S30 HISTOIRE
« royale auroit lu la description dequel- € ques fêtes, elle voudroit essayer de ce « genre nouveau.
« A ce récit, le régent se réveilla de son c indifférence; il ouvrit ses deux grands « et beaux yeux, tout émerveillé d'enten- « dre annoncer des fêles qui seroient le « résultat des plaisirs de l'espèce humaine € tout entière, et demanda sur-le-champ € ce livre nouveau de madame Ten-
• cin (1). »
C'est assez s'arrêter sur ces mœurs ordurières; passons aux effets quelles ont produits.
La corruption, dans les premières années de la régence, ne franchit point d'abord l'enceinte de la cour, ou ne s'étendit guère au-delà. J'en ai pour garant le contemporain déjà cité. « Les femmes titrées « imitèrent bientôt la cour et les princes- « ses. La bourgeoisie seule ne paroissoit € pas au=;si effrénée : modeste dans ses « habitudes, elle ne brilloit pas comme les « personnes qualifiées, qui, parleur rang, « avoient plus de hardiesse et d'effronte- « rie (2). »
Le même écrivain, sous l'année 4716, dit : « P«u à peu s'introduisit en France « cette funeste maxime, que les femmes « dévoient fermer les yeux sur les égare- « ments de leurs maris, obligés d'avoir les « mêmes attentions pour leurs femmes; « et bientôt, parmi les grands seigneurs « on regarda à la cour , comme une folie « inconcevable, de se conduire bourgeoi- « sèment. On disoit qu'il falloit laisser « cette vie commune aux restes delà cour « de l'ancien temps. Gesprincipespassoient « de la cour du régent dans le reste de la « France; les princes étoient pervertis; la t corruption se communiquoit aisément, € et je reconnois encore, vers le déclin de € mes jours, les effets funestes de la dé- € pravation de presque tous les ordres de
* l'Elat (3). «
Eu l'an '1719, le même auteur semble
(1) Ménnoir^s du duc de Richelieu, tome II, pages 248, 249 et suiv.
Le duc de Richelieu parle dece livre comme existant: il l'a lu; il en donne une coixrte analyse dans ses Mémoires, tome II, page I (2) Pièces inédites sur les règnes de Louis XIV , l/mis XV, t. II, p. 41, 4i;.
(3) Mémoires du duc de Richelieu, tome II, (Sge 90.
annoncer que l'exemple delà cour produisait un débordement de mœurs qui s'étendait jusqu'aux dernières classes de la société. « En 1719, dit-il, l'amour se « montroit effrontément à Paris, sans « voile, sans bandeau ; l'exemple des chefs « autorisoit les débordements de la mul- « titude (1). »
En effet, la corruption s'étendit dans cette ville, et y fit de grands ravages. D'infâmes agents corrompaient les bourgeoises, femmes ou filles, pour les livrer à la luxure de leur maître. Le chancelier d'Argenson portait ses goûts libertins jusque dans l'asile de la pudeur, et convertissait en sérails quelques couvents de religieuses (2).
« La classe moyenne des citoyens..
« voyait le vice sans pudeur, la d'écence « méprisée, le scandale en iionneur. On « étoit réduit à regretter l'hypocrisie de € la vieille cour. On ne peut nier que la « régence ne fût l'époque, la cause prin- « cipale, et n'ait donné l'exemple et le si- « gnal d'une corruption sans voile (3). »
Les roués de la cour, lassés de l'effronterie des duchesses, pour varier leurs débauches, s'adressaient aux Pari.sicnn et leur communiquaient leur dépra\; tion.
Les scènes nocturnes du Palais-Royai et du palais du Luxembourg, malgré des soins mystérieux, parvenaient toujours à la ■ connaissance d'un public malin, qui savait fort bien, comme c'est l'ordinaire, tout ce que la cour voulait lui cacher, et qui, n'étant pas assez vertueux pour s'indigner de ces sales orgies, en riait, et imitait dés vices parés de la .splendeur du luxe et du prestige de la puissance.
Ainsi, la source du mal est bien iodi-, quée par les différents écrits du temps. L'immoralité partait de la cour.
Le foyer de corruption, placé au centre du gouvernement, n'en était queplus dangereux; et la contagion, ayant pour véhicule la fortune et l'autorité, dut faire de vastes et rapides progrès. Cependant plusieurs personnes de la classe des princes et des courtisans parvinrent à s'en préserver. De ce nombre étaient ceux qui composaient la vieille cour de Louis XIV.
Mécontents du régent, accoutumés à la vie
(i) Pièces inédites, tome II, p. 66.
(2) Pièces inédites, tome II, page 30.
(3) Mémoires de Ducio*, tome II, page IS2.
TABLEAU
régulière, aux actions mesurées et au cérémonial des derniers temps de ce règ(ie, ils s'indignèrent contre les désordres de la régence, et résistèrent au torrent ; mais leurs habitudes invétérées et leur âge avancé diminuent uu peu le mérite de cette résistance.
D'autre part, la duchesse du Maine, ayant une cour nombreuse, donnait des fêtes brillantes , mais qui n'étaient point comparables à celles du duc d'Orléans : ces fêles étaient magnifiques, mais décentes. Cette duchesse, ennemie du régent, s'occupait à conspirer en faveur des Bourbons d'Espagne contre les Bourbons de France. Cette conspiration découverte et quelques conspirateurs punis humilièrent, avilirent la cour de la duchesse, et ne changèrent rien à ses mœurs ni à celles de la cour du régent (\).
Les scènes scuudaleuses de cette cour cessèrent par la mort des principaux acteurs, que l'année A723 vit disparaître ; mais leur exemple avait laissé des traces trop profondes pour être facilement effacées. L'année 4726 vit éclore un nouvel ordre de choses.
(1) L'habitude des plaisirs vifs , goûtés dès le jeune âge, émousse le sentiment, ! amène l'ennui, la satiété, maladies ordinaires de ceux qui peuvent facilemei t et de bonne heure satisfaire leurs désirs. De là, j ces goûts désordonnés, ces recherches, ces { ressources monstrueuses qu'on peut reprocher au régent et à sa cour. La mère de ce j prince, dans une de ses lettres, dit : « Mon ; M hls a donné des marques de virilité à l'âge •« de treize ans. Il dut ce premier essai, cet : M apprentisage à une femme de qualité. » {Fragments de Lettres , première partie , page 233.)
Dans le même recueil , on lit ce passage relatif à l'ennui de la duchesse de L'-.igueville. On lui dit : « Mon Dieu! madame, M l'ennui vous ronge: ne voudriez-vous pas « que- que amusement? Il y a des chiens ici a et de belles forêts : ne voudriez-vous pas M chasser? — Non, dit-elle ; je n'aime pas t la chasse. — Voudriez-vous de l'ouvrage? « — Je n'aime pas l'ouvrage. — Voudriez- « vous vous promener ou jouer à quelque •• jeu? — Je n'aime ni l'un ni l'autre. — •* Que voudriez-vous donc? — Que voulez- « vous donc quejevous dise? Je n'aime pas » les plaisirs innocents. »• (Fragments de Let- UrtSf première partie, page 201.)
Louis XV , âgé de seize ans, fut revêta
du caractère de roi , et son précepteur Fleury de celui de principal ministre.
Celui-ci régna sous le nom de son royal élève. Le roi était encore pur ; la corruption n'en avait point encore approché. Son ministre, à la gravité de son àg? avance, joignait des mœurs régulières. La scène changea entièrement de face. Les exemples de la régence devenaient cdieux, et la débauche semblait pour toujours être bannie de la cour.
Louis XV, dans les premières années do son mariage, fidèle à la toi conjugale, désespérait ses courtisans, ne leur laissant aucune prise sur ses mœurs. Ces hommes ne peuvent maîtriser les princes exempts de passions ; ils ne peuvent servir celles que les princes n'ont pas, et par conséquent obtenir la récompense que ces .services attirent. Ils prirent donc la résolution de se concerter pour tendre des pièges au jeune roi et le plo:iger dans la corruption : leur première tentative ne fut pas heureuse. Un d'eux cherchait a lui inspirer du goût pour une dame de la cour, il lui répondit : La trouveriez-vous plus belle que la reine?
Pourquoi faut-il que le vice ait la persévérance qui devrait être réservée à la vertu? Les courtisans vicieux persévérèrent dans leurs attaques, et Louis XV, vertueux, finit par succomber. Il céda malheureusement à l'exemple, aux séductions et à la fougue de son âge. Le cardinal Fleury hasarda quelques remontrances auprès de son royal élevé, qui lui fit, dit-on, cette réponse : Je vous ai abandonné la conduite de mon royaume: j'espère que vous me laisserez maître de la tienne.
* Ce cardinal, en bon courtisan, pensa « que la dame la plus facile seroit celle « dont le roi s'accommoderoit le mieux ; « il crut aussi que la moins ambitieuse « étoit laplus convenable à la cour. C'est c© « qui lui fit dire: Eh bien, donc, qu'on « lui fasse venir la Mailly {\). »
La comtesse de Mailly se chargea d'exécuter l'attaque; elle provoqua Louis XV, poussa ses provocations jasqu'à une sorte de violence, et lui donna la première leçon de l'infidélité conjugale et du liberti-
(1) Anecdotes de la cour de France ptndant la faveur de madame d« PompadouTy clu^. 2, pages 19 et 20.
23Î mSTOIRE DE PARIS
nage, leçon dont ce jeune prince profita trcp bien. Cette femme courut aussitôt annoncer ce succès à sss complices, et eut l'impudeur de leur en offrir les preuves pour en recueillir les félicitations. Ce dévergondage n'excluait pas chez cette dame plusieurs qualités louables; elle é!ait affable , désintéressée , charitable , obligeante; mais ces heureux dons de la nature peuvent-ils effacer la tache de sa conduite?
La barrière une fois rompue, Louis XV ne trouva plus d'obs'.acles k la fougue de ses désirs. La comtesse de Mailly avait trois sœurs : la dam.e de Vintimille , la duchesse de Lauraguais, la marquise de Tournelles.
La plus jeune , à l'âge de douze ans, sortie récemment de son couvent, supplanta sa sœur aînée (1). Elle eut du roi un enfant, que les courtisans nommèrent ie Demi-Louis à cause de sa grande ressemblance avec son père. Il la^mariaavec ie sieur de Vintimille, à condition qu'il ne consommerait pas le mariage (2).
La dame de Vintimille mourut, dit-on, empoisonnée et par ordre du cardinal de Fleury, qui redoutait l'ascendant de cette maîtresse sur l'esprit du roi; mais cène sont là que des bruit? de cour.
Le roi reprit la comlcsso de Mailly, puis la quitta pour s'attacher à une autre sœur de cette dame, appelée de Tournelles, qui ne céda aux désirs de Louis XV qu'à condition qu'elle serait duc'.esse; que sa sœur de Alailly serait éloipnée delà cour, et renfermée dans un couvent ; que ce roi se rendrait à l'armée, et qu'elle aurait une maison montée et tout ce qui éiait nécessaire à la représentation. Le roi ac-
(1) Les sœurs de la duchesse de Mailly furent ses rivales. On chantait alors des couplets qui commençaient ainsi ;
J'ai vu la Mailly toute en pleurs, V'ià ce que c'est qu'd'avoir des sœurs, etc.
Désespérée d'être supplantée par ses soeurs, la dame de Mailly se précipita de la galanterie dans la dévotion , et devint un modèle de modestie.
(2; L'archevêque de Paris, nommé Vintimille, eut la faiblesse de se prêter à un mariage frappé de nullité par la condition exigée, et prostitua sou ministère en donnant la sainte bénédiction aux prétendus époux. [Anecdotes sur la cour de France, page 22.\
corda tout ; elle devint duchesse de Châteauroux, fameuse par les scènes qui furent jouées à Metz lors de la maladie dr Louis XV.
La dame de Lauraguais, après la mo!) de madame de Chàteauroux, sa sœur, e.ii au.ssi part aux faveurs du roi, qui, ras asié de cette famille, trouva sans peine ,]■nouveaux aliments à ses désirs.
Cependant la reine, instruite du dér glement de son époux, suivit l'impulsion de ia colère et du dépit, et prit la résolution irréfléchie de ne plus partager ave tant d'autres les caresses du roi. Dès l(/r> ce prince se crut dispensé des devoirs conjugaux et affranchi de toute contrainte.
A plusieurs maîtresses que prit el quitta Louis XV, succéda, en 1715, J?nnne-Antoinette Poisson, fille d'une femme entretenue. Elle fut bieniôt illustrée pat les titres de dame du palais et de marquise de Pompadour (!). Le cardinal de Fleury était mort depuis deux ans ; ses successeurs n'inspira". :-n' point la m.ême vénération. Louis XV m pouvait tenir les rênes de l'Etat; sa maîtresse s'en saisit, et, sous le nom de son amant, el!e gouverna en souveraine, fut la dispensatrice des grâces, des emplois les plus éminenîs. ht l'arbitre de la paix et de la guerre. Elle était douée d'un espiil et de talents peu ordinaires ; mais elle ne montra ni le jugemi nt, ni l'énergie, ni la haute prévoyance nécessaires dans le rôle dont elle s'était imprudemment chargée. Elle n'a - ' vait rien de ce qu'on exige dans unhomme d'Etat; mais elle possédait toutes les qualités convenables à la maîtresse d'un roi faible. Elle le consolait dans ses chagrins, cherchait tous les moyens propres à éloigner de lui ce grand ennemi des hommes rassasiés, l'ennui, qui, toujours repoussj, revient toujours vers celui qui le repousse. Elle ne contraria jamais les goûts du roi pour ses jouissances nouvelles; elle les favorisait, souvent en était la confidente, et quelquefois la complice. La délicatesse, la constance, la jalousie étaient des affections étrangères au sentiment qui les unissait. Elle disait souvent, plaçant sa
(1) Lorsque madame de Pompadour fut nommée dame du palais, on vit, dit Duclos dans ses Mémbires, toits les dévots et dévotes, les amis du dauphin, venir chez cette favorite et lui demander ses grâces. (Tome II, page 347.)
r*r.i». — Typographie LAcoim, ru« Soufflot, IS,
TABLEAU
main sur le cœur de Louis XV : « C'est à cecœurque j'en veux.» Ni l'un ni l'autre ne pouvaient se détacher, la marquise du pouvoir dont elle avait goûté, et le roi de l'habitude de varier ses jouissances, en changeant fréquemment l'objet de ses caresses.
Louis XV eut un grand nombre de maîtresses, ou plutôt de victimes de son goût pour la nouveauté: il eut aussi un
sérail secret dont il prenait grand soin de dérober la connaissance au public. Je veux parler du Parc-aux-Cerfs dont on a, je croîs, trop exagéré l'importance.
A Versailles, et dans un quartier peu fréquenté, la marquise de Pompadour avait fait construire, pour servir aux menus plaisirsdu roi,une petite mriison avec jardin/ qu'elle nommait l'Ermitage. Les vils courtisans de ce prince lui avaient
Ecole militaire
procuré une fille de douze ans d'une beauté extraordinaire. Le roi en fat enchanté; mais il craignait la publicité de cette liaison, et ne sauvait où loger sa nouvelle proie.
La marquise de Pompadour, instruite de cette intrigue et de l'embarras du roi, crut, en favorisant l'une et faisant cesser l'autre, afferniirsa puissance : elle dit au roi qu'elle était ennuyée de sa maison de l'Ermitage, et la lai offrit. Louis XV acc-epta, comme très propice a ses projets, la restitution de cette maison, d'un extérieur fort simple, mais intérieurement dé-
corée avec beaucoup de recherche et de luxe.
La jeune demoiselle habita ce séjour enchanteur; le roi venait fréquemment la visii-^r. Lebel, son valet de chambre et l'intendant de ses plaisirs, plaça à la tête de cette maisoi une dame Bertrand, son ancienne femme de charge, qui était supposée en être la locataire, et qui prenait quelquefois le nom de Dominique.
La jeune demoiselle donna un enfant à Louis XV, qui alors la dota et la maria à un gentilhomme.
Elle fut bientôt remplacée par une au-
tre belle fille de douze ans, qu'un marquis, parent de la dame Pompadoar, et Lebel, arrachèrent à sa mère, en mettant enjeu tour à tour la ruse et la violence. La fille fut enfermée dans un appartement que Lebel avait dans un des pavillons des Tuileries, « dépôt depuis très « connu des enfants qu'il choisissoit à « son aise dans le jardin des Tuileries, « pour les plaisirs du prince, » dit l'auteur des Anecdotes.
La mère et la fille, inopinément séparées, firent de vains efforts pour se ré' nir; on ne fut ni touché de leurs larmes, ni effrayé de leurs menaces. La mère, avertie du sort de son enfant, fut réduite à gémir en secret. On prodigua les caresses, les présents à la fille, surtout les promesses de revoir bientôt sa mère, en attendant que sa beauté, ternie par la douleur, eût repris son premier éclat , et qu'elle pût avec avantage être présentée au roi. Ce prince en fut charmé; il en eut deux enfants, et la maria à l'âge de quinze ans |1).
La dame Bertrand était ordinairement chargée de la garded'uneou de deux jeunes filles enlevées ou séduites, et qui, dans le monde, passaient pour ses nièces. Ces filles, pendant les absences du roi, travaillaient h la tapisserie. Lorsqu'il en était dégoûté, il les mariait avec une dot de 100,000 francs et des bijoux II y eut un temps où ce sérail ne consistait qu'en une seule fille, et même il est resté vacant cinq ou six mois de suite, suivant le témoignage d'une dame très à portée de connaître ces détails (2). Mais, après la mort de la marquise de Pompadour, le Parc-aux-Cerfs fut peuplé d'un bien plus grand nombre déjeunes victimes.
Louis XV se rendait quelquefois auprès de ces demoiselles, ou bien il les faisait venir dans deux pièces du château de Versailles, situées près de la chapelle, où ce roi pouvait, de son appartement, se
(1) Anecdotes de la cour de France, publiées par Soulavie, pages 233, 234, 235, 236. On voit, dans la suite des Anecdotes, comment étaient traités les enfants de ces jeunes filles, et les soins que l'on prenait pour leur cacher leur origine.
(2) Madame du Hausset, dans son Journal inséré dans un volume intitulé Mélanges d'Histoire et de Littérature, publié en 1817, pages 345, 346.
rendre sans être vu. Il n'était point connu de ces filles auprès desquelles il passait pour un seigneur polonais ; mais la royauté perça une fois à travers ce déguisement.
Voici ce que raconte la dame du Hausset, fort instruite sur cette matière :
« Dans le temps de l'assassinat du roi, une jeune fille qu'il avoit vue plusieurs fois, et à laquelle il avoit marqué plus de tendresse qu'à une autre, se désespéroit de cet affreux événement. La mère abbesse, car on peut appeler ainsi celle qui avoit l'inteiidance du Parcaux-Cerfs, s'aperçut de la douleur extraordinaire qu'elle témoignoit, et fit si bien qu'elle lui fit avouer qu'elle savoit que le seigneur polonois étoit le roi de France. Elle avoua même qu'elle avoit fouillé dans ses poches, et qu'elle en avoit tiré deux lettres : l'une étoit du roi d'Espagne, et l'autre étoit de l'abbé de Broglio, La jeune fille fat grondée, et on appela Lebel, premier valet de chambre, qui ordonna de tout, et qui prit les lettres et les porta au roi, qui fut fort embarrassé pour revoir une personne si bien instruite. Celle dont je parle, s'étant aperçue que le roi venoit voir sa camarade secrètement, tandis qu'elle étoit délaissée, guetta l'arrivée du roi; et, au moment où il entroit, précédé de l'abbesse qui devoit se retirer, elle entra précipitamment en furieuse dans la chambre où étoit sa rivale; elle se jeta aussitôt aux genoux du roi : «Oui, vous êtes le roi,crioit-elIe, •roi de tout le royaume ; mais ce ne seroit rien pour moi si vous ne l'etijz pas de mon cœur. Ne m'abandonnez pas, mon cher sire; j'ai pensé devenir folle quand on a manqué de vous tuer. L'abbesse crioit : Vous l'êtes encore. Le roi l'embrassa, et cela parut la calmer. On parla de la faire sortir; et, quelques jours après, on conduisit cette malheureuse dans une pension de folles, où elle fut traitée comme telle pendant quelques jours; mais elle savoit bien qu'elle ne l'étoit pas, et que le roi avoit été bien véritablement son amant. Ce lamentable accident m'a été raconté par l'abbesse , lorsque j'ai eu quelques relations avec elle, lors de l'accouchement d'une de ces demoiselles (1)»
(1) Mélanges d'Histoire et de Litïéralurt,
TABLEAU MORAL
Une autre habitante du Parc-aux- Cerfs, fille d'un épicier de Pa is, devint enceinte. le roi, de concert avec la marquise de Pompadour, fît conduire cette fille à Saint-Clou ! , dans une maison située sur l'avenue du château. Etant chez la marquise, il dit à la dame du Hausset, sa femme de chambre : « Vous aurez soin de l'accouchée, n'est-ce pas? C'est une très bonne enfant, qui n'a pas inventé la poudre ; je m'en fie à vous pour la discrétion. • Puis, se tournant vers madame de Pompadour, il ajouta : Mon chancelier Yous dira le reste.
Lorsque cetîe fille fut accouchée, on lui dit que son enfant était une fille. Dans la' suite, on lui fît croire qu'il était mort. Cette accouchée rentra au Parc-aux- Cerfs. La danie du Hausset ajoute à ce récit ces ob-ervations : « Le roi doonoit « 40 ou 12,000 livres de rente à chacun « de ces enfants; ils héritoient les uns t des autres à mesure qu'il en mouroit : « il y en avoit déjà sept ou huit de « morts (1). »
Louis XV, étant à Paris, aperçut dans le jardin des Tuileries une jeune fîlle de neuf ans conduite par sa bonne ; il la trouva jolie, en parla à Lebel : celui-ci recommanda au sieur de Sartines de découvrir cette enfant. La police mit tout en œuvîe pour y parvenir ; elle réussit. Quelques louis donnés à la bonne , et des menaces de prison faites au père, le sieur Tiercelin, livrèrent l'enfant aux mains de
arrêtés et plongés
qu'elle serait enfermée dans an couvent, qu'elle ne verrait jamais le fîls qu'elle avait eu de Louis XV, et qu'elle ne se déclarerait pas sa mère (1).
Le pourvoyeur Lebel, secondé par la dame Bertrand, était à l'affût de toutes les jeunes beautés qui paraissaient à la ville et à la campagne; il employait la violence et la séduction pour les arracher à leur famille et les sacrifier à la luxure de son maître. Malheur aux parents qui réclamaient leurs enfants enlevés, qui écrivaient au roi pour se plaindre de cet attentat! Ils étaient dans les cachots de la Bastille.
Que de larmes ont fait verser, que de crimes ont fait commettre les plaisirs de ce roi! Que d'actes tyranniques, d'emprisonnements , etc.! Que de manœuvres employées pour cacher au public l'infamie d'un premier crime !
« Le goût du roi pour ces petites filles, « que la marquise de Pompadour avoit su « lui inspirer, ne cessa plus; mais à la « fin il en arriva un tel nombre, qu'il fut « résolu à la cour d'établir une règle de « conduite à leur égard, qui remplît les « devoirs d'humanité , sans nuire à ce « que le roi exigeait de respect et de coe- « sidération (2). » Cette règle se rapportait surtout au sort des bâtards, très nombreux, qui résultaient de la débauche royale.
Louis XV, comme presque tous ses prédécesseurs, alliait sans répugnance ses
l'infâme pourvoyeur, qui la garda jusqu'à actes de luxure à ses actes de dévotion.
l'âge de douze ans et demi, époque où il l'introduisit dans les pe'its appartements de Versailles, sous le nom de madame de Bonneval. Madame de Pompadour, craignant dans la suite que le roi n'en fît une maîtresse déclarée, détermina le ministre à faire arrêter le père et la fille. Le roi, qui aimait la demoiselle Tiercelin, se refusait à cet acte cruel; il hésitait et finit par céder. Il embrassa sa jeune favorite, puis signa l'ordre de la conduire prisonnière à la Bastille, dans une chambre séparée de celle où était enfermé son père.
Dans h suite, la demoiselle Tiercelin obtint ia sortie de la Bastille, à condition
jonmal de madame du Hausset, pages 326 et suiv.
(1) Mélangts d'Histoire et de Littérature, journal de madame de Hausset, pages 225,
Laissons, sur cet objet, parler un courtisan, auteur des Anecdotes de la cour.
« Le roi étoit très religieux ; mais il a « toujours eu le défaut d'associer le li- « bertinage avec la religion. Dans ses pe- « tits appartements, il en a donné des « preuves qui prètoient à rire à ceux qui « î'étudioient... S'il enlevoit tant de peti- « tes filles pour servir à ses plaisirs, il « avoit le plus grand soin de les instruire « lui-même des devoirs delà religion; il « leur apprenoit à lire, à écrir?, à prier e Dieu comme un maître de pension, et « ne se lassoit pas de leur tenir des lan- « gages de dévotion. Il faisoit plus, il € priait lui-même à deux genoux, toa-
(1) Anecdotes dt lacour deFrance^ chap. 5, page 248.
'2) Anecdotes de la cour de France, chap. 4, page 239.
« jours avec sa piété accoutumée, et com-
• mandoit à ces innocentes créatures de
• ne pas se mettre au lit sans prier Dieu.
• Quand la prière du ménage étoit faite, « l'une d'elles et lui se levoient et se cou- « choient tous les deux, et toujours en « parlant de Dieu, de la Vierge et des « saints. Quand, dans la suite, on peu- « pla le Parc-aux-Cerfs de petites créatu- ■ res élevées pour ses plaisirs, la religion « ne fut jamais oubliée dans leur éducao tion (1). »
Par les soins de Lebel, de M. Bertin et d'autres , le Parc-aux-Cerfs , après la mort de la dame de Pompadour, n'était jamais vide de jeunes filles : ce fut une d'elles, la fille du concierge de Trianon, âgée de quinze ans , qui , atteinte de la petite vérole, la communiqua au roi et lui causa la mort.
Ce roi , entouré de courtisans corrompus , se livra à des excès semblables à ceux dont avait été souillée la régence. Il célébra aussi des orgies dégoûtantes; nous n'en avons que trop de preuves : témoin les petits appartements qu'il fit construire dans plusieurs de ses palais ou châteaux, et les tables volantes établies aux petits châteaux de Choisy et de Trianon. A chaque service, ces tables, à travers une ouverture du parquet de la salle à manger, descendaient dans une salle inférieure, où, desservies et reservies, elles s'élevaient jusqu'au lieu d'où elles étaient descendues. Les convives, loin des regards importuns de la domesticité, se trouvaient affranchis de toute gêne , et n'avaient point à rougir de leur turpitude (2;.
Les goûts dissolus de Louis XV ne pou- Ci) iTiecrfo^es de la cour de France, chap. 4, page 237.
(2) La table volante du petit château de Choisy existait avant celle de Trianon , qui ne fut faite qu'en 1769 par le sieur Loriot. La simplicité de son mécanisme la rendait très supérieure à celle de Choisy : elle s'élevait, comme l'autre, de dessous le parquet couverte d'un service, avec quatre autres petites tables appelées servantes pour les besoins des convives; et, en descendant, l'ouverture du parquet se couvrait entièrement par des feuilles de métal qui avaient la forme agréable d'une rose. Ainsi, les artistes s'avilissaient en servant la débauche.
valent être satisfaits qu'à force de vexations, qu'à force d'attentats à la morale et aux droits les plus sacrés des familles. On multipliait les agents de la corruption, on protégeait, on récompensait les jeunes filles qui succomibaient à leurs artifices; on arrachait de leurs foyers, on plongeait dans les cachots des prisons d'état, des maris, des pères qui osaient se plaindre de la séduction exercée envers leurs épouses ou leurs filles.
Ces immoralités n'étaient pas les seules qu'on eût à reprocher à Louis XV: ce roi voulait chercher dans la conduite déréglée de ses sujets une excuse à la sienne. En conséquence, on ne négligea rien pour qu'il fût régulièrement informé de toutes les intrigues galantes, de toutes lesdébauches de sa bonne ville de Paris. J'en parlerai bientôt.
La violation du secret des lettres autorisait l'improbité parmi les agents du pouvoir, et servait à établir ce principe faux et corrupteur qu'on ne peut gouverner sans tromper. Cette inquisition exercée sur les actions les plus secrètes des citoyens, laquelle avait pour objet, non la religion, non la morale, mais une siérile et coupable curiosité, ne servait qu'à multiplier les délations, les trahisons et les infâmes agents de l'espionnage.
Avec un gouvernement aussi corrupteur, avec tant de sources de dépravation, la morale ne pouvait dominera Paris ni en France. Aussi, presque tous les individus de la domesticité et des administrations étaient-ils pervertis par l'exemple de leurs chefs.
Ce mépris pour ce qui est juste et honnête, joint à l'état déplorable des finances mal administrées et plus mal employées, porta les ministres à fouler aux pieds toute pudeur. Ils ne rougirent pas de convertir Louis XV en accapareur et en monopoleur des blés. On connaît ce pacte secret et criminel qu'on a nommé pacte de famine.
Ce pacte, cause des disettes qui se sont manifestées pendant le cours de ce règne (1), et dont j'ai un exemplaire sous les yeux, fut entrepris dès l'an 1730. Des agents secrets achetaient, enlevaient les blés des provinces, les affamaient, et puis revendaient ces blés pour le compte du roi. Tous les ministres partageaient cette
(1) Les famines de 1741 et de 1792, etc.
infamie. On nomniait les grains accaparés les blés du roi; on recommandait le plu- grand secret. « M. de Montiani et . M. le contrôleur général sont à la tète « de notre opération, écrivait en 1730 un « des agents; il n'est que le secret qui . puisse la soutenir (1). »
Le secret des rois est le même que le secret de la comédie; il devient bientôt celui de tout le monde.
Dan? l'Almanach royal de 1774, on vit figurer le nom du sieur Mirlavaud, avec sa qualité de trésorier des grains au compte du roi. A ce sujet parurent ces vers qui, s'ils ne sont pas bons, sont au moins historiques :
Ce qvi'on disait tout bas est aujourd'hui public : Des présents de Cérès le maître fait irafie;
Et le uju roi, loin qu'il se cache,
Pour que toiii le monde 1* .-acbe.
Par son grand Almanacb sans façou nous apprend Et l'adresse et le nom de son heureux asçciu .i].
Je ne s^is pas comment la noblesse, qui depuis longtemps considère le commerce comme une profession dégradante, indigne d'elle, a pu voir, sans se plaindre, le roi, son chef, faire le commerce des blés, et, ce qui est bien pis encore, en faire le monopole.
En 1765, ce pacte de famine fut renouvelé et l'entreprise accordée aux sieurs le Rey de Chaumont, Chevalier, Rousseau, conseiller du roi , Perruchot, régisseur général des hôpitaux militaires, et Pierre Malisset, qui se qualifiait de chargé de la manutention des blés du roi.
Un homme fort supérieur, par sa probité énergique, à tous ces misérables, conçut le projet hardi de faire saisir à la même heure, dans les bureaux, toutes les pièces qui constataient ce trafic infernal, et de le dénoncer au roi et à la France entière. Tout était disposé pour l'exécution ; l'auteur , Prévost de Beaumont, sous uu règne où la justice eût dominé, aurait mérité une couronne civique; la police, instruite de son dévoùment,le fit arrêter et jeter dans les cachots de la Bastille, d'cù il fut transiérédansceux de Vincennes
1) La police dévoilée, tomel, page 374. (2) Mémoires secrels, tome VII, 1er fé •\Tier 1774. A cause de cette étrange révélation, l'Almanach royal de cette année fut très recherché ; le libraire Le Breton, qui l'imprimait, reçut une réprimande, et son imprimerie fut fermée pendant trois mois.
TABLEAU MOUAL 237
' et ailleurs, puis rétabli à la Bastille où il
>erait mort sans l'événement de la prise de cette forteresse (1). Cet acte généreux, quoique inconsidéré, puni par vingt-deux années de cachot, illustre la mémoire de Prévost de Beaumont ; mais quelle réputation reste-t-il à ses persécuteurs?
L'imagination blasée de Louis XV le portait *à chercher des jouissances dans le récit des jouissances des autres. Pour satisfaire cette fantaise, rien de sacré ne fut respecté. Aucune perfidie, aucune bassesse, aucun attentat ne furent épargnés. Une armée savamment organisée, habile aux exercices, composée de plusieurs milliers d'agents de tous grades , travaillait nuit et jour, avec des soins extrêmes, à tromper, à corrompre, à trahir et à ramasser, jusque dans les boudoirs ou les alcôves, toutes les ordures de la débauche, pour en offrir le résultat à sa majesté.
On présentait au roi divers rapports , les uns chaque matin, les autres chaque dimanche. Ces rapports peuvent être divisés en cinq classes différentes.
La première classe se composait des extraits des lettres décachetées à la poste.
La seconde, de ce qui concernait la conduite des princes et grands seigneurs de la cour, et leur débauche avec les plus fameuses courtisanes de Paris.
La troisième était relative aux mœurs des évêques et autres prélats.
La quatrième, à celles des ecclésiastiques surpris dans des maisons de débauche. L'archevêque de Paris recevait les doubles des rapports de cette classe.
La cinquième classe enfin se composait de nombreux rapports que faisaient journellement au lieutenant de police toutes les femmes qui tenaient à Paris des maisons de débauche.
Dans ce qui me reste à dire pour corapléler le tableau de la corruption des mœurs pendant cette période, je prendra' ces cinq classes pour divisions, et à cha-
(1) La Police décoilée, tomel, page S99.
Prévost de Beaumont était secrétaire du clergé: il fut arrêté le 17 novembre 1768 et passa dans diverses prisons vingt-deux ans et deux mois. A Vincennes, il avait hs fers aur mains et une planche pour lit ; on le nourrissait avec deux onces de pain et ua verre d'eau par jour. Il a droit à la recoanaissance de la postérité.
cuDe d'elles j'ajouterai les notions que les monuments historiques me fourniront.
Le secret des lettres était journellement violé à la poste. On décachetait habilement toutes celles dont les adresses faisaient soupçonner qu'elles contenaient l'exposé de quelques intrigues galantes ou politiques; on en faisait des extraits, et, après les avoir recachetées, on les renvoyait. L'intendant des postes venait tous les dimanches offrir au roi la somme de ces infidélités hebdomadaires. Ces extraits passaient quelquefois du roi aux ministres qui, souvent, entraînés par le plaisir de conter des anecdotes scandaleuses, divulguaient le secret des familles. L'administration , payée par le public pour transmettre la correspondance, abusait et de l'argent et de la confiance des particuliers. Ce ne fut point sous le règne de Louis XV que commença cet usage criminel; il se pratiquait sous Louis XIV; et c'est au ministre Louvois, d'odieuse mémoire, qu'est due l'invention de cette insigne perfidie (1).
Voici ce qu'à cet égard on lit dans le Journal de madame du Hausset.
« Le roi avoit fait communiquer à « M. de Choiseul le secret de la poste, « c'est-à-dire l'extrait des lettres qu'on
■ ouvroit ; ce que n'avoit pas eu M. d'Ar- « genson, malgré toute sa faveur. J'ai « entendu dire que M. de Choiseul en « abusoit, et racontoit à ses amis les his- « toires plaisantes, les intrigues amou- « reuses que contenoient souvent les let- « très qu'on décachetoit... L'intendant « des postes apportoit les extraits au roi « le dimanche. On le voyait entrer et pas- « ser comme un ministre pour ce redou- « table travail. Le docteur Quesnay , *plu-
■ sieurs fois, devant moi, s'est mis en « fureur sur cet infâme ministère, comme « il l'appeloit; je ne dînerois pas plus vo- « lontiers, disoit-il, avec l'intendant des « postes qu'avec le bourreau (2). »
La seconde classe concernait des rapports sur les mœurs des princes et seigneurs. Ces rapports étaient extrêmement nombreux ; il en a passé sous mes yeux plus de quinze cents. Chacun d'eux était écrit sur un cahier in- 4» , contenant une
(1) Mémoires de Duclos, tome I , page 197.
(2) Mélanges d'Histoire et de Littérature^ 1817, Journal de madame du Hausset.
page 282. ^
douzaine de pages, et portant la plupart la signature du commissaire de police Ma* rais. ;
J'en citerai des passages; mais auy^ara-^ vaut, puisque je suis amené aux in lividus privilégiés, et pour ne pas intervertir l'ordre des temps ^, je placerai quelques faits qui prouvent que l'esprit de l'ancienne féodalité dirigeait encore ces seigneurs ; dans la suite, je reviendrai aux rapports de la police.
Les exemples de dérèglements donnés par le régent furent aussi funestes à la morale publique que le système de Law le fut aux fortunes particulières. Il est certain qu'alors la soif de l'or, excitée par le système de Law, et le libertinage le plus excessif, autorisé par la conduite des chefs, pervertirent la masse des Français. Les germes de ces vices , maintenus par l'habitude, parfois comprimés et jamais étouffés, subsistaient à la vérité depuis les temps barbares; mais, à l'époque de la régence, ils reçurent, surtout chez les hommes puissants, un développement funeste; et le bien que faisait naître l'accroissement des lumières était sans cesse détruit par les mauvais exemples de la cour.
Parmi les princes de cette époque , le comte de Charolais , prince du sang, se distinguait par ses débauches et son cynisme, et surtout par des actes de férocité. Il nous offrait l'image des seigneurs féodaux des temps passés, et se faisait un jeu de la vie des hommes. En sa qualité de prince du sang, n'ayant rien à redouter des lois, ni même de l'opinion publique, il proavait, par sa conduite, que le scélérat le plus dangereux dans une société est celui qui croit pouvoir l'être impunément.
A chaque meurtre qu'il commettait, il venait auprès du roi solliciter des lettres de grâce. Louis XV, en lui accordant une de ces lettres, lui dit : La voilà : je vous déclare en même temps que la grâce de celui qui vous tuera est toute prête.
Cette réponse n'a de la justice que l'apparence : elle provoque à des vengeances que les lois seules doivent exercer; elle décèle l'insuffisance de ces lois et la faiblesse du monarque.
Le comte de Charolais, pendant le ministère du cardinal de Fleury , fut exclu de la cour. Ce cardinal redoutait pour son royal pupille la contagion de ses conseils ou de ses exemples féroces.
TABLEAU
*^on cynisme égalait son inhumanité. Il lit "en son hôtel, rue des Francs- ;rseois, n^ 21 , au Marais; il se plaisait ■ placer aux fenêtres qui avaient vue ..r le couv3nt des Hospitalières de Saint- j Aoastase, ou filles de Saint-Gervais, et à; y faire mille indécences devant ces reli- \ gieuses. Ces fi'.l's, scandalisées par un pareil spectacle, lirent construire entre Thôtel et leur couvent un mur très élevé qui interceptait les regards de? habitants de l'un et de l'autre lieu. Ce mur existe encore.
A la suite de ce portrait, qui nousretrac^e les exploits des anciens seigneurs féodaux, je place le récit d'une action faite dans le même temps, et par des personnes à peu près de même rang.
Antoine Joseph, comte de Home, capitaine-réformé, Laurent de Mille, aussi capitaine réformé, prétendu chevalier, et un nommé de lEstang, complotèrent d'assassiner un riche agioteur, et de s'emparer de son portefeuille^ Ils se rendirent dans la rue Q linquampoix; et, sous prétexte de négocier pour cent mille écusd'acîions, ils conduisirent , le 20 mars, l'agioteur dans un cabaret, rue de Venise, et le poignardèrent. Le malheureux, en se débattant, fit assez de bruit pour qu'un garçon du cabaret, passant devant la porte de la. chambre, l'ouvrît ; voyant un homme baigné dans son sang , il la ferma à deux tours et cria au meurtre.
Les assassins, se voyant enfermés, cherchèrent leur salut dans la fuite. De rEstang,qui faisait le guet dans l'escalier, se sauva aux premiers cris, courut a l'hôtel de la rue de Tournon, où il demeurait, y prit les effets les plus portatifs et s'enfuit. De Mille traversa toute la foule de la rue Quinquampoix ; mais, suivi par le peuple, il fut arrêté aux Halles. Le comte de Horne fut arrêté, en se laissant tomber de la fenêtre de la chambre dans la rue. Le 59 m.-ir- suivant, ce comte et son complice furent roués vifs en la place de Grève.
Le comte de Horne s'avoua coupable.
Sa famille fit de pressantes sollicitations ' auprès du régent; le criminel était son allié par la, princesse sa mère. Eh bien, dit-il, j'en partagerai la hont«; cela doit consoler les autres parents. Puis il récita ce vers de Corneille :
L« crime fait la honte, et non pas l'écbafaad (1). (1) Mémoires de Ducto*, tome H, page 25.
MORAL Î3d
Les rapports que la police offrait au roi ne contenaient point de crimes de cette nature; crimes qui, il faut le déclarer, furent plus rares sous le règne de Louis XV que sous les rois ses prédécesseurs. Ces rapports, comme je l'ai annoncé, conlenait-nt des aventures galantes et scandaleuses, des anecdotes sur les filles entretenues, actrices, danseuses, sur leurs fréquentes infidélités, leur passage rapide de l'opulence à la misère, des mains d'un entret-.neur dans celles d'un autre; le prix de leurs faveurs, l'heure et le lieu où elles les livraient; la description, l'indication des parties de plaisirs, ou plutôt des débauches nocturnes que des seigneurs faisaient avec ces courtisanes. Ces témoignages de la turpitude des hommes puissants étaient nommés les nuits de Paris. En voici quelques exemples.
En 1768, une figurante de l'Opéra se plaignait devant plusieurs seigneurs d'avoir perdu un entreteneur qui lui avait donné mille louis en cinq semaines : à ces mots, un seigneur polonais lui répondi': que cette perte était facile à réparer; alors la Grandi lai déclara qu'elle ne voulait avoird'amant qu'à condition qu'elle en recevrait un carrosse, deux bons chevaux et cent louis de rente bien assurés.
Le lendemain cette fille voit arriver à sa porte un superbe carrosse attelé de deux beaux chevaux, dans lequel se trouvent 130,000 livres en espèces, et de plus trois chevaux en lesse (1 .
Cette brillante fortune fut peu durable. Voici ce qu'on lit dans un des rapports ; « Lorsque le Polonais Ros.... devint fou « de la Grandi, mais fou jusqu'à l'engager « à porter son nom, il lui donna une « montre de quarante louis, un ajustement « de dentdle, et un vis-a-vis attelé de « bons chevaux. Tout cela fut bien reçu, « mais tout cela ne fut point payé. Celui « qui avoit vendu le carrosse, le sieur « Blanchard, à l'hôtel d'York, va, entre « midi et deux heures, trouver la petite € princesse à son lever; et, comme elle « croyoit que cet homme avoit quelques « grâces à lui demander, elle lui témoigna « beaucoup d humeur sur ses chevaux qui « ne savoient pas courir. Le sieur Bian- ■ chard, d'un air respectueux, jaloux de € la réputation de ses bêtes, lui proposa € de les mener lui-même à Longchamp.
(1) Mémoires secrets, au 14 mars 1768»
« Eile lui permet d'être son cocher. Sur « les boulevards, il lui propose, à cause € de ses nerfs délicats, de descendre, pour ■ que, par de hardies caracoles, il lui c prouve tout ce que savent faire ses che- « vaux sous un fouet savant. Elle regarde t et ne les voit plus; ils sont déjà sous la « remise de leur maître. Mademoiselle « Grandi, toute honteuse d'être è pied, « fut trop heureuse de s'appuyer sur le « bras d'un de ses amoureux à l'heure... « Le soir elle se consola du coup du sort « en apprenant qu'une de ses camarade?, « la demoiselle Hai oire, qui avoit son père t pour portier, avoit passé de son hôtel à « l'Hôpital, pour avoit jeté dans la rue un « ordre du roi qui l'exiloit, toute maî- « tresse qu'elle étoit d'un conseiller au « parlement (IV »
C'pst à celte même fille que le prince ùe Lam... donna une paire de girandoles, et, dans un moment de mauvaise humeur, employa l'autorité du duc de Penthièvre pour se les faire restituer.
Le prince de C... donna dans le même jour un carrosseà la Duplan, et huit cents louis à la dame Montgautier, qui les mangeait avec un musicien. Ce prince prodiguait aussi l'argent à une autre fille appelée la Pelain, et disait d'elle : Je l'ai prise, je ne sais pourquoi; je l'ai gardée, je ne sais pourquoi ; et voilà au moins mille louis qu'elle me coûte, je ne sais pourquoi.
, Le fils du prince de G... le comte de la M... suivait les traces de son père. Le sieur de Sartines, lieutenant de police, très flatté de favoriser les dérèglements des princes, remplissait l'indigne emploi d'intendant de leurs plaisirs, etne rougissait pas de se vautrer avec sa magistrature dans le cloaque delà prostitution. La preuve de cette turpitude résulte de la lettre suivante que l'inspecteur Marais adressa, le 5 mars 1762, à ce magistrat :
« Monsieur,
t J'ai eu l'honneur de vous informer « que monseigneur le comte de la M...
« était venu chez moi me demander un
• homme qu'il pu t avec confiance employer « dans ses affaires de galanterie. Après « avoir reçu vos ordres, je lui eu ai en-
• voyé un ; et voilà les ordres que son alt tesse lui a donnés : de faire en sorte de
(1) La Police dt Paris dévoilée , tome I, page 340.
se lier avec
madam.e T... de M.... rue « Feydeau, afin de savoir ce qu'on disoit € de lui dans la maison; de s'informer si « le duc de Fr... n'y alioit point, ou quel- « ques autres, sur le pied d'amants, et de « l'instruire exactement des jours où cetle « dime iroit au spectacle. Notre homme « jusqu'à présent s'est bien acquitté de « sa commission. Il s'est lié avec un de <i laquais de cette dame, qui s'est trouve « être de son pays, lequel lui a dit que « M. le comte de La M... étoit fort amou- « reux de sa maîtresse, mais qu'il n'etcit « pas le seul; que M. le duc de Fr... Ic- « toit aussi et venoit souvent la voir, « ainsi qu'un grand officier aux gard^^ e d'Est... qui paroissoit être très" Lieu « avec elle. Ce garçon lui avoit ajouté que « sa maîtresse avoit raison; que son mari « la traitoit durement, et que, dernière- « ment, la voyant le matin en peignoir, « ses cheveux déployés, il lui-avoit dit en ■ présence de plusieurs de ses gens : Sa- € vez-vous bien, madame, à qui vous res- « semblez comme cela? A une ficffcc
«p ; et qu'elle s'étoit mise à p!eu-
« rer, etc. (1). »
L'inspecteur Marais servit encorr même prince dans ses intrigues avec demoiselle de Montallet, dont le mai de Vil... était jaloux, et dans ses am avec la baronne de Wc. s... Le prince pa; amplement les services de cet inspecti que je lieutenant de police autorisait.
L'intendant Rouillé d'Orfeuil, dîi/ avec plusieurs personnes, et s'aperce\ qu'une fille nommée Caroline avait l. .yeux fixés sur la bague d'une des convives, au dessert, acheta cette bague cent louis, et en fit cadeau à Garoline.
Le comte Du Barry, par ses prodigalités envers les plus fameuses courtisiim s, en comblant de richesses les Thevenet, les Morancé, les Dubois, etc., fit hausser !e prix de leurs charmes. Sans lui la belle et bête Duthé, que les riches hbertins de l'Angleterre se disputaient l'or à la main, n'aurait pas fait payer au vieux de Cha... un balai deux ou trois mille louis ; sans lui le baron d'O... n'aurait pas logé dans un hôtel magnifique la baronne de Burman (2), ne lui aurait pas donné onze
(1) La Police de Paris dévoilée, tome I , page 327.
(2) Ces courtisanes , par suite de leur a'liance avec de ijrands seigneurs , prenaieut
Pabic. — Typ. LicoLh, rue SoufDot. IS.
fAku. — Typ. Lacovh, ru« S*aCiot, iH
TABLEAU
plats d'argent et poir quinze cents francs de porcebmes, etc.; cMte baronne, maîtresse de l'ac'eur Julien, avait, soisle no n de la petite Lecoq, dans la me Feydeau, sollicité les passants de monter chez' elle
Le Poluî.iais Pot..., loar une nuit, celle du 28 au 29 juin, donne à la demoiselle Touteville des girandoles de douze mille livres, et lui promet, sur son honneur, une maison montée, carrosse, laquais à livrée etc.
Mon AL 2 il
Le sieur Berlin, trésorier des parties casuelies, loge dans un hôtel, rue d j Croissant, la demoiselle Vadé, IjI remet une bours.' de deux mille o ils pour le ménage, une autre bourse pleinede cinq cents louis pour ses meims plaisirs, un écrin contenant des diaman s pour quarante mille livres, de la vaisselle plate, da linge, des étoffes, etc.
Le djc de Richelieu, pour donner des arrhes à^la demoiselle Maupiii. met en
Aver.uo des Ciianups-Eljsces
^ge sa plnque de l'ordre du Saint-Esprit, toute couverte de diamints, plaque que
ou étaient autorisé.'S a. prendre les noms et IcR titres de leurs amants. Le marquis de La Platerie, rt-nconirant au spectacle la baronne 4e Moresus, s'écria : Eh ! depuis quand, Jeanneton, es-tu ba-^onne?
La comtesse de Sabatini était fille d'un ••rgent du r virent de Barrois; gardes- «disses, et d'un-i vivandière, etc., etc. IV CULAURB
le vulgaire nommait crachat. Sur quoi oo
fit le couplet suivant :
Judai vendit Jésus-ChrUt El »Vn f endit de ras- ; Riclirl.eu, plus fin q't lui, N'j in:< que Iff Sai -l-E'.p'il En gafe, en gage, m gage.
Je ne tarirais pas sur des exemples semblables. Une ridicule émulation s'était établieentre les seigneurs français et ctraogers; c'é:aità qui, plutôt par fanfaroatiad» que par débauche, se ruinerait aveclep1u«
d'ostentnfion pour enrichir ces misérables filles. Cetfe mode extr.uacante tendait à égaliser les fortunes, n faire circuler rapidement le numéraire, à vivifier les arts du luxe, à dccounger et ruiner les arts utiles et les bonnes mœurs.
Tous les seigneurs n'étaient cependant pas aussi prodigues que ceux dont je viens de rapporter les exemp'es. Onze princes ou seigneurs se rendir'nt, le 22 avril 1774, chez la Brissaut, une des fameuses appareilleusos de Pans. Elle leur donna à sou-
Eer, et leur fournit quatre filles, du nomre desquelles était la demoiselle de Bussy. et ces onze princes ou seigneurs, que je pourrais nommer ne lui donnèrent tous ensemble que neuf louis. Cet événement fit grand bruit , et excita le.? murmures et l'animadversion des nombreux habitués des boudoirs et des lieux de débauche.
Plusieurs autres personnes avaient pris le parti d'associer le libertinage à des règles déconomie.
M. de Bonr... demande à la demoiselle Souville la clef de son secrétaire, sous prétexte de vouloir écrire une lettre; elle la lui donne 11 lui prend son portefeuille où était un billet de lui de vingt mille livres, avec la promesse de passer contrat; dix mille francs de billets de ferme, des boucles d'oreilles et cent louis d'argent. Il s'enfuit avec ce butin. Il lui rendit tout ce qui ne venait pas de lui (1).
L'abbé de Salze retenait la grande Mercier dans une chambre garnie, et ne lui donnait aucune robe, persuadé qu'elle n'oserait sortir en casaquin.
Le banquier Toquini, pour trois robes, un peu de linge et la somme de trois c?nls livres par mois, obtint Marie Testard, brillante de jeunesse, et fit la noce chez ses père et mère.
Un architecte ayant promis à une danseuse d'Opéra un hôlel qu'il devait bâtir à ses frais, lui envoya un bâtiment en pain d'épices, où rien ne manquait, pas même les garçons frolteurs. Quelques nob'es se momrèrent plus vils que les malheureuses qu'ils entretenaient. « Le comleDu Barry, « lit-on dans un des rapports de la police, « regarde la Va ubcrnier comme une terre, « raftèrmetantôtauduc de Richelieu, tan-
(1) La Police de Paris détoilée, tome II, page 123.
« tôt au duc de Vil... elle lui rapporte - beaucoup (1). »
On lit dans un autre : « La demoiselle « Sainte^Foi a mis en gage pour le mar- « (juis de Dur.... pour plus de six mille « livres d'effets; elle a endossé po jr lui « quatre lettres de change; elle est même « décrétée pour lui de prise de corps; et « il la quitte,' et c'est pour prendre la € Clermont. Comment toutes les filles ne € s'entendent-elles pas pour couper les « vivrçs à un marquis qui est plus mépri- « sable qu'elles (2 ? »
Voici un rapport de l'inspecteur Marais, daté du 27 avril 1764:
« Monsieur de R.. -Ch... est venu chez la Montigny lui faire une proposition qui lui a paru fort extraordinaire. Ce seigneur, après avoir exigé d'elle un secret inviolable, lui a dit qu'il filloit qu'elle lui trouvât un homme jeune, sain, grand, fort et vigoureux, et qui ne fut point connu, pour avoir affaire à une dame de la première condition, fort aimable, et qui n'asoit jamais communiqué qu'avec son mari, mais qui étoit curieuse de goûter des plaisirs avec un autrehomme'^LaMonligny luiademandé pourquoi il ne la contentoit pas luimême; il lui a répondu :C -la ne se peut; elle a bien voulu se confier à moi ; il y a même des raisons pour cela, et il faudra que celui que tu nous trouveras consente que je vienne le prendre le soir ch('z toi et que je l'emmène les yeux bandés dans une petite maison où sera celte dame, et qu'il la satisfasse en ma présence. Surtout qu'il ne soit m garde du roi, gendarme, mousquetaire, ni soldat aux gardes, parce qu'il pounoit reconnoître cette dame lor-qu'elle va à la cour. Je voudrois que ce fût un homme de la lie du peuple, et qu'il arrivât, si faire se peut, de province : au reste il sera bien payé; et toi, t;i peux être sûre que tu seras plusqu^ contente, car cette dame sait bien que c'est à toi que je dois m'adresser; mais si tu commets la pluslégère indiscrétion, tues une femme perdue sans ressource. » g
« La Montigny lui a promis, le s©- *
(1) La Police de Paris dévoilée, tome II, page 137.
(2) La Police de Paria dévoilée, tome Q, page 145.
TABLEAU
« cret (!), et de donner ses soins pour lui
< trouver nn homme tel qii'il le demaii- € doit, mais qu'il lui falloit un peu de c temps pour y parvenir. M.deCh... est « déjà revenu quatre fois; mais elle n'a € rien voulu faire sans me le communit quer, d ms la crainte où elle est qu'o i
• ne détruise son étalon, et que, pour I ensevelir le mystère, on ne lui fît à
< elle-mèir.e un mauvais parti (2).
« J'ai demandé à la Monligny si elle
• ne se trompoit pas et si elle connaissoit
• bien M. deR...-Ch.. Elle m'a répondu « qu'elle étoit sûre de son fait, que ce t M. Ch. avoit la livrée de R. ; qu'il avoit « été ci-devant colonel des grenadiers de t France; qu'elle le croyoit aujo ird'hui « maréchal de camp; qu'il pouvoit avoir c tout au plus trente ans. qii'il étoit blond « de cheveux, le visage fort maigre et l.s t joues crt-uses; en outre, qu'elle ne pout voit pas s'y tromper, parce qu'il avoit t eu accoinîance avec elle du temps qu'il t étoit encore aux grenadiers de France, c Je soupçonne que cette dame est dans « l'impuissance d'avoir des enfants avec « son mari; qu'il lui est intéressant, ainsi t qu'à son mari, d'en avoir; que c'est t peut-être même li femme de M. de R...-
« Gh...; et que, ne voulant point com- 1 € mettre sa réputation par une intrigie I
• galante, ils sont d'acrord. J'ai très fort € recommandé à la Montigay de ne rien « faire sans m'en rendre compte, afin d'a- « voir le temps de prendre votre avis.
a Signé, Marais (3). »
On ne sait rien de plus sur cette affaire assez remarquable.
Malheur à la jeune bourgeoise de Paris que la nature avait douée de quelque beauté! elle ne tardait pas à céder aux séductions dont on l'environnait, ou à tomber involontairement dans les pièges qui lui étaient tendus. Voici l'extrait d'un autre rapport. « Le duc de Ch... a soupe, t le 29 mars 1771, rue B anche, n» 2,
(1) Secret bien gardé !
(2) Elle cr lignait pour lui et pour elle le tort des éludiants de Paris, que la rc'ine Jeanne de Bourgogne attirait à son hôtel dz Nesle, et qu'après en être satisfaite, elle faisait renfermer dans un sac et jeter du haut de sa ffnêirt^dans la Seine,
(3) Li Police de Paris dévoilée^ tome I , page 342.
avec le duc de Lau..., le duc d*:» Fr..., Fitz..., Confl..., le marquis de Lav..., le marquis de Cler... et le comte da Coi . Ils avoient trois demoiselles de compagnie. On y parla beaucoup de la fille d'un peintre de la ru* dvs Saints- Pères, qui ne vouluit pas >c rendre. Un abLé avoit offert, de la part du duc de Lux'..., à ses pèr' et mère, six mille livres de rente et mille livres d'a'gent.
M. de Sainle-F.. , trésorier de la marine, en doonoit davantage. M. de Fitz..
voulut parier cnl cinquante louis que sous huit jours il la ivrero t à M. de Confl... La présidente Brissaut faneuse maîtresse de maison de débauche) a représenté qu'aucune jeune fille ne pouvoit être mise dans le commerce, sans qu'elle lui eîit signé ses lettres de maîtrise. On décida qu'elle partageroit avec ce duc la gloire et le profit de cette conquête (l;. »
Le duc de Fr..., qui imitait les vices de son père le duc de R ... sans avoir ses brillantes qualités, mil lit l'atrocité aux excès de sa débauche. Voici comment Gilbert nous raconte un de ses exploits dont l'infamie est éternisée par les talents de ce poète :
Mais ce vo>nplneus, à ses -vices fidèles,
Clietclie pour chaque jour uiieaiuaii e nouvelle.