I-e Château-d'Eau
bitants de l'Hôtel de Saint-Paul, alors sé-
(l)Ce ruisseau est certainement le même qui, dans un diplôme de Childebert I^r, est nommé Sarara. te roi, entre plusieurs dons qu'il fît à l'église de Saint-Vincent, lui cède tontes les pêcheries qui sont sur la Seine, depuis le pont de la Cité jusqu'au point où le ruisseau appelé Sarara se jette dnns cette rivière. Cum piscatoriis omnibus in ipso aheo Stquanœ sumentque initium a vonte Civitatis,
V DULAURE
jour ordinaire des ro:s de France. On le détourna en cette année, et on le dirigea à travers la culture Sainte-Cilherin", y^? la rue des Epouts et celle de Saint-Louis, à l'extrémité de laquelle on le retourna à l'ouest parallèlement aux murs del'enc!os du Temple. Arrivé à la porte de ce
et snrtiuntur finem tibi alraolus vinims SA- VARA prarcipilat ss in f'jimine. (Diplomiti chcrix de Bréqm'gny, tome t, pa?re 54.)
nom, il traversait le fossé delà ville par un canal en maçonnerie, et parvenait au ruisseau de Mesnilmontant; là, il recevait dans sa direction un autre égout qui venait de la rue Saint-Denis, suivait la rue du Ponceau et celle du Vertbois, jusqu'à son entrée dans le fossé.
Ces deux égouts étaient à découvert; on établissait de petits ponts nux endroits où le passage public l'exigeait ; et la rue du Ponceau doit son nom à un de ces ponts.
Les eaux du quartier des halles se rendaient au ruisseau de Mesnilmontant, en suivant la rue actuelle du Cadran. L'égout voûté de la rue Montmartre traversait les fossés de la ville sur un canal en bois, et se versait dans le ruisseau de Mesnilmontant, nommé alors le grand égout de la ville.
Les choses restèrent en cet état jusqu'en 1605: à cette époque, François Miron, prévôt de Paris, fît, à ses dépens, voûter l'égout du Ponceau, depuis la rue Saint-Denis jusqu'à la rue Saint-Martin ; ses successeurs n'apportèrent pas le même zèle pour la salubrité publique. Les égouts étaient encombrés d'immondices stagnantes, dont les exhalaisons faisaient craindre des maladies contagieuses. On en ordonna le nettoiement en 1610- Plusieurs projets, pour débarrasser Paris de ces cloaques putrides, furent présentés sous le règne de Louis XIII, et non exécutés; on se borna, en 1663, à les nettoyer. La longueur totale des égouts voûtés était de i,207 toises, et celle des égouts découverts de 4,121 toises.
Dans l'intervalle de 1663 à 1671, on s'occupa plus sérieusement que jamais de la salubrité de Paris; on fit voûter quelques égouts; le prévôt des marchands et les échevins furent chargés de faire, chaque année, une visite dans leur étendue totale. On construisit légout de l'Hôtel des Invalides, qui traverse l'esplanade et se jette dans la Seine,
En 1714, on répara l'égout de la Vieille rue du Temple; en 1718, on reconstruisit celui de la rue Saint-Louis; en 1722, les quartiers du Louvre, de Saint-Houoré, de la butte Saint-Roch, prenant de l'accroissement, on sentit la nécessité de reculer, de ce côté, les limites de la ville, et de les porter entre les rues d'Anjou, de la Ville-l'Evêqueet le faubourg Montmartre. On accordait des privilèges à ceux
qui voudraient y bàtir; mais le voisinage de 1 égout et ses exhnlaisons étaient un grand obstacle à l'établissement de nouvelles habitations. On ordonna, en cette même année, le creusement d'un grand Ugout entre le Calvaire et le Ponceau de Chaillot; mais cette ordonnance ne fut point alors exécutée : ce ne fut que dans les années 1737 et 1740 que les travaux du grand égout furent commencés et achevés ; il fut revêtu de murs et voûté.
En 1 754, on avait voûté la partie inférieure de l'égout Montmartre; en 1754,.
on exécuta celui de l'Ecole-Militaire, à travers le Champ-de-Mars, et ceux de la; rueSaint-Florentinetdela place LouisXV.
Ceux qui entourent le Palais-Royal da* lent du temps où fut construit cet édifice; ils se jettent dans l'égout de la place du Carrousel, reste des fossés de l'enceinte de Charles VI.
Maintenant, tous les égouts de l'intérieur de Paris, si l'on en excepte l'égout du Ponceau, qui est encore à découvert au faubourg Saint -Denis, sont, dans une longueur de 103 mètres, revêtus de maçonneries et voûtés.
Le grand égout commence Vieille rue du Temple ; depuis ce point, il entoure une grandeportion delà partie septentrionale de Paris, et se prolonge, en suivant l'extrémité des Champs Elysées, jusqu'au quai Debilly, au bas de Chaillot, où il se jette dans la Seine. Dans son cours, il reçoit un grand nombre d'égouts moins considerabïes dont je ne parlerai pas.
L'égout de Rivoli s'étend depuis le palais des Tuileriesjusqu'à la rueSaint-Flo-' rentin, en siàvant la direction de la rue de Rivoli. Ses travaux sont immenses et d'une grande sohdité ; ils ont été achevés en 1 807.
L'égout de la rue Saint- Denis, dont la voûte sert de base à l'aqueduc dit Galerie de Saint-Laurent, a été terminé
L'égout de la rue Montmartre, qui sert de base à la conduite des eaux du canal de rOurcq, a été terminé en 1812.
L'égout de la rue du Ca'dran a été terminé en 1813.
Les égouts de la partie méridionale de Paris, de" la Cité et de l'île Saint-Louis, sont moins considérables: je n'en parlerai pas; je me bornerai à donner la totalité de l'étendue en mètres de tous les égouts et de leurs embranchements :
sous NArOLEOiN
Dans la partie septentrionale
de Paris 21,020
Dans la partieméridionale . . i,70S
Iles de la Cité et Saint-Louis 282
Total -JmTÔ
Baùis.
Dans les temps même de barbarie, les bains étaient fort en usage à Paris : on les nommait étuves. Plusieurs rues et impasses de cette ville en ont porté ou conservé le nom : tels sont la rue des Vieille-- Etuves-Saiiit-Martin. qui s'est nommée aussi rue GeofTroy-des-Bains; la rue des Vieilles-Etuves-Sàint-Honoré, et la ruelle des Etuves, près la rue de la Huchette, qui porte aujourd'hui le nom de rue du Chatqui-Pêche; le cul-de-sac des Peintres, qui portait, au quatorzième siècle, le nom des Etuves; le cul-de-sac des Etuves, rue Marivaux: la ruelle dite Arche-Marion. qui portait autrefois le nom d'Etuves-aux-Femmes. Le défaut de linge rendait les bains nécessaires.
Chaque matin, au treizième siècle, des crieurs parcouraient les rues de Paris, pour avertir les habitants que les bains étaient préparés. C'est ce que prouve la pièce intitulée les Crieries de Paris.
Seignor, car yoos a'ez baingnier
El éliiver sans delaier ;
Li baingsoni cbaui, c'est sans mentir.
L'usage général était de se baigner avant le repas ; et, chaque fois qu'on donnait une fête ou qu'on se livrait à quelque partie de débauche, on commençait toujours par prendre des bains.
Les barbiers, au dix-septième siècle, étaient étuvistes, et on allait se baigner chez eux.
Aujourd'hui, il existe à Paris plusieurs établissements de ce genre ; voici les plus remarquables :
Bains Saint- Sauveur, où l'on entre par la rue Saint-Denis, construits sur l'emplacement de l'église de ce nom. Ces bains se distinguent de plusieurs autres par la propreté et la commode distribution des cabinets de bains.
Bains Chinois. Construction pittoresque et bizarre, faite pour attirer les yeux ; et les pratiques, exécutée d'après les'des- ' sins de M. Lenoir le Romain, et située sur le boulevard des Italiens: outre des bains commodes, on y trouve un restaurateur et un café.
Bains MontesqvÀeu,, situés dans la ruo de ce nom, près le Palais-Royal. Établissement nouveau dans une rue nouvelle :
façade imposante au dehors, luxe et commodité cians l'intérieur.
Bains Turcs, rue du Temple. Ils sont aussi très lecommandables par la propreté et l'agrément.
Bains de la rue Taranne, en face de celle du Dragon, tenus par M. Deruez, pharmacien, avec élégance et propreté.
Bains de la rue du Bac, au coin de celle de la Planche. Ils sont commodes, agréables et très fréquentés.
Bains de la rue Chantereine, n^ 30, dans l'emplacement duthéàtre Olympique.
Il en existe plusieurs autres dont je ne parlerai pas.
Paris souterrain.
Catacombes , dont la principale entrée est dans la cour du pavillon ouest de la barrière d'Enfer ou d'Orléans.
Avant de parler de cet ossuaire souterrain, il convient de donner quelques notions sur les causes de l'étendue des vastes excavations dont il occupe une partie.
Les pierres des anciens éditices de Paris furent anciennement tirées des carrières ouvertes sur les bords de la rivière de Bièvre, au faubourg Saint-Marcel, à l'emplacement des Chartreux et du Mont-Parnasse. Il paraît qu'au commencement du quatorzième siècle on entreprit d'exploiter les bancs calcaires des carrières situt^es so'js le faubouri:; Sainf-Jacques et sur les territoires de Mont- Souris et de Geutilly {\).
Ces exploitations, pendant plusieurs sièc'es, se firent sans surveillance, snns méthode , sans respecter les limites des propriétés, et au gré des entrepreneurs, qui fouillèrent fort avant dans la campagne, et même fort avant sous la ville. L'Observatoire, le Luxe-nbourg, l'Odeon, le Val-de-Gràce, le Panthéon, leglisedeSaint- Sulpice, les rues Saint-Jacques, de la Harpe, de Tournon, de Vaugirard, etc.,
(1 ) Ces notions sont extraites d'un procès-verbal siir la nature et l'origine des pierres qui ont servi à la construction de divers éditices de Paris: procès- verbal commencé le 11 juillet 1678 et terminé le 18 avril 1679, fait par ordre de Co.bert, et qne M. Héricart de Thury a publié dans sa Description des Catacombes, page 138,
fondés sur le vide de ces carrières immenses, sont, pour ainsi dire, suspendus sur des abîmes.
Le gouvernement, indifférent sur le désordre et les dangers de ces fouilles quil ne dirigeait ni ne surveillait, le fut aussi longtemps sur les accidents nombreux qu'elles occasionnaient, sur les éboulemenls, les affaissements de terrfiin, et sur les alarmes qu'ils répandirent. Des plaintes multipliées attirèrent enfin son attention. Ces accidents s'étaient surtout manifestés en 1774, et ce ne fut qu'à la fin de 1776 qu'on ordonna une visite générale, et la levée des plans de toutes les excavations. Cette visite procura la certitude, dit M. Héricart de Thury, « que les tem- « pies, les palais, et la plupart des voies « publiques des quartiers méridionaux de « Paris étaient près de s'abîmer dans des « gouffres immenses; que le périï était « d'autant plus redoutable, qu'il se prétt sentait sur tous les points (1). »
En 1777, fut créée une compagnie d ingénieurs, spécialement chargée de consolider toutes les excavations, ainsi qu'une administration générale des carrières. Le sieur Charles-Alexandre Guillaumot en fut nommé inspecteur général. Le jour même de son installation, une maison de la rue d'Enfer fut engloutie à 28 mètres au-dessous du sol de sa cour.
Depuis 1777, on n'a point suspendu les travaux souterrains qui continuent encore. On a vu de temps en temps quelques affaissements se manifester, et deux assez récemment : l'un à la porte occidentale du jardin du Luxembourg, et 1 autre dans la rue des Catacombes ; mais on a l'espoir que ces accidents deviendront très rares, et enfin cesseront entièrement.
Ce n'est point ici le lieu de décrire Timmensité des travaux opérés par l'administration des carrières; je dirai seulement <jue chaque galerie souterraine correspond à une rue de la surface du sol, et que les numéros des maisons ont en bas des numéros qui leur correspondent en haut ; de sorte que s'il arrive un éboulement, on sait aussitôt à quel endroit des carrières doit se faire la réparation.
C'est dans une partie de ces souterrains, qu'à l'exemple des ailles de Rome, deNaples, etc., on a établi des Catacombes ou
(1) Description des Catacombes de Parii, page l-i4.
ossuaires composés de tous les ossements du cimetière des Innocents et d'autres cimetières de Paris. Voici les causes de cet établissement :
Le cim.etière de l'église des Innocents servait à plus de vingt paroisses de Paris: depuis près de mille ans les générations venaient successivement s'y engloutir (1). Le voisinage en était infecté; les habitants des rues adjacentes, pendant plus de deux siècles, portaient des plaintes aux gouver- . nants, qui, pleins de respect pour la rou- • fine et pour les morts, leur sacrifiaient les , vivants.
En 1780, un accident arriva dans les caves des maisons de la rue de la Lingerie, par le voisinage d'une fosse qui devait contenir près de deux mille corps; les vives réclamations des habitants de cette rue, un mémoire que publia, en 1783, le sieur Cadet-de-Vaux, inspecteur général de la salubrité, où ce savant faisait fortement sentir les dangers de conserver plus longtemps ce cimetière dans le centre de Paris, déterminèrent enfin le conseil d'Etat à s'occuper de cet objet; il ordonna, par un arrêt du 9 novembre 1785, que l'emplacement de ce cimetière changerait de destination et serait converti en marché public (2).
L'archevêque de Paris, par un décret de 1786, consentit à ce que le cimetière des Innocents fût supprimé, ordonna que le terrain serait detoncc à la profondeur de cinq pieds,' la terre passée à la claie, et que les ossements seraient transportés dans le nouveau cimetière souterrain (3).
(1) M. Héridart de Thury a calculé que, pendant sept siècles seulement^ ce cimetière a dû dévorer un million deux cent mille cadavres.
(2) Voyez, ci-dessus, Eglise^ Cimetière^ Fontaine et Marché des Innoceiits.
(3) Les fouilles exécutées à cette époque ont fait découvrir un phénomène assezétrange pour que nous en parlions ici. Voici un extrait du compte qu'en rend M. Thouret dans son Rapport sur les exhutiiations du ctmetière et de l'église des Saints-Imwcenls, lu dans la séance de la Société royale de Médecine, tenue au Louvre, le 3 mars 1789 :
«c Dans ces vastes dépôts, formés par les " fosses communes , la destruction avait « établi un ordre de choses particulier. Là, « comme dans les sépultures éparscs à la " surface du sol, elle ne semblait point dé-
sous NAPOLÉON
Déjà les carrières souterraines de la plaine de Mont-Souris étaient choisies pour recevoir les ossements de ce cimetière ; la maison de la Tombe-lsoire, située au même lieu, était acquise pour ser-
« rober ses traces. Tout annonçait, au con- « traire^ qu'elle s'y était occupée à les mul- " tiplier et à les fixer. Les cercueils conservés " dans toutes leurs dimensions et leur soli- " dite, la terre qui les environnait empreinte " dune couleur noire très intense, attes- " taientla lenteur de la décomposition der- " nière. A l'exception de cette teinte dont « elles étaient salies extérieurement, les biè- *i res avaient conservé leur fraîcheur. A « lïntérieur, on reconnaissait la couleur na- « turelle de la substance dont elles étaient « formées. Le même degré de conservation .< se remarquait sur les linceuls. Les corps « eux-mêmes , n'ayant rien perdu de leur « volume, et paraissant enveloppés de leur «« voile, sous la forme delarves, nesemblaient « avoir éprouvé aucune altération. En dé- " chirant l'enveloppe funèbre, on voyait « que leurs chairs s'étaient conservées ; le « seul changement qu'on y apercevait con- M sistant en ce qu'elles étaient comme chan- « gées en une masse ou matière mollasse, '< dont la blancheur, encore relevée aux lu- « mières par la teinte noire du sol, parais- " sait plus éclatante. La première idée qui " s'offrit, à cette vue, fut de penser qu'une t couche de chaux avait été répandue sur « ces corps; mais, en examinant leur état " avec attention, cette erreur fut promp- « tement dissipée; et l'on reconnut toutes <« les parties molles converties en une sub- '< stance pulpeuse, le plus souvent très so- « lide, d'une blanchear plus ou moins pure, « déjà connue sous le nom de gras, par « les fossoyeurs; n'ayant plus de tissu fi- « breux, s'écrasant sous les doigts, où elle M paraît onctueuse et comme savoaneuse au «< toucher; se durcissant à l'air sec, oii elle « prend quelquefois un poli luisant et une «« sorte d'éclat métallique ; susceptible de se " ramollir à l'air humide, où elle se couvre « de moisissures très abondantes, et qui oft frent les couleurs les plus \-ivesetles plus •< variées; formée, à l'extérieur, par la peau « dont on reconnaît le tissu grenu, et em- ■ brassant toute l'épaisseur du corps adi- H peux, ou de la couche de graisse placée « au-dessous, qui se change en gras de la • -pins grande blancheur, d'une consistance « swrée et compacte; offrant ensuite une
vir d'entrée aux Catacombes; et, par l'activité des travaux, on élait parvenu à consolider les ciels des gdlerics souterraines, à disposer les lieux' pour leur nouvelle destination.
" masse alvéolaire, que^nefois très rare, " très spongieuse, très légère, qui paraît « correspondre au tissu cellulaire, et dans " l'épaisseur de laquelle on distingu.- long- " temps toutes les couches des muscLs, tou- " tes les divisions des faisceaux qui les for- « ment, toutes les directions de leurs fibres " comme empreintes et ombrées, en traces « fugitives et légères, d'un brun rougeâtre « très clair. En général, ces masses ont tous « les contours des membres ; elles en pré- « sentent toutes les formes. C'est une sorte " de modification d'une espèce nouvelle et « très remarquable, qui rend, à l'aide de '< quelques soins, les corps suscep tilles de " se conserver. Parmi ceux que Ton a trou- " vés le plus parfaitement transformés, et " qui font partie de la collection réunie •' pour conserver l'histoire de ce phénomène, " plusieurs se sont gardés, depuis trois ans, " sans avoir éprouvé d'altération. Ces mo- " mies mémorables offrent tous les linéa- " ments de la figure, tous les traits de la " physionomie et du visage. Les yeux y
- sont conseri-és. ainsi que le volume, l'em- « bonpoint, les cheveux, les cils, les sour- " cils, les paupières. Ce n'est point un chan- « gement borné à la surface : il a lieu dans " toute l'épaisseur des chairs, il se remarque « également dans toutes les cavités, où Ton
- voit la plupart des viscères conservés sous " la même forme. La même substance s'of- " fre aussi à l'intérieur des os, où elle oc- « cup^ tous les épanouissements, toutes les " divisions de la membrane méduHaire, et " jusqu'aux cellules du tissu alvéolaire <m '< du diploë.
«< Cependant , quelque active , quelque « profonde que paraisse cette transmuta- " tion, elle trouve plusieurs parties réfrac- " taires : tels sont les cheveux, les ongles, " qui se conservent intacts ; les os, dont les " cellules les plus minces, les lames les « plus délicates restent inaltérables et pu- " res, au milieu de ce changement qui fond " les muscles, les hgaments, les tendons, et " qui dénature jusqu'aux cartilages. Tels « sont encore certains principes colorants, « tels que celui de la bile, celui des glandes «« bronchiques^ le pigmentum de la cho- " roïde, la partie rouge du sang, et peai-
Plusieurs grands vicaires, docteurs en théologie, les desservants de plusieurs paroisses, etc., vinrent, le 7 avril 1786, avec ! toute la pompe sacerdotale, bénir et consacrer dans toutes les règles le cimetière souterrain. |
Pour opérer le transport des ossements i de celui des Innocents, on n'avait attendu ni le consentement de l'archevêque ni la { cérémonie de la bénédiction. Lesinscrip- ! tions des Catacombes attestent que la | première translation se fit dans les mois ] de décembre 1785, janvier, février, mars j et avril 1 786 : la seconde, dans le mois de | décembre 1786, et mars 1787; la troi- ; sième, dans le mois d'août 1787, jusque i dans celui de janvier 1788.
Les ossements des cimetières supprimés | de Saint-Eustache et de Saint-Etienne- ! de--Grès y furent transférés en mai 1787. Dans la suite, pendant et après les orages i-évolutionnaires, les corps des personnes i tuées dans les troubles et les ossements des j cimetières des autres paroisses et maisons , religieuses de Paris, y furent successive- : ment déposés. |
Le cimetière des Innocents avait encore i de nouvelles richesses à fournir aux Ca- \ tacombes. En 4808, lors des premiers , travaux exécutés sur son emplacement ; pour l'aqueduc du canal de l'Ourcq, ou ' fit encore des découvertes sépulcrales. Les : ossements furent transférés aux Calacom- '. Les, et les cercueils au cimetière de Mont- j martre. j
En 1 809, les mêmes travaux produisi- ' rent une ncuvelle découverte de fosses jusqu'alors inconnues; elles accrurent la trjste collection des Catacombes. '
Eu 1811, en construisant les halles qui j
« être aussi la substance propre des muscles, « dont on retrouve, ainsi que des autres « principes que nous venons de nommer, la « couleur longtemps durable, et quelque- « fois même sur\ivant à la matière du gras, « dans les masses de cette substance que ces « principes peuvent pénétrer de la teinte u qui leur est propre. Mais, cette partie u exceptée, cette transformation soumet en « entier toutes les autres : la peau, le corps «< adipeux, les membranes, les muscles et « les organes, en plus ou moins grande tt partie, les cartilages, les parties glandu- , u leuses, tendineuses, ligamenteuses et apo- \ « névrotiques; enfin, la matière même des i * fluides, t i
entourent le marché des Innocents, et en fouillant la terre jusqu'à cinq mètres de profondeur, on découvrit encore des fosses funèbres et des ossements qui furent partagés entre les cimetières de Montmartre et du Père Lachaise ; ce qui revint aux Catacombes y fut transpo:té du 19 janvier au 19 miars 1811, et déposé dans une fosse particulière : dépôt qui forme une masse de 70 mètres cubes.
Je laisse les dé'ails de divers autres transports faits aux Catacombes, et je passe à leur état actuel.
On doit à M. Frochot, préfet de la Seine, le bienfait d'avoir rendu intéressantes, presque agréables, de vastes et sombres cavernes tapissées de têtes et d'ossements humains. Ce fut pendant les années 1810 et 1811 qu'il s'occupa de fanrjiliariser ainsi la vie avec la mort.
On descend aux Catacombes par plusieurs portes (1); la plus généralement fréquentée est située dans la cour du pavillon ouest de la barrière d'Enfer ou d'Orléans. Après avoir descendu 90 marches, on se trouve dans une galerie de 19 mètres 1i centimètres d'élévation; puis on arrive dans une autre galerie de l'ouest qui est à l'aplomb de la rangée occidentale des arbres de la route d'Orléans, route en cet endroit entièrement excavée. Après plusieurs détours on aperçoit les constructions faites pour empêcher la contrebande souterraine, et les grands ouvrages commencés, eu 1777, pour la consolidation de l'aqueduc d'Arcueil. Puis on parcourt des galeries longues et sineuses, et on descend, par un escalier, dans une exploitation inférieure que reconnut, en
(1) On a le projet d'établir, pour les Catacombes, une entrée plus convenable, sur le flanc d'un terrain enfoncé appelé la Fosseaux-Lioas,non loin du boulevard extérieur, entre les barrières Saint-Jacques et de la Santé. Une avenue de 200 mètres au moins, plantée en cyprès, conduirait depuis le boulevard jusqu'à la partie inférieure de cette fosse, où l'on ouvrirait une entrée à la grande galerie des Catacombes. Cette entrée serait ornée d'architecture, portant un caractère convenable. Sur le boulevard, et en tête de l'avenue, seraient élevés deux pavillons, l'un destiné au logement du concierge, et l'autre servant d'abri aux personnes qui se pi-és en feraient et seraient obligées d'attendre pour être introduites.
sous NAPOLEON
4 777, un militaire vêtéraD, oommé Décure, ouvrier de l'inspeclion. Cet ouvrier, se rappelant sa longue détention dans les casemates de Port-Mahon, exécuta, pendant cinq années, à ses heures de loisir, un plan en relief de celte place, et construisit un vestibule en silex. Voulant pratiquer un escalier commode dans la masse, il causa un éboulement dont il fut morteîlemeut blessé.
Près de là on voit d'anciennes exploitations, un grand pilier taillé dans la masse calcaire, qui offre des traces évidentes, d'un courant souterrain: un autre pilier en pierres sèches, couvert d'une incrustation d'albâtre calcaire, gris et jaunâtre; enfin à 80 mètres de ce pilier, on arrive au vestibule des Cataconabes , et on y lit c-es insc/iptions :
Eas ttltrà mêlas requieieunt beatam spem expectantes, i Arrèie, cest ici l'empire de la mon.»
On en lit plusieurs autres, et peut-être dans ce lieu, comme dans le reste des Catacombes, y sont-elles répandues avec une prodigalité'qui en diminue l'effet.
Enentraut est un cabinet particulier qui contient une collection minéralogique: elle offre une série complète de tous les échantillons des bancs de terre et de pierres q'ji cxDnstituent le soldelaTombe-Isoire ou des Catacombes.
Dans un ancien carrefour de ces souterrains, entre quatre murs de consolidation, M. Héricart de Thury a fait établir aussi un cabinet de pathologie , oii sont classées avec méthode toutes les espèces d'ossements déformés par quelques maladies.
Un ancien et vaste atelier de carrière a été choisi pour recevoir les corps qui , en novembre 1804, furent exhumés du cimetière supprimé de Saint-Laurent ; l'entrée de cette crypte est décorée de pilastres d'ordre du'pestum; et au fond est un piédestal construit en ossements, dont les moulures se composent de tibias delà plus grande dimension ; au-dessus est une tête de mort;
L'autel des Obélisques fut construit en 4810, et sa construction masque des travaux de consolidation faits pour soutenir le ciel de la carrière, dont les affaissements annonçaient une ruine prochaine.
Cet autel et ses obélisques ont des formes imitées de l'antique, et des piédestaux, placés aux deux côtés de l'autel, sont construits avec des ossements.
nu»
D'autres travaux de consolidation ont reçu la forme d'un monument sépulcral, et sont connus sous le nom du Sarcophage du Lacrymatoire ou tombeau de Gilbert, à cause des vers suivants composés par ce poëte : '
Au bdnquet de la Tie, infortané ocMQTiTe,
J'apoârus un jour el je meurs '.
Jemeur» ; et sur ai<i tombe, oii leuiemetit j'am«e« Kul ne vicnora verser des pleurs.
Le piédestal de la lampe sépulcrale est encore un de c€s objets qui rompent la monotonie lugubre de ces souterrains et de leurs longues murailles , toutes tapissées de têtes de morts. Ce monument se compose d'une lampe antique et du piédestal qui la supporte; près de là est le pilier du Mémento.
Ld. fontaine de la Samantai?ie est un épisode du voyage. Des eaux éparses ont été recueillies dans un bassin que l'on a entouré d'un mur qui sert d'appui à la double rampe de l'escalier: on la nomma d'abord la Source du Lélhè ou de l'Oubli; on lui adonne ensuite le nom de Samaritaine, à cause d'un verset de l'Évangile qu'on y a gravé.
En novembre 1813, on jeta, dans c« bassin, quatre poissons rouges ou dorades chinoises : ils y vivent et prospèrent, mais ne s'y reproduisent pas.
Au-delà se voient les ossements des victimes de diverses scènes sanglantes quiss manifestèrent à Paris pendant la révolution :
Celles des combats de la place de Grève, de l'hôtel de Brienne, et delà rue Meslée, chez le commandant du guet, les 28 et 29 août 1788;
Du combat delà manufacture de papiers peints de M. Réveillon, faubourg Saint- Antoine, le 28avril1789;
Du combat du château des Tuileries, le 10 août 1792:
Des journées des 2 et 3 septembre
On descend aux Catacombes basses par un escalier sous lequel on a construit un aqueduc qui conduit les eaux d'une source voisine dans le puits de la Tombe-Isoire; puis on voit un pilier de forte dimension, élevé pour soutenir le ciel de la carrière, qui, fendu, lézardé en plusieurs endroits, faisait craindre un éboulement. Les inscriptions de ce pilier sont quatre strophes, irees des Nuits Clémentines s composées sur la mort du pape GanganelH;
hOi
cette constraction a reçu le nom de Pilier des Nuits Clémentines. Ousort ensuite des Catacombes; ou remonte aux galeries supérieures; en parcourt un vestibule, un I long corridor ; enfin on arrive au bas d'un 'escalier bâti, en 1784, sur le bord du che- .min qui conduit du hameau de Mont-Souris au Petit-Montrouge , chemin nomme depuis quelques années rue des Catacombes. Cet escalier a 17 mètres 53 centimètres de hauteur.
On revoit avec joie la lumière du jour, et, en quittant cette sombre région des morts pour retourner dans celle des vivants, on semble renaître. Si l'on sortsans regret de ces souterrains funèbres, ce n'est pas sans avoir éprouvé des émotions inconnues, reçu des leçons salutaires sur le néant des vanités humaines et sur le pouNoir invincible de la mort, qui met au même niveau et la tète de celui qui commande le plus absolument et celle de l'esclave le plus soumis, celle du noble, du riche et de l'utile citoyen. Les tèîesdes assassins aux gages de Charles IX , de Catherine de Médicis et du cardinal de Lorraine, restent en paix à côté de celles de leurs nombreuses victimes : les tètes qui furent animées par une aveugle intolérance, par un fanatisme sanguinaire, reposent tranquillement auprès de celles des hommes éclairés par le savoir, conduitspar la raison.
Quels abondants sujets d'étude pour les physionomistes, s'ils pouvaient connaître le génie, la moralité et les habitudes des personnes, d'après les formes des crânes qui sont ici rassemblés!
En sortant des Catacombes, on présente à ceux qui les ont parcourues, un registre où chacun est invitéà exprimer les sensationsqu'il a éprouvées.Ceregistre est chargé d'inscriptions offrant dcs traits d'esprit ou de sentiment, des sentences morales, les unes en vers, d'autres en prose : on les trouve partout ; mais elles sont ici à leur place. Quel sujet, tout triste qu'il soit , peut échapper à la gaîlé française? Elle s'est exlicée sur ces Catacombes, et le registre dont je viens de parler en contient plusieurs preuves; je ne citerai que les deux suivantes:
Disciples de Rancé, ces lieux sauront vous plaire; Un silence éternel et la nuu en plein jour
Y fjvoriseni la iirière.
Venez-y. Quant à moi, je le cli-; sans déiour. J'aime mieux en plein vent admirer la lumière,
El fêler tour à tour «échus et la gaité, mes amiâft Tamour.
Qu'on so moque de moi, que partout on me glose : Je me rends, et je crois a la méiempsycose. Oui, le fdii est ceriain, après l'instanifalal, Cliacun de nous devient arbre, plan;e, animal, ici j'ai reconnu la sœur de ujon j;rand-père. Mon onclH, mou cousin, ma nourrice et mou fière.
Mais, grand Dieu ! qu'ils éiaieni cliaiigés !
Us étaient tous eu o« raH^é* i orangers).
Cimetières ou Champs de repos.
L'Assemblée constituante défendit, en 1790, d'enterrer les raortsdans l'intérieur des églises. Par arrête de la préfecture du déparlement de la Seine, du 21 ventôse au IX (12 mars 1801 1 , il est ordonné que trois enclos de cimetière seront établis hors de la ville de Paris.
Le premier , situé au nord, fut affecté aux 1er, 2e, 3^ et 4e arrondissements ;
Le second, à l'est, aux Se, 6e, 7e et 8e arrondissements;
Le troisième, au sud, aux 9e, 10^, lie et 12e arrondissements.
En 1804, Napoléon renouvela la défense d'enterrer dans les églises, et ordonna que quatre cimetières seraient établis hors de l'enceinte de Paris. Il est inutile d'exposer ici la nécessité de cette détermination. Ces cimetières sont, au nord de Paris, ceux de Montmartre , du Père-Lachaise ou de Mont-Louis; et au sud de cette ville, ceux de Vaugirard et de Sainte-Catherine.
Les Parisiens ont une prédilection particulière pour le cimetière du Père-Lachaise et semblent dédaigner les trois autres, qui cependant méritent aussi de les intéresser.
Cimetière de Montmartre, d'abord nommé Champ-de-Kepos. Il est situé hors du mur d'enceinte près de la barrière Blanche et de celle de Montmartre. Il fut établi sur l'emplacement d'une ancienne carrière à plâtre. Son étendue était fort circonscrite: en 1819, il fut agrandi, et sa surface est aujourd'hui de 30 arpents. L'inégalité de son sol produit des points de vue pittoresques. On voit plusieurs tombeaux plus ou moins simples, ornés d'arbustes et de fleurs , et la plupart enrichis d'inscriptions attendrissantes.
On y remarque ceux de Barthélemi- Pierre-Lecouteulx, neveu du sénateur de ce nom; de Gabriel-Marie-Jean-Baptiste Legouvé, auteur du poème sur le mérite des^ femmes, et de son épouse Elisabeth Sauvau-Legouvé.
On voit le tombeau d'Adrienne Chameroy, actrice distinguée, à laquelle les prê-
sous NAPOLEON
très de sa paroisse refusèrent les honneurs funèbres, qui ne lui furent rendus que par des ordres supérieurs.
En parcourant les vallons de cette enceinte, on trouve les monuments de plusieurs personnes célèbres, tels que ceux de J.-H.-J. Thomas de La Tour-du-Pin, de J.-F. Saint-Lambert, de Da/incourt, acteur des Français et professeur au Conservatoire, etc. Les inscriptions les plus touchantes sont celles qui peignent la douleur d'une mère pour une fille chérie.
Ceux qui se plaisent à nourrir leur imagi- Dation de pensées mélancoliques pourront se satisfaire dans ces lieuxqui offrent aux yeux le tableau d'un jardin pittoresque, et à l'àme de douces émotions.
Cimetière de l'Est, de Mont-Louis ou du Père-Lachaise, situ-? au nord-est et hors de l'enceinte de Paris, à quelque distance de la barrière des Amandiers et dans la commune de Charenton.
François de Lachaise, jésuite, confesseur de Louis XIV, depuis 1676 jusqu'au 20 janvier i709, époque de la mort de ce prêtre, suivant des témoignages très accrédités, fut plus qu'il De convenait à un I religieux, et surtout à un confesseur du i roi, l'ami du luxe et des plaisirs. Il obtint [ de la munificence de ce roi, sujet des jé- I suites, la propriété de Mont-Louis, et fit construire une maison de campagne qu'on Toyait encore avant 1820, époque de sa démolition.
L'enclos de Mont-Louis, destiné à être un des cimetières de Paris, fut ouvert aux morts le \^^ prairial an xii {l\ mai 1804; ; sa surface éîait de 51 arpents 45 perches. Son site est heureux et varié : une partie, en plaine, occupe la hauteur du plateau ; l'autre partie, en pente, descend jusqu'au bas du coteau, et forme plusieurs inégalités pittoresques. La vue dont on y jouit s'étend sur une grande partie de Paris et sur les campagnes environnantes. Ces divers avantages ont fait la fortune de ce cimetière, et les affections respectables I des parents pour la mémoire de leurs morts 1 l'ont transformé en un véiitable Elysée : tous ceux qui \t parcourent désirent l'avoir pour dernier asile (1). L^ cimetières de Paris, jusqu'alors hi-
(1) Les Champs-Elysées, le Séjour des bienheureux, les Champs sacrés, etx;., des aucieus, n'étaient que des cimetières destinés aux âmes vertueuses.
<deux, repoussants, devenaient pour cette ville des foyers de corruption : loin d'attirer les vivants, ils leur inspiraient de l'horreur. Ici la mort se présente sous une face gracieuse, et ne réveille que des sentiments moraux ou attendrissants : la nature est appelée à embellir ses propres ravages, et les roses de la jeunesse couvrent souvent la tombe des vieillards.
Les monuments sépulcraux, qui déjà ont envahi une grande partie de l'enclos, se présentent sous des formes et des matières différentes. Les uns ont de la grandeur, beaucoup d'apparence et de richesse ; d'autres sont simples et humbles. Ces premiers ont la forme de temples, de chapelles sépulcrales, de caveaux funèbres, de pyramides, d'obélisques, de cippes, de colonnes. Les seconds sont en bois et ont la forme d'une croix inscrite. Ceux qu'on peut ranger dans la classe moyenne, et ce sont les plus nombreux, se composent d'une table de pierre ou de marbre, terminée en forme circulaire ou en forme d'autel antique, plantée verticalement en terre, inclinée, ou couchée horizontalement.
Chaque tombeau est protégé par une enceinte en bois ou en fer plus ou moins vaste : les unes sont spacieuses ; les autres n'ont à peu près que les dimensions de la fosse. A l'exception des tombeaux les plus somptueux qui restent stériles, la plupart sont ornés de fleurs, d'arbustes en pleine terre ou placés dans des vases ; quelques tombeaux sont couverts de roses; la fleur des orangers répand son parfum sur quelques autres, un «se rempli d'eau, un arrosoir sont placés la pour entretenir leur verdure. Ce devoir, imposé par de pieuses et douces affections, est religieusement observé. Là sont aussi un ou deux sièges où les amis, les parents viennent se reposer auprès de la cendre des amis, des parents dont ils regrettent la perte ou lionorent la mémoire.
Sur les monuments de cette classe moyenne, on voit souvent appendus des bouquets, des couronnes de fleurs ; on y \oit les incriptions les plus touchantes.
Les portions de terrain concédées la sont temporairement ou à perpétuité- Malheur aux parents dont la fortune met des barnes à leur sensibilité !
Parmi les monuments les plus considérables, il faut citer le tombeau d'Héloise
etd'Abélard (1), placé à droite en entrant dans le cimetière : tombeaa qui, après avoir souvent changé de place, trouvera «ans doute eu ce lieu uu asile stable. Il faut citer dans la même catégorie une chapelle sépulcrale, située sur la hauteur du coteau, construite au dix-neuvième siècle dans le style du qualorzième, par un artiste italien, sur le modèle de la Sarda-Casa, ou chapelle de Notre- Dame-de-Lorette.
D'autres monuments sont ornés de colonnes de marbre, et ont la forme de chapelles sépulcrales. Dans quelques-uns, tels que celui de mademoiselle Raucourt, se voit le buste des défunts.
Les amis des arts verront avec intérêt le tombeau d'un époux, situé à mi-côte, devant lequel est la figure d'une femme dans l'attitude de la douleur. Cette figure €n marbre, plus grande que nature, est représentée assise,"les coudes appuyés sur ses genoux et le visage couvert par ses deux mains.
Les symboles les plus fréquemment em-
(1) Abélard, inliuméau prieuré de Saint- Marcel de Cbâlons-sur-SaGne, fut ensuite, le 21 avril 1143, furtivement transféré au Paraclet. En 1163, le corps d'Héloïse fut réuni à celui de son amant; alors on construisitle monument que l'on voit. En 1497, on transféra ce monument, delà cliapeJle du Petit-Moutier dans la grande église ; on sépara les ossements des deux personnes, on leur éiigea un tombeau à chacun. Ces deux tombeaux furent placés de chaque côté du chœur.
En 1630, Marie de La Rochefoucauld, abbesse du Paraclet, fit placer les deux tombes dans la chapelle de la Trinité.
En 1792, les deux corps furent transportés dans l'église de Nogent-sur- Seine, et déposés dans un caveau particulier. Ces corps étaient alors dans un même cercueil, et séparéspar une lame de plomb.
En 1800, ces corps et le monument furent transférés dans le jardin du Musée des Antiquités nationales. En 1814, ce monument fut placé dans la seconde cour de ce Musée; en 1815, dans l'église de Saint-Germain-des-Prés; delà, dans une chambre de la maison du P. Lacbaise; et en 1817, le 6 novembre, on le transporta à la place qu'il occupe aujourd'hui. Ainsi, Abélard et- Héloïse ont été unis, séparés, et ont beau coup voyagé après leur mort.
ployés dans ces monuments funèbres sont le hibou, le sablier, la torche ardente renversée, les lacrymatoires, les vases cinéraires.
L'orgueil féodal s'est ici peu manifesté : les arnioiries de famille sont rares ; et, parmi plusieurs milliers de monuments, j'en ai vu peu chargés de blasons.
Plusieurs guerriers, célèbres par les services qu'ils ont rendus à leur patrie, ont des monuments dans cette enceinte. Je ne parlerai que de celui du général Masséna, érigé en 18 H. Il offre, sur un piédestal decinq pieds de haut, un obélisque de vingt pieds. Sur une de ses faces est le portrait de ce guerrier, qui n'avait pas besoin de bâton de maréchal de France pour être illustre.
Plusieurs tombeaux sont magnifiques et ornés d'inscriptions élégantes ; mais ni le marbre, ni les belles épitaphes ne soiil des titres à l'illustration des morts. Ce faste, employé à revêtir le néant, fait naître des léflexions peu favorables aux vieilles opinions des vivants. On s'éloigne bientôt de ces monuments de l'orgueil pour s'arrêter devant ceux du mérite modeste.
De ce nombre est le tombeau simple, remarquable par sa matière et son objet, de Jean-François Gauthier de Biauzat, avocat àClermont-Ferrand, député à l'Assemblée des notables, ensuite aux Etats- Généraux, qui, après avoir dignement exercé plusieurs fonctions dans la magistrature, mourut conseiller à la Cour d'appel de Péris, le 22 février 1815. Ces lignes expriment la tendresse et les regrets de ses enfants, partagés par ses amis :
Au meilleur des pères,
ami dévoué,
citoyen courageux,
ma3islral intégre;
ses enfants.
Reconnaissants de sa bonté,
honorés de ses vertus,
sensibles à sa perte.
Les fils, filles et gendre du défunt fait transporter une pierre de lave d'Ai vergne pour former ce monument, afin de" réunir les af 'ections du pays natal à la tendresse filiale.
Dans ce nouvel Elysée, on voit plusieurs tombeaux d'hommes qui ne sont renommés que par leurs emplois, leurs dignités ou leur opulence; il en est qui le sont par leurs talents. Je me bornerai à désigner quelques-uns de ces derniers. Les monu-
sous NAP0LE0.1
ments élevés à Molière et à La Fontaine ont une enceinte commune.
Ailleurs sont groupés ceux de Delille, de Chénier, de Boafller?, de Paruy, de Goinguené, de Snard, de Vincent, peintre; de Brongniart, architecte. Sur le vaste tombeau du premier, on ne lit que ces mois : Jacques Delille,
L'urne cinéraire consacrée à Bonfflers porte cette inscriptiou : Mes amis, croyez que je dors.
Les inscriptions de ces tombeaux inspirent généralement de l'intérèi. Il en est en vers français : on ne croit guère à la sincérité d'une douleur melriquement exprimée. Celles qui sont en prose agissent plus fortement sur Tàme du lecteur, surtout lorsqu'elles peignent les regrets des pères, des mères, pour leurs enfants chéris : rien n'est plus touchant que c^s élans de leur douleur. Je cite les suivantes à cause de leur précision :
Koire Emilie tst là. ' Ici repose mon meilleur ami : c'était mon frért.
On trouve, parmi les nombreuses épitaphes, ces mots fréquemment répétés :
Bon j)ere, hou époux, bonne mère, bonne épouse. Ces répétitions donnent, si je ne me trompe, la mesure des progrès de la morale publique : on les croit propres à honorer la mémoire du mort. Autrefois on aurait cru mieux le louer en étalant, non ses vertus, mais des titres, des dignités et des signes de sa puissance.
Si l'inégalité des fortunes a banni l'égalité parmi ces tombeaux, la force de l'opinion publique y a maintenu la tolérance : elle règne dans ce séjour des morts. Le protestant repose en paix non loin du catholique, et le philosophe près du dévot. A côté de l'expression du sentiment, ou d'une pensée de haute sagesse, on lit quelquefois ces formules de l'église : Priez 2)0ur lui; De profundis.
Les Israélites ne sont pas confondus avec la foule des morts ; ils reposent dans une portion particulière de ce jardin sépulcral ; peut-être les israélites ont-ils eux-mêmes désiré cette ségrégation de mauvais exemple.
On a construit en 1820 la porte d'entrée de ce ciiiietière; elle s'ouvre sur le boulevard d'Aulnay.
Cimetière de Vaugirard, situé hors de h barrière et à l'entrée du village de ce nom. Il n'a point l'étendue des cime- ^
tières dont je viens de parler; il n'est pas non plus aussi riche en monuments funèbres et fastueux; il est plutôt le cimetière des pauvres que celui des morts opulents. Cependant il s'y voit plusieurs monument? 'remarquables par leur beauté et leur recherche. De ce nombre sont les tombeaux de l'épouse du sieur Déirez, médecin ; de Zélia, fille du sieur Lenoir, administrateur du Musée des monuments français, etc.
On y voit aussi les tombeaux de Leris- Clairon de-Latude, actrice célèbre; de Jean-François de La Harpe, membre de l'Institut national, fort connu par ses talents etrinstabilitédeses opinions; d'Alphonse Leroi, professeur à l'École de Médecine, etc.
Plusieurs autres monuments fort simples se font remarquerpar des inscriptions que le cœur a dictées, et qui parlent au cœur de ceux qui s''y arrêtent.
Cet emplacement 'est circonscrit dans des bornes trop étroites pour la nombreuse population destinée à y être engloutie.
Depuis ISlOouavaitsentisoninsuffisance ; en conséquence, on a établi un autre cimetière hors et près de la barrière du Mont- Parnasse, qui comprend le Moulin-Moliniste, et s'étend jusqu'à la chaussée du Maine. L'emplacement , environné de hauts murs, est très vaste. Le hameau du Mont-Parnasse, composé de guinguettes, d'une salle de spectacle et de salons de danse, avoisine et égaie le séjour des morts.
Cimetière de Sainte-Catherdîe ; il est situé au quartier Saint-Marcel, à côté de l'ancien cimetière de Glamart, qui, encombré de cadavres, ne pouvait plus être en usage, et fut fermé en 1793 (i).
Le nouveau cimetière est déjà presque entièrement occupé par les tombeaux et les vastes fossés où l'on jette pèle-mèie les corps dont ce quartier abonde.
C'est dans ce cimetière que reposent les restes d'un homme dont la gloire fut longtem[s associée à celle des généraux français qui combattirent avec succès pour la liberté de leur patrie... Respectons sa cendre et son dernier asile. Voici l'inscription de sou tombeau:
(1) Le nom de ce cimetière abandonné \ieut d'un ancien hôtel de Clamart, situé près de sou emplaceruent, hôid qui existait encore en 1616.
Ici reposent les cendres de CnxtiLEsTicnEG-h', adnéial en chef des armées françaises, né à Artois, département du Jura, le li février 1701 , mort à Paris le 5 avril IbOl.
Ce monument fut élevé par la piété filiale d'Elisabeth Pichegru.
Parmi un grand nombre de monuments plus ou moins fastueux, et dont les inscriptions sont plus ou moins digres d'être citées, je choisis la suivante, gravée en lettres d'or sur une colonne en marbre noir : Ci-gît Charles Devilliers, maître en Chirurgie, décédé le ^0 juillet 1812. Son fils Charles lui érigea ce monument où on lit aussi ce quatrain un peu satirique :
Du fond de son cercueil vous que Charles contemple, Gens opulenis, qui n'êtes bons à ripn.
Prosternez-vous et suivez son exemple ;
11 ne fut jamais riche et fil toujours du bien.
Ce cimetière, placé dans l'enceinte de Paris, sera sans doute, comme les autres, transféré au dehors de cette ville.
Celte insuffisance des cimetières, et le besoin de les renouveler, de les étendre, fait craindre que, dans les temps futurs. Je séjour des morts n'envahisse celui des vivants.
Cette matière fait naître d'autres réflexions. Les anciens cimetières, hideux, attristants, objet de répugnance et d'horreur, étaient fuis par les vivants. Les cimetières nouveaux attirent une infinité de curieux, ont le charme des beaux jardins. Les inscriptions des tombeaux, au lieu de tristes I)e Profundis, d'images sinistres et affligeantes, offrent les expressions touchantes et les regrets naïfs et sincères de l'amour maternel. Ou y voit, et j'aime à le redire, ce qu'on n'avait jamais vu : les tombeaux environnés de roses au printemps, d'autres fleurs et d'arbustes en d'autres saisons, soignés, arrosés par les parents et les amis du défunt. De lugul3res sépulcres sont changés en parterres fleuris ; et, à la faveur d'une consolante illusion, la vie semble se familiariser avec la mort.
L'abolition de quelques vieilles entraves, la faculté laissée aux Parisiens de manifester, dans un lieu convenable, leur attachement religieux envers leurs amis et leurs parents, ont suffi pour opérer cette métamorphose, signe incontestable des progrès de la civilisation.
Musée ou Galerie des Antiques, au Louvre. Ce musée fut composé, en grande partie, de statues et autres monuments, fruits des conquêtes de l'armée d'Italie en
4797, et recueillis, conformément au trait de Tolentino, par les sieurs Berthollet Moitié, Monge, Thouin etTinet, commis, saires nommés par le gouvernement pouf la recherche des objets de sciences ç: d'arts. C'est aux soins scrupuleux que ce artistes et savants ont apportés dans l'en caissement et le transport de ces objet précieux, que l'on doit leur heureuse coDl serval ion. Le sieur Raymond, membre dl l'Institut et architecte dupalaisdu Louvre fut chargé de disposer et d'embellir le salles du Vieux-Louvre, destinées à rece voir dignement ces chefs-d'œuvre d'antiquité.
Ce musée fut, pour la première fois, ou vert au public le 18 brumaire an n (9 novembre 1800). Deux jours aupara vant on y avait célébré l'inauguration di l'Apollon Pythien, et consacré, par um inscription qui sera citée, le placement d( cette précieuse statue.
Au-dessus et à l'extérieur de la portf du Musée,oon plaça le buste colossal d( Bonaparte.
Les plafonds, les colonnes et autres ornements accessoires de ce musée, étaieni décorés comme ils le sont aujourd'hui.
Vestibule.
Statues. La belle Diane chasseresse, qu était à Versailles. Une autre colossale dt Bacchus et une de Marc-Aurèle.
Bustes colossaux de Sérapis, de Minerve, d'Hadrien, d'Antinoiis, d'Antonin Pie, '. de Lucius Vérus ; bustes ordinaires d'Es- ' culape et de Domitien.
Sièges : l'un consacré à Cérès, l'autre à Bacchus.
Un grand candélabre en marbre, le plus grand qui nous reste de l'antiquité.
Salle des Empereurs.
Les statues colossales de Minerve, dite| la Pallas de Velletri, celles de Cérès, dei Melpomène et de Néron, etc. i
Statues de proportion ordinaire. Celles de Julien que les chrétiens ont nommé l'Apostat ; de Septime-Sévère; de Pupien; une que l'on croit être d'Othon ; celles de Domitien, d'Antinoiis en Hercule, d'Auguste, etc.
Têtes en bronze de Tibère et de Claude; les bustes en bronze de Claude et de Titus; les bustes en marbre d'Élius César, fils adoptif d'Hadrien ; les bustes de Luciiis Vérus, de Commode, de Septflm^
sous NAPOLEON
?vère, de Caracalla, de Gordien d'Afrije le père, de Pupien, etc.
Le Trépied du Capitole, en marbre penlique, d'un seul bloc.
Deux sarcophages ornés de bas-reliefs; 'ux de l'un représentent des Néréides, et 'UX de l'autre les Muses, etc.
Salle des Saisons.
- Les statues d'Esculape, de deux Faunes nec la Pantuère, une autre d'un Faune \ repos, d'une Bacchante, de Vénus sor-
, nt du bain : deux Cupidons, l'un en fragent; celles d'Hygie, de Yénus Génitrix, î Gérés, d'une'Xymphe, d'Ariadne, de
r lore, d'un Génie funèbre, etc.
Groupe d'Apollon avec le Griffon.
Les bustes de Trajan le père, de Phippe le père, de Lucius Vérus jeune, de ;atidie, de Plautille, de Vibius Volusiaiis, d'Emilien, d'un inconnu, de Néron,
. une femme romaine, de Lucius Céir, etc.
Les bas-reliefs : l'un représentant la
. récession des Panathénées, l'autre une
. acchanale, etc.
SoAle des Hommes illustres.
Cn Philosophe inconnu, Démosthènes, rajan vêtu en philosophe : ces figures
■ )nE assises, ainsi que celles de Ménandre, 3Posidippe et de Sextus de Ghéronée;
; a Guerrier debout que l'on a pris pour
: hocion ; une statue de Minerve dont les
, ras sont modernes.
Les hermès d'AIcibiade, de Mercure nagODios, d'Hippocrate etde Q. Horten- 'j.5^ etc.
Salle des Romains.
La statue d'un orateur romain qu'on a ris pour Germanicus : elle porte une iscription grecque qui apprend qu'elle a -lulptée par Clcomène, fils de Cléo- , Athénien: statue de Cérès, belle guie que l'on croit devoir attribuer à la luse Clio; celle qu'on a nommé Mars; îlles d'Auguste, du sacrificateur, modèle
exécution pour les draperies ; d'un Hé- )s grec, d'une Prêtresse d'Isis, dite la 'estale du Capitole ; de Julie, femme de eptime-Sévère , très bien conservée; le ruerrier blessé, dit le Gladiateur moumt, superbe statue; une Vestale, l'Aninoiis du Capitole, belle figure ; Vénus au ^in, jeune fille romaine; Tibère, fragiçnt d'une statue d'Hercule, dite "le
Torse du Belvédère, sculptée par Apollonius, fils de Nestor, Athénien.
Les bustes d'Hadrien, de Marcus Junius Brutus, meurtrier de César ; de Lucius Junius Brutus, fondateur de la république romaine ; du Faune à la tàch*^, de Palémon, de Septime-Sévère ; bustes en bronze de Faune, et d'un jeune homme avec diadème, etc.
Salle du, Laocoon.
Statues. Jason, dit Cincinnatus, belle statue de marbre pentélique; une Amazone, Adonis, Discobole se préparant au jeu, autre Discobole, un ministre de Mithra, connu sous le nom de Fàtris; une petite statue de Bacchus: la statue dite la V"énus de Médicis, chef-d'œuvre d'élégance et de grâce, exécutée en marbre de Paros, et l'un des objets les plus précieux de cette collection. L'heureuse attitude de cette figure a sans doute excité l'admiration des anciens qui en ont fait diverses copies; je l'ai trouvée représentée jusque sur des fragments de vases romains. Les modernes l'ont aussi plusieurs fois copiée (!}.
Groupes. Méléagre et son chien, l'Amour et Psyché; le Laocoon, dont le sujet pathétique est composé avec un rare talent: c'est un chef-d'œuvre de dessin et d'expression. La tête de Laocoon est -admirable. Ce groupe est un d-'s ouvrages les plus parfaits qu'ait produits le ciseau des antiques statuaires (2).
Hermès. La Tragédie, la Comédie, Dieu "marin, appelé l'Océan.
Une figure en bronze qui représente un jeune homme assis, nommé le Tireur d'épines.
Bustes de Jupiter colossal, de Luciu:?
Vérus. de Commode, de Claudius Albinus, de Galba ; portraits de deux personnages dits Caton et Porcie.
Salle d'AiJollon.
S'a tues. Mercure, dit l'Antinous du Belvédère, une des plus parfaites qui soient restées des temps antiques; deux statues de Mars vainqueur : une d'Uranie ou l'Espérance, et l'Apollon Pythien : cette statue sans égale est le sublime du beau idéal. Dans cette riche collection on trouve
(1 j Cette belle statue a été enlevée ca
(2) Il a été enlevé en 1815.
(le belles figures d'hommes ou de femmes : celle-ci nous représente un dieu. L'art n'a rien produit d'aussi parfait.
Sur une table de bronze, placée entre la plinthe et le piédestal de cette statue, fut gravée l'iiiscriplion suivante : « La « statue d'Apol!on qui s'élève sur ce pié- « destal, trouvée à Antium sur la fin du « quinzième siècle, placée au Vatican, par « Jules II, au commencement du seizième « siècle, conquise, l'an V de la répui)lique, « par l'armée d'Italie, sous les ordres du « général Bonaparte, a été fixée ici le « 21 germinal an viii, première année de « son consulat (I). »
Cette statue, placée au fond de la salle dans une niche flanquée de deux colonnes venues d'Aix-la-Chapelle, se détachait sur vxn fond de marbre sombre, et recevait un jour très favorable. Elle était accompagnée d'ornements dignes de sa haute importance, et de deux sphinx de granit rouge oriental, placés aux deux côtés des marches du perron sur lequel était posé le piédestal de la statue. Ces marches étaient en marbre précieux, et au centre ou voyait cinq carreaux de mosaïque antique ; d'un côté était la Vénus d'Arles, monument national trouvé dans la ville de ce nom; et de l'autre, Isis Salutaire.
Les autres statues de cette salle sont celles de Bacchus Indien, ouïe barbu; d'Apollon Lycien, d'Anlinoiis égyptien, en marbre pentélique; d'un autre Antinous, en marbre rouge, presque colossale; celles de Bacchus en repos, de Mercure, de Junon. dite la Junon du Capitole; de Bacchus, l'une des plus belles que l'on connaisse de ce dieu; la figure assise d'un dieu égyptien, en albâtre.
Des petites figures : celles d'Apollon Sauroctone, ou Tueur de lézards; de Mercure, de Mars, le Torse d'Apolline ou jeune Apollon; la figure d'Apollon delphique, d'Antinous, d'Isis, de Junon, de Minerve, d'une autre Minerve avec le géant Pallas, etc.
Les groupes de Leucothée et de Bacchus, son nourrisson; d'Hercule et Téiémaque, dit l'Hercule Commode.
Les bustes de Borne, de Caracalla, de Commode, de Macrin, de Nerva, de Trajan, de Tibère, de Vitellius, de Faustine la mère, de Faustine la jeune, d'Anti-
(1) Cette statue, chef-d'œuvre de l'art, a été enlevée en 1815.
noiis, de Julie Mammée, de Démosthènes . un des plus beaux portraits de cet orateur athénien, de Néron et de Gallien , bustes très rares, et celui du Soleil, di t l'Alexandre du Capitole.
Lps têtes d'Ariadne, dite du Capitole, superbe tête d'Antinous, celles de Minerve, d'Alexandre Sévère, de Paris, l'amant d'Hélène; d'Omphale et de Bacchus indien.
Les bas-reliefs du trône de Saturne, d'un sacrifice appelé Suovetaurilia; d'une Conc'amation, cérémonie pratiquée aux funérailles des Bomnins, et des Danseuses.
Un autel triangulaire, avec des bas-reliefs très élégants.
Deux grands sièges, en rouge antique, destinés à l'usage des bains, et qui ont servi de chaire pontificale dans la basilique de Saint-Jean-de-Latran.
Deux candélabres ornés de sculptures. ^
Salle de Diane. ■' \
Tous les objets antiques contenus dans cette salle résultent des conquêtes de la grande armée pendant les campagnes de ■1806 et 1807.
Deux statues d'Hygie, déesse de la santé; celles d'Apollon Lycien, d'Antinous, d'Atys, de Minerve : la draperie et autres détails de cette dernière sont d'un travail exquis, elle appartient à l'école de Praxitèle; celle d'un Athlète, de Sabine, épouse d'Hadrien, de deux Muses, de Thésée, d'un Athlète, de Vertumne, de l'empereur Didius Julien, de Marc-Aurèle, d'un Athlète et d'Apollon.
Les bustes de Plotine, épouse de Trajan; de Matidie, sa nièce: de Maroiana, sa sœur; d'un Athlète et de Livie, femme d'Auguste.
Les têtes de Septime-Sévëre, de Marc- Aurèle jeune, de Périclès, de Claude efc d'Hercule.
Un bas-relief représentant Bacchus, dieu | des Saisons. '
Ce musée contenait encore plusieurs i autres belles productions de l'antiquité, que le rédacteur de la notice de 1814 a arrangées dans un supplément ; en voici la nomenclature : i
Hermaphrodite, statue couchée; uaf Paysan qui éventre un chevreuil; l'Enfant à foie; figure d'Auguste en marbre de Paros; un jeune Athlète en bronze de grandeur naturelle; une Minerve pacifi- I que. I
sons NAPOLEON
Un groupe représectant Messaline tenant dans ses bras le jeune Britaunicus, son fils.
Bustes : d'un personnage inconnu, de Scipion l'Africain l'ancien ; trois bustes de femmes romaines inconnues; ceux de Minerve, de l'empereur Gallien, de Gordien Pie, de Faune.
Deux hermës de Socrate, ceux d'Homère, d'Euripide, de Miltiade, de Thémistocle, à ce qu'on présume, enfin celui d'Alexandre. On y voit une inscription grecque portant ces mo's : Alexandremacédonie-fc ,Jils de Philippe. C'est le portrait le plus authentique de ce conquérant; trouvé près de Tivoli en 1779, il fut donné, en 1803, par le chevalier d'Azara, au chef du gouvernement français.
Les têtes de Ménélas, de Claudius Drusus, de Bacchus, de Crispine en bronze; celle de Germanicus, très belle; celle d'Hippocrate et celle de Virgile, venue de Mantoue.
Les bas-reliefs d'Antinoiis, du festin de Bacchus et des forges de Vulcain,
Gippes d'Amemptus, de Fundanius Yelinus.
Autel rond, orné de huit figures en basrelief, représentant les Suivants de Bacchus.
Urne cinéraire d'Aurélius Orestes, ue Cornélia Epitycha. Autre de porphyre avec son couvercle : elle avait servi "de monument funèbre à M. de Caylus, dans l'église de Saint-Germain-l'Aux'errois.
Vases : un en msrbre de Parcs, dans la forme des vases étrusques; autour on voit huit figures qui représentent les Suivants de Bacchus; l'autre est de basalte et de forme très élégante : il a servi à des fonts baptismaux à Naples.
Trépied d'Apollon en marbre pentélique; Lion en basalie vert.
Inscriptions athéniennes, composées de deux tables de marbre pentélique, contenant les noms des guerriers athéniens morts en divers combats, dans l'année 438 avant notre ère vulgaire.
Ce musée, dont je ne puis ici caractériser et expliquer toutes les parties, ni indiquer le degré de beauté, la matière de tous les sujets, se composait, au commencement de l'an \S\i, de deux cent cinquante-quatre pièces.
En 1813, les objets les plus précieux de'cette collection en furent enlevés. Mais il reste encore un srand nombre d'articles
intéressants, auxquels on a eu soin d'ajouter plusieurs autres qui furent acquis ( depuis cette époque.
Société royale des Antiquaires de France, situcc rue des Petits-Augustius, '• n" 16, dans les bâtiments des ci-devant ' Petits-Auguslins, ou de l'ancien Musée ! des Monuments français. Le premier éta- \ blissement de cette société portait la dé- \ nomination d'Académie Celtique. Le 9 ger- : minai an xiii (30 mars 1803 ), elle tint, ' sous ce nom, sa première séance générale au Louvre, puis occupa une salle de l'hôtel de Bullion, rue J.-J. Rousseau. Le 9j lin 1806, ses séances furent transférées dans le chœur de l'église des Petits-Augustins, ou du Muséum des Antiquités nationales, puis dans une des salles de cet établissement.
Cette société publia, en 1807, le premier numéro de ses Mémoires : on y remarque une série de questions adressées aux savants de l'Europe, sur les anciens usages qui sont en vigueur dans difiérents cantons de la France (I); elle en publia seize numéros, ornés de gravures, qui forment cinq volumes.
En 1812 et 1813, cette société, dé>unié, ne tenait plus de séances. En 1814, elle se réorganisa sous le nom de Société •Jts Antiquaires de France, fit d'autres règlements, reunit ses membres éparsqui, ne voyant plus les objets qui avaient cause leur eloignement, concoururent avec zèle à ses travaux et à sa réorganisation. Elle obtint dans la même année un diplôme de Société Royale. Eile a depuis publié douze volumes de ses Mémoires sur les mœurs et antiquités nationales.
Le Palais de la Bourse, situé rue Vivienne, entre les rues des Fil les Saint- Thomas et de Feydeau. La Bourse de Paris était établie dans une partie de l'ancien palais Mazarin, et dans l'édifice anciennement occupé par le Trésor Royal; pendant la révolution, elle fut transférée dan^ l'édifice des Petits-Pères, ensuite au Palais-Royal, dans la galerie de Virginie.
Il convenait que la Bourse eût un édi- ; fice spécial, (ligne de la capitale d'un ; grand Etat et du commerce considérable ; qui s'y fait aujourd hui. Ce besoin fut
(1) L'Académie des Inscriptions s'est emparée d'une grande partie de cette ^érie de questions, et l'a publiée comme son ou- 1 vrao-e.
HISTOIRE DE PÂftïS
senti ; et le sieur Brongniart, architecte, fut chargé de fournir les dessins d'un nouvel édifice de la Bourse. La première pierre fut posée le 24 mars 1808 ; les travaux commencèrent alors, et ne furent suspendus qu'en 1814, par l'effet des événements politiques ; ils ont été repris depuis cette époque, et achevés en 1826.
Cet édifice, destiné aux assemblées des négociants, à tous leurs accessoires, destiné de plus au tribunal de commerce, est élevé sur l'emplacement du couvent des Filles de Saint-Thomas. Voici ses dimensions : son plan offre un parallélogramme dont la longueur est de 69 mètres ou 212 pieds, et la largeur de 41 mètres ou 126 pieds. Son élévation présente un péristyle parfcit, et à ses quatre faces une ordonnance de co'onnes corinthiennes élevées -•^ur un soubassement haut de 8 pieds environ. Ces colonnes sont au nombre de 66, et ont un mètre de diamètre et dix de hauteur.
Ce péristyle supporte son entablement et un attiqùe, et forme autour de l'édifice une galerie couverte, à laquelle on arrive par un perron qui occupe toute la largeur de la face occidentale; il est composé de seize marches. Des bas-reliefs ornent cette galerie, et leurs sujets sont relatifs aux opérations du commerce.
Un grand vestibule communique à droite aux salles particulières des agents et courtiers de change, et à gauche au tribunal de commerce situé au premier étage.
La salle de la Bourse est au rez-dechaussée et au centre de l'édifice ; sa longueur est de 38 mètres ou 116 pieds; sa largeur de 25 mètres ou 76 pieds ; elle peut contenir deux mille ^-ersonnes, et la lumière dont cette vaste pièce est éclairée descend du comble.
En 1813, pendant la construction de cet édifice, son architecte, le sieur Brongniart, mourut; le sieur Labarre le remplaça ; il a achevé son ouvrage. La construction de ce bel édifice a fait éprouver au quartier qui l'environne d'heureux changements.
La rue Viviennea été prolongée jusqu'au boulevard; du côié de la rue de Notre- Dame-des-Victoires, une rue de 60 pieds
de largeur doit et
re percée, et aboutir
jusqu'à la rue Montmartre; grâce à ces changements, ce quartier s'est fort amélioré.
Temple de la Gloire. J'ai parlé de l'église de la Madeleine, de ses diverses " constructions, commencées, démolies et ' recommencées, et longtemps inachevées.
La position de cet édifice, élevé sur l'axe [• de la place de Louis XV, et qui lui sert de perspective du côté du nord, détermina \ des architectes à proposer au gouverne-' ^ ment plusieurs projets pour l'achèvement de celte construction. Ces projets inspi- ^ rèrent à Bonaparte l'idée d'en faire un' • temple dédié à la gloire des armées françaises. En 1806, un programme fut publié ; en voici les conditions :
Ce temple devait être intérieurement décoré des statues des maréchaux de France • et des généraux dont les services étaient ' le plus dignes de mémoire, et de tables d'or, d'argent, de bronze et de marbre, sur lesquelles on se proposait de graver, selon le mérite de leurs actions, les noms des braves de nos armées.
Plus de cent vingt projets parurent :
de ce nombre, on en choisit quatre, dont les auteurs furent assemblés pour discuter le mérite respectif de leurs ouvrages. On dressa procès-verbal de ^cette discussion, qui fut expédié -à Bonaparte, alors en i Prusse. Le projet préféré fut celui de M. P. Vignon. Cet architecte fit toutes les dispositions nécessaires à l'exécution de ses dessins.
A l'exception des fondations, et de quelques constructions commencées, tout fut démonté ou démoli. Ce temple est un périptère entouré de cinquante-deux colonnes corinthiennes, de six pieds de diamètre, ou un mètre quatre-vingt-quatorze centimètres ; sa longueur, hors d'oeuvre, a trois cent sept pieds dix pouces ou cent mètres; sa largeur, aussi hors d'oeuvre, cent vingt-neuf pieds deux pouces, ou quarante deux mètres.
Après les démolitions, la construction
fut commencée et continuée jusqu'en 184 4, ,
époque où on ordonna la suspension des
travaux. Les grandes colonnes se trou- [
\ valent élevées jusqu'à leurs astragales, *
" d'autres constructions étaient avancées. ^
En 1816, deuxordonnances royales vinrent changer la destination de cet édifice, et !e Temple de la Gloire fut converti en une église ; alors l'architecte fut obligé de faire de cet édifice une église | aroissiale. Une ordonnance du 6 mai 1818 lui prescrivit d'y placer des monuments commémoratifs de Louis XVI, Louis XVII,
pAMii. ~ Typ. Lacoi'r, rue Soufflot, 48.
Marie-Antoinette d'Autriche, reine de France, et de la princesse Elisabeth.
L'édifice de la Madeleine conserva, à l'extérieur, toute la beauté, toute la magnificencedu Temple de la Gloire. L'intérieur seul a subi les changements nécessaires à sa nouvelle destination. Le péristyle, de cinquaiite-deuï colonnes corinthiennes, repose sur un stylobate de quatre mùtre.s de hauteur. Au'nord et au midi de l'é-
difice sont deux vastes perrons; celui qui fait face à la place Louis XV a trente marches, et offre la principale entrée.
On arrive à un vestibule extérieur, puis à un autre vestibule intérieur qui, à droite et à gauche, présente deux chapelles, l'une destinée aux baptêmes, et l'autre aux mariages.
De ce vestibule on entre dans la nef 1 par une arcade haute de vingt-cinq mètres
Ecrlise St-Louis en l'Ile.
quatre-vingt-onze centimètres, ou à peu près de quatre-vingts pieds, et large de quatorze mètres quatre-vingt-treize centimètres, ou près de quarante-trois pieds.
Cette nef est décorée de deux ordres, l'ionique et le corinthien, élevés sur le même stylobate.
Elle a six chapelles, trois de chaque côté; elle communique au chœur par une arcade semblable à celle du vestibule intérieur; le plan de Ce chœur est demi-circulaire.
Cet édifice, dont je ne décris pas toutes
V DULAURB
les parties intérieures, doit être, par la grandeur et la majesté de ses proportions, par la beauté, la richesse de ses formes, placé au rang des plus beaux monuments de ce genre dont la France et la ville de Paris doivent s'honorer.
Sainte- jIadeleîne de la Vîlle-Lévé- QUE. Je reviens sur cet article dont j'ai, à plusieurs reprises, entretenu mes lecteurs, pour fjouter que M. Vignon, architecte, dont les dessins obtinrent la préférence, fut chargé de h continuation de ces travaux; et qu'en 1834, iors de l'exposition' des
produits de l'industrie, la façade de cet édifice, débarrassée de ses échafaudages, fut mise à découvert. Celte vue étonna et excita le plus \if enlhousiasme. Cette façade fut jugée comme un chef-d'œuvre, comparée à celles des vlus beaux édifices connus à Paris et en France, qu'elle surpasse en magnificence et en beauté. On a tout lieu de croire que la décoration de l'intérieur répondra dignement à celle de la façade extérieure ; quelle excitera la même admiration, et ajoutera encore à la gloire de l'architecte et à l'embellissement de la capitale.
Spectacles.
Bonaparte, on ne sait d'après quelle inspiration, jugea convenable de réduire le nombre des théâtres de Paris ; par son décret du 8 août 1807, il en supprima plusieurs et n'en conserva que huit : les quatre grands théâtres furent maintenus; parmi les théâtres inférieurs, le théâtre de la Gaîté, établi en 1760, celui de l' Ambigu-Comique, établi en 1772, boulevard du Temple; le théâtre des Variétés, boulevard Montmartre; le Vaudeville, furent pareillement conservés. Il fut ordonné que tous les autres seraient fermés au 15 août suivant. J'ai donné, dans ce \olume et dans les précédents, de suffisantes notices sur ces divers théâtres ; je n'y reviendrai pas.
Quelques années après, la sévérité du gouvernement se relâcha en faveur d'un établissement dramatique appelé les Jeux Gymniques : on lui accorda la salle de la Porte-Saint-Mai tin où, depuis l'an 1781 jusqu'en 1794, avait joué l'Opéra, salle abandonnée depuis celte dernière époque.
Le l^r jaiivier 1810, fut solennisée louverture de ce nouveau spectacle qui se maintient encore. Le public n'a pas admis sa dénomination savante de Jeux Gymniques, et ne lui donne que celle de théâtre de la Porte-Saint-JMarlin.
Plusieurs . autres spectacles spéciaux furent en vigueur ou s'établirent à Paris sous ce gouvernement. Au premier rang il faut placer le Cirque-Olympique, qui, d'abord situé au Mont-Thabor et rue Saint-Honoré, n» 355, ensuite dans la rue du Faubourg-du-Temple, et actuellement sur le boulevard de ce nom, existait du temps du Directoire : c'est un théâtre d'exercices d'équitolion, de pan-
tomimes et de mimodrames, dirigé par les sieurs Franconi. Là, les chevaux sont les principaux acteurs; là, on admire le pouvoir de l'éducation sur ces animaux, et le talent de celui qui les a élevés.
Le Spectacle pittoresque et mécanique du sieur Pierre, rue du Port-Mahon, depuis transféré dans une maison de la rue Montesquieu, spectacle curieux et surprenant par l'exacte imitation de la nature. Il n'existe plus.
Les Panoramas (1), situés sur le boulevard Montmartre et sur le boulevard des Capucines. Ici les sites les plus intéressants, les plus historiques, étaient offerts, dans l'exactitude la plus rigoureuse, aux yeux du spectateur placé au centre du tableau.
Je ne parle pas du Cosmorama, ni du spectacle dd sieur Comte, dont les tours d'adresse offrent toujours de nouveaux sujets d'élonnement.
Sous le gouvernement qui a succédé à celui de Bonaparte, deux nouveaux théâtres se sont établis à Paris : le Gymnase dramatique, situé sur le boulevard de Bonnes-Nouvcllus, entre les nos 4 et 10, fut ouvert le 23 décembre 1820 ; l'édifice du théâtre fait honneur a son architecte, le sieur de Rougevin.
Le Panorama dramatique, situé sur le boulevard du Temple, fut ouvert le 14 avril 1821. Ce théâtre n'existe plus.
(1) L'invention de ce spectacle est due à Robert Barl^er, natif d'Edimbourg, qui, le 19 juin 17B7, en obtint le brevet. Trois années après, il lit l'ouverture du premier Panorama qui représentait la ville de Londres. Ce nom se compose de deux mots ■grecs qui signifient : vue de la totalité. Robert Fulton, citoyen des Etats-Unis, ingénieur mécanicien, introduisit le premier en France cette ingénieuse manière de représenter la nature ; il obtient , au mois de nivôse an VII (janvier 1799 ), un brevet d'importation que peu de mois après il céda à son compatriote James. Le premier Panorama dirigé par Fulton représentait la ville de Paris ; le second représenta la vuo de Toulon et de ses environs, vue qui parut exécutée avec plus de supériorité que celle de Paris. On peignit depuis beaucoup d'autres vues. Le spectateur paraît placé au centre d'un vaste paysage dont il voit autour de lui toutes les parties.
sous NAPOLEON
US
prisons de Paris au dix-neuvième siècle (1).
Bonaparte créa, par un décret impérial flu.3 mars 1810, huit prisons illégale:;, çu'il qualifia, comme dans l'ancien régime, île prisons d'Etat. Ainsi, la prison du Temple (2) s^^ccéda à la Bastille, et celle deViDcennes eut son ancienne destination. Quant aux prisons légales, il prescrivit, par un arrêté du 23 nivôse an ix (1 3 janvier 1801), qu'il ne serait fourni par jour aux détenus dans les maisons d'arrêt, de justice et prisons, d'autres comestibles qu'une ration de pain et de soupe ; cet arrêté ajoute qu'ils pourront améliorer leur sort par le travail ; du reste, il n'opéra aucun changement notable dans les prisons légales. Néanmoins, pour compléter cette histoire, je vais ofïrir le tableau de l'état des prisons pendant son règne, et indiquer celles qui ont été supprimées.
Conciergerie. Cette prison, la plus ancienne, la plus formidable de toutes, et qui fait partie des bâtiments du Palais de Justice, ancien palais des rois, conserve encore le caractère hideux des temps féodaux. Ses tours, son préau, le corridor obscur par lequel les prisonniers y sont introduits, portent dans leur âme la tristesse et l'effroi. Malheur à celui qui, coudamné à y séjourner, n'est pas assez pourvu de ressources pécuniaires pour pouvoir payer ce qu'on appelle la pistole, c'est-àdire la location d'un lit. 11 est logé dans des pièces obscures et humides, couché sur la paille, et confondu avec beaucoup d'autres infortunés, innccents ou criminels -. le sommeil ne peut guère calmer ses inquiétudes.
Une cour assez vaste,, appelée Préau, moitié construite au treizième siècle, moitié reconstruite dans des temps modernes, et dont le sol se trouve enfoncé au-dessous du niveau des rues voisines, sert de promenade aux prisonniers, promenade dont on ne leur permet de jouir que depuis huit heures du matin, et dont ils sont privés à six heures du soir en été, et à quatre heures en hiver.
(1) Il est bon de dire ici, en commençant ce paragraphe, que l'état des prisons s'est, depuis quelques années, sensiblement amélioré.
(2) La prison dite la Tour du Temple fut démolie en 1805.
Cette maison communique au tribunal, où les accusés sont conduits pour y entendre leur sentence de vie ou de moVt.
La tour de Montgomery, qui servit de prison au seigneur de ce nom. et après lui à Ravailbc et àDamiens, fut démolie en 1778, lorsqu'on s'occupait de la reconstruction du Palais de Justice; cette tour gênait les plans de l'architecte.
Prisons du Grand- Chatelet. Ces prisons furent détruites en 1802, avec l'édifice du Chatelet; elles étaient très meurtrières.
La Tournelle, située sur la rive de la Seine, au-dessus du pont de ce nom, ancienne forteresse qui faisait partie de l'enceinte de Philippe-Auguste, et où, dans les derniers temps, on" déposait les prisonniers condamnés aux galères, fut démolie en 1790.
Prison de l'Abbaye, située rue Sainte- Marguerite. Elle offre un bâtiment très solide et isolé; elle était celle de la justice du seigneur abbé de Saint-Germain; elle est depuis longtemps destinée aux mililaires; mais, pendant la révolution, on y introduisit des hommes qui ne l'étaient pas. Les cachots de cette prison monacale s^nt horribles; un prisonnier s'y tient à peine debout, et n'y peut vivre longtemps : on ne s'en sert plus.
Les prisonniers qui n'ont pas le moyen de prendre la pistole sont réduits au p'ain de munition, à un bouillon peu nourrissant et à la paille. Ils y attendent leur sort, qui est prononcé par jugement d'un conseil de guerre.
Prisons de la Force. On distingue sous ce nom deux prisons qui sont contiguës sans se communiquer, la Grande et la Petite-Force. Ces deux prisons doivent également leurs noms à l'emplacement de l'hôtel de la Force, qui existait au treizième siècle, avait appartenu à Charles, roi de Naples et de Sicile, frère de saint Louis, et qui, dans la suite, eut pour propriétaire le duc de la Force. Une partie da l'emplacement de cet hôteJ fut distraite de l'autre, et on y reconstruisit l'hôtel dô Brienne; c'est cette dernière partie qui forme aujourd'hui la Petite-Force. L'autre partie conserva le nom primitif et devint la prison appelée la Force ou la Grande- Force.
Le gouvernement, en 1754, acheta ces deux hôtels, dans le dessein d'y établir une école militaire. Ce projet n'eût pas de
suite : un autre emplacement fut choisi pour cette école.
Le ministre Necker, voulant établir des prisons plus commodes, plus salubres, proposa la suppression de deux prisons corruptrices, au physique comme au moral, celles du For-l'Evêque et du Petit - Châtelet, et l'établissement d'autres prisons plus saines et plus vastes. Il en résulta une déclaration du roi, du 30 août 1780, qui ordonne l'établissement d'une prison à l'hôtel de la Force, et la suppression des deux prisons que celle-ci devait remplacer.
L'hôtel de la Firce fut alors disposé pour y recevoir les prisonniers, et ils y furent transférés au mois de janvier 4782. Cette prison, dont l'entrée est placée rue du Roi de Sicile, no 2, fut alors divisée en six départements : le premier destiné au geôlier, au guichetier et autres employés ; le second aux prisonniers détenus par défaut de paiement des m.ois de nourrice de leurs enfants; le troisième aux débiteurs civils ; le quatrième aux prisonniers de police ; le cinquième aux lemmes prisonnières, et le sixième au dépôt de mendicité. Cet ordre de choses éprouva des changements.
Le bâtiment neuf est le plus remarquable de cette prison. Situé entre deux cours plantées d'arbres, on y arrive par une ruelle obscure : c'est là que logent les prisonniers qui sont assez riches pour prendre la pistole.
Ce bâtiment est construit de pierres de taille unies entre elles par des liens de fer. Ses quatre étages sont voûtés, et contiennent de vastes salles munies de lits de camp. Les parloirs sont à double grille. Les cachots, ténébreux et humides, servent à renfermer les personnes dont on redoute l'évasion.
Voici le tableau que M. Delaborde a tracé de cette prison : « A la Grande- « Force, sont encombrés dans une salle K bnsse, tenant lieu de chauffoir, loO ou « 200 malheureux, la plupart sans bas, « sans souliers, couverts de haillons, ne « recevant pour nourriture que du pain « et de l'eau, et une cuillerée de soupe à « la Rumforl, appelée communément pi- « tance d'ois'fs; n'pynnt qu'un retrait « commun, q'ïil est impossible de net- . « toyer, et qui exhale une odeur fétide. « Il en esta peu près de même du troi- « sième corps de logis (appelé bâtiment
K du centre), donnant sur la cour, nommé «le Préau; du bâtiment neuf, où sont « 200 détenus qu'on entasse la nuit, <c soixante ensemble, sur un lit de bois, « sur des paillasses puantes, et dans des « salles qui n'ont pas été blanchies de- « puis qu'elles existent. Un baquet leur « sert de latrines communes; et dans les « longues nuits de l'hiver, pendant quinze « à seize heures de suite, ces malheureux, « qui ne sont que prévenus, respirent un « air empesté.
«t L'administration, au lieu de réparer « leur triste demeure, élève devunt eux « des chapelles somptueuses.
« Plus loin, dans une cour séparée (la « nouvelle infirmerie), sont 15 ou 20 ence fants de dix à douze ans, la plupart les « pieds nus, et ne recevant des bas et des « habits que de la chari é publique. Ils « sont abandonnés à eux-mêmes et livrés « aux plus honteux exemples, sans que « personne s'occupe de leur sort (1). »
Prison de la Petite-Force, ci-devant hôtel de Bi ienne, conliguë à celle de la Grande-Force, et dont l'entrée, remarquable par un portail caractéristique, bâti par l'architecte Desmaisons, est située rue Pavée-Saint-Antoine, n» 22.
Lorsqu'on 1785 on eut aboli la prison Saint-Martin, où les filles publiques étaient renfermées, on transféra ces filles dans l'hôtel de Brienne, dite la Petite-Force, hôtel qu'on avait disposé pour les recevoir, et qui fut uniquement destiné à punir, non la prostitution, mais ^es délits qui peuvent en résulter.
Voici ces délits punis par la prison : si ces fifles mécontentent leurs matrones, ou les igentsde la police qui les gouvernent; si elles outrepassent, dans les rues qu'elles parcourent, •les limites qui sont prescrites à chacune d'elles; si elles occasionnent du tumulte, elles sont arrêtées.
A leur entrée dans ce lieu de détention,' e-les éprouvent une métamorphose presque totale. Tout le mérite qu'elles doi vent à leur ajustement disparaît, elles reçoivent l'uniforme de la prison ; le taffetas, le linon sont remplacés par la bure grossière, les chapeaux fleuris par une coiffe de grosse toile, et les souliers élégants par des sabots.
Elles s'y enivrent, se caressent, se que-
(1) Mémoire sur les Prisons, par M. Delà-
sous NAPOLEON
relient, se battent, fument la pipe, et, pour se réchauffer en hiver, dansent des rondes.
On les occupe à des travaux grossiers, à filer, à coudre. Il est dans la fociélé, m^me dausles hauts rangs, des professions plus infâmes que la leur ; mais il n'en est pas, je crois, de plus malheureuses que celle des femmes livrées à la prostitution.
Pr.isoN DE Saint-Eloi, située rue Saint-Paul : elle n'existe plus.
Prison de Saint-Lazare, située rue du Faubourg-Saint-Denis, no 117. Cette ancienne lépro?erie, dont j'ai parlé, était, dès le dix-sept/c-me siècle, une maison de correction où l'en renfermait des jeunes gens de m.œurs déréglées, des prêtres qui mécontentaient ■curs supérieurs, etc. Aujourd'hui elle Cl' uniquement destinée à renfermer les fenimes en prévention ou condamnées, et les filles publiques détenues par mesure de police.
On y occupe ces femmes à coudre, à broder et à filer de la laine et du coton ; travail avantageux à la maison, qui préserve les détenues de l'ennui, du desespoir, et qui leur procure un petit profit.
On remarque dans ces prisonnières, comme dans cttlles de la Petite-Force, des affections désordonnées, des passions féminines qui, contenues par la surveillance, n'en sont que plus violentes. De là naissent des jalousies, des haines, qui éclatent avec i.ne fureur que la crainte des châtiments ne peut pas toujours arrêter. Tranquilles en apparence pendant leur travail, leurs animosités ou leurs passions amoureuses se manifesten"^ aux heures de la promenade, aux jours de dimanche après la messe et le sermon : elles s'invectivent, se déchirent, ou se caressent, et offre l'image des Bacchantes enivrées.
Cependant il est des condamnées qui, douées d'une certaine éducation, s'éloignent de ces furies dont elles ne partagent ni les emportements ni les désirs impies : elles sont laborieuses, soumises, et s'appliquent à faire oublier la cause de leurdétention. Quelques-unes obtiennent, par leur bonne conduite, la faveur d'être chefs d'ateliers.
Prison des Madelgn'nettes, autre prison de femmes, située rue des Fontaines, entre les nos 14 et 16. J'ai parie de ce couvent de religieuses pénitentes,
qui a été converti en prison pour des personnes qui ne le sont guère. On y enferme des femmes prévenues de quelques délits; elles y attendent leur jugement, qui doit les rendre ii la liberté, ou les envoyer à la Conciergerie. Cette maison sert aussi a la réclusion des femmes condamnées par le tribunal correctionnel. Dans des bâtiments séparés sont détenues des femmes arrêtées pour dettes.
Les jeunes filles détenues dans cette maison par l'effet de la puissance paternelle étaient, en 1819, au nombre de neuf : la plus âgée avait dix-neuf ans, et la plus jeune treize : le nombre moyen est de neuf à douze ; elles travaillent pendant l'hiver dans une pièce commune.
Une seule était attaquée de la maladie vénérienne.
En 1817, on y a construit une chapelle dont le projet fut approuvé le 7 août 1816.
On a établi dans cette maison des ateliers où les prisonnières sont assujetties au travail.
Sainte-Pélagie, située quartier du Jardin des Plantes, rue de la Clef, n° 14. J'ai parlé de l'origine de cette maison, ' qui fat bientôt convertie en prison destinée aux femmes de mauvaise vie, et où les pères faisaient enfermer leurs filles, et les époux leurs femmes dont la conduite était déréglée. Aujourd'hui elle contient des jeunes gens détenus par l'autorité paternelle, des débiteurs et des prévenus pour délits politiques.
M. Delaborde parle ainsi de cette prison, et Le corps de logis destiné aux pri- « sonniers pour dettes dans la maison « de Sainte-Pélagie, et qui n'est dispo- « se que pour contenir cent détenus, en « a cent vingt et quelquefois cent cin- « quante. Il consiste en trois étages, com- « posés chacun d'un corridor étroit dont « les chambres ne reçoivent le jour que « par des espèces de soupiraux placés sous « le toit sans mansardes. Aucune de ces « chambres n'a de cheminées; il règneua « froid cruel dans les unes et une chaleur « asphyxiante dans les autres Ces cham- « bres, qui ne^ peuvent contenir q ;e trois « ersonnes, en renferment ordinairement c cinq ou six, et la malpropreté y esc par- ' « tout réNoltante. Ces malheureux n'ont « pour se promener qu'un corridor qui « n'a pas quatre piedsde large, et le Préau. « qui n'a pas trente pieds carrés. Ils ont" <^ inutilement demandé, pendant des an-
« nées, qu'on établît des courants d'air et « des ventilateurs dans le plafond.
« Renfermés des huit heures du soir, « en hiver, jusqu'à sept heures du matin, € sans qu'il soit possible à aucun d'eux « de sortir dans le corridor pour satisfaire « à ses besoins, souvent cinq ou six indi- « vidus sont obligés de souffrir douze « heures de suite de l'infirmité d'un seul.
« L'infirmerie est plus sale, plus mal « tenue que tout le reste de la maison. « Le mauvais usage de faire coucher les « galeux deux et souvent trois ensemble, « prolonge cette maladie, et la communi- « que à d'autres prévenus. »
Les prévenus de délits politiques ne jouissent ni de plus d'aisance ni déplus de salubrité : ils préfèrent le séjour de la Grande-Force à celui de Sainte-Pélagie.
« Le régime de cette prison, dit encore « M. Delaborde, est assez mauvais, et « rien n'excuse la malpropreté qui y rè- « gne. Les murailles n'ont pas été blan- « chies depuis vingt ans, et tout accuse « à la fois l'incurie de la haute adminis- « tration et la négligence des subordon- « nés (1). »
Les enfants détenus à Sainte-Pélagie par l'effet de la puissance paternelleétaient, au mois de juin 18(9, au nombre de dixneuf: le plus âgé avait dix-neuf ans, et le plus jeune neuf ans. Leur nombre moyen est de quinze à vingt. Chacun de ces enfants a sa chambre et son lit; ils travaillent h faire des cardes, et sont entièrement séparés des autres prisonniers (2).
Les enfants filous, détenus d'abord à la Force après leur jugement, passent à Sainte-Pelagie ; les plus coupables sont envoyés à Bicêtre.
On a construit dans cette prison une chapelle dont le projet fut approuvé le 7 août '1816.
Bicêtre. J'ai parlé ailleurs de l'hospice de cette maison (3) ; je ne l'envisage ici que sous le rapport de prison.
Six corps de bâtiments à plusieurs étages, et dont les fenêtres sont garnies de barreaux de fer, composaient les prisons de Bicêtre. Ces bâtiments, pour l'avantage des prisonniers, se sont augmentés dans la suite.
|1] Mémoires de M. Alexandre Delaborde, (2) Rapport fait à la Société royale pour l'amélioration des prisons, Is 8 juin 1819. [3] VoyeSy ci-dessus, Hospice de Dicêire,
Cette maison est administrée par deux autorités distinctes : la préfecture de police et la préfecture de la Seine. La première, très active, a sous sa direction tout ce qui tient à la sihreté : le greffe, la conciergerie, les guichetiers, etc. La seconde, calme et passive, dirige et nomme les régisseurs, les commis, les officiers de santé, l'aumônier et les hommes de peine.
Une compagnie de vétérans, logée dans les bâtiments de la prison, sert à"y maintenir l'ordre.
La prison de Bicêtre est instituée pour contenir quatre cents prisonniers, et sa population moyenne était, en 1817, d'environ huit cents.
Dans la prison, on a établi un appareil semblable à celui de l'hôpital Saint- Louis, pour le traitement des maladies de la peau parles fumigations sulfureuses. Les médicaments sont fournis par la pharmacie centrale des hôpitaux.
Il manquait à Bicêtre une lingerie :
le transport du linge se faisait une fois par semaine, ce qui était sujet h beaucoup d'inconvénients, et causait parfois des retards dans le service. On changeait de draps une fois par mois ; mais le linge de ces draps, comme celui des chemises, est, dit M. Pariset dans son rapport, formé d'une toile brune et grossière, et d'une dureté presque métallique. Les prisonniers, pour user les aspéri'és de cette toile, et la rendre plus flexible, la courbent sur l'angle de leur bois de lit, et la frottent vigoureusement jusqu'à ce qu'elle paraisse plus assouplie. Le linge, par ce frottement, est bientôt usé, et l'économie qu'on a voulu atteindre se trouve trompée. Le même médecin nous apprend, dans son rapport, queles draps et les chemises sont souvent délivrés aux prisonniers dans un état d'humidité et mal lavés (1).
En <823, on a paré à ces inconvénients en établissant dans cette maison une belle lingerie.
ÎDans les infirmeries on donne aux malades du linge blanc et plus fin.
M. Pariset signale, dans le régime de cette prison, plusieurs abus, plusieurs vices, et propose des réformes utiles, qui, on doit l'espérer, seront adoptées. On voit avec plaisir cet éloquent écrivain, sans cesser d'être juste sur la rigueur des
(1) Rapport fait dans la séance du 8 juîa
sous NAPOLEON
^.peines, plaider la cause des mnlheureux
qui les subissent. Il fait sentir la nécessité
de leur procuror une nourriture plus abon*
! dante et [lus substantielle. « Le pain,
î « dit-il, est généralement amer, aigre,
/ « mat : étant mal conditionné, il passe
« vite, et ne nourrit pas ; il fatigue l'esto-
« mac, il use ses forces et ne les répare
« point... Il est naturel que le prisonnier
« prenne en haine qui le nourrit mal. De
« là vient que la morale trouve son cœur
« fermé. Comment serait-il touché de vos
« préceptes, lorsque vous ne Tètes point de
< sa misère? Et que reste-t-ilà un homme ^ « qui se croit le rebut des autres, que le
« souhait demourir en lesdétesta:it? Aussi « est-il d'observation que, pressés par le « supplice d'une faim toujours allumée et « toujours mal satisfaite, des prisonniers « ont voulu se pendre, et que d'autres, « pour abréger une vie malheureuse, se « sont précipités avec fureur dans les dé- « pravationsles plus révoltantes. Par toute « la terre, la faim est le plus dangereux « de tous les conseillers. Si vous voulez « que le prisonnier soit discip'inable, ne
■ l'irritez pas par la faim ; et, si vous « voulez épargner à lui cette torture, et « à vous cette indignité, n'hésitez pas, « donnez-lui de bons aliments (1). »
Le même médecin, avec sa verve et son talent connus, fait des observations d'une haute importance. Ce qu'il dit sur les mauvais traitements qu'on fait éprouver aux prisonniers devrait servir de règle à tous ceux qui ont de l'autorité sur eux. Il dénonce form.ellement les abus de ce qu'on appelle la cantine; abus qui deviennent une source de vexation contre les prisonniers, et de fortune pour le concierge.
< Le concierge, dit-il, a intérêt de vente dre, puisque cette vente fait son gain : « il vend à des prix immodérés ; le pri- « sonnier qui se plaindrait serait mal re- « eu, peut-être ser.it-il mis au cachot,
■ peut-être aux fers... Le prisonnier so- « bre n'est pas vu de meilleur œil... C'est « un désordre impossible à concilier avec « le salutare projet d'améliorer le moral « des détenus, que l'existence d'un ordre « de choses où le concierge, qui, par la na- « ture de ses fonctions, doit avoir une « autorité presque absolue sur les prisou-
(1) Rapport fait au conseil général des prisons, dans les séances des 25 mai et 8 juin
« niers, ait, parla cantine, la faculté de « les voler, de les corrompre, et de leur « faire 'dissiper d'avance la réserve do ' leurs travaux; et où le détenu est tou- « jours .^ous le coup de rinju>tice (1). »
Des abus plus graves encore existaient avant l'établissement de la Société royale pour l'amélioration des prisons, et doivent être aujourd'hui entièrement réformés. Voici des désordres que M. Pariset n'a point révélés, sans doute parce qu'ils n'existaient plus.
Les deux administrations, en présence l'une de l'autre dans cette maison, se nuisent réciproquement. L'administration de la préfecture départementale se fait remarquer par un calme qui ressemble à la faiblesse; celle de la préfecture de police se distingue par une activité excessive, quoique bien intentionnée : ses agents trouvent avec facilit?, sans employer la provocation, des prisonniers empressés à devenir les dénonciateurs d'autres prisonniers, moins criminels qu'eux, ou auteurs de crimes pour lesquels ils n'avaient pas encore été condamnés. Ces dénonciations, trop facilement accueillies peut-être par les agents de la police, étaient la source d'une foule de stratagènws, d'intrigues, de séductions, et la matière des rapports que ces agents adressaient journellement à la préfecture de police : la malheureuse victime de ces manœuvres était plongée djns les cachots ! Voilà comment ou plaçait les détenus sur la voie de la morale.
Le concierge, sans en instruire l'autorité, les guichetiers, pour des causes très légères, mettaient arbitrairement les détenus dans les cachots. Ce n'est point par des iniquités et des abus de pouvoir qu'oa peut ramener les criminels à la vertu.
La loi défend les distinctions entre les condamnés, et de prélever sur eux des rétributions. Le concierge continuait d'enfreindre la loi en faveur des condamnés payants ; cent et tant de détenus portaient, pour leur argent, des vêtements distingués; et, moyennant six ou dix livres par mois, ils couchaient seuls, avaient une table payée trente sous par mois, et une chaise douze sous.
Ce ne sont là que les moindres abus ,. existants dans cette maison. Des condam- v
tt
(1) R'ippnt fait au conseil général des prî- **sons, dans les séances des 25 mai et 8 juin
li^O
nés se jouaient des devoirs de la religion, qu'on leur avait imposés depuis quelques années; ils se prêtaient à toutes les pratiques extérieures, même les plus sacrées du culte, et n'en continuaient pas moins leurs détestables habitudes. La pédérastie en faisait périr un grand nombre.
La surveillance de la police était poussée à un tel excès, et les dénonciateurs étaient si favorisés, que la méfiance, l'inquiétude, le dégoût, troublaient les travailleurs- jusque dans leurs ateliers, désertés par un grand nombre. Cette surveillance s'étendait jusque sur les employés de la maison.
Il faut certainement de la sévérité parmi ces hommes vieillis dans le vice; mais, si elle dépasse les bornes de la justice, elle ne corrige point; elle irrite, elle révolte, ou engendre de nouveaux vices dans l'àme de ces criminels.
Ces abus et plusieurs autres, dont la description m'entraînerait dans de trop longs détails, ont été réformés depuis 1818 ; ils étaient connus du docteur Pariset, puisque, dans son rapport, on lit cette phrase consolante : « J'ai vu Bicêtre à « deux époques différentes : dans l'une, « Bicêtre rivalisait l'enfer des poètes; dans « l'autre, qui est l'époque actuelle (18 19), « il s'administre comme un couvent (1). » Le nombre des prisonniers s'est élevé, en 1818, à près de 1,100, et a dépassé constamment celui de 1,000. En cette dernière année, on y comptait 238 condamnés à la détention, 41 8 à la réclusion, 304 aux fers, 3 à la déportation, et 43 suspects. Elle donne cette qualification à des gens soupçonnés de crimes, et que la police fait renfermer pour des motifs connus d'elle seule : en général ce sont des voleurs adroits.
A l'exception de ces suspects, des condamnés aux fers et des infirmes, tous les prisonniers sont astreints au travail ; et, dans les années 1817, 1818 et 1819, on s'est occupé de nouvelles constructions pour les ateliers de Bicêtre.
Le produit des travaux est ainsi réparti : le gouvernement retient un tiers et deux centimes par franc, pour se défrayer du coucher et des vivres.
Un tiers est payé chaque semaine aux
(1) Rapport de M. Pariset fait au conseil général des prisons, dans les séances des 25 mai et 8 juin 1819^ page 51.
travailleurs ; le troisième tiers reste en fonds de réserve, comme masse, pour être rendu k l'individu lors de sa sortie de Bicêtre.
Les non-travailleurs ont, par jour, une livre et demie de pain, un demi-litre de bouillon à la Rumfort; ils couchent sur une paillasse que l'on renouvelle une fois l'an, ou plus souvent, s'il y a extrême besoin: ils ont de plus un traversin en balle d'avoine, une couverture et une couchette; ils couchent deux dans le même lit.
Les travailleurs ont, par jour, une livre et demie de pain, un demi-litre de bouillon ordinaire, un demi-litre de haricots ou lentilles apprêtés, et, deux fois par semaine, quatre onces de viande désossée. Ils couchent deux dans un lit composé d'une paillasse, d'un matelas, de draps, d'une couverture et d'un traversin de balle d'avoine.
Les infirmes couchent seuls, et sont nourris comme les travailleurs.
Le nombre des prisonniers malades traités dans les infirmeries forme le dixième de la population de Bicêtre. Deux vastes salles, l'une pour la médecine, l'autre pour la chirurgie, reçoivent 90 à 100 malades. En 1818, on y comptait 33 fiévreux, 1 8 vénériens, 1 0 blessés, 8 teigneux, 9 scrofuleux, 4 scorbutiques et 8:2 galeux.
Les galeux, nourris comme les travailleurs, ne sont pas considérés comme malades, et habitent une salle particulière.
Dans un rapport fait, en 1819, au conseil général des prisons, la population des prisonniers, en 1818, se montait à 820 personnes, et le nombre des malades était de 80. Il y a eu des jours où le nombre des malades a été de 113, et celui des galeux de 108. Tous les lits de la salle de médecine, qui en contient 47, étaient occupés pendant l'été de 1819.
Tous les malades couchent seuls sur une couchette garnie d'une paillasse, de deux matelas, de draps, d'un traversin en plume et de deux couvertures. Des poêles chauffent les salles en hiver, à dix degrés de Réaumur. Leur nourriture consiste en une livre de pain blanc, six onces de viande désossée, un demi-litre de bouillon, un double centilitre de vin. Ils peuvent, en remplacement de la viande, demander des pruneaux, des œufs durs ou à l'oseille, une côtelette, du riz ou du
vermicelle au lait ou au gras, des haricots, des lentilles, suivant leur coût.
En été comme en hiver, les détenus sont vêtus en toile noire et blanche; on leur donne une veste tous les deux ans, un pantalon tous les ans, une paire de bas de laine tous les six mois, une paire de sabots tous les six mois. On accorde des souliers à ceux dont les infirmités les leur rendent nécessaires. On a essayé, dans ces derniers temps, de les habiller d'étoffes de laine en hiver ; ils étaient dévorùs par la vermine.
On accorde des permis à ceux qui demandent à prendre des bains.
Maison DE Charenton-5ai.nt-Maup.ice, destinée aux aliènes, fondée en 1641. Elle est moins une prison qu'un hospice : j'en ai parlé ci-dessus sous ce dernier rapport. Ses bâtiments peuvent contenir quatre cents personnes insensées; on n'y reçoit que celles dont on peut espérer la guérison : il y a des pensions de plusieurs prix. Le sieur de Coulmiers, ancien directeur de cet établissement, avait cherché à ramener les aliénés par de la musique et des spectacles où les pensionnaires jouaient leurs rôles.
Dans cette maison, qui était aussi maison de détention, fut renfermé, puis mourut en 1813, ce profond scélérat nommé marquis de Sndes! qui, par ses exemples atroces et ses écrits non moins horribles, s'est m.ontré l'apôtre de tous les crimes, de l'assassinat, du poison, et l'ennemii de tout ordre social : ce monstre a passé une grande partie de sa vie dans les prisons, et son titre de marquis l'a vingt fois sauvé de l'échafaud.
Telles étaient les prisons qui existaient avant la Révolution, et dont quelquesunes, pour avoir changé de destination, n'ont pas cessé d'être en activité. Je vais y joindre la notice des prisons établies depuis.
Pendant la Révolution, on s'occupa beaucoup de ram.élioration du sort des prisonniers. Le 22 juillet 1791 , une loi ordonne l'établissement des maisons de correction destinées aux jeunes gens âgés de moins de vingt et un ans, et aux personnes condamnées par voie de police correctioniîelle; elle prescrit la séparation des personnes des deux sexes et le travail des prisonniers.
La loi du 29 septembre de la même année établit des maisons d'arrêt pour y
sous NAPOLEON 421
détenir ceux qui y seront envoyés par mandat d'officiers de police, et des maisons de justice près de chaque tribunal criminel.
Celle du 21 octobre 1791 établit des maisons de- justice municipale pour les individus pris en flagrant délit.
Sous le régime de'la terreur, il fut établi à Paris un grand nombre de prisons extraordinaires, dans la plupart des édifices nationaux (1); elles n'eurent qu'une existence passagère, et s'ouvrirent à la mort de Robespierre. Le 1er juillet <800, le gouvernement attribua au préfet de police de Paris la surveillance des prisons, maisons de dépôt, d'arrêt, de justic«, de force et de correction. Ce préfet conservé encore ces attributions.
Prison de dépôt de la préfecture cC POLICE ou Prison MUNICIPALE, situéedans les bâtiments de la Préfecture de police. Cette prison se divise en deux parties principales :
La première , composée de chambres particulières et assez commodes, porte le nom de Salle Saint-Martin : elle est destinée aux personnes qui peuvent fournir aux frais de leur logement et de leur nourriture.
La seconde partie consiste en'un ancien bâtiment à trois étages , dont chacun se compose d'une pièce longue, étroite et obscure, de sombres cabinets pour les prisonniers mis au secret, et de quelques cachots.
Au premier étage sont logées les filles publiques , au second des prévenus, et au troisième ceux qui paraissent les moins coupables. Voici les observations de M. Deîaborde sur cette partiedela prison m.unicipale :
« Un honnête homme qui serait ac- « cusé par la malveillance , ou suivi dans « la rue au moment d'une émeute ou « d'une voie de fait, ou saisi par mé- « garde, est amené au dépôt de la prefec- « ture de police, et confondu avec ce que « la crapule, la malpropreté, le vice ont « de plus odieux, dans un local infect, « qui n'est jamais blanchi ni purifié, à « moins que l'extérieur de cet homme ne « le fasse connaître pour quelqu'un au- « dessus de la classe commune, et cela
(1) Voyez Almanach des Prisons, le Tableau des Frisons de Paris soiw le règne die iîobespierre, etc., etc.
un
m n'a guère lieu pendant la nuit : il pour- « rait resterdansce cloaqueassezde temps « pour y contracter toutes sortes de ma- « ladies" contagieuses. Il eu est de même « pour les femmes, qui, dans les premiers « moments, peuvent se trouver avec ce « qu'il y a de plus abject... Si l'homme « arrêté n'est pas connu, ou qu'on juge à « son extérieurqu'ilmérilemoinsd'égards, « ou seulement si les salles Saint-Martin « sont occupées, il est renfermé dans une « salle commune d'une malpropreté révol- « tante; il est confondu avec ce que Paris « offre de plus honteux : les voleurs, les « vagabonds, les mendiants , la plupart « couverts de vermine et d'éruptions cuta- « nées, et entassés l'un près de l'autre « comme des bêtes; et quelquefois on « reste cinq à six jours sans y être exa- « miné (1). »
Cette cruelle insouciance pour les malheureux, ces dangers ont sans doute cessé ou cesseront bientôt par la sollicitude des membres de la société pour l'amélioration des prisons.
Voici, suivant M. Delaborde, le nombre des prévenus entrés dans cette maison pendant l'espace de cinq années :
En 1813 furent conduits à la prison de la préfecture de police. '10,737 personnes.
En 1814. . . . 12,659
En 1815. . . . 14,414
En 1816. . . . 17,649
En 1817. . . . 18,132
En 1818. . . . 14,54.7
Toutes les personnes arrêtées par mandats du préfet de police ou par ordre des commissaires sont conduites dans cette prison municipale: là elles attendent la liberté ou bien une autre prison.
Prison militaire de Montaigu, située rue des Sept- Voies. Elle occupait une partie des bâtiments de l'ancien collège de Montaigu, qui, dès l'an 1792, fut converti en hôpital et en prison militaire. On y renfermait pour peu de temps ceux qui s'étaient rendus coupables de quelques infractions contre la discipline; les soldats qui, casernes hors de Paris, se rendaient sans permission dans cette ville, et autres soldats de la place convaincus de
(1) Mémoire sur les Prisons, par M. Alexanpre Delaborde. Constitutionnel du 12 juin
légers délits. Le régime de cette maison., de correction était assez doux.
HÔTEL DE Besancolrt, maison de dé-' tentioii ,siturequai Saint-Bernard, destiné» aux délinquants de la garde nationale parisienne. Par une décision du ministre de l'intérieur, du 9 mars 1819, cette prison devait avoir une autre destination, et être disposée pour y recevoir les accusés de délits politiques, qu'il était inconvenant,, sous fous les rapp rts, de laisser reufer- . mes dans les prisons ordinaires. .
Prison d'essai, située au quai de l'Hôpital, au-delà du Jardin des Plantes.
Cette prison, établie par ordonnance du roi, du 18 août 1814, est destinée à contenir des jeunes gens corrompus, maiS:
susceptibles d'être ramenés à dos princi- ' pcs de morale. Ce sont des prêtres qui sont chargés de les convertir et de leur inculquer ces principes : le but de cette institution est très louable.
Les enfants placés entre la contrainte, les châtiments et l'espoir d'obtenir leur liberté et un sort meilleur, doivent nécessairement suivre la route qui leur est prescrite; mais ce moyen pourra-t-il agir efficacement sur tous les détenus? Les habitudes seront-elles effacées? N'est-il pas à craindre que ces jeunes gens ne paraissent renoncer au vice de leur éducation que pour y joindre un vice nouveau, celui de l'hypocrisie, qui en ferait des scélérats plus dangereux? Si j'en crois certains rapports, ces craintes ne sont pas. sans fondement. Il est reconnu que les sujets sur lesquels on opérera, si on ne leur donne pas une instruction solide, un métier ou moyen d'existence, ne changeront point; on ne parviendra jamais qu'à convertir leur audace en dissimulation.
Maison des Dames de Saint-Michel, couvent et lieu de correction, situés rue Saint-Jacques, n» 193. Dans ce couvent sont détenues, en vertu d'ordres de la police, des filles et femmes d'une conduite déréglée. On y renferme aussi de petites filles qui n'ont pas encore atteint l'âge de puberté, et qu'on croit nécessaire de punir.
DÉPÔTS DE Saint-Denis ET de Villers- Cotterets. Ces dépôts dépendent de Paris, et sont destinés à recevoir les mendiants, vagabonds, gens sans aveu qui se, trouvent dans cette ville. Je ne connais aucun rapport sur ces dépôts dont les ha-
bitants n'ont point fixé l'attention des amis de Ihumanité, et dont le sort est moins connu que celui des prisonniers de Paris. Les prisonniers y obtiennent du pain au prix de leur liberté, et subissent la peine de leur défaut d'éducation et de ; fortune. Chacun de ces dépôts est divisé : en deux parties : l'une pour les femmes, , l'autre pour les hommes. On y avait établi des ateliers ; les hommes travaillaient à polir des glaces; les femmes à filer et à : coudre: mais les événements des années 48! 4 et 1815 interrompirent ces travaux, qui procuraient aux détenus une distraction utile et des moyens d'améliorer leur sert. Ces travaux ont sans doute été depuis remis en vigueur.
« En examinant l'état des prisons de « Paris, et le régime qui s'y observe, dit « M. Delaborde , on est surtout frappé € d'une chose qui choque autant le bon « sens que la justice : c'est que les déte-
• nus sont plus maltraités en raison de « leur moindre culpabilité: c'est-à-dire
• que le condamné aux galères a une € existence tolerable: le réclusionnaire « une condition moins bonne; l'accusé, au
• moment de son jugement, une situation
• beaucoup plus cruelle , et qu'enfin le « simple prévenu est dans un abandon « affreux, et traité comme le dernier des « scélérats, sans aucun moyen d'adoucir « son sort ; de sorte que beaucoup d'indi- € vidus peuvent regretter de n'être pas « plus coupables (Ij. •
Nous avons l'espoir que ces abus cesseront, que le gouvernement ne méritera plus les reproches que lui adressent les amis de la justice et de l'humanité. L'ordonnance du roi, du 9 avril 1819, qui établit une société royale pour l'amélioration des prisons, et un conseil général des prisons, chargés spécialement de présenter des vues sur leur régime, leur salubrité et l'instruction des détenus, paraît tendre à une amélioration nécessaire ; elle confirme le préfet de police dans ses attributions sur les prisons de Paris, en outre le charge seul de tout ce qui est relatif au régime administratif et économique de ces prisons, des maisons de répression de Sjint- Denis et du dépôt de mendicité du département de la Seine, iLa Société pour l'amélioration des priî
(1) Mémoire sur les Prisons de Paris ^ par M. -Delaborde,
sons, créée au mois de mai 1819, installée le 14 juin suivant, nomma un conseil spécial d'administration, et chaque membre fut chargé de la surveillance d'une de ces prisons."
Compagnie d'assurance contre les Incendies.' C'est au mois de septembre 1810 qu'une société de capitalistes a publié le prospectus de ses statuts et règlements ; depuis, d'autres compagnies se sont constituées pour le même objet. Ces établissements, résultat d'une idée ingénieuse qui concilie l'inlérètdes actionnaires avec l'intérêt public, ont parfaitement pros|"éré.
Palais de la Lé&ion-d'Honn'edr, situé rue de Bourbon, n^TO. 11 fut bâti, oa 1786, sur les dessins du sieur Roussean^ architecte, pour le prince de Salm, et porta le nom d'hôtel du prince de Salm, jusqu'en 1802, qu'il fut affecté à cetto nouvelle institution.
Bonaparte, encore consul, sembla dire à ses partisans dévoués : « Je vais porter « la première atteinte à l'égalité sociale; ' laissez-moi faire; favorisez les progrès « de mon despotisme, je flatterai votre va- « Dite et j'accroîtrai vos richesses. » S'il ne le dit pas, il le fit; il tendit ce piège à la^ faiblesse hjmaine, et ces hommes s'y laissèrent prendre. Les rubans, les cordons devinrent des chaînes qui les attachèrent aux intérêts de l'envahisseur (1j.
Par la loi du 19 mai 180E, la Légiond'Honneur fut créée, et son inauguration célébrée le 1 4 juillet 1 804. On choisit l'hôtel de Salm pour y placer l'administration de cette nouvelle* institution : hô'.el magnifique où sont prodiguées toutes les richesses de l'architecture. Le chef de cetto administration porte le titre de grandchancelier.
(1) Il est consolant d'annoncer qne le Tribunat résista fortement à cette institution nouvelle ; que la loi ne passa qu'à une faible majorité; que quelques hommes eurent i'iionneur de refuser le serment d'obéissance au gouvernement de Bonaparte, serment exigé en recevant la décoration. Tels fureni le savant et très peu opulent Anquetil -Duperron, membre de l'Institut ; M. Riols, membre du tribunal de cassation, et Reveiilère- Lépaus. lis renoncèrent à leuM places, aux avantages qu'elles leur procuraient : mais ils ne trahirent point leur conscience. Honnettr immortel à ces généreux Français !
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Depuis rétablissement de la Légiond'Honneur, jusqu'au 15 mars 1819, on a compté 59,875 membres de cette lé.qion, nommés dans les différents grades; 13,285 morts; 5,38< étaient devenus étrangers par suite des événements de 4814 et
La Légion-d'Honneur, en 1819, se composait de 79 grand'croix, 155 grands-officiers, 648 commandeurs, 3,963 officiers et 36,364 légionnaires; ce qui donne un total de 41,209 membres, dont 27,568 militaires, et 1,110 civils, nommés avant la Charte, et 10,015 militaires et 2,516 civils, nommés depuis.
Tant que cette marque distinctive sera le prix d'utiles services rendusà la patrie, tant qu'on ne l'accordera qu'au vrai mérite, il sera honorable de la porter ; mais si elle est le fruit des sollicitations importunes ou d'une protection partiale, si elle est le prix de services honteux et d'emplois infamants, il lui arrivera ce qui autrefois est arrivé à la croix de Saint-Louis: elle ne vaudra plus à celui qui la porte qu'une considération douteuse (1).
Colonne de la place Vendôme, ou colonne triomphale, érigée à la gloire de la grande armée. Elle s'élève au centre de la place Vendôme; et, par la vaste ouverture des belle rues de Castiglione et de la Paix (1), elle s'aperçoit du boulevard des Capucines et du Jardin des Tuileries; elle fut fondée en 1806, et terminée en 1810.
Elle surpasse en hauteur les édifices qui l'environnent; cette hauteur est de 43 mètres ou 132 pieds, y compris le piédestal; son diamètre est de 4 mètres ou 12 pieds. Sa fondation a 30 pieds de pro-
(l)La plupart de ceux qui ont reçu cette décoration depuis l'an 1B14 l'étaient tout eûtièrp aux yeux du public. Ceux qui l'avaient reçue avant cette époque ne Taissent paraître qu'une partie très exiguë du ruban. Parmi ces derniers, il en est qui ne la portent que dans des occasions rares et néces-
(2) La rue de Castifrlione, qui part du milieu de la longueur du jardin des Tuileries, traverse la rue de Rivoli, s'étend jusqu'à ceJle de Saiut-Honoré qu'elle traverse aussi, et communique en ligne droite au centre de la place Vendôme. La rue de la Paix continue dans la même direction, et va aboutir au boulevard des Capucines.
fondeur; elle a été assise sur le pilotis établi pourîa statue équestrede Louis XIV, qu'elle remplace.
Le piédestal de la colonne a 7 mètres 21 pieds et demi d'élévation. 11 est entouré par un pavé et trois gradins en marbre blanc. Ce piédestal, le fut de la colonne, son chapiteau et son amortissement, bâti? en pierres de taille, sont extérieuremenf revêtus de fortes lames de bronze, chargées de bas-reliefs. Ce bronze provient de; douze cents pièces de canon prises sur le; armées russes et autrichiennes, pendan'' la glorieuse campagne de 1805 (1).
Les quatre faces du piédestal présentent, en bas-relief, des trophées d'armes, composés de canons, mortiers, obusiers, boulets, carabines, timbales, drapeaux, casques, et de vêtements militaires. Au-' dessus du piédestal et sur une espèce d'attique, se dessinent des festons de chêne, soutenus aux quatre angles par autant d'aigles en bronze, pesant chacun 500 livres.
A l'imitation de la fameuse colonne' d'Antonin, le fût de celle-ci est couvert d'une suite de tableaux en bas-relief et en bronze, disposés en spirale, et dont les sujets représentent, par ordre chronologique, les principaux exploits qui signalèrent la campagne de 1805, depuis le départ des troupes du camp de Boulogne jusqu'à la conclusion de la paix après la bataille d'Auslerlitz.
Les bandes de bronze sur lesquelles sont ces tableaux en bas-relief, et qui contournent la colonne, depuis sa base jusqu'à son chapiteau, ont trois pieds huit pouces de haut, et sont séparées entre elles par un cordon sur lequel est inscrite l'action représentée dans le tableau placé audessus.
Dans l'intérieur de cette colonne, on a pratiqué un escalier à vis ; on y parvient par une porte ouverte sur une des faces du piédestal. Par cet escalier, composé de 176 marches, on monte à une galerie placée au-dessus du chapiteau delà colonne.
Au-dessus de ce chapiteau s'élève une forme circulaire, ou espèce décalotte. Sur la partie de cette calotte qui fait faceaui Tuileries, on lit l'inscription suivante :
Monumetit élevé à la gloire de la grande ar-
(1) Le bronze employé à revêtir cette colonne pèse un million huit cent mille livres.
mèe, commencé le 25 août 1806, terminé le i 15 août 1810, sous la direction de M. Denon, directeur général, de M. G,-B. Lepère et de U. Gondouin, architectes.
C'est sur cette calolte qu'était placée la statue pédestre de Napoléon Bonaparte. Cette statue qui, vue du sol de la place Vendôme, paraissait frêle et exiguë, avait Déacmoins 10 pieds de hauteur, et pesait 5,112 livres.
Cette statue resta pendant cinq ans sur le faîte de cette colonne; mais au mois de mai 1814, les événements politiques l'en firent descendre (I).
Elle a été remplacée par une fleur de lis à quatre faces, haute de 3 pieds, portée par une flèche de 18 pieds d'élévation, à laquelle est adapté un drapeau blanc.
Place DU Carrousel. Cette place fut, sous ce règne, embellie et fort agrandie. Un événement terrible contribua beaucoup à cet agrandissement. Le 3 nivôse an ix (24 décembre 1802), à huit heures et demie du soir, et pendant que Bonaparte se rendait en voiture à l'Opéra, une machine infernale, cachée sur une charrette, dans la rue Saiut-Nicaise, fit une explosion épouvantable : elle blessa, frappa de mort plusieurs personnes, brisa les glaces de la voiture de ce chef du gouvernement, qui, grâce à la vitesse de ses chevaux, parvint à échapper à ce coup foudroyant dont il était l'objet (2).
(1) Je lis dans un ouvrage moderne que des royalistes entraînés par leur zèle, à la
tête desquels figuraient M. de M et
M. S de la R .., se disposèrent
à traîner ou faire traîner cette statue dacs les rues de Paris; que le dernier de ces messieurs lui passa la corde au cou: mais cette statue était d'un poids supérieur à leurs forces et à celle des vagabonds qu'ils avaient soudoyés pour cette expédition triviale. [Mémoire pour servir à VHistoire de la lïe privée et du retour de Napoléon, -çsiv M, Fleury de Chaboulon, tome i, page 3-10.)
On rapporte que le nommé Gonju, maçon, qui s'était emparé de la figure de la Renommée que la statue de Bonaparte tenait en sa main, à cause de cette action, fut maltraité par ses camarades qui refusèrent de l'associer à leurs travaux.
(2) Les sieurs de Saint-Régent et Carbon furent, le lôgerminalsuivaut [5 avriI1803), condamnés à mort comme auteuis de c<ît attentat.
Cette explosion rompit les portes, les fenêtres du voisinage, et ébranla tellement les maisons delà rue Saint-Nicaise qu'elles furent abandonnées et condamnées à la démolition. Par ce désastre, parles réparations et agrandissements qui en résultèrent, cette rue disparut presque entièrement, et la place du Carrousel, trèa inégale, acquit de l'étendue et de la régularité.
Bonaparte ajouta à la décoration do cette place, en faisant construire la grille du château des Tuileries, et surtout l'édifice de la nouvelle galerie du Louvre. Cet édifice fut commencé en 1808; mais, en 1814, par l'effetdes événements politiques, la construction de cette galerie fut suspendue.
En 1 808, on ouvrit la rue du Carrousel, pour établir la communication de la place de ce nom à celle du Vieux-Louvre; et, pour la première fois, de la façade du château des Tuileries, on put, a travers cette rue, apercevoir celle du Vieux-Louvre.
La place du Carrousel, suivant le plan adopté par Bonaparte, ne devait avoir de bornes que les édifices des deux galeries, et ceux du Louvre et des Tuileries; tous les bâtiments intermédiaires étaient destinés à la démolition ; mais les événements de 18<4 arrêtèrent l'exécution de ce projet. Cette place restera encore longtemps dans l'état où elle se trouve. Son plan présente un parallélogramme irrégulier, dont la plus grande 'dimension a 280 mètres ou 861 pieds, et dans la plus grande largeur 210 mètres ou 648 pieds. Elle a eté^ encore agrandie récemment.
L'ancienne galerie du Louvre, qui borde cette place du coté du midi, était fort dégradée par le temps; elle fut, à l'extérieur comme à l'intérieur, convenablement restaurée.
Du côté du couchant, cette place est avantageusement limitée par une vaste grille, qui la sépare de la cour des Tuileries et laisse voir la façade orientale de ce château. Celte grille a trois entrées dans cette cour : deux de ces entrées otfrent, à chacun de leurs côtés, un vaste piédestal portant une figure colossale assise; la troisièrae entrée, placée au milieu, est décorée pai un édifice qui mérite une description particulière.
Arc de triomphe de la place du Carrousel. Ce monument , placé à la principale entrée de la cour des Tuileries,
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fut fondé tn i 806 et construit sur les desteins du sieur Fontaine.
Cet arc de triomphe, élevé à la gloire •des armées françaises, a quarante-cinq !pieds dehauteur; sa largeur est de soixante, let son épaisseur de vingt et demi. 11 préisente de face trois arcades, dont celle du centre a quatorze pieds d'ouverture; ses arcades latérales ont huit pieds et demi. Les flancs de celte construction sont per- ^cés, chacun, par une arcade dont la direction se correspond de l'une à l'autre, et :traverse celle des trois arcades de face.
Chacune des deux faces est ornée de huit colonnes corinthiennes de marbre rouge de Languedoc, dont les bases et chapiteaux sont en bronze. A l'aplomb de ces colonnes et au devant de l'altique, sont placées autant de statues de militaires français de diverses armes. L'attique est surmonté par un double socle, sur lequel s'élevait un quadrige ou char de triomphe, en plomb doré et de forme anitique, ouvrage du sieur Lemot. A ce char étaient attelés les quatre chevaux de bronze, jadisdorés, conquisà Venise, transférés à Paris et nommes chevaux de Corinthe : ils paraissaient dirigés par deux statues allégoriques, en plomb doré et de grande proportion : la Victoire et la Paix. Ce char vide attendait la figure de Napoléon ; les événements n'ont pas permis de l'y placer.
Six bas- reliefs en marbre ornent les faces de ce monument, dont les sujets sont relatifs à la campagne de 4805.
Du côté de la place du Carrousel, à gauche, un de ces bas-reliefs représente la capitulation devant Ulm, sculptée par le sieur Castelier.
Adroite, la victoire d'Austerlitz, sculptée par le sieur Espercieux.
Sur le côté de l'édifice, est l'entrée à Vienne, par le sieur Deseine.
Sur la face qui regarde les Tuileries, l'entrée à Munich, par le sieur Claudion. i Sur la même face, l'entrevue des deux ; empereurs, par le sieur Ramey.
Sur le côté à droite, la Paix de Presbourg, par le sieur Lesueur.
Cet arc de triomphe, bâti avec un soin extraordinaire, enrichi de sculptures et de matières précieuses, fut imité de celui de Septime-Sévëre qui se voit à Rome.
Mais cette construction semble étrangère à tout ce qui l'entoure; sou architecture n'a aucun rapport avec celle du
château des Tuileries; ses dimensions sont trop faibles pour l'étendue de la ]ilace du Carrousel ; elle est placée sut l'axe du château des Tuileries, mais ne se trouve point sur celui du palais du Louvre; et par le défaut de parallélisme dans les lignes de ces deux édifices, il résulte un grand désavantage pour la position de cet arc de triomphe : ce n'est pas la faute de l'architecte, c'est la faute des localités. Enfin ces défauts, ces inconvénients ne permettent de considérer cette construction que comme un riche et précieux horsd'œuvre.
L'année 1815, fatale à plusieurs édifices terminés ou commencés, le fut à cet arc de triomphe : on le dépouilla des, quatre chevaux antiques, du char et des' deux figures qui les dirigeaient. Il fut aussi dépouillé des six bas-reliefs en marbre que j'ai indiqués ; mais les huit statues de milita-ires, placées au-dessus de, l'entablement, sont restées à l.ur poste. :
Arc de triomphe i^e l'Etoile, situé hors de la barrière de Neuilly et au cen-, trede la vaste place circulaire appelée l'Etoile.
Le sieur Chalgrin, architecte, a fourni les dessins primitifs de cet édifice qui a coûté des travaux et des sommes immenses. La première pierre eu fut posée le 1 5 aoijt1806.
Quelques-unes de ses parties s'élevaient à peine au-dessus du sol, lorsque, le 1er avril 1810, Marie-Louise, fille de l'empereur Napoléon, dont le mariage avec l'empereur d'Autriche avait été conclu le 7 février de cette année, fit son entrée solennelle à Paris.
Pour recevoir dignement cette princesse et lui donner une grande idée de la capitale de l'empire français, on fit faire à son cortège un long détour: parti du château de Saint-Cloud, ce cortège traversa le bois de Boulogne et prit la route de Neuilly. L'arc triomphal parut alors, par le moyen des charpentes et des toiles peintes, avec toute la magnificence qu'il devait avoir lors de son entier achève-^ ment.
Les fondations de ce monument retar-, dèrent son élévation. Les couches calcaires du sol n'offraient point de solidité. On fut obligé, après avoir creusé à 24 pieds de profondeur, de former un sol factice qui put supporter sans danger l'énorme poids de cette coustruction» Ge sol factioe^