‹ Histoire de ParisChapitre 160 sur 261 · I.a 6 le diin h.iu g-, is a f,a .|.è >« g-anleur · texte numérisé non relu

I.a 6 le diin h.iu g-, is a f,a .|.è >« g-anleur

Il jeiie le nioucJH>:r à sa je 'ne pu-l ur :

Vol' z ; et q le cl -r, d>- ur s f u\ iiiltrprèle.

Coure avec ce> bijoux m 'rcliaii<l»»r sj défaite :

Chi'on |j s^diisT'. Il dii : ses i-iiuaq es (Jiscrets,

l'hil i>opIiPsabLc.-, piiil sciplus val ts.

In rigiiem, sem<'iii i't.-, triin|iei>i i»-s \eux d'un père.

KHe iè«l<" ; «m l'enlève ; e^i vdiii genut sa uiére.

Écbiie a lOpéra par un rapt soleuml.

Sa home la iler.<be au pouvoir pa erud (2).

Cepeiidanl uni- vierge, a.is^i sage que iielle.

In jour ace suliaii *e mouira p us rebelle;

Toul l'arl d«s corrupleur», auiirès «l'tlie assidu».

Avait pcuir le servir fait des cniut-s p rdus.

Pour son plaisir d'un »<»ir que l.ui Pjr s périsse 1

Yuiià que dans la nuit, de ces fureurs ou iipl ce,

Tandi> que la beauie, viclime île son choix,

Giiùie un ciasie souiiueil soas la grirde d s loi(»

Il arme d'un Oamb' au ^es uiain^ inceiidiaircs.

l\ cjiir», il livre au feu les to U bére i'airei

Oui la vnyaieiU br.«ver son amour Oi)j>re>seur,

Et leuip I "le nwuraiile eu .vm char r.ivi-sear.

Obs.ur, on l'eiU fle ri d'une mon le^iiiiue.

Il est puissaut : les lois oui iguoré sou cnme (3^

(1) La Police de Paris dévoilée, tome 11^ page 118.

(2) Une fille reçue à l'Opéra ne pouvait plus être réel imée parses père et mère; elle était soustraite à leur autorité. Louis XIV avait ordo; né que ce théâtre serait, pour les tillîs débauchées, un asile contre les pour-

I suites de leur» parents. Elles pouvaient impuîiémcnt s'y livrer au libertinage.

(3) Œuvres de Gilbert, mon Apologie.

A ce portrait, M. le duc deFr..., quoiqu'il re fût i oint nommé, se reconnut très bien, et s'en plaignit à la police. Gilbert ccri\it à ce duc une lettre où il déclare qu'il n'a pas eu le dtssein de peindre ses actions. « Pouvez-vous vous reconnaî- « tre, dit-il, dans des vers où je peins € un personnage si contraire à M. le « duc(1)? .

Voici un extrait du testament de la demoiselle Bouscarelle, que le comte D...

avait séduite, et qui devint sa victime.

« Un jour que j'étois seule avec le sieur « Du..., alors incommodé des yeux, il fit « monter dans sa chambre à coucher, où * il étoit alors, rue des Petits- Champs, le « nommé Creps, l'un de ses valets de € chambre; et lorsqu'il fut entré, il ferma « la porte à double tour, mit la clef dans « sa poche et lui ordonna d'avoir sur-le- « champ avec moi et devant lui, comie « D..., les particularités les [)lus grandes; « ce que je regardai d'abord comme ire « plaisanterie qui aug : enta la fureur de « ce malheureux, au poiiit de nous mcna- « cer l'un et l'autre, le couteau à la main, « de nous poignarder, si nous ne satisfai- « sions ses disirs aux(]uels :a nécessité me « contraignit. Tout ce qui se passa pen- « dant ce temps entre sou valet de cham- « bre et lui ni'a tourné le sang, au point «que je meurs dç regret et de chagrin d'y « avoir innocemment contribué, etc. »

Cette malheureuse mourut, en effet, de la vive émotion que lui causa cette scène. Ce fut [eu de jours avant sa mort, le 30 avril 177-3, qu'elle rédigea le te.4ament dont je donne ici un extrait; testament dont les parents de cette demoi-elle adres- .sèrcnt une copie, avec un mémoire, au ministre, qui renvoya le tout au lieutenant de police. Celui-ci mit en marge, point de réponse (2).

On voit qu'à ces actes de débauche se mêlaient quelquefois des traits atroces que favorisait l'impunité, et qui appartiennent a l'antique féodalité dont les traditions n'étaient pas encore effacées dans la mémoire des princes et seigneurs.

« Un grand seigneur est, dit Montes- « quieu, un homme qui voit le loi, parle « aux ministres, qui a des ancêtres, des

(1| to Police de Paris dévoilée, tome I , page 126.

(2) La Police de Paris dévoilée, tome II, page 175 et suiv.

« dettes et des pensions. S'il peut, avec « cela, cacher son oisiveté [ar un air em- « pressé ou par un teint attachement pour « les pla sirs, il croit être le plus heureux « des hommes (1). »

Les excès de la corruption étaient des titres de gloire parmi eux ; ils se faisaient une sorte de réputation par des souillures, des turpitudes et quelquefois par des crimes Quand ils en commettaient, leur espèce d'honneur restait intact ; il n'était blessé que lorsqu'on leur en faisait le reproche Accoutumés aux compliments, à l'étiquette, au cérémonial, ils mentaient sans scrupule, comme on ment dans une cour ; ne disaient point ce qu'ils pensaient, et souvent ne pensaient point ce qu'ils disaient. Ils semblaient rougir du caractère de leur sexe, et aspirer aux faiblesses du sexe féminin, à sa frivolité, à ses recherches pour la parure, à la futilité de ses goûts. Jugeant de tout sans rien savoir, ils savaient, comme le dit Montesquieu, « longtemps parler san? rien dire. » Tels étaient les hommes adorés des femmes, qu'elles qualifiaient d'hommes charmants, et que le vulgaire no;i.mail petits-maîtres.

Régularité de conduite, bon ordre dans les afifaires, exactitude à remplir ses engagements, c'était à leurs yeux des soins vulgaires; c'était vivre bourgeoi.sement que de payer ses dettes. Il était du bon ton d'emprunter avec de basses sollicitations, puis de repousser avec dédain ses créanciers; et sur ce dernier point, il faut le dire, la noblesse française s'est acquis une réputation durable.

Ces défauts, ces ridicules, ces vices, embeilis par un jargon de coterie, par des manières aimables, ou rehaussés par le ton de l'orgueil ou l'air de suffisance, élai' nt en général les habitudes des princos et seigneurs ; mais, je le déclare avec plaisir, il existait sous ce règne des exceptions très distinguées, plus nombreuses même que sous celui de Louis XIV. Dans la même classe où la corruption et la frivolité avaient établi leur empire, il se trouvait des hommes qui s'honoraient d'être rebelles à leurs lois.

Il fut des individus, même de celte classe, qui surent se préserver de la contagion générale. Il en fut d'autres chez lesquels les habitudes n'avaient pas en-

(1) Lettres persanes, lettre 88.

TABLEAU

tièrement éteint les lumières de la raison. Les uns et lesaiifies, frappés du spocta de hinjux que présenlail la socifté, en recherchèrent les causes et les trouvèrent dans le gouvernement. De là ces nomlTenx écrits auxquels les ministres ne répondaient que par des lettres de cachet. De là vint un parti d'opposition qu"o;i nomma des I hilosO])hes; parti qui fut en butte aux persécution-: des protecteurs des abus et des vices, et aux clameurs de tous ceux

3ui se trouvaient intéressés au maintien es vieilles erreurs. Je parlerai dans la suite de ce parti.

Passons à la troisi-^me classe des rapports de la police dont le roi repaissait sa curiosité; rapports concernant les mœ irs des é\êq les et autres prvlats; j'y joindrai quelques reflexions ainsi que des exemples puisés à d'autres sources.

On a vu que d ^pui> l'époque où les évêques furent comblés de richesses et de pouvoir par les barbares qu'ils aidèrent à envahir la Gaule, la corruption s'etabiit parmi ces prélats. l)s joignirent, à quelques exceptions près, les vices de l'opu- Jence oisive à ceux des cour.isans et des militaires. Mais dès que l'esprit humain fut sorti des entraves de la barbarie, et qu'on eut commencé à estimer les hommes, non d'après leur richesse et leur f)uissance, mais d'après !eurs taLnts et eurs actions, -les év -ques furent meilleurs, et tous parurent l'être; car, si tous n eurent pas les vertus de leur état, presque tous en observèrent au moins les bienséances. Cette amélioration ne c<jmmença à se faire apercevoir que sous le règne de Louis XIV. Maigre les richesses corruptrices dts évéques, leurs mœurs auraient certainement fait quelques pas de p!us vers la perfection, sans le -caudale de la cour du régent : tout ce qui en approchait fut atteint de la contagion.

J'ai fait assez connaître cet infâme abbé Dubois, et je ne rappelle ici son nom que pour dire que, si son élévation au premier ministère tut la honte du prince qui gouvernait, son élévation au Ciirdinalat couvrit d'ignominie la cour de Rome.

Parmi les évéques frinçai?, aucune voix ne s'éleva, aucune protestation ne fut faite contre la deshonorante admission de ce miséral)le aux plus hautes dignités de l'Eglise; et ce silence est pour ces évéques une tache qui ne ^'e facera jamais. Quel était donc 1 état de dègradaliou et de ser-

viliié du clergé? Il ne savait montrer de la ténacité que pour de vaines pratiques^ des arguties doamatiqui-s, des puérilités d'étiquette, et il re-tait sans courage pour d' fendre la c-iuse des bienséances, de la morale, pour d fendre Ihonneur de sa corporation. On vit trois évoques, parmi lesqu -Is, je le dis avec peine, se trouvait l'illustre Mussillon, s'avilir, en prêtant leur saint ministère à la consécration d'un homme que le récent lui-même traitait, avec raison, de drôle, de coquin, de scélérat.

Cet état d'abjection est un indice de la corruption des prélats. Il ne peut y avoir de bonnes mœurs là où manqu.eun énergique dévoùment aux devoirs, une forte indignation contre des actes criminels; là où de pareiiles turpitudessont approuvées par le silence.

Dubois trouva, parmi les évéques de cour, des serviteurs et des complices. Au premier rang de ces derniers, ilfaut placer le jésuite Lafiteau, qui fut évêque de Sisteron, el son agent à Rome. Voi.i ce que l'abb^^ de Tencin écrivait à sa sœur sur cet évêque jésuite. « L'évêquede Sis- « teron est parti d'ici avec laver... ; c'est « apparemment pour se foire guérir qu'il « va à la campagne (1). »

« Le jésuite Lafiteau, dit Duclos, fut « un des instrumen's que le cardinal Du-

■ bois employa avec succès: illeconnois-

■ soit pour un fripon, mais il ne l'en esti- « mo t pas moins... Il l'avoit fait évê<pie < pour le retirer de Rome, où il avoit su « que Lafiteau payoit ses maîtresses et « ses autres plaisirs de l'argent qu'on lui « envoyoit pour le distribuer dans la mai- « son du pape, lorsqu'il étoit question du « chapeau de Dubois. Lafiteau avoit le « ciractère d'un valetde comédie : fripon, « efîronîé, libertin, nullement hypoc ite, « mais très scandaleux et grand constitu « tionnaire. Voici ce que je lis dans une « lettre du cardinal Dubois au cardinal de t Rohan :

« El suivant le chemin que l'évêque de « Si.-teron m'a marqué avoir feit faire à « des montre-, à desdiamants, j'ai trouvé, t des détours bien obscurs, et d'autres « clairs... »

« Latiteau, continue Duclos, n'avoit € pas employé pour ses p'aisirs tout l'ar- « gent qu'il avo.t reçu pour la promotion

(1) Mémoires dt Duclos ^ tome U, page 134

« de Dubois : il en avoit répnnda dnns la « domesticité du pnre; mais il compte t « en recueillir le fruit pour lui-même « L'abl é de Tcncin écrivoit à sa sœur : il « est certain que l'évêque de Sisteron pré- « tendoitse faire cardioal; je le sais du , « carrerlinpue. ^ 1

« Lafiteau fut chargé d'engnger le ré- ■ « gent à nommer Dubois premier minisf ire. A peine eut il entamé la matière, | « que le régent, voyar.t ou il en \ouloit ; « venir, 1 interiompit : Que diable veut ' « donc ton cardinal? Je lui laisse toute « l'autorité du piemicr ministre; il n'est « pris content s'il n'en a pas le titre. Eh ! « que fera-t-il? combien de temps en jouic ra-t-il? il est pourri de vér. . Chirac, « qui l'a visité, m'a assuré qu'd ne vivra « pas six mois. — Cela est-il bien vrai, « mdTiseigneur? — Tiès vrai ; je le le fe- « rai dite. — Cela étant, rcprii réxèque, « dès ce moment je vous conseille de le « diclarcr premier ministre, plus tôt que « plus lard (1). »

Le cardinal de Polignac, connu par ses négociations, par ses intrigues pol tiques et galantes avec la- duchesse du ]\laii e, par î-es talents variés et par son poème intitulé VAnti-Zucrèce, grand dissipateur, était aimable pour tout le monde, excepté pour ses créanciers qu'il ne payait pas; il mouiut ciccablé de dettes. Il doit, a plusieurs titres, être mis au rang des prélats immoraux tîe cette époque.

Lorsque Louis XV eut, pris ks rênes de l'Etat, les mtm.cs désordres continuèrent chez les prélats français, mais avec moins d'éclat : ils mirent plus de soin à les cacher.

La police, dans ses minutieuses explorations, ne par\enait qu'avec grande peine à découvrir leuis dérèglements. Ces évoques à voitures, dans leufsvisitcsgalantes, ne pouvaient être atteints par des espions à pied. Un de ces derniers, en 1760, étar,t à la poursuite de l'évoque d'Orl ans qui courait en voiture au faubourg Montmartre, dit dans son rapport : « Comme « ces me.- sieurs ont des voitures, et qu'ils « vont très vite, il faudroit avoir un train « pour leur compte ; ce qui seroit le moyen « de faire des observa tioi.s siàres (2). » Cet évêque se nommait deJar...;il

(1) Mémoires de Duclos^ tome 11, page 170.

(2) La Chasteté du Clergé dévoilée ^ seconde .partie^ page 30.

DE PARTS

était do notoriété publique, à Paris, q'uil entretenait une fameuse danseuse de l'Opéra, appelée Guimard. Le même rap-.

port parle de l'abbé de Brie..., dont la police suivait pareillement les pas, et qui pourrait être le même que celui qui devint depuis archevêque de Sens et cardinal de Loménie.

Voici ce que, dans des mémoires du temps, on lit sur cet évêque d'Orléans, auquel la marquise'dePompadour fit donner 1h feuille des bénéfices :

« Elle 1';î préfJré, parce qu'elle l'a con- « nu neutre dans les alTaireâ du temps, et • quelle a su de la police qu'il reçoit des « filles de la rue Saint-Honoié, et qu'il « fait des orgies, etc. Il y a une. analogie «singulière entre une maîtresse royale ■ et un prélat de celte sorte Seroit-il pos- « sible, disoit la marquise au lieutenant « de police, que cet évôjue eut i té sur- « piis avec une fille?... — Une fille ré- « pliqua le magistrat; il en avoit bien ra- « massé sept (1). »

Les limiers de la police parvinrent à découvrir les intrigues de l'évêque de Liège avec 11 ^.court sane De.schamps. Ils surent qu'il prodiguait ii cette fille ses revenus ecclésiastiques; qu'il l'avait magnifiquement logée ; que .^a chaise (ercée même était garnie de dentelles; quecette fille, malgré tant de bienfaits, se moquait de son évêque entretenear: qu'elle l'appelait ma cai lotte ; qu'e le ne se piquait point de fidélité; et qu'un jour, montiaut ses riches appartements à M. de Sal..., officier suisse, .'-on an)anl, elle lui dit : un baiser I de plus à ma calotte paiera toutcela(2). I Un autre rapport parle des relations I de débauche des é\êques d'Oiiéauset de Grasse avec la dame Chavasse (3).

M. de N..., évêque de Lescar, est signalé par ses liaisons galantes avec la dame Da..., épouse d un conseiller au parlement de Pau (4).

Le prince de R..., coadjuteur de l'archevêque de Strasbourg, vend plusieurs

(1 Anecdotes de la cour de France pendant la faveur de la marquise de Poinpadour, page

- {-2) La Police de Paris dévoilée, tome II, ,' page 144. '

(3) La Police de Paris dévoilée, tome II, page L58.

(4) La Police de Paris détoilée, tome II, page 159.

TABLEAU

terres pour payer les délies de maiiauie deFleurv.sa maîlresse l).

M. Rôp ... évêque de S^nlis, est en commerce d'amour avec ia comlesse du Romain (2).

Un autre lapport. du 3 jui'let 17iS3 fait mention de l'evrque de Lavaur: d'un homtîiequiau[»rèsde lui remplis-ait remploi que l'abbé ^ ubois avait rem \\ bjprès du régent; d'une jeune marchande de fraises que cet homme fit monter dans la chambre du prélat ; de cj qui se pass;i entre elle et lui, et de l'argent qu'elle en reçut (3).

Quelques autres évêques, et surtout ceux qui, sans nécessité, abandonnaient leurs diocèses pour fair3 de longs séjours à Paris, se livraient à de [ areilies souillures.

Il n'entre point dans le plan de cet ou- TTBge d'offrir le tableau de ces désordies. Si fy étais obligé, je n'oublierais pas de leur opposer la régularité de plusieurs prélats dignes de leur saint ministère; d'opposer leurs vertus aux vices du plus grand nombre. Je n' jubilerais pas notamment, Henri-François -Xavier de Belsunce, évêque de Marseille, qui, quoique élevé par les jésuites, s'illustra en exposant chaque jour sa vie pour secourir les n^alheureux habitants de cette ville, désolés par \e fléau de la peste Pope a céltbré le vertueux dévoùment de ce prélat.

Il serait plus doux pour l'hi>tOTien d'avoir à célébrer de pareilles actions, que d'avoir à peindre les bassesses, les intrigues, l'ambition, les dé!;auches des prélats de la cour.

Les évêques qui, à cette époque, occupèrent le siège de Paris, ne présentent ni vices ni vertus. A Ctia ries-Gaspard Guil- -, laumede Vintimille, ami delà paix et de la table, succéda |.resque immédiatement, l en 1746, Christophe de Beaumont. Charitable envers les pauvres, surtout envers les pauvres de la noblesse, il ne l'était guère envers ceux dont les opinions différaient des si .nues. Son manque d'instruction fortifiait son opiniâtreté excessive, et l'aveuglait sur le rôle que les jésuites lui

(1) La Police de Paris dévoilée, tome II, page 165.

(2) La Police de Paris dévoilée, tome I, page 334.

(3) Bastille dévoilée, quatrième livraison, pages 152, 153.

MOUAL 2i7

fai-uient jou^^r; rôle dont il s'ac) iitlait avec aubiiit d'ard'ur que de boniie foi, Il.nes'e-t jamais douté de l empire que ces pères eveiçaiont sur lui : ii el.iit <!eve:iu leur instrument. Il ptMsécuiait autant quilsle voulaieiit, autant qui! i>oavait le faire, les lan- niste- cl les philosophes. S s mœuis étai.-nl puies; il vouliit que celles de tous les prêtres île son diocèse fussent de mémo. Il em|>loya, p«jar parvenir à ce but, des moyens un peu jésuitiques, et qu'une probité délicate nd pourraitapprouver.

La pol ce était, comme je l'ai dit, pé~ niblement occupée chaque jour à rechercher, h recueillir, dans tous les mauvais lieux de la capitale, les noms de toutes les personnes qui avaient la faiblesse de s'y rendre; et même, ce qui est plus honteux, à décrire avec détdils la na;ure des plaisirs que ces personnes y avaient pris. On en f.iisait des rapports, on en dressait des prucès-verbauxen forme; et ce rainas de souillures était, je le répète, régulièrement ofiert au roi qui s'en amusait, ou bien y trouvait des exemples de corruption propres à autori-er la sie ine.

L'archevêque de Paris, sans doute plus inspiré par son zèle que par son goùt^ voulut être de moitié dans cette royale curiosité : on lui faisait paivenir les doubles des procès verbaux contre les prêtres pris en fl; graul dé.it.

Ce sujet^m'amène k placer les rapports de la police qui concerieut la quatrième classe : celle des ecclésiastiques subalternes.

On eTerçait sur ces ecclésiastiques une surveill nce bien plus rigoureuse que sur ie5 personnes des autres états. .

Les femmes qui tenaient des lieux de débauche, toutes attachées à la po.ice, étaient obligées de rendre un co:iiple exact de tous ceux qui se présentaient ciiez ell's; et, de plus, lorsqu'un prêtre ou uo n.oine y arrivait, elles étaient tenues d'en donner aussitôt avis à un officier de police, qui se hâtait de venir t.oubler îles plaisirs payés d'avance, et faisait sub.r un interrogatoire a ces malheureiix qui, hont-ux et confus, étaient encore 'assaillis par la crainte d'être persécutes et privés des bénélices auxquels ils aspiraient. Le prê re, dans cette occasion désagréable, aurait pu dire à 1 arclievêqae : t La continence que vous m'a\ez nnpo- « sée est au-desaus de mes forces ; et les

2^^ mSTOIRE

« lois de la nature sont plus anciennes, « plus impérieuses qp.e celles des hommes, « que celles des prêtres qui ont voulu se € disliniïuer en afficlanl une perfection € impos>ibIe. » Il aurait pu demander aux agHiits de la police : « De quel droit • attentez vous à la liberté d'un citoyen? « Mon action [eut être blâmable; mais « elle ne trouble point l'ordre public; elle « ne blesse aucun intérêt particulier. « Vous autorisez les filles publiques à sé- « duire les passants; j'ai cédé a une sé- « duction dont vous êtes les auteurs, les « complices. Quel est le plus coupable, . « ou de^ celui qui tend des pièges conti- « nuels à l'innocence, ou de celui qui s'y « laisse entraîner? de celui qui provoque « au délit afin d'être autorisé à le punir « ou de celui qui cède à la provocation? » Je ne fais [ oint l'apologie de l'incontinence des ecclésiastiques: mais je blâme la police qui avait la perfidie de punir un délit dont elle était la première coupable. ^

Sans m'arréter sur le mérite de ce^ formes inquisitoriales, je dirai que la révolution a mis au grand jour des secrets condamnés à d'éternelles ténèbres ; qu'elle a lourni à l'histoire des mœurs de nombreux et précieux matéiiaux, parmi lesquels on distingue deux recueils composés chacun de deux volumes. L'un, intitulé la Chasteté du clergé dévoilée, est uniquement consacré aux ecclésias' iques d'un rang mférieui ; il contient, dans toute leur intégrité, une partie des procès-verbaux et rapports rédigés contre ceui que la police avait surpris dans de mauvais lieux; l'autre, (|ui a pour titre la Police de Pans dévoilée, mentionne, se dément par extrait, un très grand nombre de ces pièces.

Dans le premier recueil, qui s'étend depuis 4754 jusqu'en 4766, on compte deux cent six ecclésiastiques, dont quatorze moines ou leligieux de divers couvents de Paris, surpi is en flagrant délit (4) ; dans le second, qui comprend une seule année, celle de \ 760, on compte cent deux extraits de rapports sur autant d'eccléaastiquesquisesont trouvés dans le même

^ (l)Les pièces originales de ce recueil, intitulé la Chastrté du Clergé dévoilée, deux volumes in- 80, 1790, furent déposées aux archives du district des Cordeliers, et Bou- Jni»€» à l'examen du public.

cas. Mais l'auteur, qui ne les avait paj tous, n'a pas même relaté tous ceux qu'i' possédait. Il déclare que, pour ne pas fatiguer ses lecteurs par une série de notices uniformes, il en a négligé un très grand nombre; ailleurs, il avoue qu'il a omis quatre-vingt-treize prêtres; et que, sur cent rapports et procès -verbaux, i n'en a mentionné que douze pris au hasard : il ajoute encore qu'il a respecté les curés pris en flagrant délit (4). Quelques autres de ces pièces ont été recueillies dans l'ouvrage intitulé la Bastille dévoilée. (.Quoique incomplets, ces recueils contiennent des notions suffisantes pour faire connaître la moralité des ecclésiastiques. J'avoue que ce n'est qu'après beaucoup d'hésitations que j"ai entrepris d'en tracer le tableau; mais j'ai considéré que celui qui se livre à l'investigation des mœurs ne doit rien taire de ce qui peut les carac tériser.

Comment donner aux lecteurs une idée juste et vraie des mœurs d'une période, du mérite de quelques institutions, si on lui cache une parlie des traits qui leur appartiennent? D'ail'eurs l'historien, en se soumettant aux règles de la bienséance, doit tout dire, excepté le mensonge ; et sa plume n'est point souillée en décrivant des souillures qu'il déplore, des crime? qu'il déteste.

Parmi les moines saisis dans les lieux de débauche, à Paris, les cordeliers, suivant les rapports qui nous restent, souL les plus nombreux : dans l'un et dans l'autre des recueils dont je viens de parler, on en compte dix-huit. Je dois faire observer que, dans leurs parties de débauche, ces moines s'associaient ordinairement quelques-uns de leurs confrères, et même des laïques. Le 5 novembre 4 763,' on voit que père G...., un autre frère cordelier et un laïque, sont surpris chez une fille appelée Rosalie (2). On voit aussi trois autres cordeliers avec un augustin, réunis dans une auberge située aux avenues de Vincennes, avec une seule fille appelée aussi Rosalie (3).

Les carmes, chaussés ou déchaussés,

(1) La Police de Paris dévoilée, par Pierre Manuel, tomel, paires 292etsuiv.

(2) La Police de Paris dévoilée, par Pierre Manuel, tome 1, pages 296, 297.

(3) La Police de Paris dévoilée , tome I, page 303,

TAHLEAU

sont au nombre de cinq. On a cra que l'un d'eux, nommé père El\S'''e, était le fameux prédicateur de ce nom : on peut en douter. Quoi qu'il en soit, un canne billetle, nommé \c père Elysée, pas^a troi> quarts d'heure avec la fi le Lenii. et fut arrêté dans un mauvais café, buvant, après minuit, avec un cocher (2).

Les aiigUïtios sont au nombre de deux dans le recueil des rapports et procès-ver-

biux. Un de ces deux moines est le père R!ph:iël, auguslin de la place des Vi<-toire^(J).

D ms la Police dévoilée, on trouve neuf autres augustins, dont l'un est celui qui, a-^ocié à trois cordeliers dont j'ai parlé, fut déco'ivert avec Rosalie . de ce nombre est nus-i le père Simon Bonicel, que la po'.ice s^pnt, !e 18 juin 1760, seul avec Préville, Louise et Sophie. Ce morne joi-

Conserva'.oire des Art.= et Métiers

goaitla bassesse au libeitinag?. Pou? ga gner la bienveillance de la po;ice, il s'offrit d'être l'espion de sou couvent : « Je

Ci) La Chasteté du Clergé dévoilée, tome I, page 251.

Voici en quels termes est désigné ce carme dans le proc^'S-verhal : .. Maximilien-Jo-eph ■ Bulletot, appelé eu relijiion P. Étysne, « âgé de vingt-huit ans, natif de Chiiuay, « prêtre religieux.... trouvé bu.ant avec le « noœrûé Breiifl, cocher de M. le Cv/mte de • Brieuûe, etc. »

« fais ma so imission à M. "»e lieutenant « de police, dit-il dans son procès verbal, ■ de me rendre utile en tout ce qui dé- € pendra de moi pour lui donner tous les « renseigne lanls sur la maison dont je « SUIS piofesseur en ih/ologie (2j. »

Dans le même ou\rage, on trouve une pièce concernant le révérend père Fabre,

! (1) Il Chasteté du Clergé dévoilée, tomel, ' page 135, et tome 11, pagt; 105.

(2) La Foitee de Pjris décoMe, tome I, pages 303, 304,

religieux du couvent des Grands- Augustins", qui remplissait auprès du- marquis de Pertuis l'hororable fcnction de pourvoyeur de ses plaisirs; il dtxoiivrit une jeune ouvritTe en dentelle, fillede la veuve Bois.selet, c^-meurant rue Sainl-Thomasdu-Louvre, et la présenta au marquis (1).

Deux feuillants seulement sont mention i es dans un de ces reçu cils : l'un était âgé de quaranle, l'autre de soixanîe trois ans.

Les couvents des minimes, des rccolle(s, des mathurins, des tliéatins, des célestins, des anlonin.s, ne m'offrent chacun que deux sujets cédant à la tentation ou à de luxurieuses Habitudes. Parmi les religieux de la Merci, on ne compte qu'un seul délinq.ûant; il en est de même des Pic| us et des jésuites.

Les prémontrés en eurent trois, dont un fut îrouvéentredeux fi 11 es, Désirée et Zaïre.

On comi-te six bernardins surpris chez des femmes publiques; .cinq i)énédictins ou clunisles, et sept enfants de Saint- Dominique, dits vulpairement jacobins.

Je ne dois pas omettre C'nq capucins, parmi lesquels deux, s'étant réunis au cabaret du Cerf-Moutant, avaient borné Lurs plaisirs à une seule fille, appelée la Marin i2).

Un autre capucin, nommé père Jean- Baptiste, fut trouvé avec deux filles dans une maison de la rue Froment eau. Les trois acteurs avaient déposé les pompes de ce monde, et s'étaient réduits à l'ilal de puie nature, lorsque le commissaire de police Chenu et l'inspecteur Meusnier vinrent troubl r le mystère (3).

Quatre oratoriens. un ermite, un frère de la doctrine chiélienne; deux prêtres conventuels de l'ordre de Saint-Jean-de- Jéruî^alem, huit chanoines réguliers de Sainte-Geneviève, deux chanoines réguliers de l'ordre de Saint-Antoine, entraînés j ar les mômes goûts, eurent un sort à peu près semblable. Je rejette dans une note deux pièces aulhetitiques qui prouvent que ces chanoines réguliers ne méritaient guère ce titre (4}.

(1 ) La Police de Paris dévoilée , tome II, pajze 193.

(J) Voyez La Police de Paris dévoilée, toniH I, pages 292 et suivantes.

(.3) La Chasteté du Clenjé dévoilée, tome I, page 22.

(4) Parmi ces chanoines réguliers, on

Les prêtres séculiers pris dans des lieux de débauche sont en grand nombre, et peu\ent se diviser en trois classes. La [)remière se composait déjeunes gens inexpérimentés qui, arrivant de leurs provinces

remarque le P. Bernard, de l'abbaye de Sainte-rGeneviève, prédicateur célèbre. Voici le rapport que fit sur ce rehgieux la dame d'un lieu de débauche:

< Le 1er août 1762, sur les huit heures, " le révérend P. Bernard, de l'abbaye de « Sainte- Geneviève, est venu seul, a soupe « et couché, et a changé de deux filles saijs M pouvoir s'en sprvir qu'à demi, parce que « je l'ai fait visiter avant que de lui en don- M ner, le soupçonnant d'avoir une galante « rie : cela ne l'a point empêché de boire « beaucoup de bourgogne et de chamoagne, « et de faire bonne chère. Le tout lui s « coûté six lotiis et demi; et je l'iti fait ré- « soudre à se faire traiter par le sieur Ponce « mon chirurgien, à qui il a promis quart rante écus et trois livres par visite, car ili « sont bien éloignés de quartier. Il fau « convenir, dit cette ftmme en terminan. « son rapport, il faut con\enir, que les moi <« nés n'ont guère de conscience de ne pa « ménager les filles ni leur santé. » [La Bas tille dévoilée, troisième Uvraison, page 158.

J'ajoute ici, moins comme une preuve d libertinage que comme untémoign^ige d'un bizarrerie qui tent de la démence, la dé chi ration suivante : elle est du 26 octobr

« Je soussigné Honoré Regnard, âgé d « cinquante-trois ans, chanoine régulier d M l'orJre de Saint-Augustin et procureur d " la maison de Sainte- Catherine, recoupai « que le sieur Murais m'a trouvé chez 1 « Saint-Louis, rue du Figuier, chez laquell « je suis venu de mon propre mouvementhie " pour m'amuser avec la Félix que j'ai faj « déshabiller, et que j'ai touchée avecl " main enveloppée dans le bout de nlio « manteau ; et aujourd'hui, jouant avecFé »« lix et Julie, sa compagne, qui m'ont ôt « mes habits religieux et m'ont mis e « f^mme, avec du rouge et des mouchei « L'inspecteur m'a surpris en cet état. J « déchire qu'il y a plusieurs années quej'f « vais cette fantaisie, que je n'ai pu satisfwi « plus tôt. Fn foi de quoi j'ai signé la pT^ o sente déL-laration , c<'nteuatjt exacte V( « rité '• Sijjné Boso E Keonaiîd; corartiif saire Mutel; inspecteur I\Iarais. (La Po lice dévoilée, tome 1. pages 303, 304.)

TABLEAU

munis de qnelque argent, poussés par leur tempérament, et.flimmés par ia vuç" de ces femmes autorisées à solliciter les passants, et ignorant le piège qu • leur tendait la police, s'y laissaient entraîner.

Parnji ces ecclésiasti |ues moins coupables que la police, et qu'elle cherchait à surjTendrc, je remarque Jacques-Ladisias-Jose h de Galonné, qui, le len Icmain de son arrivée à Paris, et avant d'entrer iiiinaire de Saint-Sulpicc, fit, en oc- 1763, à l'âge de vingt ans, une stanuij dans la rue du Chantre, et fut contrarié dans ses plaisirs avec Coraline par Tapr^ritiou du commissaire. Il était frère du fameux ministre de ce nom (1).

La seconde classe comprenait des ecclésiastiques qui, plus avancés dans la c<irrière des bénéfices et dans celle de h vie, n'en étaient pas plus sages. On y trouve Guillaume de Bar, ège de trente et un ans, député du diocèse de Senlis à la Chambre souveraine du clergé de France, surpris le 7 juin 1766, dans une maison de la rue des Deux-Ecus, avec la fille Rosalie (2).

Tel était Adrien Aubert, prêtre du liocèse de Paris, qui devint professeur au X)îlege de France, rédacteur de la partie . itléiaire des Petites-Affiches de Paris, et [fameux par sa causliciié. Un commissaire irint, le 27 janvier 1758, l'arracher des bras de Julie (3).

François de Clugny, aumônier du roi, prévôt de l'église de Lyon et abbé comœandataire de l'abbaxe de Savigny, avait trente-quatre ans lorsqu'il fut sur|iris avec la nommée Henriette, par le commissaire de police Mutel, dans un lieu de débauche situé rue du Chantre (4). Il ob mt, aaalgré sa conduite peu exemplaire, l'évô- 3hé de Ritz.

Pierre de Gallon Francesqui, docteur le Sorbonne, grand-vic^iire de l'évèque ie Viviers, et àsé de trente et un ans, fut irouvele l«îr juiliet 1760, rue du Chantre, ivec '. ; nommée Doriiie (o).

(Ij £a Chasteté du Clergé Jéooilée, tome II, »ge 220.

(2) La Chasteté du Clergé dévoilée, tome II, (»»ge 347.

(3| La Chasteté du Clergé dévoilée, tome II, page 116.

(4) La Chasteté du C-lergé dévoilée, tome II, ?«g- 267.

(ô; La Chasteté du Clergé décoilée, tomel, page 292.

Jein -Joseph -Joachira de Gobriicle, grand-vicaire de l'archevôiue de Sens, âaé de trente-six ans, fut, le 28 janvier '759, déco'jveit dan- une maison de débauche, «.ituée rue Siirit-Nicaise, avec les filles Marie-Anne et Manon H).

Jean Mongin, grand-ar. hidiacre de Bazas, âgé de quarante-cinq an-;, fut trouvé,! le 21 juillet 1756, dans une m lison de la rueMazarine, avec Marguerite Leclerc/; âgée de dix-huit ans (2;.

Louis-Jeon-François Rivière, chancelier de Saint-Meriy, chapelain de la reine, àgédequarant8ans,eut, le 19 janvier 1758, le malheur d'être découvert dans une maison de débauche de la rue Plàtrière, aves Marie de Chanterenne, âgéo de quatorze ans (3).

Michel-Ange de Castelane, aumônier du roi, âgé de trente-cinq ans, fut, le 21 juillet 1764, trouvé dans une maison de débauche, rueMazarine, avec deux fiiles, l'une nommée Catherine et l'autre E!éonore (4)

Je passe à la troisicme divi-ion, composée de vieux pécheurs dont l'âge n'avait pas encore détruit les mauvaises habitudes ; tels sont : Gaspard Bardonnet, bachelier de Sorbo: ne, ancien chapclun du roi, âgé de cinquanîe-cinq ans, qui, dans un lieu de débauche de la rue Pagevia, fut, le 2 juillet 1763, troublé dans les pla'sirs qu'il prenait avec la fille Isidore, par le commissaire de police Mutel et l'inspecteur Marais (5).

Joseph-Marie Mocet, chanoine et grand archi-prêire de l'eglise de Tours, âgé de soixante ans, fut trouvé avec Marie-Anne Lefevre (6i dans un lieu de débauche de , la rue de Seine.

PiCrre-Joseph Artaud, prévôt de Saint- Louis du Louvre, à Paris, âge de cinquante-cinq ans, fut surpris, le 18 février 1755, daus un lieu de prostitution de la

(1) La Chasteté du Clergé dévoilée, tome I, page 226.

(2) La Chasteté du Clergé décoilée, tome II, page 31.

(3) La Chasteté du Clergé dévoilée, tome I, page 93.

(4) L'i Chasteté du Clergé dévoilée, tome II, page 264.

^5. La Chasteté du Clergé décoilée, tome II, page 159.

i6) La Chasteté du Clergé décoilce, tome I, page 269.

rue des Deux-Portes-Saint-Snuveur, avec Marguerite Paulrr.ier. Ce prêtre, frère de Tévêque de Cavailloii, avait plusieurs bénéfices, et en dissipait tous les revenus en débauches; il faisait en outre beaucoup de dettes : ses meubles étaient saisis. Son neveu, curé de Saint-Merry, obtint, en 1762, une lettre de cachet qui exilait Tabbé Ari£ud à l'abbaye de Cormery il). Ce châtiment ne le ramena point à une meilleure conduite; il fut de nouveau surpris, le 2 avril 1763, dans un lieu de débauche situé rue du Four, paroisse de Saint-Eu^tache, avec la femme Desmarets, Il avait un prieuré en province, qui était devenu la proie d'une danje la Biche, etc.

Si je voulais multiplier les scènes de ce tableau, je n'éprouverais que l'embarras flu choix : je placerais un archidiacre de Troyes, nommé Jean -Baptiste d'Aguesseau, qui, le '10 juillet 1760, avait fait une station rue Saint-Nicaise chez la fille Drumélie (2); un chanoine nommé Philippe de Saint Gonstan, qui, avec un de ses clercs, fut surp: is dans un cabaret de Montmartre, dînant dans un lit entre la Calinot et la Leroi (3). Mais, par des motifs dont la plupart des lecteurs me sauront gré, je ne donnerai pas une plus longue extension à cette esquisse : c'est trop tôt s'arrêter pour les amateurs des scènes scandaleuses; c'en est assez pour mettre les lecteurs à miême de tirer des conséquences sur l'état des mœurs et sur le mérite de certaines institutions.

Dans les temjS barbares, la luxure du clergé se montrait sans pudeur; elle se couvrit du voile de la décence et de l'hypocrisie dans ceux où la civilisation, plus avancée, l'aurait rendue intolérable Cette continuité de désordres publics ou cachés^ dont jai cité de nombreuses preuves, démontre le vice de l'institution : c'est le cas de rappeler ce principe, que les plus mauvaises lois sont celles qui sont le plus constamment violées.

La loi de continence à laquelle on a soumis les ecclésiastiques, pour donner à leur caractère une apparence de perfection, a produit un efîet contraire à son

(1) La Chasteté du Clergé dévoilée ^ tome II, pages 195 et suiv.

(2) La Chasteté du Clergé dévoilée^ tome I, p»ge 272,

(3j La Police de Paris dévoilée, tome I, page 314.

but : elle a aigri, fanatisé l'esprit de ceu? qui s'y soumettent rigoureusement ; elici fait des autres des libertins scandaleux oi des hypocrites. Cette Ici des hommes, nè( au milieu de la confusion et de l'ignorance, approuvée dans un temps, condamnée dans un autre, fut toujours violée parce qu'elle est en opposition directe avec la loi suprême et irrésistible de la nature On a voulu arrêter le cours d'un torrerf^ et on a fait fiéborder ses eaux qui outit vagé les cultures.

Les ministres des autels auxquels 1»

mariage a été permis, les prêtres des pre- , miers siècles du christianisme et ceux di culte protestant, n'ont jamais offert e n'offrent point, dans leur conduite, de pa reils exemples de dissolution.

Les laïques, dont je vais m'occuper, e qui forment la cinquième classe des rap ports de la police, étaient presque auss soigneusement surveillés que les prêtres mais ils n'étaient pas, comme ces derniers troublés dans leurs plaisirs. La police, ei multipliant ses agents, en n'épargnant n ruses, ni impostures, ni trahisons, parvenait à connaître toute leur conduite, dan l'unique but d'en amuser le roi. En con séquence, chaque maîtresse de maison dé vouée à la prostitution était tenue, na ordre de la police, de joindre à son jnfàmi métier le métier plus infâme encore d' délatrice et d'espionne; de faire chaijm jour un rapport contenant les noms d( ceux qui s'étaient présentés dans sa mai son, ceux des filles, et l'espace de temp: passé auprès d'elles. Voici un de ces journaux, rédigé par la femme Dufrêne, unt des plus fameuses appareilleuses de a temps :

. Du 20 juin 1753. M. Cot..,, mothé- « maticien du ro", demeurant à Vesailles « âgé d'environ quarante ans, marie; i « est entrée six heures et sorti à huit; i « a vu la petite Raton de chez madam( « Huguet.

« Du 21 . M. de la R..., gouverneur dt « la ménagerie du roi, chevalier de Saint- « Louis, âgé d'environ quarante ans, gar- « çon : il a vu la petite Adélaïde, qui de- « meure au roi Salomon , rue Sain t-Honoré.

« Du 22. Le baron de Ram..., chevaliet « de Saint-Louis, demeurant rue Haute- « feuille, âgé d'environ soixanîe-dix ans: « il a vu la nommée Victoire, qui demeure ■ chez moi ; il est entré à six heures et « sorti à sept.

TABLEAU MORAL

Brie, de

« Le prieur de Séznnne en meurant rueTh<TCse. b itte S lint-Roch, âgé d'environ trente cinq ans. Il s'habilla quelquefois en petit maître, en épée; il a vu la nommée Victoire; il e^l entré à huit heures et sorti à neuf, c Du 23. M. h baron d Urs..., vivant de>on bk-n, demeurant place Vendôme, âgé d'environ quar^inte-cinq ans, garçon : il a vu la nommée d'Arby, demeurant près le Luxembourg; il est entré | à sept heures, et sorti à neuf. i

« M. de Crem..., erand chevalier de! l'ordre des Cordons -ïloages, lieutenant | g'^nérul des armées du ro , frère de | M. de La Boss..., trcsorier des états de, Breta.î^ne, demeurant avec lui, rue des ' Capucines, p es la j lace Vendôme, âgé d'e.iviron cinquanîe-cinq^ns; il a vu la nommée Adélaïde, qui demeure au roi S.ilomon : il es' entré à neuf heures du soir, sorti à dix et demie.

« Du 2i. M de Ger..., cordon-rouge, trésorier delà marine, garçon, âge d'environ trente ans, demeurant place Ven- | dôme : il a vu la Victoire ; il est ei.tré ; à huit heures, sorti à neuf. |

. Du 25. M. de P d'Arg est

venu à dix heures du soir; il... (1) par Viitoire. '

« On a oublié du jeudi : |

< M. de La Ser. .., ambassadeur de i Portugal, demeurant rue de Richelieu, i âgé de trente-six à quarante ans : il a , vu Agathe de ch z la Desportes ; il est ' entré à huit heures et sorti à neuf.

« Sig7iékmme Dufrêne (2).

On trouve dans ces rapports des exem es nombreux de la turpitude et de la | ■pravation de cette classe d'individus ; gue lieux, fiers de leurs titres, fiers de! jr inutilité, et qui aspiraient encore à ofamie des hommes les plus abjects de

société. On y voit des personnes de lalilé remplir les emplois d'agent de ux de débjuche, et, ce qui pis est, d'ant de la police, et en retirer le salaire.

pourrais en of.rir plusieurs témoigna- 5, citer les noms, qualifiés d'illustres

(1) Ces femme» ne st gênaient pas dans ir correspondance avec le lieuteuant de lice; elles parlaient avec lui comme avec ir semblable.

(2j LaBastiUt décoilét, troisième livraison, R^ 154.

par les généalogistes, qui se sont souillés^ dans ces ordures. Mais je ne parlerai que d'une marquise dont je tais le nom, qui, ruinée et obligée de vendre se-; meubles, vint s'offrir à une des plus fameuses appareilleuses de cette époque, à la Brissaut, pour être une des actrices de son sérail (1).

Des millieré de rapports de cette espèce arrivaient tous les matins au lieutenant de police, qui faisait extraire ce qui s'y trouvait de plus saillant. Il ne se passait rien de remarquable dans Paris, dans les lieux de débauche et même dans l'intérieur des ménages, dont le roi ne fût instruit. Les anecdotes les plus scandaleuses étaient les plus recherchées, et celles qu'on offrait de préférence à ce prince.

Dans les autres classes de la société, et même dans celle qu'on nommait la robe, on trouvait la mêm'e corruption ; et de graves magistrats, des présidents, des conseillers ne craig'iaient pas d'avibr leurs d gnités, en les traînant dans les saletés (le la prostitution. Des bourgeois, des artisans ruinaient leurs familles et feur santé, en essayant d'imiter les exemples corrupteurs de la cour.

Je n'ai point parlé de ces excès de libertinage qui outragent la nat ire; de ces unions stériles, le dernier degré de la dépravation morale. Ces goûts honteux avaient cependant, sous le règne de Louis XV, p.esque au'ant de p.rtisans que sous !a régence, que du temps de Louis XIV, et que pendant les siècles de barbarie.

Je n'ai point parlé de quelques mères qui élevaient leurs fi les pour la prostitution, vendaient à de grands seigneurs leurs prémices, coume cela se pratiquait au quinzième siècle (2).

(Ij La Police de Paris dévoilée, tome II, page 192.

(2) Je ne trouve dans les rapports qne trois exemples de celte turpitude.

La veuve d'un officier chez le r i promenait sa tille aînée dans les marchés du Pa- ■ lais-Pwoyal, et destinait sa cadtte à ua chapitre noble. (La Polict de Paris dévoilie, tome II, page l'^O.)

Madame Chris... a conduit elle-même sa

fille au prince de C , à Chantilljr, etc.

{Idem^ tome II, page 156.)

La dame C... a placé sa fille au couvent des Ursulines , rue Saint- Jacques, daos le

Jamais la proslitntion ne fat plus en vigueur, jamais les prostituées ne furent plus nombreuses que sous Louis XV. On comptait sous ce règne à peu j rès trente deux mille lilks publiques inscrites à la police; aujourd'hui on en compte environ trois mille quatre ou cinq cents : preuve des i^rogiès de la rnorule (1).

Les maisons de jeu n'étaient pas moins funestes à la morale publique que les maisons de dcbauche.

Voici quelques traits du tableau qu'en trace l'auteur de la Police de Paris dévoilée :

« C'est M. de Snrtines, dont le valet « de fhnmbre a eu jusqu'à 40 mille livres « de rente, qui, le premier, sous le pré- « texte spécieux de rassembler tous les « chevaliers d'industrie qu'il devoit con- « noîlre, a fait ouvrir dans la capitale ces « cavernes séduisantes où la seule loi « éloit. en se demandant la bourse, de ne « point s'arracher la vie; et comme l'or « ne coule jamais si bien que dans la « main des femmes, elles lui achetèrent le s « privilège des lapis verts. »

« On imagine bien de quelle classe « étoient celles qui destinoient leurs nuits « à des escrocs : c'étoit une Làtour, filîe « du laquais du président d'Aligre, qui « l'avoit créée et mise au monde pour les « menus plaisirs de son maître; c'étoit « une Démare, qui, servante de cabaret, « avoit pris de bonne heure le goût de « tenir table ouverte ; c'étoit la Gardonne,

dessein de lui faire obtenir, par le moyen de Lebel, valet de chambre du roi, La première place vacante au sérail du Parc-aux-Cerfs. {Idem, p. 349.) A (1) La séduction, les exemples corrup- ; leurs des personnes puissantes, le dél'aut : dVducation et de fortune entraînent les fil- , les dans l'abîme de la pr. stitution. Les filles ■; publiques exerceraient le plus infâme des ' métiers, si elles n'étaient surpassées en inî famie par ceg hommes qui, n'ayant pas les mêmes excuses, vendent leur conscience, trahissent leur de\oir pour obtenir la faveur et l'argent des gouvernements Ces insolents et inexcusables prostitués auraient atteint le dernier degré de la bassesse sociale, s'il ne se trouvait au-dessous d'eux des hommes plus >il8 encore, ceux qui les corrompent; car le corrupteur est plus criminel, plus méprisable que celui qui se laisse corlompre.

1 « blanchisseuse de Versailles, mère à I « treize ans; c'étoit la Dufrène, qu'une j « bouquetière de Lyon étala longtemps « comme des fleurs... Ces présidentes de « biribi n'avoient que la peine de bercer « les vic'imes,eL elles en partageoient les « dépouilles avec leurs bourreaux. . (1). » On vit des baronnes, des marquises solliciter le privilège de ces t.ripots; mais, n'osant y figurer elles-mêmes, elles trou- I valent des hommes qui n'eurent pas la .même honte. Quinze maisons de' jcj furent établies dans diverses rues de Paris: et le chef de ces maisons é'ait un nommé Gombaud, qui recevait le titre de caissier j général.

j Pour donner une apparence respectable à ces établissements, la police imagi- , na de prélever, sur les produits de cha(jue ' maison, trois mille livres par mois pour ' les pauvres. Le bien qui résultait de ce ' prélèvement arrêtait-il le torrent de malheurs et de scélératesse que faisaient déborder les maisons de jeu? Prévenait-il . la ruine des familles, les banqueroutes, j les suicides et toute espèce d'attentats? Car l'espoir du gain, le désespoir de la ; perte, rendent lesjoueurs capables de tous ; les crimes.

' Les maisons de jeu établies par le'lieu- ' tenant de police de Sartines autorisèrent I rétablissement de plusieurs jeux de so- { ciété, qui se tenaient, chez des hommes et des femmes dites de qualité, et même chez l'ambassadeur de Venise, qui, à la faveur de son titre et de linviolabilité de I son hôtel, y tenait un tripot très productif, où les gens de toutes les classes étaient I admis. Les ouvriers, les pères de famille de la classe mécanique étaient reçus dans un lieu particuli>ir, lieu qu'à juste titre ! on nommait l'Enfer.

Ces antres devorateurs, fermés pendant la révolution, furent ouverts sous la domination de Napoléon, et le sont encore. Des dames, et surtout celles qui, par leur âge, ne pouvaient pi as être coquettes I avec succès, s'adonnaient au jeu, et s'y adonnaient avec fureur. « Il est vrai, dit ■ Montesquieu, qu'elles ne s'y livrent \ ' « guère dans leur jeunesse que pour fa- « voriser une passion plus chère; mais, « à mesure que. les vieillissent, leur pas- • sioD pour le jeu semble se rajeunir; et

(l) La Police de Paris dévoilée, tome II, pages 73, 74.

TABLEAU MORAL

cette passion remplit tout le vide des autre'.

c Elles veulent ruiner leurs mari^, et, pour y parvenir, elles ont des moyens pour tous les âges, de[)uis la tendre jeunesse jus:|u'à la vieillesse la plus décrépi'.e : les habits et leséquip.iges commencent le der;inge:-nent; la coquetterie l'augmente; le jeu l'achève, c J'ai vu souvent neuf ou dix femmes, ou plutôt neuf ou dix siècles rangés autour d'une table; je les ai vues dans leurs espi'rances, dans leurs craintes, dans leurs joies, surtout dans leurs fureurs : tu auroisdit qu'elles n'auroient jamais le temps de s'apaiser, et que la vie alloit les quitter avant leur désespoir; tu aurois été en doute si ceux qu'elles pa voient étoient leurs créanciers ou leurs légataires (1). »

Si j'en crois divers témoignages, les oueuses de la cour de Louis XV se mouraient aussi peu délicate^ que celles du ègne de Louis XIV : elles ne laissaient )Oint échapper l'occasion de tempérer les lisgràces de la fortune ou d'amener furivement ses faveurs.

Les mœurs des femmes d» la cour, qui ervaient de modèle à celles des femmes les rangs inférieurs, fourniraient nne ,mple matière au tableau que j'esquisse; nais je dois me borner à quelques traits

2 ut

« on dans un des rapports de la police; « elle a dit. avec impu lence : Q.ie n'étiez- « vous là, monsieur? Qjand je n'ai pas « mon écuyer, je prends le bras de moQ « laquais (i), »

On se marJHit pour transmettre à uq héritier se> b'iens, ses titres et son nom gén illogique. Ce but rempli, les épon vivaient comme s'ils étaient dégages de leur" devoir; se marier daus d'autres motifs, c'était penser et agir en bourgeois.

Q-iand du mariage ne résultait pas un illustre héritier, alors les époux avaient

;énéraux. Pour ces femmes, la g:dauterie ;tait la principale affaire. Qiant aux iens du mariage, elles auraient rougi de es respecter : elles les rompaient sans 'épugnance comme sans danger, et la :omplaisance des deux époux était réciproque. « Un mari qui voud oit seul pos- « sédersa femme, dit encore Montesqui.'u, t seroit regarde comme un perturbiteur «de la joie publique, et comme un in- « sen&é qui voudroit jouir de la lumière « du soleil à l'exclusion des autres homi mes. Ici, un mari qui ain;ie sa femme t est un homme qui n'a pas assez de m - «rite pour se faire aimer d'une auîre... « Ce n'est pas qu'il n'y ait des dames ver- ■ tueuses, et on peut due qu'elles sont dis-

recours a'i moyen dont j'ai rap^jorté un exemple.

Après les excès de la luxure et de toute espèce de débauche, les traits les plus saillants decettepériode sont le laie, l'eaipire de la mode et la frivolité.

Le luxe offrait une autre source de corruption : il était devenu pour toutes les classes un besoin qu'accroissaient les rapides changements de la mode. « Une « femme qui quille Paris pour aller pas- « ser six mois à la campagne en revient « aussi antique que si elle s'y étoit ou- « bliée trente ans... Quelquefois les coif- ■ fures montent insensiblement, et une « révolution les fait descendre tout à coup. « Il a été un temps que leur hiuteur met- « toit le visage d'am femme au milieu « d'elle-morae. Dans un autre, c étoient • les pieds qui occupoi?nt cette place; les « t lions faisoient un piédestal qui les te- « noit en l'air... Les architectes ont été « souvent obligés de hausser, de biisser « et d'élargir leurs portes, selon que les « parures des femmes exigeoient d'eux ce « changement ; et les règles de leur art « ont été asservies à ces principes. Oa « voit quelquefois sur un visage une « quantité prodigieuse de mouches, et elles « disparoissent toutes le lendemain (2;.»

Ce tableau, q loiqu'il paroisse outré, au fond est véritable. Il est certaia que sous Louis XI V, sous la régence, peodaiifle cours du règne de Louis XV, et même sous Louis XVI, les femmes portaient une chaussure aniée d'un talou en

tin^ui-es .. Mais elles sont si laides qu'il bois, dont la hauteur éait au moius de

« faut élip un saint pour ne pas haïr leur

• vertu ,2). .

« Le duc >'.e.. a surpris sa femme dans

• les bras du pr ce[)teur du sou fils, lit-

1\) Leiiieg p'isines, lettre 56.

2) Lellrea i.fisanes^ lettre 55.

trois pouces, et leur coiffure s'élevait d'ua pied au-dessus de la tête; elles voulaient, p ir ces artifices, paraître plus longues. Les femmes tachetaient leur visage, en

( I ) Police dévoilée, tome II, page 123. [Jj LiUre$yersaneSy lettre 99,

y appliquant des morceaux de taffetas:

Doir gommé, ordinairement ronds, quel- 1 quefois découpés en étoiles, ou en crois- î sant, plus ou moins grands; elles lespla-' çaieni souvent sur les tempes , près des i yeux, sur la joue, près des commissures de la bouche, et au front. Une femme du bon ton ne pouvait avoir moins de cinq à six mouches sur le visage; les plus modestes n'en portaient que tiois. EU-^s ne sortaient point sans boîte à mouches, dont le couvercle était intérieurement muni d'un miroir, afin de pouvoir, en cas d'accident, réparer la chute d'une mouche. Cet usage avait pour motif de faire ressortir la blancheur de la peau, et de donner de l'éclat, de la vivacité à la fleure.

Les mouches, en usage dès le règne de Louis XIV, n'étaient pas le seul artifice employé par la coquetterie: les femmes se peignaient le visage avec du blanc et du rouge, et quelquefois du bleu. Le rouge était tellement prodigué qu'il faisait res- : sembler celles qui en étaient peintes à des bacchantes en fureur, à des personnes ivres ou enflammées par la débauche ou la colère. L'usage de se farder le visoge, ! usage barbare, ridicule et funeste mênie à : la beauté, s'est conservé longtemps, parce qu'il était consacré par l'étiquette de la cour. Une dame de qualité ne pouvait absolument paraître en public sans s'être : enduit les joues d'une épaisse couche de | vermillon; il eut 'été indécent de sortir ^ sans son rouge. j

Les masques de velours noir, que les , dames de la cour portaient encore du temps de la régence, étaient tombés en : désuétude ; le rouge ei les mouches y sup- ! pléèrent. ' I

La mode la plus étrange, la plus embar- ! rassante. et celle qui choquait le plus le ' bon goOt, était la mode des paniers. L'en- i semble d'une femme ressemblait, avec cet habillement, à ces instruments, appelés battoirs, dont se servent les blanchisseu- : ses. Dans la foule, les femmes ainsi vêtues étaient obligées de tourner, d'un côté en avant, de l'autre côté en arrière, les deux parties saillantes du panier dont le volume occupait la place de trois ou quatre personnes. Dans les chai.^es à porteurs, dans les c^irrosses, elles étaient forcées de faire sortir par les portières les parties latérales de cet ample et ridicule ajustement. i

Dan> les commencements du règne de' LouisXV, les femmes do tous les états, de-

puis la princesse jusqu'à la dernière ouvrière, portaient cette étrange parure.

Une femme sans panier était considéréej comme malade.

Celte mode, aussi gênante qu'elle était! de mauvais goût, s'est maintenue encore' longtemps à la cour, sous la protection de l'étiquette, et sur le théâtre où elle a servi à retracer les ridicules de nos pères. Le mauvais goût s'associait aux mauvaises mœurs.

Les hommes mêmes portèrent des paniers : Ion donnait ce nom aux amples t basques de leurs habits. Des baleines, ' pincées dans la p'us grande largeur de ces basques, les contenaient dans un état d'extension et de raideur. Chaque pas que faisait l'homme vêtu de ces habits à panier imprimait aux larges basques un mouvement tel que chacun des angles de l'avant et de l'arrière décrivait au moins un quart de cercle.

Tous les hommes, jeunes ou vieux, de»

la cour et de la ville, portaient encore, sous la régence, les volumineuses perruques en usage sous Louis XIV. Vers la fin de son règne, elles avaient éprouvé quelques altérations dans leur forme première. Déjà, en 1693, on ne voyait plus, comme auparavant, deux parties de leur chevelure descendre de chaque côié du buste : elles étaient bornées à couvrir entièrement les épaules et le dos. Les perruques, en subissant divers changements de forme, diminuèrent insensiblement de volume. Toute la partie superflue qui couvrait le dos fut divisée en deux. On nouait ces parties en été, on les dénouait en hiver; enfin elles restèrent nouées en toutes saisons. De ces deux parties delà chevelure artificielle, nouées ou dénouées, vint l'usage de porter deux queues qui descendaient parallèlement de la perruque jusqu'à la ceinture. Cet usage s'est maintenu chez de vieux courtisans jusqu'au règne de Louis XVI. De ces deux queues, on n'en fit qu'une; c'est-à-dire que tous les cheveux de derrière réunis furent contenus dans les contours d'un ruban.

Les militaires portaient la perruque à la brigadière : elle était ample autour de la tête, et retroussée par derrière. Ils la quittèrent enfin, pour laisser croître leurs cheveux.

Les gens du barreau, toujours fort attachés aux vieux usages, gardèrent encore

l'R, rue boulUot, «8.

T.iBLEAi: MORAL

longtemps les perruques in-folio du règne de "Louis XIV; mais il leur fallut enfin céder quelque chose à l'empire de la mode: ils conservèrent, jusqu'au dernier temps, la partie de la chevelure pendante sur le dos. Ils portèrent des perruques pointuesou en formede pyramide renversée. Elles descendaient, bordeesdebouclcs symétriquement placées, le long du dos, en diminuant de volume. Ils euîx'Lt des perrucues r:^.rrées.

des perruques h la Sartines, des perruques à trois marteaux, des perruques à la circonstance, etc. Les juges s'obstinèrent à garder leurs perruques "chargées d'une infinité de lx)udins symétriques. Mais de jeunes avccits renoncèrent à l'artifice, et lui préférèrent leur chevelure naturelle, quils accommodèrent à peu près comme les perruques. Celte mode fit des progrès, mêmb chez les icunes coiîseiîlers.

Jovirse.

Les bourgeois, les maîtiesde profession ou de métiers, et même les ouvriers portaient tous la perruque. Un maître tailleur se serait cru indigne de sa profession et de son grade s'il eût été coiffe de ses propres cheveux. Enfin les perruques disparurent insensiblement , et on ne vit que des vieillards chauves ou entêtés qui, dédaignant les nouveautés , conservèrent courageusement les chevelures artificielles, bouclées, pommadées, poudrées. Ou les nommait par dérision tètes à perruque '

IV DULAURE

Un médecin ne pouvait visiter ses malades sans avoir la tète affublée d'une perruque à trois marteaux, sans nvolr sa canne à pomme d'or, le diamant au do'gt et les manchettes de dentelles.

On ne faisait aucune visite, on n'allait dans aucun lieu public , et même ou ne sortait guère sans être armé d'une épée pendue au côté, comme si l'on marchait au combat, et sans porter le chapeau sou> le bras, comme s'il ét<iit plus destiné au bras qu'à la tête. Tous, jusqu'aux ouvriers, suivaient cette mode sênan'e. Cet

usaffedeporterVépéeexistaitdéjàsouslafin du rè-ne de Louis XIV; il s'est maintenu sous celui de Louis XV ; et, en s affaiblissant insensiblement, il a duré jusqu a la révolution.

La mode des pantins, pendant une partie du règne de Louis XV, occupa les Parisiens et'' presque tous les Français; on voyait, dans les rues, dans les salons, nonseulement des enfants, mais des hommes avancés en âge, de graves magistrats porter dans leur poche, tenir d'une mam une figure humiaine en carton coloré, et tirer de l'autre un fil qui faisait mouvoir les membres de cette figure. On fit, comme à l'ordinaire, sur ce ridicule amusement, des chansons et des épigrammes dont voici un échantillon :

D'un ppnple frivole et volage, Pantin fui la divinité; Fant-il ètie surpris sil chérissait l'image Dont il esl la réaliié ?

Vers Tan 1760, toutes les modes étaient à la Ramponneau, nom d'un farceur qui tenait une guinguette aux Percherons. Il jouait des scènes plaisantes et naïves, qui enchantaient les Parisiens. Les modes devinrent ensuite à la grecque. On était coiffé, chaussé, vêtu à la grecque. Le refrain d'une chanson de ce temps porte :

Ici, tout est à la grecque ; Tout est à la Ratnponueau.

On appliquait aussi ces dénominations aux façons de parler (l).

j La coiffure des hommes et des femmes portait spécialement ce nom ; mais elle ne le garda pas longtemps : les lois de la mode sont tyranniqucs et peu durables.

L'arrangement symétrique des cheveux des dam.es était devenu un art difficile ; et le sieur Legros, coiffeur, composa un volume qui fut suivi d'un supplément, où il établit savamment les principes de cet art. Jamais on n'avait vu à Paris un si grand nombre de coiffeurs de

(1) Voici une anecdote quo je trouve à ce snjet dans un ouvrage de ce temps. Au mois d'avril 1764, l'abbé Torné, prédicateur, prêetant devant Louis XV à Versailles, oublia en commençant de faire le signe de la croix; le roi en témoigna sasurprise au duc d'Ayen, qui répondit : Vous verrez, sire, que c'est un sermon à la grecque. L'orateur débuta par ces mots : Les Grecs et les Romains. Le roi ne put s'empêcher de rire, et le prédicateur fut déconcerté.

dames : on en comptait jusqu'à douze cents. Les perruquiers, jaloux de leur succès, en 1769, leur intentèrent, deyaftit la cour du parlement, un procès qui inspira un très vif intérêt; les perruquiers le perdirent.

Les littérateurs, pareillement atteints de la contagion commune, ne composaient que des ouvrages frivoles ou libertins. Les muses n'étaient invoquées que pour célébrer les charmes d'une actrice , d'une courtisane ou d'un protecteur méprisable. On voyait, comme l'a dit un poète du temps :

Des protèges si bas, des prolecleurs si bètes.

On faisait des poèmes sur l'amour et ses jouissances, des chansons erotiques aussi nombreuses que l'étaient les chansons bachiques sous les deux règnes précédents.

Les Mercures de cette époque se remplissaient de fadaises poétiques. Collé, Crébiilonfis, etc., etc. , furent de chastes écrivains, si on les compare à plusieurs autres qui prostituèrent leurs talents en publiant des ouvrages ob-cènes , dont le résultat devait corrompre le goût et la morale, enflammer les sens, dégoûter la jeunesse de toute lecture instructive. Jamais, sous aucun règne, on n'avait vu paraître un si grand nombre de ces ouvrages orduriers.

La plupart des hommes de ce temps, et surtout ceux qui aspiraient à l'honneur d'être du bon ton, auraient rougi de so livrer à des occupations utiles, de raisonner leurs actions, et d'être sans intrigues galantes; ils s'appliquaieut même à paraître plus étourdis, plus vicieux qu'ils n'étaient.

Ces frivolités, ces moyens de corruption avaient amolli les âmes et les corps. ^Les dames eurent des vapeurs; et, en 4769. une compagnie obtint le privilège exclusif d'établir des bureaux de parasols aux deux extrémités du Pont-Neuf, pour que les personnes jalouses de conserver la blancheur de leur peau pussent franchir ce pont à l'abri des rayons du soleil (I).

Pour sentir l'utilité de cet établissement, il faut savoir que les abbés, race dégénérée, espèce amphibie, qu'on trouvait partout, et qui n'était rien; il faut savoir que les jeunes et vieux petits-maîtres et les nombreux esclaves de la mode

[l) Mémoires aecrets, au 6 septembre 1769.

TABLEAU

n'avaient à opposer aux traits du soleil qu'une chevelure symétriquement façonnée, blanchie par la poudre d'amidon, et que le petit chapeau appelé claque, fait pour être placé sous le bras et non sur Ja tête, élevé en l'air, remplissait trop imparfaitement les fonctions de parasol, et n'était utile qu'en cette circonstance (1).

Les grands événements d'alors, ceux qui piquaient vivement la curiosité des personnes de tous les rangs, qui devenaient l'objet principal de t'eûtes les conversations des gens inoccupés, et intéressaient la cour et la ville, consistaient dans le succès ou la chute d'une piec« ae theâ tre, l'apparition de quelques couplets, ou épigrammes ; dans l'action d'un homme riche et puissant, qui quittait une maîtresse pour en entretenir une autre ; dans des pertes au jeu ; dans l'apparition de <îuelque3 livres hardis ou scandaleux, circulant clandestinement ; enfin , dans quelques modes nouvelles et quelques aventures de coulisses ou d'alcôves. Chez ces hommes dégradés, manquer aux lois tyranniques et très gênantes de la mode, c'était s'attirer l'infamie du ridicule ; et cette espèce d'infamie leur paraissait pire que cdle du crime.

Ce caractère de frivolité, cet état de délire et de corruption phvsique et morale, qui dominaient dans les classes opulentes de la société, et avaient dégradé jusqu'aux beaux-arts, n'égarèrent point la nation tout entière : une partie saine, assez nombreuse, en admettant quelques formes extérieures, résista au torrent, rechercha la cause du désordre des idées et des mœurs, et n'eut pas de peine à la découvrir. Cette découverte mit au jour les ▼ices du gouvernement et de ses institutions, et en amena d autres.

Plusieurs hommes titrés, des hommes de lettres et hauts fonctionnaires, imaginèrent, en 4724, de se réunir et de former un club politique, nommé Club de

(1) L'homme accoutré à la mode, lorsqu'il parcourait à pied les rues de Paris et que la pluie le surprenait , élevant d'une main sur sa tête poudrée et sa frisure symétrique son petit chapeau ou claque, rangeant sous son habit la poignée de sa fragile épée, sautillait sur la pointe des pieds de pavé en pavé, dans la crainte de salir ses bas de soie blancs.

l'entresol (4). L'abbé Alary, élève de l'abbé Longucrue. en fut le créateur. Les membres tenaient leurs séances chez lui; il en était le président. On y discutait, on y lisait des mémoires sur toutes les parties de l'administration publique. La diplomatie, le droit ecclésiastique de France, les fiDances, le commerce, l'histoire en gênerai, etc., ressortissaient à ce tribunal nouveau. L'abbé de Saint-Pierre, auteur du Projet de paix perpétuelle, y lisait fréquemment des mémoires. Les sociétaires pen?aient et parlaient librement. Aucun abus, a uc'jne injustice du gouvernement n'étaient épargnés: on no respectait que la raison et'la vérité. Cette société prospérait ; le cardinal de Fleury la voyait sans inquiétude , et demandait quelquefois des nouvelles de ses travaux ; niais dans la suite il en prit ombrage ; il vit en elle un parti d'opposition, et'finit, avec des moyens adroits, par la dissoudre; elle avait été fondée en 1724; elle cessa d'exister en 1751 (f). Les membres survécurent et firent germer les vérités qu'ils avaient découvertes; c'est d'après les mémoires de l'abbé de Saint-Pierre que J.-J. Rousseau composa son Contrat social. Cette société eut sur les opinions du dix-huitième siècle une grande influence !

On compara les gouvernements anciens, les meilleurs gouvernements modernes avec celui de France; et Montesquieu fît paraître l'immortel ouvrage de VEsprit des Lois. Bientôt s'éleva k secte des économistes, dont le docteur Qaesnav, le marquis de Mirabeau, auteur de VAmi des hommes, l'abbé Beaudeau, auteur des Ephérnérides du citoyen, etc., furent les fondateurs. Les économistes répandirent des lumières nouvelles sur les diverses parties de l'administration. Les finances étaient dans l'état le plus déplorable : plusieurs nouveaux projets furent offerts aux ministres, qui, au lieu d'en profiter, laissaient les mémoires dans les cartons de leur ministère, ou bien envoyaient leurs auteurs dans les cachots de la Bastille.

(1) L'abbé Alary recevait chez lui, à l'entresol de l'hôtel du président Hénault, la réunion de ces hommes; de là est venu le nom de clnh et l'entresol,

(?) Mémoires du marquis d^Àrgenson, pago

Aux économistes qui se sont soutenus longtemps, et qu'avaient fait naître les abus administratifs, vinrent s'accoler les philosophes, secte née des abus religieux. Déjà les persécutions exercées par Louis XIV sur les protestants avaient porté plusieurs atteintes à la crédulité, ébranlé quelques colonnes de la foi , et enfanté des incrédules ou des esprits forts; les persécutions dirigées par les jésuites , sous Louis XV, et leurs étranges résultats, en augmentèrent le nombre.

Dans un gouvernement sans garantie, les abus, en se maintenant par laiforce, font souvent naître des réclamations; les réclamalions attirent la persécution; la persécution indigne les persécutés et leurs partisans ; a lors il se forme une opposition, Lesabus du clergé, les persécutions exercées par les jésuites, les convulsions, l'affaire des billets de confession, la conduite de la plupart des évêques dans ces affaires, l'assassinat de Loui'i XV, l'expulsion des jésuites, n'étaient-ils pasdes événements propres à remuer les esprits, à les réveiller, à les porter à rechercher la cause des abus, à réfléchir sur les droits de ceux qui en étaient les soutiens, à discuter ces droits, et à poser des principes différents de ceux qui autorisaient ces abus et en profitaient ; abus que l'accroissement des lumières mettait en plus grande évidence? Ces recherches, ces discussions , ces principes nouveaux constituèrent ce qu'on a nommé sous ce règne la philosophie.

Ceux qui en étaient imbus, réunis dans des assemblées particulières, d'abord chez la dame Doublet , ensuite chez la dame Geoffrin, formèrent alors un corps d'opposition, et assujettirent leurs opinions à des principes à peu près uniformes.

Les ministres, de leur propre mouvement, ou à la sollicitation d'hommes intéressés au maintien des abus , répondaient aux opinions nouvelles par des lettres de cachet, et envoyaient ceux qui les proclamaient dans les prisons d'Etat. Le parlement faisait brûler leurs livres, et accroissait le succès des auteurs et de leurs principes.

Sans doute ces novateurs, économistes ou philosophes, s'écartèrent quelquefois des voies de la vérité ; sans doute ils contrarièrent sans ménagement les principes du gouvernement et les opinions religieuses généralement admises; toutefois, les uns et les autres n'avaient fait qu'exposer en

meilleurs termes, et développer plus méthodiquement ce qui était déjà publié dans les siècles précédents.

Les économistes reproduisaient avec plus de talent les principes qu'environ deux siècles avant eux avait établis le ministre Sully.

Les philosophes , qui n'attaquèrent que lesabus des ministres delà religion', que les cérémonies dont la source est impure, ne firent que reproduire ce qu'avaient écrit, depuis les premiers temps de l'éta-^ blissement de l'Église jusqu'au dix-huitièmesiècle, une infinitéd'écrivains, même très orthodoxes ; mais ils en composèrent un tableau plus frappant , orné de nouveaux faits et de nouveaux raisonnements, et qui, par les fownes du style, devint à la portée du public. Ainsi, ce qu'on appelle la philosophie du dix- huitième siècle était la philosophie des siècles précédents, étendue, embellie et accueillie par un plus grand nombre de lecteurs éclairés.

Les antagonistes de cette philosophie ne se bornèrent pas à la combattre par des lettres de cachet: ils lancèrent des volumes contre des volumes ; une guerre de plume s'engagea. Les deux partis ne combattaient pas avec des armes égales : l'un, fortifié par l'autorité souveraine, avait un grand avantage sur l'autre, qui ne l'était que par les lumières de la raison. De pareilles luttes sont toujours favorables au perfectionnement de la civilisation et dos connaissances humaines.

Le gouvernement, d'une part, les jésuites et l'archevêque de Paris, d'une autre, surveillaient et punissaient l'émission de chaque opinion contraire aux vieilles doctrines ; et ces châtiments mettaient les esprits en fermentation.

A chaque nouveau pas que faisaient les ministres au nom du roi, dans la carrière du pouvoir absolu , le parlement opposait ses remontrances ; et chacune d'elles versait le blâme sur les actes du gouvernement , et provoquait indirectement l'émancipation.

Chaque atteinte portée à la tolérance, à la raison, chaque nouvelle équipée des jésuites et de l'archevêque de Paris faisaient naître dans le camp ennemi et les accents de l'indignation, et une multitude d'écritsqui exerçaient la pensée,|tournaient au profit de la* vérité, et fortifiaient les âmes contre la persécution. On la craignait peu parce qu'elle illustrait les persécutés.

TABLEAU

Les écrivains indociles étaient punis, mais leurs livres , avant d'être brûlés, avaient produit leur effet, et n'en étaient que plus avidement recherchés. Ainsi, le despotisme royal, dans son action contre la liberté publique; le despotisme sacerdotal, dans son action contrôles consciences, ruinaient l'édifice qu'ils voulaient fortifier, accroissaient les lumières qu'ils s'efforçaient d'éteindre (1).

D'autrepart,lessciencesmoinsdépendantesdes circonstances et du pouvoir, moins fastueuses, moinshardiesquele géniepurement littéraire et que la philosophie, empruntant les charmes de l'un , les lumières de l'autre, se rattachèrent bientôt aux plus hautes considéra^ons, parurent revêtues de la pompe du style, et s'illustrèrent par un si grand nombre de découvertes importantes que leur seule nomenclature m'obligerait à passer de beaucoup les bornes que je me suis prescrites. Mais jedirai que, pour la première foisen France, le savoir s'embellit des grâces de l'éloquence ; que Buffon écrivit son Histoire naturelle; que J.-J. Rousseau sut donner aux pensées les plus profondes, à des systèmes de politique et d'éducation, jusqu'alors traités avec une sécheresse repoussante, tous les attraits d'une diction nerveuse et concise; il sut émouvoir l'âme du lecteur, l'intéresser fortement à ses leçons.

Je dirai aussi que d'Alembert et Diderot, en construisant l'immense édifice de

(1) Le premier ouvrage philosophique qui fit quelqu e sensation sous le règne de Louis XV parut en 1768; il porte le titre de la Contagion sacrét, ou Histoire riaturelle de la Su~ perstition^ ouvrage de Jean Trenchard, Anglais. Sa traduction en français fut, cette année, imprimée en Hollande. Le marquis d'Argens, La Métrie, le baron d'Holbach, Helvétius, Fréret, Boulanger, Dumarsais, Voltaire, le curé Meslier, l'abbé Dulaureus, etc., se distinguèrent dans cette carrière nouvelle.

V Encyclopédie, en renfermant dans un même cadre toutes les sciences, tous les arts, l'universalité des connaissances humaines, ont marqué ledegré où elles étaient parveriues à leur époque ; ils nous ont permis de mesurer les progrès qu'elles ont faits depuis; ils ont ouvert une nouvelle carrière aux discussions; ils ont rendu l'instruction plus facile, et l'ont étendue sur une plus vaste surface.

La voie plus commodément ouverte et embellie invita les curieux à la parcourir. Chaque partie des sciences eut son culte, ses adorateurs, même ses fanatiques, et la France, vers la fin de ce règne, offrit un contraste digne d'être remarqué. A côté des scènes de frivolité, d'extravagance, de bassesses, de mensonges et de dissolutions dégradantes, s'élevait majestueusement le temple où brûlait le feu sacré, où se perfectionnaient les sciences, où les vérités recherchées ou découvertes recevaient un culte nouveau, et où l'on s'occupait avec un généreux dévoùment de tout c€ qui peut'contribuer à la prospérité, à la gloire de la société et à la dignité de l'espèce humaine.

Comme deux rivières, dont l'une a des eaux fangeuses et l'autre des eaux limpides, s' unissant à leur confluent et coulant dans le même lit, conservent longtemps la différence primitive de leur teinte, et ne se confondent qu'après avoir parcouru un long espace; ainsi, dans le même temps, dans le même pays, les désordres, les erreurs se maintenaient à coté du magnifique et nouvel ordre de choses qui s'établissait.

La vieille et déclinante barbarie, soutenue par l'habitude et la puissance , cachant les traits de sa décrépitude sous des formes gracieuses qu'elle avait empruntées de la c'ïvilisation, rivalisait encore avec celle-ci, qui, n'ayant pour appui que la force de la vérité, 'ne s'avançait pas moins vers son but: sa marche était lente, mais ferme et majestueuse.

PÉRIODE XV

Page 1