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ETABLISSEMENT DU CHRISTIANISME A PARIS

Dans la carrière que je vais parcourir, où se présentent à chaque pas des contradictions, des obstacles insurmontables, et des ténèbres que je ne me flatte pas de

RACE ggi

dissiper entièrement, j'aurai souvent des erreurs à signaler ; mais, en les mettant en évidence, je servirai la vérité.

Grégoire de Tours, après avoir brièvement rapporté la persécution que les chrétiens souffrirent sous l'empereur Décius, s'exprime ainsi : « En ce même temps, « sept hommes ordonnés évèques furent « envoyés dans les Gaules pour y prê- « cher, comme le rapporte l'histoire de la « passion du saint martyr Saturnin ; il y « est dit : Sous les consuls Décius et « Gratus, suivant une tradition fidèle, « la ville de Toulouse comm nça à « avoir pour premier évéque saint « Saturnin. Les évêques qui furent en- « voyés dans les Gault^s sont : Gratian « à Tours, Trophisme à Arles, Paul à « Narbonne. Saturnin à Toulouse, Diony- « sius à Paris, Slrémonius à Clermont, et « Martial à Limoges. L'un d'eux, le bien- « heureux Dionysius, évéque des Pari- « siens, plein de zèle pour le nom du « Christ, souffrit diverses peines, et un « glaive cruel l'arracha de cette vie (I). »

D'après ce passage, il paraît certain que saint Dionysius ou Denis fut envoyé à Paris avec îe titre d'évêque, sous le consulat de Décius et de Gratus, consulat qui répond à l'an 250 de noire ère. Ainsi voilà l'époque de la mission de saint Denis clairement établie; mais il s'élève contre ce fait de fortes objections, des difficultés i-isurmonlables. Des actes de saint Saturnin, dont s'autorise ici Grégoire de Tours, existent encore ; on y parle de ce saint Saturnin et de son martyre, mais on n'y fait nulle mention de saint Denis, ni des autres évèques envoyés dans les Gaules.

Cette erreur ou cette méprise, que dom Bouquet a relevée dans une note placée à l'endroit de ce passage, commence à faire naître des doutes sur l'époque et la réalité de la mission des sept évèques (2j. La ••édulité de Grégoire de Tours est connue. Sans examen, sans critique, il admettait toutes les traditions qui lui parvenaient ; trop souvent il renonçait à la dignité d'historien, pour s'abaisser au rôlu de légendaire.

Les évèques qu'il nomme, s'ils furent réellement envoyés en l'an 2o0 dans les Gaules, y firent peu de prosélytes, n'or-

(1) Greg. Turon, Hisl., lib. 1, cap.

(2) Recueil des Ilisloires de France, p. 147, note f.

t, II,

ganisèrent point un culte public, puisque le paganisme y dominait encore vers la fin du quatrième siècle ; témoin la lettre très authentique qu'écrivirent, en l'an 389, à sainte Radegonde, sept évoques gaulois, parmi lesquels se trouvaient Euphronius de Tours et saint Germain de Paris; lettre que Grégoire de Tours a lui-même insérée dans son Histore, et qui est plus digne de confiance que le passage de cet historien qu'on vient de citer.

Or, dans cette lettre, on lit que saint Martin, envoyé dans la Gaule vers le milieu du quatrième siècle, y répandit les semences de .la foi chrétienne. « Il fit éclore « les premiers germes de notre foi véné- « rable, y est-il dit ; car alors les mys- « tères ineffables de la Trinité divine « n'étaient encore parvenus à la connais- « sance que d'un petit nombre de per- « sonnes (1). »

Ce passage, qui est fortifié par le témoignage de S'ulpice Sévère, prouve qu'avant l'an 372, époque où saint Martin commença à prêcher l'Evangile dans les Gaules, ie christianisme n'y était connu que par un très petit nombre de personnes, et que les prédications de saint Denis et des autres envoyés, dit-on, dans les Gaules, plus d'un siècle avant, furent très peu fructueuses. On voit, en effet, du temps même de saint Martin, le culte idolâtre dominer dans les villes, et surtout dans les campagnes ; on y voit des temples, des divinités, leurs prêtres, enfin la religion des anciens Romains en plein exercice.

Il est évident que c'est plutôt à saint Martin qu'à saint Denis qu'appartient la gloire d'avoir converti les Gaulois au christianisme.

Le passage de Grégoire de Tours se trouvant en contradiction avec la lettre des évêques qu'il a lui-nKme insérée dans son histoire, et ces deux témoignages de cet historien n'établissant que l'incertitude, il convient de chercher la vérité ailleurs.

La légende de sainte Geneviève, composée, dit-on, au sixième siècle, porte que .saint Denis fut enterré dans un lieu appelé Catolocus, qui, suivant les uns, est représenté par la ville de Saint-Denis, suivant d'autres par les villages de Chateuil et de Chaillot. Cette légende, qui nous fournit

(1) Greg, Tur. Hist., lih. 9, cap. 39. Exemplar epistolae.

ces notions nouvelles, a été si souvent retouchée, altérée, augmentée dans la suite, qu'elle a perdu le caractère de pièce histo rique (i).

Au huitième siècle, parurent des actes de saint Denis. Ces actes, loin d'apporter de nouvelles lumières sur l'existence et l'époque de notre saint, accumulent les ténèbres, et jettent dans de nouveaux embarras les investigateurs de la vérité.

Ces actes donnent un démenti formel ii la tradition rapportée par Grégoire de Tours; ils placent la mission de saint Denis et des autres évêques au temps du pape Clément, qui a siégé depuis l'an 9\ jusqu'en l'an iOO ; ainsi voilà plus de cent cinquante ans de différence entre l'époque de celte mission, fixée par ces actes, et celle que leur assigne positivement Grégoire de Tours.

Les co])ies de ces actes sont nombreuses; elles diffèrent beaucoup entre elles pour les faits et pour la forme. A ces motifs de suspicion, il faut ajouter que l'auteur a la franchise d'avouer que, pour les rédiger. il n'a consulté aucun monument historique, qu'il s'est borné à suivre la tradition populaire fideliinn relatione^ qu'il a écrit longtemps après l'événement, et a recueilli des faits incertains et obscurcis par le silence du passé ; qux longo tenipore fiierviit obvnibraia silentio (2). L'abbé Lebeuf a démontré que ces actes ne sont composés que de phrases empruntées de quelques légendes d'autres saints et de lambeaux du missel gallican (3).

Mais ce qui augmente les doutes et fait perdre les traces de la vérité, c'est que les faits les plus importants sont, dans quelques versions de ces actes, absolument contraires à ceux des autres versions. Les unes désignent, pour théâtre des exploits évangéliques de saint Denis et de son martyre, Paris et les bords de la

(1) Les bénédictins, auteurs de V Histoire littéraire de France, disent que cette légende a éprouvé plusieurs altérations, additions et changements; et que, lorsqu'en 1663 on la traduisit en français, on fut obligé, pour rendre cette traduction soutenable, d'en retrancher les choses qui paraissaient les plus incroyables. [Histoire littéraire, t. HT

(2) Histoire littéraire de la France, par des bénédictins, t IV, p 38.

(3) Dissertations de l'abbé Lebeuf, 1. 1, p. 48 .

sous LA PREMIERE RACE

Seine: d'autres le placent au-delà du Khin {!). Aussi l'église de Saint-Emn.eran de Ratisbonne"a-t-eUe prétendu posséder le corps de ce saint, qu'elle a vénéré comme celui de son apôtre : et cette prétention, appuyée sur des témoignages tout lussi authentiques que ceux dont labbave de Saint-Denis pourrait se prévaloir, a occasionné de vives querelles entre cette église et cette abbaye, comme ou le verra b'ientôt/2).

L'existence de saint Denis, envoyé dans les Gaules par Clément, évèquede Rome, vers l'an 96. ou envoyé sous D^cius, en l'an 250, i^artyrisé sur les bords de la Seine, et aussi martyrise sur les bords du Rhin; la tradition rapportée par Grégoire de Tours, el les diverses légendes contraires à cette tradition, contraires entre elles, parurent si incertaines à Hilduin. abbé ae Saint-Denis, oue cet abbé, étant, au neuvième siècle, cnargé par Louis le Débonnaire d'écrire la vie de ce saint patron, rejetant les traditions antécédentes, remplaça le saint Denis mentionné par ces traditions par un saint portant le même nom, et dont l'existence était moins contestable. Ce saint fut Denis l'Aréopagite, converti par l'apôtre saint Paul , et institué premier évoque d'Athènes.

Les actes de ce samt Denis l'Aréopagite portent qu'il reçut le martyre dans la ville d'Athènes, et que .-on corps devmt la proie des flammes. Hilduin, au contraire, soutient que l'Aréopagite persécuté se rendit d'Athènes à Rome: que de là il fut envoyé dans les Gaules par le pape Clément: qu'à Paris il fut décapité avec ses compagnons Rustique et Eleuthère: qu'a- •■- sa décollation le saint se releva, prit

tête entre ses mains, et la transporta, ' onduit par les anges, du lieu de son supplice au lieu de sa sépulture (3).

(1) DtMw-tahorwdel'abbéLebenf, t. I,p. 47.

'2) Chron. Saxon. Recueil des Historiens de ïrance, t. XI, p. 427.

(3) Saint Principin, à Souvigny en Bourbonnais ; sainte Valérie, dans le Limousin; -aint Xicaise, premier évêque de Rouen ;

nt Lucien, apôtre de Beauvais ; saint

cain, apôtre de Paris; saint Nicolas,

■rae de Myre, etc., etc., ont tous une .rende semblable, ont tous été décapités, *>Dt ramassé leur tête et voyagé en la portant dans leurs mains; plusieurs ont eu deux

'T^pagnons; et leur fête, comma ealla de

Hilduin, pour donner de la consistance et de r éclat aux changements qu'il venait d introduire, écrivit un volume intitulé les .^reo;jO(;///çwf5. contenant, outre la vie de saint Denis l'Aréopagite. plusieurs pièces qui lui sont relatives."

Cette substitution d'un patron à un autre, ce changement apporté dans les opinions invétérées, excita du mécontentement : il se présenta des contradicteurs : Hilduin les traita « de légers, de demi-sa- < vants, d'aveusles, d'opiniâtres, de têtes . folles (I).»

Ainsi, toutes les traditions orales ou écrites, les actes de sainte Geneviève, le témoignage de Grégoire de Tours, etc., furent considérés comme des fables. L'opinion dHilduin, d'abord combattue, finit par être adoptée, et se maintint pendant nuit cents ans. depuis le neuvième siècle jusqu'au dix-septieme, époque où des savants en grand nombre s'élevèrent contre l'arèopagitisme de saint Denis.

Les savants qui, au dix-septième siècle, entreprirent d'agiter la question de l'arèopagitisme de saint Denis, combattirent, avec assez de succès, les opinions de l'abbé Hilduin, mais ils ne prouvèrent pa> la solidité des opinions contraires et antérieures; ils se bornèrent à modifier le témoignage de Grégoire de Tours: ils avancèrent de plusieurs années l'époque de la mission de saint Denis, et l'avancèrent sans autorité: à la place des notions inadmissibles fournies par cet historien ils .substituèrent leurs conjectures (2).

saint Denis , est célébrée dans le mois d'octobre, mois des vendanges.

(1) Difsertations sut l'Histoire ecclésiast. et civile de Paris, par l'abbé Lebeuf, t. I,p, 67.

(2) Il est peu de matières qu'on ait plus soigneusement discutées. Danslïi Bibliothèque historique de France (t. I, p. 259 et suiv.; IV, pag. 258), on compte jusqu'à soixante ouvrages spéciaux sur saint Denis, pour et contre son aréopagitisme, sans y compicndre un grand nombre d'ouvrages où, sous un titre général, la question est traitée acceMOWgmcnt, tels que les œuvres de l'abbé Lebenf, l'Histoire littéraire de France, et les diverses Histoires de Paris. Les Bollandistes ont, dans leur volume d'octobre, consacré près dî 300 pages in-folio à ce sujet, sans qu'il en résulte aucune lumière pour l'histoire ; les auteurs du Gallia Chrisliana parlent de la discussion qu'a occasionnée cette matière dif-

62 His>onvc

L'histoire et les légendes, ne fournissant que des notions vagues et contradictoires, et ne donnant aucune lumière sur l'existence de notre saint, cherchons-en ailleurs; explorons les archives de l'abbaye de Saint- D^nis.

Sur \iogt chartes ou diplômes attribués au roi Dagobert en faveur de cette abbaye, il en'st deux seulement qui ont été iugtes exemptes d'erreurs ('!).

Il est à remar|uer que, dans les diplômes déclarés faux, le nom de saint Denis est as.^ocié à ceux de ses prétendus compagnons Rustique et Eleuthère, et que, dans les diplômes vrais, les noms de ces compagnons ne se trouvent jamais. On peut conclure de cette remarque certaioe que les diplômes entachés d'erreurs, étant fabriqués plus récemment, le furent au neuvième siècle, à l'époque où l'abbé Hilduin avait déjà mis en crédit sa tradition sur samt Denis l'Aréopagite, et que, les diplômes vrais, rédiges du temps du roi Dagobert. ne contenant point les noms de ces compagnons du saint, ces noms étaient alors inconnus.

Ainsi le génie du merveilleux inspirait également les rédacteurs des chartes et ceux des légendes: c'est là l'unique vtrité qui resuite de l'examen de ces deux espèces de monuments historiques.

Parmi les évèques qui, après saint Denis, ont prêché la loi chrétienne à Paris, le premier dont l'existence soit à l'abri de la critique est Victorinus, que, dans l'ordre chronologique, on a nommé le sixième évêque de Paris, et qui pourrait bien être le { TtmJer qui ait mérité ce titre, le premier qui ait organisé un clergé à Paris et qui ait donné quelque consistance au christianisme. Il est en effet le premier dont on trouve le nom, avec le titre d'évèque de Paris, dans les actes d'un concile, dans celui de Cologne, tenu en 346.

Il se tint, dit-on, pour la première fois, vers les années 360 ou 361 , un synode ou concile à Paris. On ne sait point quel était alors l'évèque de cette ville, ni le nombre de ceux qui y assistèrent. On doit en induire que cette cité contenait alors un éta-

ficJle; mais ils ne donnent point leurs opinions, et s'en dispensent en disant : Nosirum non est tantas lites componere. (^Gallia Christiana, t. VII, col. 5.)

IH Diplomata, Charlae editoribus Breqnigny et Duthei], t. I. Prolegomena, DaiÊ.45 et seu.

blissement stable et propre au culte chrétien; mais l'œuvre de la conversion des Parisiens n'était encore qu'ébauchée. L'antique religion des Romains dominait dans la Gaule. La statue de la Victoire était encore un objet d'adoration dans Le sénat de Rome. Dans la Gaule et à Paris, le christianisme ne se présentait que sous les formes d'une secte naissante.

Les évêques Paulus et Prudentius. qui succédèrent à Victorinus, sont peu connus. Après eux vint Marcellus, fameux à Paris sous le nom de saint Marcel ou saint Marceau (1). Si l'on s'en rapporte à sa légende, il convertit un grand nombre d»

païens; il métamorphosait en vin excellent et en baume l'eau puiséedans la Seine. On n'employait point alors, pour convaincre les esprits, la puissance du raisonnement ; mais c'était avec des guérisons étonnantes, des opérations merveilleuses, qu'on les subjuguait.

Ce n'est point la légende du saint qui me détermine à croire aux progrès qu'il fit faire à la religion chrétienne, mais bien la victoire qu'il remporta sur un dragon qui désolait Paris. Toujours, à cette époque, le dragon vaincu par un saint était l'emblème des conversions nombreuses, du triomphe du christianisme sur le démon, ennemi de cette religion, démon représenté sous la forme d'un serpent.

Saint Marcellus mourut en i'an 436; \\ ' avait sans doute fait beaucoup de prosélytes à la religion chrétienne ; mais il en laissa un très grand nombre à faire, puisque, plus d'un siècle après lui, on voit encore le paganisme dominer dans les campagnes.

Une loi de Childebert, roi de Paris.

d'environ l'an 554, prouve que l'idolâtrie subsistait encore à cette époque.

« Nous ordonnons, y est-il dit, à ceux « qui auront dans leur champ, ou dans un « autre lieu, des simulacres ou idoles dé- « diésau démon, de les renverser aussitôt « qu'ils en seront avertis. Nous leur dé- « fendons de s'opposer à ce que les évé- « ques les détruisent; et si, après s'être « engagés par cautions à les détruire, ils « les conservent encore, nous voulons « qu'ils soient traduits en notre présence. « Nous défendons aussi les désordres qui " « se commettent pendant la nuit à la veille

(1) Voyez ci-après section 2 de la présente période, article Saint Marc< l.

sous LA PREMIÈRE

« des fêtes, même de celles de Pâques et

• de Noël, veillées où l'on ne s'occupe « qu à chanter, boire et s'enivrer, et où « Ion se livre à d'autres débauches. Nous . ordonnons aussi aux femmes qui. le jour € de dimanche, parcourent les campagnes . en dansjint, de cesser cette pratique, qui « offense Dieu (<). »

Vers la fin du quatrième siècle, le culte de Cybèle Bérécinthe était encore publiquement célébré dans la ville d'Autnn. La figure de cette divinité, accompagnée d'adorateurs qui dansaient et chantaient devant elle, était trahiée sur un char dans les campagnes, que sa présenc-e devait fertilisi.'r (î).'

Plusieurs habitants de la Gaule assistaient aux cérémonies de l'Eglise, sans néanmoins renoncer aux pratiques du paganisme. En l'an 068, Grégoire, pape, ou évèque de Rome,.^it à Brunichilde (Brunehaut), reine desPrancs: «Vous de- « vez aussi avec modération contraindre « vos sujets à se soumeltre à la discipline « de l'Église, de sorte qu'ils n'immolent « plus aux idoles, qu'ils n'adorent plus des « arbres, qu ils n'étalent plus en public « les tètes des anima' ix dont ils ont fait « des sacrifices impies. Nous sommes « même informés que plusieurs chrétiens,

* qui accourent aux églises, continuent « cependant, chose abominable! à rendre n un culte aux démons (3). »

Au septième siècle , Venus avait encore an temple et des prêtresses à Rouen : les fêtes, les cérémonies religieuses consacrées a cette divinité étaient publiquement célébrées dans cette ville, et ne furent abolies que par saint Romain i4).

n. Établissements religieux dans la partie méridionale de Paris.

Basilique (o) des apjtres saint Pierre et salvt Paul , depuis nommée

(Il Capitular. Ba/usii, t. 1, p. 1.

(2) Gregorii Turon. Gloria confessorum , cap. 19

(3) Becufil des Historiens de France, t. IV, p. 23.

(4) Vita san^ti Romani, Thésaurus anecdotoruin^ t. 111, col. 1656.

(5) Gréijoire de Tours, et les écrivaias de son temps, doiment constamment la qna;ification de Basi iques aux bâtiments de fondation royale, consacrés an culte chrétien.

race 63

abbaye de Sainte-Geneviève , fondée vers l'an 508. Grégoire de Tours dit que Chlodovech ou Clovis, de concert avec la reine Chrothechilde ou Clotilde, son épouse, en fut le fondateur; mais lorsque notre historien fait le récit de la mort de cette reine, il semble n'attribuer qu'à elle seule l'honneur de celte fondation.

Chlodovech , mort en SU, y fut enterré. On a vu, jusqu'à l'époque de la révolution, le tombeau de ce roi figurer dans le chœur de l'église de Sainte-Geneviève, tombeau dont la construction n'avait point le caractère des monuments du sixième siècle, et appartenait à des temps plus récents. Il est présumable que l'abbe Etienne, qui. en 1177, fit presque entièrement reconstruire l'église . rétablit à la même époque ce monument sépulcral. Sa restauration, miis non passa date, est attestée par l'inscription suivante placée sur ce tombeau :

Chlodoveo magno , hujus ecclesiîE fundatori. Sopulcrum vulgari olim lapide structura et longo asvo deformatum, abbas et convent. raeliori opère et forma renovaverunt.

Ainsi le tombeau primitif, construit Je pierres communes e. ruiné par le temps, fut reconstruit avec plus de soin et d'élégance.

Ce dernier tombeau, transféré pendant la révolution au Musée des monuments français, Ta été en 1816 dans l'église de 1 ancienne abbaye de Saint-Denis.

Crothechilde ou Clotilde mourut en l'an 5io, et fut enterrée dans la même église, sans do ite dans le tombeau de son époux; car on ne lui en connaît aucun qui lui soii particulier.

Les Danois, en 8o7, détruisirent et brûlèrent cette basilique. Etienne de Tournai en déplore la ruine. « Elle était, dit-il, de « construction royale, décorée au dedans « et au dehors de mosaïques , comme ses « ruines en offrent la preuve, et ornée de « pei[)tures. Ces misérables la livrèrent

Le mot Eglise n'était jamais employé que pour sigr.irit-r l'ensemble des fidèles, la réunion du clergé ei du peuple. Les Rorr,.iins donnaient le nom de Baoi.iques aux édifices publics, aux palais des empereurs, des proconsuls, aux éditices destinés à l'administration de la justice De ce mot Basilique on a fait celui de Basoche,

mSTOIRE DE PAlilS

a aux ilammes ; ils n'épargnèrent ni le « saint lieu , ni la bienheureuse vierge « (sainte Geneviève), ni les autres saints « qui y reposent (1). »

Je reviendrai sur cette église , et décrirai, h leur époque, les changements qu'elle a éprouvés.

Basilique de Saint-Vincent et de Sainte-Croix, depuis nommée église de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Le roi Childebert , fils de Clovis , en l'année 542, parcourant l'Espagne, vint assiéger la ville de Saragosse. Les habitants ne prirent point les armes pour se défendre ; ils récitèrent des prières, jeûnèrent , se couvrirent de cilices , et firent , en psalmodiant, des processions autour des remparts, portant avec confiance la tunique du bienheureux saint Vincent. Ce singulier moyen de défendre une place frappa d'étonnement et de terreur le roi Childebert. Il leva le siège et alla porter ailleurs le fléau de ses armes. Ayant ravagé une grande partie de l'Espagne , chargé de dépouilles, il revint dans la Gaule. Telle est la substance du récit de Grégoire de Tours (2).

Un autre écrivain dit que Childebert, voyant l'étole ou la tunique de saint Vincent ainsi promenée autour des murs de Saragosse , fit appeler l'évêque de cette ville et lui demanda cette relique, qui lui fut accordée. Muni de cet objet prépieux , Childebert , après avoir dévasté Mne partie de l'Espagne, vint à Paris, et y fit bâtir l'église de Saint-Vincent (3).

L'auteur de la vie de saint Doctrovée, premier abbé de Saint-Vincent, parle de l'expédition d'Espagne par Childebert, et ajoute que ce roi « enleva de l'église de « Tolède une croix d'or, enrichie de pier- « res précieuses, fabriquée, ainsi qu'on le « rapporte, pour le roi Salomon ; trente « calices, quinze patènes, et vingt casset- « tes destinées à contenir les évangiles. « En prince très dévot , au lieu de s'ap- »- proprier ces objets, il les distribua aux « églises. 11 en fit bâtir une dans un fau- « bourg de Paris, faubourg autrefois nom- « mé Lucotitius, et voulut que son plan « eut la forme d'une croix, en mémoire de « la croix qu'il avait apportée de Tolède,

(1) Recueil des Historiens de France, t. '^^I, p. 72, note D.

(2) Gregor. Turon. Hist., lib. 3, cap. 29. (S) Gesta regum Francorum, cap. 26.

« dont il fit présent à cette église , ainsi « que de plusieurs ornements de grand « prix. »

Le légendaire donne ensuite la description de cette basilique.

« Les arceaux de chaque fenêtre étaient « supportés par des colonnes de marbre « très précieux. Des peintures, rehaus- « sées d'or , brillaient au plafond et sur « les murs. Les toits, composés de lamc^ « de bronze doré , lorsque les rayons du « soleilvenaient à les frapper, produisaierià « des éclats delumière qui éblouissaient les « yeux. Ce n'était pas sansraison, d'après « tant de magnificences, qu'on nommait « autrefois, par métaphore, cet édifice le « palais doré de Germain (1). »

Ce roi ne borna point ses pieuses largesses à des bâtiments , à des reliquaires ; il dota richement la basilique de Sainte- Croix ; et, peu de temps avant sa mort, en l'an 558, il lui donna le fief d'Isciac ou d'Issy , et tout ce qui en dépendait ; le cours de la Seine, l'une et l'autre de ses rives, des bois et des prés; de plus, un terrain et des cases situés dans la cité de Paris ; une terre, une vigne et l'oratoire de Saint-Andéol ; plusieurs moulins placés entre la porte de la Cité et la tour ; et à tontes ces dcnations il joignit celles des péchejrs, des serfs affranchis, des ministérlaux, excepté ceux auxquels il avait accordé l'ingénuat ou la liberté. Ces donations, funestes à l'accroissement, aux embellissements de Paris, comme on en verra dans la suite plusieurs preuves, furent faites le 23 décembre 558 à l'évêque de Paris, connu sous le nom de saint Germain. Ce même jour , cet évêque célébra la dédicace de cette église ; et , à cause de l'étole de saint Vincent et delà croix, dont Childebert l'avait gratifiée, elle reçut la dénomination de Saint-Vincent etdeSainte- Croix (2).

Ce même jour encore, à ce qu'on croit, Childebert mourut, et fut enterré dans la basilique qu'il avait fondée et qu'il venait d'enrichir.

A la nouvelle de la mort de ce roi, sou frère Chlothachaire vint s'emparer de ses trésors, chassa et envoya en exil sa veuve Ultrogothe, et ses deux filles Chrothe-

(1) Recueil des Historiens de France, t. III, p. 436, 437.

(2) Quelques personnes pensent que cettft dédicace eut lieu l'année précédente.

Paris. — Typographie Lacoui», rue Soufflol, 48.

sous LA PREMIERE RACE

berge et Chrothesinde d). Cette veuve et ^es Tilles furent dans la suite enterrées dans cette basilique , ainsi que l'évèque <iermain. Ces tombeaux et plusieurs autres de la même famille , pilles et ruinés par les Normands lors de leurs diverses incursions a Paris, furent rétablis , les uns dans le douzième siècle, les autres en I606. Voici une notice des principaux monu-

ments qui appartiennent à l'époque primitive de cet édifice.

La pierre du tombeau de Ghildebert a été consenée. ainsi que l'inscription et les sculptures qu'elle portait. C'est une longue pierre de liais, sur laquelle est représentée en bas-relief la ligure de ce roi. qui tient d'une main le modèle de l'église, de l'autre le sceptre royal ; cette figure,

gliie Saint SO^rrin.

•M ancienne, a été renouvelée en 16.')6 -ur le dessin de Vouet, d'après une autre ligure qui n'était que du quatorzième ^icfle.

Sur un -côté du tombeau, une table de

marbre offrait en lettres d'or uneépitaphe,

II, suivant l'usage, se trouvait un magni-

i<îue éloge du roi défunt. « Il triompha

des AUobroges . des Daces, des Arver-

iies, du roi des Bretons, des Goths et de

(1) Gregor. Turon. Hist., lib. 4, cap. 20. I — UISTOIRE DE PARIS

« l'Espagne. Il fonda le palais (auia] de « Saint-S'inccnt, enrichit les temples de « Dieu, distribua de l'argent aux puu\res, « et accumulait ainsi dans le ciel des tré- « sors éternels (1). »

Le tombeau de ce roi. composé d'un double vase en plomb , contenait aussi le corps d'Ultrogotlie. -on épouse. Ln I606, ce double tombeau, restauré, fut [ilacé au

(1) De regali Atbalia Sancti Germani.

cueil des Historiens de France, t. II, p.

Ke-

iiiiileu du rhcDur de Véglise de Sainl-Germùii. Pendant la révolutioa on le transféra dans le Musée des monuments français, et en 1816 dans l'église de l'abbaye de Saint-Deni<.

Des réparations, exécutées dans cotte église pendant les années 1633 et 1656, nécessitèrent des fouilles, qui mirent au jour plusieurs monuments curieux ; on y découvrit le tombeau de Chilpéric I^^^^ assassiné en 584 par Tordre de Frédégonde, son épouse. La structure de ce tombeau, simple et dépourvu d'ornements, offrait celte unique inscription :

Rex Chilpericus hoc tegitur lapide.

On voyait aussi le tombeau de Frédégonde cn'cetle église.

On a cru, mais sans preuves, qu'un autre tombeau plus magnifique, et placé dans la même église, était celui de celte Frédégonde, la plus méchante des reines. Il se compose d'une longue table de pierre de liais, dont la surface'présento, en mosaïque, la figure en pied d une femme. Sa tête est comerte d'une couronne fleuronnée terminée par un fleuron; d'une main elle tient un long sceptre. Cette mosaïque est formée de petites parties d'émaux, fixées par un mastic, où l'on a mêlé quelques ornements en cuivre. La tête, les mains, les pieds sont indiqués par des contours, dont l'intérieur est vide de iincamtnts et de peintures : ce qui ferait penser que l'ouvrage, qui a dû coûter beaucoup de soins et de temps, n'a pas été aclieve. Cependant si l'on en ji^g^^ d'après plusieurs autres monuments somjjlables et du même temps, on sera porté à croire que ces vides étaient remplis de rondesbosses en argent, ou même en or, figurant le vi.^age, les mains et les pieds de cette princesse; et que ces précieuses parties du tombeau ont été enlexées, peut-êtie par les Normands.

Le dessin de cette figure est raide et barbare. Cette pierre sépulcrale, dont la gravure se trouve dans plusieurs recueils, a été transférée de F. glise de Saint-Germain dans le Musée des monuments français, et. en 1816, de ce musée dans l'église de Saint-Denis.

On a découvert aussi dans l'église de Saint-Germain le tombeau de Childéric IL Il fit fouetter un noble franc, appelé Bodillon : celui-ci se venaca en assassinant

niSTOinE DE PARIS

ce roi dans la forêt de Livry, ainsi que son épouse Blichilde, qui était enceinte. On trouva dans son tombeau quelques signets de royauté et celle inscription: CliUdr. rex.

Plusieurs autres monuments sépulcraux furent trouvés dans ces fouilles. Je ne parlerai que de celui d'un certain Hilpéric, qui pensait pouvoir se faire obéir après sa mort. Dans deux inscriptions il ordonne et demande avec prières que ses ossements ne soient ni enlevés ni déplacés.

L'église de Saint-Vincent et de Sainte- Croix, ruinée à plusieurs reprises par les Normands, pendant la seconde race, conserva peu de restes de sa construction primitive. On a pensé que la tour carrée qui s'élève à l'entrée de cet édifice, et qui donne à ce lieu, consacré aux prières, l'aspect d'une forteresse,^' "appartient à cette première construction. On doit distinguer ici deux constructions ajpartenant à^'des époques différentes : celle de la partie inférieure de cette tour, et celle du clocher qui la surmonte. La partie inférieure est la plus ancienne, et l'époque où elle a été construitepourrait bien remonterau sixième siècle. Quant au clocher élevé sur cette tour, il est d'un temps plus récent. Sa construction, étant de même style que celle des autres deux tours qui s'élevaient aux deux côtés du chœur, doit, comme celle de ces tours latérales, appartenir au onzième siècle ; leur architecture se rapproche du style grec, et n'a rien du genre vulgairement nommé cjoihique.

On a aussi pensé que l'époque des huit statues placées sous le porche ou sous la vieille tour qui sert d'entrée principale, statues détruites pendant la révolution, mais dont les gravures se trouvent dans plusieurs ouvra'ges, remontait au temps de la première construction. Cette opinion a été conleslée. La voûte du porche, et les niches qu'on voit encore, sont, on ne peut en douter, des ouvrages du treizième siècle; mais il serait très possible que ces statues fussent antérieures à cette voûte, à ces niches; elles présentent des formes et des costumes qui appartiennent au sixième siècle. Quoi qu'il en soit, voici la description de ces statues.

On en comptait huit: quatre d'un côté,

et autant de l'autre. La première, qui se

vovait à droite en entrant, était celle d'un

roi" que l'on croit être Clilothachaire ou

i Clctaire : quelque? restes de lettres peintes

sous LA PREMIERE RACE

sur an rouleau déployé que tenait celte* figure offraient ce nom imparfait Chlot... s. La seconde statue represen ait une reine couronnée ; deux tresses de cheveux lui descendaient de chaque côté jusqu'aux genoux: on a cru y \oir Ultrogolhe. La statue suivante offrait un roi tenant un rouleau d'une main, un sceptre de lautre, et un livre sous le bras. On présume avec raison que c'était Childebert. fondateur de celte église. A la suite, la dernière statue de ce côte représentait un roi que l'on croit être Ihéodorich ou Thierry,

Du côté gauche, la première statue appartenait à un roi. Quelques lettres peintes sur un rouleau déployé formaient ce nom Clodojiirus; ainsi en l'a allribuée à Chlodomire, fils aîné du roi qu'on nomme \ulgairemi.ut Ciovis, Puis suivait une slatuc de femme qui, dit-on, représentait la reine Chrothechilde, sa mère. Les ornements el la richesse de la troisième statue ont fait juger qu'elle était celle de Chlodovech ou Ciovis. Enfin la quatrième statue était celle d'un évt'que que l'on présume être sainl Rcmi ; il foule à ses pitds une figure de monstre, emblème de l'idolâtrie vaincue.

Au fond du porche, et au-dessus de la porte de l'église, est un grand bas-relief représentant la Cène. On y remarque sainl Jean i E\angelisle, cwithe sur les genoux de Jésus.

Au-dessus de ce bas-relief, il en est un autre qui n'a jamais été ni gra^é ni décrit. 11 prOM-nl»' une seule figure humaine, a micoips, de face et dans l'allilude que prenaient les premiers chK'tiL-ns loisquiis priaient, les bras étendus, les mains élevées comme les tient à la messe le prêtre en prononçant ces mots : Orate, fratres(\).

On doit mettre au rang de la construction primili\e decet edilice un puits situé au fond du sanctuaire, nommé Puits de Saint-Germain, parce nu il était placé [)rès du tombeau de ce saint. Ses eaux a\a ont la répul.ition de guérir miraculeusement plusieurs maladies. Abbon , dans son poème sur le Siège de Paris par les Normands, mentionne ce puits et les vertus mer^eilleuses de son eau. Ce puits ne tait

(1 ) Ces deux bas-reliefs, qui remontent c^c taiuen.ent aux premiers tcn;p3 du chiinrianismeaans la Gaule, peuvent être cités cou. me des preuves de l'antjquito (.e la tour au bas ds laquelle ils sont placés.

plus de miracles . car depuis longtemps l'ouverture en est fermée. La plupart des ancienne? églises avaient des puits pareillement miraculeux.

A l'extérieur de cet édifice et sur la face de la tour septentrionale, était ado-sée une statue en plâtre dune forme peu ordinaire et devant laquelle des femmes faisaient brûler des cierges; le card nal Guillaume de Briçonnet. abbé de Saint-Germain-des- Pres, vit. dans cette statue, une idole du paganisme, et. dans le culte que lui rendaient ces femmes, une idolâtrie. Il fit enlever la statue et me^ttre à Sii place une \ieille croix en bois couverte de lames de cuivre doré. Depuis, des écrivains. | ersuades que le nom de la ville de Paris était composé de celui d'isis, déesse qui devait en conséquence y avoir été adoré^\ n'ont l)as manqué de soutenir que cette statue était celle d'une Isis. Cette opinion, sans importance comme fans fondement, et que j'ai déjà réfutée, ne mérite pas qu^jem'y arrête de nouveau.

On trouvera la suite de la notice de cette église et du monastère de son nom, lorsque je serai parvenu à des temps jjIus avancés.

Saint-Julien-le-Paua're, ancienne église située dans la rue de ce nom, n 13. On ignore absolument son origine ; elle existait au septième siècle, et, malgié la révolution, elle existe encore (1). Grégoire de Tours est le premier qui en fasse mention : il la qualifie de Basilique, et nous apprend qu'il logeait dans les bâtiments qui en dépendaiint lorsqu'il venait à Paris (2; : ce (jui porte à croire que les maisons dLpcn iantes de celte ba.>iliqu:' servaient dhosp'iceou de logis aux étrangors, aux pèlerins, aux \oyageurs pauvres. On .-ail que ks voyageurs, pour obtenir un Lon gîte, invoquaiint ordinairement >ainl Julien, dont la ré| utalion, à cet cgaid, itait depuis longtenips établie. L'écrivain qui, au treiz ème siècle, a mis en nmes les Mouliers de Paris, désigne ainsi l'église dont il est ici question :

Suint Juliens -

Qui héberge tes chréiieus.

Les Normands ruinèrent les bî-timcnts

(1) Elle n'.xiàte j.lus, et a été dén.olie vers l'an 1820.

(2) Greynr. Tuicn. IJiil., lib. 6, c.^;\ 17; lib. 9, cap. C,

niSTo

de cette église, et des seigneurs laïques 'emparèrent de tous ses biens, comme c'était l'u.-age alors.

Par une cliarte de l'an 1031 ou 1032, Henri I«r donna cette église, ainsi que plu- ^.ieurs aulrcs du même quartier, à l'évèque de Paris, mais ii condition qu'un clerc, nommé Girauld, qui les possédait, jouirait de leurs biens pendant sa vie

Dans les commencemmts du douzième -siècle, les biens de l'église de Saint-Julien étaient possédés par Etienne de Vitry ot Hugues de Munteler, qui les donnèrent à l'abbaye de Longpont. Dans la suite, les religieux de cette abbaye en firent reconstruire les bâtiments, et érigèrent l'église en prieuré. En 1653, ce prieuré fut réuni à l'Hôtel-Dieu.

Le bâtiment de l'église n'avait rien de remarquable, si ce n'est un puits, placé au chevet, dont l'eau avait la réputation d'opérer des guérisons miraculeuses.

Saint-Seve^in, église paroissiale et seconde succursale de Saint-Sulpice. située dans la rue Saint-Severiu.

L'origine de cette église est inconnue ; on ne sait pas même si le saint dont elle porte le nom était saint Severin d'Agaune, saint Severin, apôtre de la Bavière, saint Severin, évêque de Cologne, ou saint Severin, évêque de Bordeaux, lequel est vulgairement nommé saint Surin.

On a enfin cru que cette église contenait le tombeau de saint Severin, solitaire d'un faubourg de Paris.

L'emplacement de cette basilique, compris dans l'enclos du palais des Thermes, pourrait avoir, sous des empereurs chrétiens, servi de chapelle à ce palais ; sa fondation remonterait alors au quatrième .siècle; elle paraît être la même qui se trouve souvent mentionnée dans le testament qu'en l'an 700 fit une femme nommée Erminethrude. Cette femme donne de grands biens à une église de Paris, qu'elle appelle Basilique de saint Sinsurien (Basilica aaiicti Sinsuriani) (1), parce que son

fl) Mabillon, qui le premier a publié ce testament, 1i pensé que saiiclus Sinsurianus était saint Sirapliorien. J'avais, d'après une telle autorité, adopté cette opinion dans ma première édition; mais j'en ai changé en considérant qu'il est bien plus convenable de faire dériver saint Sinsurien de saint Severin que de saintSimpborien. Ce dernier nom n'apu,(-nse syncopant, perdre la syllabe hho : cette syliab--.

fils Deorovalde y était enterré.» Elle lui donne, entre autres biens, un frein valant douze sous (1), un cheval avec ses harnais, un chariot où elle montait ordinairement, et les deux bœufs qui le traînaient, une litière avec ses harnais, etc.

On ignore le sort de cette église jusqu'en 1031 ou 1032, époque où Henri 1er en fit don, avec plusieurs autres églises, à l'évèque de Paris. En 1210, l'église de Saint- Severin était paroissiale.

L'édifice a été reconstruit et accru à diverses époques, notamment dans les années 13i7et 1439.

A la principale entrée de cette église, on voit, d'un côté et de l'autre, deux lions en pierre, symbole de la force. C'était entre ces deux figures, et à la porte de cette église, que les dignitaires rendaient la justice, et l'on connaît plusieurs sentences qui se terminent par cette formule : « Donnée entre deux lions (2).»

Un des battants de la porte de la même entrée était autrefois presque entièrement couvert de fers de cheval. J'ai vu de pareils fers cloués aux portes de plusieurs églises. C'était un vieil usage, lorsqu'on entreprenait un voyage, d'invoquer pour son succès l'assistance de saint ]\lartin : ce saint était un des patrons de la paroisse. Pour témoignage de son invocation, on attachait un feî^ de cheval à la porte de cette église; et pour que le saint protégeât le voyageur et sa monture, on faisait rougir au feu la clef de sa chapelle, et on en marquait l'animal (3).

Lorsque les femmes relevées de couches venaient entendre à cette église leur messe de relevailles, on leur mettait un manteau

est trop marquante. Saint Severin, nommé à Bordeaux saint Surin, a pu subir à Paris une semblable métamorphose; on aura dit saint Surieu ; le rédacteur du testament de la dame Erminethi'ude paraît avoir, de ces deux mots, fait un seul nom, précédé de la qualification de saint, en écrivant Saint-Surien. L'ignorance extrême qui régnait à cette époque autorise ma conjecture.

(1) Sous tournois, ou sous saliques d'or. Vingt sous saliques d'or égalaient douze livres tournois ou quatre marcs d argent.

(2) Histoire de la ville et du diocèse de Paris, par l'abbé Lebeuf, tom. I, pag. 174.

(3) Recherches sur la ville de Paris, par Jaillot. t. V, quartier Saint-André-des-Arî',

sous LA PREMIERE RACE

fourré sur les épaules, pour les préserver du froid.

A la fête de la Pentecôte, on était eu usage de lâcher en celte église un ou plusieurs piceons. pour figurer la descente du Saint-Esprit sur les a"['ôlres. Cette espèce de spectacle se donnait lo même jour dans plusieurs autres églises de Paris ( I ).

Entre plusieurs reliques conservées précieusement dans cette église, on distinguait h bras de monseigneur saint Severin.

L'abbé Lebeuf, qui paraît avoir examine celte relique, dit qu elle n'était qu'un petit os de la jambe droite (2).

Sur la porte du passage qui, de l'ancien cim lière de Saint-Severin, mène à la rue de la Parchemmerie, on lisait, il y a peu d'années, cette moralité remarquable par ses jeux de mots :

Passant, penses-tu passer par ce passage,

Où, passant, j'ai passé':' Si tu n'y penses pas, passant, tu n'es pas sage ; Car, en n'y pensant pas, tu te verras passé.

Le baldaquin qui décore le principal autel est supporté par huit colonnes de marbre, ornées de bronze doré. Celie décoration lut exi'cutee par Tuby, sur les dessin." de Le Brun. Plusieurs morts célèbres reposaient dans cette église : les plus distingues -ont Etienne Pasquier, Scevole et Louis de Sainte-Marthe, frètes jumeaux, premiers rédacteurs du Gullia christiana, Louis-Elies Dupin, etc.

L'église de Saint-Severin fut, en 1812, érigée en seconde succursale de la paroisse de Saint-Sulpice.

Salnt-Etien.ne-dis-Grés, église détruite, dont l'emplacement était dans la rue de ce nom, n" Il 11 existe beaucoup d'obscurité sur son origme et sur celle de son nom.

On a suppléé au silence des monuments historiques par des conjectures que je ne rapporterai pas. Le monurneul le plus certain qui atteste l'existence de cc'tie egiis<.' est l'acte de donation, plusieurs lois nienliouné, par lequel Henri I^r donne, en i030 ou 1031, à levéque de Pans, plusieurs églises abandonnées après la mort d'un nomme Guauid, qui jouissait de

11) Antiquités de Paris, par Sauvai, t II, p. 633.

(^2) Histoire delà ville et du diocèse de Paris. t. 1, p. 17.J.

l?uis biens ; acte dans lequel l'église de S.iinl-Elienne est comprise avec les autres. Cependant il existe un testament de l'an 700. par lequel une dame nommée Erminethrude, faisant deslcgsà plusieurs églises de Paris, donne à celle de Saint-Etienne un anneau d'or emaillé valant quatre sous ; basi/icx domui Stefani anoto aureo nkjellato valente sol. quatuor dari volo (I). L'abbé Lebeuf pense que ce legs regarde l'église de Saint-Etienne-des-Gréi?, etM Jaillot est porté à croire que l'église désignée dans ce testament est celle de Saint-Ëtienne, qui faisait partie de l'église cathédrale. Ces deux opinions peuvent être soutenues, mais je donne la préférence à celle de l'abbé Lebeuf, parce que dans le même testament l'église de Saint- Etienne et la cathédrale sont toutes deux menlionneesgjvec des différences notables; c'est ce qu me détermine à placer celle de Sainl-Etienue-des-Gres au rang des établissements religieux de la première race (2j. De plus, l'analyste deSaint-Ber-

in par

le il'une église de Sainl-Etienne

<jui se racheta du pillage des Normands. Celte église ne pouvait être que celle-ci.

On ignore l'origine de ce surnom des jrès^ exprime en lalin de charte par ce-^ mots (/e (/res.sis, de (fvessihus, de grndihiis. Il paraît que des degrés, qui de la rue Saint-Jacques conduisaient à cette église, lui ont fait appliquer ce surnom.

(À'tte église, au onzième siècle, devint collégiale. Au treizième, elle était encore entourée de vignes, et tout auprès de son bâtiment a^ trouvait le pressoir du roi, où l'on portait les vendanges recueillies dans le Clos-le-Roi et le Clos-ML.reaux, situés au faubourg Saml-Jacijues.

Cette egliso, peu étendue. n'olTrait rien de remarquable; elle lut démolie au commencemi nt de la révolution. Une maisoa particulière i'ut élevée sur une partie de son emplacement.

Saint-Benoît, église située rue Saint- Jac<iues. vis-à-vis 1a place de Cambrai. J'ai conjecturé que, sous la domii.ation romaine, il existait en ce lieu, encoieen-

(l) Sur ia valeur de cette monnaie, voyez ci-dessus Saint-Severin,

\2\ Dans ce tc-stament on parle, de l'église >'iiii;-Eiienne,puis d'une autre égli.-e, lionoraiiiciueul de^lgllée coiumtî égise caihéJraîe, ■s icru.^anctj- ec Usix civilatis l'aiisiorum. {Ui • lluniaiiij tlurtœ, t. I, p. 362. j

70 insïoîRE

lourédo vignes au treizième siode^ un autel consacré h Bacchus: cette conjecture est appuyée sur l'origine incertaine de cette église, sur les fables qu'on a imaginées pour cacher cette incertitude, et sur le nom de Bacchus, que donne le plus n:^cien acte qui fasse mention de cette église. Cet acte, déjà cité, est celui qui contient ]i donation faite en 1030 ou 103i, par Henri i-'^, en faveur de l'évéque de Paris, de plusieurs églises abandonnées. L'énumération de ces églises se termine pir ces mots : yccnon et sancii Bacclii (\).

Cette opinion est aussi appuyée sur ce que saint Bacchus n'a point de léiien le particulière, et sur ce que sa fête était célébrée dans le môme mois et au môme jour où les vignerons des environs de Paris célébraient, il n'y a pas un siècle, la fête du dieu Bacchus.

Dans l'église deSaint-Befloît, qui a succédé à celle de Saint-Bacchus, on a, jusqu'à ces derniers temps, rendu un culte à ce dernier saint, nommé en français saint Bacch, sans l'associer à saint Sergius, comme l'ont fait plusieurs agiographes, parce que la fêle de l'un et de l'autre saint tombait le même jour (2). Le nom de saint Bacchus, son défaut de légende, le lieu de son culte, situé au milieu d'un vignoble, la coïncidence du jour dosa fête avec le jour où l'on célébrait celle du dieu

(1) Uecuell des Historiens de France^ t. XT, p. 57B.

(2) Gvéioire de Tours, en divers endroits de ses ouvratres, parle de saint Sergius, de ses reliques (Historia, lib.7,cap. 26 ; lib. 10, cap. 31, i>o 10; Glo'-ia Marfynnn., lib. 1, cap. 07], et ne l'accole jamais à saint Bacchus; et dans l'acte que je viens de citer, le nom de saint Bacchus n'est point uni à celui de snint Sergius : cette adjonction a dû s'opérer un peu tard, et voici comment : la fête de saint Sergius était célébrée le 7 octobre, la fôte du dieu ou de saint Bacchus l'était le raêinejour : comme on n'avait aucun? légende sur Biicchus, on associa Bacchus et Sergius ; fêtés en même temps, ils furent mis eu communavité d'événements et de martyre. Les légendaires n'étaient jam'sis embarrassés. Quiind on manquait de légende, disent les bénédictins, auteurs de VHistoire littéraire de France (t. IV, p. 274), '< on en composait " de son chef. ..quelquefois ou puisait dans les " actes d'autres saints, et on les confondait " ainsi les uns avec les autres. »

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