‹ Histoire de ParisChapitre 132 sur 261 · UO&AL · texte numérisé non relu

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Balaam, par la même vertu, avait abandonné le corps de la mère prieure de ce couvent; enfin que le diable avait écrit une lettre à Urbain Grandier, datée do son cabinet en enfer? La cour et les gens stupides y croyaient. Les agents du cardinal n'y croyaient pas, et vo'ulaienty faire c oire; les gens instruits n'y croyaient pas, et s'indignaient de voir jouer une farce aussi ridicule, aussi insultante à la

A/7/ia^<3^ lirj/cmi.

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Armes du xvc siècle.

;aison, à la véri'.é, et dont le dcnoùment Si les erreurs de la barbarie, si les suui horrible (2). perstitions les [.lus honteuses se maintin

(1) Registres manuscrits du Parlement, au 16 juiUet 1631.

(2) Vo;ci l'extrait d'uue noté de la Biblio' 'hèque historique delà France, du P. Le Long ît Fevrei de Foutetie, tom. I, p. 362 : - Le " crime de Graudier n'éioit pas la magie. Je

■ l^ai appris de ses juges mêmes (et ses juges * 1 ont lait brûler \if). Les religieuses étoient

■ possédées de Grandier plutôt que du

■ 4Mbit.

M Lorsque le roi ne bailla plus d'argent pour exorciser les religieuses, le diable iesquiita; et, quelque temps après, il j eut à Lhinon des religieuses qui voulurent faire les possédées, comme celles de Loudun; mais trois é\êques étaot venus k Cbioon pour prendre connaissance de ee fait, i.s chassèrent le diable du corps do ces tilles avec le fouet qu'ils leur fiieat donner. »

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HISTOIRE DK PARI3

lenf et forent même accueillies pennant ce règne; si les désordres de la féo! al té, |)en aiitses ouze premières années, comme il a étédit, troubleren lacouretdési-lerer.t la France; si les princes s'airachèrent les lambeaux de l'iiutoiifé et les restes de la fcrlune publique ; si tant d'actes immoraux se manileslèrent, il faut en accuser les fausses idées et les \iees du gouverûement.

Richelieu parut; et, «'étant rendu maître de tous les pouvoirs, de toutes les finances, il imposa silence à tous ceux qui y prétendaient, les l'rappa sans'menage- Ri'.nt, paralysa toutes les petites ambitions, pour niieux faire prospérer la sienne; et, sur les rumes de l'anarchie féodale, fonda son des; otisme ab.-olu.

Les François ne furent point soulagés par ce changement : si Ja féodalité cessa d'agir alors centre le roi, elle conserva toute son activiié contre ie | eupie ; \\ eut le même fardeau, et un fardeau plus lourd à supporter. La conduite du desiote ne fut pcjs plus favorable à l'amélioration des mœurs que ne l'avait été celle des princes

féO;l;!UX.

l\ur envahir l'auGritè suprême, h combien d'intrigues, d'impcs'.ures et de manœuvres immorales n'a-t-il pas du se livrer, et, pour se maintenir dans ce haut degré de puissance, que d'iniquités n'a-tii pas dû commettre! Les plus grands crimes, lorsqu'il les jugeait néces-aires, n'arrêtaient point sa maiche ambi ieuse. La violence, la perfidie, la corruption, toutes los ressources interna es du machiavélisn.e étaient les instruments familiers qu'il savait manier avec habileté.

Ap.res l'exil, les prisons et les échafauds, l'espionnage était un de ses puissants n.oyens. Cet art, si utile aux tyrans, si funeste à la morale publique, fut, par ce caidinal, porté à un degré de pirteetion auq .et, en France, il n'avait jamais atteint : il lui donna une funeste ex en- £ion. La terreur chez les uns, l espoir d un salaiie chez les autres, lui procurai nt des satellites : ducs, valets, maréchal de France, soldats, moines, épousas, - inaî tresses, confesseurs, il était parvenu è tout corromire; tous pour| le serNir s'obl.geaieut à trahir leur» devoirs, leurs •emblables et leur conseience.

je ne détaillerai point les moyens astucieux qui furent nn> en œuvre dans l'mterêt du cardinal : on eu trouvera un bon

noml»re datïs te?s histoires du tempâ'jene citerai que le suivant :

Le cardiœjl avait besoin d'envoyer ï Bruxelles un espion propre à bannir toute méfiai ce Leeotnte de Rochefort (ut choisi pour cette noble entreprise : mais, ; our la remplir avec succès, ce comte fui olligé de s'assujettir à un déguisement fort pénib e : il quitta ses vêtements de cour, renonça brusquement à ses habitudes dissolues, se vêtit d une robe de c<ipucin, entra dans le couvent de la rue Saint- Honoré, et y subit une espèce de noviciat. De là, accompagné d'un véritable novice, il se rendit à pied à Bruxelles, et s'enferma dans une capucinière de cette ville. Ce jeune courtisan y resta pendant deux anmes, feignant la' dévotion, se soumettant r goureusement à la règle et à toutes les abstinences qu'elle p: esc. it , pour mieux servir son maître, en trompant les moines et le public (l).

Ce perfectionnement d'espionnage peut inspirer le désir de savoir si, à celte époque, le gouvernement employait des agents provocateurs : voici ce que j'ai découvert sur ce point.

Dès le commencement du règne de Louis XIII , sous la domination di marquis d'Ancre, il existait des gens char gés de pi évoquer sinon des actions, ai moins des paroles séditieuses, afin d'avoi un prétexte pour les dénoncer.

Dans l'ouvrage que d' Aubigné a publia contre 1 o:i:ueil, la bassesse el l'ignorano de la plupart des nobles de son temps figurent deux interlocuteurs dont l un, l baron de Fœneste, est r.n genlilhomm ga.-con, un sol fanfaron qui se vante ega lement d'exploits qui ne sont pas L-ssiens et d'actions ignominieuses ; l'autre, qu l'écoute el L- censure, est un genlilhomm instruit, sage et expérimente, appelé Ai nay. Le baron demande à ce genLdho.nm des conseils sur le parti qu'il doit piendre Sera-t-il un des quarante gentils!, oinme qui comosaient la garde du niarqui d'Ancre, ou bien sera-i-il espi.n"? Aina) pour répondre, désire avoir quelques eelaii

(l)Ce fait remarquable^ qui caractérise]

cardinal et offre un trait de la s-er^iiité d eoMite, n'aurait point eu place dans cet on vvaue, s'il n'tût été rapporté que dans fi méiDOires dn comte de Kochefort, mémoiit i^•J^pects; mais je le trouve conrinné pi l'auteur de lu Vie du véritable ï*. JoKjfk.

oissenrenf^ sur remploi de ces quannte .uenti^homnle^ qu'on nommait vulgairoraenî à la conr coyons de mille livrLs.. Ce « sont, dit le baron, quarante gentilshom- « mes et quelques seigneuisparmi. à qui « monsur lou mareschal (le marquis d'Aii- « cre) donne mille livres ei bouche à cour,

• po r se tenir près d- sa personne. » Aiuay demande au baron qui a donné à ces eltrdes une dénomination aussi honteuse. « On voulut, répond it-il, les apj e-

• 1er les quarante ou ordinaires, mais cela < sentoit trop le roi. On voulut les nom- « mer !''s coupe-jarrets, les suivants, mais « cela étoit tro.> odieux. Monsur lou ma- «■ res-hal, en les appelant, curamandoit « qu'on fi' veDir ses cuvons de mille livres, « quand il sourtoit; et ce nom leur est « demeuré. »

Le b.iron de Fœneste parle ensui'ede la prodigalité du marquis et de la marquise d'Ancre, leurpouvoir excessif. «V'ous « ne voyez, ajoutoit il, dans les rues de « Paris que poutences plantées pour ceux « qui 0 eut ouvrir la bouche contre mou- « sie..r et madame.»

Quant au métier d espion, notre baron senible lui dunner la prefér nce; et, à ce sujet, lesage Ainay lui l'ait les observations suivi. nies : «Cemétierveut unegsandedili- « gence, dextérité, invention, impudence, « et avec tout cela il n est point sans dan-

■ §er,.. Je vous dirai comnient se gou-

• ven.e un sénat de tell s gens que nous « avons eu ce pays (Poitou), composé de « qudques catholiques ruiiiés qui se veu- « leiît relever par les choses extrêmes, « et d'hugu:nots révolles to:t à plat, et « d'autres qui prennent termes pour l'être.

• Pieiiàèrcmeiit ils remplissent leurs lettres

■ des pis et des parolt-s des lius gens de « bien du pays, en dé ouin ant toutes rho- « se- Uc Lur droit sens. Ils vont dîner « avtc un gentilhomme qui le leur donne

• de b 11 cœur; ils le mettent ^ur le pro-

• pos du mauvais gouNernjmi-nt d'au- « jouni'hui, et si c'est quelqu'un qui ait « charge (qui ait de l'emploi), ils deuian- « dent comb.eD de quartiers- il a perdu « depuis trois ans; ils lui font voir au pro- « fit de quj va ce larcin, et que les choses « iront ci-après de mal en pis; allegueiiî « les pensions nouvelles données a des

• personnes les- plus indignes qu'ils peu- «" vent choisir. De là ds 'viennent sur les

• co.ri paraisons du temps du feu roi, et « qu'on etoit bien soumis sous l'adminis-

TABLEAU MORAL 2||f

« tration de M. de Sully. Si là-dessus il* « peuvent aigrir quelque cœur par ses in- « t'iêts, et faire échapper de sa bouchei • chose qui sente le mécontentement, voilà « de quoi mériter de l'entretien -gagner « son traitement)... lis ont un bureau a. « Niort, qu'ils appellent le conseil du roi « ou le conseil des avis. >■

Le baron de Fœneste réplique ; « J'ai « un frère qui e-t de cette bande; c'est K lui qui m'invite à en faire partie. G'éloit « un gueux il y a trois mois; il n'y a que- « lui maintenant pour paroître. Ils s'at^ « tendenf d'avoir bientôt des confisca- « lions (1). »

Voil I bien des agents qui provoquaient à des paroles, mais non à des actions séditieuses. Il est [>résu;rable, mais il n'est pas prouvé, que si cet établissement immoral et perfide existait déjà dans le Poitou sous lu domination du marquis d'Ancre, il dut à Pans, sous celle du cardinal' de Richelieu, obtenir une extension Cjmpièle.

Tou> ceux qui connaissent l'histoire de ces temps sont convaincu- que les confesseurs de la cour servaient no i-seulem 'ut despions au cardinal de Richelieu, muisqu'is étaient les insîrumeijts le plus ordinairement emplayés par ce cardinal pour diriger les opinions des personne- eminentes. 1. es jésuites éiaient, de uis Henri IV,» en possession de diriger les consciences, royales. Un auteur du temps trouve irè& bon que Louis XIII ait les jésuites pour espions; ma;s il désire que ce roi ne leur confie par ses secrets.

« Le public, dil-il, d^isireroit. Sire, « qu'il piùt à Votre Majesté imiter, i our

« ce r.gard, la sagesse des papes e? la « prudence des rois d'Espagne; ksqueli « se servent b;en de ces bons jières coaim» « espions, pour déco .vrir par leur entre- « mi.se les secreis d'autrui ; mais ils se « donnent bien garde de leur déclare! les « leurs, afin de ne point dépendre d'eux» « ni qu'ils puissent jouer le double. C'est « |OJrquoi, jusqu'à présent, aucun jé- « suite n'a eu l'honneur d'être confesseur « de leur sainteté, ni des infants et infan- * tes... Votre Majesté devroit prendre « exemple là- dessus. Sire, et consid rer « les inconvénients où la France est tom- « bée, et où Voire Majesté peut encore

(1) Les Aventures du baron de Fœneste, t. II, liv. 'à, chap. 20.

SfO itrsTaRE

« tomber, en rendant la confession du « Louvre héréditaire à la famille des jé- « suites, comme l'empire dans la maison ■ d'Autriche (i). »

Voilà les jésuites confesseurs à la cour, les pères Arnoux et Sigueran érigés en mouchards ; mais ils n'étaient pas seuls, et les mémoires de celte époque attestent que tout l'entourage de Richelieu, gentilshommes, seigneurs, bouffons, moines, prêtres et valets, étaient plus ou moins entachés de celte turpitude.

A ces actes de tyrannie, à cette institution corruptrice de la morale, le cardinal de Richelieu joignait des habitudes très peu exemplaires. Se croyant assez puissant pour transgresser toutes les règles de bienséance, il ne rougit pas d'imiter, au dix-septième siècle, les vices des prélats des temps barbares. Comme eux il posséda une grande quantité de bénéfices; comme eux il négligea les affaires spirituelles, pour se livrer tout entier aux temporelles; comme eux il étala un luxe, une magnificence opposés à l'esprit de la religion dont il était ministre; comme eux il ferta le sang et tyrannisa le peuple; comme eux il eut des maîtresses, des bourreaux, et comme eux enfin il prit le casque et l'épée, et se montra à la tête des armées.

Son exemple. eut des imitateurs : on vit de son temps des moines, des prêtres, des évêques, des cardinaux, joindre a leur profession celle de mi itai.e. et se livrer aux dissolutions des c; mps. Et à ce sujet fut composée cette pièce :

Un archevêque est amiral.

Un gros eveque e l ca|>«iral.

Un |>rélai préside aux fronlières, Vn :«utrc a des irou|ies goerrièies; Un Co|iucin ppiise ai'X combats.

Un caniiiiHl u des so dats.

Un autre fkt genei uliss me.

O FraïKT! c nriois (juMci-bas Ton Église, si magnanime, Miliie et ne iriomiihe pat (2).

Le cardinal de Richelieu remplissait les fonctions de grand-amiral de France, sous le titre de surintendant de la marine ; il s'était fait créer généralissime des armées représentant le roi ; il allait à la guerre a\ec le casque et Vi'\ée.

Le cardinal de La Valetie, archevêque de Toulouse, commandait des troupes, fit

(1) La Voix publiqw au Roi, p. 22, 1624.

(2) Tubleau de la vie it du Gouvernement de

longtemps la guerre en Italie et en Frauce, et mourut les armes à la main. Il était le conseiller et le lieutenant du cardinal de Richelieu.

Le cardinal de Guise était à la fois débauché, militaire et tapageur. Ayant eu un bâtard de madame des Essarts, une des maîtresses de Henri IV, il voulait lui faire obtenir le prieuré de la Charité. Le duc de Nevers avait des prétentions sur ce prieuré : de là naquit une querelle entre le cardinal et le duc. Le cardinal, vêtu en pourpoint, botté, et portant l'épée sous son manteau, rencontra le duc dans une maison, l'insulta, le frappa, et fut sur le point de le faire assassiner par ses gens, en présence de plusieurs personnes. Le duc de Nevers demanda au roi la permission de se battre en duel contre ce prélat (1).

Le P. Joseph, capucin, était l'âme du conseil particulier du cardinal de Richeleu. C'est lui qui le poussait dans la carrière de l'ambition et du despotisme, qui le fortifiait dans ses entreprises criminelles ou hasardeuses, et qui soutenait son courage quelquefois chancelant.

On pourrait citer plusieurs autres ecchsiastiques qui, à l'exemple du cardinal de Richelieu et de nos anciens prélatgaulois, n'ont pas craint, en portant learmes, de violer les lois les plus recommandées de leur ministère.

Richelieu donna de mauvais exemplequi ne furent que trop bien imités. Il autorisa les nombreux et anciens abus dont le cl-rgé avait hérité; assez puissant pour les reformer avec succès, il les maintint et en profita.

Je vais indiquer quelques-uns de ces abus, sources d'immoralité et de corruption publiques.

Sous le règne de Louis XIII, les évêchés, les abbayes, les prieurés, etc., étaient donnés à des laïques, à des militaires, même à des femmes. « La plupart des « bénéfices de la France, dit un écrivain

(1) Lettre de M. le duc de Nevers, présentée au roi par M. de MaroUes, pour supplier sa majesté de permettre le combat audiv sieur duc avec M. le cardinal de Guise (en cas, qu'il quitte le chapeau de cardinal), ou contre le prince de Joinville, son frère; 1621.

Le duc ne trouvait donc rien de respecta-. ble dans la personne du cardinal que son chapeau rouge.

TABLEAU

« de ce temps, sont tenus ou possédés « pardes personnes indiiînes et incanables, « dont les aucuns mariés, jusqu'à des « femmes; et tourne-t-on en risée quand « quelque vicaire, bon compagnon, met « en la suscription et adresse de ses let- « très : A monsieur mon Abbé le cipi- « taine tel, ou à madiime telle, que l'on « cognoit as-îez à la cour (1j. »

Le sienrCourval-Sonnet, gentilhomme et médecin, a composé sur cet abus deux satires: l'une contre les seigneurs patrons des églises qui jouissent des revenus ecclésiastiques, et qui placent, pour desservir les cures, de malheureux prêtres, appelés confidentèresoyi custodi-nos auxquels ils donnent quelques légers traitements :

l'autre, contre ces mêmes conjîdentères.

Voici ce qu'on trouve dans la première de ces satires :

Wau» TOTOn» pn effet la plupart d«»s patrons

Si rempli* (l'avance et de conui.lio'is,

Qu'au lieu de présenier un docie personnage

A la cure où ils ont le dmt ds patronage,

et «ont los présentans et les bénéficier» ;

Ptur jouir de leur cure, ils cm des eslafiers,

De bons cutlodi-no», marmitons de collège.

Desquels ils vont couvnnt leur mauait sacrilège.

S'ils n-^ peuvent trouver das>u es c^nfidens,

tMTt ils vendent leur cure rn banqn ers mercadens;

En pre;en^ant celui qui a plus de finance.

yui n'e«i ûbiient pourtant l'eniiêre jouissance;

Car le messe^ patr n, pour aider sa maison,

Aetient un prix d'argent ou quelque pension,

V»ilà de 1106 parons la ruse simoniciue.

Et de nos granis seigneurs la commune pratique;

<iens dont l'arabiiion n'a ni bornas ni fr-in.

Oui pour entretenir la grandeur de le ir train.

Leurs page» et liquais, vali»is. clievatix, carrosses,

àe mette it à l'aliri des mUre* et des crosses,

Poursuivent prieurrés, pret^endes, é\écbes.

Ainsi le bipn d'Eglise est la bntlè et là proie

De ces mignons de cour, barons, comies, marquis.

Qui brafeul aux dépens d'un bien tiès mal acquis (2 .

Dans sa seconde satire, Courval-Sonnet tonne avec plus de zèle que de talent contre les custodi-nos ou confidenUres, qui, pour avoir quelque petite part à un bénéfice d'église, consentent à desservir, en laissant au patron la majeure partie de ses revenus.

El plusieurs gons de eonr, marchands et officiers,

FUiieurs, cOnpe-jarrets, maq rouraiiers,

Qui j'jjiss-iit à tort du bien de sainte église,

Par la subvention, cabale ei entremise

Oe ces cuslodi-tios et maudits apostats

Qui guideni la gallere et servent de forçats,

Am laïques pairous, qui, comme vrais pyrattes

«k escumeors de mer, accrochent de leurs pattes

(i) Réponse aune l tire envoyée par un gen- ^Ihomme de Basse-Bretagne à Rown, sans date '^ pagination.

(2) L Ânti-Jéro$iUe,oviContre les sacrilèges de ia NobUsse laïque^ satires du sieur Courval- ^ïonl^et; lt)21.

MORAL lift

Le bateau de réglise ann ae le piller.

. . . . . L'on voit ces traîtres ncHlonnioft L'^ror ce saint vaisseau aux laïques guerrier», Nob'es et m \t\its. dames hi dem «ispll»** ; Tant ces cuttodi-nos se montrent iotidelU».

II dit ensuite que des coune-jarrets, des fen 'eiirs, des bouffons, des rodomonts, possèdent les plus richesabbayes de France, les cures, les évêchés; que tout revenu appartient è ces enfants chéris de Bellone et de Venus, qui par hasard auront rencontré

Quelque bête areadiqup on cheval de Toilnra Pour leur servir d'abbé ou de cmtodi-not. Pourvu qu'il soit s«\ant à bien vider les p -ii, Qi'il soit sale et vilain et plus ord nu'unf Iiham^ Qu'il voie pour soutane une mécliante juppe.

L'auteur fait un tableau dégoûtant de la misère et de la ba-sesse de ces custodinos, parle avec indignation de l'extrême négligence qu'ils porient au service divin et à l'administration des sacrements, et revient sur les princes, seigneurs et guerriers qui possèdent les befices ecclésiastiques.

Curés h robe courte, évèqnes h casaque.

Qui pour crosse out l'épeeel pour mitre le CMQU»,

El p lur roquet plissé le crseUt rtore,

Pour chap: e sur le dos un mante.iu chamarré

D'un iupe-be clinquant sur très fi:ie escarlate.

Doublé de toile d'or qui par la rue esclat.e.

Aissi sera vêtu ce gr^nd p clai guerrier,

Cet evèque de cour qui se fait charrier

Au Louvre et au Palais plus souvent qu'à l'église.

Ou bien chez les seigneurs et dame» qail couriisê.

Il parle ensuite des nombreux inconvénients résultant de cet abus; déplore l'état misérable des ornements d'église, les édifices abandonnés ou tombant en ruine; reproche à ces prêtres custodi-nos d'être bas serviteurs des seigneurs, usufruitiers des revenus de l'église; d'être leurs bouffons, leurs pourvoyeurs en amour. Après ce reproche, il ajoute :

C'est la où chez les grands vous passez votre tett>«» Anes eus(odi-nos, c'est tout votre exercice. Au lieu que devriez, graves, faire foBce.

• • • Malheureux hvpôcrite*.

Vous n avez d'autre Lui qu'escumer les maimite».

Blasphémer, ivrognj-r avec le» cui»io»i;rs,

Vous rendre compagnons de puans pjlfreniers;

Faire tasembe avec eux queque* friponnerie», i

Vous étriller l'un l'autre à bjuchuns d'écuries.

Le jour rouller le dei, ei la nuit pail arder ;

Des cartes plus souvent qu'un bréviaire garder ((f.

La vie crapuleuse et misérable de ces prêtres devait diminuer le respect du aux ministres de la religion, et contribuer à maintenir la corruption des mœurs ; mais

(1) Les Satires du siew de Cow9a('Som%et, satire 4, p. 162.

ilfg HISTOIRE

c'est moins sur eux que sur les chefs du clergé, qui souffraient ces abus, et sur l?s rois qui distribuaient les bénéfices ecclésiastiques à leurs courtisans et à des personnes qui ne pouvaient en remplir les devoirs, que doit tomber le reproche.

Louis XHl donna à la veuve du duc de Lorraine l'abbaye de Saint Germain-des- Prés (1). Ainsi voilà une femme nommée abbpsse d'un couvent de moines. Je borne •là mes preuves de ces ancietis abus.

Certes, les vices du clergé, la conduite déréglée de la plupart de ses membres, ne pouvaient donner qu'une direction fausse aux opinions, et des exemples pernicieux à la morale publique; mais la principale source du mal était, comme je 'l'ai dit, dans les institutions de la barbarie, encore en vigueur sous Louis XllI, fqui, par la faiblesse et l'incapacité de ce Toi, reprirent leur antique et funeste éner- •gie.

La plupart des hommes de la cour et ■^es chefs du régime féodal, se trouvant, par ce régime, placés au-dessus des lois, se faisaient une sorte de gloire de les braver, de les enfreindre, et autorisaient leurs subalternes à les imiter. On en a vu d'assez nombreux exemples dans la conduite des princes et sei;^neurs, des pages et laquais. Je n'en joindrai point de nouveaux; mais je ne dois pas omettre quelques traits qui peignent le genre de plaisir auquel se livraient ces hommes de cour. Voici ceux que je trouve dans un ouvrage moderne, et que l'auteur a puisés dans ks Mémoires de ce temps.

« Le comte de Rochefort, avec un de « ses amis, s'en allait à Anet. Comme ils « passaient au bas de Chaiilot, devant « l'emplacement du couvent de Saiute- « Marie, et près de la maison de Bassom- « piî rre, des pierres furent dirigées sur • eux. Ils se tournent, aperçoivent der- « rière une terrasse des personnes qui « se cachent ; et, pensant que ce sont des « femmes qui veulent s'amuser, ils contit nuent leur route; mais bientôt une nou- « velle bordée de pic res est larcée sur « eux, et des mjures leur sont adressées. « Alors, piqués, iU reviennent sur leurs « pas, voient des hommt*s qui ne se ca- « chent plus, et ;les bravent par des insul- « tes. Ilûchefort, irrité, savance avec son € compagnon, lâche un coup de pistolet,

^l) Gdllia chrisliana, lom. Vil, col. 469.

DC PARTS

et allait en tirer un second^ lorsqu'on lui déclara que le duc d'Orléans, frore du roi, se trouvait parmi ses agresseuçs. A ce nom, nos deux voyageurs, effraya, piquent des deux et s'éloignent." A peine sont-ils sur la montagne des Bons- Hommes, qu'ils se sentent poursuivis par cinq ou six cavaliers. Ils tourneot bride pour se mettre en état de défensç. A l'instant un des poursuivants reconnaît son ami dans le compagnon de Rochefort : Puisque c*est vous, la paix est faile, dit-il en courant l'embrasser. On se fit des excuses de part et d'autre^ et les deiLX voyageurs, furent engagés à retarder leur voyage, et à venir dan?

le lieu où on les avait attaqués. Ils enr frent, et voient le duc d'Orléans faisant la débauche avec plusieurs seigneurs de sa cour. Oubliant que Roi^efort avait embrassé un parti contraire au sif n, ce prince l'oblige, ainsi que son compagnon, a se mettre à table; il déclara, quand on eut bu jusqu'à l'excès, qu'il voulait se donner un plaisir de prince : ce qui signifiait alors faire de notables extravagances.

« Il eutia fantaisie de manger et de faire manger aux convives une omeleMe sur le ve; tre du colonel Wallon qui se trouvait là. Le colonel se prêt.i de bonne grâce à cette folie, se dépouilla, s'étendit sur la table, et mit en évidence l'énorme relief de son ventre. L'omelétfe fut placée sur la chair nue du co'onr»!, qui, par excès d'ivresse, ne sentit point qu'elle itait brûlante, ou, par excès de complaisance, ne voulut pas s'en plaindre. .

« Ce ragoût fut trouvé délicieux. Pour varier les plaisirs, on quitta Chaiilot, on vint à Paris, et nos princes et seigneurs descendirent chez une fameuse courlisane, nommée la Neveu-, dont Boileau a célébré le nom et les talents, a Ou fit des folies, du tapage dans cette maison de débauche; on brisa des meubles. Le prince, pour apaiser la Neveu, lui promit un petit divertissement. Il envoie chercher un commissaire, sous prétexte de tum' Ite : on dispose de tout pour le recevoir. Il arrive, et t ouve la Neveu, couchée dans le môme lity, entre le prince et Wallon. Le s'irj : de la compagnie s'était caché dans u chambre voisine, c Le commissaire ordonne aux deux

TA BLE AD MORAL tfi

I hommes qu'il voit dans ce lit, et qu'il Paris : au=:si Ioms les témoignages que j'ai I ne cnn'naît pas, d'en sorlir sur-le-champ ;, reciiei'lis sir leur état s'accordent-iis-à I les hommes se moquent du commissaire proa>er ':u'il K'gnait, dans toutes les clas- I et de son ordonnance. Alors celui-ci, , ses de la société, une r'erversit^, une cor- I irrité, fait monter l'excorie qui lavait , ruptioo bien pire que celle dont oii se r ;îc lompagné, et lui commande de faire i plaint aujourd'hui. ; lever ces hommes couchés. Dans un érrit qui parut sous le règne

« Pendant que ceux de re>corte se dis- ; de Louis XIII, l'auteur passe en revue la ijpos-nt a obéir, les personnes cachées ^ plupart des professions de cette ville, et

di^ns la chambre voisine en sortent, saluent respect' leuscmeut le [rince, restep.l devant lui h tête nue, et s'apprê-

re; roche à chacune les vices qui lui ?onfe propres. Dans le m "me ouvrage, un interlocuteur joint un co'rectif à ce qu6

tent à l'habiller. Le commissaire, étonné , cette censure peut avoir d'exaséré, et jusdes honneurs qu'il voyait rendre à cet tifie, tan' bien qje mal, ces diverses pro

< homme, fut bientôt saisi d'effroi dès ' qu'il eut reconnu le [rince aux marques • de .-a dignité. Il se prosterne aux pieds t de son altesse, in'plore sa bonté (1). I Calmez-vous, lui dit le prince, vous

< en serez qi.itte à bon marché. Alors il I ordonne qu'on fasse venir toutes les I ni 'es de la maison, les fait ranger en I îi-ne de manie: e qu'elles présentent I leurs postérieurs à découvert, commande » au commissaire et à ceux de son es- ' corte de venir, l'un après l'auîre, tin j flambeau à la main, faire amende honorable devant le derrière de chacune d^' es demoiselles, ce qui fut rigoureu-

r sèment exécuté (2). »

" • n est pas sans répugnance que je liS déterminé à reproduire ces scèn:'s

' Galeuses; mais on ne peut fidèlement ■e !i re les mœurs qu'avec les couleurs Tûpres à leur temps. D ailleurs, ce récit ers ira à donner une juste déni:ition de ■^^ mots que l'on lencont-e souvent djns - moires du temps : Tel prince, tel ^^ .IL la débauche. On saura aussi ce [ue signifiaient ceux-ci : Plaisirs de •rince.

C î: exemples corrupteurs, les déréglc- Qents du cierge, les desordres de la uo- >les.se devaient exercer une funeste inlueuco sur les moeuis d^s habitants de

(1) Le commissaire demanle pardon pour .voir ait le devoir de -sa charge. Ce irait amcér se l'éf o^ue.

(2) il é moires du comte de RochtfoTt^ singu~ ari/f» luitoriques, pag. 118. Les mémo r 8 le Ri,(.helort, compusés p^r Sdint-Gitien ^oviti z de Sandras , >oiit fort suspects; uai:« cette anecdute me semble si comorme lux mœurs du lemj s, que j'ai cru d'. vor la ;ori.-crur: cepeudaut je dois ajouter qu'on >eut vu cout&iier la,véni<é.

fessions. .Te \ais, sans rien altérer au sens de cette espèce de plaidoirie contradictoire, rapporter alterna' ivemcnt laccisation et la dt-fense, et mettre les lecteurs en état de juger.

L'auteur commence par les ecclésiisK" ques, se pliint d^ leur i;::noranoe, de leur vaine pr?somntion et du mépris qu'ils portent aux gens savants. « Combien en « voyez-vous, dit-il, qui s'amuseront plu- « tôt à voirdesbagatelles, folies, farces, etc.,

• que d'employer un quart d'heure par « jour à lire quelques bons livres qd pour- « raient porter profit à eux et au pub ic !

« Vous en verrez d'autres qui marche- « ront en habits de soldats, d'autres en « habits de co :rtisans, d'autres sans ton- « sure, la barbe à la mode, la perruque en

• tète: d'autres entretenant garces et je

• ne sjiis quelles antres canailles. » Il parle ensuite deceseccl-^siastiquesquisont comblés de bénéfices, tandis que !an de pauvres prêtr-'s demandent l'aumine. Il ajoute que lorsqu'on se rlaint a ces ricîies prrtrts de la surabondance de leurs b néfices, et de ce qu'ils fru>trent ceux qui devrai- nt en posséder, ils repondent : « C'est pour mon neveu, » n'osant dire pour moa i:ls.

L'inter'ocuteur bienveillant ne se [laint pas de l'inexactit de de ce portrait, mais d dit ; « Nous avons maintenant de bons « ecclés as i^u.s, lesquels vivent fort pr.i-

• demment et sagement, se mainti Minent « selon leur de\oir; emploient plus de

• temps a l'étude des bonnes lettre^ qu'^ . couiir. • Il ajoute qu'il t-n vst q ;i >i:nt humides, porta. t des habis d cent-, t- 13 qu' so itanes et mai tt-aux .ongs, la ou- ^u^e, tts' logneiit du ironde.

La. teur parL- ensuvte des jUges. • Vou3

• les verrez quelquefois condamner quj- 1 • qu'un, scit à la mort, soit à quel>^u£ts

autres peines, mais pour de l'argent : si « amis ou par argent, mais par une pûvous trouvez quelque voleur insigne ou ; « nition de Dieu. » un meurtrier dans votre maison, et que - Quant aux querelles survenues entré les vous le fassiez conduire en prison, il gueux et les bourgeois , voici ce qu'it dit vous en coûtera de l'argent. Si vous de- de ces derniers : « Ils feroient mieux de

« mandez justice, on vous demandera si

« vous vous portez partie. Si vous dites '.

« non, on délivrera le coupable. Si vous' '« dites oui, on s'informera si vous avez de : :« quoi payer les frais de la procédure, et' '* Ton condamnera le pauvre misérable à '

« être flagellé devant votre porte, ou aux }

galères

Qu'un homme soit accusé à faux ou pour un léger délit, et qu'il le soit par un ami du juge; alors, sans aucun délai, il est condamné à mort. « Ainsi, dit l'auteur, « on pend les petits larrons, et les gros « demeurent en vogue, comme plusieurs « font de nuit. » L'auteur, tout en disant' qu'il n'accuse pas les gardes chargés de veiller à la sûreté publique d'être euxmêmes des voleurs, s'exprime assez clairement pour ne pas laisser de doute. « Non, ,• non, dit-il ironiquement; je n'ai garde; « car ils sont trop honnêtes gens ; savoir, « le jour. »

Si quelque gueux outrage, frappe et blesse un bourgeois, et qu'on aille s'en ^{ïlaindre, il faudra dépenser beaucoup d'argent^ et l'on vous dira pour conclusion : « Que voulez- vous à ce pauvre misérable? il est nu, il n'a pas le sou. »

« Au contraire, si le bourgeois a frappé «-le gueux, et si ce bourgeois a de la for- « tune, on dira : « Ah! ah! c'est un mu- * tin ; il est trop à son aise, il faut qu'il « pâtisse. » On ne s'informera point si le « gueux s'est lui-même blessé pour avoir « de l'argent, comme cela se pratique or- « dinairement; et le bourgeois sera con- ■• damné à une forte amende envers le c gueux, qui le plus souvent ne la touche « point, et aux frais qui sont considéra- « blés. «

L'interlocuteur bénévole ne désavoue aucun de ces faits ; mais il dit qu'il se trouve en France, et notamment à Paris , des juges fort pieux et équitables; que s'il en est qui font durer les procès, c'est qu'il leur faut du temps pour découvrir la vé-

■ rite ; c^ue s'ils condamnent les coupables à de légères peines , c'est par compassion, comme l'on « fait, dit-il, à la cour du

■ « Parlement, qui est plus douce et plus % clémente que celle du Ghàtelet. Si les m juges sont corrompus, ce n'est point par

« s'occuper des affaires de leur ménage « que de s'amuser à tels gens ; et qu'alors « on ne blàmeroit point les juges, on w « diroit plus qu'ils enrichissent leurs en» « fants aux dépens d'autrui. Il est des ']Vt « ges, ajoute-t-il, qui acquièrent des cha- « pelles dans les églises, y font placer d« « tableaux, des ornements : ce qui estui « témoignage suffisant de leur vertu e « prud'hommie, équité, mérite et piété. • Voilà de fortes raisons.

L'auteur parle ensuite des avocats e des procureurs, qui font durer les procè pendant deux ou trois ans et bien davao tage, et qui n'agissent pour les plaideur qu'autant qu'ils en reçoivent des présents afin d'alimenter le luxe de leurs femme et de leurs filles (4).

L'interlocuteur assure qu'il existe de avocats et des procureurs très homme? d bien ; que, s'ils traînent les procès en Ion gueur, c'est que la matière en est difficile

L'auteur accuse les notaires de faire d faux contrats, de ne point y insérer le formalités nécessaires, et de travailler 1 dimanche.

L'interlocuteur, pour toute réponse, di que, si les notaires travaillent le dimanche c'est qu'ils y sont obligés pour des affaire pressantes, et ne les justifie point du cri m de fausseté.

L'auteur accuse les sergents de couri

(l) Louis Vervin, avocat à Paris, et depui conseiller du roi au bailliage de Chauuy, publié en 1622 un ouvrage intitulé ÏEnft des chicaneurs , où les sergent.?, les procu reurs, les avocats, les greffiers sout peint sous les mêmes couleurs. Son but est d'en gager ses concitoyens à ne jamais plaider.

Le 2 septembre 1630, le lieutenant civ et le substitut au Châtelet, mandés au pai lement, s'y plaignirent d'être peu considén et décriés dans le public, et dénoncèrent l'i bus suivant : « Au Châtelet, dirent-ils,! « plupart des causes se terminent par 1( a procureurs et sans le consentement fl< u parties : les prétendues sentences soi « transcrites dans le registre de l'audiéiï» " comme si les jugements avoirtit été pn « nonces par les juges. »♦ [Registres mtum crits du parlement ^ au 2 septembriB 1630.)

Pa»(». — Tïp. Lasou», n» Sourtot, «S.

TABLEAU

partout pour trouver des coupables. S'ils preonent des voleurs, ils les relâchent aussitôt que ceux-ci leur donneot quelque argent. Ils vont dans de mauvais lieux, et font semblant de mener au Chàtelet ceux qu'ils y trouvent ; mais si les hommes arrêtés leur donnent en chemin la pièce, ils les laissent en liberté; « ce qui est, dit-il, • cause de beaucoup de maux, qui se

MOaAL ^^

« commettent dans la ville où la police est « corrompue, etc. (1). »

L'interlocuteur convient que les commissaires et sergents lâchent quelquefois les malfaiteurs qu'ils ont pris, et dit qu'ils ne le font pomt pour de l'argent, mais parce qu'ils reconnaissent qu'ils ont saisi 1 innocent pour le coupable, ou le plus blessé pour le moins blessé : dans le pre-

LeFont-Xeuf et la Samaritaine.

mier cas, ils font acte de justice: dans le second, acte d'humanité.

L'auteur passe aux marchands de Paris, us se damnent pour un liard , dit-il eaînent sur leurs marchandises le double de -€ qu elles leur eut coûté, en vendent de nauvaises, en blasphémant et jurant Dieu fiable quelles sont excellentes. Il en -st qui, pour attirer les chalands, permet- .fikn?"^^ cela se fait au Palais, aux 'assauts d entrer dans leurs boutiques, Dour^^LP'y de chose, et quelquefois MrL f 1 ' ^'ï' ^^^^^^^ ^^ l'^ï-té de

« choses lascives, sales, déshonnêtes, avec « attouchements et regards, et tout ce qui

(1) Plusieurs écrits du temps confirment la venté de ce reproche. « A quoi servent

- tant d huissiers et sergents? lit-on dans « l'an de ces écrits ; à faire monstre au moia « de mai, et à piller le manant ; tant de pré- « vôts, de maréchaux? à faire pendre ceux " qui n'ont point d'argent ; tant de juge» H criminels? à bien prendre, pour acquitter « les dettes qu'ils contractent pour acheter

- leurs offices (on voit ici le résultat immo» H rai de U véaiUté des chargts); taat de

4 p^&ut. provenir de telle? actions.. .., le « tout pour vendre une douzaine d'aiguil- « lettes de soie, nu ci liet à là mode, une « bourse d'enfant, unedraimeou deux de K parfum |:our sa perruque, ou pour par- * fumer les cornes (1) de sa femme, ou / bien pour une pelile épée de bois, à ^ metlre au côté d'un enfant; ainsi pour « peu de chose. »

Il reproche aussi aux marchands de faire le mi'tie'' d'usurier, de gariier l'argent des autres tt de le faire profiter sans le rendre. « Ils font, dil-ii, comme les tré- « soriers, qui renvoient loujours les per- « sonnes qui ont déposé des sorr.mes chez « eux, en l/ur disant : Je n'ai pas rcçu. »

L'intei locuteur repond à ces reproches que les n.archands ne peuvent pas se damîier pour un liard; que, lor.-qu"ii.s juient que leui marchandise est bonne, c'est qu'ils la croient telle. Quant aux mardiands du Palais, qui permetient a'iX acheteurs de caresser leurs femmes, il les justifie en disi^nt que ces prétvmius acheteurs sont peut-être les parents de la mar- ■ hande, ou ses amis, qui leur j)arlent d affaires ou de pieté. Quant aux attoucheîaents, t cela se fait, dit-il, quelquefois par

" commissaires du Châtelet? à prendre pos- " session des garces, des niaq..., des bou- ^ chers... ; car à préseut tout est permis. «

Dans le n.êuie ouvrage, on lit encore : ^ Mon maii a p ursuivi et fait prendre plu- " sieurs voLurs; mais, parce qu'il ne sest " pas voulu reliure partie, ou les a élargis. -1 II est bien besoin que Dieu fasse la venu geance des meurtres ; car les prévôts cri- <i minels ne la font que pour de l'argent.

« C'est qu'il faut qu'ils se remboursent de ■^ la vente de leurs offices, lesquels ancienne- « meut on donnoit (spécialement le chevalier » du guet, le prévôt des maréchaux, le pré- " vôt de la conuestablie et autres justices -■■ crimiiielles) ; et tandis que l'on leur ven-^

- dra, jamais ne feront rien qui vaille. Le

- messager d'Estampes fut, Vautre jour, volé

- dé 80 ou 100 écus. Comme il fit sa plainte, " et qu'il demandoit que l'on courût après

- (lés voleurs), le prévôt des maréchaux, lui u demanda 100 écus d'avance pour sa cheu vauchée ; et , voyant que c'était double «.perte, il aima mieux laisser la poursuite ^ du vol que d'en perdre davantage, w (Le €aqùet de V Accouchée , pag. 21 et 22.)

(I) C'est le nom d'une partie de la coiffure des femmes d'alors.

jeu, et non par mal. » Il justifie les autres

rej roches par des : raisons aussi péremp-

toires.

« Vous verrez aux halles , dit l'auteur, « plusieurs gueux qui ne s'amusent qu'a « ; iller et dérober les uns les auti'es, tant « les achotrurs que les vendeurs; à leur « couper leur bourse, à fouiller dans leurs « hottes et paniers. Les autres, pour « mieux avoir leur proie, chanteroi'.t des « chansons déshonuêtes, sales, tantôt de « l'un, tantôt de l'autre, s ns épargner ni « dimanches ni fêtes... Choses déplorables • « en une ville de Paris... Dans les halles « et autres marchés ordinaiies, on voit des « femmes qui vendent des vivres : si vous « en offrez moins qu'elles n'en désirent , « fussiez- vous la personne la plus renom- « mée de la France, la vous serez bla- * so!!né de toutes injures, imprécations, « mal dictions, taxes d'honneur, et le tout « avec blasphèmes et junm nt? 1). »

i Voici comment Tinter. oculejr excuse ces désordres. S'il se trouv*» des coupeurs de bourse, dit-il, c'est qu'ils ont faim. Les chansons scandaleuses ne déviaient se chanter en aucun j ur; mais celles qui ne sont point déshonnêtes, et simplement ré-

i créatives, peuvent être chanté -s le-' jours

I ouvriers. Si les femmes des halles disent quelquefois trop d'impudences, c'est peut-

' être selon les lunes, ou parce que la colère ou le vin leur trouble le cerveau, etc.

1 « Vous verrez, dit l'auteur, les écoliers « plus débauchés que jamais, portant ar- « mes, pillant, tuant, paillardanl, et fai- « sant plusieurs autres méchancetés (2) ; « les maîtres desquels négligent d'y mettre

I « ordre, et ainsi dérobent l'argent de leurs. « parents, en débauches, salletés, et qael-

(1) Pour avoi? une idée de l'éloquence injurieuse et des clameurs des femmes des halles, il {â^xilïtQ,! àsiïis la Ville de Paris ^ eiuSÊ vers burlesques, par Berthaud, le chapitre in-t^ tltulé Camplirhent d^ harengèr^s de ia HùMe^

(2). L'auteur de la Secoîuie apris^inée duei Caquet, de, l'Accouchée^ en parlant des désori*'* dres que fit naîire la soleunité ds la canoni>-* satioa. de sainte Thérèse, dit : « Si ou eûISI u allumé le feu àiiuit heures, on n'y eût " pas perdu tant i de manteauîs; tous les es - « coliers y étodent en armes, »

Un arrêt du paalement, du 23 juin 1629. fait défense aux écoliers de s'attrouper et de porter les armes. (Registres mariuseriisitàu I larlemeuiy au 23 juin 1 62y.) ,

« quefois emportent l'arg^^nt de leurs ma « très, en chanj^eant tous les mo s de nouveaux... Comme aussi plusieurs enfants - de famille, sers^iteurs et servantes, qui ne sont rertiplis que de d sobéissance, « de libertés, de volontés, de folies, deca- « quets, de salletes, de jurements, depol- «^tronneries, de paillardises, de voleries, «-de^plu-'ieurs aulres malices... hanteront « mauvais garçons, tavernes, tripots, bor- « dels, avec bâtons, épées. poigiiards.

« Ainsi, on en fait des vagabonds, enfants « perdus, esclaves de Satan, héritiers de « potence... le tout par la faute des | ères. « Aussi l'on verra les filles et servantes « hanter les filles perdjes, chercher amoa- « reux, s'attifer pour, plaire au monde, « dire chansons deshonnèt es... à employer « les ves,.res et sermons avec des garçons « et jeunes lolàtres, à discourir d'aniours... « à ouir paroles sales, à endurer attouche- ' ments impudiques, etc., etc. (1; »

L'in erlocuteur tolérant répond : c pour « les écoliers, on en dit peut-être plus « qu'i; n'y en a : àla vérité, c'est quelque-

• fois plus de jeunesse que de malice, car « ^ous en verrez de foit posés, modestes,

• pieux, obéissants à leurs maîtres... S'il

(1) Voici le tableau" des dérèglements de h\ jeunesse de Paris, tiré d'un ouvrage iœmé dans le njême temps. L'auteur dit il est impossible aux jeunes gens de sou- ; -iiir leur train de vie sacs se livrer au voi. « Il n'y a ni fils ni petit-iils de procureur, - notaire, ou avocat qui ne veuille faire comparaison (s'égaler) avec les enfants de conseillers, pjattres des comptes, maîtres •• des requêres, présidents, et autres grands

• officiers : l'on ne peut les distinguer ni en

• habits ni eu dépenses superflues. Ils han- ■ tent lea ba :quets à deux pistoles par tête;

• ils empruntent argent, jouent au ûez, au

• piquet, à la paume, à la bonle, vont à la

• chasse, etfont lemême exercicedes grands.

• Ils empruntent à usure de Traversier, de '• Dobillon et de l'Italien Jacomeny, qui •^ sont les receleurs de la jeunesse; et puis

• qu'en adviem-il enfin? Ils sont contraints

• de faire l'amour à la vieille; ou d'eujoler

• l« filte d'une bonne maison, lui faire un " ^ûf&nt par avance, afin d'être condamnés

à l'épouser... On ne voit que bâtards...

• que fiil, » débauchées ; et toutes les autres

• qtti sont honnêtes... demeurent en friche, et n'ont i onrtouteretraite que la religion. »•

■'■'^ Cyiwisde VAccowhét, pag. 15. 16,17.)

TABLE.\U M0R.4L

s'en rencontre qui fassent quelques frîponnei ies, c'e-.t plutôt pour égayer leurs esprits que par méchanceté. • Viennent ensui e les excuses des désordres dont se rendent coupables les enf ints de famille, serviteurs et servantes; « C'est » la vérité, di!-il, que quel luefois i's abu- « sent de la volonté de leurs supérieurs, « mais non pas toujours; pour faire quel- « ques petites légèretés, pa-se. »

Les medec ns et chirurgiens ont leur tour ; et l'auteur les accuse "Ije ne pa< connaître l'effet des remèdes qu'ils ordonnent, de faire dts expénenc.-s sur les ma ades, de ne point visiter ceux qui sont hors d'état de les payer, de prolonger les m;)la lies pour tirer plus d'argent de leurs clients, etc. L'interlocuteur repond que l.'s médecins, sont savanis; mais qu'il en est qui, n'ayant acquis leur science q:ie depuis peu de. temps, agissent avec hésitation. S'ils refusent d'aller visiter les malades pauvres, c'est que ces pauvres sont sjjets à des raa'adies q-ii ne peuvent être soignées que par les malades eux-mêmes : pauvre excuse!

L'auteur se plaint vainement de la conduite des tuteurs et curateurs envers leurs pupilles. Ils achètent des bims de toute esi^èce aux dépens des orphelins dont ils administrent les propriétés, tandis que ces malheu.eux enfants manquent des chose? les pbis nécessaires : les tuteurs leur refusent tDut, les nourrissent à peine, ne leur donnent aucune éducation, et ne leur font pas même apprendre à lire.

L'interlocuteur ne n;e point qu'il existe des tuteuis qui se conduisent d'une manière aussi cr: ninelle; mais il dit qu'ils sont rares, et njoate qu'il s'en trouve qui remphssen: tous leur= devoirs.

L'auteur leprochi aux femmes et aux filles les dévotions qu'il appelle erronées, les promenades où le plaisir s'unit aux actes de la leligion. Il se plaint des désordres et des querelles que labsence de ces dévotes, maîtresses et servantes, cause dans le ménage. En se livrant à ces dévotions, elles laissent les églises paroissiales désertes, et deviennent étrangères à . leur curé. Il se récrie surtout contre les dévotions ou pè'erinages que les jeunes gens des deux sexes sont en usage de faire^ a Notre-Dame-des Venus et à d'autr&s ég'ises des environs de Paris: dévotions pour lesquelles ils s'absentent de la messe

j|28 HISTOIRE DE PARI3

de paroisse et du prône. « Ils n'y vont, « dit-il, que pour grenouiller (boire avec « excès), gourmander, rire avec les filles, « et autres insolences... vont s'ébattre « pendant les vêpres... ne sont pas à jeun, « se couchent dans les blés, gâtent et ex- « travaguent tout : bref, ils y commettent « beaucoup de malices, qui n'est qu'un « signe de liberté insolente et le plus sou- « vent vénérienne. »

L'interlocuteur ne trouve, pour ceux qui font des dévotions hors de leur paroisse, d'excuse que dans leur simplicité.

II approuve les pèlerinages, consent à ce qu'on prenne l'air; « purement etsim- « plement, dit-il, pour égayer son esprit, « et non point pour folâtrer dans les blés, « et y faire ce que plusieurs enfants de « Satan y font. »

Ici se termine ce tableau des mœurs parisiennes sous le règne de Louis XIII, tableau tracé par une personne, corrigé bien ou mal, adouci ou approuvé par une autre (1).

Rien n'est ici exagéré : on pourrait même reprocher à l'auteur de cet écrit d'avoir glissé légèrement sur certains désordres, peu choquants pour lui, parce qu'il y était habitué. La prostitution dominait, et l'exemple des grands y entraînait non-seulement les dernières classes de la société, mais encore cette classe moyenne qui se distingue ordinairement des autres par une plus grande régularité de mœurs. Les bourgeoises, marchandes, femmes de procureurs et d'avocats ne rougissaient pas d'une infamie qui entretenait leur luxe et leur orgueil.

Le désordre qui nous semble le plus récoltant, parce que nous n'y sommes pas accoutumés, est celui qui résultait du défaut de police d'une part, et du défaut de moralité de l'autre. Les vols, les assassinats, très multipliés, se commettaient non-seulement la nuit, mais aussi en plein jour, dans les lieux les plus fréquentés de Paris, à la vue de la multitude qui ne s'en étonnait pas.

On distinguait deux principales espèces de voleurs : les coupe-bourses et les tirelaines. Les premiers coupaient avec adresse les cordons de bourse que les hommes et les femmes continuaient de porter pendue à leur ceinture. Les tire-laines, ou tireursde-laines, arrachaient violemment le man-

(1) lo Powmtrwde du Pré-aux^Clercs; 1 622 ,

teau de dessus les épaules de celui qui le portait.

Le Pont-Neuf était le théâtre le plus ordinaire de pareils exploits, le lieu que ces filous trouvaient le plus convenable à l'exercice de leurs talents. Un écrivain du règne de Louis XIII, qui a composé des vers burlesques, consacre un article sur les filouteries du Pont-Neuf y dont voici quelques passages :

Sois-jc pendu cent fois sans corde.

Si jamais plus je vais chez voue.

Maîtresse ville des filous,

Et si je me mets plus en peine

D'aller voir la Samaritaine,

Le Pont-Neuf, et ce grand ctaevat

De bronze, qui ne fait nul niai,

Toujours bien net sans qu'on l'étrille.

Vous, rendet-vuus des charlatans (!}, Des filous, des passe-volans, Pont-Neuf, ordinaire théâtre Des vendeurs d'onguent et d'emplâtre;.

Séjour des arracheurs de dents.

Des fripiers, libraires, pédans.

Des chanteurs d<- chansons nouvelles, D'eniremeiteurs de demoiselles.

De eoupe-bourses, d'argotiers.

De maîtres de sales métiers.

D'opérateurs et de chimiques.

De fins joueurs de gobelets (î).

De ceux qui rendent des poulets.

Pendant que le héros de la pièce écoute les cris des charlatans et des marchands, de chansons, on vole un manteau sur les épaules d'un spectateur.

Là, hé ! mon manteau, ha, filon !

Au voleur ! au tireur àt laine l

(1) Outre le théâtre deTabarin, dont j'ai parlé à l'article Théâtre, il s'y trouvait plusieurs autres spectacles, et notamment celui d'un nommé Desiderio Descombes, qui affectait, pour se donner une réputation de sa-» vant, de prononcer des mots techniques que.. le public n'entendait pas.

(2) Maître Gonin, habile joueur de gobelets, avait établi lia banque sur le Pont- Neuf, dans les premières années du règn« de Louis XIII. Sa dextérité sans exemple, qui ravissait les Parisiens en admiration, a rendu immortel son nom, sous lequel on désigne encore proverbialement les fourbes habiles. On qualifia souvent le cardinal de Richelieu de maître Gonin. On publia, en 1715, un ouvrage intitulé : ies Tours de mettre Gonin; le héros du roman fait des actes de friponnerie avec beaucoup de précautions : ce n'étaient pas des tours de gobelets, mais des tours de jésuite. Piès du Pont-Neuf, à l'endroit où est l'arcade de l'abreuvoir, en face de la rue Guénégaud, Brioché avait établi son »p«ctacle de marionnettes.

TABLEAU MORAL

Jî9

Un garrçon, nouveau débarqué, s'entretenait sur le Pont-Neuf avec un voleur, sans le connaître : celui-ci lui fait beaucoup de politesses, et l'avertit du danger qu'il court en restant sur ce pont.

Ce pont est rempli de filous.

En lui donnant cet avis, il enlève à l'étranger sa bourse, et s'enfuit. L'autre crie au voleur! et le voleur, en fuyant, se moque de lui, et le brave (1).

Un autre écrivain parle de la foule que les charlatans attiraient sur le Pont-Neuf. Il s'y rendit pour les écouter. Il ne put entendre que quelques mots, à cause du bruit que faisait la multitude : des femmes criaient contre leurs maris de ce qu'ils s'amusaient à la farce plutôt qu'à leur besogne, « J'y vis, dit-il, une si r grande confusion, mêlée de querelles et € de batteries pour les coupe-bourses qui « s'y rencontrent, gue je n'eus le loisir < que d'entendre trois ou quatre mots (2;. »

Les auteurs de ces exploits étaient de jeunes débauchés appartenant souvent à des familles considérables ; des vagabonds de divers états, qui remplissaienries tavernes et les brelans de Paris ; des gentilshommes sans argent, ou des princes qui cherchaient à se'désennuyer.

Le sieur d'Esternod, gentilhomme et poète, sans respect pour l'une et l'autre de ces illustrations, a la franchise d'avouer lui-même qu'il était disposé à voler des manteaux dans Paris; mais qu'il fut arrêté dans ce noble projet par des considérations qu'il expose :

J'allais pedettntim. comme on vieillard eadnqae, J'allais de rue en rue en grattant ma perruque» Feuilletant dans mon chef de intentione. Tirant et arrachant les poils rie mon gms nei. Songeant s'il y avait, pendant cette nuit bruDe, Mojen fie moyenner la niovenne fortune.

Le diable me' tentait A'arr'aeher det manteaux. Et de lirer la laine ^ quelques cocardeaux, Et j'eus touché peut-être en ces harpes modernes, Si l'on ne m'eOl cognu au brillant des lanternes. Et si i^ n'eus pas craint qu'un chevalier du gu*t Vedt fait faire aux prisons mon premier coup d'essai.

La crainte d'un châtiment qui arrête l'exécution d'un acte criminel n'est pas un motif très louable ; mais les réflexions que fait ensuite l'auteur méritent d'être rapportées :

i« nuugréaU mon *tTe,et ëétMUii tn Mmme

(1) La Viiu de PariSj en ters burlesque», pat Berthaud, p. 8.

(2) L« caqwt iê iàccouchée, p. 5.

Le père qui m'avait fiit naître («alilhomme.

Disant que si le Ciel m'eût créé roturier.

Je SHurais, misératkie, au moins qvelqoe mèlier (1).

Bussi-Rabutin raconte qu'étant à Paris, deux filous de qualité, comme il les qualifie, le baron de Yeillac, de la maison de Bernac, et le chevalier d'Odrieu (ou d'Ondrieux), instruits qu'il avait reçu la somme de douze mille francs pour faire les recrues de son régiment, vinrent en armes pendant la nuit, entrèrent dans sa chambre par la fenêtre, et lui en volèrent une partie. Ils auraient volé le tout, si la peur ne les avait fait fuir (2).

Ne vit-on pas, à la fin du règne de Louis XIII, ou au commencement du règne suivant, Gaston, duc d'Orléans, prendre plaisir, après avoir fait la débauche, à s'embusquer sur le Pont-Neuf, à dépouiller les passants de leurs manteaux? On lit, dans les Mémoires de Rochefort, que, ce prince et sa compagnie ayant e.alevé, pendant la nuit, cinq ou six manteaux aux passants, quelques personnes volées allèrent se plaindre : les archers arrivèrent; à leur approche, les nobles voleurs prirent la fuite. Parmi les complices du prince, on distinguait le comte d'Harcourt, le chevalier de Rieux et le comte de Rochefurt. Ces deux derniers, réfugiés vers la statue de Henri IV, grimpèrent sur son cheval. Le chevalier de Rieux, effrayé, voulut en descendre. Il pose les pieds sur les rênes de bronze ; elles cèdent sous son poids; il tombe, et pousse des cris qui attirent les archers. Ceux-ci le forcent à se relever, et obligent le comte de Rochefort, qui se tenait derrière le dos de Henri IV, à en descendre. Ils furent conduits dans les cachots du Ghàtelet, d'oili ils ne purent sortir qu'avec de puissantes protections (3).

Scarron, qui écrivait pendant ce règne, fait ainsi le tableau physique et moral de Paris; et ce tableau n'est guère exagéré :

Un amas confas de maisons.

Des crottes dans toutes les raes ; Ponts, églises, palais, prisons, Boutique» bien ou mal pourvuet;

Force gens noin, roax et grisons ;

(1) I'£«pa<ion iatiriquif par le sieur d'Eflterood, satire 15, intitalée Hypocrisit d'une femme qui feignait d'être détote, p. 163, 1626.

(2) Mémoiru secrtU d* c«ml« (i# i^t«««j-itobutin, t. I, p. 22.

(3) Mémoire* du comte dé Roehéfortf iing^ larUit hiitvriqutt, p. 182.

Dn prudes, des filles perdues ; Des meiirires e« d«s IrahlstMis ; De» gens »le plum^ aux Hiains crochues;

Mai l poudré qui n'a point d'argent; Maint homme qui craint le siT.eiit ; (Maini fanraroii qui toujours tremble ;

^Pa^es, laquais, vuleur.« de ouit; /Carrosses, clievaux et grand b uit :

'C'est Ik Paris. Que vous en semble?

■ Le luxe était un autre mal qui égarait la raison et pervertissait la morale. Od n'cccordait de considération qu'aux nombreux et brillants équipages, qu'à la richesse des habits. L'apparence du pouvoir et de l'opulence obtenait tous les honneurs. Le mérite réel, dépourvu de cet éclat, restait méprisé. Voici une des causes de ce mal.

L'espoir d'obtenir des bénéfices, des places ou des pensions, attirait toute espèce de personnes à la cour, dont l'accès était facile (1). Pour y erre admis, il suffisait d'être vêtu d'habits pareils à ceux des courtisans, d'avoir le chapeau ombragé d'un panache, de porter des hauts-^dechausses, un pourpoint ou un manteau de satin ou de velours, d'avoir la longue épée pendue à la ceinture; le tout relevé de rubans incarnats et de passe i eots d'or ou d'argent. Les gentilshommes pauvres achevaient leur ruine pour se procurer ces dehors fastueux. Des bourgeois, des poèfes avaient la même ambition ; et une misère réelie se cachait sous les apparences de la richesse.

Ce contraste a fourni aux poètes du temps la matière de plusieurs satires. Ils ont versé le ridicule sur la pauvreté cou- Terte du manteau de la fortune (2),

La cour de Louis XIII essaya d'arrêter les progrès de ce débordement par deux lois somptuaires, l'une de 1633, et l'autre de l'année suivante. Ces lois n'avaient nullement pour but, de diminuer les ra-

(1) Le cardinal Bentivoglio, dans une lettre au comte Manfredi, parle de la cohue qui se trouvait à la cour de France, et du mélange d'hommes de tous les états qui se rendaient confusément au Louvre. (Mélanges d' histoires , par Vigneul-MarviUe, tora. II, pag. 146.)

- (2) Le poète Sigognes a composé trois satires sur ce sujet, Tune contre le pourpoint à'\xn courtisan, l'autre contre son hant-deçhaasses, et la troisième contre son maiiteau, {Satyr9S et [olastrerits de Sigognts et Beritlot.)

vages que le luxe cau^^ait à la morale publique; mais elles étaient motivées sur la trop grande dispersion des matières d'or et d'argent, dont le trésor royal éprouvait la disette. La première de ces lois ett un écîit du 18 novembre 1633, qui diM'end o tous sujets « de porter sur leurs cho- « mises, coulets, manchettes, coiffe et sur « autre linge aucune découpure el brode- « rie i,e fil d'or et d'argent, passements « dentelles, points coupés, manufactures « tant dedans que dehors le royaume. » La cour du parlement donna une extension à cet édit, et trouva dans la toilette des courtisans de nouveaux objets susceptibles de recevoir des broderies d'or el d'argent : tels que rabats, mouchoirs do cou et bas.

La seconde, en forme d'édit, du mois de mai 1634, prohibe, pour les habillements, l'emploi de toute espèce de drap d'or ou d'argent, fin ou faux, et toutes broderies où ces matières sont employées. Elle porte que les plus riches habillements seront de velours, satin, taffetas, sans autre ornement que deux bandes de broderies de soie ; défend de vêtir les pages, laquais et cochers autrement qu'en étoffe de laine, avec des galons sur les coutures ; et, à tous carrossiers, de faire, vendre ou débiter des carrosses ou litières b odes d'or ou d'argent ou de soie, et d'en dorer les bois, etc.

Ces lois , signaux de détresse , remèdes palliatifs, furent bientôt enfreintes par les gens de cour, par les prélats et autres personnes d'un rang supérieur; et cette infraction ne tarda pas à être imit''e par les classes inférieures. En renouvelant ces lois, on n'obtint point le succès désiré, mais on prouva la facilité de leur transgression.

Il en était des autres institutions corrunttices comme du luxe. Les lois prohibèrent l 'S lieux de débauches, les brelans, les acad -mies de jeux, très nombreux , à Paris, vrois coupe-gorges, réceptacles d'es» crocset de spadassins*, mais ces lois, comme on Ta vu, restaient sans exécution ; et les agents de la justice vendaient eux-mêmes leur inertie aux coupables. Il fallait qu'ils se remboursassent des sommes qu'ils avaient données au gouvernement pour payer leur office. Le mal preniiit sa source dans ce gouvernement, quiteiitait toujours en vain d'arrêter un torrent dont lui-même avait ouvert la digue.

TAliî.RAl

Le rapt et les nianoaes illé. itiims étuient très fréquents alors. Un gentilhomn;e sans fortune en'evait de sa maison «ne veuve ou une fille riche, l'amenait awc violence dans vra lieu où se frouvait iiD prêtre, qui célébrait la cérérrionie du lîOiariage, sans le consentement des père et »fHière de la fille ou de la femme enlevoe. Le «>comte de ChaAagnac, dans ses Mémoires, 'ïaconteque, par les conseils de son père, (Ulfut marié de cette manière \iolente. Ces -mariages étaient fort communs parmi la HDoble^e. Une ordonnance du 1 9 décembie •4639 a pour objet d arrêter ces abus et vplusieurs aulres relatifs aux mariage*. < Cette ordonnance, qui dévoile des habitu- "des très immorales sur cette matière, fait -connaître le mal, sans y porter le remède. La débauche avait alors de nombreux partisans, et sa contagion corrompait toutes les classes. Lest moignaies à cet égard surabondent. Dars tous les quartiers se trouvaient des lieux de prostiiution ; les maisons des traiteurs, des baigneur?- tuvistes, et 'ient les repaires de l'isTognerie et de la luxure; les églises servaient de rendez-vous et de moV( hés de débauche. Pour prouver toutes ces assertions, il faudrait remuer l'ordure de cette e; oque, Citer les auteurs qui peignent les mœurs sans voile et avec une indécente i-rossièreté, souiller cet ou\Tage de tableaux dont ils n'ont pas rougi de salir les leurs, et encourir le bième qu ils ont mér te. Je renvoie les curieux aux mémoires, aux nombreux écrits de ce règne, aux satires en vers ou en prose qui traitent de mœurs, et notamn ent à un ouvrage lu.iiaU : Zes Exercices de ce teriqjs.^cotdena'nt plvr- .'ieus satires contre les mauvaises m<£urs,

^Lair de la cour portait sa contagion dans presque toutes les classes. La dissi- «Qulaticn, l'exagération des sentiments qu'on uavrtit pas, et dont on faisait parade, transformaient !a société en une trou e comque. Deux hommes qui se connaissaient à peine se rei contrait rrt-iis, on les voyait s'embrasser-jusqu'à s' étouffer, se faire des [protestations du plus entier dévoùmtnt, et se baiser n ci iroquemeDt les mains : les baise-mains étaient alors fort à la mode. On en exécutait l'action à chaque rencontre, et le nK)t entrait dans toutes les iormules de com liments; formiUs tdojeurs abondamment ornées d'éloges ndicàles par leur exagération. Ja-

Mon\r, ?3i

mais on navait vu h la cour autant idc f;ius<es d' m(>nslration< d'amitié, autant de déguisements, et la ville singeait la cour. Ce vice se remarque surtout dans les écrits de ce temps. Les écrivains, dans le'irs satires ou 'ians leurs éloges, croyaieBl s'élever au sublime degré de la peifeclion, lorsqu'ils s'éloignaient le plus des bornes de la vérité et de la nature: tout était Qutré. S'ils flattaient la vanité des hommes puissants pour en tirer quelques sommes, s'ils leur demandoient l'aumône en vers, ils les enivraient [/ar l'épaisse fumée de leur encens. Avai-M t-i's à louer des magistrats ? ceux-ci surpassaient en sagesse les p!u< grands 1 gislateurs du monde ; des guerriers? les héros de la Grèce d de Rome, les demi-dieux, les dieux mêmes del'Olympe ne leuretaient pas comj arables.

Si, pour se donner. une réputation de galanterie, ils déploraient h rigueur de leurs maîtresses, ou se glorifiaient de leurfaveurs, la même exagération (tait miM en usage: les unes leur causaient un supplice semblable à celui de l'enfer ; des feux . des flammes, des brasiers dévoraient leur âme, les desséchaient et les faisaient mourir en langueur. Les charmes des autres élaient des bea ut f^s célestes, divines; leurs yeux, des astres étincelants, deux soleils, dont les rayons embrasaient toute la nature Je pourrais ciier mille aulres fadaisepareilles, auxquelles nos poètes modernen'ont pas encore entièrement renoncé.

Malheur aux femmes qui avaient en-

couru la disgrâce des poètes de ce temps!

} elles étaient peintes avec les coulejrs k'*

! plus dégoûtantes, sous les traits les plus

I hideux que pussent fournir à leur iraagi-

j nation débordée la vieillesse, la malpi-o-

preté et lu laideur.

I Ces diverses espèces d'exagérations »•

i commencèr'jnt pas à être en usage sous ce

' règne, mais elles y acquirent le plus haut

' degré de faveur ; se maintinrent, en s'af-

faiblissant. sous le règne suivant; et, dan.-

les productions modernes, on ea trouve

encoie des traces.

Ce règne est encore éminemment <^raL-térisé par la faveur qu'obtinrent lesrodomonts, les fanfarons, les bravaches, les spadassins, les duellistes, et surtout ceux (ju'on nommait a la cour les raftiues d'honneur.

Les écrivains du temps nous peignent les nobles, la tête ombragée d'un volumineux panache, et portant le manteau de

M$!i HISTOIRE

ydours et de taffetas, les bottes blanches et garnies d'éperons, la longue épée au <^é, relevant sans cesse leurs moustaches •avec deux doigts ou avec une baguette -qu'ils tenaient à la main, effilant leur barbe, qu'ils portaient alors fort pointue; Ifâttant le pavé, faisant tapage dans les brelans, dans les tavernes et dans les lieux de débauche, n'ouvrant la bouche que pour blasphémer, et pour vanter leur naissance et leurs prétendus exploits.

Lorsqu'en 1614 il fut question de donner des magistratures à cette noblesse tur- -^ulente, dont on ne savait que faire, quelques écrivains , frappés des inconvénients de ce projet, le combattirent, en opposant le défaut d'instruction et les moeurs dissolues de cette caste. « Il est vrai, dit l'un « d'eux, qu'il y a plusieurs seigneurs et « gentilshommes doctes, voire très doctes, « de bon sens et capables de toutes gran- « des administrations ; mais c'est le petit « nombre ; et il y en a tant d'autres éloi- « gnés de ce port! Quand on oit (entend)

< ordinairement vomir les paroles sales et « puantes, blasphémer le nom de Dieu « détestablement; qu'on voit passer les « nuits à berlander, et le jour à faire re- « tentir le tran-tran; se précipiter au

< péril, et se couper la gorge pour une « vieille lanterne (vieille courtisane) ; em- « brasser mille autres actions indignes ou

< inutiles avec transport, quel nom vou- « lez-vous qu'on donne à tels gens ? Il me c semble que celui de juges et de magis- « trats, qui est si grave et sacré, ne seroit « pas bien à son jour de ce côté-là (1). »

Les courtisans étaient en usage de faire le récit de leurs périlleux exploits, d'exagérer ou de feindre des dangers qu'ils n'avaient jamais courus, d'exalter leur prétendu courage, et même de se faire gloire d'actions basses ou criminelles qu'ils avaient commises, ou qu'ils n'avaient pas eu l'audace de commettre. Les écrits du temps en offrent plusieurs exemples (2).

(1) Advis, remonstrances et requestes aux états-généraux tenus à Paris en 1614, p. 2B.

(2) On pourrait en citer un bon nombre. On a vu ci-dessus le noble d'Esternod avouer «ans honte que, dans un moment de disette, il avait pris la résolution de voler les manteaux aux passants dans les rues de Paris, et qu'il n'y renonça que par la crainte d'être re- •oniiu ou arrêté.

Le sieur Duparc, s|itear du Roman comi"

DB PARIS

Ils étaient aussi dans l'usage de oe point payer leurs dettes. Ils marchaient sur leg

que de Francion^ ouvrage semé d' aventure! qui peignent les mœurs débordées du règne de Louis XIII , époque où il a été composé, répète souvent que son héros Francion est un gentilhomme plein d'honneur, l'ennemi des vilains, en même temps qu'il lui attribue des actions fort vilaines. Ses camarades de plaisir le font dépositaire chacun d'un» somme, et il se vante de n'être pas un dépositaire fidèle, u Dieu sait, dit-il, quel bon, « gardien j'en étois, et si je ne m'en servois " pas en mes nécessités... J'étois le plus • « brave de tous les braves ; il n'appartenoit " qu'à moi de dire un bon mot contre les « vilains dont je suis le fléau envoyé du ciel, m (Tome I, liv. 5, p. 330.) On pouvait être fripon sans cesser d'être gentilhomme d'honneur.

Les Mémoires du comte de Chavagnac ne sont point un roman. Le comte qui les a écrits y rapporte des actions peu honorables pour lui et pour ceux de sa famille , flétrissantes pour tout autre que pour des nobles de ce règne. Son père, pensionné du roi et un des chefs du parti protestant, avait pour maîtresse à Paris une marquise ruinée, qui vivait fort honorablement aux dépens de son honneur et de la fortune de ses amants. Chavagnac fils, l'auteur des Mémoires, avoue qu'il était entretenu par cette dame qu'entretenait son père, et qu'il fut pendant quatre mois défrayé par elle ; qu'enfin son père, le rencontrant caché chez la marquise, voulut le tuer. Il dit que dans la suite son père^ voulant le marier avec une veuve riche, la dame de Montbrun, envoya quinze gentilshommes armés au château du Ménial pour enlever cette veuve. Elle fut enlevée et épousée par force, non à cause de ses charmes et de sa jeunesse (elle en était dépourvue), mais à cause de son bien. Dès que cette malheureuse fut libre et put demander justice contre ce rapt , elle le fit : elle résolut de se transporter auprès dt l'intendant et des commissaires que le roi avait envoyés en Auvergne pour diminuer, dit-il, l'autorité de la noblesse. Chavagnac en fut alarmé : mais son père lui indiqua le lieu où sa femme devait passer, et lui ordonna de s'y rendre. II la rencontra, tâcha de la fléchir par tous les moyens qu'il imagina. La femme indignée fatinflexibU. Alors parait le père Chavagnac, accompagné de six gentilshommes ; ila mettait tous l'épée à la main et feigneit de

TABLEAU

traces de leurs aïeux, qui jetaieut les sergents et les créanciers par les fenêtres de leurs petites forteresses. On verra, dans la suite, cette noble coutume se continuer. Un gentilhomme, vivant sous ce rèsne, et poète, se glorifie de cette improbité, en disant qu'il n'est pas de bon gentilhomme qui n'ait des créanciers :

Mais il nVsî pas bon genlilhomme Qui ne duit rien à ce jourd'ûai (Ij.

Des spadassins, nobles habitués des tripots de Pans, faisaient profession d'assassmer pour leur compte et pour celui des autres La vengeance ou l'intérêt dirgeait eurs bras, indiquait les victimes, et pavait le crime. ^ ^

Les duellistes étaient nombreux à Paris et acquéraient d'autant plus d'honneur quils avaient fait périr un plus grand nombre d'individus. Le sujet de leur con-

versation du jour était la quantité des hommes tués la veille. Ils ne s'entrete-

Armes du xn'iièôle.

naient, ils ne se glorifiaient que de meurtres.

vouloir tuer le fils, l'accntant d'avoir enlevé une femme de quaUté. Le père , qui avait ordonné cet enlèvement, protestait que son ni» ne mourrait pas d'autre main que de la sienne. Il était sur le point de lui plonger son épée dan» le sein , lorsque l'épouse cftrajèe se jette aux genoux du père, lui demande la grâce de son fils, et déclare pour \L}L Espadon tatirique, par le sieuT d'Es- *«w>d, pag. 146.

le calmer qu'elle a consenti à son enlèvement. « Mon père, dit Chavagnac, ne fai- « soit tout ce tintamarre que pour eu venir • là; il prit à témoin ces messieurs, après M quoi il m'ordonna de lui demander le parti don qu'elle m'accorda, w

Après le récit de cette comédie, dont l'in* ▼ention est digne des plus insignes imposteurs, Chavagnac nous apprend qu'il a fait le métier d'tspion, qu'il a pris Iw armw

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