‹ Histoire de ParisChapitre 16 sur 261 · SODS LA PREMIERE RACE · texte numérisé non relu

SODS LA PREMIERE RACE

Chlodovech, il n'existait que deux pouvoirs, celui du roi et celui des leudes, fidèles ou compagnons d'armes. Dans la suite, les duchés furent donnés à ces derniers, qui ne dédaignèrent pas cette fonction, à cause des avantages personnels qu'elle procurait. Les ducs, ieudes ou non. quoique amovibles, procurèrent une force dangereuse au second pouvoir de l'Etat, et devinrent dans

la suite les auteurs de la ruine de la dynastie.

A côté de ces deux pouvoirs, essentiellement ennemis, on vit, après l'invasion de la Gaule par les Francs, s'en élever uik troisième, celui des évoques, qui, ayant favorisé cette invasion par leur influence, obtinrent, pour récompense de ce service, des terres considérables et une autorité

Arme* offeoiives doi Paruieni

temporelle. Us furent placés dans la catégorie des leudes. Comme eux, ils exerçaient sur les territoires qui leur furent concédés une puissance souveraine, qui n'était tempérée que par un faible reste de pudeur religieuse (1).

(1) Histoire de la cicilisationen France^ par M. Guizot (tome 1«% 12« leçon). .. Avant l'invasion, " dit cet historien, « quand lempire était encore debout, quoique les deux sociétéà^la société civile et lasociété religieuse) fassent déjà fort enlacées l'une dans l'autre,

Comme les duc5 et les leudes, les évèques avaient une juridiction sur leurs tercependant la distinction était profonde. L'indépendance de 1 Eglise, dans ce qui la concernait directement, était assez grande, et en matière temporelle, quoiqu'elle eût beaucoup d'influence, elle n'avait guère d'action directe que sur le régime municipal et au sein des cités. Pour le gouvernenent général de l'Etat, l'empereur avait sa machine toute montée, ses conseils, ses magistrats, ses armées; en un mot, l'ordre politique était

es et dans la cité où ils résidaient ; mais les comtes y avaient aussi la lem\ Ces deux juridictions en contact faisaient naître entre l'évêque et le comte des rivalités et des guerres continuelles.

L'autorité temporelle des évéques était fortifiée par leur autorité spirituelle, autorité d'autant plus redoutable pour les Francs, qu'ils n'en connaissaient ni la source ni l'étendue. Les évêques l'opposaient à leurs ennemis comme un épou- Ti^antail souvent ciiica ce. Les Francs respectaient les évêques, parce qu'ils les considéraient comme les protégés, les amis des saints, dont ils redoutaient généralement la colère.

Les évêques avaient de plus, sur leurs maîtres barbares, l'avantage de l instruction ; ils rédigeaient des lois, appliquaient à l'ordre civil des lois canoniques préexistantes. Ainsi, dans plusieurs circonstances, on voit les évêques de cette période exercer à la fois un triple pouvoir, le temporel, le spirituel et le législatif. Malgré ces moyens de résistance, les évêques furent -souvent victimes de la férocité des Francs, et durent plusieurs fois se repentir d'avoir favorisé leur établissement dans la Gaule.

Les hommes pourvus de l'un ou de l'autre de ces trois pouvoirs étaient autant de souverains. Le lien qui les unissait ou qui les rendait indépendants les uns des autres devenait pour eux des chaînes insupportables, qu'ils secouaient sans cesse pour s'en affranchir. Leur barbarie ajou-

complet et régulier, à part de la société religieuse et de son gouvernement. Après l'invasion, au milieu de la dissolution de l'ordre politique et du trouble universel, les limites des deux gouvernements disparurent ; ils vécurent l'un et l'autre au jour le jour sans principes, sans conditions arrêtées, se rencontrant partout^ se heurtant, se confondant, se disputant les moyens d'action, luttant et transigeant dans les ténèbres et au hasard. Cette co-existence déréglée du pouvoir temporel et du pouvoir spiritu ■!, cet enchevêtrement bizarre de leurs attributions, ces usurpations réciproques, cette incertitude deleurs limites, tout ce chaos de l'Eglise et <le l'Etat qui a joué un si grand rôle dans notre histoire, qui a enfanté tant d'événements et de théories, c'est à l'époque dont nous nous occupons [du VI^ au VIIIQ siècle) qu'il en faut rapporter l'origine, il eu était le trait ie plus saillant. »»

tait de nouveaux vices aux vices de ce régime : le caractère des hommes et l'état des choses concouraient aux malheurs publics.

Une des coutumes introduites par les Francs dans la Gaule y mit la domesticité en honneur, et contribua à Tavilissement général. Les Romains, pour le service de leurs personnes, avaient des esclaves ; les Francs, orgueilleux comme le sont tous les barbares, trouvèrent cet usage indigne d'eux. Ils continuèrent, suivant leurs antiques coutumes, à se faire servir par des hommes d'une naissance illustre, par les fils de- leurs parents, deleurs leudes ou fidèles; ils renvoyèrent à l'agriculture et aux travaux mécaniques les esclaves romains, et les serviles emplois de ces derniers furent remplis par des fils de princes ou de nobles (1), jeunes gens que Grégoire de Tours qualifie de pueri^ employés à

(1) De cette coutume barbare est résultée l'espèce d'illustration accordée en France à des places de domestiques.

Celui qui, chez les Francs, était chargé de la surveillance des chevaux, des écuries et des étables, devint le premier dignitaire de la monarchie française, sous le titre coines stabuli, comte de l'établi ou connétable.

Le titre de maréchal désignait originairement et désigne encore aujourd'hui un homme qui pansait et ferrait les chevaux ; le nom de ce métier est devenu un titre éminent dans ie militaire.

Le sénéchal veillait à la sûreté de la maison, percevait les redevances du maître, et le servait à table : on en fit depuis un grand ofricier de justice.

Le grand pannetier qui, dans l'origine, n'était qu'un boulanger, est devenu un grand officier de la couronne. Il en fut de même du grand bouleiilier qui surveillait les caves, les tonneaux et les bouteilles ; du grand veneur et du grand louvetier, qui n'étaient que des chasseurs. Que de familles se sont enorgueillies de compter parmi leurs aïeux des personnes chargées de titres qui rappellent des professions extrêmement roturières !

Les nobles, depuis la première race jusqu'à nos jours, ont continué d'envoyer leurs» enfants dans les maisons des hommes puissants, et se sont crus fort honorés de pouvoir procurer à leurs fils, à leurs filles, des places qui, dans des temps plus polis, ont été changées en celles de gentilshommes, de filles ou dames d'honneur.

sous LA PREMIERE

vers services, et chargés d'exécuter les : dres que leurs maîtres ou maîtresses leur ')Dnaient.

Il V eut rarement un seul roi franc dans la Gaule ; souvent il s'en trouva deux, trois et même quatre : plus ces rois et ces royaumes étaient nombreux, plus abondaient les germes des guerres civiles. Ces rois appartenaient tous à la mt'me famille; et plus leur parenté était proche plas les guerres qu'ils se livraient devenaient durables et acharnées. PendanUprès de deux siècles que s'est maintenue cette dynastie, elle a presque continuellement offert le scandaleux spectacle de cousins armés contre des cousins, de neveux contre leur oncle, de frères contre leurs frères, quelquefois de fils contre leur père.

Cet ordre de choses, que je ne puis qualifier de gouvernement, parce que ceux qui possédaient l'autorité exploitaient et ne gouvernaient pas ; parce que les pouvoirs, vaguement limités ou sans limites, étaient repartis sur un trop grand nombre d'individus; parce que les droits restaient sans garanties, le corps social sans bases législatives; parce que la force, l'arbitraire, un aveugle despotisme remplaçaient tout ce qui constitue un gouvernement ; cet ordre de choses, dis-je, pouvait convenir à des hordes à demi sauvages, vivant dans les forêts de la Germanie; mais il dut paraître fort étrange et causer une consternation générale, lorsqu'il fut transplanté dans un grand Etat, au milieu d'une nation façonnée, depuis cinq cents ans, aux lois, aux arts et à la ci\ilisation des Romains.

Dans le Tableau des niœiirs^ placé à la fin de ce cha[)itre, on trouvera plusieurs faits qui serviront de preuves à l'esquiise que je viens de tracer.

Avant de décrire les institutions existantes à Paris pendant la première race, institutions toutes religieuses, il convient de faire précéder leur description d'une notice historique sur l'établissement de la religion chrétienne dans la Gaule, et particulièrement à Paris.

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