‹ Histoire de ParisChapitre 182 sur 261 · SOUS NAPOLEON · texte numérisé non relu

SOUS NAPOLEON

fut composé de plusieurs assises en pierres de taille de grande dimension; chacune de ces assises était disposée de manière à ce que les joints des pierres de l'une ne correspondaient point avec ceux des assises qui lui étaient inférieures et superposées. Les pierres de ces assises présentaient des formes irréguliëres, de manière que les angles saillants des unes étaient reçus dans les angles rentrants des autres. Ce sol, dans un sens horizontal, offrait l'image des constructions antiques et verticales, nommées pélagiennes ou cyclopéennes.

Sur cette base solide s'éleva l'arc triomphal, un des plus colossaux que l'on ait entrepris.

Les événements de 1814, que Bonaparte aurait du. prévoir, et que ses invasions successives sur les droits de la nation française et sur les états étrangersavaient amenés, arrêtèrent les travaux de ce monument d'orgueil qu'il s'élevait à luimême. Les échafauds furt^nt abattus, et leur bois servit à la toiture du grenier de réserve. On a établi un belvédère sur la hauteur d'un des massifs de maçonnerie.

Napoléon Bonaparte opéra, dans les administrations de Paris et de la France, plusieurs changements qu'il jugea nécessaires à ses desseins. Lorsqu'il démolissait pièce à pièce les bases de la république, il en employait les matériaux à construire l'édifice de son despotisme. Fort du dévoùment de ses agents civils et militaires, qu'il avait enchaînés à ses intérêts par l'ascendant de sa renommée, et en leur prodiguant des titres, des décorations, des richesses, il brava sans crainte l'opinion publique et le blâme des gens de bien. Il travailla à faire rétrograder la civilisation, en rétablissant les" institutions de la barbarie ; en faisant revivre les vieilles habitudes des cours, l'étiquette, le cérémonial, les préséances, et ces litres d'altesse, de grandeur, d'excellence, qui ne rendent ni plus grands ni meilleurs ceux qui les portent "J et en créant une noblesse héréditaire, institution immorale, outrageante pour la majorité de la nation, et dont l'existence fut la cause principale de la révolution française.

La loterie, les contributions directes et indirectes, les perceptions aux entrées des villes, la conscription, etc., reçurent des extensions qui accablèrent la population française. On le tolérait, ou avait l'air

de l'admirer, parce qu'on ne pouvait faire mieux, parce qu'il présentait la seule digue qui put contenir le torrent d'une contrerévolution qu'on redoutait.

Toutefois, il ne méprisa pas assez son siècle et la France pour se croire dispensé d'acquérir des titres à la vraie gloire; il conçut et fit exécuter dans son empire des travaux d'une grande utilité, et, à cet égard, Paris lui doit beaucoup de reconnaissance. Il aspira à l'honneur d'être législateur ; et, s'il ne composa pas le Gode civil, il ordonna qu'il fût fait.

Il n'était gouverné ni par ses ministres, ni par des partis; il les gouvernait, il gouvernait seul; il leur demandait des conseils, et faisait sa volonté.

Mais, pour satisfaire à la soif de son ambition, et se maintenir dans la fausse route où elle l'avait engagé, il proiigua le sang français, et on évalue à plus d'un million le nombre d'hommes qu'il a sacrifiés à cette passion. Par la vertu de l'organisation politique, chaque année des cent milliers de Français étaient forcés de marcher à sa défense, à la victoire ou à la mort.

Il fut un homme de génie, un grand conquérant, et, si l'on veut, un héros ; mais ses vues étaient bornées, ou plutôt son jugem.ent fut égaré par le désir d'accroître sa domination ; il ne put apercevoir l'effet de ses conquêtes. Napoléon n'était point un souverain national; aussi, lors de ses revers, il n'eut que son armée pour le défendre; il fut abandonné par une nation qu'il avait opprimée et dépouillée de ses droits (4).

(1) Napoléon cachait son oppression soua le prétexte de la nécessité et de la gloire nationale. Il rejetait publiquement 1 odieuxde ses actes despotiques sur ses min'stres, et les en applaudissait en secret. Il obligeait ses orateurs à célébrer la vigueur de la 1 berté française dans le moment où il la fabait expirer sous des coups mortels.

11 donna le premier au mot libéral tine acception qu'il n'avait pas encore eue. Ce mot avait signifié jusqu'alors généreux ou prodigae; mais, dans un arrêté qtx'il rendit dans les premiers temps de sou consulat en faveur des anciens nobles dont il voulait fortifier son parti, il lui fit signifier indulgent, tolérant. Un député (Pons de Verdun) fit alors ce quatrain :

Qu>st-ce que ce mot libéral.

Que des ^eui d'ua cenam calibrt

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