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II. Etablissements religieux et civils

Capucins de la. Chaussée -d'Antin

Eglise, couvent, hospice, puis collège, situé rue Sainte-Croix, n» 5.

Le quartier de la Chaussée-d'Antin de venant de jour en jour plus populeux, i fut ordonné, par lettres patentes de septembre 1779, qu'on y établirait une cha pelle, succursale de Saint- Eustache. Oi se décida à y transférer les capucins d\ faubourg Saint-Jacques.

Le sieur Broogniard fut chargé de four nir les dessins et de diriger la constructioi de cette capucinière. Commencée en 1780 elle fut achevée en 1782, et bénie solennellement, le 21 novembre de cette annéO; par l'archevêque de Paris.

Le 13 septembre suivant^ les capucim delà rue du faubourg Saint- Jacques, sortis processionnellement de leur ancien couvent, vinrent occuper le nouveau.

Cet édifice atteste les progrès de l'archi tecture et son affranchissement des régla routinières du passé. La façade, simple, convenable à l'humilité séraphique, ei dépourvue d'ornements superflus, tire toute sa beauté de l'harmonie des proportions. A ses extrémités figurent deux pavillons, couronnés d'un fronton que sur monte un attique. On entre dans chacun de ces pavillons par une porte ornée de

sous LOUIS XVI

deux colonnes sans bases. Une troisième 1 bourg-du-Roule, n» 54. L'opulent fonda-

porte est au centre de la façade, où 1 on remarque huit niches destinées à recevoir lesfigures des illustres de l'ordre de Saint- François, mais qui sont toujours restées vides. On y voit aussi deux tables renfoncées, chargées de bas-reliefs dont les suj?ts étaient relatifs à la première destination de cet édifice, et qui ont disparu dès qu'il en a reçu une autre : ces bas-reliefs étaient sculptés par Clodion. *

Le cloître de ce couvent est décoré de colonnes dépourvues de bases, à l'exemple de quelques monuments antiques, et notamment de l'édifice appelé Pœstum.

L'église, fort simple, est décorée d'une ordonnance et d'un grand morceau de peinture à fresque, imitant le bas-relief, peint par le sieur Gibelin.

Ce couvent fut supprimé en !790. Ses bâtiments, pendant plusieurs années, fu« rent affectés à un hospice où étaient soignées les maladies vénériennes. En 1800, le gouvernement y fit exécuter de grandes réparations ; et, en vertu de la loi du premier mai 1802, on y établit un des quatre lycées de Paris, nommé Lycée Bonaparte. Ce lycée, dans les premiers jours d'avril 1814, reçut une autre dénomination : celle de ColLge royal de Bourbon, qu'il porte encore.

Chapelle Beaujon, située rue du Faubourg-du-Roule, no 59. Cet édifice, construit vers l'an 1780, sur les dessins du sieur Girardin, architecte, aux frais de Nicolas Beaujon , receveur général des finances, est, dans sa petitesse, un chefd'œuvre de goût ; ce qui confirme mon opinion sur ce que j'ai dit sur les progrès ■ de l'architecture à cette époque.

Le portail est remarquable par sa simplicité et l'heureuse harmonie de ses parties. Deux rangs de colonnes isolées séparent la nef de deux galeries latérales dont les murs présentent des niches élevées sur un stylobate. La voûte est décorée de caissons. La lumière descend dans cette nef par une lanterne carrée.

A l'extrémité de cette nef est une rotonde entourée de colonnes corinthiennes isolées, et qui reçoit le jour d'en haut. Cette manière d'éclairer les m.onuments est très favorable aux effets de l'architecture,-

Cette chapelle est dédiée à saint Nico- "■:?, patron de son fondateur. Hospice Beaujon. situé rue du Fau-

teur de la chapelle dont je viens de parler fit, quelques années après, en 4784, bâtir par le même architecte, le sieur Girardin, un ho?pice destiné à recevoir vingt-quatre orphelins des deux sexes. Il donna vingt mille livres de rente pour leur entretien. Dans la suite, cet hospice eut une autre destination, et devint un hôpital pour les malades.

Ce bâtiment a seize toises de face sur vingt-quatre de profondeur : sa hauteur se compose d'un rez-de-chaussée, de deux étages au-dessus et d'un troisième dans les combles. Il contient cent lits pour les malades des deux sexes. La construction de cet édifice fait honneur aux talents du sieur Girardin. Dans la suite je produirai sur cet hospice les notions administratives qui le concernent.

Collège royal de Franxe, situé n» 1, place Cambrai. François I^i l'avait fondé sans lui faire bâtir aucun édifice. Henri IV, voulant réparer cette omission , fit commencer des bâtiments pour ce collège ; mais la mort de ce roi en suspendit la construction, comme je l'ai dit ci-dessus. Cette construction ne fut reprise qu'à la fin du règne de Louis XV. Le 22 mars 4774, le duc de la Vrillière en posa la première pierre : trois ou quatre ans après, cet édifice, construit sur les dessins da sieur Chalgrin, fut terminé.

Il présente une grande cour entourée de trois côtés de bâtiments. Dans le corps qui se trouve placé en face de la porto d'entrée, est la salle des séances publiques, salle assez vaste, dont le plafond est décoré d'un sujet allégorique peint par Tarravai. On y a construit un amphithéâtre, et on l'a ornée d'un tableau de M. Lethiers, représentant la fondation de ce collège par François I*^''.

"Les bâtiments latéraux contiennent plusieurs salles où se font les cours. On comptait, sous Louis XVI. vingt et un cours auxquels sont attachés vingt et un professeurs. Il y a aujourd'hui vingt-quatre professeurs, qui desservent vingt-quatre cours, tels sont : les cours d'astronomie, de mathématiques, de physique générale et mathém.atique, de physique expérimentale, de médecine, d'anatomie, de chimie, d'histoire naturelle, du droit de la nature et des gens, d'histoire et de philosophie moralej'de langues hébraïque, chaldaïque et syriaque, de langue arabe,

de langue

turque, de langue persane, de langue et ; trèe de l'amphithéâtre. Sur le mur du de httérature chinoises et tartare-mant- ; fond de ce péristyle, et dans la partie élechou, de langue et de littérature sans- : vée, se voient cinq médaillons entourés de entes, de langue et de littérature grecques, guirlandes de chêne, offrant les portrait^ de langue et de philosophie grecques, de Jean Pitard, d'Ambroise Paré de d'éloquence latine, de poésie latine et de George Maréchal, de François de La Wv- Jittérature française, d'économie politique, ronnie, et de Jean-Louis Petit, célèbre^^

irchéûlogie et d'histoire des législations comparées. j

Les cours étant plus fréquentés qu'autrefois, il résulte que les salles sont sou-, vent insuffisantes (1). |

Ecole de Chirurgie et de Médecine, située rue de l'Ecole-de-Médecine, n» 1 4. :'

J'ai parlé de l'ancienne école de médecine, ' jugera que son peu d'étendue ne renon. placée rue de laBùchene, et qui fut trans- pas à la magnificence de son fronti^picleree dans la rue Saint-Jean-de-Beauvais. Il peut néanmoins contenir douze ceul il existait aussi un amphithéâtre de chi- élèves. Il est décoré de trois grands moi rurgie dans la même rue de l'Ecole-de- ' ceaux de peinture à fresque, exécutés po Médecine, près de l'ancienne église de le sieur Gibelin. Saint-Côme, dont les bâtiments, devenus

chirurgiens français.

Dans le fronton qui couronne cette oidonnance, est un bas-relief exécuté par Berruer, représentant les figures alléeoriques de la Théorie et de la Pratique se donnant la main.

Si l'on entre dans l'amphithéâtre, on

insuffisants, ont été et sont encore occupés par l'école gratuite de dessin.

Ici je m'occupe d'un autre édifice consacré aux sciences médicales; édifice dont, le U décembre 1774, Louis XVI posa la première pierre, et qui fut élevé sur les dessins du sieur Gondouin, et sur l'emplacement de l'ancien collège de Bourgogne. La première thèse y fut soutenue le 31 août 1776.

La façade sur la rue a trente-trois toises de longueur : elle

d'ordre ionique, composée de 1G culon nés, dont quatre d'un côté de la principale entrée, et quatre de l'autre; elles décorent les extrémités de deux ailes de bâtiments qui s'avancent jusque sur la rue. Les autres colonnes ornent la porte d'entrée au centre, et forment, dans les deux intervalles, un péristyle à quatre rangs, supportant un étage supérieur, et laissant apercevoir une cour entourée de magnifiques bâtiments.

Au-dessus de la porte d'entrée est un grand bas-relief, ouvrage du sieur Berruer, dont le sujet offre, sous des figures allégoriques, le Gouvernement, accompagné de la Sagesse et de la Bienfaisance, protégeant l'art de la chirurgie, et le génie des Arts déployant le plan de cette école.

La cour, profonde de onze toises, large de seize, est remarquable par la façade qui se présente en y entrant. Un péris'tyle de six colonnes d'ordre corinthien , de grande proportion, couronné par un fronton, forme avant-corps et présente l'en-

Le premier a pour sujet Esculape enseignant les principes de la médecine ei de la chirurgie. Au bas est cette inscription : Ils tiennetit des dieux les principes qu'ils nous ont transmis.

Dans le second tableau, on voit Louis XVI accueillant son premier chirurgien, La Martinière, et plusieurs autres académiciens et élèves. Devant ci; \ sont déployées des récompenses encou:; géantes. On y lit cette inscription -. Z mimijicence du monarque hâte Icu^ offre une ordonnance progrès et récompense leur zèle.

Le troisième tableau présente une sct:

guerrière, où l'on voit des blessés secou rus par des chirurgiens, et cette inscription : Ils étanchent le sang consacrée la défense de la patrie.

Sur le mur demi-circulaire, au-dess;:

de la porte du centre, on lit encore o. distique latin :

Vakis. — Typ. Laccub, rue SoufDoi, 49<

Ad cœdes homimim prisca amphilheatra patebant Ut longum discant vivere nostra paient.

Les autres corps de bâtiments contiennent des salles de démonstration, d'administration, et une bibliothèque; rétap( situé sur la rue est occupé par un vas* cabinet d'anatomie humaine et d'anaton^' comparée.

C'est dans ce bâtiment que l'Académie de chirurgie tenait ses séances. La Faculté de médecine l'a remplacée, et vingt-deux professeurs font des cours sur les diwrses parties des sciences médicales.

Une académie de médecine a été érigée .depuis 1 8i4^ je n'en parle point, parce

sous LOU

que le temps de cette érection est hors des limites que je me suis prescrites (1).

L'Ecole nation.^le fut, par les soins du comte de Thelis, établie en 1779 à Issi. près de Paris; vingt-quatre orphelins p^auvres y recevaient de l'éducation, travaillaient à la construction des chemins, apprenaient des évolutions militaires, etc. Ces élevés, après avoir confectionné et réparé plusieurs routes dans les environs de

is XVI 273

Paris, furent, en 1781, transférés dans îe Berri.

Cet établissement, qui méritait d'être encouragé par le gouvernement, ne l'avant été que faiblement, a cessé d'exister. '

Ecole de,s Orphelins militaires. Elle fut établie sous ce règne par le chevalier Pawlet. Les mêmes causes qui avaient ruiné Ttcole mentionnée dans le précédent article ruinèrent celle-ci.

Eglise de la Madeleine.

Ecole royale des Ponts et Chacs- ÉES; située d'abord Chaussée-d'Antin, is-a-vis la rue Sainte-Croix. Elle a depuis nangé plusieurs fois d'emplacement : elle 5t aujourd'hui, située rue Culture-Sainteatherine, n» 27.

Cette école importante, dont les comlencements remontent à l'an 1747, ne îçut de la consistance qu'en 1784, par 'S soins du sieur Perronet. Elle fat instuée de nouveau par la loi du 1 9 janvier «9) , et coniirméô par celle du 30 vendélïaire an iv : cette dernière loi fixe le

I\ DULAURE

' nombre des élèves à trente-six. En l'an x, ce nombre fut porté à cinquante, et de^ puis à quatre-vingts. Ces élèves, depuis l'an IV, furent tous tirés de l'Ecole polytechnique.

L'enseignement de cette école se divi.se en études de théorie et en études de pratique, ou exercice. La théorie consiste dans l'application du calcul, de la géométrie descriptive, de la mécanique et de la physique, à l'art de l'ingénieur des ponts et chaussées; dans l'architecture civile et la minéralogie.

Les études pratiques sont le travail intérieur qui consiste dans l'application des théories dont on vient de parler, et dans le travail extérieur, c'est-à-dire dans l'envoi d'un certain nombre d'élèves enîploycs auprès des ingénieurs chargés de travaux importants dans les départements.

Trois professeurs enseignent dans cette école, l'un la mécanique, l'autre la stéréotomie, appliquées à des routes, à des ponts ît à la navigation intérieure; le troisième, l'architecture civile et la navigation intérieure. La minéralogie est enseignée au cabinet minéralogique do l'hôtel des Monnaies.

Ecole de Minéralogie docimastique, à l'hôtel de la Monnaie. Par lettres patentes du il juin 1778, une chaire de métallurgie et de minéralogie docimastique fut établie à la Monnaie; et le savant Lesage, qui depuis longtemps faisait des cours de chimie, en fut créé professeur (1).

Ecole d'-s Mines, située d'abord rue de l'Université, n» 61 , et aujourd'hui rue d'Enfer, no 34. Le cardinal de Fleury avait conçu le projet de cette utile institution. Un arrêt du conseil, du 19 mars 4783, le mit à exécution; elie se compose d'un conseil des mines, qui donne des avis au ministre de l'intérieur sur tout ce qui concerne les mines, usines, salines et carrières, et qui a sous sa direction des ingénieurs et des écoles pratiques. La curieuse collection de minéralogie contenue dans les salles de cette école est ouverte au public les lundis et jeudis (2).

Ecole royale de Chant, de Déclamation ET DE Danse, située rue Bergère, n** 2. Elle fut fondée par lettres du 3 janvier 1784, à l'instigation du baron deBreteuil. L'ouverture eut lieu le l^f avril suivant. Le sieur Gossec en fut le premier directeur. Cet établissement a pour objet de perfectionner les dispositions qu'annoncent les jeunes gens des deux sexes pour \e théâtre lyrique. Leur éducation y est soignée; on leur e:iseignole chant, la musique instrumentale, l'harmonie et la com-

(1) Voyez ci-dessus, Hôtel des Monnaies.

(2) Toutes les productions minérales de le France y sont réunies ; il y en a deux collections: dans l'une, elles sont classées par départements -, dans l'autre , elles sont placées dans leur ordre méthodique relativeinent aux autres productions minérales de Tunivei-s.

DU PARIS

position musicales, la danse et la déclamation.

Cetto école éprouva des vicissitudes pen • dant la révolution. Napoléon lui procura une consistance nouvelle et lui imposa le , nom de Conservatoire de musique, que le \ public lui donne encore, quoiqu'il soit {è ordonné de lui restituer son nom ancien. '

Ecole de Déclamation pour le Théâtre-Français, fondée en 1786, à l'instigation du duc de Duras. Les acteurs Mole, Dugazon et Fleury en furent les professeurs. C'est dan. cette école que se sont développés les talents du célèbre tragédien Talma. Elle ne s'est pas soutenue.

Ecole de Natation, située à la pointe de l'île Saint-Louis, fondée en juin 1785, par le sieur Turquin, le même qui avoit établi les Bains-Chinois. En 1786,1e prévôt et les écbevins de Paris prirent cet établissement sous leur protection. Dnng la suite, une autre école plus considérable et plus commode fut placée au bas du quai d'Orsay ; elle est toujours en activité.

Il fut aussi établi, penda'ït ce règne, une école de filature pour les enfants aveugles, située rue de la Mortellerie; une école de boulangerie, située rue de la Grande-Truanderie , que présidaient les sieurs Parmentier et Cadet de Vaux; et des cccles de charité dans presque toutes les paroisses de Paris.

Ecole ou Institution desSourds-et- Muets, située rue du faubourg Saint- Jacques, nos 254, 256, 253. On avait déjà essayé plusieurs systèmes pour suppléer au défaut de la parole, lorsque l'abb

de l'Epée mit sa méthode en usai

ell(

prévalut, et obtint seule un succès soutenu. Cet ecclésiastique, humble et bienfaisant, établit dans sa maison une école où il enseignait aux jeunes personnes sourdes et muettes à lire, à écrire, à comprendre toutes les difficultés de la gram^ maire, à saisir et à rendre par écrit les idées les plus abstraites de la métaphysi que.

Persécuté, comme janséniste, par l'archevêque de Paris; inconnu des Parisiens, encore plus du gouvernement, malgré ses vertus, son zèle et son admirable méthode, ce vénérable abbé vi\ait dans une noble obscurité, lorsqu'on 1777 l'empereur Joseph II, séjournant dans cette ville, vint visiter cette école et admirer les moyens ingénieux qu'employait l'instituteur pour rendre en quelque 'orte la parole aux

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nuets. Etonné que le gouvernement laisât cette institution sans encouragement, 1 en parla à la reine de France, qui voulut oir l'école de l'abbé de l'Epée. Dès lors, a tourbe des imitateurs suivit cet exem- )Ie. On s'y porta en foule; et, le 21 noembre 1778, un arrêt du conseil autorisa ette école, et annonça qu'elle serait éta- )Iiedans le couvent des Célestinssuppri- Qés; mais le gouvernement, lorsqu'il n'éait pas poussé par l'intrigue, et surtout orsqu'il ne s'agissait que d'objets utiles, 16 se pressait pas de remplir ses promesses. ]e ne fut que sept ans après qu'il s'en ■a. Par arrêt du conseil du 23 mars . l'école de l'abbé de l'Epée fut transei' - dans le bâtiment desCélestins, et on cccrda à cet établissement une somme innuelle de 3,400 livres.

L'abbé de l'Epée mourut à Paris en 790(1). Il fut remplacé par l'abbé Si- :ard, son élève, que le sieur de Cicé, archevêque de Bordeaux, avait, en 1785, idressé à l'abbé de lEpée, pour être eneigné suivant sa méthode. L'abbé Sicard a perfectionna.

Cette iiistitution fut, pendant la révo- [1 , transférée du bâtiment des Célesujns celui de Saint-Magloire.

Le nombre des pensionnaires est fixé à oixante, et celui des élèves dont les places sont gratuites à vingt-quatre. Il s'y trouve une école et pension pour les jourdes et muettes : on leur apprend à ire, écrire et calculer, et divers arts ou nétiers.

Ecole ou Institution des jeunes AVEUGLES, située rue Saint-Victor, nos 66 3t 08. Le sieur Haiiy fit pour les aveugles de naissance, par le sens du toucher, :e que l'abbé de l'Epée avait fait pour les lourds et muets par le sens de la vue. 11 s'offrit à la société philanthropique, pour enseigner gratuitement les aveugles-nés dont cette société prenait soin. Son procédé n'était pas nouveau; mais il fut le premier qui le mit en œuvre à Paris, et qui le perfectionna.

Cet enseignement, commencé en 1784, fut distrait de la société philanthropique. iLe 49 février 1785, l'école fut ouverte, et

(1) M. de Seine, sourd et muet, son élève, fit ce distique pour être placé sur le buste de cet instituteur :

Il révèle à la fo s les secrets merveillerx

hà parler par les mues, d'entendre parles yeux.

l'Académie de Musique donna un concert à son bénéfice. En 1786, le sieur Haiiy obtint un local dans le château des Tuileries.

Ces aveugles enfants apprenaient la lecture, l'écriture, le calcul, la musique, la géographie, Tart de composer à la casse et d'imprimer.

Ils enseignaient même à lire a des enfants non privés de la vue. Au mois de décembre 1786, ils firent à Versailles, devant leroi, les exercicesles plus étonnants ; mais l'institution n'en fut pas plus protégée, et le sieur Haiiy ne jouit point des fruits de son établissement.

Dans un exercice public, qui eut lieu le 26 juillet 1814, les jeunes aveugles travaillèrent à la casse, et, avec des caractères en relief, composèrent les phrases qu'on leur dictait, expliquèrent plusieurs passages de Virgile, et résolurent plusieurs problèmes algébriques. On y vit, pour la première fois, un sourd et muetcommuniquer avec un aveugle. Une phrase, composée par le premier, fut récitée à haute voix par le second : celui-ci, à son tour, dicta par signes au sourd et muet une phrase que ce sourd et muet écrivit.

En 1790, cet établi>semeiit était situe rue Xotre-Dame-des-Victoires ; en l'an ix (1801) il fut réuni à l'ho-pice des Quinze- Vingts, rue de Charenton : enfin, par ordonnance du 8 février 1815, il fut séparé de cet hôpital, et fixé rue Saint-Victor, dans les bâtiments de l'ancien collège des Bons-Eofan's, ou séminaire Saint-Firmin.

Bureau académique d'Ecriture, situé rue Goquillière. Un établissement de cette nature existait déjà; il était composé d'una commamauté d'écrivains-jurés, experts, vérificateurs; sous Louis XVI on lui donna une nouvelle consistance Des lettres patentes, du 23 janvier 1779, organisèrent cet établissement, et le composèrent ds vingt-quatre membres, vingt-quatre agrégés'et vingt-quatre associés, écrivains et graveurs. On y tenait des séances, ou y formait des élèves, et même il s'y trouvait une pension.

Ce bureau est aujourd'hui représenté par la Société académique d'écriture.

Halles et iîklAucuÉs. Je ne parle ici que de ceux qui furent établis pendant le règne de Louis XVI.

"Marché BbauyeaU; situé entre les rues du Faubourg-Saint-Antoine et de Ghareiiton. On v arrive de la crémière de

ces rues par celle de Le Noir, et de la seconde par celle d'Aligre. Il fut construit, en 1779, sur les dessins de l'architecte appelé Le Noir le Romain, Au centre est une fontaine. Le nom de Beauveau lui vient de celui de la dame de Beauveau-Craon, abbesse de Saint-Antoine.

Ce marché vaste et commode est le seul de ce faubourg.

Marché de Boulâinvilliers, situé entre les rues du Bac, au n» 13, et de Beaune, aun» 4. Il fut établi à la demande du sieur Boulâinvilliers, en vertu de lettres patentes de novembre 1780, enregistrées le 16 janvier 1781, sur l'emplacement de l'hôtel qui servait de logement à la première compagnie des mousquetaires de la garde du roi. Cet hôtel occupait auparavant l'emplacement delà halle du Préaux-Clercs, ou halle Barbier.

Marché Sainte-Catherine, situé sur l'emplacement du couvent des chanoines de Ste-Catherine-du-Val-des-Ecoliers (1).

Le 20 août 1783, le sieur d'Ormesson, contrôleur général des finances, en posa la première pierre. On y arrive par les rues Caron et d'Ormesson.

La Halle au Poisson en détail, située au carreau de la Halle, fut construite, en 1786, sur l'emplacement de l'ancienne hallo aux Blés.

La Halle a la Marée était établie aux Halles, en face du pilori. Des lettres patentes du 21 août, enregistrées le 3 septembre 1784, portent qu'elle sera transférée sur l'emplacement de la Cour des Miracles, près des Petits-Carreaux ; elle fut construite sur les dessins du sieur Dumas. Les marchandes de marée refusèrent de l'occuper; pendant la révolution, on y construisit des forges.

Halle aux Cuirs, située rue Mauconseil, no 34, et rue Française, n» 5 : elle était auparavant située rue de la Lingerie. En 1784, elle fut transférée sur l'emplacement de l'ancien hôtel de Bourgogne et du théâtre des Italiens. Cet établissement a entraîné le commerce des cuirs dans ce quartier.

Halle aux Draps et Toiles, située entre les rues de la Poterie et de la Petite- Friperie. Elle fut construite, en 1786, sur les dessins de MM. Legrand et Molinos, et sur l'emplacement d'une ancienne halle aux draps. Cette halle en forme deux :

(1) Voyez tome II.

l'une destinée au commerce des draps, et l'autre à celui des toiles. Elles ont ensemble quatre cents pieds de longueur, et sont éclairées par cinquante croisées.

Un escalier à double rampe se présent?, É à la principale entrée de cet édifice : cette entrée est placée au milieu de sa longueur; et une rue percée en face facilite sa communication avec les rues de S:unt-Honoré et des Bourdonnais. L'intérieur est remar quable par sa distribution commode et par un caractère de simplicité qui lui convient.

Marché des Innocents, situé sur lan cien cimetière des Innocents, entre la rue aux Fèvres ou aux Fers, et la rue de la Ferronnerie. Il s'étend depuis la rue Saint- Denis jusqu'au marché aux Poirées et la rue de la Lingerie.

La population, toujours croissante, faisait sentir l'insuffisance des marchés existants, et le besoin d'un emplacement nouveau; d'autre part, le cimetière des Innocents, voisin de ces marchés, parut propre à leur agrandissement.

Dans son origine, ce cimetière était placé hors des murs de Paris; par l'effet de l'extension de cette ville, il se trouva au centre de sa partie septentrionale; et, depuis plus de huit siècles, on y enterrait des morts. Dans les derniers temps, ce cimetière était le réceptacle des cadavres de la population de vingt-deux paroisses. Les vapeurs qui s'en exhalaient ne pouvaient qu'être funestes à la santé des vivants. Les habitants des quartiers voisins en 1724, en 1723, en 1737, portèrent des plaintes contre l'existence de ce cimetière et contre ses exhalaisons dangereuses. En 1746 et 1755, les réclamations recommencèrent. Le parlement avait déjà chargé des chimistes d'eu faire leur rapport, En 1780, le lieutenant de police fit faire une nouvelle enquête par les sieurs Cadef de Vaux et Fontane, physiciens, qui convainquirent que ce cimetière était le plus méphitique de Paris (1). Il fut résolu qu'il serait converti en marché.

(1) Au mois de juillet 1780, un habitant de la rue de la Lingerie, dont la maison était coutiguë au cimetière des Innocents , descendant dans sa cave, fut frappé d'une odeui si insupportable qu'il ne put y pénétrer. Des personnes plus courageuses, après avoii pris diverses précautions, y entrèrent, et reconnurent que le mur ayant cédé à l'effort des terres, des cadavres corrompus s'é-

sous LOUIS XVI

Ce cimetière, dont j'ai donné la des- ;ription, était bordé, des quatre cotés, par ine galerie couverte, sombre, humide, Deupiée d'écrivains et de marchandes de nodes, garniede tombeaux et d'épitaphes.

3ans l'intérieur s'élevaient quelques momments dont j'ai parlé; et, vers l'angle orme par la rue Saint-Denis et la rue lUx Fers, était l'église paroissiale des Iniocents. La démolition de ces monuments 't édifices fut décidée.

On commença ces travaux en 1786; lO démolit, puis on enleva assez profonlément les ossements et la terre du cimeière, qui furent transportés pendant pluieurs mois dans les carrières du sud de *aris, et surtout dans la carrière située u-dessous de la maison dite de la Tombesoire (I)

Ce transport, exécuté pendant la nuit t dans les chaleurs de l'été, causa des iialadies aux habitants des rues par où 3s voitures passaient.

Toutes les constructions hideuses et les aonuments anciens qui pouvaient intéesser les. curieux ou les familles disparu- 2nt devant un établissement d'utilité pulique. Le sol fut renouvelé, exhaussé fc pavé. Au centre de la place s'éleva ne fontaine magnifique dont je vais arler.

Vers l'an 1813, on a construi-t autour e ce marché des galeries en bois, où les larchands en détail sont abrités.

Le matin, souvent avant le jour, on end en gros, dans ce marché, les fruits, js légumes et les herbages que dans la )urnée on revend en détail.

FoMAiNE DU Marché des Lnnocents.

. l'angle formé par la rencontre des rues ux Fers et de Saint -Denis, était une

lient éboulés dans cette cave, La police éfeudit aux journaux de parler de cet ébousmeul. Des médecins y furent envoyés.

() ) Un soir, pendant qu'à la lueur des ambeaux on chargeait une voiture de terre : d'cssements, on vit une tête de mort s'aiter, faire quelî^ues bonds. A cette vue, les beveux se dressent sur la tête des intrépi- |es fossoyeurs; ils reculent d'effroi. On va [liercher un prêtre pour faire cesser, par ■es exorcismes, ce miracle sinistre. Bientôt ■es éclats de rire succédèrent à l'épouvante, )rsqu'on vit sortir de cette tête un gros rat oi s'y, était logé sans doute pour y vivre ax dépens de la cervelle du défunt. *

fontaine dont la décoration se divisait ea trois parties, chacune composée d'une arcade, accompagnée depilastrescorinthiens et de figures en bas-relief. Cette ordonnance était surmontée par un attique et un fronton. Deux de ces parties, adossées à un bâtiment, avaient leur façade sur la rue aux Fers, et la troisièm.e sur la rue Saint-Denis. Cette construction angulaire, exécutée en 1551, fut, comme je l'ai dit, quant à farchitecture, l'ouvrage de Pierre Lescot, abbé de Clagni, et quant aux sculptures, celui du célèbre Jean Goujon.

On voulait conserver ce monument précieux de la sculpture du seizième siècle : un ingénieur, appelé Six, proposa d'ériger une fontaine au centre du marché des Innocents, et de l'orner de l'architecture et des bas-reliefs dont était enrichiel'ancienne fontaine. Sa proposition fut adoptée.

Toutes les parties qui formaient la belle décoration de cette fontaine furent démolies, transportées et mises en place avec les précautions et les soins que méritait un des chefs-d'œuvre de la renaissance des arts. Suivant le plan nouveau, il fallait composer une fontaine monumentale, isolée; et les deux faces de la décoration de la fontaine ancienne étaient insuffisantes pour orner les quatre faces de la nouvelle. Il fallait suppléer à cette insuffisance par de nouveaux pilastres, de nouveaux bas-reliefs ; et surtout aux cinq figures de Naïades exécutées avec tant de grâce par Jean Goujon, il fallait ajouter trois autres Naïades dans le même style, Voici comment on a opéré.

Les pierres des deux faces anciennes furent empîo^'ées à la construction des quatre faces : en leur adjoignant alternativement des pierres nouvelles, on donna aux unes et aux autres une teinte générale, qui fît disparaître la différence de leur couleur. Par cet amalgame d'assises de pierres, et parla teinte commune qu'elles reçurent, l'ensemble du monument fut en accord parfait avec ses parties; et son architecture conserva son caractère primitif.

Les trois Naïades et les autres bas-reliefs ajoutés sont l'ouvrage du sieur Pajou, qui parvint à imiter son modèle, et même à le surpasser sous le rapport de la correction, mais les attitudes gracieuses et naïves qui caractérisent le ciseau de Jean Goujon pouvaient-elles être exacte»

ment reproduite

P On n'imite jamais les

Voici la description de cette fontaine.

Au centre de la place, au point le plus exhaussé du sol, est, au-dessus de trois gradins, un vaste bassin carré. Du milieu de ce bassin s'élève un soubassement de même forme, aux angles duquel sont placées quatre figures de lions en plomb, moulées à Rome sur les lions de la fontaine de Termini. Sur les faces de ce soubassement sont, en saillies, quatre bassins en plomb, de forme élégante, où Tiennent se verser par cascades les eaux supérieures.

C'est au-dessus de ce soubassement que s'élève la partie élégante et riche en sculpture. Une construction quadrangulaire est percée sur chaque face par une arcade dont les côtés sont ornés de pilastres corinthiens, cannelés. Entre ces pilastres est une figure de Naïade en grande proportion. L'entablement, richement décoré, est surmonté par un attique orné de basreliefs, par un fronton et par une coupole couverte de dalles de cuivre, en forme d'écaillés de poisson.

A travers les quatre arcades, sur un piédestal élégant, on voit une vasque, du milieu de laquelle jaillit une gerbe d'eau, qui s'y élève et qui tombe ; puis, de la vasque, l'eau sje jette en nappe dans le réservoir, et du réservoir retombe de même dans les quatre bassins en plomb placés en saillies sur les faces du monument.

Ensuite, versée par ces chutes abondantes, lancée par les quatre lions placés aux angles, l'eau remplit le grand bassin carré, et va se répandre au dehors par quatre masques qui sont au-dessous des bassins de plomb.

L'exécution de cette fontaine, commencée en 1788, a été confiée aux talents du sieur Poyet, alors architecte de la ville, et à ceux de MM. Legrand et Molinos, architectes des monuments publics. Des trois nouvelles Naïades qu'ajouta le sieur Pajou, deux sont sur la face méridionale et une sur la face occidentale. Les sieurs L'Huillier, Mézières et Daujon ont exécuté les ornements et bas-reliefs qui restaient à faire.

Sous Louis y Vï, comme sous les rois ses prédécesseurs, les magistrats de Paris faisaient volontiers construire de magnifiques fontaines, sans se mettre en peine de ]eur procurer de l'eau. Celle-ci, pendant

vingt-quatre ans, resta aride et inanimée. Il faut pourtant en excepter deux bornesfontaines placées au bas du monument, qui fournissaient et fournissent encore de l'eau de la pompe de Notre-Dame.

En l'an 1812, la construction de l'égon* de la rue Saint-Denis et celle de la conduite provenant de la galerie de Saint- Laurent, fournissant des eaux du canal de rOurcq, amenèrent jusqu'à la place da marché des Innocents des eaux abondantes qui alimentèrent la fontaine de ce marché, lui donnèrent la vie, et produisirent les jets et les cascades dont je viens de parler.

Sur l'ancienne fontaine étaient quelques inscriptions : au-dessus des cinq Naïades sculptées par Jean Goujon, on lisait celleci sur un tableau en marbre noir : FoX- TiuM Nymphis, Aux Nymphes des/ontaines. On l'a conservée.

En 1 689, on y fit graver ce distique d( Santeul. i

Qtios dura e«rnis simulatoa tnarmore flucltUf \ Hujus nymphi lo:i Crididit esse suos.

« Les eaux que tu vois ici représentée « avec du marbre, imitent si bien la na « ture, que la nymphe de ce lieu s'y es « trompée, et les a prises pour celles d' « sa source. »

Les architectes qui ont exécuté la trans lation et l'érection de la fontaine actuelle avaient supprimé cette inscription, don la pensée prouve que Santeul connaissai mieux la poésie que les arts d'imitalion Il loue ce qui est le moins louable dans c monument, les flots d'eau sculptés, et n dit rien de ce qui mérite le plus les éloges de ces figures de Naïades, objet de l'ad miration de tous les connaisseurs.

Dans le bureau de la préfecture de Pa ris, on jugea tout autrement : entrain par le noble désir de rétablir tout ce qu avait existé autrefois, on fit, sans discerne ment, au mois de juillet 1819, replace celte inscription (1).

Fontaine de la Croix du Trahoir située à l'angle occidental formé par le

(1) Dans l'ardeur de cette prétendue res tauration, on commit, en grosses lettres d'oi une faute grammaticale assez grave : W lieu de quos.^ on mit quas. Cette faute mont mentale a subsisté pendant quelques moiB Elle a été relevée par les journaux ; alûfl on l'a fait disparaît!» ,

?«€s de l'Arbre-Sec et de Saint-Honoré.

Dans les années 177o et ^76, elle fut reconstruite sur les dessins du sieur Soufflot. J'en ai parlé ailleurs. Elle fournit de l'eau de la pompe Notre-Dame.

Fontaine des Petits-Pères, située place des Petits-Pères. Elle est isolée et présente une pile de maçonnerie fort simple. Cette construction éprouva, en 1774, yn événement qu'on ne doit pas omettre; elle s'enfonça subitement de la profondeur de treize pouces. La ville adopta le projet de relever sa masse entière par le moyen des machines. Ce tour de force coûta de grands travaux et des sommes plus considérables qu'il n'en eût fallu pour l'abattre et la reconstruire suivant les procédés ordinaires.

Cette fontaine est alimentée par les eaux de la pompe de Chaiilot.

FoNTAiNESMARCHANDES. On commcnça, en 1774, à construire ces espèces de fontaines dont l'objet était de procurer aux Parisiens une eau plus salubre et plus limpide, et de préserver les porteurs d'eau des dangers qu'ils couraient en allant puiser l'eau dans la Seine. Les premiers établissements de ce genre eurent lieu sur h rive droite de cetre rivière, et notamment sur le quai de l'Ecole. Les entrepreneur percevaient une légère contribution sur les porteurs d'eau. Là les tonneaux, portés sur des charrettes, étaient facilement remplis. Le fisc vint en 1773, comme à l'ordinaire, porter sa main avide sur cet établissement qui prospérait. Il accrut considérablement le prix de cette contribution; ce qui excita des clameurs. Enfin les prix. furent réglés d'une manière plus convenable, et les fontaines se multiplièrent dans la suite, surtout depuis l'existence des pompes a feu, dont je parlerai bientôt.

Eaux de Paris. Les concessions étaient toujours renouvelées; les machines hydrauliques, et surtout celles du Pont-Notre- Dame, tombaient de vétusté, ou ne donnaient que de faibles produits; les fontaines publiques restaient stériles. Cette pénurie, toujours croissante, réveilla l'attention des magistratsdela ville. En 1762, le sieur Desparcieux avait proposé de conduire a Paris l'eau de la petite rivière de l'Yvette, ainsi que je l'ai dit (règne de Louis XV): on abandonna ce projet; puis il fut reproduit sans obtenir plus de succès.

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En 1769,1e chevalier d'Auxiron proposa l'établissement des pompes à feu, à l'instar de celles d'Angleterre. En 1771, les sieurs Vachette et" Langlois mirent en avant un projet de pompes à manèges établies siir des bateaux. La ville restait indécise sur ces projets nouveaux et sur les anciens que l'on reproduisait.

Cependant le besoin d'eau se faisant sentir plus impérieusement, on proposa divers autres moyens. En 1776, le sieur Capron s'offrait, par l'effet d'une nouvelle machine hydraulique, à élever une masse considérable d'eau de la Seine : la conduite des eaux de l'Yvette fut de nouveau mise en avant. D'autre part, les sieurs Perrier frères renouvelèrent la proposition d'établir des pompes à feu.

Le bureau de la ville, pressé par le besoin d'eau, retenu par les grandes dépenses que nécessitait chacun'^de ces divers projets, ne décidait rien, lorsque les sieurs Perrier parvinrent à le tirer d'embarras.

Ils lui demandèrent l'autorisation de publier un prospectus, dans lequel ils se soumettaient à fournir de l'eiu dans les maisons de chaque quartier de Paris moyennant une somme designée, que les propriétaires ne paieraient que lorsque la machine en actis'ité leur amènerait de l'eau. Ce prospectus fut accueilli.

Après plusieurs oppositions, comme en éprouvent ordinairement les nouveautés les plus utiles, les sieurs Perrier, en 1778, formèrent une compagnie de capitalistes; et, autorisés par des'' lettres patentes de l'année prccédente, ils commencèrent les travaux de leur étabhssement, dont voici la description.

Pompe a feu de Ca aillot, située au bas du village de ce nom, sur le qu li de Billy, no 4. Un bâtiment solide fut construit sur c* quai. Un canal d'un mètre de largeur, pratiqué sous le chemin de Versailles, reçoit l'eau au milieu du cours de la Seine, et conduit sous cette maison, dans un puisard, une quantité suffisante deau de cette rivière : cette eau s'élève du puisard par deux pompes aspirantes et foulantes, detinées à se suppléer au besoin. Ces pompes sont mises en mouvement par la vapeur qui s'échappe des chaudières construites sur des fourneaux de grande dimension.

Une de ces pompes élève l'eau, au-dessus du niveau moyen de la Seine, à la hauteur de cent dix pieds, et la verse dans

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quatre réservoirs placés sur la partie émiiiente du coteau de Chailiot; réservoirs où l'eau se clarifie, et dont chacun contient neuf mille muids. Un tuyau de fonte de fer, d'un pied de diamètre, part de ces réservoirs, passe sous la rue du Faubourg- Saint-Honoré, se prolonge le long du boulevard jusqu'à la porte Saint-Antoine; se divise en plusieurs branches qui suivent la direction des rues principales, puis se subdivisent en moindres branches qui aboutissent aux maisons qui sont abon- Dées. Ces canaux s'étendent jusqu'aux extrémités du faubourg Saint-Antoine,

Une des deux pompes élève, dans l'espace de vingt-quatre heures, deux cent dix-neuf pouces d'eau, équivalant à quinze mille sept cent soixante-huit muids, ou quatre mille trois cent quarante-deux hectolitres.

Le 8 août 178 1 , on fit, en présence du lieutenant de pohce, le premier essai de ia pompe à feu : le succès fut complet; et, au mois de juillet 4782, les eaux de cette pompe furent pour la première fois conduites à la fontaine publique située à la porte Saint-Honoré; puis de semblables fontaines s'établirent à la Chaussée-d'Antin, à la porte Saint-Denis, ainsi qu'à l'entrée de la rue du Temple.

Cette machine, la première qui ait paru en France, a, depuis son établissement, et notamment en 1805, été considérablement perfectionnée. La quantité de combustible nécessaire à FébuUition des chaudières a diminué de plus d'un tiers.

Pompe a feu du Gros-Caillou, située sur la rive gauche de la Seine, sur le quai des Invalides, au bout de la rue de la Pompe.

Les sieurs Perrier, après avoir établi au bas de Chailiot leur machine hydrauhque destinée à fournir de l'eau à la partie septentrionale de Paris, firent établir une seconde pompe à feu sur la rive gauche de cette rivière, pour alimenter les fontaines de la partie méridionale de cette ville. La première pierre en fut posée le 24 juillet 'i786 par le prévôt des marchands et les échevins de Paris; et l'on donna à cette cérémonie puérile un éclat que n'avait pas eu la fondation du premier établissemeiit.

Comme le sol du côté du Gros-Caillou ne présentait point d'éminence pour placer les réservoirs, on fut obligé, dans la construction du bâtiment destiné à celte

machine hydraulique, d'ajouter une tour carrée, haute de prèsdij soixante-dix pieds, pour y placer le réservoir des eaux élevées par cette machine.

Cette pompe, qui alimente plusieurs fontaines publiques et particulières de la partie sud de Paris, produit en vingtquatre heures soixante-dix pouces d'eau, équivalant à cinq mille quarante muids, ou mille trois cents kilolitres.

Un troisième bâtiment destiné à une pompe à feu fut construit sur la même rive de la Seine, près de la barrière de la Gare. Il présente une tour carrée qui, comme celle du Gros-Caillou, est fort élevée. Ce bâtiment, d'un beau caractère, n'a jamais eu de pompe en activité.

La compagnie des eaux fournissait gratuitement toutes les eaux nécessaires contre les incendies : à cet effet, elle avait établi, dans les rues où passent ses principales conduites, des robinets multipliés.

Les actions émises par cette compagnie devinrent, en 1785 et 1786, un objet de spéculation pour les agioteurs, et le sujet d'une discussion très vive, où se signalèrent, au premier rang, deux célèbres antagonistes, Mirabeau et Beaumarchais.

Toute la classe financière prit intérêt à cette querelle.

Cette vive polémique provenait de l'impuissance évidente où se trouvait cette compagnie de remplir ses engagements envers ses actionnaires. La plupart d'entre eux, par une manœuvre d'agiotage, avaient fait passer dans le trésor royal, en échange d'autres valeurs, plus des quatre cinquièmes de la totalité des actions des eaux; de sorte qu'à la fin de 1788 le gouvernement se trouva seul propriétaire des pompes à feu et de tous les établissements qui en dépendent. Depuis cette époque, les pompes à feu furent administrées comme une propriété publique.

Autres projets sur les eaux de Paris. Pendant que la pompe à feu s'établissait, il parut quelques autres projets tendant à une plus ample fourniture d'eau à Paris.

En 1782, le sieur Lefer de La Nouère reproduisit encore le projet du sieur Desparcieux : il demanda l'autorisation de construire un acqueduc pour amener à Paris les eaux de l'Yvette, et offrit de déposer entre les mains du trésorier de la ville une somme de deux cent cinquante mille livres, qui, disait-il^ suffirait pour

sous LOUIS XVI

conduire dans Paris cinq cents pouces d'eau de cette rivière.

Les partisans de ce projet furent appuyés puissamment par les antagonistes de la compagnie des pompes, qui éprouva du discrédit.

En <788, l'aqueduc de l'Yvette fut entrepris; mais de nombreuses réclamations qui s'élevèrent de la part des propriétaires des terrains sur lesquels passait ou devait passer cet aqueduc, les querelles qui survinrent entre les entrepreneurs et la compagnie des pompes à feu, et enfin les mouvements de la révolution, en arrêtèrent l'exécution.

En 1783, le sieur BruUée mit aussi son projet en avant. Il établissait un canal de navigation, canal qui serait alimenté par les eaux de la rivière de Beuvronne (1), et qui devait en outre fournir assez d'eau pour entretenir quelques fontaines dans Paris. Ce projet fut reproduit en 1790 : une loi du 30 janvier -1791 en autorisa lexécution. qui fut suspendue par l'effet des circonstances.

Les sieurs Vachette frères proposèrent, en 1797, de fournir une nouvelle distribution d'eau à Paris, et d'alimenter quatorze fontaines nouvelles par le moyen d'une machine hydraulique qu'ils construiraient sur h Seine : ce projet fut rejeté.

Les sieurs Solage et Bossu, auxquels le sieur Brullée avait cédé ses droits, reproduisirent le projet de ce dernier, qu'ils avaient modifie et fort étendu. Au lieu de la rivière de Beuvronne. c'était celle de rOurcq, dont ils proposaient de faire dériver une partie, et offraient de procurer à Paris deux mille pouces ou quarantequatre mille muids d'eau par vingt-quatre heures. Ce projet, repoussé comnie impraticable, fut, quelques années après, adopté et mis à exécution, comme je le dirai dans la suite.

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