‹ Histoire de ParisChapitre 15 sur 261 · LE PARU · texte numérisé non relu

LE PARU

étaient ordinairement, dans les villes anciennes, placés dans le quartier spécialement nommé Cité. Ainsi Paris, à la fin de la domination romaine, possédait deux édifices qui pouvaient porter le titre de palais, celui de la Cité, et celui où les césars et les augustes passaient leurs quartiers d'hiver lorsqu'ils se trouvaient dans la Gaule, c'est-à-dire celui des Thermes.

Ce ne peut être que lorsque cette ville prit le nom de Parisii ou Paris, et fut érigée en cité, ce ne peut être que vers le milieu du quatrième siècle qu'elle devint le siège d'un évêché ; ce n'est qu'à cette époque, en effet, que l'on commence à voir un évêque de Paris dont l'existence n'est pas douteuse.

Les habitants de Paris ne jouirent pas longtemps des bienfaits de Julien. En 406, une foule de peuples barbares fondirent sur la Gaule et la ravagèrent pendant dix années consécutives : cette ville ne dut pas échapper à cette calamité. Vers l'an 494, elle devint la proie des Francs.

Voilà ce qu'il m'a été possible de recueillir sur l'état de Paris pendant la période romaine. Tout ce qu'on a imaginé pour donner un plus grand lustre à cette ville doit être mis au rang des fictions.

J'ajouterai ici les seules notions qui nous restent sur les mœurs des Parisiens, pendant cette période , c'est l'empereur Julien qui me les fournit.

Tableau moral dë Paris. La plupart des maisons étaient , pendant • l'hiver, chauffées par des fourneaux.

On y cultivait avec succès la vigne, et même les oliviers, qu'on avait soin de tenir couverts d'une enveloppe de paille pour les mettre à l'abri des rigueurs de la froide saison.

Les mœurs simples et austères de Julien plaisaient .aux Gaulois encore rustiques.

Comparant les mœurs des habitants d'Antioche à celles des Gaulois, Julien dit de ces derniers : « S'ils rendent un culte à Vénus , ils considèrent cette déesse comme présidant au mariage ; s'ils adorent Bacchus, et usent largement de ses dons, ce dieu est pour eux le père de la joie, qui, avec Vénus, contribue à procurer une nombreuse progéniture. On ne voit chez eux ni l'insolence , ni l'obscénité, ni les danses lascives de vos théâtres. »

Dans la disette de notions historiques sur Paris, il ne faut rien ©mettre de ce qui peut faire connaître l'état moral de cett<*

sors LA PREMIERE RACE

ville; Julien, qui cultivait les lettres avec succès, V avait amené un savant médecin, nommé' Oribase, auteur de plusieurs ouvrages, et notamment d'un abrégé de ceux de Galien. La réputation littéraire de Julien, celle de son médecin, attirèrent à

Paris plusieurs savants qui, pendant les quatre ou cinq hivers que ce prince séjourna dans cette ville, y formaient une espèce d'académie. C'est Oribase lui-même qui nous transmet cette particularité (1).

PÉRIODE m

PARIS SOCS LA PREMIERE RACE DES ROIS FRANCS I. Établissement des Francs à Paris, nature Je leur gouvernement.

Pendant celte période, la scène histori-

3ue éprouve de grands changements : la omination romame, établie depuis plus de cinq cents ans, s'évanouit ; sur ses ruines s'élèvent des trônes nouveaux ; des hommes depuis longtemps habituels au brigandai^e. deviennent maîtres de la Gaule. Des lors se termine la période des temps antiques ou romains, et commence celle (lu moyen âge.

Les Romains, en introduisant dans les provinces un grand nombre de nations étrangères, qualifiées de Gentils ou de Lètes (Ij, en leur accordant des terres, en tlevant plusieurs de leurs chefs aux dignités les plus éminentes de l'empire, avaient ommencé l'œuvre de la transformation -ociale; les événements du cinquième sièt le l'achevèrent. Les lumières s'éteignirent ; et ce ne fut quaprt's dix siècles d'anarchie, d'erreurs et de calamités, qu* elles parvinrent à se rallumer.

Au mois de décembre 406 , des hordes de barbares fondent, comme par torrents, sur diverses parties de lempire romain ; les unes les parcourent en les pillant, en les dévastant, et vont plus loin porter leurs ravages ; les autres les pillent, les dévastent, et y fixent leur demeure. La Gaule eut beaucoup à souffrir des succès de ces féroces étrangers (2). Quelques-uns, tels

(1 ) On trouve les noms de ces nations étrangères, et celui des lieux où elles étaient placées, dans la notice des dignités de l'empire. II existait des Sarraates sur le territoire des Parisiens, et très probablement au lieu de GentiUy.

|2) Lettres VI et VII sur l'Histoire de FSnce.

que les Saxons, les Allemands, tentèrent a y former des établissements ; les Saxons se maintinrent sans consistance, et les Allemands furent chassés. Plus puissants qu'eux, les Visigolhs et les Bourguignons y fondèrent deux royaumes, les premiers, dans le midi, les seconds, dans la partie orientale de la Gaule.

A la faveur du désordre causé par les incursions et les établissements de c« barbares, des Sicambres, de la ligue des Francs, violant les traités qui les liaient à la cause du gouvernement romain, franchirent, vers- i an 445, la barrière du Rhin, et, profitant de l'état d'affaiblissement où se trouvait ce gouvernement, parvi nrent à s'emparer des villes de Cologne, de Tournai, de Cambrai, etc., dontT chaque chef se fit souverain.

Malgré ces envahissements succe.>sifs, l'empire romain se maintenait eiicoie dans plusieurs grandes parties des provinces belgiques.

Childeric, roi de Tournai, un des chef.«: francs, auquel on attribue quelques exploits dans Paris, et même un long siège de celte ville, étant mort en -iSljSonfil.^ Chlodovtch (2) (Clovis), dévoré par la soif

(11 Oribasii medicinalium collectorum praefatio, lib. I, p. 20.5.

(2) Ce nom barbare, dont la prononciation était dure et gutturale, a été, dans la suite, corrompu et adouci. Les moines, qui ont traduit eu vieux français les monuments historiques pour en composer les Chroniq^jes de Saint-Denis, ont dénaturé les noms propres : de Chlodovech, ils ont fait Clovis ; de Clotbacbaire, Clotaire; de Chrotechilde, Clotilde; de Cuntchram, Gontram. etc.

des richesses, ayant réuni plusieurs petits fois de sa famille, quitta, en l'an 486, son camp de Tournai, marcha contre Siagrius, général romain, le combattit dans les plaines de Boissons, et remporta snr lui une victoire complète. Il pilla cette ville ; puis il s'avança sur Reims, qui fut pillée à son tour. De l'église de cette dernière ville fut enlevé un vase appelé urcée ; vase qui donna occasion à une aventure très connue, de laquelle on peut induire que l'autorité de ce roi franc était celle qu'un chef exerce sur ses compagnons.

En l'an 494, Chlodovech' étendit son royaume jusqu'à la Seine, et, en 496, jusqu'à la Loire. Plusieurs annales et chroniques attestent ces faits (1).

Dans la première expédition il dut se rendre maître de Paris, puisqu'il était maître du cours de la Seine, et qu'il donna le château de Melun à Aurèlien. Cette yille se rendit à lui sans résistance. Les évoques qui dirigeaient alors ce prince lui livrèrent, à ce qu'il paraît, la capitale des Parisiens. Il est certain que les éyèques gaulois, par les conseils qu'ils donnèrent à Chlodovech, par l'influence qu'ils exerçaient sur l'esprit des peuples, contribuèrent puissamment à ses conquêtes, et reçurent, pour prix de leurs grands services, des biens et des pouvoirs dont ils n'avaient encore jamais joui (2).

De ces services et de leur récompense naquirent les richesses du clergé, la juridiction temporelle des prélats, l'union de l'autel et du trône, et leurs conséquences.

A la sui'fe de ces diverses expéditions, en l'an 508, Chlodovech fixa sa résidence

(1) Becueil des Historiens de France, t. III, p. 8. 38, 169, 336, 337.

(2) Quelques-ians des évêques de la Bourgogne qui conspirèrent pour Chlodoech contre leur s'ouverain sont nommés par Grégoire de Tours. (Lib. 2, cap. 22 ; lib. 3, cap. 17 ; lib. 10, cap. 31, etc.) Le même historien nous cite ceux du royaume des Wisi- •goths qui conspirèrent de même (7d., lib. 2,

cap. 36 -, lib. 3, cap. 2 ; lib. 10, cap. 31 .) Il fut même conclu, entre Chlodovech et les évêques, un traité mentionné dans une lettre que leur fit écrire ce roi, après qu'il eut conquis le royaume des Wisigoths, dans laquelle il se prévaut d'avoir rigoureusement renpliles conditions de ce traité. [Becueil des Historiens c/e France, par dom Bouquet, tom. 4, pag. 34, n. 7.)

à Paris, qui devint alors la capitale des

Etats des Francs; et, après trente années de règne, il y mourut, en l'an 5L1, et fut enterré dans la basilique de Saint-Pierre et. Saint-Paul, depuis nommée Sainte-Geneviève.

Les quatre fils de Chlodovech, Théodorich, Chlodomire,Childebert, Chlothacaire, partagèrent ses Etats, et la Gaule fut divisée en quatre royaumes; mais ce partage fut si irrégulier, qu'il serait difficile de déterminer précisément la part de chacun d'eux. Une province, un canton, une ville même, appartenaient à deux, à trois souverains. Paris devint la propriété de ces quatre fils de Chlodovech, de manière qu'un d'eux ne pouvait y entrer sans la permission des autres. Les Francs voulaient tout partager, et n'entendaient rien aux compensations.

Chlodomire, en l'an 524, périt à la guerre. Il laissa trois fils : deux furent égorgés par leurs oncles ; le troisième fut réduit à la condition ecclésiastique. Alors la (iiule se trouva divisée en trois royaumes.

Childebert eut en partage Paris, Meaux, Senlis, Beauvais, et prit le titre de roi de Paris, qu'il conserva jusqu'en 558, époque de sa mort.

Chlothacaire ou Clotaire lui succéda dans le royaume de Paris ; mais, devenu, peu d'années après, maître unique des trois royaumes de la Gaule, il ne prit plus le titre de loi de Paris.

Il meurt en 561 : alors ses quatre fils se partagent ses Etats, et la Gaule est de nouveau divisée en quatre royaumes. Charibert devient roi de Paris: Guntchramn, roi de Bourgogne et d'Orléans ; Sigebert, roi de Metz ; et Chilpéric, roi de Soissons. Charibert porta le titre de roi de Paris jusqu'à sa mort, arrivée en 567.

Chilpéric, roi de Soissons, réunit alors le royaume de cette ville à celui de Paris. Ces deux royaumes n'en formèrent qu'un seul, et ce roi fit sa résidence ordinaire dans cette dernière ville.

Outre la division de la Gaule en trois rovaumes, il existait alors une autre division en deux parties, la Neustrie et l'Austrasie. La Neustrie comprenait toute la partie occidentale de la Gaule, et l'Austrasie sa partie orientale. Cette nouvelle division se manifesta en l'an 570, époque de la mort de Sigebert, roi de Metz, ej^de la succession de son fils Childebert II a ce

sous LA PREMIÈRE RACE

rovaume. Ce dernier prit le titre de roi de llêtz et d'Austn-sie.

Paris était compris dans la Xeustrie. Il i^.traît qu'après la mort de Charibert, cette Tille, cessant d'être capitale d'un royaume, devint celle d'un duché nomme Denlelin ou Denzelin. Ce durhé avait pour limites l'Océan, et s'étendait le long du cours des lisières de l'Oise et de la Seine. Dès l'an 600, Frédegaire fait mention de ce duché, qui fut distrait de la Neu>^trie. dont il faisait partie. \)arce qu'alors Clolaire II, roi de Soissons, fut forcé de le ct*der à Théodebert IL roi de Metz et d'Austrasie.

Theodoric ou Thierri II, roi d'Orléans et de Bourgogne, promit à Clotaire II de lui restituer le ducht' Dentelin, s'il consentait à lui fournir fie troupes pour com-

battre son frère Th -odi^bert II, roi de Metz. Clotaipe II y conseutit, et en 6! 2, conformément audit traité, il se mit en possession de ce duché.

Mais le duché Dentelin fut enlevé de nouveau au roi de Soissons. et distrait de la Neustrie par les rois d'Austrasie..* En 633. Dagol)ert, devenu seul maître (le la Gaule, en assignant à ses deux fils la portion des Etats dont ils devai'*nt hériter après sa mort, donna l' Australie a Sigebert, en exccj)<a le duchf Dentelin, que les rois austrasiens avaient usurpe, et le restitua <i la Neustrie. Ce duché, ainsi que la Bourgogne, devint le partage de Clo-

I- II : son autre fils, Sigebert II, eut ;iOur lot l'Austrasie. moins le duché Dentelin. rendu à la Neustrie.

Depuis ce partage, il n est plus parlé,

'ans les monuments historiques, du duché i^-nlelin, qui, sans doute, fut confondu

vec la Neustrie, dont, par sa situation - ographique, il devait faire partie.

Je reprends la série des rois :

Chilperic, roi de Soissons, meurt assassiné en o84. Il a pour succes>eur, d'^ns les

oyaumes de Soisson.< et de Paris, son fils Clotaire II, qui, après la mort de plusieurs princes de sa famille, reunit en 613 sur sa tète les trois couronnes, et règne seul dans la Gaule. Il réside a Paris, y meurt en 628, et laisse deux fils, Daiiobert et Charibert II.

La domination de la Gaule est alors divisée en deux royaumes. L'un, occupé par Charibert II, ne consiste que dans quelques provinces méridionales; l'autre, bien

plus con.-iderable, composé de toutes les

autres provinces, même de plusieurs ré-

gions situées au-delà Ju Rhin, est le partage-de Dogobe:t. Charibert meurt en 631, et Dagobert se trouve seul possesseur des vastes Etats des Francs. Sa résidence ordinaire est à Paris ou dans des maisons voisines de cette capitale. Il me rt le 19 janvier 638, et laisse deux fils en bas âge, Sigebertll, qui fut roi d'Austrasie, et Clovis II, roi de Neustrie et de Bourgogne.

A l'époque de cette mort et de cette succession, commence à décroître la puissance des rois, et h se fortifier celle des majordomes ou maires du palais. Ces officiers domestiques profitent delà grande jeunesse du fils de Dagobert et régnent sous le nom des rois, qui ne pos.sèdent que ce titre, et qui, en l'an 752. perdent cette unique prérogative. Pépin le Bref, duc et ma're du p'-

•alais. fait condamner Childéric III , le dernier de ces rois fainéants, h être déjîosé, rasé et renfermé dans un monastère, et se fait proclamer roi à sa place.

L'usage des fils, de partager entre eux le royaume de leur père, les guerres continuelles qui résultaient de ces partages, la faiblesse des rois, l'ambition des ducs et des maires du palais, et plus encore la nature d un gouvernement sans bases solides, amenèrent la ruine delà première dynastie des Francs.

Jetons un coup d'œil rapide sur le gouvernement des Francs, et sur la nature des pouvoirs dont il se composait. Il est difficile de trouver un régime plus défectueux, plus fécond en rivalitts, en dissensions civiles et en crimes.

En entrant dans la Gaule, les Francs, incapables de créer une constitution politique, laissèrent subsister l'état des choses dans tout ce qui ne contrariait pas leurs coutumes barbares. Ils conserveren'. les dénominations de ducs, de comtes, etc., ou leur substituèrent celle de Graphion ; mais en approprièrent les fonctions à ces coutumes. Chaque duc, vers la fin de la doniination romaine, commandait la force arm.'e dans une province; chaque comte, subordonné au duc, la commandait dans une ville ou cité.

Sous les Francs, chaque duc exerçait dans sa province un empire souverain, levait à son gré des troup- s, les dirigeait contre ses voisins, avait le droit de Me et de mort, de paix et de guerre. Le comte conduisait, sous les ordres du duc, son contingent de troupes, levait les contributions et rendait la justice avec ses asses-

seurs. Il agissait en souverain dans sa cité. Ct-M deux espèces de fonctionna ires, exempts de responsabilité, sûrs d'une entière impunité, exploitaient à leur gré la population dépourvue de garanties.

Dans cet état de choses, les institutions préexistantes, les ordres municipaux, les sénats des Gaules , ne purent subsister longtemps. Les princes, les ducsetlescomtes ne cessaient d'en outrager les membres ; ils furent presque tous abolis.

Il existait une autre classe d'hommes puissants appelés Leudes , Antruslions, c'est-à-dire fidèles. Compagnons d'armes du chef, ils, avaient partagé avec lui le butin et les terres, qu'on appela terres saiiques, ils participèrent au gouvernement. Le chef ne pouvait entreprendre aucune guerre sans leur consentement ; ils exerçaient une sorte d'autorité dans les conseils des rois, avaient part à leur tutelle pendant leur minorité, traitaient en souverains les habitants de leurs terres, et souvent iis étaient chargés des fonctions de ducs.

Le pouvoir du roi, dans les terres qui lui étaient échues en partage, ne différait de celui des leudes ou fidèles qu'en ce que ceux-ci lui devaient sers'ices, secours, une obéissance conditionnelle, et des présents en certaines circonstances. Le roi était le chef des leudes, comm^, avant l'établissement des Francs dans la Gaule, il avait été le chef de ses compagnons de guerre ; comme, dans les commencements de la troisième race, il fut le chef de ses pairs, le premier entre ses égaux, primus inter pares (1).

(1) La part d'autorité que les tendes exeryaient originairsment sur les rois est attestée par plusieurs témoignages; je me borne à produire les suivants :

Childéric^ père de Chlodovech, est chassé de ses Etats par ses leudes ou compagnons d'armes. Après un exil de huit ans, ils lui permettent de rentrer. [Greg. Turon. Hist.^ lib. 2, cap. 12.)

Chlodovech, après le pillag3 de l'église de Reims, demande à ses compagnons un vase précieux, qui faisait partie du butin; ses compagnons le lui accordent; mais un d'eux porte un coup de hache sur ce vase, et lui dit : « Tu n'auras rien, hormis ce que le sort t'accordera. >» [Idem, lib. 2, cap. 27.)

Chlodovech, voulant entreprendre la guerre contre Alaric, roi des Wisigoths, emploie, pour engager ses Francs à le suivre dans cette

Le patronage du roi sur ses compagnon?

d'armes ou leudes était héréditairedau?

sa famille ; mais ce patronage, exerce arbitrairement et dépourvu de limites certaines, donnait naissance à des animosités, à une continuelle réciprocité d'attentats entre les chefs et leurs compagnons. La tyrannie des uns était sans cesse aux prises contre la tyrannie des autres. Le roi n'intervenait nullement dans l'exercice du pouvoir de ses leudes ou ducs sur les hommes qui leur étaient échus. Ils pouvaienî ravager leur territoire, celui de leurs voisins : le roi ne s'en mêlait point. J'en citerai d(f nombreux exemples (1).

Les atteintes portées à la royauté, à la personne royale, étaient les seules punies* par les rois. On condamnait le coupable a des peines arbitraires, ou, le plus souvent. sans forme de procès. Pour échapper au supplice, l'accusé avait deux ressources : lune con.-^istait à se réfugier dans un royaume voisin, l'autre, à se mettre en sûreté dans l'asile d'une église. Ces asiles, quoique la crainte d'être puni par le saint qu'on y vénérait les fît respecter, étaient quelquefois violts par les rois; ou bien ils chargeaient un homme dévoué d'entraîner le réfugié hors de son asile et de le poignarder ensuite.

Dans les premiers temps du règne de

expédition, non des ordres, mais des moyens de persuasion. [Idem, lib. 2, cap. 37.)

Dans la lettre que ce roi adressa aux évêques après son expédition contre les Wisigoths, il leur demanda une certaine formalité, et dit que c'est son peuple qui l'exige. Il parlait évidemment de ses Francs ou compagnons d'armes. [Recueil des Historiens de Francty par dom Bouquet, t. 4, p. 54.)

Lorsque fut conclu le mariage de Rigonthe avec un prince espagnol , Frédégonde, mère de cette jeune princesse, lui donna une quantité considérable d'or, d'argent et de vêtements précieux. Chilpéric en parut étonné; mais Frédégonde, se tournant vers les leudes qui assistaient à la cérémonie, leur dit: «iVo pensez pas que ces richesses proviennent du trésof des anciens rois francs ; elles résultent de meîi revenus, des dons du roi et de ma bonne administration.,. Je n'ai rien pris dans le trésor jmblic. " (Greg. Turon. Hist., lib. 6, cap. 46.) On voit qu'ici Frédégonde prévient les reproches que les leudes auraient pu ou étaient en droit de lui faire.

(1) Voir plus loin le Tableau des Mœurs.

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