, étaient terminées par de honteux traités, où les rebelles faisaient la loi ; où ces rebelles, après avoir vendu chèrement leur soumission, ne craignaient pas, pour la revendre encore, pour recevoir de nouveau le prix de leur perfidie, de reproduire leur rébellion ; ces actes de mauvaise foi, ces turpitudes récompensées, tout cela était-il propre à édifier le public , à diminuer la corruption des mœurs? N était-ce pas autoriser la partialité, la vénalité des juges, les subtilités, les friponneries des gens dtt barreau, les tromperies des marchands, les abus de tous les états de la société ?
Ces hommes, lorsqu'ils cherchent à cacher leurs vices sous le voile des titres pompeux, des décorations, de la richesse, à éblouir les yeux par l'éclat de l'or, par
TABLEAU MORAL
des équipages magnifiques et par une suite Eombreu'-e de serviteurs; après avoir offert tant de mauvais exemples, ne donnentils pas une direction funeste à l'opinion publique? N'enseignent-ils pas à honorer, à respecter le vice ainii revêtu? N'enseignent-ils pas à préférer au mérite réel un mérite qui s'achète, un mérite qu'un heureux voleur peut se procurer?
Il ne peut y avoir de bonnes mœurs, il ne peut y avoir qu'une grande corruption dans un' état où les hommes puissants peuvent impunément et sans cesser d'être honorés, attenter aux personnes, aux propriétés et à la tranquillité publique, dans un état où l'or et la naissance préservent de l'infamie ou de l'échafaud, où ce métal est préféré aux talents et aux vertus.
Lorsque le prince de Conde, le comte de Soissons, etc., demandaient à la cour intimidée telles places, tels gouvernements, telle pension, telle somme d'argent, et le> demandaient avec menaces de prendre les armes contre elle, leur conduite différait-elle beaucoup de celle des brigands qui, avec menaces de tuer, demandent la bourse du voyageur? Et ces brigands ne se trojvaient-ils pas autorisés dans leur conduite par celle de c^s princes?
Quel modèle de moralité donna ce Luynes, qui fit assassiner le marquis d'Ancre, et qui, sans pudeur, hérita des dignités et des biens de sa victime? Il abusa, par d'insolentes déprédations, d'un immense pouvoir qu'd s'était procuré par un crime; sa domination fit regretter celle de son misérable prédécesseur.
Qu'on lise, si on le peut sans dégoût, le récit des événements des onze premières années du règne de Louis XIII, et on se convaincra que, parmi les personnages éminents qui figurent sur la scène historique, il n'en est pas un seul qui mérite le titre d'homme probe, d'homme de bonne foi, d'homme d'un caractère noble et généreux. On y trouve br-auco .p d'orgueil uni à beaucoup de bassesse, beaucoup d'ignorance, et une grande habileté dans l'art de séduire et de corrompre.
L'orgueil ridicule des princes et seigneurs de la cour, leurs querelles fréquentes^ pour des sujets très puérils, l'alarme qu'elles répandaient à la cour, ne tendaient qu'à pervertir la raison et la morale publiques.
Marie de Médicis, en 1644, voyant la
mésintelligence établie entre les princes, fait défendre l'ouverture et la teuuedela foire Saint-Germain, où se rendaient et se querellaient souvent les princes. Ilvaut mieux, dit cette régente, que cinq c^nts marchands soient ruinés, que si la France était troublée (1).
On voit, par ce trait remarquable, à quoi tenait la tranquillité de la France.
Ces princes et seign-urs étaient soumis aux règles d'un honneur fort étrange. Ils pouvaient manquer à leur parole, violer leurs serments, se livrer aux intrigues les plus abjectes et se souiller de crimes, et cet honneur invulnérable n'en recevait aucune atteinte ; mas le reproche de ces actions viles, mais un mot échappé sans dessein, une vérité présentée sans ménagement, la faute la plus légère même involontairement commise contre les importantes lois de l'étijuette, du cérémonial, des préséances, blessaient gravem.ent cet honneur, devenaient des attentats irrémissibles ; tout alors était permis, tous les excès étaient des devoirs, et la vengeance devenait une vertu. Cependant les amis s'entremettaient souvent paur arrêter les mouvements de cet honneur our tragé, et parvenaient facilement à concilier des hommes qui, quelques moments avant, protestaient de s'arracher réciproquement la vie. L'accommodement, aussi misérable que la querelle, s'opérait par des scènes préparées et même écrites que l'on faisait jouer deux antagonistes, et où chacun d'eux récitait des formules de compliments et de protestations d'amitié et de service qu'on leur avait dictées. C'est ce qu'on nommait satisfaction. Alors cet honneur si farouche était satisfait.
Le marquis d'Ancre, en 1611, fut obligé d'exécuter une semblable scène auprès du duc d'Epernon.
Le 10 janvier 1611. la France fut sur le point d'éprouver une vive conmotion pour le sujet suivant :
Le prince de Conti, allant au Louvre dans son carrosse, rencontra, à la Croixdu-Trahoir, celui du comte de Soissons, son frère. La rue étant embarrassée, il fallait que l'un des deux carrosses s'arrêtât pour laiiser passer l'autre. L'écuyer du comte de Soissons, ne connaissant point le carrosse du prince de Conti, commanda avec menace aux gens de ce prince de
(1) Mercure français, t. II, 2^ partie, p. ^
reealer. Ceux-ci ordonnèrent au contraire tftt cocher d'aller eu avant. Bientôt le cynUede Soiiscns, instruit que le carrosse qpi s'avançait sur le sien était celui du psince de Conti, envoya vers lui un de sK;s gens pour lui faire ses excuses, le priant de croire que l'erreur seule était cause de cette brusquerie. L'honneur du prince de Conti ne se contenta roin* de celte excuse. Ce j;rince, mettant la tête a la portière, dit en passant à son frère : c A demain, pourpoint bas. » Ainsi, par t inadvertance d'un écuy^r. l'honneur du prince de Conti est Gravement outragé; et pour réparer ce prétendu outrage, il veut se battre avec son frère, veut le tuer ou (tre tué par lui.
. Cette affaire causa beaucoup d'inquiétude à la cour. La reine d( pécha le duc de Guise auprès du prince de Conti, pour le di^po;er à un accommodement. Elle orJonna aux habitants de Paris de se tenir prêts à prendre les armes et à tendre les chaînes dans les rues. Mais bientôt valie querelle, dont la cause était si futile, e^ fii naître une autre entre le comte de Soissons et le duc de Guise. Celui-ci, faisant le n'.le de conciliateur, et se rendant, d'après les ordres de la reine, chez le prince de Conti, avait passé devant la yovie de l'hôtel de Soissons, accompagné de cent cinquante ca\aliers. Le comte de Soi.-sons prétendit que le duc de Guise nes'éait moniré a\ec une si nombreuse escorte que pour le braver. Le duc de Guise répondait qu'il n'avait passé devant rhûtel du comte que parce que c'était son plus court chemin pour arriver chez le prince de Conti. Ces pitoyables démêlés, dignes de femmes s<ms éducation ou d'écôiit-rs orgueilleux, alarmèrent le conseil de régence, nécessitèrent do nombreuses ntgociatioDS, et furent terminés par des satiifac'ious semblables à celles dont je viens de parler (i).
Les autres querelles des princes et seigneurs de la cour de la régente eurent des motifs quelquefois moins puérils, mais plus misérables encore; car elles étaient produites pur un vil intérêt, par le désir d'obtenir un accioissement de pouvoir ou de fortune, des pe;îsions nouvelles, des gtuvememenls, des sommes d'argent, etc.
Ç^y Mercure français, t. II, 2e partie, p. 3 et S'iiv. — Juurnal de Bassonijiierre, t. 1. p. 292, etc.
Malheureusement leur avidité n'éfait paè seulement funeste aux trésors de l'Etat,, elle l'é'ait' aussi à la tranquillité et à la morale publiques. Les princes et seigneurs, lorsque la c.jur ne satisfaisait pas à leurs demandes injustes, s'en éloignaient, formaient des cabales, levaient des troupes» et ne craignaient pas d attirer sur leur pays tous les maux de la guerre civile.
D'autres querelles avaient pour cause des indiscrétions, des jalousies, des haines de familles. Les etîels n'en étaient que personnels : on se battait en duel, on s'assassinait; mais il en résultiit toujours un grand préjudice pour la morale.
Le chevalier de Guise tue en duel, oa plutôt assassine le vieux baron de Luz. La reine, irritée, fait aussitôt renouveler la loi contre les duels, et ordonne au parlement de poursuivre avec rigueur le chevalier de Guise. Celui-ci, au mépris des ordres de la reine et des lois, se bat, quelques jours après, contre le fiis du baron de Luz. Il avait tué îe père; il tua le fils. Quoique le chevalier de Guise fût plus criminel cette fois que lorsque la reine invoquait contre lui les rigueurs de la justice, cette princesse n'en fut qu " plus indulgente pour lui « Après avoir encore « de surcroît tué le fils dudit baron de « Luz, dit Bassompierre, la reine l'envoya « visiter et savoir comment il se portait « de ses blessures, après qu'il fut de re- « tour de ce dernier combat (l)! ■
Ainsi le gouvernement punissait ou autorisait l-'s crimes, suivant qu'il était plu» ou mo'ns faible.
Ce gouxernement, ne pouvant compter sur I obéissance des princes et seigneurs, tremblant de les voir en état de rébellion» achetait à grand prix cette obéissance : la reine acheta celle des Guises en augmentant leurs pensions, qu'elle porta jusqu'à cent mille livres, et en donnant au duc de ce nom une somme de deux cent mille^ écus pour payer ses délies (2).
Le prince de Condé vendit sa soumission à la reine pour la somme de 100,000 fr., riiôtel de Goody et quelques pliees qui lui furent données. Les autres princes ne manquaient pas de les imiter; mais souvent, après en avoir reçu le prix, ils retiraieiit la marchandise; et l'histoire de
(t) Journal de Basaompierre^ t. 1, p 339.
(2| Mémoires d Etat du maréchat d'EstréeSy
TABLE AU Mon AL
ÎT5
" ee temrs fourmille de ces bassesses et de ces perfidies.
Ces îTinces et s-^i^neurs ne se bornaient ■ p'as à troubler TElat par leurs viles passions, H envahir les emploiset les finances, à donner au peuple de nonibreux exemples d*:" mauvaise foi et d'immoralité; ils propageaie[it les erieurs les i lus slupides : car; en matière de croyance, les habitants des cours n'étaient alors guère pla< avancés que le sont les femmes de vill ige.
If fallait compter beaucoup sur l'aveugle croyance de la cour, pourqu'un nommé JFonten'tiy osât proposer au roi, en 1622, dans un écrit imprimé, un moyen extraordinaire, qu'il disait très facile et très sur, pour prendre les villes de Mont iuban et de la Rochelle. Ce moyen, dont nos guerriers ne se sont jamais avis-'s, consistait à faire enrôler tous les soldats de l'armée royale dans la Confrérie du Rosaire, et à obliger chaque soldat et officier de porter sur lui un chapelet bénit par un religieux jacobin, et d'en réciter journellea eut les prières. L'auteur q ii propose l'usage Je ce talisman ou préservatif ne veut pis que les chapjlets des officiers soient au^si simples que ceux des .soldat-. 11 prescrit à cet égard une distinction utile : « Il seroit à propos, dit-il, que ■ o- « tre majesté ft donner à chaque soldat « un chapelet de deux sous, ennle de fil « ciré 01 de corde de boyau ; el aux chefs < et qualifiés, votre majesté en donnerait « de sa propre main, qui seroient de plus « haut prix (I). • Quelle sage prévoyance!
Bassompierre rapport3 qu'en lèl2 il alla visiter le marquis d'Ancre, qui était mala ie. Quelqu'un qui se trouvait dans sa cham.bre dit : « Un moine de mes amis a « une p T>onn^ en main qui promt^t, sur « sa vie, de faire qu'une femii:ie puisse « aimer tel homme que cette pe( sonne vou- « dr i , et m'a prié de vous en faire port... « Il faut, dit Bassompierre. l'adre.sser îj « M. le Grand (2), qui devient vieux, et '< dequi lesdame^nefo t plus grand cas. » f)'ap:ès cet avis, le moine va pioposer son magiciîn et son secret au dac de Belle- Sarde. Celui-ci écoule, se laisse séduire,
(Il Adtis au roi pour facilement prendre UonUuban, La Rochelle et autres villes, p. 10. Paris, 1622.
l^) C'était le dur. de B.illegarde qu'oa appelait à la cour e Grand, parce qu'il était raud-écuyer de France,
et promet une somme d'argent si le secret réus-it. Ce duc demande ensuite si, par ce moyen masique. il pourraU parve-ir à faire qu'une dame conçût de la haine {X)ur des personnes q Telle affectionna t. L« moine et le magicien soutinrent n"e la ch^se était très possible. Le duc de Bellegarde, rdors transporté de joie, ail 1 dir-'.en confidence, à !a princesse de Conti -juil avait e.n secret assj'é de se faire ai er de la reine, et de lui faire haïr le marquis d'Ancre 't sa femme. Celte sottise se répandit à la cojr, et trois jours aorès, le moine. le magicien, et celui qui 1 "< avait introduits chez le duc de Bellegard;^, furent emprisonnes (! .
Le pub'ic, en matière de croyance, imitait la cour.
En l6lo, au mois de mars, le diable étrangla de ix magiciens à Paris; l'un, appelé César, faisait tomber à sa volonté h grêle et le tonnerre, avait un es rit familier et un chien qui portait ses Ifltres et lui en rapportait les réponses. Il fit uno 'maseencire po'irfairemourir en luig-ieur un reitain gentili.omme. Il composvt des philtres poar que les jeunes gens fu-sent aimés des jeunes filles, alliil au sab:)at et se vantait d'avoir obtenu les f iveur- d'un© grande dame de la cour. Il et nt pri-omier à h Bastille lo sque , le 11 mors 16! o. lo diable vint avec un grand bruit 1' trr gler dans son lit. Ce qui est plus certain, c'est qu'il faisait métier de montrer le diable aux dupes qui payaient pour le voir (âj.
(1) Nouveaux Mémoires de Bassompierrt ^ p. 222 et suiv.
(2) Yeut-Oîi sav(ûr comment cet imposteur faisait vo;r aux iruis crédules le diable et ss cuur iafernalî? Voici d^^s détails qui p urroat satisfaire la curisiîé des lecteurs. Un auteur coutemporaiu taie parier ainsi C"=ai- iuimêine, auquel il doa:ie ie nom de P^rditor. " Vous ne croiriez pas combien il y a d« « jeunes courtisans etde jeuuf s S^'rujuVriy iPa- " ^i^ieu-) qui m'imp;»riunent de leur :airt " voir le diable. Voyant ce a, je me suis « avisé de la plus plaisante inveM-.inn du .. mon ïe pour ^a.inerdft l'arg-mt. A u i quart .- de lieue de cette ville (versG-uti'ily. je pnse), ^ j ai trouvé une carrère fort prof-n e qui a .< de longues fosses adroite e: a gauche Quand M quelqu'un vieut voir le dable, j- l'anën» •< là de ians, mais, avant d'y entrer, i faut u qu'd me paie p»ar le moins 45 on -5 ' pis-j « tôles; qu'd me jure de n'en parler jaoïtti»
L'autre, qu'on ne nomme pas, était un Florentin api elé Ruggieri, abbé de Saint- Mahé, empoisonneur, qui demeurait chez un maréchal de France, et qui, quatre
M qu'il me promette de n'avoir point de peur;
• de n'invoquerni les dieux ni les demi-dieux,
• ni de prononcer aucune sainte parole.
M Après cela, j'en re le premier dans la M caverne; puis, avant de passer outre, je faia M des cercles, des fulminations, desinvoca-
• tiens, et récite quelques discours composés M de mots barbares; lesquels je n'ai pas plus M tôt prononcés que le sot curieux et moi m entendcns remuer de grosses chaînes de m fer et gronder de gros mâtins. A lors je lui
• demande s'il n a point de peur : s'il me dit M que oui, comme il y en a quelques-uns qui M n'osent passer outre, je le ramène dehors; M et, lui ayant fait pas?er ainsi son imperti-
• nente curiosité, je retiens pour moi l'argent
• qu'il m'a donné,
« S'il n'a point de peur, je m'avance plus m avant en marmottant quelques effroyables *> paroles. Etant arrivé à un endroit que je
• connois, je redouble mes invocations, et fais
- des cris comme si j'étais entré en fureur. n Incontinent six hommes, que je fais tenir m dans cette caverne, jettent des flammes de M poix-résine devant, à droite et à gauche « de nous. A travers les flammes, je fais m voir à mou curieux un grand bouc chargé
- de grossts chaînes de fer peintes de verf millon, comme si elles étaient enflammées. " A droite et à gauche, il y a deux gros M malins à qui on a mis la tête dans de longs M instruments de bois, larges par le haut,
• fort étroits par le bout. A mesure que c-s
• hommes les piquent, ils hurlent tant qu'ils M peuvent, et ce hurlement retentit de telle m sorte dans les instruments où ils ont la m tête, qu'il en sort un bruit si épouvantable
• dans cette caverne que certes les cheveux
• m'en dressent à moi-même d'horreur,
• quoique je sache bien ce que c'est. Le bouc, m que j'ai dressé comme il convient, fait de m son côté, en remuant ses chaînes, en bran- « lant ses cornes, et joue si bien son per- « sonnage, qu'il n'y a personne qui ne crût 4t que ce fût un diable. Mes six hommes, M que j'ai fort bien instruits, sont aussi charm gés de chaînes rouges et \êtus comme des m furies. 11 n'y a pas là dedans d'autre lumière m que celle qu'ils font par intervalle avec de m la poix-résine.
M Deux d'entre eux , après avoir joué à .• la perfection le rôle de diable , viennent
jours après la mort de César, fut, diton. assailli par le diable avec un tintamarre effroyable, et étranglé pendant la
En i 631 , la chambre de justice, siégeant nuit (4).
à l'Arsenal, condamna Adrien Boudiard, prêtre, et Nicolas Gargan, à être pendus, parce ou'on avait trouvé chez eux deux livres de magie écrits sur du parchemin, une étole noire et un petit calice d'étain. Il n'est sortes de profunations, de sacrilèges et d'impiétés qu'ils n'aient employées, dit-on, pour faire périr par sortilège le cardinal de Richelieu (2).
Toutes ces absurdités étaient reçues chez les courtisans et chez les bourgeois de Paris comme des vérités incontestables.
Dans le discours que le carde des sceaux prononça, en juillet 1631, à la deputation du parlement, après avoir parlé de l'évasion de la reine-m^re prisonnière à Compiègne, il ajouteque. pendant la maladie de LouisXIII à Lyon, plusieurs personnes avaient des curiosités suspectes
" tourmenter mon misérable curieux avec de « longs sacs de toile remplis de sable dont M ils le battent tant par tout le corp*, que je •• suis après contraint de le traîner dehors «< de la caverne à demi mort. Alors, comme « il a un peu repris ses esprits, je lui dia « que c'est une dangereuse et inutile curio- " site de vouloir voir le diable, et je le prie " de n'avoir plus ce désir, comme je vous M assure qu'il n'y en a poiat qui l'aient après « avoir été battus endiablé et demi, w (floman satirique de Jean de Lannel. — Nouveaux Mémoires historiques defabbé d'Artigny, t. VI, page 45.)
M. de Renneville, auteur de V Inquisition française de la Bastille, parle de plusieurs scènes nocturnes et diaboliques qui, sous le règne de Louis XIV, avaient pour théâtre les environs de Gentilly.
Dans la Bastille dévoilée, on trouve, l^ livraison, page 108, qu'André Dubuisson fut enferméen 1749 dans cette prison, parce qu'il faisait voir pour de l'argent le diable au duc ,' d'Olonne, Je pourrais citer plusieurs exemples pareils. Partout où abondent des gens j ignorants et crédules , abondent aussi des j gens qui les dupent; L'ignorance et la cré- j dulité sont mères de l'imposture, j
(1) Voy. un livret intitulé Histoires rpou* l vantables de deux magiciens étranglés par le g diable à Paris ^pendant la semaine sainte; 1615.
(2) Mercure français y tom. XX, page 808.
TABLEAU
pour s'enquérir du cours de la "vie du roi (1).
Quelles personnes à la cour n'étaient pas persuadées que le curé de Loudun, Urbain Grandier, était un magicien; qu'il avait logé des diables dans le corps des religieuses ursulines de cette ville; que Léviathjn, chef de cinquante démons, était, par la vertu des exorcismes, sorti 4u corps d'une de ces filles; que le diable