ARIS SOUS LA CONVENTION
Le 21 septembre '1792, s'ouvrit la session de l'Assemblée conventionnelle. Les factions qui, dans les premiers jours de ce mois, avaient suscité les massacres des prisonniers, factions composées d'étrangers et de nationaux corrompus, attaquèrent, à diverses reprises et par tous les moyens imaginables, la majorité de cette Assemblée. A force de renouveler leurs coups, ces factions réunies parvinrent, dans la journée du 2 juin 1793, à faire arrêter les membres les plus influents de cette majorité, à les faire décréter d'accusation et traduire au tribunal révo-
lutionnaire. Puis, le 3 octobre suivant, d'après le rapport d'Amar, elle décréta pareillement quarante-quatre autres dé-
(1) Du temps de François 1^^, on dînait à neuf heures du matin et Ton soupait à cinq heures du soir, suivant cette rime :
Lever acinq, dîner kneuf, Souper à cinq, coucber à neuf.
Fait vivre d'ans nouante et neuf.
Sous Louis XII, on dînait à huit heure? du matin ; mais, pour plaire à sa dernière femme, ce roi changea son régime et dîna à midi ; et, au lieu de se coucher à six heures du soir, il se couchait souvent à minuit. Ce régime nouveau ne fit pas fortune à la cour
sous LA CONVENTION
pûtes, et ordonna l'arrestation de soixauLe- 1 et de fonder onze, obligea plusieurs à se retirer, à se : cacher. Ainsi elie diminua la majorité de Qius de cent cinquante de ses membres : ti minorité devint la majorité.
Alors un des chefs de ces attentats, Robespierre, espérant en retirer tous les fruits, et ne trouvant plus d'obstacles à ses projets ambitieux, devint dictateur de fait, soumit tout à sa volonté, et régna par la terreur : la crainte accrut sa férocité naturelle. Pendant quatorze mois, il opprima cruellement les habitants de la France, et en fit périr un très grand nombre. A Paris seulement on abattait par jour trente, quarante ou soixante têtes. Enfin la journée du 9 thermidor an ii (27 juillet 1794) vit tomber ce tyran farouche et ses complices : la France fut atfranchied'un joug insupportable.
A la désolation générale, aux souffrances, aux alarmes succéda la joie la plus vive : les nombreuses prisons s'ouvrirent; l'instrument de mort s'arrêta.
La Convention, libre et tranquille, fut bientôt troublée par les manœuvres des factions étrangères. Elle sortit victorieuse des journées du \2 germinal, des 2 et 3 prairial et du 13 vendémiaire; elle donna une constitution à la Frauca ; et le 23 brumaire an IV, ou le 26 octobre 179o, elle termina sa session.
des établissements publics d'une haute importance (1).
Il faut être juste, et distinguer la Coqventioa enchaînée sous latvrannie de Ro-
n. Etablissements et Institutions de la Conrention nationale.
L'Assemblée conventionnelle, en guerre contre tous les Etats de l'Europe, en guerre contre des Français de quelques provinces de l'ouest, ayant h sein déchiré par les sourdes manœuvres des agents de l'étranger, au milieu de la tourmente dont une grande partie de ses membres et trop de Français furent victimes, ne laissa pas d'encourager les .sciences, les arts utiles, les arts "d'agrément,
de France : on continua, après la mort de ce roi, à dînera neuf ou dix heures du matin et à souper à cinq ou six heures du soir. Sous Henri IV, la cour dînait à onze heures du matin; sous Louis XIV, à la même teure. Ainsi aujourd'huion déjeune à l'heure à laquelle ou dînait autrefois, et Ton dîne à l'heure du souper.
(1) Le rapport fait, en l'an m , par la savant Fourcroy, au nom du comité de salut public, sur les arts qui ont servi à la défense de la république, me fournit les passages suivants :
« En neuf mois, douze millioas de livres « de salpêtre remplissent les magasins de la « république, tandis qu'avant la R.-volution, '< à peine chaque année voyait-elle un mil- " lion de sel sortir de quelques points de son '« sol,
" Un procédé propre à faire de la poudre « en quelques heures, avec des machines " simples qu'on trouve partout, est inventé, " exécuté presqu'en même temps.
.< n n'y avait dans toute la république " qu'une seule fabrique d'armes blanches, à " Klingensthal... Il s'est formé nn. grand '< nombre d'ateliers où l'on fabrique au- ■i jourd'hui la quantité d'armes nécessaire.
.< La France avait, jusque-là, été triba-
< taire des nations voisines pour la fabrica-
< tion de l'acier. L'Angleterre et l'AUemai« gne lui en fournissaient dans les temps •i ordinaires pour environ quatre millions ' par an. Plusieurs manufactures sont éîà- « vé35 dans des lieux où cet art était incon-
< nu. Les préjugés sur le charbon et les mi- « nés, que l'on croyait autrefois peu propreg
< à la préparation de l'acier, disparaissent. ■' On a perfectionné les procédés, en fai-
« sant par des machines les diverses pièces « de fusil.
" Le cuivre manquait en France ; le métal ' des cloches est devenu, par de nouveaux ' procédés chimiques, une immense mine de ' cuivre à exploiter, et plusieurs ateliers, I consacrés à ce travail, sont aujourd'hui 1 en pleine activité. Les ateUersoù Ton fond f le canon se sont multipliés : le cuivre tiré I des cloches sert à l'armement des vais- ■■ seaux. L'art de couler les canons de fer I fondu a fait étabhr un grand nombre d'\i- : sines et de fonderies.
«< Les pièces de canon, dont la lumière ; était évasée par le tir fréquent, étaient transportées à grands frais dans nos arsenaux. On inventa l'art de placer des grains de lumière dans les parcs d'artillerie et au milieu même de nos camps.
« La machine aérostatique est devenue on instrument de suerre.
bespierre de la Convention affranchie et rendue à elle-même. Il ne faut pas non plus parler des circonstances extrêmement périlleuses et irritantes où ses nombreux
« Le. télégraphe, nouveau courrier révo- « lutionnaire.
« Les lunettes achromatiques et l'art de « fabriquer le flintglass occupent aussi le co- " mité de salut public.
« La France tirait à grands frais du nord " de l'Europe les bois, les chanvres et le " goudron. A l'aide d'une nouvelle indus « trie, son sol offre presque toutes les res- « sources nécessaires à ce genre de trait vaux.
« Conseil des mines organisé.
u Etablissement à Meudon.
" Aux moyens de multiplier le salin et la u potasse par l'incinération des herbes, on " ajouta ceux de se procurer delà soude.
« Fabrication de savon.
« Fabrication de crayons de mine de « plomb.
« L'Ecole centrale , dite Polytechnique.
« L'Ecole normale.
« Trois Ecoles de Santé.
M La Commission d'Agriculture.
« Les poids et mesures.
« L'achat des chaussures de tous les ciu toyens de la république, en ne portant qu'à « deux paires de souliers la consommation H de chaque individu , forme une dépense « annuelle d'un milliard.
»( Nos armées en dépensent pour M 140,000,000. 11 faut, pour tous les ciu toyens delà république, quinze cent mille M peaux de bœuf, douze cent vingt mille « peaux de vache, dix millions de peaux de u veau. Pour nos armées, il faut cent « soixante-dix mille peaux de bœuf , cent « mille peaux de vache , un million de « peaux de veau.
" L'art du tannage était lent. Le sieur M Seguin découvrit un procédé par lequel, u en peu de jours, on peut tanner les peaux u les plus fortes, qui exigent ordinairement M des années de préparation. Unemanufacic ture de tannage fut établie à Sèvres par u le sieur Seguin, et autorisée par le gou- K vernement. »
Je n'ajouterai au récit du savant Fonrcroy que quelques nouveaux faits :
L'uniformité des poids et mesures. Depuis longtemps le besoin en était senti. Plusieurs capitules et ordonnances des rois avaient prescrit cette uniformité, sans pou-
ennemis l'avaient placée. Il faut la considérer au milieu des dangers les plus imminents, aux prises avec l'Europe entière, tirant de son propre fonds des ressources
voir l'exécuter ; la féodalité était l'obstacle insurmontable pour arriver- à ce bienfait. L'Assemblée conventionnelle, par un décret du 1er août 1793, ordonna cette uniformité, et, par son décret du 18 germinal an m (7 avril 1795), fixa l'époque où elle deviendrait obligatoire. C'est au savant Prieur (de la Côte-d'Or) qu'est dû cet immense travail.
La Convention créa les écoles primaires, secondaires et centrales, l'école des mines, elle agrandit, enrichit le Jardin des Plantes, le Muséum d'histoire naturelle, les bibliothèques, les musées et les jardins botaniques des départements.
Au milieu des désordres de l'anarchie, son comité d'instruction publique ne négligea rien pour conserver les dépôts sacrés des sciences et des arts, et souvent il fit violence au gouvernement pour en obtenir des lois protectrices. Un membre de ce comité, M. Grégoire, ancien évçque de Blois, indigné des dégradations et destructions que l'ignorance où la méchanceté exerçait dans les départements, fit plusieurs rapports pour en arrêter le cours, inventa le mot vandalisme pour qualifier ces destructions et les faire détester, et obtint des décrets qui rendaient les autorités constituées responsables de la conservation des dépôts littéraires et des monuments.
Ainsi, au milieu des dissensions civiles et d'une guerre contre presque toute l'Europe, le comité d'instruction publique protégeait, stimulait tous les arts de la paix, et favorisait les progrès des sciences, qui font la gloire la plus solide des empires.
La Convention, par son décret du 7 messidor an 111 (15 juillet 1795j^ institua, à l'Observatoire, le bureau des longitudes.
Par sa loi du 5 brumaire an vi (26 octobre 1795), la Convention organisa l'instruction publique, et fonda l'Institut de France.
La Convention supprima, par décret du 28 vendémiaire an ii (19 octobre 1793), toutes les loteries, excepté celle de France; par décret du 25 brumaire an ii (15 novembre 1793), cette assemblée supprima toutes les loteries, sans aucune exception.
Elle supprima les maisons de jeu, ainsi que le bureau secret de la poste aux lettres. Elle eut la justice, que n'ont pas eue les
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immenses et jusqu'alors inconnues. Il faut deconcourir à ces actes de bienfaisance,
enfin verser le blâme sur les individus Ce projet eut un commencement d'exécu-
qui l'ont mérité; car les crimes de quel- tion ; mais les sommes déposées étant dis-
ques-uns de ses membres n'ont déshonoré sipées par un ministre déprédateur, et la
qu'eux. La majorité de cette Assemblée a révolution avant engagé les citoyens dan?
détesté et puni ces crimes. Admirable d'autres inTérêts, il ne fut point suivi,
dans les moyens de défense qu'elle s'est Néanmoins, le projet de diviser l'Hôtel-
créés, elle fut toujours grande, coura- Dieu, et d'établir quatre hôpitaux à Paris
geuse, brillante de vertus civiques, et ne ne fut point oublié. La Convention, par parut jamais plus majestueuse que dans • son décret du 16 juillet 1793, ordonne à
les dangers. l'administration du département de Paris
Pendant qu'une partie de la Convention, ' de faire transférer sans délai, dans les dirigée par nos ennemis, démolissait les
maisons nat.onales qu'elle jugera le plus convenables, une partie des malades placés dans les hospices de Paris (2).
Par décret du 2o brumaire (\'6 novembre 1793), elle reunit à l'Hôtel-Dieu le palais archiépiscopal de Paris, et en attendant l'organisation générale des hôpi- 'lux.. elle autorisa la municipalité de Pans à disposer provisoirement des bâtiments de ce palais, afin que chaque malade fûtseul dans un lit, et que les lits fussent séparés l'un de l'autre par la distance de En l'année 1787, époque où le misera- trois pieds.
hommes et les choses, une autre partie, dirigée par l'amour des sciences, des arts et de la patrie, construisait, et faisait faire des progrès rapides aux connaissances humaines.
Au premier rang des actes utiles de cette Assemblée, on doit placer l'amélioration des hôpitaux de Paris.
Hôpitaux et Hospices.
ble état de ces asiles de la misère parut intolérable, on proposa de remplacer l'Hotel-Dieu par quatre hôpitaux qui seraient établis sur les dehors de Paris. Les auteurs du rapport qui fut fait alors sur ce projet en adoptèrent une grande partie (I). Les habitants de cette ville s'étaient empressés, par des dons et des souscriptions,
Un autre décret du 7 fructidor an il (21 septembre 1791) attribua a seize membres de la Convention la surveillance des hôpitaux et hospices.
Par le décret du 28 nivôse an m (17 janvier 1793), la Convention établit c-eux nouveaux hospices, l'un dans la maison Beaujon, l'autre dans les bâtiments neufs j de l'abbaye Saint-Antoine; ordonna que gouvernements passés et cens qui sont venus le premier de ces hospices contiendrait depuis, d'accorder aux accusés reconnus in- ' quatre-vingts lits, et le second cent
^ soixante; et l'hospice Saint-Jacques (hos-
jpiceCochin, qui ne contenait que qua-
îrante lits, serait porté à quatre-vingts (2).
I Alors, sans avoir besoin de construire
\ de nouveaux édifices, on trouva dans ceux
' qui existaient déjà et dans les maisons
religieuses, déclarées propriétés nationales,
des moyens suffisants pour remplir les
conditions du projet de 1787 (3). On per-
nocents des indemnités proportionnées au temps de leur détention.
Le21fr''maire an m '11 décembre 1794), elle décréia lacquisition de plusieurs maisons et terrains, pour accroître l'étendue du jardin du Muséum d'histoire naturelle. Dans les derniers temps de son existence, elle conclut l'acquisition de plusieurs propriétés pour opérer l'ouverture de la magnifique avenue qui met en communication l'édince de l'Observatoire avec le palais du Luxembourg ou de la Chambre des Pairs.
Voilà une partie du bien que fit la Conrentiou. J'en parle, parce qu'on a toujours iflfecté de le passer sous silence.
Quant au mal qu'elle fit, qu'elle fut forcée de faire, ou que ses ennemis firent en son nom, je n'en parle pas, il est assez connu : ce mal lui a été suffisamment reproché.
(Il Voyez art. Hôtel-Dieu.
! (1) Procès-verbaux de la Convention n<itio~ nale, tome LU, page 214.
(2) Procès-ierbaur de la Contention natiO' nale, tome LU, page 214.
1 (3) On eut, outre les hôpitaux placés dans le centre de Paris, quatre hôpitaux dans les faubourgs de cette ville : un dans le faubourg Saint-Antoine, un autre au faubourg de Sèvres, un troisième au faubourg
, Saint- Jacques, et un quatrième au faubourg du Roule.
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fectionna même ce projet en affectaiit certains hospices à des maladies spéciales, comme on le verra.
On améliora dans la suite les hôpitaux et hospices, et on les soumit à une administration générale dont je vais parler.
L'Administration générale des Hôpitaux ET Hospices civils, située parvis de Notre-Dame, en lace de l'Hôtel-Dieu, fut installée au mois de février 1801, sur un plan plus vaste que celui des administrations antécédentes qui avaient le même objet, plan conçu par M. Chaptal, ministre de l'intérieur. Elle fut composée d'un conseil général et d'une commission administrative. Tous les hospices el hôpitaux civils furent dans ses attributions, et on y réunit diverses institutions qui s'y rapportent.
Cette administration a la surveillance des archives de tous les hôpitaux de Paris, anciens et nouveaux, réunies dans le même lieu. Elle a s us sa dépendan:e le bureau central d'admission , établi dans ^ebâtim.ent destiné autrefois aux enfants trouvés, bâtiment situé sur le parvis de Notre-Dame.
Elle surveille aussi les écoles de charité et autres établissements dont je vais parler.
Pour donner une idée des travaux de cette administration et du nombre des malades admjs chaque année dans tous les hôpitaux civils, j'expose le tableau suivant :