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tome II, page

HISTOIRE DE PABIS

turnes et de ses actes incestueux (l).Dans son Palais-Royal, au palais du Luxembourg, où demeurait la duchesse de B...

se célébraient le plus ordinairement ces parties de débauche. L'on y voyait les acteurs figurer quelquefois avec un costume qui consistait à n'en point avoir (2) ; et les princes, les princesses, se livrer sans pudeur aux désordres les plus dégoûtants.

Alors, les princes, les ducs buvaient avec excès, comme ils le faisaient sous Louis XIV, comme le font aujourd'hui quelques hommes de la dernière classe du peuple. Le duc de Richelieu, dans sa chronique, dit du régent : « Comme il ai- « moitié vin, on buvoit chez lui beau- « coup plus qu'il ne convenoit à un ré- « gent de France. D'ailleurs, ayant le « malheur de ne point supporter le vin « aussi bien que ses convives, il se levoit « souvent de table, ivre ou ayant la rai- « sonfortaltérée.Deuxbouteillesdevin de « Champagne faisoient en lui cet ef- « fet (3). »

Vers la fin de l'an 1716, le régent, revenant un soir du Luxembourg, plus ivre qu'à l'ordinaire, dit à La Farë, son capitaine des gardes : La Fare, je te prie de me couper la main droite. La Fare refu-

(1) On connaît ce couplet qu'on attribua à Voltaire, fort jeune alors, et qu'il désavoua dans le temps :

Vers attribués à Voltaire.

Enfin, vùire esprit est guéri

Des craintes du vulgaire.

Belle duchesse de B

Achevez le mystère.

Un nouveau Loih >ous sert d'époux;

Mères des Moabites, Puisse bientôt naître de vous

Un peuple d'Ammonites!

Désaveu de Voltaire.

Non, Monseigneur, en >érilé, Ma muse n'a jamais chanté Ammonites ni Moabiies; Bnincas vous répondra de mol : Un rinienr, sorti des Jésuite», Des peuples de l'ancienne loi Ne connaît que les Sodomiles.

Ou sait que Loth eut de ses deux iilles deux enfants, Moab et Ammon, qui furent l'un le père des Moabites , et l'autre celui des Ammonites.

Voltaire, peu de temps après, composa sa tragédie à'Œdipe , où il fait, dit-on , allusiou aux liaisons du régent et de sa tille.

12) Dans ces orgies, on nommait ce costume, costume en peau.

(3) Pièces imditts sous le règne de Louis AT, tome IL page 7.

sant d'obéir, le régent lui dit : « Ne sens-

tupaslapuanteurquisortdemamainPElle acontractéuneodeur que je n'ai pu dissiper en me lavant ; je ne puis la souffrir davantage. La Fare rassura le prince en lui disant que le sommeil ferait évaporer cette odeur (1).

Je passe plusieurs autres scènes pareilles, amenées par ses inclinations bachiques.

« Pourvu que les femmes soient gai<- « dit la mère de ce prince, dans une « ses lettres, qu'elles boivent et mangeut « beaucoup, mon fils les tient quittes d'a- « mour et mêm.e de beauté : je lui repro- « che souvent d'en avoir de laides (2). »

Les duchesses et princesses de la cour partageaient ce goût honteux, et s'enivraient fréquemment. La mère du régent.

Charlotte-Elisabeth de Bavière, dans ses lettres, parle, sans le blâmer, de l'usa^r qu'avaient adopté les dames de la cou; de boire avec excès. « Madame la du - « chessede Bourbon, dit- elle, peut boi: « beaucoup sans perdi^e la tète; ses fill «t veulent l'imiter, mais elles n'ont pas ia « tète assez forte; elles sont, en génériil, « un peu moins maîtresses d'elles-mêni' « que leur mère. »

Parmi les hommes pervers qui fondaic...; leur fortune et leur puissance sur la corruption du régent, et qui cherchaient, prn toutes sortes de moyens, à la maintenir i ou à l'accroître, afin de le dégoûter de affaires, se distingue ce misérable ahl; Dubois qui, avec l'effronterie du crime, i< talent de le faire prospérer, parvint, nor. pas à Bicêtre, mais aux dignités d'archevêque de Cambrai, de cardinal du saint siège, de premier ministre de France, et de membre de l'Académie française. L'élévaliou de cet homme, qui, suivant le duc de Richelieu, était le plus vil et le plus mauvais des hommes , et dont, suivant un écrivain, on ne dira jamais assez de mal, aurait, dans un autre temps, inspiré la plus vive indignation ; elle n'inspira que des plaisanteries et des couplets tels que le suivant :

Je ne trouve pas étonnant

Que l'on fasse un minisire Et méine un prélat important.

D'un maq d'un cuisu-e;

(1) Pièces inédites sous le règne de Louis XV, tome II, page 34.

(2) Fragments de Lettres originales, première partie, page 237.

Rien ne me scrprend en cela:

Ne sait-on pas bien comme I>e son cheval Caliguta

Fit un consul à ao;ne ?

Quelque temps après la nomination de Dubois à rarchevêché de Cambrai , une prostituée, appelée la Fillou, qui avait ses entrées libres chez le régent, vint lui demander une grâce, « Parie, dit le ré- « gent, que' veux-tu? — L'abbaye de «Montmartre, lui répondit-elle. Â ces « mots, Philippe et Dubois éclatèrent de t rire. Pourquoi ris-tu de ma demande?

€ dit-elle à l'abbé, tu es bien archevêque, € toi, m.,., et pourquoi ne serais-je pas t abbesse, moi qui suis une m...? Le « régent fut obligé de convenir qu'elle € av.it raison. » Tout le monde prodiguait à Dubois cette infâme qualification de m...; il ne s'en piquait pas. Le régent le traitait de coquin, de scélérat, de drôle; il Y était insensible.

Dubois sacrifiait ouvertement les intérêts de la France à ses propres intérêts. Pour cette trahison, il recevait de i'An- . gieterre une pension de quarante mille li- . vres sterling, valant près d'un million. Le ; régent le sfivait et ne s'en mettait point en"^ peine. La trahison de l'un et l'indiffé- ! renée de l'autre offrent un trait bien prof pre à caractériser le gouvernement de 1 cette époque.

iCe cardinal présidait aux débauches du .régent, aux org.es noct-urnes qui presque journellement avaient heu au Palais-Ptoyal et au palais du Luxembourg, ou dans les maisons de campagne de quelques serviteurs qualifiés.

Dans ces orgies dégoûtantes l'on voyait souvent des escrocs et des princes, des filles publiques et des duchesses faire assaut d'ivrognerie et de luxure. En 1722, le régent et ses compagnons de débauches célébraient des orgies qu'ils appelaient fêtes d'Adam. Laissons parler le duc de Richelieu, qui sans doute y assistait.

« Ou s'assembloit donc à Saint-Cloud, « d'où l'on chassoit tous les valets. Là se « trouvoient des femmes publiques, con- « duites de nuit, les yeux bandés, pour « qu'elles ignorassent le nom du lieu où « elles et oient. Le régent, ses femmes et « ses roués, qui ne vouloient pas êtrecon- « nus, se couvroient de masques, et je « dois dire à ce sujet qu'on dit un jour, « en face de ce prince, qu'il n'y avoit que « le régent et le cardinal Dubois capables « d'imaginer de pareils divertissements.

« D'autres fois, on choisissoit les plus « beaux jeunes gens de l'un et de l'autre « sexe qui dansoient à l'Opéra, pour ré- « péter des ballets que le ton ai'sé de la « société, pendant la régence, avoit rendu* « si lascifs, et que ces'' gens exécutoieat « dans cet état primitif où étoient les « hommes avant qu'ils connussent les « voiles et les vêtements. Ces orgies, que « le régent, Dubois et ses roués appeloient « fêtes d'Adam, furent répétées une dou- « zaine de fois ; car le prince parut s'en « dégoûter. »

Aux fêtes d'Adam les roués en firent succéder d'une nouvelle espèce dont l'invention est due à l'imagination de la dame Tencin, et l'exécution au cardinal Dubois. Ces nouvelles orgies furent nommées des Flagellants. Ce cardinal en fît la proposition au régent qui répondit : « Je le veux bien, à condition que tu seras de la partie et que nous t'écorcherons... »

« Toute la cour des roués se flagella « dans une nuit profonde, » dit le duc de Richelieu.

Le régent eut des remords et les manifesta à Dubois : < Que dira l'hjstoire ? Elle représentera les orgies de ma régence, comme ces fêtes que nous connoissons tous de la cour des mignons de Henri III. Nos fêtes ténébreuses seront mises au grand jour ; la postérité en conncîtra les détails; les artistes les graveront. » Il ajouta : «On saura du moins que tout se passoit à l'instigation d'un cardinal. » Puis, lui reprochant de l'avoir, dès sajeunes.se, habitué aux excès du libertinage, il lui dit : « Vat'en, chien de cardinal, sors d'ici (1)! »

Alors le cardinal raconta « qu'il avoit « ordonne à madame Tencin de composer « la Chronique scandaleuse du genre « humai'ii, et qu'elle avoit été à la re- « cherche des plaisirs des Grecs et des « Romains, et lui promit de lui apporter « le lendemain le récit fidèle de ce que les « empereurs et les plus fameuses courtic sanes avoient imaginé ou pratiqué de « piquant et de voluptueux pendant leur « règne. Il ajouta que lorsque son altesse

(1) Cela prouve ce que j'ai dit plus haut: le prince régent était naturellement moral \ et, s'il n'eût été corrompu par ses courtisans, et surtout par l'iufâxe Dubois, son nom eût pu tigurer bpnorablemçnt dant l'histoire.

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