C.' jiiaiMl coure 'Cil i ooiiM
T m couro ik- de gloi f.
Qui .-ei-.,iir..l (';isil el i|ui lenrit Tiirîn. Lsi ui;iiiiu-iiai)H*i« lecois de Jiilfs M.izarin.
Ces I r'puces, pendant celte translation, adressèrnl au parlement, le 19 novembre IGoO, uuelcttieoij ils imploraient l'assistance de ce, te tomp;ignie pour obtenir leur liberté. Le parlement, malgré son premier pre idmt, fil des remonti'.'.nces à la légente | ou" la presser d'accorder cette urne . La régente répondit qu'elle y consentirait a condition que madame de Longueville et M. le viconUe de Turenne, qui s't t aient rendus maîtres de Sleiiay, remettraient cette pi ce au roi.
On vit dans cette léponse un moyen ai lificieux, employé par le cardinal Aiazarin, pour i-agner du temps. Dan? pluii^'urs circonstances, et même lors(iu'on délib ra ai parlen.ent sur les remontianccs à faue à k rc génie po.u- la liberté des princes, le j 'i.nes co.seillers proposiient d'en fain d'autres pour deiiiauder qie le cardinal fù I exp-ulsé de la cour. M^zarin, détesté d( tout, s le.- classes de la socii t-, n'axait pou ! partisans que des nobles qui allindaien I (ie lui hur fortune, pour sou: ieiis que 1 régente et le duc dOileans, niais bientc ce dirnier ap|ui lui manqua. Il se perm qu« Iques propos inconsidérés si;r ce prinei qui protesta de ne plus l • voir, et (|ui de ctaia à la régente qu'd ne paraî riit pli au con.-eil tant que le cardinal y serjil. € voit ici, comme on l'a vu ail e^ rs, que |( piinces passaient d'un parti à l'autre p; des motifs d'iiitéi et personnel, et jama par ceux de l'inlér-t public dont ils i s'occupaient nullement.
ôiazariii, peidant cet appui, en che
cha d autres, dans les princes qu'il ava
lii.t enpii^onner, el dépêcha le duc <
lOiammontau Havre p. ur traiter a V£C
prince de Coudé des o-îinîrtions berLo; m iscetenvoy»^ ii el.ii miuii d'aucun pouvoir pour terminer cette négociation.
Le parlement, réuni au duc d'Or!é;ins.
arrêta qiiedes remonlranc:'s ser lient fii-es a la réu-nte pour oblenir dMIe h lib-Mté des priijc« et !e renvoi du crdind; mais c«tte prinjes^e. insîruite de l'objet de ces remoiitr nces, éloignait touj lurs répoque où elle donnerait auiiieme ro-ir le.s entendre. Le -20 janvier I60I, elle adrni' enfin la dépulation, et répondit que le 30 de ce mois elle ferait sa ré|*onse. G» tte réponse fut évusive. Nouvelles remcnluinces d^libéréL's.le 4 février suivant, oj 1:; parlement et le duc d'Orléans se prononçaient avec plus de force po ir l'éloignement du «Ciardin 1 Mazirin. Knfin, se\nvjnt repoussé de toutes parts le 6 février à onze heures du soir, ce car.linal sortit de Pari^ par la ; orte de Richelieu, se rendit à Samt-Gerrr.ain-en-Lave. etv.s joirna. Le duc dOilèans, in>truit tie ce séjour, annonça à h reine qu'il ne païaîirait plus au constil, si l'éloiîin 'nient de Mazjriu n'était pas définitif et durable.
Le peuple de Pans l:t < cl :ter sn joie en -' e circonstance; et le pul men', le 9 'er, ordonna au cardinal Mazirin. à parouls et domesti me-, de vider le royaume quinze jours après la Dubiica'iun de l'ariêi, qui ut publ é !e lendemain : 'cet ordie ht rigouieusemenl. exrcule. Le cardin .1, qui avait pris la ro le de Normandie, instruit que ceux qui port;iienf les ordres d:.' mettre les princes en libei te étaient partis, gio„a de \ites.se et arriva avant eux au Hav-e; on o"v connaissiit DOinl encore sa disgrâce : on l'v ciovait teujours maître de 1h France. Il pnt d6.ic, sansditficuitp, ordoimer la mise en liberté les princes à des condilions plus avai:ta- 5e ::ses que celles que devaieut leur porler es enxoyesdf la cour.
Voi.à un succès désiré avec tant darleur, les princes libres et Mazarin chasse. -Et:.t ij'en fut pas plus ca me; lesFian- ■a's et les Parisiens rien furent pas plus Jtîureux; les vices des hon.n;es. et plus ■ncore ceax du gouvernement, amenèrent le nouveaux oragt's.
Lep.ince de Condé, par sa réputation QUitaire, et comme victime de Maz arin vait inspiré de l'intérêt aux Parisiens J aais ses manières impérieuses, hauaines, ^pnsantes, ses lergiveisations contiauel-
SOfTS LOUIS XIV
\f^, sa déloynuté, sa miuvaî-^e foi, rimin-'aient boa i.-onp cet intérêt (f). D" refour à Pari, il fnt fn.i lement accueilli et dps qu'on le vit de près on n'aperçut plus que sesd'fau's. Co-nme auparavant, il devint redoutabe à la cour et à la ville| et ne fut aimé d'aucun parti.
Mazarin, quoique loin dé la cour et hors de France, ne laissait pj= que d'entretenir une correspondance très active avec 4a régente, et d'avoir une grande part aux af'aire-^ publiques. MaJ.m> de Nemours nous donne cimme un secret fort iiuporfanl et une virte utile à l'histoire, le peu d'*ccord qui existait entre la r.'ine et b ministre cha-sé. . Depuis que le cardinal « iut parti, la reine et lui ag rent peu d© « conceit, et fure t souvent peu sa lis'aits • l'un de l'autre. » Mais la co respondanc • entre c tt ■ prince>se et Mazarin est un fai qu'on ne peu! révoguer en doute, et que p ou e même l'aveu de la dncliess© de Nemours. Des courriers [«arfaient et revenaient frequemm nt de Bouillon au Pal is-Royal et du Pahis-Roval à Bouillon, oii le cardinal s'était retiré; et si la régente ef le cardinal différa eut sur quelques points, ils étaient d'accord sur l'objet prin; ipal.
Le prince de Condé, tourmenté p^r le désir de t >ut dom ner, voulait s'emparer du jeune rui et gouverner la France. Les Frondeurs, que ce prince n'aimait pas, redoutaient son gouvernement. La reini sb trouva dans une telle circons'ance que, pour se préserver des proj- ts amb lieux du prince de Condé, elle se vit obligée de lavoriser les Frondeurs, de s'unir a eux, et de se concerter av-ec le plus habile, le plus accrédité de leurs chefs, avec lecoadjuteurde Paris. La reine et cecoadjuteur, par la crainte qu'i.ispirait le pnnce de Coûdé, changèrent depaiti ou parurent en changer
Le prince de Condé, alarmé de cett« réunion, quitte Paris et se relire à Saint- Maur. Une telle retraite était alors coosidene comme l'équivalent d'une déclaration de guerre. La reine le fait supplier de rentrer a Pans ; il répond qu'il n'y vien-
(1) Voyez sar le caractère dn princ* de Coudé, non les panégyristes toujours menteurs, mais le* mémoires du temps, et notamment ceux de la duchesse de Nemoars^ pa<;. 88, é dit on de 1709^ et sur sâ mauvaise foi, p. 156.
dra point tant qu'elle aura près d'elle les valets du Mazarin. La reine consent à renvoyer ces \alets; c'étaient les ministres Lelellier, Servien et de Lyonne.
Après cette expulsion de ministres, le prince de Condé vint à Paris, et, parcourant les rues avec une nombreuse suite de pages et de laquais magnifiquement vêtus, distribua de l'argent à la dernière classe du peuple pour lui faire crier vive le roi! vivent les princes ! Il se rendit au parlement, assista aux séances; mais il n'alla voir ni la régente ni le roi. Ce ne fut que le 3 août 1631 qu'il y parut, présenté par Je duc d'Orléans. Mécontent de la réc^tion que lui fit la régente, il protesta qu'on ne le reverrait plus à la cour.
Le 17 août, la reine manda le parlement, la chambre des comptes, la cour des aides et le corps de ville : ces différents corps se rendirent auprès d'elle par députations. Le chancelier leur lut un discours contenant la résolution du conseil du roi d'éloigner pour toujours le cardinal Mazarin du royaume; il y ajouta des plaintes contre la conduite du prince de Condé, et sur ses intelligences secrètes avec les puissances étrangères. Ce discours fut public : le lendemain le prince de Condé vint au parlement, accompagné d'une troupe formidable de gentilshommes, de pages et de laquais armés ; il y lut plusieurs discours tendant à repousser toutes les inculpations faites contre lui, inculpations dont il accusa le coadjuteur de Paris d'être l'auteur. L'affaire fut remise à la séance du lundi 21 août 1651 ; cette séance fut orageuse; et la grand'salle du Palais faillit devenir un champ de carnage.
Le coadjuteur n'avait pas vu sans inquiétude, dans la précédente séance, la nombreuse escorte du prince de Condé ; il résolut de se mettre en défense en cas d'attaque : il rassembla tous ses amis et un grand nombre de Frondeurs déterminés. La régente, de concert avec ce prélat, envoya au Palais plusieurs soldats de sa garde, de gendarmerie, et de chevaulégers, qui devaient obéir au commandement du sieur Delaigue, et se reconnaître au mot d'ordre de Notre-Dame.
Le prince de Condé se rendit au Palais avec une troupe encore plus nombreuse que celle qui l'avait accompagné dans la séance précédente ; elle avait pour mot de reconnaissance Saint-Louis.
Plusieurs conseillers et autres gens du parlement cachaient sous leurs robes des épées, des poignards. Le coadjuteur avait aussi pris cette précaution ; mais il ne cacha pas si bien son poignard qu'il ne fût aperçu par quelqu'un qui lui demanda si c'était là son bréviaire.
Chacun, s'attendant à une attaque, s'était préparé h la défense; et les salles du Palais de justice allaient être ensanglantées, et offrir l'horrible spectacle de Français égorgés par des Français : voici quelles circonstances détournèrent ce malheur.
Le prince de Condé, informé d'avance des troupes nombreuses qui devaient protéger le coadjuteur, et craignant de n'être pas le plus fort, se plaignit, en entrant dans la salle des délibérations, du grand rassemblement des partisans de ce prélat, et dit qu'il savait que pour fortifier ce rassemblement on avait détaché dix hommes de chaque compagaie de la garde royale. Le coadjuteur alors lui répondit que le fait était vrai, qu'il avait prié ses amis de l'accompagner pour sa sûreté personnelle ; mais que, si son altesse voulait ordonner à ses gens de se retirer, il prierait les siens d'en faire de même. Sur quoi le parlement ordonna que tous les gens de part et d'autre videraient le Palais. Alors le prince de Condé chargea M. de La Rochefoucauld de faire retirer de la grand'salle les hommes de son escorte; et kcoadjuteur se leva lui-même pour allei donner un pareil ordre à ses nombreux partisans.
Le duc de La Rochefoucauld le laiss;»
sortir le premier. A peine le prélat eut-i' passé la porte des huissiers pour entrer dans la grand'salle, que cinq ou six laquais du prince de Condé vinrent sur lui. l'épée à la main, en criant au Mazarin î Cette attaque décida les deux partis à tirer leurs épées; les uns, partisans de la cour et du coadjuteur, criaient vive le roi! et les autres, attachés au parti des princes, faisaient entendre les cris de vivent le roi et les princes! De sorte qu'il parut dans le Palais trois ou quatre mille épées nues. Les gens du prince n'étant pa.< les plus forts, furent par ceux du coadjuteur poussés jusqu'à la porte qui mène à la chambre des enquêtes. Alors un capitaine des gardes du prince de Conti, se trouvant en face du marquis de Fosseuse, ami du coadjuteur, dit qu'il serait fâcheux que les plus braves gens et les plus grands
sors LOUIS x[v
seignenra s'égorgeassent pour un coquin
comme le cardinal Mazarin. Après quelques autres propos, les deux interlocuteurs remirent Tépée dans le fourreau; et tout le monde les imita machinalement, et cria vive le roi, sans ajouter vivent les princes.
Pendant cette scène il s'en passait une autre à la porte qui de la çrand'salle conduit au parquet des huissiers et à la grand'chambre. Le coadjuteur, délivré des laquais du prince qui se portaient sur lui l'épée à la main, voulut rentrer dans l'as- :îemblée, mais il en trouva la porte fermée par M. de La Rochefoucauld, qui au lieu de congédier les gens du parti de Condé comme il en avait reçu l'ordre, se borna a pousser la porte, à la contenir en dedans avec la barre, et laissa le coadjuteur dans la grand'salle, exposé aux insultes et aux coups de ses ennemis. Accompaené du sieur d'Argenteuil, ce prélat fît des efforts inutiles pour ouvrir cette porte que la barre tenait en partie entr'ouverte, mais non pas assez pour qu'un homme pût v passer. Le duc de La Rochefoucauld, apef- ^vant un gentilhomme du prince de
Conde, lui dit : Tue-moi ce b là- il
^aut le poignarder. Ce gentilhomme refusa le faire le rôle d'assa-sin.
Un particulier nommé Pech, grand partisan du pnnce de Condé, instruit que le mdjuteur était retenu à la porte de la ^,randsal[e, s'avança à travers la foule, le )oignard à la main, en disant : Où est ce )... de coadjuteur, que je le tue? D'\r- ;enteuil couvrit promptement les épaules lu prélat avec le manteau d'un prêtre qui e trouva là. et cacha son rochet et son amail ; puis se tournant vers ce furieux lui dit : Aurais-tu bien le cœur de tuer 3n archevêque? Ces paroles, prononcées ^idement, désarmèrent le zélé partisan u prince de Condé.
Bientôt dans la grand'chambre, on fut îformé du cruel embarras et du dan-^er lise trouvait le coadjuteur. Le sieur^de namplàtreux eut ordre d'aller à son se- >urset de lui faire ouvrir la porte; ce n » ne parvint à exécuter qu'avec beau- >up de peine, et en éprouvant beaucoup - ';^sistaiice de la part de La Rochefou- 'uid. Le coadjuteur fut désaxé au moment ou il allait être percé d^un coup de Mgnard de la part d'un inconnu, dont le as levé tut arrêté par un nommé Noble*. 5 auc de Bnssac, accouru pour sauver
le prélat, dit au duc de La Rocliefoucauld : Si nous étions dans un autre lieu, je vou<! donnerais cent coups d'éperon. Accablé des plus vifs reproches, La Rochefoucauld repondii à mi-voix à Brissac et au coadjuteur, en leur serrant la main : Je voudrais vous avoir étranglés! Le coadjuteur répliqua : Camarade la Franchise ( c'était le nom que l'on donnait à La Rochefoucauld), nous ne nous battrons point pour cela. Je suis prêtre, et toi tu n'es qu'un poltron (1). ^
Le duc de Brissac appela ^n duel le duc de La Rochefoucauld; mais par l'intervention de leurs am.is communs, cet appel n eut pas de suite.
Le sieur de Champlâtreux parvint avec beaucoup de peine à faire vider la grand'salle, remplie de troupes, d'officiers, pages, laquais et soldats. L'assemblée du parlement, à cause de ces circonstances orageuses, ne put entendre la réponse du coadjuteur, et ne prit aucune délibération.
J'ai détaillé cette scène pour faire connaître le degré d'irritation, le moral et les manières de cette époque; je ferai un tableau plus rapide des événements qui me restent à rapporter; mais je ne crois pas devoir omettre une petite vengeance que le coadjut-ur, pour se dédom'mager des insultes qu'il avait reçues au Palais', exerça contre le prince de Condé.
Le duc d'Orléans avait fait avertir le coadjuteur de ne point assister à la prochaine séance du parlement, dans la crainte d'y exciter de nouveaux troubles : ce prélat reçut cet ordre avec peine. Ne point paraître au parlement, c'était laisser le champ libre à son ennemi; d'autre part, il ne devait point mépriser l'avis du duc d'Orléans. Pour accorder son honneur et son intérêt, il se fît prier d'assister à la procession de la grande confrérie, qu'on devait célébrer ce jour-là.
Cette procession, partie de l'église des Cordeliers, se déployait dans l^s rues voisines, lorsque le peuple, y vovant figurer le coadjuteur, sans égard' pour le prélat, pour ses vêtements archiépiscopaux, ni ) pour la procession illustrée de reliques, se | mit à crier au Mazarin! Le prélat et sa j suite pompeuse ne furent point déconcertés par ce cri injurieux, et continuaient
(1) Ce duc de La Rochefoucauld est l'auteur des Maximes.
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gravomerrt leur marche, lo^cqiiepTha^urd lé prince de Condé, re\enaiit en voture du Pillais, et se diîigejint vers son hôtel |1; rencontra celt-.' profession da s la rue du Pa m. Par respect pour cette a^émonie religieuse, il fit arr ter sa voilure, baisser la portièie et s'aaennuilla ainsi que sa suite; alors le cnadjuteur, trio n phanl de voir son mortel et fier ennemi prosterné à ses pieds, usa de ses jivantiges, et, sans mi-séricorde, lui donna sa sainte bénédiction, puis lui fit avec grâce unesalutnt on que le prince de Condé fut cbligé de lui rendre.
A\ lès celte scène comique, chacun des deux acteurs se retira» l'un humilie, i'.autie glorieux du rôle que lep'estg' des céi énionies religieuses lui avait fait jouer (2).
Le 7 septembre 1651, le loi ayant atteim sa quatorzième année, on >olennisa sa majorité par une cérémonie magnirtque , on le « onduisit au pari. 'nient uccv)mi)agné d'une nomlreuse et biill.intj cavalcade.
I| y déclara, suivant la fo;me, qu'il voulait jirendre lui-m'me le gouvernement de son Eiat . ce qu'il ne \oiiliiil pas, et ce que Al.zaiin l'aurait empêché de faire quand il l'aurait voulu. Oti remarqua que le prince de Condé n'assista point à ci't e soUnnité. Ce prince, qui inquiétait la cour et la ville, était lui-mô i e sans esse inquiet sur son sort, et se croyait toujours surlepo.nl d'être arrêté. Peu de jours après cette cért morne, méconte: t des nouveaux ministres que la reine venait de
(1) L'hôtel de Condé érait situé .à peu prèà à reudroit où he trouve le bruiiueni de i'Ouéoti; l'enclos et les jnrui s de cet hôiel étaient circonscrits par les rues ds Vuugirard, des Foisés-de-Mousitiur-le-Priucu et de Coudé.
(2/ Bi.iieau, ànns son Lutrin, chant 5, en
atîiiiuiait cetie scène à d'uuties pereOiiua-
ges, l'a peiiite dans les ver.- suivants :
*}at> biVn^èi r.ippelaiil so» iiiiliq-n' i>roiie»ie. Il iiredu maiiiiuii .-a tltxui' \i'i.j;t-rp bc; Il |.;ir., ■ 1. (le se.- liui.U s .illU'.m m ulloii;:éS
l'L-llit t()ll& ha |i;lS>Ullt» fil •.dix tilL':> l';<ll^(!S.
Il >a «itic rfiiiieiiii, i|iii' cv «• Il • va «m |.i'iM,()re, l'i's riiiui» bur .•>e> pit Us iif rustrjn m en. in-, 1. «I^à voii (juur llli imi II- |ii'M|i!«' eu i; iiiiouX Ciiei aux ooii.hauaius : l'r. Ijh», à geiii.i.x !
Toiii .-t'iturlf à riiisiHJii. ninis aiuMii nVu ré li;i;ipe; J'uiloui ,e<iû.t;i v.jii.»|iu-ur Ir» su i t-i k» raiHui».-.
»:;iis le |> éljl \er» lui f.ii'i im,."iii.inri •• 'jdroi'l-; ; 1 ol.-i M V • .!.• .'a-i . Il, li.jMi \u,-.-. la d oi e, T.iui tliii) «•«ini. loiiiiif à ^iiii.ii ,,.; .1 uu II, as lorlmié 1.11111 subutii.uiit t«: ^iitiiiLi' l'uiioi. ritu.
DE Paris
nommer il quitta Paris, conclut \ii^ traite avec le duc de Bouillon, prit d'antr^^ mesures poir fa T' décidément la guerre à la cour, et. a' rès avoir séiourne quelquç temps à Chant i ly il se retira à M.inlrond, nlace for e flu ïîeni, et de là duis nos gouverneme'M d ' Guyenne, où il h'vn des iroupeset arbora létendard de l.» ré\olte. Une intinitède seigneurs se joignirent à lui.
Des attroupcnenls et des violences, évidemment exi ités par les chefs de parti, éclatèrent à Paris.
Le 31 août de la même année, un grand tumulte se manifesta dans la grande cralle et dans l.i gaL-rie du Palais.
Le 2 septembie, un nommé Bon-Lagneau, escorté tie plusieurs personnes armée-, investit la maison au lieutenant criminel, vomit plusieurs injure? contre lui, menaça de le tuer et de brûler sa maison.
Dans le même temps la régente, qui, plusi urs foi<, avait protesté au parlement (ju'elle ne i appellerait jamais le cardinal M azar'm. et qui venait (le 6 déeeaib e 1651) de faire publier une déclaration soL-nnL'lle à ce sujet, travaillait sourdement à favoriser son retour. Le bruit en ci cula biinlôt à Paris. Le parlement, apiè> asoir rendu des arrêts contre le prince de Condé, en rendit • e plu»; viideiils C)iitre Mazarin. Par celui du 13décemb!e 16al. il défendit à lois le-sujelsdu loi de donner passage ou retriiLeàce cardinal. Un autre arrêt vint ensuite, qui ordonna que ses meubles et sa'bibliotlièque seraient vendus, et qu*;, sur 1 s deniers provenant de cette vente, ainsi que sur les revenus de fos bénéfices, ■ me somme de cinquante mille écus serait prise pour être donnée en récompense à quic( nque le livrerait, mort ou vif, eulre k:i mains de la justice.
Penlant qu." les agitateurs en chef.
lO ir a to.ir Frondeurs et Mazarins, passaient sans pudeur, suivant leurinirrct, d'un parti à lautre, et déroulaient les [o litiques du lem-s, la ville de Paris, amu a plasiion de ces méprisables inlrigints, toujours dupe de leurs querelles fein.esou sii.cères, était continuellement Iroublot par des violences et des menaces d'aitroupeu ents.
Le prince de Condé envoya dans Parit deux .i^entilshommes, les sieurs de Gour \ lie et La ilochecorbon, qui, a^cumpa
gnés H'hnmnips armés et à cheval, s'em- ^)asquè enl pendiint trois n «ils sur le passjipe de la \oiture liucoadj iteur, pour renle\ei ou l'iissassiner : ils ne pircnt y çjus-ir. \)T\y le même tem s, un attroupemefW séddicux se nianifes'a dan< la rue de To rnon, et les hommes qui ie coiipo- ^ient c iaieiit devant le p;il,iis du Luxembourg, où dem urait ie duc d'Oiléan-; : La paix, la p;iix, point de Mazarin. O-t atlrou e ; ent se por a ensuite devant l'hôtel du pemier président, et y fit entendre les mêmes cris.
Les prote.4ations et déclarations de la régente, le- arrêls du p;irlement et ces cris commindés n'emp chèrenl [-a- le cardinal de Mazarin de rent.er en France. Il avait hevé à ses frais une armée co nposr'e de sept à huit mille homm s, comman^léo par le maréchal d'Hocquincourt ; ainsi escorté, il aniva jusqu'à Poitiers où la ojr s'était rendue pour fjiie la guerre -u prime de Co ;dé.
T>a :s ce niême temps, les intrigiv»? pri l une diieclion diffcTinte. Le coa ij ir, abandonné de la cour, parvint à ohir le chapeau de cardin;il, que celte ne c^ur, après l'avoir sollici.é pour , demandait ensuite pour un a»..tre. piit dès lors le nom de card.nal de 'z.
i'iusipurs ennemis du cardinal Mazarin voyant le succès de sa rentr. e, changèient d'allure et devinrent ses partisans. Le parlement, toujours animé contre ce cardinal, j)ersisia à demander son eloii^nernent, mais avec moms de chaleur.
Paris, dans les premiers mois de ; 16-32. fut livré à plusieurs agitateurs ; placards séditieux, des liD.lles en cet en vers, de faux bruit^ it des ~ de ré\olte, des attroupements alari nt les hab.tints [la.sibies Cliaç^ue tis'indo\ail deshommes de la dernière iasse du peu, le pour l.'s porter à quelques excès conîre ses aiit igoin>tes.
Le 2 avril, le Poni-Neuf se couvrit
l'un attr^upemi'nt d'ouv. lers ou de \a-
-abond- qui insultaient les pa-sanls, et
aotanmient ceux qui étaient en vo tj-e.
Le cario se de la duchesse d'Llbeut' fui
irrèté, pille e!. mis en p èces. il en lut de
nèn'.e de pi. isieurs autres. Un de ces va-
l)0n ;s fut arrêté et cqndamne à èlix-
M !U sur le Puni -Neuf Quelque- jours
:c^, t;!i:li> qu'un l'exécuiait, un de >es
inuiiides \iut pour couper la cui'de; il
sors LOUIS XIV 255
f tariô'é lni-m*me, et ne tarda pas à subir le mêTie sort.
Ces événements, ces attentats furoni li'S préludes de rentrée du pr nce de Condé à Pari<. Il quilti fur iven>ent la pmvMioe d • Guyiine, on a mce et ses parti ans; et, apr.''S av ir couru p!u-iours dinaers sir II ro!iU»{<), il arriva dans celU' ville le I \ avril, accom.Mgné des lues deBeaafnrt. de La R')chcfoucauld et d ■ phisienrs autres seigni'urs. Le duc d'Orl'ans alla au devant de lui, et le cond lisit au parlement. Le I rince de Condé y déclara 'Tu'il n'avait pris les armes que pour se garantir des ;ittentats du cadinal Mazarin, et qu'il les pns.M-a t aussitôt que ce ministre serait hors de France.
Les 16 et 22 avril, il se tint à l'Hôte!de-Viile deux as-embl''es soleniv 11 's co-no ées des membres de toiles les autorités civiles et religieuses de Pari-. Il y fut arrêté qu'une dé[mtation seiait faite auprès du roi pour le prier de se rendre dans 'Tt'e \ille, et d'exclure de s-m '"on-eil et d- la France le cardinal de Mazarin. Démarche inutile.
Cependant l'armée du p-ince de Condé 0 cupiit les environs de Pari-^; «t l'armée royale, com-nan lée par le vicomte de TuiiniK', la harcelait de son mieux. Les siégi s, 1-s combats, les retraites rrpmuaiont la d solation dans l s campagnes: tout était ravagé p r des guerriers qui ne song-aient qu'aux succès du parti qu'ils avaient embrassé, et i e voyaient qu'a\ec dédain les malheurs affreux qu'ils causai nt. Le p llige, les meurtres, les incendies, sur un rayon de t renie lieues au midi de Pa is, de quinze a vingt sur les autres asp.'i ts de celte viiLs avaient f.iit de.-erti'r to tes Us hai'itatiotis cha.npêlres. Ou \oy ait une infinité de m;;!h.ure .s:es fan.d esabandonr.erleursfoy rs, et\enir avec leurs bestiaux, leui-s vixies.
écha,
pe-
la voracité des soldats, cho."-
cher un u>ile à Pa is. Arrivées a .x po les de lette ville, elles y trouvaient un obs-
(I) Pendant qu'il se rendait d'-<ru"s« de >oii goiiverneiiieiit de GiiveMiie à Piiri», U iOjfea dans un château d Auvergne doiii ie -ei;;iieur, qui ne le coimaissdl pas, parla sans ii.eiia;iein ni de !a coudaiie drsorl<>mi«*« d^ ce prince, ut snrt<mt de ses liu «uns cri- M i.ielles avec >a soeur, la duchesse de Lmii^ ^ueville. Le prince de C.'>iulé g«rda fcuibieuiviiit ie sile^icepour ue puiut se iruLir,
lU
iacîe. Les commis des barrières exigeaient un droit d'entrée; il y eut à ce sujet des émeutes aux portes Saint-Honoré et Saint- Antoine; et, le 26 avril i6o2, le parlement ordonna que les commis ne percevraient aucun droit sur les bestiaux et denrées amenés dans Paris pour la consommation de ceux qui s'y réfugiaient.
Que de maux pour des motifs méprisables!
Les autorités principales de Pans étaient discordantes sur leurs opinions et servaient des partis différents. Le corps de ville, c'est-à-dire le prévôt des marchands, les échevins, penchaient pour Mazarin; le parlement et les autres cours de justice lui étaient contraires, et ne cessaient de demander à la reine le renvoi de ce ministre : cette princesse s'opiniàtrait à le conserver. Le coadjuteur, devenu cardinal de Retz, agissait alors pour le parti de la <^our. Cette diversité de partis se manifestait par des délibérations opposées, par une infinité de pamphlets contre Mazarin auxquels le cardinal de Retz faisait répondre ou répondait lui-même; se manifestait presque journellement, dans la dasse du peuple, par des attroupements, des cris séditieux, des violences contre les partisans de Mazarin.
Le 10 mai 1652, les échevins se rendirent au parlement avec une suite nombreuse. Le peuple qui remplissait la ^rand salle se jeta sur leurs archers, les désarma, les dépouilla de leurs casaques brillantes : deux échevins furent en même temps attaqués, et n'auraient pu échapper aux coups de ces mécontents, si le duc de Beaufort ne fût venu les délivrer. « Il ne se passoit guère de jour que le
* peuple ne donnât des marques de son ■ « zèle pour les princes, dit Joly dans ses
« Mémoires, et de sa fureur contre le car- « dinal Mazarin. Le prévôt des marchands « et tout le corps de ville en fut attaqué " eu plusieurs rencontres, particulièrement •< une fois en sortant du Luxembourg,
* avec tant de violences, qu'ils furent « obligés de se réfugier dans quelques « maisons de la rue de Tournon, et d'a-
< bandonner leurs carrosses qui furent
< mis en pièces (1). »
Cette conduite du peuple donnait des
craintes à Mazarin, et ces craintes l'empôchèrent de ramener la cour à Paris, oii
(l) Mémoires de Joly, tom. II, pag. 6
DE PABIS
dans ses intérêts elle aurait du se rendre avant que le prince de Condé vînt y dominer.
Une petite minorité à Paris désirait le retour du cardinal, non parce qu'elle l'aimait, mais parce qu'elle se persuadait que ce retour ferait cesser la guerre. Une majorité paraissait attachée au prince de Condé, non parce qu'on l'aimait (il n'avait rien d'aimable), mais parce qu'ilfaisait la guerre k Mazarin. Divisée en ces deux points, la population entière était d'accord sur un troisième, î'éloignement des armées, dont la présence auprès de Paris était un véritable fléau pour les habitants des campagnes et pour ceux de la ville miCnacés d'une disette prochaine. Les plaintes et demandes faites à ce sujet ne produisirent que cette réponse de la part ' desprinces : «Nous ferons retirer notre armée quand l'armée royale se retirera. »
Le parti des princes 'ne s'occupait pas ' plus que celui de Mazarin des misères qu'il occasionnait; il espérait se renforcer par l'arrivée d'une armée de douze mille hommes que conduisait le duc de Lorraine. Cette armée vint en effet et campa à Villeneuve -Saint-George. Le duc fut reçu à Paris par les princes fort satisfaits de ce secours; mais ils n'en profilèrent pas, car bientôt après son arrivée, cette ; armée, en conséquence de l'accommode- i ment que ce duc fit avec Mazarin, par j l'entremise du roi d'Angleterre qui se \ trouvait alors en France, reprit le chemin t de la Lorraine. Cet événement affaiblit le parti des princes, mais ne les découragea point : ils continuèrent la guerre. / Les Parisiens, après des tentatives réitérées et toujours vaines auprès de la: cour, auprès des princes, eurent recours, i pour avoir la paix, à des cérémonies reli- ; gieuses qui ne produisirent point d'effet, i A la sollicitation pressante du prévôt desi marchands, il fut arrêté qu'on ferait daosi Paris des processions particulières et une. procession générale; les membres du par-; lement v assistèrent en robe rouge, et, tout le corps de ville eu habit de cere-' monie. On v porta en grande dévotion lat chasse de samte Geneviève. Les rehgieuiî de Sai»t-Germain-des-Prés firent ausSi leurs processions, où se réunirent les églises, couvents et hôpitaux qui se trouvaion dans la juridiction de cette abbnye Trente-six bourgeois, divisés en troi bandes, revêtus d'aubes, la tête couronne
Paris. — Typ. Lacolr, rue Soufflùt, 18.
sous LOUIS \IV
df f!r»ur? et les pied^ nus, portaient h châsse de saint (irTinain : d'autres reliques-étaient pareillement portées par d'^s bourgeois du même faubourg, figurant en pareil équipase. Ces reliques étaient précédées par huit cents enfants des deux sexes, tous vêtus en blanc et tous les pieds nus, tous tenant à la main un cierge allumé en plein jour. Cette procession sor-
"^ -»•. u>>>ia.A |\/v«i« v-ivviv. 1^1 \j\^\, -^-j k\j t i .\#i^ I \iv. a.>)
lit de l'église à huit heures du matin, et ' quable
n'y rentra que vers trois heures après midL On so rappelle que les Parisiens, du temps de la Lisue, firent une grande quantité de processions, où ils figuraient nonseulement nu-pieds, maÉf en chemisa^ niais entièrement nu.=. On roit ici que le zèle religieux ne se soutenait plus au même degré; la' barbarie, dans moins d'un siècle, avait éprouvé une décroissance remar-
Û/J'.F SEICAf£!//t
Costumes du xvie siècle.
Ces pompes religieuses n'empêciiaient point la continuation des désordres dans Paris et de la guerre dans ses environs.
Peu de jours après, il se donna, sur le ïifâi des Orfèvres , un combat que tirent Qaître des bourgeois de ce quartier. Vovant
sser, \ers La petite porte du Palais, la compagnie de la colonelle, commandée par le sieur Menardeau-Champré, conseiller en la gran l'chambre, ils crièrent sur lui : Au Mazariti 1 Ces cris redoublés déterminèrent seux qui gardaient b chaîne devant le Aeval de bronze à faire une décharge de
m DULAURE
leurs fusils, à laquelle l;i coni: .;!i; • i;:-.,ut je riposta vivement, il y eut quarante hommes de tués.
On parlait d'assommer les menibres du parlement que l'on croyait de connivence avec Mazarm. Le 25 juin cette cour faillit être entièrement immolée à la méfiance du peuple, ou plutôt à l'ambition de ceux qui le mett<iient en jeu. Un attroupement très nombreux et armé se forma à l'a porte du Palais. Plusieurs coups de fusil furent tires sur divers membres du parlement, dont auu!/ v.q fut atteint: mais, par les
ifé\
J58 HISTOIRF, DE PARTS
moyens employés pour dissiper l'aLtroupement, vingt-ciuq porsonncs furent tuées eu blessées.
La guerre civile se fit avec un nouveau degré d'acharnement. Les deux partis étaient aux prises à Etampes , qu'assiégeait le maréchal de Turenne, et que défendait le maréchal de Tavanes. Le 13 Juin 1652, un ordre de la cour obligea le premier de ces maréchaux à lever le siège; et l'armée royale, qui depuis un mois séjournait à Melun, fut, par le maréchal de Turenne, conduite à Corbeil, puis à Saint- Denis.
Le siège d'Etampes étant levé, le prince de Conde ordonna au maréchal de Tavanes de s'avancer avec toutes ses forces du côté de Paris. Ce maréchal partit le -16 juin ; le prince vint au devant de lui, et lit camper son armée entre Surenne et Saint- Cloud.
L'armée royale, campée vers Saint-Denis, se trouvait séparée de celle du prince de Condé par le cours de la Seine. Une partie de cette armée royale, commandée par le maréchal de La Ferté, avait posé son camp près du village d'Epinay, et commençait à jeter un pont sur la Seine à l'endroit où cette rivière est partagée par une île : déjà ce pont avait franchi un bras de la Seine et atteint cette île.
Tavanes, qui s'avança de ce côté, aperçut ces travaux, et vit de plus un grand nombre de troupes et de bagages qui, suivant la rive droite de la Seine, se dirigeaient vers Argenteuil et au-delà.
Le prince de Condé, instruit de la construction de ce pont et de la marche des ennemis, se rendit sur les lieux pour s'en assurer, tint un conseil où il dit que les troupes qui passaient du côté d' Argenteuil étaient celles de l'armée de Turenne qui avait abandonné Saint-Denis, d'où la cour devait être partie ; que cette armée se retirait du coté de Meulan ou de Pcissy, afin de venir ensuite l'attaquer sur ses derrières. Il conclut que Saint-Denis était évacué, et que, l'armée de Turenne s'éloignant, il pourrait sans danger lever son camp et le transporter à Charenton, dans l'angle formé par la rencontre de la Marne et de la Seine, il fit établir à Saint-Cloud un pont qui fut lompu lorsque son armée eut passé.
Pendant la nuit du 30 juin au 1er juillet cette armée se mit en marche. Le prince ordonna au sieur de Lcnques de la devan-
cer avec Irois escadrons, et de prendre poste au lieu de Picpus. Suivant l'ordre prescrit, de Lenques traversa le bois de Boulogne, longea le cours et les fossés de la ville. Parvenu à la porte Montmartre, il apprit avec étonnement, par des bourgeois qu'on avait arrêtés, que le roi était encore à Saint-Denis, et que ces bourgeois l'avaient vu se promener.
Ce fait dérangeait le plan et détruisait les espérances du prince de Condé. Le mouvement de son armée, basé sur de faux calculs, ne pouvait amener que des désastres; le sieur de Lenques le sentit : il dépêcha aussitôt un aide-de-camp au prince; mais cet officier trouva les chemins si embarrassés par les bagages de l'armée, qu'il ne put assez tôt remplir sa mi.-sion.
De Lenques continua sa marche, arriva à Picpus, et de là se porta à Charenton : le corps d'armée de Condé s'avançait par la même route.
Cependant, vers la naissance du jour, le maréchal de Turenne se présenta au faubourg Saint-Denis, et fit attaquer la cavalerie de l'arrière-garde du prince par le duc de Navailles. Il s'er^gagea dans la rue de ce faubourg un combat très vif. L'arrière-garde, après avoir éprouvé des pertes et en avoir fait éprouver à l'armée royale, continua sa route le long des fossés de la ville jusqu'à la rue du faubourg Saint-Antoine. Là s'engagea un nouveau coaibat dont l'issue devint funeste à l'un et à l'autre parti.
Le prince de Condé avait rangé sou corps d'armée en bataille à l'extrémité du faubourg Saint-Antoine, et rappelé de Charenton celui que de Lenques venait d'y conduire. Il profita des barricades que les habitants de ce faubourg avaient dressées poui' se garantir du pillage des troupes de Lorraine*^ et fit ou repoussa plusieurs attaques.
Sur ces entrefaites, le maréchal de Turenne s'avançait avec du canon vers l'extrémité du faubourg Saint- Antoine, et faisait craindre l'entière destraction de l'armiée du prince, laquelle remplissait la grande rue de ce faubourg. Pour prévenir un tel carnage, Condé s'avisa de faire percer les maisons de cette rue afin d'abriter ^ ses soldats. Ce stratagème réussit, et l'artillerie du maréchal n'opéra que peu d'effet. '*
Bientôt le duc de La Ferté arrive et conduit un puissant secours au maréchal de Turenne, qui, voyant ses forces accrues
sous LOUIS XIV
fit de nouvelles dispositions et retira son artillerie. Alors on crut que l'armée royale était en pleine retraite: le bruit en circula dans l'arniee du prince pendant quelques heures, et le combat tut suspendu. On connut bientôt le dessein de Turenne.
Ce maréchal se proposait d'attaquer le pnnce de Gondé sur ses deux flancs, et -on armée manœuvrait dans ce plan. Le pnnce s'en aperçut et forma dès lors le projet de sa retraite. li voulut l'opérer par la ville de Paris: il se présenta successivement aux portes de !a Conférence, Saint- Honore, Saint-Denis et Saint-Martin, qui toutes lui furent fermées,
La fille du duc dOrléans, qui intriguait alors dans Pans pour le prince de C^ndé, parvint à lui faire ouvrir la porte Saint - Antome, et à faire tirer sur l'armée rovale le canon de la Bastille. Cette attaque imprévue arrêta Turenne dans sa poursuite et sauva l'armée du prince d'une entière aestruction.
Aprcs avoir fait entrer son infanterie le prince parut a la porte Saint-Antoine. Un 'les acteurs de ces scènes sanglantes parle ainsi oe cette apparition : < H rentra « dans Pans, dit-il, comme un dieu Mar< « monte sur un cheval plein d'écume la
* tête haute et élevée, tout fier encore' de ^ 1 action qu'il venoit de faire; il tenoit
* ^on er.ee a la main, tout ensanaantée « du sang des ennemis, traversant fes rues
* au milieu des acclamations et des louan- « ges qu'on ne pouvoit se dispenser de « donner a sa valeur et a sa bonne con- « duite {I). »
On doit' avouer que le prince de Condé
t un grand capitaine, qu'il joignit l'ha-
bilete au courage; mais le motif de sa
guerre contre son roi, contre son pav^
était entièrement personnel, et n'avait rien
^t'f'^^^^'/J^ 'i?'^ ^^'' ^^i^ avait-il le droit de 1 èire? Dans cette bataille de
roi se retira à Montmorency et aux envi roiis de Saint-Denis.
La présence de Co<jdé à Paris et ses sourdes menées y firent renaître le désordre et les troubles. Ce prince savait que le corps de ville et même le parlement renfermaient de zek-s partisans de la cour et de Mazarin : il voulut exciter contre eux un soulèvement dans Paris.
Ce fut sans doute par ses instigations que la partie de la population parisienne facile a soulever adopta, et fit adopter avec menace à l'autre partie, un si^ne d'e ralliement jusqu'alors inconnu : « Ils s'a- - visèrent, dit un contemporain, déporter « sur eurs chapeaux de la paiiie pour si- « gnalde leur faction, et d'obliger tout le « monde a en faire de même, en sorte que « nul ne pouvoit paroître avec sûreté sans « paille. Les religieux mêmes etoient cou- ■^ traints d'en avoir sur leurs frocs et ceux ' qui alloient en carrosse d'en attacher ' aux portières ou à la tête de leurs che- « vaux ( I;. »
Cette paille, signe de ralliement, fut la cause de plusieurs desordres.
>, ^^u^f i'"/''^,-n^^-' -'- ''''^ ^"^ assemblée al Hotel-de-\ille, ou le prévôt des marchands, les echevins, avaient invité, dans les différents corps et dans toutes Ivs cour^ de Pans, les personnes qu'ils connais^ient les mieux disposées pour la paix. On devait y proposer le retour de la cour a Pans. Le pnnce de Condé, informé de ce projet, voulut emporter par la force ce qu'U uesespérait d'obtenir par des discours et par dfts intrigues.
K ^^^*.J°.^'^^ ^^"^ la ville un grand nombre d officiers et de soldats de son armée qui remplirent la place de Grève, s'y mé^ lerent avec le peuple, et forcèrent,' sandistinction, tous les passants à se sisualer par quelques brins de paille. Cette troupe tumultueuse et en partie armée semblait vouloir menacer l'Hôtel-de-Viile, et inde l'assemblée
c;oî«f r\ •"''^' ^"""^^ ^^"^ oataiiie de feaint-Antome il montra du couraee; mais
ol.-^,v„ .. „„. j-.. ^^ ""^ ** =^ ^aJûe »cub la présidence du gouverneur de Paris
le maréchal de L'Hôpital, lorequ'un trom-
pes passions, à ses
gloire, et ses devoirs à intérêts.
A^^r^^T |e combat de Saint-Antoine, où mlK '^^'^^î^^ '^ P^^it près de trois ?pr l^/^T'' ^^'^"^'^ ^"^ P^^«<^ a"a camper au faubourg Saint-Victor; et celle du
(1) Mémoiru ducomie deChatagnac,
pette, portant une lettre du roi, se présenta a l'Hôtel-de-Ville. Cette lettre, adressée au prévôt des marchands et aux habitants de la bonne ville, portait en substance que sa majesté, instruite que
(1) Mémoires de Tacanes, pag. 270.
Ventrée de l'armée du prince de Condé dans Paris s'était opérée contre le vœu des habitants, promettait la paix aux Parisiens, pourvu qu'ils continuassent à se montrer attachés à son service; elle ajoutait que les habitants lui prouveraient leur attachement s'ils retardaient de quatre jours leur délibération. A l'instant, le duc d'Orléans, le prince de Condé et autres princes entrèrent dans l'assemblée. Le prince de Condé remercia la ville d'avoir ouvert la porte Saint-Antoine à son armée, et lui offrit ses services.
La lettre du roi, lue devant les princes, devint l'objet d'une vive discussion. On disait que le roi n'y parlait point de Mazarin ni de son renvoi, unique moyen d'amener la paix. Le prévôt des marchands soutenait qu'on ne pouvait se refuser au délai que le roi demandait ; que ce serait manquer ouvertement au respect dû à sa majesté; et que, si le roi n'avait pas parle de l'éloignement de Mazarin, les expressions de sa lettre faisaient assez entendre que c'était là son projet. La séance fut levée malgré le prince^de Condé, qui sortit, en disant au bas de l'escalier, d'un ton de voix assez haut, que ceux qui composaient l'assemblée étaient des Mazarins, et qu'on ne devait en laisser sortir aucun qu'il n'eût signé le traité d'union avec les princes.
"Ces paroles entendues, et peut-être quelques signaux donnés, portèrent la foule immense qui entourait l'Hôtel-de- Ville à crier : L'union! l'union! qu'il fallait qu'on livrât tous les Mazarins de l'assemblée ; qu'il fallait les assommer. A ces cris, la foule se dirigea vers la porte de l'Hôtel-de-Ville pour y entrer; mais les archers eurent le temps de la fermer.
La fureur de cette troupe séditieuse s'accrut par quelques coups de fusil imprudemment tirés sur elle , et partis des fenêtres de l'Hôtel-de-Ville. Alors elle riposta par plusieurs décharges de mousquets dirigés sur les fenêtres de la salle d'assemblée ; elle entassa contre la porte de cet édifice un grand nombre de fagots, et y mit le feu.
Aux premiers cris d'union , les membres de l'assemblée, renfermés dans l'Hôtel-de-Ville. jetèrent du haut des fenêtres un papier où était écrit ce mot, mais il n'était point signé. Les coups de fusil qu'on leur tirait, la fumée qui menaçait de les étouffer, de les consumer, les "remplirent de frayeur; ils se crurent tous perdus :
dans leur trouble, ils agissaient sans accord, comme des insensés.
Les uns cherchèrent à se sauver paF e moyen d'un déguisement. Le maréchal de L'Hôpital, gouverneur de Paris, s'échappa à la faveur'd'un habit de prêtre dont il s'était vêtu; d'autres durent leur salut à des bateliers qui se firent largement payer leur protection. Plusieurs , pour éviter le feu qui faisait des progrès, s'exposèrent à la fureur de la multitude, et furent massacrés. On n'épargna pas même des magistrats connus pour être les ennemis de Mazarin, tels que les sieurs Legras, maître des requêtes, Ferrand de Savari, Lefèvre, conseillers au parlement, et Miron. maîti^ des comptes : il y eut beaucoup d'autres personnes tuées.
Pour apaiser la multitude qui criait toujours l'union ! et tirait des coups de fusil aux fenêtres, on parlementa, et on promit de signer cette union. Ceux du dehors demandèrent des otages; ceux du dedans leur indiquèrent les curés de Saint-Jean et de Saint-Merry. Le curé de Saint-Jean, soit par suite de cette négociation, soit de son propre mouvement, se présenta sur la place de Grève, muni du Saint-Sacrement : mais l'objet sacré, dont il voulait se servir comme d'un plastron, ne le fit pas respecter : on le menaça de le tuer s'il ne se retirait promptement.
Ce tumulte, ces menaces, cet incendie, ces meurtres, durèrent depuis deux heures après midi jusqu'à dix heures du soir.
Le duc d'Orléans , instruit de cette sédition, envoya sa fille, dite Mademoiselle, et le duc de Beaufort, tous deux aimés des Parisiens, pour calmer et dissiper l'attroupement ; mais, s' étant amusés, avant de partir, à discuter lequel des deux avait plus de crédit sur le peuple, ils arrivèrent tard à la place de Grève. Le duc de Beaufort se tenait à une fenêtre qui donnait sur cette place, et considérait le désordre sans le faire cesser. Cependant, sur le soir, il entra dans l'Hôtel-de-Ville, accompagné de ses gens armés, et fit sortir en sûreté les personnes qui s'y trouvaient encore.
Les contemporains, témoins ou auteurs de cette scène séditieuse, diffèrent beaucoup sur les noms de ceux qui l'ont pro- j duite et l'ont fait cesser.
Je ne connais que le maréchal de Tavanes qui, dans ses Mémoires, disculpe le prince de Condé d'être l'auteur de ce
SOLS LOUJS XIV 264
trouble; les autres mémoires du temps ou I cour, après plusieurs jours de délais fît 1 en soupçonnent ou l'en accusent ouverte- 1 enfin sa réponse. Elle portait que Mazârm ment. « Bien des gens crurent, dit Joiy, ' serait renvoyé, si ies.princes consentaient « que ie cardmal Mazann avoit eu beau- j a licencier les troupes de Lorraine et d'E<=- < coup de part a ce désordre, et que, par j pagne qu'ils venaient de faire entrer en « une personne gagnée , il l'avoit proposé j France.
. à son altesse comme une action capable | Les Parisiens continuaient à porter de . d intimider h cour, et de lui faire con- la paille, et personne n'osait se métrer en « noitre ce qu il pom-oit dans Pans ; ayant public sans ce signe de ralliement Gepen- . envoyé en même temps des ordres se- dant un abbé, Fouquet , étant parvenu à " TL\T ^T ^°''' "^§°?^°^^^ ^' ^'- ^ réunir au Palais-Roval plusieurs bourgeoi^ ' Zi?r JZ r' T^^'i°^ J?^^> I q^^ ^'^^"^^'^ la paix, leur fit un discouS font . h^ ' lî f '^ •^^''' tomber sur les avantagea résultant du retour du . tout le blâme sur M. le prince, et de le j roi à Paris, et les engagea a placer un mor-
Ip^n'iPn ^nr''.' '^'^f ^ f ?."' ^es i ceau de papier sur fei^ chap^eau. en oppo- On : ',^ '''^'f"f ^P^'^'^^'^'^^- ' ^^^^i«" ^ la païUe que portait le' parti des
' nn. .: ^r'' '^'''^! ^'. °'''^' f^^'""'' i Frondeurs. Chaque fois que la paille ren- V Zl °;^:^f/^'^^^°^ ete expédies par ; contrait le papie?, ceux qii avaient arbore
%\T^^:.l iTx ^ .. ^r* ., , ; avec fureur. Cette invention de labbé Si ce que dit Joly est la vente, il faut Fouquet ne fit qu'accroître le desordre avouer que les scélérats des prisons de Bi- Le' parlement\endit de nouveaux arrêts
Mlzarin ITnJZ ^? '"''''T' V"^'"' ^' ''''''' ^^^^^^^^> '' ^' ^^' d'Orléans fu ^llf 1^! .^ ' • ^^^''V'^ ''^'P''' P^ ' "*^^^^ lieutenant général du royaume.
Tn^^p tT."' T''^'% > . . La cour du roi cSssa toutes les nomina-
mlrrinnlf^Jp "''""^ ^'°^'°.^''^^^"^ faites parle parti des princes, et Tpar^à^ e tl^!! '' ^^^ ^'' ^°' ^'^' i ^''"^^ ^ ^^^'^^^^ ^' nouveau^arlement
%fh r.Zl î\ 1 . ■ V .. ^^P°-^^ d^ ^i^-e^^ conseillers que les trou-
ment le àtZ I'l~ '^ ' '', 1 attroupe- i blesde Paris avaient éloignés de cette viUe. r^JeÙ^ul' nu t^^^f d%B^auiort. , La cour de France et iSs pnnces se faisu?Janïï. nn nn L f f' ^!f ^If "f""' ! ^'^°^ ^^ ^^'"'^ ^vec des troupes bien ar- ^r^ r'wra '.•. ^^ redevable , SU 1- mees : le parlement de Paris et celui de oeoi^ i pf •' P^''' ^^' ^'' ^'T ■ P^^toise combattaient à coups d'arrêK
darP 1 rr' ''''^' '^ .''^'' '^' ^" 1 Le duc de Beaufort et le duc de Nefnît?lffjf ' P'^^^^'^^t amettreen mours, quoique du même parti, avaeS [""^^^.^J'^^^^^^^OMi^aTceqaelepnnce entre eux une ancienne querelle qui fut
de Londe donna a ses troupes, qui composaient une grande partie de l'attroupement, l'ordre de se retirer.
Telle fut la journée du 4 juillet 1632, qui, fatale à plusieurs, ne servit à personne.
Le prince de Coudé nomma Broussel prévôt des march~ands, et le duc de Beaufort gouverneur de Paris; il forma un conseil de ville, composé dhommes dévoués à sa personne : mais ces actes de souverai'
terminée le 30 juillet: ces deux princes se rendirent à la porte du petit parc de l'hôtel de Vendôme, rue Saint-Honoré. Le duc de Beaufort tua son adversaire d'un coup de pistolet.
Mazarin, dont la présence causait ces déplorables dissensions , prit enfin , le 19 août 1632, la résolution de s'éloigner de la cour et de sortir de France ; mais'son absence ne fut pas de longue durée : elle
r.pf^ n'^„or^.^fo- f 1 /r -""'^'"^- ' aoseuce ne lui pas ae longue ûuree : elJe
nn'n ^n '''' P'' ^' ff/l^l^c^édit avait pour but seulement d'ôterauxprinces
Pariie^ '"'''''" '^' ""P'^^ des | tout pVetexte de continuer la guerre civil?
rI^„L\^ i L ' . . 1 Enfin, après mille intrigues, mille ruses
^.-^jfT'^lul^'''^^^^^ manœulres criminelles", emplovéesVar
D^r inl ^V ^^-°^^^^'. ^'^e deputationjie, deux partis, le roi rentra da^ Paris
Shtdel'Ftaf'^^^^^^^^ "^^^ ^V\^''' oclobre16o2,etlelendemainonlui
^otde lEtat dépendait de 1 eloignement fit lenir un lit de justice au Louvre. Le
duc d'Orléans et le prince de Condé se retirèrent (1;.
de Mazarin ; mais c'était demander à Mazann lui-même justice contre Mazarin. La
(1) MémoxTtt dt Joly, tome H, pag. 17. (1) Mémoires du cardinal de ReU, d«
2g 2 HISTOIRE DE PARIS
Les auteurs ou corn; Hces de ces guerres désastreuses et de ces désordres civdsqui eD ont écrit des relations parlent avec complaisance de leurs dangers, de leur bravoure, de leurs succès, et se taisent -ur les attentats, les pillages, les meurtres, les incendies qu'ils ont commis ou fait commettre. Ces maux , ces crimes leur sont indiiîérents; ils ne daignent pas même s'en occuper ; les larmes, le désespoir d'une multitude de familles réduites à la misère, ne les touchent nullement. C .pendant, si à côté du tableau de leurs exploits militaires on plaçait celui des ruines et calamités qu'ils ont causées, ces exploits, loin d'être admirés, inspireraient l'indignation et l'horreur; et, au lieu de célébrité, les , prétendus grands hommes qui en sont les auteurs ne"recueil!eraient que l'infamie. Quand les innocentes victimes des guerres écriront- elles leur. histoire?
Voici les affreux résaltats de la gloire que s'acquirent, dans les environs de Paris, le prince de Gonde, le maréchal de Turenne et autres capitaines.
Dans les registres du parlement, sous le 12 juin 1652", on lit ce qui suit : « Le « procureur du roi remontre à la cour que « les désordres des gens de guerre sont si « grands et la désolation si publique , que « toutes maisons et ferniCs des environs « de Paris vont être ruinées, et hors d'é- € tat de se rétablir de plusieurs années, c Les gens de guerre, tant français qu'é- « trangers, ne se contentent pas des vi- « vres^ mais encore pillent les nieubles et « us ensiles, prennent les bestiaux, dégra- « dent et ciernolissent les maisons pour en « avoir les matériaux, dans la facilité qu ils « ren<;ontrent du débit de tous leur- pil- . lages. » Le parlement ordonne qu'il sera coum sus, à main armée, contre les pillards, et défend à toutes personnes de Paris ou des faubourgs d'acheter les meubles, ustensiles, plo'nbs, fers et autres matériaux provenant de la démolition des maisoi.s de la campagne, à peine d'être poursuivies extraordmaireraent comme complices dudil pillage (1].
Joiy, de la duchesse de Nemours, de Navailles, de Tavanes, de Chavagnac, de La Rochefoucauld, de Montglat, de Gourville. — Registres manuscrits du parlement de iParis, etc.
(1) Registres manuscrils du parlement, au 12 juin 1652.
.. La misère du peuple étolt épouvapta- « ble, dit Laporte, et, dans tous les lieux X où la cour passoit, les pauvres paysans « s'y jetoient, pensant y être en siireté, « parce que l'armée désolait la campagne : a ils V amenoient leurs bestiaux qui mou- « roient de faim aussitôt, n'osant sortir « pour les mener paître; quand leurs bes- « tiaux ètoient morts, ils mouroient eux- « mêmes incontinent après, car ils n'a- « voient plus rien que les chantés de la « cour, qui étoient fort médiocres, chacun « se considérant le premier. Ils n'avoient « de couvert contre les grandes chaleurs « du jour et les fraîcheurs de la nuit que « le dessous des auvents, des charrettes et « des chariots qui étoient dans les rues. « Quand les mères étoient niortes, les « enfants mouroient bientôt après: et j'ai « vu sur le pont de Melun, ou nous^vîn- « mes quelque temps après, trois enfants « sur leur mère morte, l'un desquels la té- « toit encore.
' « Toutes ces misères touchoient fort la « reine; et même, comme on s'en entre- « tenoit à Saint-Germain, elle en soupi- « roit, et disoit que ceux qui en éîoient « la cause auroient un grand compte a « rendre à Dieu, sans songer quelle- « même en étoit la principale cause (1). » Les euerres civiles continuèrent encore et accrurent la misère publique: les habitants des campagnes se réfugiaient dans les villes, et, en 1653, on comptait a Pans quarante mille pauvres. Ce nombre extraordiraire de mendiants détermina la , fondation de l'hôpital général dont je par- ! leraiensonlieu.
■ Quoique le cardinal Mazann fut hors de France, il ne laissait pas de gouverner la. cour: et, dans son éloignement, il donna une preuve éclatante de sa puis.^ance, en faisant arrêter le cardinal de Retz. Ce prélat fut saisi au Louvre, le 1 9déc.embrc 1(^52, et conduit prisonnier au château aeVincennes. Son oncle, archevêque ae^Pans, étant mort le 21 mars 1654, le cardinal de Retz, touiours prisonnier, pnt j.ossession par procureur du siège archiépiscopal, bjplques jours après, il résigna son ard-ievêché. et fut transféré dans la ; nson de Nantes, d'où il s'évada le 8 août suivant. C'était alors un des hommes les plus distingués par ses lumières, son esprit, ses
a) Mémoires de M, Laporte, premier valet de 'chambre de Louis XIV, pag. 288, 289.
î=ors L
t<ilents, et un des plus méprisables par l'usage qu'il en 6t.
Peu de temps anrè? l'arrestation du cardinal de R?tz, le 3 ï^wler 1653, le cardinal M:izarin revint à Piiris plus puissant, plus tiudacieux que jamais.' Le roi et son ;rëre allèrent à deux lieues au-devant de lui, et le ramenèrent au Louvre. Son entrée fut presque un tricjmphe; ses ennemis même les plus acharnés vinrent s'abaisser devant sa toute-puissance (1).
Le prince de Condé, après avoir fait la -guerre dans la Guyenne et à Paris, n'ayant point voulu profiter de l'amnistie, trop lier alors pour se soumettre à Mazarin, préféra de s'unir aux E-pagnols et de faire la guerre à sa patrie. Mais, dans la suite, son grand cœur fut obligé de fléchir devant ia nécessité, et de faire des soumissions humiliantes à son pluscrusl ennemi. Il sollicita et obtint la permission de rentrer en France; et, le 28 janvier î660, il se rendit à Aix en Provence, où se trouvait la cour. Là, remplissant un pénible devoir, sa fierté eut beaucoup à souffrir (2).
(1) « Ils se tuoient à son retour pour a-- " ier au-devant de Ini , et ceux mêmes qui « avoient été ses plus grands ennemis furent •• les pins empressés à se produire et à lai « faire la révérence. Je -^is nne multitude de « g:-ns de qualité faire des bassesses si hon- M teuses en cette rencontre, que je n'anrois « pa? voulu être ce qu'ils étoient à condition
« d'en faire autant J'étois dans le cabi-
« net de la reine lorsque son éminence V •« entra: j'y vis parmi tant de gens de qi^a- «« lité qui s'étonffoient à qui se jetteroii le " premier à ses pieds : j'y vis, dis-je, un « religieux qui se prosterna devant lui avec •« tant d'humilité que je crus qu'il ne s'en " relèveroit point. « [Mémoires de Laporte, pag 297, 298.)
(2) « Il fut descendre chez le cardinal « Mazarin avec grande mortification d'être " obligé, par nécessité, de se soumettre à " lui après les choses qui s 'étoient passées " entre eux; mais il fallut que ea grande «• fierté et. son courage hautain s'humilias- « sent en cette occasion, et qu'il fléchi: le *♦ genou devant l'idole que toui le monde «« adoroit en France. Le cardinal le mena « chez lu reine où était le roi, devant lequel « il mit Uii genou en terre, ei demanda pi.r- « don de ce qu'il avoit fui: contre son ter- « vice. Le roi se tint fort or it et le reçut «■ très froidement, et la reine aussi... ; puis,
ours XIV 263
Lecnnlinal Maz;irin gouverna la France jusqu'au 9 mnr- 1 661, époque de sa mort. Des re ueils He soixante et même de cent gros volumes in-i^, îir.neîfe Mazarinades, contiennent plusieurs milliers de pièces historiques ou sa'iriqnes, publiées contre ce cardinal p?r;dant quatre années des troubles de son ministère. Après sa mort, une foule d'épitaphes en vers, en prose, latines, françaises, furent les dernières déjections de l'indignation publique : on y exagéra sa mauvaise foi, ses fourberies, son avarice, sa rapacité, vices moins remarqués dans les cours que dans le pui blic : et Ion garda le silence sur le petit nombre de qualités qu'il avait, ainsi que sur les défauts qu'il n'avait pas. Voici une seule de ces épitaphes :
Ci-gtt l'ennemi de la I*ronde, Celui qui fonrba tout le monde; n fourba jiisques au tombeau; Il fo irba dièm* :e bourreau, Evi'ani une mort ;nfame.
Il fj.rîij le diable eu ce point Qu'il pensait emporter son àme ; Maii rattrùuteur n'en avait point.
Le cardinal Âîazarin, quoique doué d'an esprit très souple, très astucieux, commit, dans les premiers temps de ses intrigues, des fautes qui prouvent ses vues bornées et son imprcvoyance : elles faillirent b perdre et le dépouiller de sa puissance», qui lui était bien plus chère que sa réputation. Dans la suite, mûri par l'expérience, il m'nira de Thabil-té dans ses négociations diplomatiques : à cet égard, il rendit des services à la monarchie; et, quoiqu'il fût le plus méprisable des hommes sous le rapport de la morale, il r/était ni vindicatif, ni cruel, comme le cardinal son prédécesseur.
Ce fut après la ifcort de Mazarin que Louis XIV ,'àg'^ de vingt-trois ans, entreprit de gouverner par lui-même. Alors commença la seconde époque de son règne.
Les grandes qualités dont la nature avait do'ué ce jeune prince ne purent avoir tout leur dévelo; pement, parce que son éducation fut très négligée. Il ne reçut de ceux qui en étaient chargés que de fausses idcesde grandeur (1).
u ayant demeuré peu da jours à la cour, où « il jojoit un assez méchant personnage, il " repartit pour aller a Pari», où il y avoit u huii ans qu'il n'avoit été. »» ^Mémoires dé ilontglat, tom. IV, pag. 234, 235,)
(1) On l'avait bercé jusqnà l'âge de htdt
On lui parlait beaucoup de sa toutepuissance, de ses droits, et jamais de ses devoirs. « Le plus grand de tous les crimes « dont on pût se rendre coupable, dit La- <f porte, ètoit de faire entendre au roi « qu'il n'étoit justement le maître qu'au- « tant qu'il s'en rendroit digne. »
On l'éloignait de toute espèce de travail. « Sa mère, aussi avide qu'incapable « de Gouverner, subjuguée par le cardinal •( de Mazarin,s'appliquoit à perpétuer l'en- « fance de son fils qui ne fut, jusqu'à « vingt-trois ans, que la représentation « de la royauté. Elevé dans la plus gros- « sière ignorance, il n'acquit pas les qua- « lités qui lui manquoient, et ne conserva « pas tout ce qu'il avoit reçu de la na- « ture (1). »
Louis XIV, élevé à l'école du despotisme sous Mazarin, ne pouvait supporter rien de contraire à ce régime; il interompit un magistrat qui dans un discours
ans avec des contes de Peau-d'Ane. Ce fut alors que le valet de chambre Laporte avertit la reine qu'il serait utile qu'on fît quelque lecture au jeune prince. Laporte lisait, pour i'endormir, l'Histoire de Mézerai. Le cardinal Mazarin blâma le zèle de ce serviteur. On s'opposait à ce que le roi entendît la lecture de livres instructifs. « Les bons livres, dit « Laporte, étoient aussi suspects dans son «* cabinet que les gens de bien ; et le beau « catéchisme de M. Godeau n'y fut pas plus *f tôt qu'il disparut sans qu'on pût savoir ce « qu'il étoit devenu. » Le cardinal entourait le roi d'espions qui jouaient avec lui, le détournaient de ses études, et observaient ceux qui pouvaient lui donner des avis utiles. Un de ses gouverneurs, nommé Dumont, qid prenait le plus grand* soin pour instruire le roi , n'était point payé de ses appointements.
M. de Beaumont, son gouverneur, se plaignait à Mazarin du peu d'application du roi pour l'étude ; le cardinal lui répondit : « Ne " vous en mettez point en peine; reposez- «» vous-ensur moi, iln'en saura que trop ; car, « quand il vient au conseil, il me fait cent t questions sur la chose dont il s'agit, n Eu conséquence, M. de Beaumont (Hardouin de Beaumont de Péréâxe, qui d»vint archevêque de Paris) ne lui apprit absolument rien ; à peine le roi savait-il lire à quinze ans. {Mémoires de Laporte, p. 250, 254, 262.)
(1) Mémoires secrets du règne de Louis XIV, parDuclos; t- I, p. 181,182.
prononça ces mots : le roi et l'Etat, en lui disant avec hauteur : « L'Etat, c'est moi.» Il ne pensait pas qu'il est des rois sans Etats et des Etats sans rois, et qu'il identifiait deux choses distinctes.
Le parlement refusait de vérifier et d'enregistrer des édits bursaux; Louis XIV vint au Palais en habit de cavalier, L^ fouet à la main, et força, avec menace, le parlement de vérifier.
Il admirait le despotisme de Conslantinople, qui lui paraissait préférable à tout autre gouvernement : il n'en connaissait pas de meilleur.
Il fit disparaître tout ce qui, dans ses Etats, conservait encore quelques restes d'indépendance. Les droits ou prétentions du clergé et de la noblesse furent resserrés dans des bornes très étroites; il imposa silence au parlement ; il détruisit dans les villes les corps municipaux, et dans les provinces les états provinciaux: substitua, dans les premières, un maire royal, et, dans les secondes, un intendant. Il opéra dans l'administration plusieurs autres réformes qui tendaient à faire disparaîtl^' tout ce qui aurait pu gêner l'exercice de sa volonté suprême, et à établir la paix de la servitude.
En matière de galanterie ou de débauche, Louis XIV se montra aussi scandaleux que son aïeul Henri IV. Il eut ui/ grand nombre de maîtresses, et ne s'en cachait point. A mademoiselle de la Val- Hère il fit succéder la marquise de Montespan. Cette dernière avait son mari, comme le roi avait son épouse. Ce double adultère fit le plus grand éclat, « et le roi. <t dit Duclos, s'en inquiéta si peu, qu'il se fit « suivre, dans ses campagnes et dans les « villes frontières, par ses deux maîtres- « ses, l'une et l'autre dans le même car- « rosse que la reine. Les peuples accou- « roient pour voir, disoient-ils, les trois « reines. Louis ne gardoit plus de mesu- « ras. La cour se tenoit chez la reine favo- « rite. Les couches de la première a voient « été secrètes sans être ignorées ; celles de « la seconde étoient publiques, etc. (1). »
Son ostentation fut excessive . jamais la France n'avait vu une cour aussi brillante, aussi fastueuse. Elle offrait une scène pompeuse où le roi, en habits de carac-
(!) Mémoires secrets sur lerègne de Louis XIV, par Duclos; tome I, page 198; édition de 1808.
sous LOUIS XIV
tère, jouait gravement le rôle principal, ; même sa commodité à son amour-pro-
observait et faisait observer à la rigueur pre, consent k recevoir des fers pourvu que
aux acteurs subalteriu'S les règles près- les autres en soient chargés.
crites à leurs différctUs personnui^es. Les | Son oigu<.'il le porta à cet excès de
paroles, les cost-inics, les "allures du corps : | prendre le soleil pour emblème.
iout élait mesiin'', s-^umis aff scvèns lois ; Les palaisdeses prédécesseurs ne furent
de réliqueilc; lois qui faisaient taire les ui a- ex vastes ni assez magnifiq'jes pour
affeciions, étouflfaient les sentiments do la lui. Il lit agrandir, réparer les anciens, et
nature, et commandaient !a dissimulation; ' en fit cor^-truire de nouveaux. Les frais
lo's par lesquelles le tyran -■■■■'i'^' i-ii- <u' r/jM--- •-';,.-. .li ..-,! .L'it^ii .1^; Ver-
Costumes du xvi^ siècle.
sailles surpassaient la somme de douze
cents millions. On y employait de vingtdeux mille à trente-six mille travailleurs par jour.
L'imagination des architectes, des artistes, enflammée par le goût du monarque pourla magnificence, enfanta les projets les plus gigantesques. Pour embellir Versailles on proposa d'y faire passer la rivière de Bièvre. On ne croirait pas qu'il fut sérieusement projeté de faire passer une partie de la Loire à Versailles, si un afçhitecte célèbre, chargé du nivellement,
firJJlu/:4i
ce fait dans ses mé-
n avait consigne moires (i).
« On eut aussi dessein, dit Saint-Simon, « de faire venir de huit lieues la rivière « d'Eure. Il y eut des aqueducs commen-
(1) Mémoires de Charles Perrault, de l'Académie fracçaise, premier commis des bûtimects du roi, liv. 3, p. 149.
Pàquetri, celui qui a fait exécuter le canal du Languedoc, était chargé par Colbert de ce projet extravagant dont l'impossibilité arrêta l'exécution .
« ces, ouvrr.^es superbes, dignes des Ro- « mains, qui sont restés inutiles (1). » On avait établi un camp près du lieu de ces travaux ; il était défendu, sous les plus grandes peines, d'en sortir, et surtout de parler des maladies et des milliers de soldats morts par le travail et par le^ xhalaisons de la terre remuée. Ces iravaux immenses, qui coûtèrent tant d'or et la vie à tant d'hommes, suspendus par la guerre de 4688, ne furent plus repris, nuisirent beaucoup, et ne servirent à rien (2).
La dévotion ne put jamais exclure du cœur de Louis XIV le péciié d'orgueil.
« Le roi, écrivait madame de Maintenon, « ne manque aucune abstinence, mais il *. ne comprend pas qu'il faille s'humi- « lier (3). »
Lorsque les courtisans aperçoivent dans leur maître une inclination vicieuse, ils mettent tout en œuvre pour la favoriser. Louis XIV fut enivré et non rassasié d'éloges. Les nombreuses médailles frappées en son honneur., les statues, les arcs de triomphe, leurs ujbCi" ,^.ions, les épîtres, les satires même de Boileau, les prologues des opéras de Quinault, et les ouvrages de mille écrivains subalternes, élevaient jusqu'aux cieux la gloire de ce monarque.
L'architecte Mansard laissait quelques fautes grossières dans ses plans, exprès pour que ce roi eût le glorieux avantage de les reconnaître.
L'Académie française ne s'occupait que de louer le roi ; celle des inscriptions ne fut fondée, par Colbert, que pour composer des inscriptions, des emblèmes, des devises, etc., à sa louange. Les ministres fatiguaient leur imagination pour inventer quelques nouveaux aliments à l'orgueil insatiable du monarque, et tous leurs inférieurs imitaient leur exemple.
Le prévôt des marchands de Paris voulut aussi, comme tant d'autres, faire sa cour au roi et caresser sa vanité aux dépens du public. Il fonda, en 1684, une rente annuelle de 440 livres, payables au
(1) Louis XIV, sa cour, et le régent, t. I, p. 311.
(2) Galerie de f ancienne cour, t. I,p. 471,
(3) Lettres de la marquise de Maintenon, t. IV, p. 181.
Il était chrétien par les pratiques, par les accessoires de la religion; il ne Tétait point par le principal qui est la morale.
recteur de l'université, k condition que tous les ans, au 15 m.ai, en présence des échevins, il prononcerait, bien ou mal, un panégyrique de Louis XIV (1).
L'évêque de Noyon, Glermont-Tonnerre, fond! un prix à l'Académie pour célébrer à perpétuité les vertus de ce roi (2).
L'orgueil qui le dominait lui inspira l'amour de la gloire militaire. Il fit la guerre, non pour obtenir la paix, mais pour recueillir des lauriers et des éloges.
« Ses ministres ne songèrent plus à lui « dire la vérité, mais à le flatter et à lui « plaire. Il rapporta tout à sa personne; « rien ne se fit pour le bien de l'Etat (3).»
L'éloignement de Louis XIV pour la lecture le rendait étranger aux lumières croissantes de sou siècle. Des trésors de vérités contenues dans les ouvrages des anciens et surtout des modernes, étaient perdus pour.Jui ; lorsqu'il disait à Dangeau: « A quoi bon tant lire? » il parlait en aveugle présomptueux qui croit le tact supérieur à la vue.
Ses seules connaissances acquises provenaient de ses entretiens avec ses ministres, ses maîtres;?es, ses confesseurs, des représentations dramatiques auxquelles il assistait (4), et des éloges en prose, dont il se lai.-^sait complaisamment enivrer.
Mais, la nature l'ayant doué d'un jugement sain, d'un coup d'œil juste, il faisait un utile emploi de ses facultés, toutes les fois que ses passions ne l'en détournaient pas, toutes les fois qu'il n'était pas égaré par ses courtisans et par son défaut d'instiuciion.
Des fêtes, des spectacles, des ballets où il dansait lui-mèrÂe ; des carrousels, des chasses, des constructions de palais, de châteaux, des guerres, des triomphes, des
(Ij Histoire de Paris, par Félibien, t. II, p. 1513.
(2) Mémoires de Duclos, t. I, p. 210.
(3) Mémoires de M. de la Fave, p. 226,
(4) Il aurait profité des leçons de l'histoire comme il profita de celles da théâtre. En sortant de la représentation de Cinna, tragédie de Corneille, il fut tenté de p;irdonner au chevalier de Rohan, coupable de conspiration contre l'Etat. Une représentation de Britannicus de Racine, à laquelle assista cei roi, le fit renoncer à danser en public sur la théâtre, ne voulant pas avoir cela de commun avec Néron.
sous LOUIS ÎIV 257
oges continuels, des msîtresses, etc., j balancés par des revers, et enlaidis par )• cupèrent glorieusement l'.^ge viril de les moyens violents et odieux employés Louis XIV. pour obtenir des combattants et des fi-
La troisième époque de ce règne, qui ; nances.
'st paslaplus brillante, est signalée par Ce roi avançait en âge; ses sens, ses s revers, des malheurs, des actes de passions, l'énergie qu'elles donnent, s'afrsécution, par l'ennui, la satiété, l'im- Faiblissaient: sa raison, qu'aucune conj uissance et la dévotion. naissance soliJe n'avait fortifiée, restait
La passion de Louis XIV pour la gloire exposée aux illusions de l'ignorance, aux militaire lui avait valu des conquêtes, et attaques de la séduction.
« Les princes, dit Gorani, étant ordinairement les hommes les plus mal élevés
rs conquêtes avr'ent r -ulevé contre lui 1 Europe entière. Ce t^' ;;lluma un vaste • "endie dont il : e pi-.it jio' les suites : ne put arrêter les progrès. .1 continua, par nécessité, une lutte qu'il avait commencée par orgueil. On se battait sur is les points des frontières; on se bâtit depuis longtemps sur terre et sur r. Les hommes et les finances commenent à manquer. Colbert, au génie duiuel ce roi devait ce que son règne avait de vraiment grand, de vraiment louable; Colbert, qui" donna une nouvelle vie aux sciences, aux arts, à l'industrie, au commerce, qui établit un grand nombre de manufactures en France, mais qui mérita 1'? reproche d'avoir, pour favoriser l'exéition de ^s plans, et pour caresser les ùts fastueux de son m:vître , accablé peuple d'impôts, d'avoir entièrement -;iigé l'agriculture, source des matières : mières, et accordé toute faveur à l'inustrie qui les met en œuvre; Colbert, à qui la France est si redevable, n'existait plus : il mourut en 1683.
Louvois vivait encore. Ce ministre dur,
■flexible, sanguinaire, zélé partisan des
-uites, et digne de l'être, or^-anisa i'ar-
je française comme elle ne l'avait jamais
' ', changea sur cette partie les vieux rè-
, t'ments, et en fit de meilleurs; mais le
raclère absolu et cruel de ce ministre
imprima sur le règne de Louis XIV des
taches ineffaçables. Ce fut lui qui suggéra
de leurs E'ats, sor.t aussi les plus superstitieux. Tant qu'ils ont des passions, ils ne s'occupent qu'à les sntisfaire; lorsque ces passions s'éteignent, lorsque la vieillesse et les infirmités leur font sentir qu'ils n'ont plus qu'un instant à végéter, les préjugés religieux de Icjuenfance leur donnent des remords et des craintes; et, pour les en délivrer, prêtres, courtisans, maîtresses, min'stres, leur persuadent de calmer la Di\inité en détruisant ses ennemis, c'est-à-dire en détruisant les citoyens instruits et vertueux qui connaissent leurs impostures, leur rapacité, leurs déprédations, leurs crimes, et qui les d-i-testent: et ces vieux prête-noms de la tyrannie (ces rois) croient réparer tous les 'maux qu'ils ont faits et laissé faire, par de nou- 1 veaux crimes, par des massacres, comme « fit Louis XIV avec ses dragonna- «^ des(!).»
Voilà l'histoire abrégée de la plupart des rois de l'Europe, et particulièrement celle du roi de France dont on s'occupe
La cour de Rome, constante dans son projet d'exterminer les protestants, épiait toutes les circonstances favorables à son exécution, etchorch-iit à les mettre à profit. Ce projet, signalé par une longue suite de troubles que cette cour suscita en
l'atroce expédition du Palatinat qui, sans France, par de nombreux mas>acres et obstacle et sans nécessité, fut ruiné par le assassinats, où ses agents dévoués, les for et la flamme. Cette horrible exécution, fidèles jésuites, jouaient les principaux digne de Caîigula et de Clovis, inJigna rôles, fut remis en vigueur sous ror;:iueillEurope entière. Ce fut lui qui établit leux et crédule monarque. Ses confesseurs, l'usage encpre conservé de la violation du ■ tous jésuites, et Louvois, qui, comme tous
secret des lettres à la poste : tache indélébile pour le règne de Louis XIV, et pour ceux de ses successeurs qui ont continué cet attentat à ta foi publique.
Louis XIV eut encore des succès sur mer et sur terre, parce qu'il avait de grands capitaines; mais ces succès furent
les- co-irtisans, affectionnait ces pères à cause de leur christianisme commode et de leur morale très relâchée, se concertè-
(1) Recherches sur la Science du gouvernement, par le comte Joseph Goraui, t. Il, ch. 46, p. 207.
268 IISTOIRE
rent pour déterminer Louis XIV à révo- | quer l'édit de Nantes, édit qui accordait sûreté aux protestants, et jusqu'à certains points le libre exercice de leur religion.
Le père La Chaise, jésuite et confesseur de Louis XIV, avant de mourir, avait dit à ce roi : « Ne prenez jamais de confes- « seur jésuite; ne me faites pas de ques- <c lions, je n'y répondrais pas (1). » Louis XIV, dédaignant cet avis salutaire. prit pour confesseur le père Le Tellier, le plus acharné, le plus impitoyable des persécuteurs ; il porta ce roi à des actes tyranniques, à des cruautés qui déshonorèrent les dernières années de son règne.
J'en parlerai dans la suite (2).
La révocation de l'édit de Nantes fut le prélude de cette persécution.
Les jésuites et la cour de Rome triomphèrent ; la France déplora la perte d'un grand nombre de Français réduits à chercher chez l'étranger une protection qu'ils ne trouvaient plus dans leur patrie. Le commerce, l'industrie, que Colbert avait fondés, perdirent tout à coup de leur activité; les puissances voisines en profitèrent.
Les princes protestants partagèrent le ressentiment des Français fugitifs ; ils parvinrent à former, le 21 mai 1686, à Augsbourg, une ligue redoutable contre Louis XIV.
Ainsi ce roi perdit plus décent cinquante mille familles de Français, et augmenta le nombre de ses ennemis.
« La première religion pour Louis XIV, « dit Duclos, étoit de croire à l'autorité « royale. D'ailleurs, ignorant dans les maa tières de doctrine, superstitieux dans sa « dévotion, il poursuivoit une hérésie réelle « ou imaginaire comme une désobéissance, « et croyait expier ses fautes par la per- « sécution (3). » Egaré par les jésuites, il ne se borna pas à exercer ses persécutions contre les protestants; il les étendit, après quelques hésitations, presque aussi rigou- ' reusement, sur ceux qu'on nommait jansénistes , lesquels la souffrirent avec une résignation, un courage dignes des premiers martyrs du christiaoisme. Ces per-
(1) Mémoires secrets du règne de Louis XIV par Duclos, t. I, p. 135,
(2) Voyez ci-après : Etat civil des )}rotestants.
{3) Mémoires secrets sur le règne de Louis XI F, pa DucIoB, tom. I, pag. 138.
sécuLés uiTraieiit alors des exemples éclatants de modestie, de moralité et de savoir '^1 et les sciences leur sont redevables d'une* partie de leurs progrès. Les ruines de Port- Royal accuseront longtemps la mémoire dt» Louis XIV.
Dès qu'il fut devenu dévot, il tyrannisa les consciences, persécuta toute opinion qui n'était pas la sienne; il forçait ies princes de sa famille à ne se confesser qu'à des jésuites; > 'était 'ai qui donnait des confesseurs au.; fersL. ues de sa cour 1^.
Les grvv.ides fautes commises par ce roi découlent toutes de son ignorance. Ce fut son défaut d'instruction qui accrut son orgueil, et lui donna de fausses idées de la gloire. Il se laissa persuader qu'un conquérant était un grand homme. Avec ces principes il entreprit des guerres sans justes motifs, et obtint pendant quelques années de brillants succès. Le temps à'i> revers vint ensuite : battu, ses finances épuisées, sa prétendue gloire ternie, ses sujets ruinés, il s'écria avant de mourir, en s'adressant à son jeune successeur : «'^J'ai trop aimé la guerre, ne m'imitezpas.» Aven tardif d'une faute dont les résultais désastreux étaient irréparables.
Son ignorance lui fit croire que l'étendue, la magnificence, le grand nombre des maisons royales, que la somptuosité des meubles, des vêtements, des équipages, étaient un mérite. Il dépensa plus d'argent à se procurer ce mérite qu'à faire la guerre.
Son ignorance lui fit croire que la religion enseignée par les jésuites était le christianisme, et que la morale pernicieuse de ces pères était celle de l'Evangile : il fut très dévot et très immoral.
S'il avait eu la moindre notion de l'histoire des règnes précédents, il aurait appris que la persécution fortifie les opinions qu'elle s'attache à détruire; il aurait appris l qu'il n'y a pas de gloire, qu'il n'y a que j de l'infamie pour un prince qui exile, tor- ( ture, massacre ses sujets pour des opinions \ religieuses; il aurait appris à connaître les I jésuites, la longue série de leurs crimes, à \ se garantir de leurs pièges. S'il eût seule- I ment pris lecture Aqs Lettres provinciales \ du célèbre Pascal, il se serait éclairé sur j l'immoralité profonde et sur le système] corrupteur de ces pères; mais ce roi ne
(1) Mémoires de Dangeau, publiés par Lc- ^montey, pag. 166.
sors Loris xiv
■îit rien; ot cet ouvrage qui parut avec it sous son règne, et dont la renommée
refeutitdans toute l'Europe, n'attira pas m ''me ses regards.
'/expérience des siècles passés fut péril .i»' pour ce prince, il ne pouvait raisonner que d'après la sienne (1).
Ce fut le jésuite Le Tellier qui, un jour
pour satisfaire à sa vaine gloire, à ses folles dépenses de guerre, de constructions, à l'entretien m.-iùfiquede ses maîtresses, de ses bâtards ei de ses joueurs, il avait si abondammen' orraché la subsistance et verse le sang.
Dans cet état d'adversité et d'abaissement, on dit que Louis XIV, apprenant
que Louis XIV était troublé par des scru- I la perte de la bataille de Ramilie., donnée pules sur la légalité de nouveaux impôts , en 1705, fit cette étrange exclamation: ''• nt il venait de surcharger les Français, Dieu a donc oublié lOut ce que jai fait
issura pleinement en lui disant « que , pour lui!
.s les biens de ses sujets étaient à lui en i Ce prince, rassasie de toute espèce de
propre, et que, quand il les prenait, il j jouissances, ne pouvuut s'en procurer de
n- faisait que prendre ce qui lui apparte- i nouvelles, et n'ayant jamais eu le goût de
n ut (2). » la lecture ni de' l'étude, se trouvait, au
Louis XIV, soulagé par cette déclara- ' milieu de sa cour brillante, cérémonieuse
t ion de son confesseur, en témoigna sa joie ' et dévote, accablé sous le poids d'un ennui
1 ses courtisans. j dont rien ne pouvait le soulager. Il mou-
L'ignorance de Louis XIV fut un trésor rut le l^r j^ptembre 1715, et conserva
pour les jésuites : ces pères en profitèrent I jusqu'au dernier moment son caractère de
pour accroître leur puissance et leurs ri- | dignité. Il fut peu regretté; ses obsèques
chesses, pour le disposer à servir leur ven- ! très mesquines le prouvèrent : outre les
'"ince, pour lui donner de fausses idées! personnes qui par leurs fonctious étaient
' la religion, et lui inspirer dessupersti- ' obligées d'y assister, il ne s'en trouva pas
ns puériles qu'on pardonnerait à peine \ six qui s'y rendirent volontairement (1).
^'ignorantes villageoises. C'est d'après' « On insulta ses statues par de sanglantes
s conseils que Louis XIV fit des pèle- i « affiches; on se permit publiquement les
laes à Notre-Dame de Chartres; qu'il I « satires les plus violentes, et son convoi
'ait sur lui une multitude de reliques, essemblait au superstitieux dont Plume nous a laissé un portrait ridicule.
!t-Simon assure que ce roi était, par vœux laïques, affilié à l'ordre des jé- ?s. Ces pères lui persuadèrent aussi que l'ersecutions qu'il avait exercées contre Drotestantsetles jansénistes étaient des '--ns fort agréables à Dieu, qui ne man- : ait pas de fen récompenser. Toutefois, • eu de récompenses, Louis XIV éprouva is sa famille des pertes douloureuses, i- ses armées des revers déplorables, ■ iîis ses finances une disette extrême. Il fut craint, trompé par les princes et par lei courtisans, haï par le peuple, dont,
(1) Voici comment parlait l'abbé Longue- Ttte : " Louis XIV avait un grand sens, « de la doctrine et de bonnes intentions; « mais il ne savait rien de rien : aussi a-t-il « été souvent trompé... Il n'a jamais lu au « monde que ses heures... Il était très ins- « truit dans le cérémonial; voilà sa sphère. » {Longueruana] .
(2j Mémoires de Saint-Simon, tom. III. — Louis XIV et sa cour, tom. III, pag. 269,
« retentit moins des prières des prêtres « que des chansons grossières d'une popu- « lace effrénée (2). »
Il méritait d'être loué sous plusieurs rapports : il eut de bonnes intentions, un jugement sain, un esprit naturel qui se faisait remarquer par une infinité de mots heureux prononces à propos, avec dignité et précision ; il parlait comme un roi doit parler. Cette qualité est très -remarquable dans un prince qui ne devait rien à l'étude.
Il établit \in ordre nouveau et meilleur dans les diverses parties de l'administration ; il porta à la féodalité des atteintes moins éclatantes, mais plus efficaces que celles dont Louis XI et Richelieu lavaient frappée. H attaqua la chose : ceux-ci n'avaient attaqué que les personnes. On ne vit plus, comme sous les règnes précédents, des princes, mécontents <ie la cour, la quitter brusquement, se retirer dans leur gouvernement, y faire révolter la noblesse,
(1) Mémoires de Djngeau, publiés par Lémoniey, p. 274, 275.
(2) Galerie de l'ancienixe cour, tom. I, pag. 100.