‹ Histoire de ParisChapitre 151 sur 261 · SOLS LOUIS W · texte numérisé non relu

SOLS LOUIS W

ractères eu bronze qui formaient cette in- «cription dédicatoire :

AUX GRANDS HOMMES, LA PATRIE RECON- NAISSANTE |1}

Déjà le vaste bas-relief du tYonlou , si remarquable par son sujet et sa belle exécution, a été détruit, comme je l'ai dit plus haut ; et l'on ne peut s'em?èclier de

re^reiter la perte de ce beau morceau do sculptun\

Je ne dirai rien de plus des grandschangements qu'a subis cet édifice de ^flis 1821. ni la nouvelle destination qu'on lui a donnée. Ces détails appartiennent à un temps qui se trouve hors du cadre dans lequel je me suis renferaié.

Saint-Piiilippe-du-Roule, églis3 paroissiale , située rue du Faubours'-du-

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Tafs-j/r^

• Costumes du xviu

Roule, nos 8 et 10. Les habitants du Roule dépendaient, sous le rapport religieux, de la paroisse de Villiers-la-Garenne; et quelques-unes de ses maisons, de celle de Clichy. Le

avant l'an 1722 «seulement , il fut Paris.

Roule était encore un village

et , en cette année

érigé en faubours; de

(1) Elle fut rétablie eu 1830, par le peintre Davignon, qui dessina les lettres en relief qui forment cette inscription, considérée, À ju»te titre, comme un chef-d'œuvre.

I Dès l'an 1697, ces habitants, fort éloi- ! gnés des églises, sollicitèrent auprès de I l'archevêque de Paris la permission d'y I bâtir une chapelle, et d'ériger cette cha- I pelle en paroisse. Le l^^demai 1699, celte double permission leur fut accordée.

L'accroissement de la population de ce quartier, et le peu d'étendue de celte chapelle , firent sentir la nécessité de a»nstruire un plus vaste édifice.' Par arrêt du conseil du roi, du 42 mai 1769, c^tte construction fut décidée. On chargea le sieur Chalgrin d'en fournir les plans et

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dessins; commencé en 4769, il ne fut achevé qu'en 1784. *

Sur un perron élevé de sept marches paraît la façade de cette église, dont le plan est simple et beau. Quatre colonnes doriques, de forte dimension, supportent un entahlcment tt un fronton, orné de bas reliefs représentant la Religion el ses attribut?, sculptés par Duret. Ces quatre colonnes, en avant-corps, concourent à former un porche, au fond et au milieu duquel est la porte principale. Aux deux côtés de la colonnade, sont aussi deux portes moins grandes.

L'intérieur a le caractère d'une noble simplicité. Deux péristyles ioniques, chacun desix colonnes, séparentla nef des bas-côtés, à l'extrémité desquels sontdeux chapelles, l'une dédiée à la Vierge, l'autre à saint Philippe, patron de cette église.

La \cùle, qui paraît en pierre, n'est construit qu'en charpente ; mais cette construction économique est exécutée avec tant d'art et de soin qu'elle fait illusion.

On ne voit point encore dans ce temple ces bigarrures de tableaux qui outragent l'architecture, en lui ravissant ses plus belles parties.

Cette église fut, en 1802, érigée en seconde succursale de la paroisse de la Madeleine ou de l'Assomption; elle a 26 toises de longueur et \ 4 de largeur.

Sainte-Madeleine de-la-Ville-l*EvÊQUE, située sur le boulevard de ce nom, en face de la rue Royale. L'édifice de cette église, commencé en 1764-, n'est pas encore achevé. J'en ai parlé ailleurs, et j'en paileraj encore sous le règne de Napoléon, article Temple de la Gloire.

Etablissements civils.

Marchés et Halles. H existe un grand nombîe de marches. Plusieurs ont déjà été décrits; mais je me borne ici à parler de ceux qui lurent établis pendant le règne de Louis XV.

Marché d'Aguesseau, situé rue et passage de la Madeleine, entre les bàtinjents qui forment l'angle septentrional du boulevard et de la rue du Faubourg- Saint-Honoré. Les habitants du Roule et du faubourg Saint-Honoré étaient à une grande dislance des marchésu Joseph - Antoine d'Aguesseau, conseiller honoraire au parlement, voulut en établir un dans

des marais qui avoisinaient son hôtel, situé rue d'Aguesseau. Par le moyen' de quelques échange* et acquisitions" opérés dans les années 1722 et 1723, il établit, avec les autorisations nécessaires , un marché public. La rue qui aboutit au milieu de celle de d'Aguesseau, et qui porte le nom de rue du Marché, indique la place qu'il occupait.

Dans la suite, on jugea que ce marché serait plus convenablement situé s'il était rapproché de la ville. On le transféra donc, en 1745, au lieu où il est aujourd'hui. Des lettres patentes de cette année permettent d'y établir six étaiix de boucherie, deséchoppes pour les boulangers, poissonniers, fruitier?, etc. Ce marché fut ouvert le 2 juillet 1746.

Marché Saint-Martin, ancien et nouveau. Il fut construit en 1765, ainsi que les rues aboutis.santes et la cour deSaint- Mcirtin. Au milieu cle ce marché, dont l'emplacement subsiste, est une fontaine ; il s'est maintenu jusqu'à la fin de juillet 1816, époque où l'on a ouvert le marché nouveau.

Hai,le aux Veaux, située entre la rue Saint-Victor et le quai de la Tournelle; elle est isolée et entourée de quatre rues. Une Halle aux Veaux existait ruePlanche-Mibrai, au bout de la rue delà Vieil :o- PJace-aux-Veaux ; en i646, elle fut tiansférée au quai des Ormes, et y resta jivsqu'en 1774. Elle gênait dans ce dernier lieu comnie elle avait gêi;é dans le précé- ' dent.

I En vertu des lettres patentes du mois

'■ d'août Mit, il fut ordonné que la -Halle

; aux Veaux serait de nouveau transf-rée

' sur l'emplacement du jardin des Bernar-

I dins. Les travaux, commencés bicntôi

' après =ur les dessins de l'architecte Le-

î noir, furent suivis avec célérité. Le28mars

' 1774, on fît l'ouverture de cette halle.

i Son plan est i.n parallélogramme à pans

cou{:)és, au milieu duquel est un espace

découvert. Aux quatre coins, .sont quatr©-

pavillons où logent les préposés à la garde

de cette halle. Les autres parties couvertes-

, servent de greniers pour le fourrage.

Cette halle sert les vendredis et samedis ' à la vente des veaux, et le mercredi à celfedu suif.

i Halle aux Blés et Farines, située^ I rue de Viarmes, rue qui entoure cet édi^ i fie?, et où viennent aboutir, comme à ni I point central, six rues : celles de Sartine*»

sous Loxns XV

d'OWin, de Vannes, de Varenncs. de Babille et de Mf-rcier (i). Cette halle fut bâtie sur l'emplacement de l'hôtel de Soissons CSL

L'ancienne Halle aux Blés était située sur la place qu'on nomme les Halles; on y entrait parles rues de li Tonnellerie et de la Fromauerie. Ce locnl n'était plus en rapport avec la pop.ilaîion crois'sonfe.

Victor-Amédée de Savoie, prince de Carignan , dernier propriétaire de Ihottl de Soissons, mourut à Paris, le 4 avril 4741. Ce prince, suivant l'usage de ce temps, était chargé de dettes. Ses créanciers firent saisir réellement tous les biens que le défunt avait possédés en Franc?, et notamment l'hôtel de Soissons; ils obtinrent la perrrission de le démolir, et d'en vendre les matériaux. Cette démolifion s'opéra pendant les années 17i8 et I7i9. Les magistrats de la ville, en vertu de lettres patentes de l'an l7-î).o , ;>cquir?nt , moyennant la somme de 28,367 livres 10 sous, l'emplacement de cet hôtel, et se déterminèrent, en 1762, à y faire construire un édifice destiné à la vente et à l'entrepôt des blés et farines. Cet édifice, commencé en 1763, fut terminé en 1772, sur lesdessinset sous la direction de M. Le Camus de Mézières.

Le plan, de forme circulaire, laisse au œntre une cour de mêm.e forme. Le diamètre total de ce plan a, hors d'oeuvre, 35 toises, ou 68 mètres 19 centimètres; celui delà cour est de \0 toises 4 pouces, ou 19 mètres 50 centimètres.

La face extérieure a le caractère solide qui convient aux édifices destinés à l'utilité publique : elle est percée de 28 arcades au rez-de-chaussée, et d'autimt de fenêtres qui éclairent l'étage supérieur.

On monte à cet étage pard ux escaliers placés à une égale distance l'un de l'autre, et qui, différents par leur forme, sont également curieux par leur appareil, et remarquables en ce que la double rampe dont chacun est composé permet aux personnes de monter sans être rencontrées par celles qui descendent. Chaque étage

ili Ces noms, qui sont ceux du li<»utenant de police, du procareur du roi et de la ville et des quatre échevins alors en place, passeront forcément à la postérité ; mais qu'est-ce qu'un nom tout seul?

(2) Voyez tome III, page 405, Hôtel dt moissons.

est couvert de voûtes à plein cintre , composées en pierres de taille et en briques.

On sentit bientôt l'insuffisance de cet édifice. La cour rircul;ure offrait une ressource : on résolut de la couvrir d'une charpente en forme de courole, dt* la convertir en une rotonde, et de la fjire servir d'abri aux ditîerents grains. Dr'ux architectes, les sieurs Legrand et Molinos, furent chargés de ce travail, qui, commencé le 10 septembre 1782 , fut terminé le 31 janvier 178.3.

Le diamètre de cette coupole était de 126 pieds, et ne différait de celui du Panthéon de Rome que de 13 pieds. Les architectes, pour ne pas trop ch irger les murs, qui n'étaient point destinés a supporter un grand poids, adoptèrent le procédé que Philibert D.lorme aviit cm lové à la construction du château de !a Muette à Saint-Germain-en-Laye. A jx pièces de bois de charpente, ils substituèrent des planches posées de champ. Ils firent heureusement renaître un procédé qui n'avait point été mis en usage depuis le milieu du seizième siècle.

Celte coupole, percée de 25 grandes fenêtres ou côtes à jour, ayant 377 pieds de circonférence et 100 pi'dsde hauteur, depuis le pavtr jusqu'à son sommet, produisit sur les spect: leurs une sensation de plaisir et d'éto.mement; elle pouvait abriter une grande quantité de sacs, et suppléer à l'insuffisance des bàli.nnents.

Sjr les parois des murs de l'intérieur de cette rotonde, on plaça des méiaillonsrepresenîant les portraits de Louis XVI, du lieutenant de police Lenoir et de Philibert Delorme , inventeur da procédé dont MM. Legrand et Molinos firent usage dans la charpente de la co.ipole.

Les vétérans de la garde parisienne demandèrent, en 1791. la destruction du méd iillon représen'ant Lenoir, et l'obtinrent. Dans la suite, on détruisit celui de Lo lis XVI; les orages politiques ont respecté celui de Philibert Ojlorme.

A l'édifice de la Halle est adossée une haute colonne dont je parlerai à la suite de cet arti le.

La coupole de la Ha'le aux B16=:, en 1802, éprouva un accident. Un plombier laissa" sur la charpente un fourneau de feu qui, dans l'espace de deux heures, l'enflamma et la détruisit entièrement. On s'occupa à réparer ce désastre; et, «ur le.-»-

dessins <]e M. Brunet,, habile construc- [ teur, on rétablit cette coupole avec des | fermes de fer coulé, et on la couvrit de | lames de cuivre. Cet ouvrage, commencé <'n juillet 4811 , fut terminé en juillet ^ 1812. Cet(e nouvelle coupole a les dimen- [ sions de la première, La lumière descend ; sous la rotonde, ci-devant cour, non par ; les côtes de la coupole comme auparavant, mais par une lanterne placée à son sommet , et dont le diamètre est de 31 pieds (1).

Ainsi, rédifice de la Halle aux Blés, entièrement construit en pierres, en briques, en fer et en cuivre, est désormais à l'abri des dangers de l'incendie.

Colonne de Catherine de Médicis, située rue de Viarmes et adossée à l'édifice de la Halle aux Blés. Elle est l'unique reste de l'hôtel que Catherine de Médicis fit construire, et qui a porté les noms d'Hôtel de la Reine et d'Hôt^el de Soissons (2). Les créanciers du prince de Carignan ayant obtenu la permission de faire ^ démolir cet hôtel, et d'en vendre les matériaux, comme il a été dit à l'article pré- , cèdent, la colonne de Médicis, qui en fai- 1 ^ait partie, allait être comprise dans la, démolition générale, lorsqu'un particulier, i amateur des arts,* le sieur Petit de Ba- | «liaumont, voulant sauver ce monument i de la ruine qui le menaçait, se présenta , pour l'acquérir, dans l'intention de le 'ionner à la ville, et à condition qu'il serait conservé. Cette colonne fut adjugée . pour la somme de l,oOO livres. |

Les magistrats du bureau de la ville, j humiliés de la générosité d'un simple par- | ticulier qui se montrait plus zélé qu'eux pour les embellissements de Paris, restituèrent au sieur Bachaumont le prix de son acquisition, et décidèrent que la colonne serait conservée (3).

(1) On y remarque un effet extraordinaire 1 (Vacoustique, en se plaçant précisément au : centre de la salle.

(2) Voyez tome III, page 405. j

(3) On publia à ce sujet une gravure sati- j rique où Ton voyait la colonne entourée de ' sauvages qui la défendaient contre des pion- ' niers se disposant a la démolir. Ces pionniers ; étaient commandés par l'ignorance person- j îiifiée, coiffée d'un bonnet à oreilles d'âne, i Bignon, prévôt des marchands, se reconnut | dans cette figure allégorique, et fit supprimer '

On résolut d'abord de transporter xette colonne au centre de la cour de l'édifice que l'on construisait. On avait déjà fait les modèles de la machine destinée à opérer le transport de cette masse énorme; maison renonça à ce projet, dans la crainte que ce monument ne gêaàt, dans ■ la cour de l'édifice, le mouvement des . p voitures; 11 fut définitivement arrêté qu'elle ne serait point déplacée.

Celte colonne menaçait ruine; rétablie sur des fondements plus solides, elle put, sans changer le plan ce la Halle, rester adossée au mur extérieur de cet édifice Elle y est en partie engagée.

Son intérieur, évidé, contient un escalier à vis, par lequel on monte à sa cime. Une échelle d'environ six pieds supplée à l'escalier qui manque à la partie supérieure, et on arrive au-dessus du chapiteau par une ouverture de deux pieds en tous sens.

Une construction en fer sert d'amortissement à cette colonne dont la cime représente à peu près la figure dune sphère. « Ce sont, ditM. Pingre, descercles « et des demi-cercles, entrelacés, qui ne « paroissent avoir aucun trait à l'astrono- « mie. Ont-ils quelques rapports avec les « profondeurs de l'astrologie? On l'assure; « mais je ne suis pas assez versé dans les « mystères de cette science pour pronon- « cer sur une semblable question (1). »-

La hauteur de cette colonne est diversement évaluée par les ditférents écrivains qui en ont parlé. M. Pingre lui donne en-

viron quatre-vingts

is, y compris son

socle (2), et M. Legrand quatre-vingtquinze pieds (3); d'autres, qui me paraissent le plus se rapprocher de la vérité,

la gravure : elle reparut au mois d'août 1763. On publia aussi, en 176 J , le portrait gravé du sieur de Bachaumont; il était représenté assis tranquillement dans un fauteuil, les yeux fixés sur la colonne placée devant lui. Au bas de ce portrait, on lisait ces mots : Columna stante quiescit.

(1) Mémoires sur la colonne de la Halle aux Blés, par A. -G. Pingre, chanoine régulier de Sainte- Geneviève , de l'Académie des Sciences, etc., page 13.

(2) Mémoires sur la colonne de la Halle au.i Blés, pîige 12.

i3) Description de Paris et de ses Edifices, par M. Legrand, tome II, page 32.

évaluent son élévation à quatre-viniitquatorze pieds hOit pouce.-. Il paraît que dans ces dernières évaluations est coniiprise la construction en fer qui sert d'a- .mortissemenl à la colonne.

! Son diamètre, dans la partie inférieure idu fût, est de neuf pieds huit pouces et demi, et dans sa partie supérieure, de , huit pieds deux pouces.

Cette colonne appartient, à quelques égards, à l'ordre toscan, et* a d'autres, à l'ordre dorique. Son chapiteau a la simplicité du premier de ces ordres, et sa base tient un peu du second. Les proportions du fut sont doriques, ainsi que les dixhuit cannelures qu^ sillonnent sa surface. Ces cannelures sont séparées entre elles par des côîes dentelées. Dans ces cannelures on voyait des couronnes, des fleurs de lis, des cornes d'abondanc.\ des miroirs brisés, des lacs d'amour déchirés, et des C et des H entrelacés, lettres initiales des noms de Catherine et de H'^nri II, son époux. Ces symboles du veuvage de cette reine ont disparu.

Destiné aux erreurs de l'astrologie, élevé par Catherine de Medicis, reine d'odieuse mémoire, ce monument, uniquement recommandable par son ancienneté et ses grandes dimensions, ne pouvait, sous le règne de Louis XV, être considéré que comme objet de curiosité. Les chefs du bureau delà ville, après l'avoir acquis et réparé, sentirent qu'il convenait de lui ajouter un mérite plus sciide, en le consacrant à l'utiîité publique. lis décidèrent qu'il serait établi, à la partie supérieure de celte colonne, un cadran solaire, et dans la partie inférieure une fontaine.

M. Pingre, savant astronome, membre de l'Académie des sciences, fut chargé du cadran. Il s'agissait de le placer sur une surface cylindrique et verticale. Le cas étant nouveau dans la gnomonique, il lui fallut inventer une méthode nouvelle. Ce savant est parvenu à établir un cadran qui marque l'heure précise du soleil à chaque moment de la journée et dans chaque saison de l'année ^1).

La fontaine qui jaillit du socle est sur-

(1) Les lecteurs curieux de connaître cette niéthode la trouveront exposée dans le Mémoire du sieur Pingre, intitulé Mémoire sur la ('olon7ie de la H ail", aux Blés et sur le Ca' dran cyUndri'{ue de la colanne^ etc., seconde partie.

SOUS i.onis XV {13

I montée p3r un cartel appli(|ue sur le ïùt de la colonne, et par des ornements qui ! attestant le mauvais goût du teTips.

: Académie dk Chiriugie:. Elle tenait j ses séances dans la grande salle du Col- : légede Chirurgie, situé rue des Cordeliers, ' aujourd'hui de l'Ecole de Médecine, et dans l'emplacement qu'occupe l'Ecoh gratuite de Dessin. Cette académie, fondée en 1631, et confirmée par lettres patentes ■de 1748, était composée de soixante académiciens et d'un certain nombre d'associés, tant français qu'étrangers. On y distribuait plusieurs prix. Quatorze professeurs y enseignaient toutes les parties de ! la science chirurgicale.

I Cette académie tint ensuite ses-séance>. I dans le nouveau bâtiment des Ecoles de chirurgie, et s'y est maintenue jusqu'autemps de la révolution.

Ecole gratuite de Dessin, rue de rEco!e-de-Z\lédecine, n» o, dans l'emola- I cément qu'avait occupé lAcadémie de î Chirurgie. Cette école, dont le f>:3ur Ba- ! chelier, peintre, sollicita l'élablissemeal, iet dont il fut le directeur, autcfrisèe par ' le lieutenant de police, fut ouverte en septembre 1766. Dans la suite, des lettres patentes, du 20 octobre 1767, lui donnèrent de la consistance. Elle se tient dans l'ancien ampiiithéàire de chirurgie, éclairé par les fenêtres d'un dôme.

On admet dans cette école tous les enfants qui se présentent : des maîtres leur enseignent gratuitement l'architecture et l'ornement. Ceux des élèves qui rj.mportaient des prix .obtenaient autrefois la maîtrise de la profession ou métier ouqufl ils se destinaient.

Ecole gratuite des Arts, instituée par les sieurs Lucotte, architecte, et Foiraton, peintre, sous la protection du sieur de Marigny. Elle fut ouverte le 15 août 1765, et ne paraît pas avoir obtenu une consistance durable.

Ecole des Arts . tenue par le sieur Jean-François Blondel, rue de la Harpe. Elle fut établie vers l'an 4740; oi. \ en seignait les mathématiques, l'arcfiitecture, etc.

iËcoLES DE Droit, situées sur la place du Panthéon, n^S. La plus ancienne école de Droit se trouvait rue Saint-Jean-de- Beauvais. Elle fut établie, dit -on, en 138i, par Gilbert et Philippe Ponce, dans la maison de cette rue où, depuis, a logé le célèbre inriprimeur Robert-Etienne :

on n'enseignait dons cette école que le droit canon ou ecclésiastique. Le droit civil était prohibé à Paris.

Le 1 arlcment, en 1563 et en 1568, autorisa temporairement quelques légistes à professer le droit civil dans cette ville; mais cette autcri>ation cessa en 1572, et l'arlicle 69 de l'ordonBance de Blois de 1576 porte : « Défeiidons à ceux de « rUniveisité de Paris, de lire ou graduer « en droit civil. »

Plusieurs universités de France possédaient des chaires de droit civil; et celle de Paris, leur capitale, en était privée. On ne connaît point !e motif de cette ■étrange exception; et Henri III, qui a signé cette. ordonnance de B!ois, n'en était certainement pas p'us instruit. Ce motif De pouvait être rais:nnab!e.

Louis XIV, par un édit du mois d'avril 1679, ordor.na !e rétablissement de la chaire du droit romain.

Sous le règne de Louis XV, le bâtiment de la rue Saint-Jenn-de-Beauvais, où se tenait cette école, devint insuffisant; il était inv-ommode et menaçait ruine. Oh s'occupa de prccuier à cette école un local p'us convenable. On choisit l'emplacement qu'occupe aujourd'hui l'édifice de ces écoles, paice qu'il devait co::tribucr à la dccoralion de la place projetée devant bi nouvelle église de Sainte-Geneviève. Cet édifice fut commencé eu 1771, sur les dessins de SoufHot. Le 2i novembre 1783, \cs tra\aux étant terminé;-:, les professeurs de la faculté de droit vinrent solennellement en prendre possession. Le b décembre suivSnt, l'Université fit l'inauguration de ces nouvelles écoles; et. pourajouter à la pomj e de cette cérémonie, en y joignit celle de la réception d'un nouveau docteur en droit, récept.ou assaisonnée de pratiques allégoriques, inutiles, pédantesques , et qui sentent le vieux temps.

Cet édifice ne fait pas honneur à son architecte. La principale entrée est éle- ■ vée sur un plan en partie circulaire, dont { la forme vicieu.se se reproduit sur la façade ] touteniiè'e. Cet édifice n'otîre rien de J remarqiable.

Avant la révolution, la faculté de droit se comp sait de six professeurs en dioit civil et canon, d'un professeur en droit français et de douze agrégés.

Toutes les facultés de droit, en France, languissaient alors dans l'état le plus dé-

plorable. L'enseignement était nul, fes examens, les thèses n'offrqient qu'une vaine cérémonie. Le doyen de cette faculté vendait à prix fixe les" diplômes de licenciés, et chaque aspirant venait en acheter. Il ne fallait ni théorie ni pratique; mais il fallait de l'argent. L'Université de Paris était, il faut l'avouer, plus régulière que celles de Troyes, de Bourges, de Valence et de Reims ; elle vendait ?a marchandise un peu plus cher ; mais elle observait des formes : on y faisait des cours; de plus, on y subissait des examens, on y soutenait des thèses, dont on avait d'avance con^.muniqué les questions au candidat, qui d'ailleurs était soufflé par un professeur qu'il payait.

Un écrivain du règne de Louis XV dit ; « Les écoles de droit sont à la fois l'abus «■ le plus déplorable, la farce la plus ridi- * culc; les examens, les thèses, y spnt de « vraies parades (!).

Pendant la révolution, les écoles de droit furent suspendues. Cependant deux écoles particulières s'établirent, l'une rue do Vendôme, l'autre dans les bâtiments du collège d'Harcourt, rue de la Harpe : la première portait le titre d'Académie de : Législation; la seconde, celui d'Université de Jurisprudence.

Un décret du 22 ventôse an xu (13 mars 1804) réorganisa l'Ecole de droit- Ce décret règle les matières qui y seront enseignées, les cours d'études, les exa-, mens et les degré.s etc. Dès lors tout changea de face : les élèves, furent astreints à suivre les cours pendant trois années, à subir quatre examens, et à soutenir un acte public.

Aujourd'hui, l'école de droit se divise en cinq cours, où l'on enseigne 1" le droit romain ; 2o le dioit civil français; 3o la procédure et le droit criminel. En 1820, conformément au vœu exprimé par le décret du 22 ventôse au xii, on y a réuni le droit naturel et des gens, et le droit positif et administratif.

En cette même année, l'édifice des écoles étant devenu insuffisant, une seconde section fut établie dans l'église de la Sorbonne, qu'on disposa à cet usage. Depuis, cette section a été transférée au collège du Plessis.

Ecole royale Militaire, entre les avenues de Lowendal, de la Bourdonnaie,

(1) Mémoires secrets j au 31 mars 1752.

sous LOUIS XV

de Suffren el le Chanip-ile-Mars, qui sV'- i Gibelin, qui le premier a mis en usai-je à tend devant li façade occidenfale du bà- j Paris ce genre de peinture. Ces tableaux timent. Un édit de janvier 17ol, enregis- sDnt on grisaille et imitent le b:.s-re'ief. tréle 22 de ce mois, porte que Louis XV ! Ils représentent, l'un des athlè'.ivs qui arttablit rh(Mel de l'Ecole royale Militaire ! rètent d'une main un cheval fougueux.

eu faveur de cinq ceints jeunes gentilshommes, pour y être entretenus el élevés dans j toutes les sciences convenables et néces- I saires à un o fuicM-. Outre ces cinq cents! jeunes gentiIsJiommes, gratuitement logés, nourris, enseignés, on admet dans cette école UD certain nombre de pensionnaires étrangers ou nationaux payant 2,000 livres, à ces conditions qu'ils seraient catholiques, et feraient preuve de quatre degrés de noblesse.

Le bén''rice d'une loterie et les revenus de l'abbaye de Saint-Jean de Laon, abbaye que l'on fit supprimer par le pape Clément XIII, fu'-ent les ressources fine ncièi^s auxquelles on eut recours pour les frais de cet établissement.

En 4752, on commença la construction de ce vaste édifice sur les dessins du sieur Gabriel, architecte du roi. Plus de dix années furent cT.ployées à ces travaux. La première [ ierre d? la chapelle ne fut posée que le 5 juillet 1799.

L'emplacement occupé par les divers bâtiments et cours de cet établissement forme un parallélogramme de 220 toises de longueur et de 130 de largeur. Larchitecte, n'étant gêné par aucune circonstance, a pu librement étendre son plan.

Du côté de la ville est la façade principale de cet édifice : celte façade laisse voii deux cours entourées de bâtiments, et autrefois fermées par des constructions qui en cachaient la vue. En 1787, ou y substitua une belle grille qui mit l'édifice à découvert. Après la première cour ornée de plates-bandes en gizon, et qui présente un carré de 70 toises de côté, en est une autre, qui fut appelée Cour Royale, également carrée, dont chDquc côté 'a environ 45 toises de longueur. Au milieu s'élevait, sur un piédestal, la statue pédestre et en raarbrede Louis XV, sculptée par Lemoine. Les bâtiments de cette, cour sont décorés de colonn(^ doriques accouplées et d'un agréable effet, ainsi que d'avant-corps couronnés par des fron'ons.

Depuis qu'on a substitué une grille aux bâtiments qui cachaient la cour, on a fait, à ses deux extrémités, de nouvelles constructions. Leurs faces avancées présentent deux frontons, peints à fresque par le sieur

l'autre l'étiide personnifiée, entourée des attributs des sciences et départs.

Je passa sous silence les bâtiments p!us sim;;les destinés aux besoins de cet établissenient : bâtiments qii entourent quinze cours ou jardins, et je viens au principal corps de logis.

Du côté de la cour, ce corps de logis est d.xoré par une ordonnance dorique, que surmonte un ordre ionique; au centre de j sa façade est un avant-corps, orné de co- ! lonnes corinthiennes, dont la hauteur I embrasse les deux étag?s; il supporte un ^ fronton sur.Tionté d'un attique. Cet attij que est couronné par un djme quadran- ! gulaire.

' Le vestibule, qui s'ouvre sur l'avant- ; corps du centre de la façad?, est orné de , quatre rangs de colonnes d ordre toscan, et de quatre niches où l'on a placé les figures en pied du maréchal de Luxerabourg, sculpté par Moachi; du vicomte dsTurenrie, parPajou;duprincedjGondé, par Le Comte ; et du maréchal de Sixe, par d'Huez.

Au premier étage est la salle du conseil, ornée d'attributs mili:aires et de tableaux, représentant les batailles de Foatenoy, de Lawfelt, les sièges de Tournay et de Fri bourg en Brisgaw ; tableaux très méiJiocres, jicints par Lepaon,

D'autres pièces renfermaient des ouvrages de peiiitres plus distingués; et dans la chapelle on voyait des tableaux de Vien, de Halle, de La Grenée le jeune et de Doven.

En 'l763, le ministre de Choi^eul ordonn.i létablisse-ment d'un observatoire dans cet édifice. Le savant de Ldande, après plusieurs obstacles, en fut chargé; il fit, en 1774, fabriquera Loudreiun grand quart-de-cercle mural de 7 pieds et demi de rayon , instrument qui manquait à l'observatoire du faubourg Sainl-Jacques; il y joignit une lunette méridienne et une lunette parallactique. Cet observatoire fut démoli bientôt après; on ne le rétablit qu'en 1788, par ordre du ministre de Sé« gur II existe encore sur une partie du bâtiment en aile, à gauche de la première cour.

Du côté du Ghamp-de-MarS; h façado

et l'on chargea lire exécuter

du bâliment principal, sans y comprendre les bâtiments'latéraux placés sur la même ligne, présente deux rangs de croisées, au rez-de-chaussée et au premier étage.

Chaque rang se compose de vingt et une ouvertures, portes ou fenêtres. Au centre, est un avant-corps orné de colonnes corinthiennes qui embrassent les deux étages, et supportent un fronton orné de bas-reliefs : derrière et au-dessus, est un attique sur lequel est appuyé le dôme quadrangulaire dont j'ai parlé.

Cette édifice a éprouvé plusieurs changements, parce qu'il a eu plusieurs desti- • d'arbres, nations. Un arrêt du conseil du 9 octobre prononce la suppression de l'Ecole militaire, suppression qui s'effectua au l^rayril 1788. Les "élèves furent alors renvoyés et placés dans des régiments ou dans divers collèges.

En 1788, cet édifice fut au nombre des quatre qui furent destinés à remplacer l'hôpital de 1 Hôtel-Dieu l'architecte Brongniart d'y :

les changements nécessaires.

Pendant la révolution, cet édifice fut transformé en une caserne de cavalerie.

Buonoparte en fit son quartier général; et pendant longtemps on a lu sur la fraisa de la façade de l'Ecole militaire, du côté du Champ-de-Mars, ces mots : Quartier Napoléon.

Placeurs avenues, plantées de quatre rangs d'arbres, bordent cet édifice, ou y aboutissent. J'ai parlé de quelques-unes'. La demi-lune qui précède la grille, du côté de la ville, est nommée place de Fontenoy ; la grande avenue qui y communique, et va couper celle de Breteuil, qui fait face au dôme des Invalides, est nommée Avenue de Saxe. La plaine qui s'étend depuis Vaugirard jusqu'à la Seine, entre les Invalides et l'Ecole-Militaire, plaine autrefois sablonneuse, stérile et déserte, t'st aujourd'hui divisée par de longues allées, ombragées de belles plantations et Nivifiées par de jolies habitations, dont le nombre va toujours croissant.

Du côté opposé, dans l'espace qui se trouve entre les bâtiments de l'Ecole-Militaire et le cours de la Seine, se trouve le Champ-de-Mars , qui en est une dépendance et dont je vais parler.

^ Champ-de-Mars. Il occupe l'espace qui .s'étend depuis l'Ecole-Militaire jusqu'à la route qui borde la rive de la Seine. Son plan est un parallélogramme régulier,

bordé par des fosses revêtus en maçonnerie et munis de guérites aux cinq entrées et aux angles de ce parallélogramme.

Chaque entrée est fermée par une grille en fer.

La longueur de ce parallélogramme, prise depuis la façade de l'Ecole-Militaire jusqu'à l'extrémiîé intérieure du fossé, es^ de 450 toises. Sa largeur, d'une extrémité extérieure du fossé à l'autre, est de 220. . Tout le long des grands côtés du parallélogramme, en dedans et en dehors du fossé, sont des plantations de quatre rang<; Ainsi le Champ-de-Mars e.st bordé, dans sa longueur, de huit ran/^sde plantations, formant deux grandes al- , lées et quatre contre-allées.

Ce Champ-de-Mars, d'abord destiné' aux exercices des élèves de l'Ecole-Militaire, depuis le renvoi de ces élèves, servit longtemps et sert encore aux exercices de cavalerie eld'infanterie: dix miile hommespeuvent aisément y manœuvrer.

Son nom et même son sol ont éprouvédes changements amenés par les événements politiques. Il fut nommé Champ de la Fédération, après la fêle mémorable dela confédération nationale, célébrée pompeusemenL le 14 juillet 1790. Pour les apprêts de cette fête, on exécuta degrandmouvements de terrain : on baissa le soi

j pour élever autour de la place des talus-

I dont la hauteur était double de celle qu'ils

1 ont aujourd'hui.

! Lorsqu'en 1806 on commença, àl'extré-

I mité occidentale du. Champ-de-Mars, le.* travaux du pont d'Iéna, depuis nommé Pont des Invalides, les talus furent, de cecôté, déformés, les fossés comblés; et, au-delà , le sol fut considérablement exhaussé.

Cette place fut le théâtre de plusieurs, événements; on y célébra un grand nom-

j bre de fêtes, dont la plus mémorable est .

1 sans doute celle du 14 juillet 1790.

I HoTEL DES Monnaies, situé quai Conti^ .> no 1 1 . Il est présumable que sous la première race des Francs, il est certain que sous la seconde, on battait monnaie à Pa- ; ris ; dans l'édit donné à Pistes par Charles le Chauve, en l'année 864, capitule , 12, Paris se trouve au nombre des villes où était établie la fabrication des monnaies (1). Le bâtiment consacré à celte fabrication devait être dans le palais de la ;

(Ij fialuzii capitularia, tom. II, pag. 178,

Typ.- Laloi it, nie ^ou^tlat, 13,

sous LOUIS XV

Cité. Charlemagne. daus son capitulaine 2, de l'an 805, avait ordonné, "à cause du grand nombre de fausses monnaies mises en circulation, que la monnaie serait fabriquée dans son palais ou dans sa cour (4).

Quoique les rois ou empereurs de l'-i se-

promière; et, d'après cette ordonnan«* renouvelée par les successeurs de Charlemagne, il est probable que le palais d-}b Cité était le lieu où la monnaie était fabriquée.

Dans la suite, lorsque le faubourg sep- ... . , tentrionJ fut protégé par une enceinte

(•onde race n aient presque jamais résidé \ on dut y transférer cette fabrication. Dan< dans l'uris. il s'y trouvait néanmoins un , c quartier est une rue appeJée de la palais où avaient demeuré les rois de la Vieille-Monnaie, où se trouvait une mai-

Palaig de rÉivsée.

son nommée, dans un acte de 1 227, Monetaria et â^ vteri moneta (2). Ainsi eu cette rue se fabriquait, très anciennement, la monnaie de France; il paraît que, vers le commencement du treizième siècle, époque où la rue dont je viens de parler portait le nomde Vieille-Monnaie, on avait placé ailleui-sf le lieu de cette fabrication.

(1) Baluzii capi^Miarta, totn. I, pag. 427.

(2) Becherches sur la ville d4 Paris, par Jaillot, tome 1, quartier Saint- Jacques-la- BoueLerle, page 66.

IV DULAIIRB

Eile ^pouvait bien, lorsque l'enceinte d-* Philippe-Auguste fut terminée, avoir été transférée sur l'emplacement où s'étabUrent depuis le> reli.^ieu.v de Sainte-Croix de la Bretonnerie. En fondant le couvent de ces religieux, saint Louis leur donna une maison appelée de la Monnaie.

A la fia du treizième siècle, oj au commencement du quatorzième siècle, un hôtol de la Monnaie était établi dans la rue qui porte aujourd'hui ce nom; rue qui, du côté du nord, sert do prolongation à h Ih ene du Pont-Neuf,

Parmi les divers bâtiments de cet hôtel, iî, s'en trouvait de fort anciens qui semblaient appartenir à la fin du treizième siècle. Ces' bâtiments, qui mena' aient ruine, ont subsisté jusqu'à ce que l'hôtel des Monnaies du quai Conti fut entièrement achevé Alors on les démolit; et sur leur emplacement on ouvrit, en 1778, deux rues appelées Boucher et Etienne, nom.s de deux échevios en place à cette époque.

Lorsque, au conseil du roi, il fut question défaire cocstruire un nouvel Hôlel des Monnaies, on arrêta qu'il serait établi sur la place de Louis XV : les plans furent adoptés, les fondations commencées, et <50 mille livres dépensées; le tout fut inutile. Mais, en 1767, aprèsdes réflexions tardives, on renonça à l'emplacement choisi; et on lui préféra celui de l'hôtel de Conti, dont en 1768 on commença la démolition. Autorisée par le ministre Laverdy, celte construction fut élevée sur les dessins de Jacqiies-^'cnis Antoine, architecte recommandable, dont plusieurs autres travaux attestent les talents, et font l'ornement de la ca.piîale. Le 30 mai 1771, l'abbé Terrai, au nom du roi, en posa la première pierre.

Ce bâtiment, élevé sur l'emplacement de l'ancien hôtel de Conti (1), présente sa

{)rincipale f.'çade sur le quai de ce nom ; ongue de 60 toises environ, elle est percée de trois rangs de croisées, dont chacunrenferme vingt-sept fenêtres ou portes. Le rang inférieur, ou celui du rez-de-chaussée, orné de refends, forme soubassement. Au centre, est un avant-corps doni l'étage inférieur, percé de cinq arcades, sert d'entrée et devient le soubassement d'une or- .donnanceionitiue composée de six colonnes. Celte ordonnance supporteun entablement à console et un attique orné de festons et de six statues placées à l'aplomb des colonnes : ces statues représentent la Paix, le Commerce, la Prudence, la Loi, la Force et l'Abondance, ouvrage des sieurs Le Comte, Pigalle et Mouchi.

Au dessous, au milieu des cinq arcades de cet avant-corps, est celle quisert d'en-

(1) La ville de Paris, autorisée par un arrêt; du conseil du 22 août 1750, acquit, pour la somme de 160,000 livres, remplacement de l'hôtel de Conti pour y construire un hôtel-de-ville. Ce projet n'ayant pu s'exécuter, on, y plaça l'Hôtel des Monnaies,

trée principale. Dans le vestibule qui se présente ensuite, sont vingt-quatre colonnes doriques cannelées. A droite est un magnifique escalier enrichi de seize colonnes doriques.

Le plan de cet édifice se compose de huit cours entourées de bâliments, dont chacune a sa destination particulière. La cour où l'on arrive après avoir traversé le vestibule est la plus grande : elle a 110 pieds de profondeur sur 92 de largeur ; elle est bordée par une galerie couverte. Le péristyle, orné de quatre colonnes doriques qu'on voit en face, annonce la porte de la salle des balanciers. Cette salle, dont la voûte surbaissée est soutenue par des colonnes d'ordre toscan, a 62 pifds de long sur 39 de large. On y remarque la statue de la Fortune , sculptée par Mouchi.

Au-dessus de cette salle est celle des ajusteurs : elle est de pareille étendue, et contient cent places.

En montant par le grand escalier, on arrive au cabinet de minéralogie, qui cccupe au premier étage le pavillon du milieu de la façade. Ce cabinet, fondé par h sieur Sage, et où ce savant a longtemps fait ses cours, est décoré tout autour de vingt colonnes corinthiennes do grande proportion, en stuc, couleur de jaune an- ; tique. Ces colonnes supportent une tribune vaste et de laquelle on peut entendre le professeur. Cette tribune et les galeries et cabinets qui y communiquent sont garnis d'armoires qui contiennent des objets mi néralogiques, des dessins du Vésuve, des modèles de machines, etc.

Cette salle, une des plus belles de Paris, est plus fastueuse peut-être qu'il ne convient à sa destination : une école et une collection de minéralogie n'auraient pas besoin de tant de luxe.

La façade en retour sur la rue Guénégaud a 58 toises d'étendue ; moins riche que la façade qui se présente sur le quai, elle n'en est pas moins belle. Deux pavillons s'élèvent à son extrémité, et un troisième au centre : les parties intermédiaires n'ont que deux étages; celui. du rear de-chaussée forme soubassement, et l'étage supérieur un attique. Le pavillon du centre, faisant avant-corps, est orné de quatre statues, celles des Eléments, dont le nombre était encore borné à quatre à l'époque de cette construction. Ces statues sont l'ouvrage de Caffîéri et de Dupré. C'est

sous LODIS XV

par une porte de cette façade que les ou- ; ces pavillons ne lui procurent ni utilité ni vriers pénètrent dans les divers ateliers, 'agrément. Cette place fut longtemps di- Par la porte du n» 8, qui se trouve | visée en quatre parties occup es par des aussi sur cette façade et au pavillon le ■ pièces de gazon, entourées dd barrières, plus éloigné du quai, on entre dans le ca- Sa longueur du nord an sud, en dedans

binet de la monnaie des médailles qui, jadis placé au Louvre, fut transféré dans cet édifice. Il contient la collection complète de tous les carrés et poinçons des médailles et jetons frappé^ en France depuis François 1er.

L'Hô'.el des Monnaies est le siège d'une administration qui surveille l'exécution des lois monétaires, les fonctionnaires, l'entretien des hôtels et les ateliers de la fabrication ; elle vérifie les titres des mon-

de ses limites, est de i2-j toises, et de l'est à l'ouest, de 87 toises.

La place Louis XV doit sa principale beauté aux objets qui l'environnent. Les terrasses du jardin des Tuileries, leurs arbres et deux statues équestres en marbre la bornent du côté de l'est.

Au nord sont deux vastes édifices pareils, richement décorés, qui (.nt chacun iS toises de face et 73 pieds de hauteur, et dont l'un plus près des Tuileries, d'a-

iiaies, rédige les tableaux servant à déter- ' bord destiné au Garde-Meuble des hiioux miner le titre et le poids d'après lesqueL=î ' de la courcni:e (1), sert aujourd'hui au les matières d'or et d'argent doivent être ,' ministère de !a marine, et l'autre n'a point échangées. Elle fait procéder à la vérifi- j de des'iuation publique. Ces deux édifices cation du titre des monnaies étrangères sont séparés par une large rue qui cor-

nouvellement fabriquées, afin d'observer les variations aue ce titre pourrait éprouver. Elle est de plus chargée de régler la comptabilité des divers ateliers de "fabrication.

HÔPITAL MiLrrAit3, situé rue Saint- Dominique, au Gros-Caillou. Il fut fondé, en 1765, pour les gardes françaises. On n'y comptait alors que deu.x cent soixantequatre lits. J'en parlerai dans la suite (1).

HÔPITAL DES Enfants-Trouvés, situé rue Neuve-Nofre-Dame. Il fut, en 4717, élevé sur l'emplacement de la vieille église ' immense de Sainte-Geoeviève-des-Ardents, d'après les dessins de Boffrand. J'en ai parlé ailleurs (2).

Place de Louis XV, située entre le ja^din des Tuileries et les Champs-Elysées, bornée au n rd par deux magnifiques bâtiments semblables entre eux" que sépare la rue Royale: et, au sud, par le cours de la Seine et le pont Louis XVI, appelé maintenant pont de la Concorde.

Cette place, commencée en 1763. sur les dessins de Gabriel, ne fut entièrement achevée qu'en 1772. Son plan octogone est dessine par des fossés revêtus en maçonnerie, bo:dés de balustrades, et terminés par huit pavillons qui ont pour amortissements des socles décorés de guirlandes et destinés à porter des groupes de figures allégoriques. Ces fossés, ces balustrades.

respond d'un côté au centre de la place et de l'autre au boulevard de la Madeleine. Cette rue, nommée rue Royale, tristement fameuse par les accidents dont, au 30 mai 1770. elle fut le théâtre (2), laisse

(1) ^oyfs, ci-«près, Hôpitaux milUaires.

(2) Voytz Hospict de l'allaitement dfs Enfants-Trouvé*,

(1) Voyez, ci-après, l'article Gard^-Jfeuble.

{■^) Pendant là nuit do 30 au 31 mai 1770, un feu d'artiHce préparé sur la place, à l'occasion des fêtes célébrées à Paris pour le mariage de Loms XVI, alors dauphin, et de Marie-Antoinette d'Autriche, attira une foule de curieux. Un fossé qui n'avait point été comblé, des maisons dont la construction n'était point encore achevée et dont les matériaux encombraient cette rue, et rirnprévoyance de la poice, causèrent de grands malheurs. Après le feu d'artifice, la foule s'écoulait par la rue Royale, qui alor^ était la seule issue de cette place du côté de la >ille. Pendant que la multitude s'y portait, une grande quantité de personnes et de voiture» arrivaient du côté du boulevard ; ces deux force?, qui se contrariaient, accrurent considérablement la presse. On voyait des personnes culbutées dans le fossé, froissées contre les pierres, foulées aux pieds des chevaux; d'autres, Pépée nue à la main, essayant de se faire jour à travers la foule, blessaient, tuaient ceux qui s'opposaient à leur passage. On égorgeait à coups de couteau les chevaux des voitures qiii s'avançaient dans cette rue. LTne charpente qui s'écroula augmenta la confusion et les malheurs. On compta le lendemain cent trente-trois cadavres restés sur la place ; mais le nombre fut

voir à son extrémité opposée l'édifice de la Madeleine.

Au couchant de cette place se présentent deux vasfes massifs de verdure formés par les arbres des Champs-Elysées.

Au milieu s'ouvre une large route qui sert de prolongation à la grande allée du jardin

trois jours. Bouchardun ne put jouir du succès de ses travaux : il mourut après avoir confectionné la statue équestre. Pigalle lui succéda, et fut chargé d'exécuter les figures et ornements du piédestal.

Le 20 juin 1765 furent découverts et offerts aux regards des curieux la statue

des Tuileries. Cette route, dite Avenue de équestre et ses accessoires. Aux angles du Keuilly, commencée en i768, est bornée; piédestal en marbre blanc étaient placées par les hauteurs de Chaillot, par les édifi-l des figures qifi devaient être en bronze

ces de la barrière de Neuilly et par l'arc de triomphe de l'Etoile. I

f A l'entrée de celte route se dessinent, sur la verdure des massifs, deux groupes de marbre, montés sur des piédestaux, et représentant chacun un cheval fougueux dompté par un homme, groupe dont j'ai déjà parlé (1). j

; Au sud de cette place, la vue n'avait pour objet que la route de Versailles, le cours de la Seine et, au-delà, le Palais- Bourbon. Depuis, un pont a été construit sm cette rivière ; et, au lieu de la fnçade mesquine du Palais-Bourbon, s'élève celle du palais du Corps-Législatif, aujourd'hui nommé Chambre des Députés, façade majestueuse, riche d'ornements, qui se trouve, ainsi que le pont qui la précède, en correspondance avec le centre de la place de Louis XV, avec la rue Royale et la façade de la Madeleine.

• Cette place doit son nom de Louis XV à la statue équestre de ce roi, laquelle s'élevait au centre.

Dès l'an 1748, le prévôt des marchands ■de Paris avait déterminé ses subordonnés, ies échevins de cette ville, à faire élever ce monument à la gloire du roi, et à le lui offrir au nom des Parisiens qu'on n'avait pas consultés. Edme Bouchardon, chargé de faire cette statue, l'exécuta dans les ateliers du faubourg du Roule. Elle fut, ie 17 avril 1763, tranj-férée à la place qui lui était destinée; cette translation dura

bien plus grand, et on le fait monter à plus de trois cents. Quant à celui des personnes blessées, estropiées ou qui moururent des suites de cette presse, on ne l'a jamais su. ♦« J'ai vu, dit Mercier, plusieurs personnes •< languir trente mois des snites de cette « presse épouvantable. Une famille entière - disparut. J*oint de maison qui n'eût à « pleurer un parent ou un ami. « ( Tableau de Paris.)

(l) Voyetf ci-dessne article Ckamps-Éiu-

mais qui, n'étant pas encore achevées, paiurent alors en plâtre doré. Ces q-uatre figures représentaient autant de vçrtus : la Force, la Paix, la Prudence et la Justice. Ces vertus remplissaient ici les fonc tiens humiliantes de cariatides, et semblaient supporter le socle de la statue équestre de Louis XV. Ce roi, couronné de lauriers, coiffé à la moderne, était vêtu en Romain. On peut reprocher à Bouchardon l'inconvenance de vêtir un loi français avec \q paludamentum antique.

Du reste, ce groupe en bronze, coulé d'un seul jet, était d'un beau dessin. La figure du cheval se distinguait par la beauté et l'élégance de ses formes; ce qui doit être remarqué à cette époque où les beaux-arts, tombés dans un état de dégradation, commençaient à peine à se relever.

On ne peut -parler aussi avantageusement des quatre figures colossales représentant les vertus. Ces figures, ouvrage de Pigalie, étaient sans nobles.se, dan? des attitudes maniérées et surtout fort déplacées. Aussi furent-elles l'objet de plusieurs mauvaises plaisanteries, où Louis XV, qui alors avait cessé d'être l'objet de l'amour du peuple, était audacieusement insulté. Dans de pareilles compositions, un artiste doit soigneusement éviter tout ce qui peut donner matière à de malignes allusions (1).

Le piédestal était orné de bas-reliefs en bronze , représentant des batailles où Louis XV s'était trouvé; on y voyait des inscriptions, dont la plus historique était ainsi conçue : Hoc pietatis puàlica monumentum Prœfectus et édiles decreverunt anno 1748, posuerunt anno 1763.

Cette statue équestre, pendant plus dt^

(1) Parmi les nombreux traits satirique» qui circulèrent à cette occasion, le plus précis, le plus dur et le plus acéré est celui-ci :

p la belle statue! 6 le bt?au piédestal !

Vertus sont k pic4, le Vic« «*i ii chev«W

so»'3 Lours XV 181

vini;t ails, ne fut entourée que par une ' raitre de Paris et des villes de France les misérable clôture en bois. Sous le règne ! monuments de la liberté. de Louis XVI, en 1784, elle obtint uni Lorsqu'on éleva à Paris le simulacre de entourage convenable, composé d'une . cette colonne, on changea le nom de la belle balustrade de marbre blanc et d'un place; elle reçut alors celui de place de la pavé en carreaux de même matière. | Concorde. Dans les premiers jours d'avriî

Le 11 août 1792, cetle statue équestre j 181 i, on lui rendit sa première dénomifut renversée, ainsi que tous les autres nation, celle de place de Louis XV'. monuments de cette nature qui existaient Sur cette place, pendant plus de quinze à Paris. Un décret de l'Assemblée législa- mois qu'a duré le régime de la terreur, un tive, de la veille, en avait ordonné la des- j grand nombre de victimes furent décapi-

truction.

Quelques mois après fut élevée, sur le piédestal, une figure colossale de la Liberté. Cette figure, composée '!e maçonnerie et de plâtre, colorée 9 i bronze, ouvrage de Lemot, était représentée assise, c/)iffée du bonnet phrygien, qji n'e^t pas celui de la Liberté, et s'appuyant sur une haste. Alors la place de Lo ns XV reçut le nom de place de la Révolution.

Cette .ngure resta en place depuis la fin de 1792 jusqu'au 20 mars 1800, époque où un arrêté des consuls ordonna que des

tées. Le 21 janvier 1793, l'infortuné Louis XVI y éprouva le même sort, etc.

GARDE-MEnBLE DE LA COURONNE, situé

sur la place Louis XV, dans un des deux édifices qui décorent la partie septentrionale de celte place, et où sont aujourd'hui les bureaux du ministère de la marine.

Il existait près du Louvre un dépôt des meubles et bijoux de la couronne. Eu 1760', lorsqu'on entreprit la construction des deux édifices élevés au nord de la place de Louis XV, on destina le plus voisin du jardin des Tuileries à recevoir

e colonnes triomphales seraient élevées dans ces objets précieux, tous les départements de France, et qu'une I Cet édifice, de 48 toises de face, pré* colonne nationale serait érigée, à Paris, ! sente un corps principal, terminé à ses sur la place de la Révolution, au lieu de extrémités par deux pavillons^ formant la figure de la Liberté. Dans les départe-! avant-rorps. Un soubassementen bossages, nïs. ainsi qu'à Paris, on fit toutes les! percé déportes aux avant-corps, et, dans : osit ions néc-essa ires pour exécuter ce, le milieu, de onze arcades qui éclairent

u'.ret. Le 25 messidor an viii, Lucien Buonaparte, ministre de l'intérieur, vint en grande cérémonie poser la première pierre 'de cette colonne monumentale. On découvrit les 'ondations du piédestal ; on y trouva une boîte de bois de cèdre, contenant sept médailles, dont l'une en or et six en argent, portant le millésime de 1734. A leur place, on déposa une autre boîte, en bois d'acajou, à double fond, contenant sur le premier fond huit médailles, dont une d'or, trois d'argent et quatre de bronze, représentant les portraits des trois consuls, du général Desaix, etc., et sur le second, une planche de cuivre, sur laquelle fut gravée la relation de la pose de la première pierre.

On fit plus; on éleva une vaste charpente, couverte d'une toile peinte, représentant la colonne projetée : on voyait autour de la base de cette colonne tous les départements représentes par des figures

3ui se tenaient par la main. Ni la colonne e Paris, ni celles des départements ne furent construites. Il es: présumable que ce moyen fut un prétexte pour faire dispa-

une galerie, supporte une ordonnance corinthienne, composée de douze colonnes et d'un entablement couronné pa*r une balustrade. Les deux pavillons des extrémités terminent la galerie du rez- do-chaussée et celle du premier étage, et représentent, au-dessus du soubassement, quatre colonnes corinthiennes, qui supportent des frontons dont les tympans sont ornés de bas-reliefs. Aux deux côtés de chacun dd ces frontons s'élèvent des trophées.

Cette façade, où l'architecte Gabriel a prodigué toutes les richesses de l'architecture, n'est pas à l'abri d'une juste critique. Mais je n'entrerai point dans ces détails.

L'autre bâtiment, placé sur !a même ligne au-delà de la rue Royale, est absolument semblable au premier.

On entrait à ce garde-meuble par l'arcadi du milieu de la façade; un escalier, orné de bustes, de termes et de statues antiques, conduisait dans plusieurs salles. La première était consacrée aux armures étrangères et françaises : on y voyait celle qiw portait François 1er lorsqu'il fut fait prisonnier à la bataille de Pavie : elie

482 niSTOÎRE DE PARIS

était ornce de bas-reliefs ciselés d'après les dessins de Jules Romain; on y voyait telle dont était revêtu Henri II lorsqu'il fut blessé à mort parMontgommeri; cel'es de Henri Hl. de Henri IV, de Louis XIII, de Louis' XIV : cette dernière était un présent que la république de Venise fit à ce roi. Ses gravures, précieusement exécutées , représentaient douze- villes de Flandre prises par ce monarque. Plusieurs autres armures ornaient cette salle. On y remarquait deux épécs de Henri IV, celle du roi Casimir, et surtout l'épée du saint père le pape Paul V : sa poignée dorée était chargée des attributs de la papauté: les clefs, la tiare, etc.

Au milieu de cette salle étaient deux petits canons, montés sur leur affût, damasquin s en argent, offerts, en 1684, à Louis XIV, par les ambassadeurs du rci de Siam. Cfs canons ont servi à la 'prise de la Bastille. Parmi plusieurs autres espèces d'armes anciennes, se trouvait une collection de fusils, de pistolets, épées, lances, cottes d'armes, masses d'armes de difTérents peuples et de différents temps

La salle suivante contenait des tapisseries : vingt' deux pièces, que François I^r acheta vingt-deux mille écus des ouvriers flamands, représentaient les batailles de Scipion, exécutées d'après les dessins de Jules Romain; huit pièces, dont les sujets étaient l'Histoire de Josué, les Amours de Psyché, en cent six aunes ; les Actes des Apôlres, en dix pièces, d'après les dessins de Raphaël, et formant cinquante-trois aunes. Ensuite se IrouvaieEt une grande quantité de tapisseries que Louis XIV Ovait fait fi^briquer à la manufacture dos Gobe!ins, d'après les dessins de Le Brun, Coypel père et fils, Jouvenet, Oudry et de Troys.

Dans la troisième salle, on voyait une quantité considérable d'objets précieux, t^ls que vases, hanaps, coupes d'agate, de cristal de roche; des présents envoyés au roi par des princes orientaux; des ustensiles du culte, etc. ; le tout contenu dans onze armoires. Une d'elles offrait la chapelle d'or du cardinal de Richelieu, dont toutes les pièces étaient d'or massif et enrichiesde gras diamants. On remarquait,

Sarmi ces précieux objets, deux ^handeers d'église entièrement en or, émaillés, enrichis de deux mille cinq cent seize diamants, et qu'on a estimés valoir deux cent mille Hvres. On comptait sur les bu-

rettes, pareillement d'or émaillé, douze cent soixante-deux diamants.

La croix, de 20 pouces 9 lignes de hauteur, portait un Christ eu or massif, dont !a couronne et la draperie étaient garnies de diamants.

Les Heures du cardinal de Richelieu faisaient partie de sa chapelle. Ce volume, manuscrit sur vélin, mérite d'être décrit. La couverture, en maroquin, était entourée de lames d'or; sur une de ses faces, on voyait un médaillon, en or émaillé, offrant la figure de ce cardinal qui, à l'instar des empereurs romains, tenait en main le globe du monde. Quatre anges venaient, des quatre coins, poser des couronnes de fleurs sur sa tète. Ce médaillon, encadré de fleurs, portait celte inscription ; Cadat.

Sur l'autre face de ce volume était aussi un médaillon présentant un cœur enflammé, croisé par ces quatre lettres D. H. A. R. liées en chiffres avec cette inscription dans la guirlande :

Solus, sed non mus.

Laissons aux curieux le soin d'expliquer ces inscriptions mystérieuses, de trouver le mot de ces énigmes.

Ui;e autre armoire rontenait une partie des présents qu'en i740 fi.t à Louis XV Saïd Mehemet, ambassadeur de la Porte.

Ces prcsonls consistaient eu un caparaçon de drap ccarlale, brodé d'or, d'argent et de soie, et enrichi de perles; en urte selle de velours cramoisi, brodée en or et eu argent, chargée d'émcraudes, de diamants et de rubis; en deux sangles d'un tissu d'or, ornées de perles; et en un poitrail accompagné d'une pomme d'or, avec des ornements d'or émaillé de diverses couleurs, et enrichis de diamants, dont trois avaient été arrachés (1).

(1] Il paraît que la garde de ces richtS inutilités était confiée à des hommes peu tidèles ou peu surveillants. Dans l'inventaira du Garde-Meuble fait en 1791, on voit qu'à plusieurs objets il manque des partie» d'or, de perles, de diamants, et d'autres pierre* précieuses. C'est ainsi qu'à un coffre de criftal de roche il manquait des bandes d'or émaillé garnies de diamants. Sur nn petit char de triomphe-, dont les quatre roûe» étaient d'or émaillé, se voyait un coq dont le corps consistait en une matrice de perle d'tm pouce deux ligues de diamètre. Cette

SODS LOUIS XV

Le reste de ces présents se composait d'etriers, de pistolets, de fu-ils et de leurs fourreaux; d'une têtière garnie d'or émaiiié, dont on avait enlevé deux diamants; (fune giberne d'or émaillé, garnie de pierres précieuses, dont on avait soustrait deux rubis; d'une poire à poudre, d'une masse d'armes de cristal de roche, ornée d'émeraudes, de rubis, dont on en avait arraché deux; d'un carquois de velours vert, eiirichi d'or, de perles, de diamants, de rubis, d'émeraudes, dont on avait enlevé deux perles; un carquois plus petit aNCc une chaîne d'or où manquait une émeraude; six sabres, un riche poignard enrichi de pierres précieuses, auquel manquaient trois diamants; un autre poignard, à lame quadrangulaire; plusieurs poignards, des couteaux, et surtout de riches pantoufles.

Dans une autre armoire étaient les présents du dey de Tunis. Moins précieux que les précédents, ils se composaient des harnais d'un cheval et des vêiements d'un Levantin. On y remarquait huit pièces de gaze d'or et cinq paire? de pantoufles.

L'armoire destinée aux présents offerts à Louis XVI par Tipoo-Saïb contenait une ceinture très riche, ornée d'or, de rubis, d'émeraudes et de diamants ; un sabre qu'on avait dépouillé de sept fleurons principaux, de trois émeraudes et de trois rubis; un autre sabre dont on avait soustrait sept rubis ; un étui turc et sa garniture, un bouclier rond en cuivre doré; un sac plein de galons d'or, trois aunes de gaze d'or, ^nze pièces de soie brochée d'or et sept paires dfe pantoufles.

En 47U0, le même prince indien fit présent à Louis XVI d'une aigrette composée de cent huit émeraudes, soixantequatorze rubis et quarante-sept diamants; d'un collier, à quatre rangs, composé de cent quatre perles et de vingt-quatre diamants.

perle était brisée ; une aile du coq enrichie d'environ vingt diatnants roses était enlevée, ainsi que les pierres précieuses qui ornaient trois bandes de ce char. Je pourrais rapporter plusieurs autres exemple» de pareilles friponneries.

En 1790, il parut un écrit portant ce titre : Béponse au Mémoire iniitulé Dépensts du Garde-HeubU , où le sieur Tiiierry , chef de l'administration, est vivement accusé de dilapidations bien plus considérables.

L'objet le plus estimé de cette salle était la nef d'or, ouvrage de l'orfèvre Balin, et qu'on servait à la tahKi du roi dans les grandes solennités. Cette nef, portée par quatre sirènes, était ornée de plusieurs diamants, et pesai', cent six marcs. En 1791, elle fut estimée à trois cent mille livres.

Dans les diverses pièces du Garde- Meuble, ainsi que dans l'escalier et la galerie, se trouvaient un grand nombre de figures en bronze, en marbre, la plupart modernes et quelques-unes antiques.

11 s'y trouvait aussi"* quatre-vingt-huit tableaux, dont sept ou huit avaient quelque mérite.

A tant de riches et stérilessuperfluités, qui honorent plus ceux qui les ont exécutées que ceux qui les ont possédées, nous devons joindre les diamants de la couronne, renfermés dans une commode d'une des salles du Gsr.ie-Meuble. L'Assemblée national? législative, par son décret du 26 mai 179i, ordonna qu'il serait fait un rapport sur ces diamants et sur tous les objets contenus dans cet élifice, et nomma une commission qui en fut chargée.

Vojci un extrait du rapport fut, le 28 septembre suivant, par M. Deiatire, député, un des membres de cette commission.

Suivant un inventaire fait en 1774, la nombre des diamants s'élevait alors à 7,482, sans y comprendre un certain nombre que le roi fit ven Jre, depuis 1784, pour la somme de 75,0'JO livres ; sans y comprendre un article de cet inventaire, qui fut retiré par autorisation du roi, le 13 mars 1785. Cet article, composé d'ua nombre indéterminé de diamants et do rubis, fut employé à une parure pour U reine (1).

Depuis l'an 4784, le roi, à diverses reprises, fit vendre 4,471 diamants; il en acheta, dans la même année, 3.5^6 pour compléter la garniture de ses boutons el de son cpée ;mais les diamants achetés ne valaient pas les diamants vendus.

En ouvre, cette collection se composait de 230 rubis, de 71 topazes, de 450 émeraudes, de 134 saphirs, de 3 améthystes orien^les et autres pierres de moindre valeur. L'Assemblée nationale, par son décret du 26 mai 479!, céda a la famille

(1) RaiTport de M. Delatlre, fait le 28 sep tembre 1791 à l'Assemblée nationale, p. 289

régnante le vaste mobilier de la couronne, objet de 16 à 20 millions (1).

Dans la nuit du ^ 6 au 47 septembre 4792, il s'effectua un vol considérable dons le Garde-Meuble : fresque tous îes diamants, au nombre desquels étaient le Sanci et le Régent (2), furent enlevés ; par une troupe nombreuse de voleurs. La ' garde de ce poste était placée dans l'in- Térieur, les voleurs s'introduisirent par dehors; ils montèrent sans obstacle, mais ils ne descendirent pas de mêmiC.

Voici ce que rapportent les journaux du temps : « Une patrouille aperçut un

• homme qui descendait de la lanterne du « Garde-Meuble ; elle s'en saisit: ses po- « ches étaient pleines de bijoux, de dia- € mants, d'or et d'argent. Le présent de « la ville, ce superbe vase d'or, était jeté « sur la colonnade; un aulre voleur, vou- « lant s'évader, se jeta au bas de cette co- « lonnade, et se tlessa à la tète. Il était « chargé de brillants et muni d'un mou-

• choir plein d'or et d'argent, de dia- € mants, de saphirs, d'émeraudes et de

• topazes. Le vol est considérable; le « Sanci ^i le Régent (les plus précieux

• diamants de la couronne) sont enle-

• vés (3). »

On arrêta quelques jours après vingt et

(1) Ba^orl de M. Delattre, page 292.

(2) Le diamant appelé le Sanci était moins îjeau que le Régent. Ce dernier reçut ce nom in duc d'Orléai s, régtnt de France, qui en fitracqnisition en 1717 au prix de deux millions : il pèse près de cinq cents grains.

(3) Ces deux «iamants ont reçu un caractère h; storique : le premier, le Sanci, mérite «Têtre mentionné. II fut au quinzième siècle vendu par un Su'sse , pour un écu, au duc ie Bourgogne. Don Antoine, roi de Portugal, I« possédait en 1589 ; il emprunta à Nicolas de Harlay de Sanci, sur ce diamant qui paseaît pour le plus beau de l'Europe, la somme 4d quarante mille livres. Sanci lui en donna id plus soixante mille. Ce diamant reçut dès lors le nom de son propriétaire. Sanci , déaué d'argent, fut sur le point de le vendre kors du royaume avec plusieurs autres pier* reries qu'il possédait. Il fut acheté par Jacques, roi d'Angleterre ; il passa ensuite à Louis XIV. •

Le Régent est plus beau et plus précieux |Tie le Sanci. Les rois plaçaient ce diamant à leur chapeau en guise de bouton. Bonaparte la fit monter sur la garde de son épée.

. un de ces voleurs; en les trouva armés de longs poignards. Dans la suite, on par-

! vint à recouvrer la plupart des objets

i volés.

1 Sous Napoléon, le bâtiment du Garde-

I Meuble fut destiné au ministère ds la marine et des colonies. Alors on éleva sur

; le comble du bâtiment un télégraphe qui

j correspond h la ville de Brest.

î L'édifice qui fait le pendant de celui

! dont je viens de parler a été construit

j dans l'unique but d'en faire un objet df

! décoration pour la place; il lui est entiè-

I rement conforme.

I Eaux et Fontaines de Paris. Sous cè règne, l'administration des fontaines présenta les vices et les abii^ que nous avons signalés pendant les règnes précédenL>. On faisait des concessions d'eau sans mesure; on continuait sans doute encore l'usage, commencé en 1634, d'accorder au prévôt des marchands et aux échevins sortant de charge», qualrelignes d'eau ; ce qui frappait de stérilité toutes les fontainepubliques. On en construisit plusieurs sous ce règne, même avec luxe : elles ressemblaient à des cadavres qui n'avaient que les formes de l'existence. Les Parisiens demandaient de l'eau, et on leur offrait des pierres arides artistement disposées* Voici la notice de ces fontaine^ d'après l'ordre chronologique de leur établissement.

Fontaine de VÂhha/ge de Saint-Germain-des-Prés, située au midi et pns de l'église de celte ci-devant abbaye, et au coin de la rue de Ghiidebert. Les religieux de ce miOnaslère demandèrent an bureau de la ville la concession d'un pOuCt. d'eau, dont 44 lignes seraient réservées pour leur usage, et 1 00 lignes livrées au public; ils s'engageaient à faire, à leurs dépens, construire une fontaine sur un terrain qui leur appartenait. La proposi-

I tien étant acceptée, la fontaine fut construite en 17^6. Elle existe encore, et l'eau

! qu'elle fournit maintenant provient de !a

' pompe à feu du Gros-Caillou.

I Fontaine des Blancs-Manteaux.

- Les religieux du couvent de ce nom con-

1 sentirent à céder un emplacement, et à construire, à leurs frais, une fontaine,

I moyennant la somme de 13,000 livres qui leur fut comptée par les trésoriers de la

' ville. Elle fut construite en 1719 : elle est

I alimentée par des eaux provenant de la

1 pompe à feu de Chaillot.

SOl'S l

Un arrêt du conseil, du 4er juin 4719, ordonna au'il serait construit cinq fontaines dans le faubourg Saint-Antoine, faubourg entièrement dépourvu de cette ressource. Elles devaient être placées , la première, au coin de la rue des Tournelles. carrefour de la Baélille; la seconde, rue du Faubourg-Saint-Antoioe, au coin de la rue deCharonne; la troisième, de- "vaot l'AbbavC; entre la boucherie et le

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