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PARIS SOUS LOUIS XVI

Le 10 mai 4774, Louis XVI devint le successeur de Louis XV, son aïeul. Ce règneabondeen événementsextraoïdinaires-, mais, soit que le temps ne leur ait pas encore donné la maturité nécessaire, soit que les circonstances présentes ou des considérations puissantes me contraignent, je ne donnerai ici qu'une esquisse rapide des principaux faits qui le concernent.

Une année s'était à peine écoulée depuis que ce roi était monté sur le trône, que des révoltes, qui avaient pour prétexte ou pour cause la cherté et le monopole des grains, éclatèrent eu même temps. dans presque toutes les parties de la France. Des brigands soudoyés parcouraient les villes et les campagnes, excitant les habitants à la sédition. Les villes de Pontoise, de Poissy, de Saint-Germain-en-Laye, de Versailles , furent en butte à leurs violences, et, le 3 mai 1775, Paris le fut à son tour. Des hommes armés de bâtons, entrés à la même heure par les diverses portes de celte ville, pillèrent sans obstacle les boutiques des boulangers. Ces brigands se portèrent dans les environs de Paris, et pillèrent les fermes, les magasins de blés, les moulins : plusieurs curés furent complices de ces désordres; d'autres travaillèrect à les faire cesser. On emprisonna beaucoup de personnes; et deux liommes, qui ne paraissaient guère coupables, furent pendus à la place de Grève (1).

Tous les commencements de règne donnent de flatteuses espérances. Louis XVI, a son avènement au tiône, éloigna tous les êtres impurs dont la présence avait souillé la cour de sou prédécesseur, et s'environna de personnes probes et éclairées. Le choix de ses ministres fut assez généralement approuvé.

(1) Mémoires de l'abbé Terrai, relation de VémeuU arrivée à Paris le 3 mai 1775, p. 329.

Il rétablit les parlements : celui de Paris fit sa rentrée le 28 novembre 1774. II fonda dans cette ville un Mont-de-Piété, supprima les corvées, la servitude personnelle dans ses domaines et la torture préparatoire. Il favorisa par de puissants secours l'insurrection* des colonies anglaises de l'Amérique : mais cette dernière action lui attira la haine du gouvernement anglais; et cette haine se manifesta par une guerre ouverte et ensuite par une guerre sourde dont les effets furent bien plus funestes.

L'abîme de la dette publique, qu'avait creusé la folle ostentation de Louis XIV, n'avait été comblé ni par l'espèce de banqueroute qu'avait faite le régent, ni par les moyens palliatifs du règne de Louis XV, ni par quelques économies. Les emprunts de Louis XVI, en retardant par artifice l'époque de l'explosion fatale, contribuaient à rendre cette explosion immanquable et plus terrible.

Des ministres, qui n'étaient plus ceux qui , au commencement de ce règne, avaient mérité la confiance publique, commandaient, pendant l'orage, une manœuvre qui ne convient qu'au temps calme. Ils déclarèrent aux parlements, qui contrariaient leurs projets tyranniques, une guerre intempestive et houteuse pour eux. Le public y prit une part active ; les têtes fermentèrent ; le gouvernement fut humilié et perdit de sa considération.

Dans le même temps, un procès trop fameux, celui du collier, où l'on vit figurer des personnes très éminentes à la cour, un cardinal, des filles publiques, des dupes et des escrocs en communauté d'événements ou d'intérêts, acheva de dissiper le prestige de la royauté.

Ainsi, la haine du gouvernement anglais contre la cour de France, l'extrême désordre des finances, l'impéritie du gouvernement, sa guerre contre les parlements, le procès du collier, furent les principales.

mais non pas les seules causes de la ré- Tolution qui éclata violemment en 1789.

Les ministres convoquèrent, le 4 3jan' vier 4787, une assemblée des notables : elle s'ouvrit le 22 fé\Tier avec beaucoup de magnificence : cette assemblée apprit que les emprunts s'étaient élevés à un milliard six cent quarante-six millions, et au'il existait dans les revenus de l'Etat un déficit annuel de cent quarante millions.

Lesnotables devaient chercher les moyens de réparer cet énorme déficit ; ils découvrirent le mal, laissèrent à d'antres le soin d'y appliquer le remède, et demandèrent la convocation des états-sénéraux.

Une lutte violente s'éleva entre les ministres et le parlement. Plusieurs membres de celte cour furent exilés. M. d'Agoult, dans la nuit du 3 au 4 mai 1788, assiégea le Palais-de-Justice pour y arrêter les conseillers d'Eprémesnil et Goislard, qui furent conduits prisonniers à Pierre-Encise.

Enfin, après plusieurs troubles à Paris et dans les provinces, les ministres convoquèrent, en 1788, une seconde assemblée de notables, qui s'ouvrit le 6 novembre. Elle s'occupa du mode de convocation des états-généraux, qui ouvrirent leur session le 5 mai 1789 dans la ville de Versailles.

Le tiers-état désirait sa réunion avec les deux ordres du clergé et de la noblesse ; le roi l'avait ordonné. Les deux ordres s'y refusèrent. Dans la séance du 17 juin, il se constitua en Assemblée nationale. Le ÎO juin, le tiers-éîat ne put s'assembler dans la salle des Etats ; les députés en trouvèrent les portes fermées et le local entouré de gardes françaises; ils se réunirent dans un jeu de paume à Versailles, et y prêtèrent le serment de ne jamais se séparer, jusqu'à ce que la constitution fût achevée.

Le 22, ils tinrent leur séance dans l'église de Saint-Louis; là ils reçurent la majorité du clergé. Le 23, il se tint, dans la salle des Etats, une séance royale. Le discours, les propositions du trône ne contentèrent aucun parti. Le roi ordonnait aux députés des trois ordres de se séparer et de se rendre chacun dans leurs chambres respectives. Le tiers- état resta en séance.

' Deux partis étaient formés, l'un pour la liberté publique, l'autre pour l'esclavage et lesancieus privilèges. Le gouvernement

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avait cru pouvoir dominer cette assemblée, en retirer les subsides, et la congédier ensuite. Il aurait du s'apercevoir, d'après les travaux de la première assemblée des notables, ,qu'un mécontentement général dominait dans presque toutes les classes; que les Français voulaient des comptes, des vérités et des raisons positives; il ne s'en ap?rçut pas, ou feignit de ne pas s'en apercevoir.

Le mal était trop g-and, trop connu, pour que la dissimulation piit agir avec succès. Le gouvernement, dont les opérations attiraient tous les regards^ ne pouvait résister à une volonté presque unanime. Chacune de ses tentatives pour contrarier cette volonté devint une défaite.

Les ministres formèrent le projet de dissoudre l'assemblée, et d'employer pour cet effet une force armée imposante. Ils appelèrent les troupes, et bientôt Paris et Versailles se trouvè.ent cernés par une armée de trente mille hommes : des ministres qui avaient la confiance publique furent renvoyés et remplacés par des hommes odieux *: l'indignation des habitants fut vive. Les moteurs secrets saisirent c^e moment favorable, et donnèrent un nouveau degré d'activité à la fermentation.

Le dimanche 12 juillet, les symptômes d'une insurrection prochaine apparaissent ; le lendemain lundi, une garde nationale improvisée s'organise ; le 1 4 juillet, on trouve des armes à Ihôtel des Invalides, on assiège et on prend la Bastille, La révolution commence.

Malheur au chef d^une nation qui, ignorant, dédaignant l'opinion publique, ou lui imposant silence, se livre aux suggestions de ceux qui l'entourent, combat sourdement des principes qu'il a solennellement promis de faire respecter : toutes ses dissimulations sont bi ntôt connues. Quelquessailiiesdeméconter.tements'exha' lent, il les réprime et fait de nouveaux mécontents. Les moyens de répression deviennent p us rigoureux, et l'indigoation suit la progression de^ actes do rigueur. Si alors se présente un homme puissant et ambitieux, fort du mécontentemer.t général, il parvient sans beaucoup de peine à renverser l'édifice d'un gouvernement déjà miné dans sa base et dépourvu de ses plus solides appuis : le peuple sert avec chaleur les projets de l'ambitieux, et croit, en les servant, travailler à son propre affranchissement.

Telle fut, si je ne me trompe, la disposition des esprits dans les premiers actes de la révolution.

Je dois dire que des brigands étrangers, couverts de haillons, qui s'étaient signalés, la veille de la première assemblée des états-généraux, par le pillage de la maison deRéveillon, située au faubourg Saint- Antoine, brigands appelés et soldés on ne sait par qui, se confondirent avec les Parisiens, Tandis que ceux-ci se distinguaient par leur zèle et leur dévoùment, ces étrangers s'occupaient à piller, à égorger, à couper des têtes , k pendre à un fer de lanterne les personnes qui leur étaient indiquées.

Quelques jours après la prise de la Bastille, le vendredi 17 juillet, le roi vint à Paris, et trouva les habitants rangés depuis la barrière de la Conférence jusqu'à 1 Hôtel-de-Ville. Sa voiture marcha entre deux haies d'hommes armés à la hâte. Ingénieusement harangué par le maire Bailly, le roi ne fit aucune réponse positive; il prit la cocarde tricolore qu'on lui présenta, et la plaça à son chapeau. Il serait inutile d'expliquer le véritable motif de cette visite qui ne produisit aucun résultat. Elle fut généralement' considérée comme un asseutmient aux événements des jours précédents.

Le roi, qui le H juillet avait renvoyé le ministre Necker, le rappela cinq jours ■jprès. Ce ministre, déjà sorti de France, f rentra, et sa rentrée fut une marche triomphale.

Le gouvernement, tour à tour menaçant et timide, avait déjà, en plusieurs circonstances, décelé le secret de sa faiblesse.

Des projets de contre-révolution inconsidérés, une guerre sourde, des tentatives partielles, le projet de conduire le roi à Metz, la cocarde nationale insultée à Versailles, produisirent les journées des 5 et 6 oclobre 1789; toute la garde parisienne et une multitude effrénée de peuple se portent à Versailles, et ramènent à Paris le îoi qui, depuis cette époque, habita le château des Tuileries.

L'Assemblée nationale, inséparable du roi, le suivit d^ns celle ville, et tint d'abord ses séances à rArchevêché, où elle décréta que les biens du clergé étaient propriétés nationales. Puis eUe occupa l'emplacement du manège, coutigu à la

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terrasse du jardin des Tuileries, appelée terrasse des Feuillants (1).

Des sociétés populaires s'établissent à Paris; celle qui fut célèbre sous le nom des Amis de la constitution, et depuis sous celui des Jacobins, fut fondée en février 1790. Dans la suite, plusieurs autres sociétés amies ou ennemies se formèrent.

Je me tais sur divers événements et intrigues sans conséquence, et je passe à la fédération du 14 juillet 1790, fête mémorable, majestueuse, fête dont l'histoire des nations n'offre aucun exemple, n'offre rien qui soit digne de lui être comparé, et où le roi jura librement de maintenir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale.

Je passe sous silence plusieurs événements, plusieurs travaux de l'Assemblée, pour mentionner le départ du roi.

Dans la nuit du 20 au 21 juin 1791 . Louis XVI quitta Paris, et y laissa une déclaration dans laquelle il proteste contre tous les actes énîanés de lui pendant sa captivité. C'est ainsi qu'il qualifie son séjour au château des Tuileries. Il parie ensuite de sa condescendance pour le vœu de la nation, des sacrifices nombreux qu'il a faits; se plaint de plusieurs décrets de l'Assemblée nationale, qui le dépouillent de ses droits et restreignent la puissance royale dans des bornes trop circonscrites; et déclare les administrationsnouvelleset l'organisa tien du royaume inccnvenanls à un grand Etat. Presque toutes les opérations de l'Assemblée nationale sont les objets de sa censure. Il se récrie sur plusieurs attentats très blâmables; s'appuie sur le passé pour juger le présent ; regrette la condition des rois ses ancêtres, et la compare à celle à laquelle on l'a réduit. Le pouvoir absolu est en effet pour les rois le plus doix et lo plus commode à exercer, et certainement il est très pénible pour eux de passer de la jouissance de ce pouvoir à la gêne d'un pouvoir limité par les lois.

Celte déclaration se termJne par une défense que fait le roi à ses ministres de signer aucun ordre en son nom, jusqu'à ce qu'ils aient reçu des ordres ultérieurs, et par l'injonction au garde des sceaux de

(1) Aujourd'hui cet emplacement est occupé par une partie de la rue de Rivoli.

SOL'5 LOt

les renvoyer dès qu'il en sera requis 1).

MalheureusemeQt cette tentative, comme toutes celles qui avaient précédé, n'eut point le succès désiré.

Le peuple de Paris, instruit, vers les huit heures du matin, de cette évasion du roi, fut a'g'té, et dans son indignation brisa les armoiries royales qui se voyaient sur plusieurs édifices publics, et notamment tous les bustes de Louis XIV qui se trou- Yaient aux angles de quelques rues. •

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Apres la journée du U juillet, plusieurs personnes de la cour, quelques princes, et notamment le comte d'Artois, frère du roi, étaient sortis de France. Au 20 juin, le comte de Provence, qualifié de Monsieur, et la,princesse son épouse, partirent, prirent une route différer.te de celle que la famille royale avait suivie, et franchirent sans obstacle la frontière. Ces émigrations furent alors imitées par plusieurs officiers des armées et par plusieurs autres

La tùrrièie Ju TrCna.

persccnes; elles continuèrent dans les mois suivants.

Le mercredi 22 juin 1791, à dix heures du soir, i* Assemblée nationale fut informée de l'arrestation du roi à Varennes. Il fut reconduit à Paris, et y arriva le 25 juin à sept heures du soir.'

Au mois d'août 1791 l'émigration redoubla.

Dans Paris des orateurs de groupes, des

(l) Histoire du Départ du Roi, pages 39 et sui\antes.

auteurs de pamphlets, des troupes armées sont secrètement organisés et payés pour diriger l'opinion pu'olique en faveur de la royauté. Des journaux. Je ChaJit du coq, le Journal à deux liards, le Journal de la cour, l'Ami du roi, forment un parti d'opposition. Le gouvernement paraît vouloir sourdement détruire un ordre de choses que cependant il promet publiquement de n^aintenir. Il s'élève plusieurs troubles dans les provinces. Les puissances étrangères se préparent à attaquer la France; les princes frères du roi, le prince

de Condé, le vicomte de Mirabeau, sont chacun à la tête d'une petite armée.

Le 3 septembre 1791,1a constitution fut terminée. Le 43 du même mois elle fut présentée au roi, qui écrivit à l'Assemblée nationale qu'il l'acceptait, et joignit à sa lettre les motifs de son acceptation. Le lendemain, 14 septembre, Louis XVI vint solennellement jurer dans l'Assemblée d'être fidèle à la nation et à la loi, d'employer tout le pouvoir qui lui était délégué à maintenir la constitution et à faire exécuter les lois.

Le dimanche 18 septembre, une fête aux Champs-Elysées, de magnifiques illuminatioiis, célébrèrent cette acceptation et ce serment.

Cependant l'émigration redoublait. Les nobles de tout sexe se portaient en foule au-delà des frontières, persuadés que, réu- ;nis avec l'étranger, ils subjugueraient sans peine une nation audacieuse qu'ils croyaient sans moyens et sans courage.

Paris fut alors le rendez-vous général des émigrants ; ils y trouvaient des secours 'pécuniaires, et partaient ensuite pour Coblentz.

j Le 1er octobre 4794, l'Assemble nationale constituante ayante le jour précédent, formé sa session," fut remplacée par l'Assemblée législative.

• Pendant le mois d'octobre 1791, le nombre des émigrés s'accroît ; tous passent par Paris pour sortir de France. Le 14 de ce mois, proclamation du roi tendante k tempérer la manie de l'émigration et à la désavouer.

Les deux partis qui divisaient alors la France, les aristocrates et les patriotes, interprétèrent diversement cette proclamation. Les premiers la trouvèrent dans îe sens de la plus pure aristocratie. Le Journal de la cour portait que la conduite de Louis XVI était un chef-d'œuvre d'habileté et de tactiq'je. L'ouvrage périodique intitulé les Actes des apôtres contenait une pièce de vers dont le refrain était : Sire, vous en avez menti, etc. Les seciînds dirent que, par la rédaction amphibologique de cette pièce, le roi se ménageait des moyens de rétractation.

Les nobles qui résistaient au torrent de l'émigration recevaient des billets circulaires où on leur intimait des ordres supérieurs accompagnés des menaces suivantes : « Je dois vous prévenir que, si vous « n'êtes pas rendu à l'endroit indiqué à

« l'époque susdite, vous serez déchu de « tous les privilèges que la noblesse fran- « çaise va conquérir. » Pour les stimuler et piquer leur amour-propre, on leur faisait passer des gravures représentant des quenouilles et des fuseaux.

Les émigrés se persuadaient qu'une expédition de quinze jours leur suffirait pour conquérir la France, imposer silence au patriotisme, et rétablir l'ancien ordre de choses.

La proclamation de Louis XVI n'ayant produit que peu d'effet , ce roi en fit, le 12 novembre 1791, une seconde qui ne fut pas plus efficace ; le 1 6 du môme mois, il adressa aux princes ses frères une lettre dont l'objet était le même. Cette proclamation et cette lettre parurent dans le même temps où Louis XVI refusa de sanctionner le décret contre les émigrés.

Je m'abstiens de mentionner un grand nombre d'événements résultant de la guerre sourde et souvent sanglante que se faisaient sur presque tous les points de la France le parti qui avait conquis sa liberté et le parti qui, par cette conquête, perdait ses privilèges. Je passe sous silence l'établissement d'une société des Feuillants qui eut lieu, en juillet 1791, dans les bâtiments du cou-vent de ce nom, société ministérielle et rivale de celle des Jacobins, et bientôt après dissoute. Je m'arrête sur les discussions qui agitèrent dans le même mois cette dernière société.

Les préparatifs de guerre qui menaçaient la France sur tous les points de ses frontières, firent naître la question de sa-, voir s'il était plus utile aux Français d'attaquer leurs ennemis que d'attendre leurs attaques.

Ce fut pendant cette discussion très vive que se manifesta ce parti sanguinaire qui. dans la suite, couvrit la France d'échafauds, de prisons et de terreur, et souilla la révolution de crimes. Ce parti, qui opinait pour la guerre défensive, était évidemment inspiré par les puissances étrangères non encore préparées à la guerre. Jt signale ce parti, k la tête duquel se plaçs Robespierre.

Louis XVI avait notifié a l'électeur df Trêves son désir de voir les émigrés fran çais expulsés de ses Etats, et lui avait * prescrit un terme fatal pour celte expul-? sion. L'empereur d'Autriche, k cette nou-' velle, prit fait et cause pour l'électeur de .' Trêves, et chargea le général Bendcr df ^

sous LOUIS XVI

re-

porter des secours à l'électeur en cas d'hostilités.

Le 31 décembre 4791, le ministre, au nom du roi, vint annoncer à l'Assemblée législative cette détermination, laquelle équivalait à une déclaration de guerre.

Le roi répondit à l'empereur que si, au 1 5 janvier, l'électeur de Trêves n'avait pas dissipé réellement les rassemblements d'émigrés qui étaient dans ses Etats, rien ne l'empêcherait d'employer la force des armes pour l'y contraindre.

Dans la même séance où fut faite cette communication, l'Assemblée décréta d'accusation Louis-Stanislas -Xavier (Monsieur), Charles-Philippe (d'Artois), Louis- Joseph (de Gondéj, princes français; les sieurs Galonné, ex-contrôleur général , de Laqueuille aîné et Mirabeau jeune; et dans les jours suivants, elle ajouta à ce décret que les ci -dessus nommés seraient traduits à la haute cour nationale, comme prévenus, du crime de haute trahison contre l'Etat. Ce décret fut sanctionné par le roi.

En janvier 1792, la France, surtout le Midi, était troublée par les intrigues et le fanatisme des prêtres qui avaient refusé de prêter le serment à la constitution. Les séductions, les frayeurs, les apparitions, les revenants, les faux miracles, toutes les fourberies en usage dans les siècles de barbarie furent employés pour soulever le peuple. Les agents des émigrés, tels que François Froment et Descombiers, forment des attroupements et désolent les provinces méridionales. Le camp de Jalès s'établit. On répand la division entre les troupes de ligne et les bataillons de volontaires; plusieurs villes sont le théâtre de scènes de carnage ; des prêtres deviennent recruteurs. La corruption, les pamphlets, la violence, tout est rais en œuvre pour désorganiser la France et neutraliser la résistance que les Français pouvaient opposer aux ennemis de l'État.

Paris participa à cette perturbation générale. Les 14 et 13 janvier 1792, des assassins devaient remplir les tribunes de l'Assemblée nationale; et des cartes, fabriquées exprès, devaient favoriser leur entrée aux portes. D'autres assassins étaient chargés d'insulter les membres du comité de surveillance lorsqu'ils s'introduiraient dans la salle, et de répondre aux plaintes de ceux-ci par des coups de poignard. Aux cris des députés frappés, quel-

ques assassins postés dans les tribunes devaient descendre dans la salle et y égorger les députés les plus renommes par leur patriotisme. Des potences devaient être dressées dans Paris pour pendre les patriotes les^plus énergiques.

Ce complot, dont le comité de surveillance recueillait chaque jour de nouvelles preuves, fut divulgué peu de jours avant son exécution. Les agents de ce projet changèrent leur plan d'attaque.

Dans la nuit du 20 au 21 janvier 1792, le feu fut mis à la prison de la Force : on arrêta les progrès de l'incendie. Le 22, il se forma des groupes menaçants au faubourg Saint-Marcel : ils furent dissipés par la municipalité. Le 23 du même mois, des attroupements séditieux se montrèrent sur plusieurs points de Paris, dans les rues du Cimetière de Saint -Nicolas- des- Champs, des Lombards, de Saint-Denis, de Beaubourg, Chapon au Marais. Les hommes qui composaient ces attroupements se portaient sur les magasins à sucre placés dans ces rues, et demandaient que cette marchandise leur fut distribuée à raison de 22 sous la livre. On voyait des instigateurs de ces mouvements exciter le peuple à résister à la garde nationale, etc. Le peuple ne répondait que mollement à ces suggestions perfides. Cependant quelques pierres furent, dans la rue Saint- Denis, lancées contre la garde. On parvint, sans beaucoup de peine, à dissiper ces attroupements. Le lendemain ils se renouvelèrent avec aussi peu de succès.

Une tentative manquée en faisait naître une autre. Le 30 janvier suivant, on découvrit dans les souterrains de l'hôlel de la guerre, à Versailles, une fabrication clandestine très active d'une grande quantité de cartouches pour la nouvelle garde du roi.

L'émigration continuait. Des orateurs payés tentaient de donner à l'opinion publique une direction favorable à la cour. Les partisans de la liberté publique se plaignaient alors de ce que les armées françaises étaient dans un grand dénùment ; de ce qu'on corrompait les journalistes patriotes, les membres les plus influents de la société des Jacobins, et ceux même de l'Assemblée législative. On répandait des pamphlets et des placards. On mit secrètement en jeu une armée de perturbateurs, d'applaudisseurs.de chanteurs, de distributeurs, d'orateurs de groupes.

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L'existence de ces nébuleux établissements et les sommes considérables qu'ils coûtaient à la liste civile sont attestées ^ar des témoignages irrécusables '(1)les ministres d'alors prétendaient, à force l'argent, changer l'opinion publique et 2n créer une nouvelle. Folle entreprise, moyen toujours fatal à ceux qui l'emploient!

Ces moyens paraîtront innocents, si on les compare à ceux du parti de Coblentz, parti ennemi de celui du roi et que dominait Galonné, parti inspiré par le gouvernement anglais, parti qui ne concevait que des plans de destruction et de massacres; mais je m'arrête, pour revenir à diverses scènes dont Paris fut le théâtre.

En février 1792, l'Assemblée législative rend un décret qui ordonne le séquestre des biens des émigrés.

Le 1 i février 1792, les femmes du faubourg Saint-Marcel'furent excitées à se soulever et à piller un magasin de sucre, situé rue des Gobelins, derrière l'église de Saint-Hippolyte, et appartenant au sieur Moinery. Au moment où ce particulier faisait transporter une partie de cette marchandise, une voiture qui en était chargée fut arrêtée par ces femmes qui débitèrent quatre barils de sucre à vingt sous la livre.

Le lendemain, nouveau rassemblement de femmes : elles se portent au même magasin et demandent du sucre au même prix. Un détachement de cavalerie se présente, trouve la rue barricadée ; il force le passage le sabre à la main. Quelques particuliers montent au clocher de l'église Saint-Marcel, sonnent le toscin. Une foule innombrable accourt ; on bat la générale ; on fait retirer du clocher les sonneurs. Quelques heures après, la porte du clocher est enfoncée, et la cloche fait de nouveau entendre son tintement sinistre. Un détachement d'environ deux cents hommes fait descendre du clocher les sonneurs séditieux. La municipalité s'y rend en force, et parvient à faire restituer le sucre et à dissiper l'attroupement. Il y eut dans

(1) Tous ces faits sont détaillés dans les pièces trouvées dans l'armoire de fer, et notamment dans VHistoire de la Révolution, Tpar le ministre Bertrand de Molle ville, écrivain qui ne sera pas suspect. (Voyez surtout tome VII, chapitre 14, pages 220 et suivantes; tome VIII, pages 765 311, 224.)

ce tumulte plusieurs personnes blessées, et la foule se dissipa.

On apercevait parmi le peuple des particuliers inconnus qui soufflaient le feu de la révolte, répandaient les inquiétudes et les fausses alarmes, excitaient la jeunesse à des violences.

Remarquons que, dans les mêmes jours, les villes de Montlhéry, de Noyon et de Dunkerque, de Metz, d'Arras, etc., furent agitées par des séditions semblable-.

Le 24 février, une pièce intitulée r.4?(teîi7' d'un mome7it, où se trouvaient dis sarcasmes contre Ghénier et ses tragédies, jouée imprudemment au théâtre du Vaudeville, faillit allumer un incendie terrible : la prudence et la fermeté en arrêtèrent les progrès; et le lendemain un exemplaire d^' cette pièce fut brûlé sur le théâtre.

Les patriotes de bonne foi abondaifrt à Paris; mais ils étaient trompés, agi' par divers moteurs.

Par décret du 5 avril 4792, toutes it congrégations séculières, ecclésiastiques, telles que les prêtres de l'Oratoire, de lu Doctrine chrétienne, de Saint-Joseph, df^ Saint-Sulpice, de Saint-Lazare, de Saint- Nicolas-du-Chardonnet, du Saint-Espni", des Missions étrangères, de Saint-Lauren t , du Saint-Sacrement, des sociétés de Sorbonne et de Navarre, des frères des Ecoles chrétiennes, des ermites du Mont-Valérien, de Senart, des frères tailleurs et cordonniers ; enfin toutes les réunions d'hommes et de femmes furent supprimées. Je cite ces suppressions, parce que la plupart d'elles appartiennent à la ville de Paris.

Le 11 mai 1792, on vit dans cette ville le premier exemple d'un prêtre catholique se mariant, et venant solennellement avouer cet acte conforme aux lois de la primitive Eglise. Le vicaire de Sainte-Mar- , guérite se présenta ce jour à la barre de l'Assemblée législative avec son épouse et son beau-père, et y reçut des applaudissements ; il eut beaucoup d'imitateurs.

Les Parisiens, dont la grande majorité, patriote de bonne foi, ne désirait que la liberté et le bonheur public, étaient sans cesse égarés, contrariés, tourmentés par les moteurs des divers partis. Les dissimulations des ministres, les troupes d'écrivains, d'orateurs, d'applaudisseurs mercenaires que le gouvernement gageait à grands frais pour former une opinion factice et la faire dominer sur celle qui

sous LOUIS XVI

prévalait, produisaient un efîet tout contraire. Ces manœuvres, toujours révélées et dénoncées par le moyen de la presse entièrement libre, ne faisaient qu'exalter les têtes et soulever l'indignation publique contre le gouvernement, depuis longtemps discrédité.

Les Parisiens avaient encore à lutter contre les attaques cachées et les fureurs manifestes du parti de l'étranger, qui employait tour à tour toutes les insinuations perfides, les poignards et les torches du fanatisme, pour exciter des émeutes populaires, assassiner les amis de la liberté, allumer partout le feu de la guerre civile, souiller enfin de forfaits la révolution, afin de la rendre horrible et odieuse.

Quelques mécontents étaient paisibles; mais d'autres, animés par l'esprit de parti, par le chagrin d'être dépouillés de leurs vieux privilèges, indignés de se voir sans cesse victimes de leurs propres fautes, de leur orgueil et de leur résistance à la force de l'opinion publique, se livraient en désespérés à tous les excès de la vengeance, et regardaient comme des actes de vertu les crimes qu'ils commettaient pour la satisfaire. Quelques-uns furent les agents secrets des puissances étrangères qui redoutaient la contagion révolutionnaire.

Les journaux de cette époque contiennent le récit d'assassinats nombreux commis sur des personnes réputées patriotes, et parlent de fabrication de faux assignats, dans le but de faire tomber les ressources financières de l'Etat. Dans les premiers mois de l'an 1792, on découvrit plusieurs ateliers de cette fausse monnaie. On découvrit aussi des fabriques de poignards et des projets de massacres.

Le parti de l'étranger se composait encore de celte classe d'hommes immoraux, ruinés par leurs débauches, habitants ou soutiens des tripots, vivant d'actions ignominieuses^ et toujours prêts à commettre les crimes qu'on veut leur payer; individus qui abondent ordinairement dans les grandes villes.

Le nombre de ces divers agents s élevait, dit- on, dans Paris, à plus de vingt-cinq mille.

D'autre part, le gouvernement faisait

sans discontinuer une guerre sourde à l'opinion dominante. On accusait les ministres d'être en inlelligenceavec les ennemis de la. France, de favoriser tous leurs projets, et de ne point faire exécuter les loii

nouvelles. Cesdernières accusations étaient fondées : un de ces ministres, le siear Bertrand de Molleville, a eu, dans son Histoire de la révolution^ la bonne foi d'en offrir la preuve. Ces ministres furent renvoyés : l'un d'eux, le sieur Delessart, fut, le M mars 1792, traduite la haute cour pour y être jugé. On les remplaça par d'autres ministres qui avaient figuré dans les rangs des patriotes, et qui, dans la suite, furent immolés à la fureur du parti de Galonné.

En avril 1792, les premiers arbres de la liberté furent plantés à Lille, à Auxerre et ailleurs. Paris ne tarda pas à avoir les siens, que Bonaparte fit abattre (1).

Le gouvernement français, d'après les demandes exorbitantes du roi de Hongrie et de Bohême, fut obligé de déclarer la guerre à ce roi. Cette déclaration est du 20 avril 1792. Une nouvelle carrière s'ouvric à la générosité française. Les dons patriotiques, dont les habitants de Paris avaient déjà donné l'exemple, se multiplièrent: alors une noble émulation s'établit dans toutes les classes de la société. Les départements imitèrent ce dévoùment.

Les hostilités commencèrent dans les derniers jours d'avril.

Jusqu'alors une heureuse harm.onie avait régné parmi les partisans de la liberté : ils marchaient d'accord vers le même but. Le parti de l'étranger sentit le besoin de troubler cette harmonie, de diviser les patriotes, de les armer les uns contre les autres, et de les porter à s'entre-détruire : ce moyen n'était pas nouveau. Le gouvernement anglais dépensa des sommes immenses pour arriver à ce but, pour déchirer la France et la couvrir de malheurs et de crimes.

Bientôt, et cette coïncidence est remarquable, commencèrent entre les patriotes une autre guerre et d'autres hostilités dont les suites devinrent très funestes à la France.

(1) Plusieurs années avant la révolution, un arbre de la liberté fut planté dans les en-virons de Paris , et dans uu des beaux jardins de Franconville, par le comte Camille d'Albon, qui en était propriétaire.! 1 consistait en un grandmât, à la cime duque. était placé le chapeau, véritable symbole de la liberté. Sur une des faces du socle on lisait cette inscription : A la liberté, Camille d'Albon, 1782.

Robespierre, sorti de l'Assemblée constituacte, après avoir séjourné pendant quelques mois dans Arras, sa patrie, revint à Paris. Sa réputation de patriote sévère et incorruptible le fit nommer à la fonction d'accusateur public. Dès qu'il vit la guerre déclarée, il se démit de cette fonction pour se livrer tout entier aux discussions du forum et au nouveau système de conduite qu'il avait adopté. Le 27 avril 4792, il dénonça à la société des Amis de •la Constitution tous ceux qui avaient combattu ses opinions dans la discussion sur la guerre offensive et défensive, et les accusa de conspiration et de coalition avec les ennemis de l'Etat. On lui demanda des preuves; il promit d'en donner dans une séance prochaine.

On les attendait avec une impatiente curiosité. Robespierre, au lieu de preuves, fit l'étalage de ses services, l'apologie de sa conduite. Il voulait qu'on le crût sur parole.

Dès lors cette société fat divisée; et Robespierre parvint à en dominer une partie, et, dans la suite, à en chasser l'autre.

A la même époque, le hideux Marat, déjà fameux, reparut sur la scène politique, ainsi que son journal corrosif, intitulé VAmi du Peuple. Ce journal,précurseur ordinaire des troubles de Paris, attaquait, par ses dénonciations et ses calomnies, les plus purs amis de la liberté publique.

Une pareilledivision se manifesta parmi les membres de la commune de Paris,

Ces divisions furent la source de maux innombrables.

Le parti de l'étranger, désespérant d'obtenir des succès par la force ouverte, essayait de détruire le patriotisme des Français par les excès de ce patriotisme.

Robespierre, séduit par ce parti dont il semble avoir été l'agent, entraîna, par l'appât des emplois lucratifs, des hommes déshonorés qui n'avaient d'espoir que dans le désordre; et, par sa réputation de popularité et ses dénonciations continuelles, des hommes qui étaient de bonne foi, mais qui, dupes de leur tempérament inquiet et emporté, considéraient les exagérations et les moyens violents comme nécessaires, il entraîna, par des exemples de terreur, la multitude des faibles; et, ne pouvant dominer les patriotes purs, il les priva de la liberté ou de la vie.

Ainsi, sous le masque de la liberté, le

parti de l'étranger, pour avoir droit d'ac cuser cette même liberté, et de la présen ter aux nations comme un horrible épou vantail, commit des crimes énormes e multipliés, alluma le feu des dissension civiles; divisa les patriotes pour les affai blir et les subjuguer, les porta à s'entre détruire; excita des séditions dans toute lespartiesde la France, etàParisplusieur émeutes, notamment celle du 20 juin, c la journée sanglante du 10 août qui ren versa, avec le trône, toutes les statues Je rois dans la capitale; conduisit la famill royale dans la prison du Temple ; soulev les journées plus sanglantes encore d commencement de septembre, journées d massacres, où les prisons de Paris furen inondées du sang français.

Au 21 septembre, la Convention natio nale succéda à l'Assemblée législative. EU abolit la royauté, décréta le gouvernemen républicain, mit Louis XVI en jugement Ce malheureux prince, condamné à mort fut exécuté le 21 janvier 1793.

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