DIRECTOIRE
dan, la seconde celui de d'Espercieux; elles étaient enduites comme celles qui décorent la façade du coté de la Seine,
Ces embellissements furent exécutés sous Napoléon, qui nomma cet édifice Palais du Corps-Législatif: il donna aux déput-^s un costume brillant de broderies en or, et leur ôta en même temps la faculté de parler.
En 1814, cet édifice reçut le nom de Palais de la Chambre des Députés, et le conserve encore.
Exposition publique des produits de l'industrie française. Ce fut sous ce gouvernement qu'on vit la première exposition publique des produits des manufactures et de l'industrie française. Elle eut lieu au Champ-de-Mars, à la fête de la fondation de la république, le 1'^ vendémiaire an VII (22 septembre 1798); elle dura jusqu'au 10 vendémiaire.
Le 28 germinal an ix (18 avril 1801), le ministre Chaptal écrivit aux préfets des départements, pour qu'ils déterminassent les manufacturiers et fabricants à porter à l'exposition des produits de leur industrie. Cette exposition eut lieu, pendant les jours complémentaires (à la fin de septembre), dans le Louvre.
Les gouvernements qui sont venus ensuite ont adopté cette institutioa. Eu 1802 et 180G, ces expositions se sont reproduites sur l'esplanade des Invalides et dans de longues suites de magasins ornés et construits en bois, dans les bâtiments de l'administration des ponts et chaussées, au petit hôtel de Bourbon et dans la cour du Louvre. A la fin d'août 1819, ou a vu une magnifique exposition des manufactures du département de la Seine et de toute la France dans les salles et galeries du premier étage du Louvre, en vertu d'une ordonnance du 13 juillet de ctte année, qui porte que pareille exposition sera faite en l'année 1821. Un jury fut institué à l'instar de celui qui, pour le même objet, existait en 1806, afin déjuger, d'après les produits, quels artistes ou manufacturiers méritaient des récompenses et des encouragements. L'exposition de 1823, dans les salles et galeries du Louvre, fut très remarquable.
Je me tais sur quelques autres institutions administratives: je parlerai d'un établissement fiscal et d'une secte religieuse qui prospéra sous le gouvernement directorial.
Octroi de bienfaisance. Le Directoire exécutif sentit la nécessité de pour- \oir aux besoins des hôpitaux de Paris, dont les biens étaient en grande partie vendus comme propriétés nationales ; il était à la veille de soutenir une guerre nouvelle contre une puissante coalition; il demanda une contribution pour l'entrei tien des hôpitaux et hospices et pour les , dépenses communales. Le Corps législatif, par une loi du 27 vendémiaire an vu, autorisa celte contribution indirecte. Les barrières de Paris furent réparées , et le ^er brumaire suivant (22 octobre <798} la perception commença. Elle était faible et peu onéreuse; elle devint, sous Bonaparte, aussi forte, aussi gênante qu'elle l'était sous l'ancien régime (1).
Les Théophilanthropes En l'an v (1796), on vit éclore une secte nouvelle, secte plus morale que religieuse, secte tolérante, qui s'interdisait toute atteinte contre les religions existantes et les respectait.
Dans ses réunions, toujours publiques, on prêchait les devoirs des hommes envers leurs semblables, les devoirs des enfants envers leurs parents, des pères envers leurs enfants; les devoirs réciproques des époux; et on faisait entendre des témoignages de reconnaissance pour l'Etre des êtres.
La première séance des théophilanthropes, ou amis de Dieu et des hommes, se tint, le 26 nivôse an v (15 janvier 1797), dans une maison de la rue Saint-Denis, au coin de celle des Lombards, maison qui scrvaità l'institution des aveugles.
La salle consacrée à ces réunions offrait sur ses murs et dans des tableaux écrits en gros caractères, des maximes relatives aux vertus sociales, à la bienfaisance, à la justice : maximes touchantes, principes de sociabilité, qui contenaient des règles de conduite pour tous les peuples, pour tous les temps, pour tous les âges.
(1) L'hectolitre de vin de toute espèce
(105 pintes) payait 5 fr. 50 c.
L'eau- de-vie ou esprit ,
l'hectolitre, 16 50
Bœuf, par tête, 15 »
L'avoine, l'hectolitre, » 25
Charbon de bois, par sac, » 25
Bois de chauffage, par stère
ou demi-voie, 1 „
Et les autres matières étaient imposées à ,
Voici quelles étaient ces inscriptions •
Nous croyons a l'existence de Dieu(r et a l'immortalité de l'âme.
Adorez Dieu, chérissez vos semblables, rendez-vous utiles a la patrie.
Le bien est tout ce qui tend a conserver V homme et a le perfectionner.
Le mal est tout ce qui tend à le détruire ou à le détériorer.
Enfants, honorez vos père et mère, obéissez-leur avec affection , soulagez leur vieillesse; pères et mères ^ instruisez vos enfants.
Femmes., voyez dans vos maris les chefs de vos maisons., et rendez-vous réciproquement heureux.
Un autel sur lequel était une corbeille de fleurs ou de fruits, symbole de la créalion et du développement végétal, était, avec ces maximes, les uniques objets offerts à la contemplation des assistants.
Un orateur, dans un costume simple, mais dont la forme s'écartait des vêtements communs, développait les avantages d'une vie régulière, des actions bienfaisantes et des actes de v(ytus.
Après le discours, on chantait des hymnes auxquels les assistants mêlaient leurs voix; la poésie et la musique étaient composées pour la solennité. Sur le visage de quelques assistants on voyait les signes de l'émotion et les larmes couler.
Voici quelques fragments de leurs hymnes :
Dans les sentiers de l'orgueil et du vice
Si nous avons la faiblesse d'errer.
Tu nous donnas au bord du précipice
L'n guide Mir, prompt à nous éclairer :
A la raison que le cœur obéisse,
El son flambeau ne pourra l'égarer.
Blâmons l'oTcur, mais plaignons le coupable ;
Le Ciel a seul le druil de le punir.
De la douceur'que l'éloquence aimable,
En instruisant, pardoime sans liair.
L'art d'être heureux et d'aimer son semblable ;
Ah ! quel devoir est plus doux k remplir!
La prière à Dieu ne doit être dédaignée par aucune religion ; en voici la dercière strophe :
0 toi ! qui du néant, ainsi qu'une étincelle. Fis jaillir dans les airs l'astre éclatant du jour. Fais plus.... verse en nos cœurs ta sagesse immortelle; Embiase-nous de ton amour.
Les théophilanthropes faisaient de nombreux prosélytes. Leur premier local ne
proportion. Dans la suite, cette perception s'est considérablement accrue.
sous LE
put rontenirla rouie quf s'y portât. Ils sollicitèrent la permission de tenir leurs séances dans quelques églises de Paris qui n'étaient point occu]ées, ou qui, l'étant, pouvaient leur servir sans nuire au cuUe catholique, en tenant leurs assemblées à des heures où ce culte n'était point célébré. Ils s'établirent successivement dans les temples de Saint- Jacques-du- Haut-Pas, de Saint-Sulpice, de Saint- Thomas-d'Aquin, de Saint-Etienne-du- Mont, de Saint-Médard, de Saint-Eustache, de Saint-Germain-l'Auxerrois , etc.
Aucune plainte ne s'éleva contre ces réunions, parce qu'elles n'attaquaient aucun intérêt, ne contrariaient aucune opinion. .
La théorhilanthropie, en faveur a Pans, s'étendit dans les départements, y fit des proL'rès. et franchit même les limites de la France: mais, pour se soutenir, pour subjusuer ies esprits du vulgaire, il lui fallait'produire de fortes émotions, il lui fallait di sDeclacle, des mystères et du merveilleux': elle était dépourvue de tous ces n oyens de déception. Elle parlait plus au cœur qu'à l'imagination, elle touchait plus qu'elle n'étonnait; elle suffisait aux sens raisonnables, et n'attachait pas assez le commun des hommes. Une persécution violente aurait pu lui donner de la force : mais, dénuée du fanatisme qui fait prospérer les sectes persécutées, elle céda à l'ascendant du pouvoir par défaut de protection et aux coups du ridicule.
Bonaparte, en s'emparantde l'autorité, vit avec inquiétude une réunion d'hommes qui suivaient un cours de morale, et qui, par son influence, pouvaient contrarier ses projets ambitieux. 11 relira d'abord aux théophilanthropes les faibles secours que leur accordait le gouvernement auquel il venait de succéder; il envoya, dans les lieux où ils s'assemblaient, des agents chargés d'y exciter du trouble, et d'y tourner'en dérision les choses et les paroles. Ce fut alors qu'on fit circuler, parmi la classe ignorante, ce misérable jeu de mots où l'on qualifiait les théophi- "ianthropes de filous en troupe.
Cette société morale, trouvant dans un souvernement nouveau que fortifiait le prestige de la gloire, au lieu d'appui, une opposition manifeste, n'étant soutenue que parla raison, dut succomber; mais sa chute ne fut pas sans éclat.
" Les théophilanthropes, qui jouissaient