NOMBRE
des familles imposées
en 1755.
Dans les 23,565 maisons, étaient 538 boutiques ou échoj3pes ; du nombre de ces maisons, 3,140 appartiennent aux hôpitaux ou à des communautés ecclésiastiijues(4).
Du tableau que je viens d'otTrir, on ne doit pas conclure qu'en 1755 Paris ne fût divisé (ju en dix-buit quartiers : il l'était en vingt; mais l'administration financière avait dédaigné celte division, et conservé l'ancienne. Un édit de décembre 1701, confirm' par une déclaration du roi du 42 décembre 1702, et enregistré le 5 janvier 4 703, divisa Paris en vingt quartiers: et cet'e division s'est maintenue jusqu'au 27 juin 1790, époque de la division de Paris en quai-ante-huit sections. Voici la nomenclature de ces vingt quartiers :
1° La Cité ; 2» Saint-Jacques-de-la-Boucherie; 3" S:îinte-Opportune; 4° le Louvre; 50 le Palais-Roval ; 6° Montmartre; 70 Saint-Eustache: 80 les H .lies; 9° Saini- Denis; 10° Samt-Mariin; Mo la Grève:
12» Saint-Paul; 13^ Sainte-Avove: 14^ le
Temple: 15» Saint-Antoine; 4 6» la Place- .Maui3ert; 17« Saint-Benoît; I80 Saint- André; 190 le Luxembourg: 20° Saint- Germai n-des-Prés.
L'état de la mendicité est la preuve des bons ou des mauvais gouvernements. Sous le règne de Louis XV, suivant Duclos, le nombre des mendiants s'élevait à 27 ou 30 mille dans Paris (2).
VIL Tableau moral de Paris.
J'ai dit que les masques d'hypocrisie qui couvraient les mœurs corrompues de la cour tombèrent de toutes parts après la mort dt- Louis XIV. Les princes, les courtisans semblèrent se dédommager de la longue contrainte que ce roi leur avait imposée pendant sa vieillesse dévotieuse : cette mort fut le signal d'un débordement général. On avait été gêné; on ne se gêna plus : on passa de l'bypocrisie à la licence la plus effrénée
La férocité et la perfidie des siècles barbares, les crimes de la féodalité, les erreurs et les abus, les désordres résultant des vices du gouvernement, ne sont point les principaux traits des mœurs de cette période : ce qui la caractérise plus parti-
\i) Recherches sur ia population, par Mes- Mince, pages 177 et suivantes.
(2) Mémoires deDuclos, tome IL pagel96.
culièrement, c'est la débauche extrême qu'un -vernis de politesse et de civilisation rendait aimable et plus dangereuse.
Il est difficile de peindre des mœurs scandaleuses sans blesser la délicatesse des lecteurs modernes ; mais parce que les traits en sont hideux , faut-il que la peinture ne res.semble pas à l'origin d ? Fautil renoncer à la vérité de l'hisfoire? N'estil pas possible d'accorder cette vérité avec les convenances, d'exprimer en termes décents des faits qui ne le sont pas? C'est à quoi je vais tâcher de m'assujettir.
Voici comment un héros de la cour du régent nous peint les désordres de cette cour :
h En 1749, la duchesse douairière vi- « voit publiquement avec Law. L'i du- « chesse de Bourbon, méprisée de son « mari, se consoioit avec Du Chayla. La « princesse de Conti, fille du roi, quoiqu'à » de.Tii dévote et souvent agitée de scru- « pales et de remords, ne "pouvoit ren- « voyer son neveu La V.lliëre. La jeune « princesse de Conti, malgré toute la ja- « îousie de son mari, conservoit La Pare, « et se préparoit à le quitter pour Cler- « mont, gentilhomme de sa maison. S^ « sœur, mademoiselle de Charolais, «■ aimoit, comme on le sait, le duc de Ric chelieu, et le lui prouvoit tant qu'elle « pouvoit; et sa cadette, la belle d moic selle de Clermont, commençoit déjà à c aimer le duc de Melun.
« .... Les filles du régent avoient des « amants : madame de B ... son père; « la seconde, toutes les filles du couvent; « et mademoiselle de Valois, le duc de « Richelieu (4). »
(1) Pièces inédites snr les règnes (U Louis XIY, Louis XV, etc., tome II, chap, 6, p. 80.
.Voici quelques détails sur les deux sœurs, l'une duchesse deB..., l'autre de Chartres.
La duchesse de B..., fille de Philippe d'Orléans, régent de France, était de petite stature, d'un fort embonpoint, et avait le visage très coloré, surtout par une forte couche de rouge destinée à cacher ses marqua de petite vérole. Dès les preatières années de son mariage, on lui donna une gai^e d'honneur composée de cinquante jeunet ^ gens, dont plusiexirs forent admis à calmer l'ardeur de son tempérament. Cette princesse mérita le titre de Messaline française.
U^n cadet de Gascogne, nommé de Bk>xn,
Ces désordres, ces incestes ne sont mal- le témoignage du mareuiiul de Kiclielicu
heureusement que trop bien attestés ; et
petit, laid, mais vigoureux, obtint une lieutenance dans les gardes de la princesse, et fonda sa fortune à venir sur sa jeunesse, sa vigueur et sur les goûts de la duchesse de B... Il paria même de ses espérances à quelques seigneurs delà cour. '< Comme lesjeu- .! nés gens de nos jours, dit le duc de Ri- ^ cheliéu lui-rr ême, ne font pas plus de fa- « çon, Riom fit des preuves,^t les constata, '> en préstnce du duc de Richelieu et d'au- K très seigneurs de la cour... La duchesse, •< convaincue de la bravoure et de tout ce M que Riom était capable de faire, en fut si " contente qu'il devint l'arbitre de ses plai- .- sirs. Rarement depuis elle changea, hor- « mis quelques autres par-ci par-là, comme .» elle s'exprimait. " [Pièces inédites sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV, tome II, nages 28, 29.)
Au commencement de 1719, cette duchesse était grosse et cachait son état sous une robe à cerceau.
Cette princesse dévergondée cherchait •lans le Uixe et la représentation un dédommagement à son défaut de mérite.
Le 2 mars 1716, elle parut aux Français dans une loge surmontée d'un dais, et se fit harang\;er par les comédiens (Extrait des rt^émoires de Dangeau, par madame de Sarîory). Elle fit encore pis à l'Opéra. Un ambassadeur vint lui rendre visite ; il la trouva ass-ise dans un fauteuil élevé sur une estrade de trois m.arches ; elle le reçut comme une reine sur son trône. L'ambassadeur lui fit une révérence et lui tourna le dos. (Extrait des mémoires de Saiiil- Simon.)
Cette princesse croyait dev enir moins méprisable à ses yeux et à ceiix du public, en entremêlant ses habitudes voluptueuses de quelques pratiquesde dévotion. Pendant U semaine sainte et les jours de grandes fêtes, elle se retirait chez les filles du Calvaire ou aux Carmélites : làelle couchait sur la dure, mangeait, priait et jeûnait com.me une religieuse Lorsque quelques sœurs du couvent lui faisaient des observations sur le contraste que préstntiiitsa vie austère dans le couvent et sa vie scandaleuse à la cour, elle ne s'en fâchait pas et se mettait à rire.
- La duchesse de B... mourut à Meudou le 19 juillet 1719.
Louise- Adélaïde de Chartres, fille du régent, la plus jolie de ses sœurs, ne put longtemps résister aux sollicitations de son
P*s:j. — Typ. t.ACo:
est à cet égard renforcé par ceux de plupère, et lui céda, comme avait fait sa so. aînée. Elle parvint même à dominer le régent pendant qtielques mois ; mais elle fut bientôt négligée. " La princesse, le voyant " si constant dans son goût pour le chan- '' gement, ne put supporter l'idée, ni d\";:re M renvoyée, ni d'être supplantée par ses «< sœurs ou par quelque autre... ; elle avoua « tout à sa mère, la duchesse d'Orléans, lui « .confessant qu'elle avait du goût pour la vie « dévote... La raison particulière qui la dé- " terminait à se retirer au couvent.... ce .. fut l'amour eifrénc et connu qu'elle avait " pour son sexe. >» (Pièces inédites, tome IL pages 46, 47.)
Sa grand'mère, qui ignorait le motii ; -cret de sa résolution, eu parle ainsi : « EUe " a de beaux yeux, de belles dents, u;if> *. belle taille...; elle danse bien et chav.t ■ « encore mieux... Tous ses goûts sont }• r- " tés vers ce que les garçons aiment depir- « férence; rien ne lui plaît tant que le» « chiens, les chevaux, d'aller à cheval . « tirer au vol. Tout ce qui amuse les f « mes^ l'ennuie: elle n'a peur de rien. M se s ucie pas du tout de sa figure. Et " veut se faire religieuse! Cela est-il « croyable? Ce n'est point par jalousie ù " sœur qu'elle a conçu cette résolution, ;...w. •« pour se soustr.ùre aux persécutions de sa 'l mère. » "iFragjnents de Lettres orirfinales,' tome II, page 186.)
La même revient sur l'étonnante détermination de sa petite-fille: « Je n'aurais '< jamais cru que cette jeune personne pût « prendre une pareille résolution. Ses ineli- 'î naiions n'étaient pas du tout celles qui « sympathisent avec la vie claustrale : elle .. aimait la musique, le spectacle et la dan- M se...; elle s'amuse toute la journée avec " de la poudre ; elle fait des fusées, des feuxi '< d'artifice , elle a une paire de pistolet» * « avec lesquels elle tire au blanc tant qu'elle " peut. »
Elle prit l'habit de religieuse en mari 1717, et fut, le 10 mars 1719, nommée abbesse de Chelles.
" Nous laisserons madame l'abbesse voler « de jouissance en jouissance et contenter ses • « penchants vicieux, sans renoncer à ceux de " son père qui allait lavoir de temps en temps, « lui accordant aisément tout ce qu'elle lui «demandait; et, comme elle était bien u payée, elle atrouvé le moy(-u de mettre deux B, riieSoufC'j!, 48.
sieurs autres contemporains. Laissons à ce maréchal le scinde continuer son cynique tableau.
. Mademoiselle de la Rocbe-sur-Yon (1) . jouissoit paisiblement de Marton ; ma- « dame du Maine avoit le cardinal de Po- « li^^nac -.t quelques autres. De celte ma- « nière, les princesses du sang, que le feu « roi avoit conservées dans la décence et ( « lé respect pour le public, s'étoient bien [
« pourvues. Leurs amours se passoient de « manière que tout le monde le savoit et « le voyoit, sans qu'on v trouvât à redire, « parce que la morale et la dévotion du « leu roi avoient été véritablement trop « onéreuses (1). »
Les débauches de la cour s'étendaientencore plus loin : elles atteignaient le dernier degré delà dépravation. La nature était ouvertement outrai:ée Les femmes
Le pont Louis-Philippe.
se livraient aux caresses stériles des femmes, et ks hommes aux caresses des hommes. Toute chair, colnme le dit la Bible, était détournée de sa voie.
« Il est certain que madame de Men...
(1) Sœur de la duchesse de Bourbon.
- millions à fonds perdus sur la ville ; ce •" qui l'a rer.due fort riche. Elle affectait " des dehors modestes et allait réorulière-
• ment au chœur: mais il ]'.:] échappa de
• iire une fois q'.iir'ques pa.^o'e:» qui fir^-nt
IV DULAUflB
! < aime les femmes, dit la princesse de
I • Bdviè.e. mère du régent; elle a voulu
« me communiquer ce smguiier goût ; elle
« a même pleuré amèrement, lorsqu'elle
« entendre quelle vie elle y menait, n (^Piicti inédites, tome II, pages 46, 47.)
Le 3 octobre 1734, elle abandonna l'abbaye de Chelles pot:r se retirer au prieuré de Sainte-Madt-leine-de-Trainel à Paris, où elle s'occupa de théologie et embrassa le parti du jansénisme.
(1) Piictsiniditu, tome II, p:ige5,9», 81.
)9t nis-foi&E
€ a vu que le succès ne répondoit pas à « ses espérances. Elle a voulu ensuite me € rendre amoureuse du chevalier de Vena dôme , et n'y ayant pas réussi davan- « tage. elle )nè dit : Je ne puis concevoir « de quelle pâte vous êtes pétrie : n'aimer € Di homme ni femme! Il faut que lanac tion allemande soit plus froide que tou- « tes les autres (i). »
La même dit, dans une autre lettre du 6 mai 1719, que la seconde dauphine couchait avec la vieille : c'est ainsi qu'elle appelait madame de Maintenon ; et ajoute : « Cette familiarité a donné lieu à « des bruits auxquels je n'ai cependant « jamais eu la moindre croyance. Pour la « duchesse de.... madame de... et la... € D'... je n'en jurerois pas (2). »
On voit que la duchesse de Chartres, s'il est vrai que cette princesse se retira au couvent de Chelles dans le dessein de satisfaire plus librement son goût dépravé, n'était pas la seule à la cour qui partageât ce goût.
Celui des hommes pour les personnes de leur sexe, que Louis XIV avait cherché à détruire, s'était cependant maintenu à la cour, et se manifesta assez ou- •vertement sous la régence. Le duc de Richelieu parle de ces hérétiques en amour; il raconte que, se rendant un soir secrètement dans l'appartement de la duchesse de Charolais, une de ses maîtresses, il fut suivi avec empressement par un homme qui, dit-il, était de la secte à laquelle le feu roi avait fait une guerre très secrète.
« Le duc, craignant d'être découvert, « ignoroit encore qu'il y eût une confrérie « en France dont les actions fussent aussi • hardies, aussi impunies; il ne pouvoit « croire surtout que les jardins des princes € du sang fussent les postes de leurs atten- « tats... Il ne manqua pas de raconter « cette aventure à sa princesse, qui lui dit « que rien n'avoit été capable de dissiper « et d'éloigner ces sortes de confrères, pro- « tégés par des hommes puissants (3). »
La princesse, mère du régent, écrivait en 1718 : € Je n'ai jamais vu le premier « dauphin plus en colère que lorsqu'un « jour, en plaisantant, on parut le soup-
(1) Fragments de Lettres originales, tome U , ftge 14.
(2) Fragments de Lettres originales fiomell, page 68.
(3) Pièce» inédites, tome II, pages 52, 63.
« çonner d'un goût qui commençoit à se « répandre, d'une sorte d'amour que ré- « prouve la nature (1). »
Le duc de Richelieu, dans ses Mémoires, parle de cette confrérie, et raconte qu'un groupe de dix-sept courtisans qu'il nomme, se livra, dans le jardin de Versailles, au clair de la lune et presque sous les fenêtres du jeune roi, aux excès les plus dégoûtants de la luxure. Cette scène scandaleuse eut beaucoup d'éclat : elle en rappelle une semblable qui eut lieu sous Louis XIV, de la part de gens de mêm.e espèce. Le régent, qui ne faisait qu'en rire, « se contentoit de dire qu'il falloit « adresser une rude réprimande à ces sei- « gneurs, et leur faire entendre qu'ils « n'avoient pas le meilleur goût du monde. « Cependant, lorsqu'on dit que ces mesi « sieurs avoient déjà formé une confrérie, I « il opina pour sa dissolution.
I « L'abbé Dubois vouloit qu'on les lais- 1 « sât tranquilles, et Villars qu'on les pu- « nît légèrement et sans éclat. Quelques- « uns furent enfermés à la Bastille, d'au- « très envoyés dans leurs terres ou à leur « régiment (2). »
Philippe, duc d'Orléans, régent de j France, prince doué d'une figure aimable, . d'un caractère doux et aiîaljle, de beau- I coup d'esprit, de talents agréables et va- I ries, et de connaissances assez étendues pour un homme de son rang, digne d'é- I loge sous plusieurs rapports, n'en mérite . aucun sous celui des mœurs.
Corrompu dès sa jeunesse par l'abbé , Dubois, son sous-précepteur, il sentoura, ' dès qu'il fut parvenu à la régence, d'hommes et de femmes qui partageaient son penchant à la débauche. Les ducs, les' comtes, les valets, qu'il nommait ses roués, et dont plusieurs méritaient de l'être; les actrices, les duchesses, les dan- ' seuses, les princesses, les dames d'honj neur, etc., tous à l'envi participaient à ; ses débordements, et presque tous remi plissaient un emploff diffamé même dans les mauvais lieux, qui consistait à recher- I cher et à procurer au sultan de nouvellci , victimes à sa luxure.
I Je pourrais citer les noms de ces personnages que tant de nobles de nos jous
(1) Fragments de Lettres originales^ tomelli page 80.
(2) Mémoires du duc de Richelieu , tome m, chap. 21, page 231.
s'honorent d'avoir pour aïeux, et ne point respecter l'opinion ancienne et erronée de ceux qui pensent que l'iofamie des pères rejaillit sur les enfants. Mais mon objet est plutôt de peindre les mœurs que d'humilier l'orgueil de certaines familles. Je dois dénoncer Tes vices et non les personnes.
« La dissipation, le bruit, la débauche « étoient nécessaires au régent; iladmet- « toit dans sa société des gens que tout € homme qui se respecte n'auroit pas « avoués pour amis, malgré la naissance « et le rang de quelques-uns d'entre eux. t Le régent, qui, pour se plaire avec eux, t ne les en eslimoit pas davantage, les « appeloit ses roués, en parlant d'eux et « devant eux. La licence de cet intérieur t étoit poussée au point que la comtesse « de Sabran dit un jour, en plein sou- « per, que Dieu, après avoir créé l'homme, « prit un reste de boue dont il forma « l'âme des princes et des laquais (1). »
Il existait dans la classe de ces derniers des êtres bien plus honorables que les princes. « Ibagnet étoit concierge du Pa- « lais-Royal. Attaché à la maison d'Or- « léans depuis son enfance, il avoit va t naître le régent, l'aimoit tendrement, le « servoit avec zèle , et lui parloit avec la « liberté d'un vieux domestique... Le ré- « gent avoit pour Ibagnet une sorte de « respect : il n'auroit pas osé lui proposer € d'être le ministre de ses plaisirs •. il étoit « sûr du refus. Quelquefois, un bougeoir « à la main, Ibagnet conduisoit son maît tre jusqu'à la porte de la chambre où t se celebroit l'orgie. Le régent lui dit un
• jour, en riant, d'entrer. Monsieur, ré- « pondit Ibagnet, mon service finit ici ; « je ne vais point en si mauvaise compa- « gnie ; je suis très fâché de vous y
• vojr ! 2). »
Les débauches du régent, ses orgies nocturnes ne sont pas ce que sa conduite avait de plus blâmable; m.ais ce sont ses rapports avec ses propres filles qui, par ses exemples, son consentement et ses
f)0ursuite3, devinrent aussi coupables que ui.
Une seule de ses trois filles, la duchesse de Valois, lui résista ; cette résistance, son motif et sa courte durée doivent être rapportés. Cette fille était en intrigue galante avec le duc de Richelieu, amant favorisé
[\.) Mémoires de Duclos, tomel, page 219, (2) Mémoires de Duclos, tome I, page 389.
TABLEAU MOIL\L tfî
de p'usieurs princesses. "Voici comment
lui-même rapporte les obstacles et les succès de ses amours avec elle; comment cette duchesse, obsédée par les pressantes sollicitations de son père, finit par lui céder.
« Un jour le régent, dominé par sa passion atroce plutôt que d'un véritable amour, et ne pou\ant plus résister aux désirs qui ledévoroient, en vint au point de lui promettre que, si elle vouloit satisfaire à ses transports, il lui donnoit sa parole qu'il lui procureroit tous les moyens de voir Richelieu à son aise, tant qu'elle le voudroit, et sans qu'on le sût. Faites vos reflexions, lui dit-il, et demain vous serez à moi, ou votre amant est mort.
« Dès qu'il fut sorti, la princesse ne tarda pas à consulter son amant sur le parti qu'elle avoit à prendre. Le duc, peu délicat et fort amoureux..., voyant qu'il n'y avoit pas d autres moyens de jouir tranquillement de sa maîtresse, l'exhorta d'accepter le marché... Cela fut exécuté, et le régent tint sa parole. « Il y avoit dans la cour des cuisines (au Palais-Royal) une chambre dont le mur étoit mitoyen à celui d'une garderobe de la princesse sa fille. Il en fît déloger le cuisinier, et fit abattre de ce mur ce qu'il en falloit pour construire une porte. Dans cette ouverture, on plaça une a.^moire dont les battants pouvoient s'ouvrir également du coté de la princesse et dans la petite chambre. Le duc fut possesseur de la chambre, et la princesse eut la possession de l'armoire, avec la faculté d'ouvrir au duc aux heures qu'elle lui indiqueroit. Par cette invention, le régent avoit voulu non-seulement donnera sa fille tous les moyens qu'il lui avoit promis, mais il esperoit cacher aux yeux du publii l'intrigue qui le déshonoroit (1). »
La vie scandaleuse du régent exci^
indignation des uns, et devint un ali-
ment à la malice des autres. Chacun, suivant ses dispositions, exhala ses sentiments; le plus grand nombre fut révolté de l'extrême corruption de ce prince et de sa cour. Les mémoires particuliers, les allégories, les épigrammes, les couplets, s'accordent à témoigner de ses orgies noo-
(1) Pièce* inédites tous U rlgnê dêLouit XV,