‹ Histoire de ParisChapitre 148 sur 261 · Saini-Marlin. 20. Sl-Geiniaiii--le*-Prés · texte numérisé non relu

Saini-Marlin. 20. Sl-Geiniaiii--le*-Prés

Cette division s'est maintenue jusqu'en 1791, époque où un nouvel ordre de choses exigea une autre division.

Population de Paris. Les progrès de la scunce administrative firent eniin sentir l'importance de la tenue exacte dis registres de naissances, de mariages et de morts ; et, d'après leurs relevés, on a pu obtenir des données approximatives sui a population de celle \ille. Ce n'est que vers les dernières années du règne de

Louis XIV qu'il est possible d'obtenir à cet égard des renseignemei-ts positifs.

Depuis l'an 1709 jusqu'en 1718 inclusivement, en y comprenant les naissances et les morts de l'Hôtel-Dieu, on a compté à Paris 169,888 naissances, 41,186 mariages, 173,633 morts.

Ce qui, année commune, dans ces dix ans, donne, pour les naissances, 16,988 ;

Pour les mariages, 4,1 1 8 ;

Pour les morts, 17,393.

Il faut remarquer que l'année rigoureuse de 1709 a vu périr à Paris 29,288 personnes.

En multipliant le nombre des naissances annuelles, 16,988, parle nombre 28, que des expériences ont fait choisir comme le plus convenable à une grande ville, on aura, pour les sept dernières années du règne de Louis XIV, et les trois premières de la régeûce, une population annuelle de 475,664.

Si, comme l'a'fait Messance, on adopte le multiplicateur 30, qui lui paraît trop fort, on aura pour résultat -509,640 habitants.

Si l'on prend le terme moyen entre ces. deux multiplicateurs, on aura 492,652 habitants (1).

Je joins ici des notions sur la consommation et la population, fournies par un Italien qui a vécu longtemps à Paris sous la règne de Louis XiV, et qui ;i composé un tableau piquant des mœurs de cette ville. Je suis éloigné de garantir l'exactitude de ces notions.

< J'ai vu un dimanche, dans une seule « paroisse, faire 65 mariages.

« On dit qu'il y a jusqu'à 4,000 ven- « deurs d'huîtres, que l'on y mange, « chaque jour, 1,500 gros bœufs et plus « de 16,000 moutons, veaux ou cochons, « outre une prodigieuse quantité de vo- « lailles.

« Les familles sont si nombreuses qu'el- « les logent depuis le grenier jusqu'à la « cave.'On y compte 500 grandes rues, j « outre une infinité de petites ; 1 0 i)laces, •< plusieurs marchés, 17 ports, 9 ponts, ■' autant de faubourgs, plus de 30 hôpi- € taux, etc. (2j. »

(1) Recherches sur la population, par Mcs.- ->aiifc, pag. 176.

(2) Traduction d'une Itittvc italienne, écrite par un Sicilien en 1G92, insérée dans

I le Sainl-Evremoniuna.

Ces détails paraissent avoir été recueilr lis d'après des bruits populaires.

VII, Tableau moral de Paris sous Louis XIV.

Pour juger du mérite des institutions d'une époque, il faut connaître les mœurs des hommes de cette époque; dans cette connaissance consiste la philosophie de 1 histoire, sa principale utilité; je dois

TABLEAU MORAL 89

donc en exposer les éléments avec une fidélité rigoureuse : je vais mettre tous mes soins à y parvenir; et c'est à la cour, source du bien et du mal moral, que je puiserai, comme je l'ai fait jusqu'ici,' les premiers traits qui doivent servir à la composition de ce tableau.

Pendant le règne de Louis XIII, la barbarie avait encore conservé sa supériorité sur la civilisation ; mais ces deux

SûutiOfiLcûzy Costumes sous Louis XIV.

états, vers le milieu de la carrière de Louis XIV, par la dégradation de l'un e'. les progrès de l'autre, se trouvèrent arrivés au même niveau, se balancèrent et produisirent des contrastes remarquables.

Le même individu offrait, suivant les occurrences, politesse excessive et rusticité choquante; caresses et trahison, hauteur et bassesse ; dévotion et débauche. Dans les mêmes rangs se voyaient des génies, des talents du premier ordre à côté de l'ignorance et des grossières erreurs ; des crimes odieux à côté des actes de vertu ;

des vices honteux associés à l'héroïsme. Le temps de la régence d'Anne d'Autriche ressemble, à beaucoup d'égards, à celui de la régence de Marie de Médicis.

Les mêmes causes produisirent des effets pareils. La lutte du pouvoir féodal contre le pouvoir monarchique fut à la seconde époqu3 aussi acharnée qu'à la première.

Tous les attentats d'une ambition audacieuse, toutes les ignobles ressources delà faiblesse, furent mis en jeu ; les princes et seigneurs, dans l'un comme dans l'autre temps, demandaient à la cour, avec me-

nace et armes à la main, des dignités nouvelles j» un accroissement de fortune et d'autorité. Le gouvernement, qui n'était pas toujours le plus fort, opposait à ces demandes la ruse, la corruption ; et, pour accroître ses partisans, il achetait à grand prix la soumission de ces princes et seigneurs : soumission peu durable, marchandise sans valeur, et qui, quoique payée, n'était livrée qu'en partie ou point du tout. Ces marchés avilissants, la mauvaise foi de ceux qui les contractaient, n'étaient pas les seuls exemples de corruption que la cour offrît au public.

Voyez Mazarin, exerçant le pouvoir suprême, faire commerce de tous les emplois, de toutes les dignités, de tous les bénéfices (1 ) !

S'il sacrifiait tout au désir d'accroître ses

(1) " II étoit si attaché à l'argent, qu'il *t faisoit des bassesses indignes de son rang : u il vendoit tous offices et bénéfices, et « faisoit commerce de tout. Un peu devant « sa mort, la charge de premier président « de Bretagne vaqua; la reine-mère la de- « manda pour d'Argouges, intendant de sa « maison, et le cardinal la lui promit, D'Ar- « gouges étant allé chez lui pour le remer- « cier, il lui dit qu'il étoit vrai qu'il avoit *< promis à la reine cette charge pour lui, u mais qu'il ne le pouvoit faire s'il ne lui " donuoit cent mille écus. Snr quoi l'autre ** lui répondit qu'il n'étoit pas en état de u cela ; et on lui repartit qu'il n'auroit donc « pas la charge.

« D'Argouges descendit chez la reine, et *t lui rendit compte de ce qui venoit de se u passer, dont se trouvant surprise, elle dit :* « Ne se lassera- t-il jamais de cette sordide « avarice? sera-t-il toujours insatiable? ne M sera-t-il jamais saoul d'argent? Ce dis- « cours fut bientôt rapporté au cardinal par « des gens de chez la reine qui lui étoient « affidés ; et sa majesté étant bientôt après « montée dans sa chambre, il la reçut en « lui disant : De quoi vous avisez-vous, tt madame, de venir voir un insatiable, un " homme d'une avarice sordide, qui ne sera « jamais saoul d'or et d'argent?

" La reine fut fort embarrassée, et le M cardinal persista à exiger cent raille écus « pour la charge. D'Argouges n'en voulut « point à ce prix , mais la semaine suivante, « le cardinal étant mort, il eut la charge u pour rien... Quand quelqu'un faisoit M quelque profit, il croyoit qu'on le lui vo-

richesses, il montrait le:^ mêmes dispositions pour maintenir son pouvoir. Se croyait-il miCnacé par quelque ambitieux, rièu ne lui coûtait pour le satisfaire et se le rendre favorable; il prodiguait les places, les gouvernements, et surtout les titres honorifiques de comte, de duc, qu'il avilit eu les multipliant sans mesure; mais il ne prodiguait point l'or.

On vit avec étonnement le duc de Nemours, dit un écrivain contemporain, qui avait adressé des choses fort dures au cardinal Mazarin, n'en recevoir aucune faveur. Ou lui dit : « Qu'il étoit « bien malheureux de n'en avoir point « reçu de grâces après cela, et qu'il étoit i « le seul qui l'eût offensé sans récom- • « pense (1). »

Insensible aux injures comme aux bien- ; faits, les passions haineuses et vindicatives lui étaient étrangères, ou ne le détournaient point de son but principal. Les Parisiens publièrent contre lui une quantité innombrable de satires et de chansons. Il | recevait ces traits avec la plus froide in- \ différence. Ils chantent, disait-il, ils paieront.

La plupart de ceux qu'il créa comtes et ducs avaient pris les armes contre lui. Je ferai tant de ducs, disait-il aussi, qu'il sera honteux de l'être et honteux de ne l'être pas (2). « Il avoit tant multiplié les « dignités qu'elles en étoient méprisées; « ce qui fit dire a une dame, qui deman- « doit un duché pour son mari, qu'elle ne « le demandoit pas pour l'honneur de l'ê- « tre, mais pour éviter la honte de ne c l'être pas; et la raison de cela étoit qu'il « ne comptoit pour rien les grâces qui « étoient en parchemin, et qu'il eût mieux « aimé faire dix ducs et pairs que de don- « ner cent écus (3). »

De cette conduite il résultait avilissement pour les dignités, accroissement d'orgueil pour les familles féodales, considé-

« loit. " {Mémoires de Monglat, tom. IV, pag. 253 et suivantes.)

»■ Il avoit cette vilaine coutume de faiï» « acheter toutes les grâces qu'il faisoit. » ' [Mémoires de Bussy-Rabutin, tom. 1, p. 140.)

(1) Mémoires de la duchesse de Nemour.- . p. 135

(2) Louis XIV, lacow et le régent, tom. I, pag. 97.

(3) Mémoires de Monglat, t. IV, p. 153 et suiv.

TABLEAU MORAL

•ration accordée à l'intrigue, à la bassesse et munie aux crimes.

L'eminent personnage prenait sans pudeur où il trouvait à prendre. Pendant les guerres de la Fronde, le roi, encore jeune, étant à Corbeil, le surintendant des finances lui envoya cent louis d'or pour ses menus plaisirs, et pour faire des libéralités aux soldats estropiés. Mazarin les lui prit dans sa poche, et ne lui laissa pas un sou (1).

Son avarice et ta crainte de voir le jeune roi mériter, par des actes de justice ou de générosité, l'estime publique, estime dont il aurait été jaloux, le portèrent, je le pense, à cette bassesse.

Ce cardinal appréhendait que le jeune roi, croissant en âge, ne parvînt bientôt à diminuer l'autorité absolue que la reinemère lui avait laissé prendre : dans cette crainte, il s'opposa tant qu'il put à son instruction, l'entoura de personnes chargées de le détourner de ses études, et parvint a le laisser dans l'ignorance. Il aurait désiré que Louis XIV eût pour régner une incapacité pareilleàcelledeLouisXIII.

Si le cardinal Mazarin est auteur d'un attentat commis sur la personne du roi, alors âge de quatorze ans, comme tout concourt a le faire croire, cet attentat doit être attribué au même motif.

Pendant les guerres de la Fronde, la cour, en juin 1652, étant à Melun, il se commit un crime dont La Porte, valet de chambre du roi, va faire le récit : « Le roi, « ayant dîné chez son éminence, et étant « demeuré avec lui jusque vers les sept « heures du soir, il m'envoya dire qu'il se « vouloit baigner. Son bain étant prêt, il « arriva tout triste, et j'en connus le su- « jet avant qu'il me le dît. La chose etoit « si terrible qu'il me mit dans la plus « grande peine où j'aie jamais été, et je « demeurai cinq jours à balancer si je la

• dirois à la reine ; mais, considérant qu'il « y alloit de mon honneur et de ma con- « science de ne pas prévenir par un aver-

• tissement de semblables accidents, je « la lui dis enfin, dont elle fut d'abord sa- « tisfaite. » ^

Neuf mois s'écoulèrent, et La Porte reçut de la reine des témoignée \s -..• sa bienveillance accoutumée ; m'ais dL's queMazann fut de retour de Bouillon, informé du rapport que ce serviteur zélé avait fait à

(.1) Mémoires de La Porte, p. 186 et 187.

cette princesse, il le bannit de la cour, le priva de ses emplois, en l'accusant luimême de l'attentat manuel dont certainement il n'était pas^coupable. Ce ne fut qu'après la mort du cardinal que La Porte fut admis auprès du roi, qui le revit avec intérêt.

La Porte n'accuse point précisément Mazarin d'être l'auteur de cet attentat; mais toutes les circonstances du récit de cette affaire, soit dans le corps de ses Mémoires, soit dans sa lettre justificative qu'il adresse à la reine, tendent à le démontrer.

Mazarin, innocent, aurait lui-même recherché et fait punir l'auteur de l'attentat: Mazarin coupable et puissant devait, comme il le fit, persécuter le dénonciateur (1).

La Porte jouissait d'une réputation de droiture, de probité et d'énergie. Plusieurs écrivains du temps parlent avec admiration du courage qu'il montra pour défendre la reine accusée, non sans fondement, de correspondre secrètement avec lés ennemis de la France; courage qui, comme on vient de le voir, fut mal récompensé par cette princesse.

Aune d'Autriche avait les vices de toutes les princesses de ce temps : adonnée aux intrigues, et trop faible pour supporter le poids des affaires publiques, elle faisait peu et laissait tout faire par Mazarin. D'ailleurs elle était dévote, superstitieuse et galante: et ses rapports avec ce cardinal ont fait naître des soupçons et des reproches, peut-être mal fondés, mais qui ont laissé des présomptions outrageantes à sa mémoire. Je ne m'en rapporte pas aux nombreux écrits publiés contre cette reine sur ses liaisons avec Mazarin; mais on voit dans plusieurs endroits des Mémoires de La Porte qu'elle avait avec ce cardinal des conférences qui duraient plusieurs heures. On lui remontrait qu'elle perdait tous ses serviteurs « en préférant « un étranger à tant d'honnêtes gens, et « que les conférences particulières qu'elle « avoit avec lui serviroient de prétexte à « ses ennemis pour donner atteinte à sa « réputation. Un jour, comme madame « de Hautefort lui disoit que M. le car- « dinal était encore bien jeune pour qu'il « ne se fit point de mauvais discours d'elle

(1) Mémoires de La Porte, ^. 289 et suiv., et p. 312 et suiv.

« et de lui, sa majesté lai répondit qu'il « n'aimoit pas les femmes, qu'il éloit d'un « pays à avoir des inclinations d'une au- . tre nature (i). » (^tte réponse accuse le cardinal, mais justifie mal la princesse, dont L. conduite ne paraît pas étrangère à la naissance de cet individu mystérieux qu'on a désigne dans le monde sous le nom de l'homme au masque de fer.

Si je descends aux princes qui se montrèrent avec éclat dans les dissensions civiles, je vois au premier rang celui qu'on a nommé le Grand Condé. 11 était certainement guerrier habile, inépuisable en ressources, possédait à un degré éminent la science des combats; mais sa conduite publique et privée offre-t-elle des exemples de morale ? Au gré de ses affections, de ses intérêts, on le voit prendre et quitter tour à tour le parti de la cour, le parti de la Fronde, et ne figurer dans l'un et l'autre que pour assouvir la soif de son ambition, pour attiser le feu et étendre les désastres des guerres civiles. Plusieurs assassinats, plusieurs massacres, et notamment celui de la place de Grève dont j'ai déjà parlé, paraissent être son ouvrage. Vaincu, il déserte sa patrie, va se jeter dans les bras des Espagnols, alors les plus redoutables ennemis de la France, et dirige pendant huit années consécutives la guerre contre son pays. Enfin, lorsque, en 1660, la paix fut conclue avec 1 Espagne, se voyant sans ressources, il perdit sa fierté, et n'eut pas le courage de supporter dignement les revers de la fortune. Il vint honteusement trouver la cour à Aix en Provence, se jeter aux genoux du roi, lui demander pardon et s'humilier devant le cardinal, son plus grand ennemi. On lui fit éprouver tout ce que cette démarche avait de pénible et de honteux : il fut reçu froidement et avec hauteur (2). Il ne répara point, mais il fit oublier les maux qu'il avait causés à son pays, par des services qu'il rendit ensuite à la cour.

Ses liaisons avec ça sœur, la princesse de Longueville, firent beaucoup de bruit; et, si l'on en croit la plupart des écrivains du temps, ces liaisons n'étaient pas de nature à édifier le public. Ce prince ne se piquait ni de tenir sa parole ni de payer ses dettes : il avait un caractère haut, in-

(1) Mémoires de La Porte, p. 227, 228.

(2) Mémoires de Monglat^ t. IV, p. 234,

suliaiit, dur, impérieux, qui le faisait gé~nércilement détester; la duchesse de Nemours en faisait un portrait peu avantageux (1).

Le prince de Conti, son frère, petit, bossu, galant, séditieux, figura dans la guerre contre la cour, et demandait pour prix de sa révolte un chapeau de cardinal.

Cette demoiselle de Montpensier, qui a écrit des mémoires, turbulente, guerrière, animait son indolent père à la sédition, et contribua à prolonger les malheurs de la guerre civile.

Ce duc de Beaufort, surnommé le roi des Halles, qui en avait l'éducation et le langage, qui affectait un caractère de franchise et de loyauté qu'il ne soutint pas, qui faisait la débauche, et se donnait des plaisirs de prince, fut chef du parti des importants, gouverneur de Paris pour celui de la Fronde, et très aimé de la dernière classe des habitants. Il joua sur la scène politique un rôle de niais ou de bouffon. S'il manquait d'éducation et de talent, il ne manquait pas de courage militaire; à Orléans, il s'était battu à coups de poing avec le duc de Nemours (2); à Paris ih se battit avec le même à coups de pistolet, et le tua.

Ce cardinal de Retz, qui, dans ses curieux mémoires, nous apprend que de son temps on était encore en usage de se faire gloire des malheurs qu'on avait causés, était doué d'un esprit subtil, pénétrant et fécond en ressources ; il met à décrire ses intrigues, ses ruses, ses fourberies et toutes ses fredaines politiques, le soin qu'on mettrait à raconter des actions dignes des éloges de la postérité ; il y mêle des aperçus profonds et des traits dignes de Tacite

(1) Mémoires de la duchesse de Nemours, p. 88.

(2) Dans une conférence tenue à Orléana, provoquée par mademoiselle de Montpensier, ces deux princes s'adressèrent des paroles offensantes et se donnèrent des démentis. « A l'instant M. de Beaufort, s'élançant par " dessus ceux qui s'étaient mis entre eux " deux, lui jeta la main au visage; et M. de " Nemours, le prenant en même temps par " la perruque, la lui arracha. On les sépara « avec assez de peine ; et Mademoiselle leur « ayant imposé silence, les accommoda stir- " le-champ. » [Mémoires du comte de Tavanesy p. 185.)

TABLEAU MORAL

peignantles crimesdela courdeTibère. Cet homme, au niveau de ses contemporains sous le rapport des mœurs, leur était fort supérieur sous celui des talents; il était capable de jouer la cour, le parlement et Mazarin lui-même. Il armait, il soulevait une partie des habitants de Paris, les dirigeait à son gré ; il alarmait tous les partis sans intérêt personnel, pour essayer ses forces, pour ses menus plaisirs: c'était un homme aimable, insouciant et voluptueux. Quoique archevêque de Paris et cardinal, ses mœurs étaient fort peu exemplaires.

Si l'on en excepte quelques membres du parlement qui paraissent avoir agi dans des vues conformes à l'intérêt public, les principaux personnages qui ont figuré dans les Troubles de la mmorité de Louis XIV sont des hommes sans vertus, sans patriotisme, et dont l'intérêt personnel était le principal mobile.

Par le patronage féodal d'alors, chaque seigneur ou gentilhomme appartenait ou se donnait à un patron, le servait tant qu'il y trouvait son profit ou qu'il en espérait'des récompenses, et le quittait pour en repr^dre un autre. Ces seigneurs avaient des patrons et n'avaient pomt de patrie. C'est pourquoi on voit, sous la minorité de Louis XIV, comme on avait vu sous celledeLoaisXIII.lamoitiédesnobles prendre parti pour la cour, et l'autre moitié contre elle. Ils agissaient ainsi, non en vertu des anciennes lois du vasselage féodal, tombées en désuétude, mais par un reste d habitude qu'avaient laissé ces lois. Le comte de Tavanes se range sous les bannières du prince de Condé, non parce qu'il était son vassal, mais parce qu'il s'était donné à lui. Il quitte par mécontentement le service de ce prince, et se range dans le parti du roi (l). Personne ne lui reprocha sa félonie comme on l'aurait fait aux douzième et treizième siècles; personne ne l'accusa de révolte, comme on l'aurait fait vingt ans après.

Le parti de la cour, qui n'était pas toujours le plus fort, désarmait ses adversaires en leur offrant une amnistie. La tache de rébellion était alors considérée comme entièrement effacée.

Les plus grands désordres régnaient dans l'armée, de tous les partis. Les soldats, les

(l) Voyez Ut Mémoires rfu comte de Tarants, vers la tîn, et not.'immer.t p. 371.

officiers, les colonels des régiments, les généraux, s'adonnaient sans ifrein et sans honte au vol et au brigandage. Pendant que le prince de Condé était à Paris et son armée dans les environs de cette ville, six cavaliers du régiment de son nom volèrent pour cent mille écus de marchandises que des bourgeois de Paris avaient fait venir à grands frais. Ces bourgeois étant parvenus à se saisir de quatre de ces voleurs, les remirent entre les mains du comte de Tavanes, qui commandait l'armée de Condé : ce comte, à la prière d'un mestre de camp, fit sauver les voleurs. On peut conjecturer que le mestre de camp et ce comte avaient eu part au vol.

Les bourgeois, trompés dans leurs espérances, vinrent se plaindre au prince, qui, ayant intérêt de ménager les Parisiens, se mit fort en colère, et "ordonna au comte de Chavagnac d'aller à l'armée pour recouvrer les marchandises volées, en lui disant que, s'il ne les retrouvait, sa tête en repondait. Chavagnac, piqué de cet ordre et de cette menace, n'obéit point. « Je « faillis même, dit-il, assommer un de ces « coquins (les bourgeois volés) qui me de- « mandoit quand je voulois al'er à l'ar- < mée» pour y exécuterl'ordredu priuce). Les voleurs gardèrent leur vol, et les bourgeois volés furent traités de coquins, et faillirent être assommés (1). Telle était la moralité des nobles de ce temps.

La cour de Louis XIV, fuyant l'armée du prince de Condé, se rendit de Gien à Saiîit-Fargeau, de là à Auxerre, à Joigni, à Montereau. Pendant ce voyage, tous' les seigneurs du parti du roi pillaient partout et se pillaient entre eux. « On se man- « geoit les uns les autres, et l'insolence

« alla au point que le comte de , frère

« de M. de Broglio, pilla la petite écurie « du roi. Il eut aussi peu de respect pour « la livrée de sa majesté que pour celle du « dernier des cravates... On envoya Gi- ' vry, écuyer du roi, pour lui redemander « ces chevaux; on s'en moqua; et tout « cela passa chez son éminence (le cardi- « nal Mazarin) pour galanterie (2). »

Veut-on avoir un "exemple du pillage des chefs militaires, lorsqu'ils passaient avec de U troupe d'un pays a l'autre? Le comte de Chavagnac va nous l'apprendre.

(1) Mémoires de Ckatagnac^ pag. 155 et suiv.

(2) Mémoires de f.a Porle, pag. 279, 230.

Ce comte, persuadé que les bassesses, les vols et les brigandages ne pouvaient ternir l'honneur des gentil-hommes, se vante de très bonne foi, dans ses mémoires, de ses vices, de ses bassesses et de sa conduite criminelle. Il apprend au public qu'il a fait le rôle d'espion à Pari?, qu'il quitta et reprit tour à tour le parti de Mazarin, celui de la Fronde et celai du prince de Condé ; puis il raconte qu'étant en Auvergne, le duc de Caudale, gouverneur de ce pays, lui fit obtenir de la cour un brevet de maréchal de camp, avec charge de ramener la cavalerie de Catalogne, qui, ayant abandonné cette province espagnole contre les ordres du roi, s'était cantoimée dans le pays de Foix. Ghavagnac manquait d'argent pour faire son équipage ; le duc, afin de lui faciliter le moyen de s'en procurer, lui donna une compagnie de ses gens d'armes. Il voyagea avec elle Jusqu'à Moissac. Pendant ce trajet d'environ cinquante lieues, il commit tant de violences sur les chemins, qu'il y gagna environ 24,000 livres. « La route, dit-il lui-même, me valut mille louis d'or (1).

Le même, ayant rempli sa mission dans le pays de Foix, se rendit, avec sa cavalerie, dans l'Agénois. Il dit : « J'eus de « ma route douze cents pistoles (22,000 « livres), sans compter six beaux chevaux « que j'achetai (2). »

G'est-à-dire qu'à force d'extorsions Chavagnac et sa troupe vécurent le long de la route aux dépens des habitants des campagnes, et qu'ils leur enlevèrent une fois mille louis d'or, une autre fois douze cents pistoles. Un chef de voleurs ferait-il mieux?

Ghavagnac, en se faisant gloire de ces turpitudes, croyait mériter la considération de ses nobles contemporains. Il nous prouve leur perversité et la sienne.

La débauche était extrême, parmi les jeunes courtisans. On connaît cette orgie dégoûtante, célébrée pendant la semaine sainte de l'an 1659, dans le château de Roussi, à quatre lieues de Paris, où figuraient Vivonne, Mancini, neveu du cardinal Mazarin, l'abbé Le Camus, aumônier du roi ; le comte de Guiche, Manicamp, Bussi-Eabutin, etc., et oii quelques violences accompagnèrent et "décelèrent les excès du plus infâme libertinage. Le

(1) Mémoires de Ghavagnac, pag. 159,

(2) Mémoires de Chavagia'-, pae. 162.

scandale était trop grand ; Mazarin se vit forcé d'exiler son neveu ainsi que plusieurs de ses complices (4).

On allait à la messe, au sermon, et dans des lieux de débauche. L'église des Jacobins de la rue Saint-Honoré et les baigneurs de Paris étaient les lieux fréquentés par les courtisans ; ils passaient quelque temps de la matinée dans l'un de ces lieux, la nuit dans l'autre, et rencontraient dans tous les deux des femmes galantes.

Bussi-Rabutin, dans une lettre qu'il, adressa, en 1671, à la duchesse de Montmorency, parle d'une dame Duménil, en-' tretenue par le maréchal de Grancei et par quelques autres, dont le laquais, un jour qu'elle était à la messe aux Grands- Jacobins, qui est à présent, dit-il, l'église où se trouve la fine fleur de la chevalerie; heurta, en passant, une dame de La Baume. Celle-ci donne un soufflet au laquais. Alors, la dame Duménil se plaint avec hauteur de ce qu'on bat son laquais. La dame de La Baume trouve que la dame Duménil est bien hardie de lui adresser la parole. Ces deux dames s'accablent, dans l'église, des injures que les femmes des halles n'osent plus prononcer . et se reprochent le scandale de leur conduite. « La Baume la menace de lui faire cou- « per la robe ; et la Duménil répond qu'il « y a longtemps, à la vie qu'elle fait, qu'on « devrait lui avoir coupé le nez. La « Baume crie qu'elle la fera rouer de « coups ; l'autre lui dit, sans s'émouvoir, « qu'elle ne fasse point de bruit ; qu'on A les connaît bien toutes deux ; qu'elles « sont du même métier ; et qu'elles de- « vraient vivre en bonne intelligence, etc. ^

Dans la même lettre, Bussi-Rabutin raconte que le ministre de Lyonne avait fait exiler sa femme, parce qu'on l'avait trouvée couchée avec sa fille, et le comte de Saulx entre elles deux. A cette nouvelle, madame de Montmorency répond :

« J'ai ouï parler quelquefois de parties « carrées dans un lit, même d'un homme « entre deuxguenipes de remparts; mais « non pas encore d'un galant entre la « mère et la fille (2). »

Lorsque, après la mort de Mazarin,

(1) Mémoires de Bussi-Rabutin j ton:. I, p. 351 ; t. II, p. 1 et suiv. — '.louis XIV, sa cour et le régent ^ toui. I, pag. 25.

(2) Supplément aux Mémoires et Lettres du

TABLEAU MORAL

Louis XIV entreprit de gouveviiCT par lui-même; lorsque Louvois eut mis un ordre , une discipline jusqu'alors innue dans les armées ; lorsque , par des institutions toutes nouvelles, Colbert eut favorise les développements de l'industrie, du commera^, plusieurs barrières de la routine renversées laissèrent une voie plus large à la marche des connaissances humaines et au mouvement de la civilisation. Il resta encore dans les diverses administrations et dans les esprits beaucoup de désordres; le changement ne fut pas brusque, mais il s'opéra très sensiblement; et, depuis la minorité de Louis XIV jusqu'à la fin de son règne, l'amélioration fut très évidenre. On eut des idées plus vraies sur l'honnête et le malhonnête, sur le juste et l'injuste. Cependant les erreurs et les vices conservaient un grand empire.

L'e luxe, dont Louis XIV donna tant d'exemples dans tout le cours de son règne, exerça sur l'opinion pubhque et sur la morale son influence corruptrice. La richesse des habits, des équipages, l'or, les perles et les diamants, dont on les chargeait, attiraient à ceux qui en faisaient parade une considération qui n'est due qu'aux vertus. Ce mérite factice, que l'on se procurait souvent par des notes de mauvaise foi, dispensait du mérite réel. Le public, séduit par le sens de la vue, accordait à des richesses ou à leurs apparences des hommages qui doivent être la récompense de l'excellence des talents, de la noblesse de l'âme, des sentiments élevés et des actions éminemment utiles. Ces exemples, donnés par le roi aux courtisans, par les courtisans à la classe inférieure, égaraient l'opinion pubhque, et corrcmpaieut la morale.

Louis XIV. en matière de luxe, avait surpasse la plupart de ses prédécesseurs : il était persuade que h grande richesse de ses habits contribuait a sa grandeur personnelle et à la splendeur de son trône; il ne pensait pas que la postérité juge l'homme d'après ses actions, et non d'après ses vêtements (1 ).

c:mte de Bussi-Rdbutin ^ première partie, pag. 10.3, 106.

(1; Lorsqu'ec février 1715 les jésuites,

pour désennuyer Louis XiV, eurent imaginé

"R lui euvover un ambassadeur du roi de

se, et qu'ils eurent chargé un marchand

Les princes et les plus grands seigneurs nllaienl s'enivrer chez les traiteurs, dan» les C4îbarets et chez les baigneurs, y faisaient tapage, battaient les domestiques, brisaient les meubles; et, par respect pour la féodalité, toutes ces insolences restaient impunies. Ils juraient comme les hommes de la dernière classé du peuple. Le roi même, dans sa jeunesse, avait, à leur exemple, adopté cette grossière habitude, que la reine sa mère eut beaucoup de peine à lui faire perdre. « Autrefois, « dit l'épouse du frère de Louis XIV, « dans ses lettres, on jurait à tout pro- « pos a la cour (1). »

Les nobles, parmi lesquels, sous le règne de Henri IV, on pouvait compter quelques hommes vertueux et désintéresses, tombèrent sous le rè§ne de Louis XIII et sous la minorité de Louis XIV dans le dernier avilissement. Les guerres civiles lejr avaient rendu tous les vices de la féodalité : ils se conduisaient en ennemis du roi et du peuple: et leur férocité dans les campagnes égalait leur bassesse à la cour. Parmi eux se trouvaient quelques hommes de guerre; il ne s'y trouvait pas un homme d'é bien. Ils furent les esclaves de Mazarin, contre lequel ils s'étaient déclares; ils le furent des surintendants Bullion et Fouquet : puis, oubhant les bienfaits de ce • dernier, ils l'abandonnèrent dans sa disgrâce (2).

étranger de jouer ce rôle à la cour de France, le monarqus, toujours dupe de la fourberie de ces pères, crut, pour recevoir dignement ce prétendu ambassadeur, devoir étaler à ses yeux toute sa magnificence. « Il prit, dit .' Dangeau, un habit d'une étoffe or et moure " brodée de diamants : il y en avoit pour u douze millions cinq cent miUe li\Tes ; et « l'habit étoit si pesant, que le roi en chan- « gea après son dîner. »> [Mémoires de Daii" geau^ par madame de Sartory, tom. II, pag. 117.)

Dangeau cite plusieurs autres exemples de grands seigneurs et dames succombant soub le poids de leurs riches vêt«ment8, et obligés de se faire soutenir par des serviteur». Condamnés à la magnificence par leur orgueil, ils en subissaient la peine.

(1) Histoire de Louis X/K, par Reboulet, tom. I, pag. 361. — Fragments de Lsttres originales, tom. I, pag. 177. — Louis XIV et sa cour ^ lova. I, pug. 125.

(2) Mazarin avilit les nobles de la cour,

HISTOÎRE DE PAFxIS

Cet état de désordre et de turpitude devait changer.

I! changea 'sensiblement, comme je viens de le dire, lorsque, après la mort de Mazarin, Louis XIV eut cunfié à Colbert la partie de l'administration de son royaume qui avait le plus d'influence sur les connaissances humaines et sur les mœurs. Ce ministre ouvrit aux sciences, aux arts, à l'industrie une carrière nouvelle, et y appela tous ceux qui pouvaient honorablement y figurer. Il développa le génie, et poussa les talents vers leur perfection. Des académies fondées, l'Observatoire éta-

en occasionnant leur révolte et leurs basses soumissions; lorsqu'il eut recouvré son autorité, il les avilit en leur prodiguant sans mesure des titres honorifiques.

BuUion qui, comme le dit Dangeau, portait toujours une boîte d'or remplie non de tabac, mais d'excréments humains, Bullion avilit aussi ces mêmes nobles, et mit en évidence leur rapacité en les soumettant à l'épreuve suivante. En 1640, ayant fait frapper pour la première fois des louis d'or, il invita à dîner cinq seigneurs des plus distingués de la cour, et au dessert il fit servir trois vastes bassins pleins de cette riche monnaie. A cette vue, chacun de ces grands seigneurs y porte avidement les mains, en; remplit ses poches, et, chargé de ce butin, s'enfuit sans attendre son carrosse. Bullion riait devoir ces seigneurs se retirer brusquement, chancelant sous le poids de l'or qu'ils venaient de ravir. C'est ainsi que, pour rendre des courtisans méprisables et pour rire de leur avidité, Bullion prodiguait les trésors de l'Etat.

Fouquet, pour s'attacher les hommes puissants de la cour, leur faisait de fortes pensions. Les seigneurs et les dames ne rougissaient pas de s'abaisser, de se prostituer pour obtenir les faveurs financières de ce ministre. « On était son pensionnaire sitôt « qu'on voulait l'être, dit Bussi-Rabutin ; et « la honte n'avait pas retenu la plupart des « grands seigneurs d'être à ses gages. » (Mémoires de Bussi-Rabutin, t. I, pag. 315.)

Fouquet tranchait du souverain, li donna, dans son château de Vaux, une fête magnifique à Louis XIV. Ce roi eut le dessein, même pendant cette fête, de faire arrêter ce surintendant : il fut détourné de ce lâche projet; mais peu de jours après Fouquet fut saisi et conduit à la Bastille, puis condamné à mort par une commission qui poiissa

bli, des bibliothèques rendues publiques, une correspondance facile offerte aux sciences par h véhicule du Journal des Savants, modèle de tous les journaux qui parurent depuis; des récompenses accordées aux littérateurs, aux savants, aux artistes ; diverses manufactures mises m activité, etc., donnèrent une forte impulsion aux esprits, les dirigèrent rapidement vers l'application et l'étude, et enfantèrent les merveilles qui ont honoré le siècle de Louis XIV.

Le gouvernement ne fît point naître le génie des Pascal, des Corneille, des Molière, des La Fontaine, etc. ; mais il contribua à favoriser son développement; il contribua pareillement à l'accroissement du talent des Racine, des Boileau, des Bossuet, des La Bruyère, des Fénelon,etc., et de plusieurs autres écrivain^ distingués. La langue française se polit, et sa politesse amena celle des mœurs.

D'autre part, les érudits, tels que Sirmond, Montfaucon, Mabillon, Martenne, d'Acheri, Baluze, Dachesne, etc., firent jaillir de la poussière des archives, parmi beaucoup d'ouvrages inutiles, des lumières importantes sur les siècles passés, fournirent de nouveaux aliments à la discussion, et des termes de comparaison au jugement. Nos anciennes institutions furent appré- [ ciées; et de ces opérations de la science il résulta des vérités nouvelles dont la philosophie profita.

Louis XIV renonça, et, par imitation, .; les hommes de sa cour renoncèrent à ces | paroles grossières, à ces jurements qui ne | sont plus en usage que dans la classe la i moins civilisée de la société. Les habitants j de la cour, et, dans la suite, ceux de la I ville se contraignirent. On n'osa guère faire parade de ses habitudes triviales; on ne fut pas meilleur, mais on parut l'être : on dissimula; et, dans cet état de choses,

la rigueur jusqu'à l'iniquité. {Voj'cz le Journal manuscrit du sieur d'Ormesion pendant la Chambre de justice établie en décembre 1661.) Tous les juges qui n'opinèrent point pour la mort furent disgraciés ou persécutés. Le roi commua la peine de mort en prison perpétuelle.

Pendant la fête doimée au château de Vaux, chaque seigneur invité trouva, dans la chambre qui lui était destinée, une bourse remplie d'or que ces seigneurs n'oublièrent pas d'emporter.

Paris, — Typ. L\touR, rue Soufflet, 18-

TABLEA

l'hypocrisie est un vice de plus pour celui qui en est entaché, et un danger de moins pour le public. Avec l'hypocrisie, les exemples de corruption paraissent plus rares et sont moins contagieux. Cacher ses actions vicieuses, c'est les condamner, c'est en avouer la honle.

On commença dès lors à s'apercevoir que l'on était encore barbare, et qu'on s'acheminait vers un état meilleur. Une

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certaine fermentation de rnison se faisait sentir. Le temps passé obtint moins de vénération. On o-a môme porter atteinte à quelques vieilles coutumes.

Parmi les nombreuses réformes faites dans la procédure, il ne Cuut pas omettre l'antique et barbare coutume du congrès, outrageante à la raison et surtout à la décence rublique. Elle fut abo'ie par arrêt du parlement du 18 février 1677 (1).

Palais du Luxembourg.

L'administration de la justice ofTrait bien d'autres abus. Il aurait fallu tout refaire; on se borna à réparer; et lordonnance de 1667 mit quelques bornes à la rapacité des gens du Palais.

Dans les villes, dans les campagnes, les animaux étaient encore considérés comme justiciables des tribunaux. On procédait en forme contre les cochons, les chiens, les mulots, les chenilles; et le clergé prononçait gravement des sentences d'excom-

puis il les livrait aux juges séculiers. Racine, dans sa comédie des Plaideurs, fit

(1) Cette abolition fnt prononcée à l'occ.ision du procès du sieur Cordouan, marquis de Langei, et de la dame Saint-Simon de Courtaumer, son épouse. Cette dame, après trois ans de cohabitation, fit en 1659 déclarer son mariage nul pour cause d'impuissance. Le marquis de Laiigei épousa depuis Diane de Momt.iult de Nouilles, dont il

municalion contre ces bêtes, coupables de j eut sept enfants. {Galtrie àt ^ancienne Cour,

délits ou auteurs de quelques dégâts; ' tom. II, pag. 313.)

IV DULAIÎRE " 7

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