DULAURE I
i HISTOIRE
fondé en juin i790. Il contenait, comme les précédents, des membres en opposition plus ou moins prononcée contre la société des Jacobins.
Le Cercle social, dont les séances se sont tenues au cirque du Palais-Royal, avait pour objet d'instruire, de discuter et de rechercher la vérité ; les membres se j qualifiaient de francs frères; quelques-uns rédigeaient un journal intitulé la Bouche de Fer.
Il s'établit dans presque toutes les sections de Paris des clubs, dont les plus fameux étaient ceux des Cordeliers, de la Bibliothèque, des Mathurins, du faubourg de Saint-Antoine Ce dernier se composait de plus de huit cents membres.
Rotonde ou Portique du Temple, édifice bâti, en {781, dans l'ancien enclos du Temple, et sur les dessins de Perrard de Montreuil. Cet édifice n'est ni un hôtel lii un monument public; sa construction a eu pour motif une spéculation financière.
Ce bâtiment isolé a, dans sa longueur, trente-sept toises , et dans sa largeur environ dix-huit. Il se termine à ses deux extrémités par une forme circulaire. Au centre est une cour, longue de vingttrois toises et large de six. Quarantequatre arcades, soutenues par des colonnes toscanes, forment au rez-de-chaussée une galerie couverte, bordée de boutiques et d'entresols, à l'instar des galeries du Palais-Royal. Au-dessus des arcades s'élèvent deux étages, et un troisième étage de mansardes.
Cet édifice, peuplé de marchands, de limonadiers, etc., malgré sa forme ob longue et arrondie à ses extrémités, est recommandable par son élégance.
Loteries. Quoique fort anciennes, puisqu'elles existaient du temps des Romains, elles n'en sont pas plus respectables. Elles offrent un piège tendu à l'avarice, à l'avidité inexpérimentées. C'est, a-t-on dit, un impôt mis sur les mauvaises têtes ; c'est-à-dire que les gouveroements qui établissent des loteries séduisent et dépouilent les hommes faibles et faciles à tromper.
li y eut à Paris, dès le quinzième siècle, des loteries, sous les noms de blanque et de tontine (1). Louis XIV mit les loteries
(1) Un Italien appelé Tonft, venu à Paris pcnv faire sa fortune aux dépens de celle des autres, donna ce nom aiix loteries.
à la mode, en gratifiant ses courtisanes rte divers lots précieux qui ne coûtaient aucune mise de leur part : ce roi s'en servait, aux dépens du trésor public, pour distribuer ses libéralités. Les loteries cf« toutes espèces furent nombreuses sous ce règne. La cupidité, la galanterie, la dévotion, en usèrent de plusieurs manières (4).
Sous Louis XV, lorsque des couvents, des églises manquaient d'argent pour leurs besoins ou pour des constructions, le gouvernement les autorisait à établir une loterie. Le publir-, dupé par l'espoir du gain, payait les frais désirés.
Louis XVI, par son édit du 30 juin 1776, supprima toutes les loteries, excepté celle des Enfants trouvés, delà Pitié et la loterie royale de France.
Dans l'organisation de la loterie de France, les combinaisons sont telles, que les chances de la fortune tournent toujours en faveur de l'administration, et sont funestes aux imbéciles qui viennent y porter leur argent. On peut en juger par ses déplorables résultats; par ces familles réduites à la misère, pour devenir riches; par ces personnes qui se privent du plus strict nécessaire, pour jouir pendant quelques jours d'un espoir qui s'évanouit chaque fois qu'il renaît (2).
Le 16 novembre 1794, la Convention supprima les loteries comme immorales.
Sous le gouvernement du Directoire, le 30 septembre 1797, la loterie de France fut rétablie. Elle reçut une extension considérable sous celui de Bonaparte. L'ad-
(1) Voyez Uistoir» des Tontines, Loteries, et Blcnqiies royales, dans les Antiquités de Paris, par Sauvai, t. III, p. 58 et fuiv.
(2) On [raconte qu'en 1777 la duchesse d'Anville, passionnée pour la loterie, rêva qu'un fou était seul propre à deviner les numéros qui devaient sortir au prochain tirage. Elle va à Bicêtre, demande un fou avec qui elle puisse causer sans danger. Le fou arrive; elle lui expose l'objet de sa démarche. Celui-ci prend une plume, écrit les numéros, les présente à la duchesse : Apprenézles par cœur, lui dit-il *, puis il divise le papier en trois parties, roule chacune d'elles, les avale, et ajoute : Madame, allez les prendre; le tirage se fait demain; je vous réponds que ces numéros sortiront, qu'ils vont feront un terne; mais je ne réponds p«i que ce soit un terne sec.
sous LOUIS XVI
miuistration était située rue Neave-des- Pefits-Champs, n*' 42. La salle où se faisait le tirage fut construite en -1788. C'était un spectacle intéressant pour l'observateur, que l'aUératioa de la physiononaie des assistants à chaque numéro sortant.
Les bâtiments du tirage de la loterie sont maintenant abattus.
Maisons de jeu. Henri IV et Louis XIV avaient donné l'exemple du jeu : leurs successeurs les imitèrent. Le lieutenant de police de Sartines autorisa, en 1775
Odelio, rue Neuve-des-Petits-Champs ;
Latour, rue Feydeau :
Bouilleron. à l'Àrche-Marion;
Boyer et Rémi, rue de Richelieu.
Ces hommes, presque tous valets de grands 'seigneurs, avaient pour chef un nommé Gombaud, caissier général.
Ces repaires privilégiés en firent naître d'autres qui ne l'étaient pas. On en trouvait chez une dame de Selle, rue Montmartre; chez une dame Champeirou, rue de Clérv : chez une dame de La Sarre,
maisons de jeu, et leur donna une consis- : place des Victoires; chez la dame de Fon-
tenille, cour de l'Arsenal, etc., etc. Les joueurs qualifiaient dignement ces mai-
tauce qu'elles n'avaient jam.ais eue. Pour diminuer l'odieux de cet établissement et de son autorisation, le sieur de Sartines ordonna que les produits qui en résulteraient seraient employés à des œuvres de bienfaisance, à la fondation de quelques hôpitaux. C'était promettre des aumônes à ceux dont on préparait la ruine.
Depuis l'établissement d'un nouveau jeu de hasard appelé la belle, on compta dans Paris douze maisons de jeu, lit-on dans les Mémaires secrets. Des femmes eurent la permission de donner à jouer deux jours de la semaine. Les banquiers donnèrent chaque jour six louis à chaque maîtresse, et se chargèrent de tousles frais. On leur accorda un troisième jour ; mais les six louis de ce jour furent entièrement :^ar la police.
On vit àQ& baronnes, des marquises ruinées, solliciter l'avantage de posséder un de ces tripots, qu'elles faisaient exploiter
sons en les nommant l'enfer.
Ces jeux furent des sources de malheurs et de crimes. Prohibés £n 1778, ils trouvèrent un refuge à la cour, où il s'établit des banquiers et des nions, et dans les hôtels privilégiés des ambassadeurs, où la police ne pouvait exercer son ministère. Bientôt les jeux de hasard furent de nouveau rétablis ; et celui qu'on nomme le binbi fut en grande faveur.
En 1781, ces jeux, qui avaient ruiné plusieurs familles, causé àes suicides et des banqueroutes, et ébranlé le commerce, furent, en février, dénoncésau parlement, qui manda à sa barre le lieutenant de police. De beaux discours furent prononcés ; et commeplusieurs personnes du plus haut rang tenaient elieè-mêmes des jeux, le parlement décida qu'il convoquerait les pairs. Il en résulta, le 20 février de cette
par des subalternes qui partageaient avec \ année, un arrêt réglementaire, sur lequel elles le prix de cette turpitude. Voici les ! le roi, se réservant de statuer, rendit, le
noms des directeurs, et les quartiers de ces renaires :
Du four, rue Neuve-des-Mathurins ;
Amyot et Fontaine, rue de Richelieu ;
Deschamps, faubourg Saint-Germain;
Noîiet, rue de Richelieu;
Ândrieux, au Pont-aux-Ghoux ;
Chavigni, rue Montmartre;
Delsène, rue Plàtrière (i);
Pierrv% rue deCléry ;
Barbarpux, rue des Petits-Pères ;
Herbert, au ca'fé de la Régence ;
David et Dufresnoy ;
(1) On racoBte que M. de Vau^reuil, impatienté de voir le très riche et très élégant
' 1er mars, une déclaration. Cet arrêt sé-
j vère contre les banquiers des jeux les me-
! naçait du carcan et du fouet.
Les maisons de jeux privilégiées con-
I tinuèrent avec sécurité ; celles qui ne l'étaient pas continuèrent aussi, mais éprouvèrent des disgrâces. Plusieurs lettres de cachet furent le châtiment des infractions aux règlements. On vit des per sonnes très éminentes convaincues de tenir ces tripots. Parmi leurs noms on remarque celui de Genlis.
La cfontagion gagna jusque dans les sociétés établies au" Palais-Royal, sous les titres de club ou de salon : ce qui fit niître une ordonnance de police de mars
Deîsène soutenir bon un coup qui ne rétait ! 1785, qui interdit les jeux dans ces so-
pas, lui dit : J'ai vu un temps où vous étiez plus accommodant. (Il avait été gon perruquier.)
CJetes.
En 1785, de nouveaux désordres dans les maisons de jeu qui n'étaient que toîé-
i HISTOIRE
rées nécessitèrent de nouvelles mesures prohibitives.
Ces tripots, repaires de filous et d'escrocs, produisirent à la police, pendant les six derniers mois de l'an 1785. 47,761 1.
Pendant l'année entière de 1786 103,961
En 1787 103,385
Pendant la révolution, les maisons de jeu furent fréquemment poursuivies ; mais ces repaires d'escrocs et de dupes, malgré les lois et la vigilance de la police, se recomposaient toujours. Jamais les gouvernements de la révolution ne se sont souillés par l'autorisation de ces infâmes établissements.
Il serait curieux de fouiller dans les greffes des cours criminelles. On y verrait que la plupart des crimes qui ont voué tant de malheureux à l'ignominie et à l'échafaud ont leur source dans la passion du jeu, et dans l'existence de ces maisons infâmes où l'on peut la satisfaire. Elles retentissent encore à mon .oreille et à mon cœur ces paroles prononcées parle nommé Warrin, condamné à mort, en 1815, pour avoir assassiné, dans le passage du Panorama, un chapelier, sou compatriote et son ami : « Pourquoi tous les jeunes gens « qui ont le goût du jeu ne peuvent-ils « me voir dans l'affreuse position cù je « suis ? mon exemple, en les épouvantant, « les corrigerait peut-être. »
Un quatrain, publié en l'an 1822 , donne le portrait bien fidèle des maisons de jeu :
Il est trois portes à cet antre :
L'espoir, l'infamie et la mort.
C'est par la première qu'on entre.
Et par les deux autres qu'on sort.
Voici quelques détails sur l'état présent des jeux de hasard.
Il existait, en 1818, neuf maisons de jeu à Paris.
Quatre au Palais-Royal: au n** 154, sont un trente et un et une roulette; au no 1 29, un trente et un et une roulette ; au no 113 (1), deux roulettes, un passe-dix
(1) A la tournure, à la mise de la presque totalité des joueurs qui remplissent ce tripot, on ne croirait jamais qu'ils eussent encore quelque chose à perdre. Un trait suffira pour prouver dans quelles vues il a été ouvert. Pendant longtemps, le samedi, jour où les
et un biribi; au no 9, un trente et un, deux roulettes et un creps ;
Au Grand-Salon, un trente et un et un creps ;
A Frascati, un trente et un, une roulette et un creps;
Rue Marivaux, une roulette;
Rue du Temple, près des boulevards, une roulette ;
Rue Dauphine, un trente et un et une roulette.
Cette administration corruptrice, organisée comme une administration utile, se composait devingt-huit tailleurs de trente et un, de vingt-huit croupiers, de quatrevingts tailleurs de biribi et de creps ; de douze inspecteurs, de dix suppléants, de six chefs de parties dans les grandes maisons; de trois chefs de parties pour les roulettes, de vingt inspecteurs secrets, d'un inspecteur général, et de cent trente garçons de salle. On y trouvait des rafraîchissements ; et au grand-salon, il se donnait deux dîners par semaine.
Le privilège de ces jeux a été affermé par le gouvernement, en 1818, pour six années, à raison de sept millions par an, et de plus un million de pot-de-viu. Ou évalue les produits de ces jeux à environ neuf millions de francs chaque année, le total des frais peut s'élever à un million et demi.
On parle de rétablir la morale, et l'on autorise, l'on maintient les sources les plus fécondes de l'immoralité: on fait pis, on en retire un lucre honteux.
MoNT-DE-PiÉTÉ, situé ruo des Blancs- Manteaux, no 18, et rue deParadis, u^ 7, organisé à l'instar des monts-de-piété d'Italie. Le gouvernement consentit à l'établissement de celui-ci ; il fut fondé en 1777. Le but de cet établissement est le prêt sur gage, à un intérêt modéré. On donne à l'emprunteur les deux tiers de l'estimation des objets qu'il met en gage, et pour les matières d'or et d'argent, les quatre cinquièmes de la valeur de leur poids.
Un décret du 8 thermidor an viii (27 juillet 1800) ordonne que l'emprunteur, s'il n'est pas connu, produise un répon-
ouvrîers reçoivent le salaire de la semaine, il y avait au n" 113 une table de plus, pour que ces pauvres victimes fussent expédiées plus promptement. Quelle humaine pcévoyauce!
sous LO
dant pour les prêts au-dessus de 24 francs.
L'hôtel du Mont-de-Piété est très vaste. En 1781, on commença à construire une très grande partie- du bâtiment. En 1786, ces t'ravaux furent terminés. En cette année, on y comptait plus de quarante mille montres, et tous les autres gages en proportion. Quinze millions environ y étaient en circulation.
Vingt-quatre commissionnaires, dontles bureaux sont situés dans divers quartiers de Paris, servent d'auxiliaires à l'administration. Cet établissement a de plus, dans cette ville, deux succursales: l'une rue Vivienno, no ^ 8 ; l'autre rue des Petits-Augustins, n^ 20.
Bureau des Nourrices, situé rae Sainte-Apolline, n» 18. L'origine de cet établissement utile est peu connue. Il existait, au treizième siècle, sous le nom de recommanderesses, si l'on en juge par une rue qui, à la fin de C2 même siècle, portait ce nom, et faisait partie de celle de la Vannerie.
On sait qu'en 1783 le lieutenant de police Le Noir s'y rendit pour décerner un prix à la meilleure nourric3. Cette cérémonie se fit avec solennité. Le prix consistait en une médaille d'or portant l effigie delà reine, et sur le revers ces mots: A la bonne nourrice; et en un gobelet d'argent sur lequel l'historique de ce prix était gravé.
C'est dans ce bureau que des nourrices se rendent, et que des pères et mères en vont chercher pour leurs enfants. Les membres de ce bureau veillent sur ces j femmes de campagne, et répondent, autant ; qu'il leur est possible, de leur santé et de ! leur vigilance. j
Maison de Santé, aujourd'hui Maison ' DE Retraite, située sur la roule d'Or- | léans, au-delà de la barrière d'Enfer, au \ Petit-Montrouge. Les religieux de la Charité obtinrent, au mois de mars 1 78 1 , par des lettres patentes enregistrées au parlement le 31 juillet -1782, l'autorisation d'acquérir un local au Petit-Montrouge, et d'y faire construire une maison de santé en faveur des militaires et des ecclésiastiques. Le roi, par ces mêmes lettres^ donne 10/>00 livres de rente pour la construction et l'entretien de cet établissement. L'assemblée du clergé avait déjà accordé pour cet objet la somme de 100,000 livres.Cette maison devait contenir douze lits : six pour les militaires, et autant pour les ec-
uîs xrt 5
cîésiastiques. Les bâtiments furent élevés sur les dessins du sieur Antoine.
Cet établissement changea de destination pendant la révolution; aujourd'hui, au lieu de douze lits, il en contient cent. J'en parlerai par la suite dans le tableau des hôpitaux civils de Paris.
Hôpital Necker, situé rue de Sèvres, no 3, au-delà du boulevard. Il fut fondé par la dame Necker, en 4770. J'en parlerai par la suite dans le tableau des hôpitaux civils.
Spectacles.
Théâtre-Français ou YOdéou. Pen* dant que les comédiens de ce théâtre jouaient provisoirement dans la salle des machines du château des Tuileries, on faisait plusieurs projets pour leur construire une salle nouvelle.
On pensa d'abord à élever cet édifice près du lieu qu'il occupe aujourd'hui : ce projet était celui du sieur de Wailly. Le sieur Liégeon, architecte, en avait un autre : il proposait de le bâtir au carrefour Bussy. Ce dernier projet fut fort appuyé. Les comédiens ne voulaient pas de nouveau théâtre, et cabalaieat pour obtenir la restauration de l'ancien. Le corps municipal de Paris voulait que le théâtre fut élevé sur l'emplacement de Ihôtel de Condé. Il acheta cet emplacement (1), et chargea son architecte, le sieur Moreau, de fournir des plans : les constructions furent commencées ; mais, bientôt après, on les suspendit. Tous C2s projets, qui se détruisaient les uns les autres, avaient été successivement, pendant les années 1769, 1770, 1771, 4772, 1773, autorisés par lettres patentes du roi, enregistrées au parlement.
Les travaux commencés par l'architecte Moreau avaient déjà coûté cent mille écus, somme dépensée inutilement ; le sieur Tur-
(1) L'emplacement de l'hôtel de Condé faisait partie d'an ancien clos Bruneau, dont j'ai parlé, tome l*r. Armand de Corbie fit bâtir une maison de plaisance sur ce clos Bruneau, qu'on nomma séjour de Corbie. Jérôme de Gondi, duc de Retz, maréchal de France, l'acheta en 1610. Cet hôtel, agrandi, embelli, fut, en 1612, acquis par Henri de Bourbon, prince de Condé. Son tils, le prince de Condé, l'habita avant d'aller occuper le Palais-Bourbon.
got, appelé récemment au ministère, fit, en 1774, suspendre les travaux, et sembla favoriser le projet moins dispendieux de Liégeon. L'édifice du théâtre, suivant le projet de Moreau, devait être placé à peu près vers le milieu delà rue de l'Odéon.
Après plusieurs hésitations, et surtout après beaucoup d'intrigues, on adopta, en < 778, le projet du sieur de Wailiy. Sur l'emplacement de l'hôtel de Condé, que le roi venait de retirer de la ville, pour le donner à Monsieur, et loin des fondations déjà faites, furent jetées celles du nouveau théâtre; il fut rapproché du palais du Luxembourg, afin que ce prince, qui se proposait d'habiter ce palais, et qui s'était chargé des frais de construction, e\lt la facilité de s'y rendre par le moyen d'une galerie souterraine.
Les travaux de ce bâtiment furent commencés en 1 779, et terminés en mars \ 782, par les sieurs de Wailiy et Peyre l'aîné. Ce théâtre fut ouvert au public, en cette année, jusqu'à la quinzaine de Pâques, et prit le titre de Théàlre-PVançais, titre auquel ont succédé quelques autres.
La salle présentait dix-neuf cent treize places. Aucune de celles de Paris n'en contenait autant; aucun théâtre de cette ville n'avait les formes mâles et nobles qui caractérisent celui-ci, aucun n'avait eu encore son isolement, la régularité de ses rues aboutissantes, et n'était placé dans un quartier bâti exprès pour lui.
On trouva beaucoup de défauts dans l'intérieur de cette salle; il en existait quelques-uns; on les répara par la suite. Elle fut la première éclairée par les lampes appelées quinquets (1784).
Cet édifice, comme toutes choses, éprouva l'instabilité de la fortune. Il porta d'abord le titre de Théâtre-Français; puis, en 1790, celui de Théâtre de la Nation,
11 existait parmi les acteurs des dissensions occasionnées par la différence des opinions politiques; elles éclatèrent. Quelques comédiens furent emprisonnés; mais ce ne fut pas le plus fâcheux événement qu'éprouva ce théâtre. En 4793, de nouvelles querelles s'étant élevées entre les acteurs, trois d'entre eux se séparèrent é^e 3a troupe ; l'aulorlté fit fermer le théâtre et emprisonner quelques acteurs. Les comédiens erraient de théâtre en théâtre:
•^iTalma, Grandménil et Dugazon s'installèrent au Palais-Royal sur ïe théâtre des Variétés. Les acteurs qui restèrent au
DE TARIS
faubourg Saint-Germain prirent le titre de Théâtre de la Nation.
Le 18 mars 1799, ce dernier théâtre fat détruit par un nouvel incendie. Alors les comédiens du Théâtre-Français jouèrent sur le Théâtre du Pa'ais-Royal, qu'on nommait Théâtre des Variétés.
Ce théâtre fut en 1807 entièrement réparé sur les dessins du sieur Chalgrin, architecte, et concédé au sénat conservateur. Le sieur Chalgrin, en restaurant cet édifice, y fit plusieurs changements : il surmonta le fronton de la façade par un attique, et du côté de la rue de Vaugirard, il prolongea le théâtre en ajoutant un rang d'arcades à l'édifice.
Par le zèle et l'activité de M. Picard, les comédiens prospéraient sur le théâtre du faubourg Saint-Germain, lorsqu'il reçut le nom grecd'Odéon, queportait un théâtre d'Athènes. Tout semblait promettre de la stabilité à cet établissemept ; un événement imprévu fit évanouir les plus flatteuses espérances. Ce fut l'incendie du 18 mars 1799, qui ne laissa que les quatre murailles à cet édifice.
Sous l'empire de Napoléon, ce théâtre joignit au titre d'Odéon celui de Théâtre de l'Impératrice. On y jouait des comédies et desopéra-buffa. M. Picard, auteur dramatique distingué, et que ses admirateurs ont nommé le Molière de notre temps, parce qu'il a peint les ridicules et les vices de ses contemporains, en était le directeur, et y jouait ses propres pièces.
Le théâtre de l'Odéon, exposé aux événements politiques, quitta en 1814 son titre de Théâtre de l'Impératrice, et devint le second Théâtre-Français, Il fut occupé par une troupe d'acteurs qui jouaient des comédies, des tragédies anciennes et nouvelles.
J'ai dit que le vendredi 20 mars 1818, un incendie très violent détruisit, pour la seconde fois, ce théâtre. Tout l'intérieur et la toiture devinrent en peu d'heures la proie des flammes. Le 20 août suivant, sous la direction du sieur Baraguey, architecte de la Chambre des Pairs, on commença la restauration de ce théâtre, qui, le 1" octobre 1849, entièrement réparé, fut ouvert au public. ♦
Les parties extérieures, n'ayant éprouvé aucun dommage, sont restées dans leur état précédent ; on a intérieurement ajouté quelques constructions propres à préserver cet édifice d'un nouvel incendie, ou
sous LOUIS XVI *
piutôt à diminuer les effets d'un pareil dé- i de colonnes doriques, accouplées au presastre. i mier rang, et isolées aux derniers; quatre
escaliers, agréablement disposés, abou-
L'intérieur de ce théâtre était disposé avec beaucoup d'intelligence ; sa décoration ne méritait pas le même éloge : on y a prodigué les dorures, et cette prodigalité, qni sent la barbarie, se faisait surtout remarquer dans la loge du roi.
Ce spectacle rivalisa avec celui delà Comédie-Française. Le jeune Delavigne y a fait admirer les prémices d'un talent qui, dans sa maturité, devait jeter le plus grand éclat. Ses tragédies des Vêjjr es siciliennes et du Paria ont entraîné presque tout Paris à l'Odéon.
Théâtre de la Comédie-Française, situé rue de Richelieu, no 6, attenant au bâtiment du Pabis-Royal.
L'édifice de ce théâtre, commencé en 4787, élevé sous la direction du sieur Louis, et sur l'emplacement du parterre d'Enèe(l), fut achevé dans l'espace de deux années, et ouvert au public le 13 mai. 4790. Il était destiné pour les comédiens des Variétés amusantes, qui y jouèrent jusqu'en 1799. L'incendie arrivé en cette année à la salle nommée depuis l'Odéon obligea les comédiens français à jouer sur le théâtre des Variétés, théâtre qu'ils firent considérablem.ent réparer par le sieur Moreau, et où ils jouèrent encore longtemps.
Alors les principaux acteurs. Talma, madame Vesîris, Grandmesnil et autres, se transportèrent sur le théâtre des Variétés et s'adjoignirent quelques acteurs de re théâtre, et notamment Michaud. Cet établissement, régénéré, reçut le nom de Théâtre de la République-, qu'il qjitta pour reprendre celui de Comédie-Française.
La façade principale de ce théâtre est sur la rue de Richelieu; elle est décorée de douze colonnes doriques; au-dessus de cette ordonnance en est une autre composée d'autant de pilastres corinthiens. Tout autour de cet édifice est une galerie couverte et non interrompu?.
Le plan du vestibule intérieur est de forme elliptique, entourée de trois rangs
(1) Ainsi nommé, parce qu'il étaitcontiga arme galerie du Palais -Royal, appelée galerie d' Ênée : cette galerie était décoré -3 ce peintures, dont les sujets étaient tirés de l'Enéide. On dit que le duc d'Orléans, régent, avait contribué à ces peintures.
tissent à ce vestibule dont le plafond, orné de sculptures, a trop peu d'élévation. La décoratioti de la salle de spectacle et celle du foyer n'ont rien de remarquable. L'avant-scène a trente-huit pieds d^ouverture ; le théâtre en a soixante-neuf de profondeur, et autant de largeur.
Opéra ou Académie royale de Musi- QU:^ Ilfut,pendantie règne de Loui> XVI, situé au Palais-royal, et puis sur le boulevard, près de la porte Saint-Martin.
Le 8 avril 1781, le théâtre de l'Opéra, contigu au Palais-Royal, devint, pour la seconde fois, la proie des Cammes. Le feu prit à la salle au moment où le spectacle finissait. On ne put parvenir à l'éteindre; il consuma tout. Les réservoirs manquaient d'eau; et, huit jours après, on voyait encore la fumée s'élever de ses ruines"^, desquelles on tira vingt et un cadavres défigurés.
On s'occupa aussitôt de la construction d'un nouveau théâtre; le sieur Le Noir, architecte, en fut chargé. On choisit, après plusieurs hésita' ions, un emplacement près de la porte Saint- Martin, où s'élevait autrefois le magasin de la ville. L'architecte s'engagea, par un dédit de vingtquatre mille francs, à coustruire ce théâtre assez tôt pour être ouvert ai public le 5 octobre suivant. Il fit travailler les ouvriers ujitet jour; et, dans l'espace de soixante-quinze jours, le théâtre fut construit et entièrement décoré.
LTn soubassement à refends, orné de huit cariatides, supporte une ordonnance de huit colonnes doriques, entre lesquelles sent les bustes de Quinault, Lulli, Rameau et Gluck; au-dessus est un vaste bas-relief exécuté par Roquet : telle esfc la décoration de la f;îçade.
Les acteurs de l'Opéra jouèrent sur ce théâtre jusqu'en 1793, époque où ils le quittèrent pour a. 1er établir leur spectacle dans u.;e nouvelle salle élevée dans !a rue de Richelieu, vis-à-vis la Bibliothèque royale, et dont je parlerai à cette époque.
Des bouffons italiens jouaient certains jours de h semaine à l'Opéra Leurs scènes n'amusaient qu'un très petit nombre de spectatmirs. Obéissant à u:î arrêt du conseil du 25 décembre 1779, es à des iettrei-patentesdu 31 mars 4780, ils s^ retirèrent.
8 «îSToir.E
Thêatbe des Italiens ou Opéra-Comique.Ilfut,pendantIerègnedeLouisXVl, situé d'abord sur l'ancien emplacement de 3'hôtel de Bourgogne, rue Mauconseil(l), emplacement occupé aujourd'hui par la halle aux cuirs, et puis sur le boulevard qu'on a nommé dés Italiens.
Les acteurs de ce théâtre étant mécontents de leur salle qui tombait en ruine, salle beaucoup trop longue et fort incommode au public, quoique richement ornée, il fut arrêté qu'un nouveau théâtre serait construit sur l'emplacement de l'hôtel de Choiseul, situé sur le boulevard. Les travaux commencés en mars 1781, sur les dessins du sieur Ileurtier, architecte, furent terminés en 1783, et l'ouverture de ce théâtre se fit le 28 avril par une pièce de circonstance intitulée Thalie à la nouvelle salle.
Cette salie avait des défauts dont on se plaignait beaucoup, des beautés dont on ne parla guère; mais la faute qui parut choquante aux personnes les moins passionnées résulta de l'amour-propre des comédiens qui, pour n'être point assimilés aux acteurs des boulevards, eu consentant à ce que leur théâtre fût placé sur cette promenade, exigèrent, dit-on, ^e quelques bâtiments les en séparassent, et que la façade fût tournée du côté de la ville. Les entrepreneurs des bâtiments qui forment la place et les rues adjacentes se sont prêtes d'autant plus volontiers à cette puérilité, que par cette disposition ces bâtiments acquéraient plus de valeur.
Ainsi, afin de satisfaire à la vanité des uns et à l'intérêt des autres, on a sacrifié un avantage pour ce théâtre, et un embellissement pour le quartier.
Ce théâtre, qui tourne le dos à la promenade, présente sa façade sur une place entourée de bâtiments. Ces bâtiments, élevés surle terrain del'hôtelde Ghoiseul, forment un nouveau quartier, composé d'une place, de quatre rues et d'une île de maisons, qu'on nomme vulgairement le pâté.
La façade, située devant un espace peu vaste, a de la majesté; son style mâle et sévère caractérise peu sa destination; elle offre six colonnes d'ordre ionique d'une
(1) Le théâtre de ThÔtel de Bourgogne est souvent inentionné dans cet ouvrao-e. [Voyez les volumes précédents.)
DE PARI3
grande proportion, faisant avant-corps; elle est d'ailleurs dépourvue de tout ornement caractéristique et conviendrait mieux à un temple qu'à une salle de spectacle.
En 1784, les nombreux défauts delà décoration intérieure disparurent, non par les soins du sieur Heurtier, mais par ceux du sieur de Wailly, qui y fit des changements heureux.
Les acteurs de ce théâtre y jouèrent jusqu'en 1797, époque où des réparations nécessaires les obligèrent à l'abandonner pour aller occuper celui de la rue Feydeau, qu'ils ont été forcés d'abandonner.
Les comédiens italiens, depuis qu'ils qualifiaient leur théâtre d' Opéra-Comique, s'étaient bornés à repiésenter de-> pièces chantantes; pour donner un nouvel attrait à leur spectacle, ils entreprirent de jouer des pièces parlantes; en 1779, ils commencèrent à mettre sur leur scène la jolie comédie des Deux Billets. Lors de l'incendie de l'Odéon, dont j'ai parlé plus haut, cette salle fut provisoirement occupée par les acteurs de ce théâtre (I).
Théâtre de Monsieur, nommi' plus tard Théâtre Feydeau, situé rue Feydeau, u° 19. Il fut construit pendant les années 1789, 1790, par les sieurs Legrand et Molinos, Il était destine à une troupe venue d'Itahe, qui, le 29 janvier 1789, arriva à Paris sous la protection de Monsieur, frère du roi, et débuta dans la salle de spectacle du château des Tuileries, par un opéra bouffon italien, intitulé le Vicende amorose. Cette troupe, qui avait l'espérance de jouir pendant trente ans de son privilège, fut désappointée par l'événement politique des b et 6 octobre 1789, qui obligea Louis XVI à occuper les Tuileries. Ces bouffons, forcés de déménager, après vingt-six jours d'inacti- \\i)y s'établirent à la foire Saint-Ge;main, dans la salle de Nicolet, en attendant la construction du théâtre qu'on leur destinait. Ce théâtre ayant été achevé à la fin de l'année 1790, ils y débutèrent, le 6 janvier 1791, par un opéra intitulé le Nozze di Dorina.
Cette salle fut bâtie, en peu de temps, dans un emplacement incommode; les architectes, gênés, ne purent déployer leur talent dans sa construction ; cependant, ils ont, autant qu'il leur était possible, tiré un bon parti du local.
La façade, quoique peu avantageuse-
sous LOUIS XVI
ment située, portait un caractère d'originalité qui ne la faisait ressembler à aucune autre. L'intérieur était décoré avec goût.
Les bouffons italiens, après la première vogue, se virent obligés de s'associer des comédiens français qui jouaient alternativement sur ce théâtre. Bientôt ces bouffons disparurent, et les comédiens italiens les renipkicèrent.
ÏHÉ.\TRE DBS VARIÉTÉS AMUSANTES,
situé sur le boulevard du Temple, au coin de la rue de Bondi. Le sieur l'Ecluse, fameux sur les théâtres forains, après avoir établi ses tréteaux à la foire, protégé par le lieutenant de police Lenoir, fît construire, en 1778, un théâtre sur le boulevard du Temple, à côté du Wauxhall de Torré. Cet acteur voulait faire revivre le genre populaire et l?s scènes de Vadé: il
Fontaine Ncîre-Pnrue.
jouait parfaitement les rôles de poissardes. Ce théâtre fut O-ivert en 1779, et, grâce à la protection du lieutenant de police, il devint bientôt le théâtre à la mode. C'est sur ce théâtre que Volange étala ses talents dans les rôles desJea'Hnots et des Pointus, etc. Jam.ais aucune pièce n'avait, à Paris, attiré un concours aussi durable que celle des Battus poÂent l'amende, farce pitoyable, que le talent de Volange faisait seul valoir. Cet acteur mécontent se retira (1).
(1) Cet acteur, mécontent des directeurs
I Les directeurs perdaient beaucoup par i l'éloignement de Volange, et celui-ci, hu-
■ des Variétés, qu'il enrichissait, prit le parti ] de débuter aux Italiens; il y joua les Trois \ Jumeaux vénitiens. Ce fut le 22 février 1780, j jour qui fit événement àParis: la foule était î si grande, que la vieux théâtre des Italiens, I la rue de Mauconseil et les rues ahoutissanj tes étaient remplis. Les curieux s'y trouvèrent si fortement comprimés, que plusieurs, sans s'en apercevoir, laissèrent dans ces rues leurs cannes, leurs chapeaux et des lambeaux de leurs habits.
HISTOIRE DE PABIS
milié de l'accueil féodal qu'il reçut parmi les Italiens, revint aux Variétés amusantes, et y reçut une augmentation de traitement : la foule l'y suivit.
Les scènes de ce théâtre excitèrent la jalousie du Théâtre-Français, qui, en 4785, en attaqua les directeurs par un mémoire ^auquei ceux-ci répondirent vi- Tement- Protégé par le duc de Chartres et par le lieutenant de police Lenoir, le spectacle des Variétés sortit de la classe des spectacles forains, et, prétendant à la dignité de second théâtre des Français, il vint s'établir dans le centre de la capitale, au Palais-Royal, où, en 1786, on lui fit construire une salle provisoire sur l'emplacement du parterre d'Enée en attendant l'achèvement d'une salle plus solide et plus convenable (1).
La construction de cette dernière salle, commencée en 1787, fut achevée en 1790, et prit, en 1 791 , le titre de Théâtre-Français de la rue de Richelieu. La troupe des Variétés y resta jusqu'en 1799, époque oii, comme je lai dit, les comédiens français, après l'incendie de leur théâtre du faubourg Saint-Germain, vinrent l'occuper; ils l'occupent encore.
Théâtre des grands Danseurs, on Théâtre de Nicolet, aujourd'hui Théa- * TRE de la Gaité, situé boulevard du Temple, nos gg et 70. J'ai parlé, sous le règne de Louis XV, de l'origine de ce théâtre; sous le règne suivant, les succès d'Audinot, son rival., déterminèrent Nicolet à ajouter un nouveau stimulant à son spectacle, et à faire venir d'Espagne, en 4775, des faiseurs de tours de force très extraordmaires, qui y ramenèrent la foule.
Nicolet, lorsqu'on 1777 le feu eut consumé toutes les constructions de la foire Saint-Ovide, fut le premier à offrir un exemple honorable : il donna une représentation au profit des incendiés; Audinot l'imita, et cette imitation fut suivie de plusieurs autres.
Ce théâtre se maintient sous le nom de théâtre de la Gaîté. On y joue des mélodrames, des pantomimes et des vaudevj^es.
Ambigu-Comique , ou théâtre d'Audinot, situé sur le boulevard du Temple, nos 74 et 76. Le directeur de ce théâtre,
(1) Voyez ^ ci- dessus, Théâtre de la Comédie-Française.
homme de beaucoup de talent et de goût pour le genre qu'il avait adopté, fut, eu 1776, repris de justice pour avoir, dans des actes, supposé de faux noms. Cette peine infamante ne l'empêcha point de conduire son spectacle, et il en fut paisible possesseur jusqu'en 1784. L'Opéra ayant obtenu un , arrêt du conseil qui lui accordait les privilèges de tous les petits théâtres, pour les exercer ou les faire exercer à leur gré, les sieurs Gaillard et d'Orfeuille se firent adjuger la direction des thi âlres des Variétés et de rAmbi.îu- Comique. Audinotne resta pas tranquille:
il s'éleva entre les théâtres forains une guerre, excitée et fom.entée par les administrateurs de l'Opéra , qui exerçaient un empire tyrannique sur les spectacles qui leur étaient subordonnés. Cette guerre dura pendant les années 1784 et 1785.
Audinot , contraint d'abandonner son théâtre, en dressa un nouveau au bois de Boulogne. Au mois d octobre de cette dernière année, grâce au changement du lieutenant de police, Audinot fut réintégré dans son théâtre, et s'y est maintenu.
On y joue Je même genre de pièces qu'au théâtre de la Gaîté.
Théâtre de Beaujolais, situé d'abord au Palais-Royal, puis sur le boulevard de Menil-Montant. Ce théâtre fut, le 23 octobre 1784, ouvert au pubhc pour la première fois. Il faut dire quelle espèce d'acteurs figurait d'abord sur ce théâtre : ils étaient de bois ; des mains invi^iMes les faisaient mouvoir, tandis que des acteurs vivants, cachés dans la coulisse, parlaient pour eux. On permit sans difficulté le spectacle de ces grandes marionnettes; mais les directeurs sortirent bientôt des bornes qui leur étaient prescrites; ils introduisirent des acteurs enfants de la hauteur de ces marionnettes, qui dialoguaient avec elles sur le théâtre. Bientôt les acteurs en nature remplacèrent totalement les acteurs de bois. Aux acteurs enfants s'en joignirent de plus grands, qui représentèrent des petites comédies et des opéras -comiques; mais ils se bornaient à la pantomime, tandis que de la coulisse d'autres acteurs parlaient et chantaient pour eux. Par la simultanéité des gestes de l'un et de la voix de l'autre, l'illusioa était complète. Cette licence fut réprimée, et il fut prescrit aux directeurs do n'employer qu'un seul acteur pour le
\^ sous LOUIS Wî
même rôle. Alors ce que ce spectacle avait de piquant et de singulier s'évanouit : il cessa d'attirer la foule.
En octobre ^790, le théâtre de Beaujolais futcédéà la demoiselle de Montansier, directrice du théâtre de Versailles dont je vais parler, et les directeurs de Beaujolais vinrent en établir un autre sur le boulevard.
Théâtre de la demoiselle de Mon- TANSIER, situé au Palais-Roval. à l'extré-
Théâtre des Mexus-Plaisirs, situ^ à l'Hôtel des !\Ienu3, construit pour les élèves du Conservatoire de l'Académie der Musique. Il fat, en 4781, après l'incendiede l'Opéra, disposé pour y faire jouer les' acteurs de' ce grand spectacle. Miis lascène n'étant pas assez vaste pour de si pompeuses représentations , le public y renonça (11.
Théâtre des Associés, situé sur le^ boulevard du Temple. Ce théâtre fut ou-
mité septentrionale delà galerie qui avoi-j vert en 1768, et les comédiensy chanté sine la rue de Montpensier. La demoiselle rent des couplets en l'honneur du siei
coup!
tesieur
de Montansier, directrice du théâtre de Lenoir, lieutenant de police, quiavait an-
Versailles lorsque LouisXVI vint, enocto bre 1789.habiterles Tuileries, déclara qu'à l'instar de l'Assemblée nationale elle était inséparable de sa majesté; en conséquence elle vint établir son théâtre à Paris, prit des renseignements avec les directeurs du théâtre de Beaujolais, leurfîtun procès qu'elle gagna, et occupa leur théâtre qu'elle fit
torisé leur établissement. Le sieur Beauvisage fut longtemps le directeur de cette troupe qui, au boulevard comme à la foire Saint-Germain, jouait des co^nédies, et surtout des tragédies où l'on riait. Le directeur lui-même, qv.i représentait le rôle d'Orosmane dans Zaïre, invitait , d'une voix enrouée, le public à venir à
réparer et agrandir. On y jouait avec suc- ; son spectacle par ces mots : Entrez, mesces l'opéra -comique et la comédie. Les I sieurs, prenez vos billets, on va commendirecteurs du Théâtre-Français et de l'O- cer i2). On jouait la parade sur des trépéra étaient alors sans force pour opposer j teaux à la porte de ce spectacle. Les co-
a un pareil établissement leurs privilèges discrédités (1).
Il se forma sous le règne de Louis XVI plusieurs petits spectacles destinés aux spectateurs de la classe inférieure voici la notice :
Les élèves pour la danse de l'O
médiens-français, si fiers, n'avaient pas une origine plus illustre.
Au sieur Beauvisage succéda, dans la
direction de ce théâtre, le sieur Salle qui,
en j au commencement de la révolution, chan-
I gea la dénomination de ce spectacle , efc
! au titre d'Associés substitua celui de
pér.\, théâtre situe sur le boulevard du j Théâtre patriotique du sieur Salle.
Temple. Le sieur Teissier spécula sur les élèves du Conservatoire de l'Académie de Musique, et leur fit, en 1777, construire un théâtre qui fut ouvert au public en octobre 1778. La salle était fort agréable: quatre-vingts élèves en étaient les acteurs. Ils débutèrent par une pantomime intitulée; La Jérusalem délivrée.
Le sieur Parisot fut ensuite le directeur de ce théâtre, qui néanmoins n'eut pas
Théâtre du Délassement comique,
situé boulevard du Temple, hôtel Foulon: autre spectacle que le sieur Valcour aurait fait prospérer, s'il eût eu autant de bonheur que de zèle. Directeur, acteur^et auteur, il soutint son petit spectacle pendant deux ans; mais un incendie détruisit son théâtre et ses espérances ; il fallut le rétablir. Les directeurs des théâtres voisins, ialouxde ses succès, le restreignirent à ne
plus de succès. Les entrepreneurs ne ! faire paraître à la fois sur la scène que
payaient ni leurs créanciersni les acteurs, Un ordre du roi prescrivit , en septembre 1780, la clôture de ce théâtre.
Ce théâtre se releva pendant la révolution, et lorsque celui des Variétés amusantes fut érigé en Théâtre-Français, il prit ce dernier'titre. Le 1 2 prairial an vi (31 mai 1798), la salle fut entièrement détruite par un incendie. On croit qu'une pluie de feu représentée dans une scène du FesUn de Pierre, fut la cause de l'embrasement de cette salle.
trois acteurs auxquels la parole était in-
(1) Le sieur Beauvisage jouait les tyrans. Un jour^ il remplissait dans le Joueur le rôle de Béverley ; et lorsque, tenant dans ses robustes mains le vase qui contenait le prétendu poison, il articulait ces mots : Nature, tu frémis ! le vase se brisa, et la liqueur se répandit sur la table. Sans se déconcerter, il la ramassa, la fit couler dans le creux de sa raaia et l'avala avec intrépidité. Cette présence d'esprit fut vivement applaudie.
terdite. Ils jouaient h pantomime à travers une gaze qui remplissait l'ouverture i.e la scène. La révolution vint ; les privilèges tombèrent, le voile de gaze fut dé- Dhiré, les acteurs recouvrèrent la parole ; mais elle ne rendit pas à ce théâtre les talents et le goût propres à le faire sortir de son infériorité.
Théâtre français Comique et Lyrique, situé boulevard Saint-Martin, rue de Bondi. C'était le même théâtre qu'avait occupé la troupe des Variétés amusantes, et que le directeur fit réparer et embellir. Ce spectacle ne doit pas être rangé dans la classe des deux derniers théâtres dont je viens de parler. Son genre était plus ro- Jevé ; il fut, pour la première fois, ouvert au public après la quinzaine de Pâques de l'an 4790. On y jouait des comédies et des opéras-comiques. Ce théâtre fut reconstruit sous une forme très gracieuse, par un architecte nommé Sobre, jeune homme plein de talents, que la mort a trop tôt enlevé. Cet édifice terminé reçut le titre deThéâlre des Jeunes- Artistes, et fut compris dans le nombre de ceux qui, au 8 août 1807, furent supprimes par Bonaparte.
OnmultipliaitsouslerègnedeLouisXVI, comme sous le précédent, les petits théâtres, afin d'étourdir le peuple sur sa misère, de l'occuper de frivolités pour qu'il ne s'occupât point de politique. Outre les théâtres dont j'ai parlé, et plusieurs autres que j'ai omis parce qu'ils n'eurent qu'une existence éphémère, il en existait qui ne servaient qu'à des acteurs bourgeois : tels furent le théâtre de la rue de Provence, Chaussée-d'Antin ; le théâtre des Boulevards-Neufs , le théâtre de l'Orme-Saint-Gervais, le théâtre de la rue de l'Echiquier, etc. Paris vit naître sous ce règne plusieurs autres spectacles ou lieux de plaisirs et de réunion ; en voici la notice :
Combat du Taureau, situé sur la route de Pantin, hors de la barrière de Saint- Martin. 11 s'ouvrit au public, pour la première fois, le 16 avril 1781 : ce spectacle était digne des bouchers ; la police affecta de le prohiber d'abord; elle le toléra ensuite. On y voyait des femmes d'un certain rang, à l'exemple des dames romaines, prendre plaisir à voir couler le sang, h voir le taureau mis à mort par la fureur des chiens.
Wauxiiall d'été, situé sur le boulevard du Temple, rue Sanson, n" 3. 11 fut construit, eu 1785, sur les dessins du
DE PAHIS ^f§
sieur Mellan. Le Wauxhall de Torré et le Colisée étaient détruits ; le Wauxhall d'hiver de la foire Saint-Germain ne servait que dans cette saison, ou était abandonna; le spectacle de Ruggieri et la Redoute chinoise étaient trop éloignés; on établit le Wauxhall d'été; et, le 7 juillet 1785, il fut ouvert au public. Un vaste salon de danse, un café, un jardin, des feux d'artifice, le tout disposé et décoré avec goût, étaient les principaux agréments do ce Wauxhall qui existe encore.
Wauxhall d'hiver ,«- nommé Panthéon, situé rue <ie Chartres. Il fut établi pour remplacer le Wauxhall de la foire Saint-Germain, destiné à servir de succursale à l'Opéra, et desalle pour ses bals. 11 .se composait d'une salle de Janse, d'un parterre et de deux rangs de loges. L'Opéra y donna des bals qui eurent peu de succès. Cette entreprise ne réussit pas. On loua le Wauxhall à une société dont j'ai parlé, qui prenait le titre de Club des étrangers, et y resta jusqu'en mars 1791.
Redoute chinoisi:, située à la foire Saint-Laurent, espèce de Wauxhall. Elle fut construite et décorée en 1781 par les sieurs Mellan et Mœnch, architectes et décorateurs, etôuverte au public le 28 juin de cette année. Un café souterrain , un restaurateur, des escarpolettes, un jeu de bague, une salle dedanse, un jardin, etc., composaient cet établissement de plaisir qui n'existait plus en 1789.
Cirque du Palais-Royal, dont je parlerai bientôt. C'était aussi un lieu de réunion où se donnaient des fêtes.