‹ Histoire de ParisChapitre 19 sur 261 · PREMIÈRE RACE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE RACE

lui est pas possible de se faire entendre.

Cette querelle donna naissance à un procès entre les deux chapitres, procès qui dura trente et un ans. Enfin, un arrêt du parlement, du 19 février l39o, condamna le chapitie de Notre-Dame à des réparations, à une amende, et maintint les privilèges et immunités de celui de Saint- Benoît (1).

Sous François I", en loi 7. on entreprit de rebâtir cette église ; la nef et les bas côtés furent achevés. Au dix-septième siècle, on reconstruisit le sanctuaire sur les dessins de Claude Perrault. Sou architecture, composée d'arcades ornées de pilastres corinthiens, n'était point en harmonie avec les formes sarrasines et les voûtes en ogive de la nef.

Cette église contenait les cendres ou les monuments sépulcraux de plusieurs personnes dignes de mémoire : Jean Dorât, poète^ surnommé autrefois le Pindare français. René Chopin, JeanDomat, deux célèbres jurisconsultes; Claude Perrault, savant architecte: Michel Baron, comédien; l'abbé RenéPucclle. mort en 1745.

Jean Boucher, docteur de Sorbonne, fut, en 1586. nommé curé de cette paroi.sse ; ce curé se retira à Tournai, où , en I6i4, il termina sa vie.

Un de ses successeurs à la cure de Saint- Benoît, Claude Gruet. fut un pasteur vertueux et bienfaisan', : il institua dans sa {»aroisse de petites écoles de charité , et mourut en 1702.

Le chapitre de Saint-Benoît avait, sur l'étendue de sa paroisse, une juridiction, des officiers et des prisons.

En 1813, cette égise fut fermée; depuis elle a servi de dépôt aux farines, et enfin elle a été convertie en théâtre (2).

NoTRE-DAME-DES-CiiAMPS,nomméedans la suite église des Carmélites , située rue d'Eîifer, n^ 67, entre cette rue et celle du faubourg Saint-Jacques. Elle existait en qualité d'oratoire, au milieu du vaste chanii) de sépultures dont il a été parlé au chapitre précédent. L'abbé Lebeuf pense que cet oratoire était dédié à saint Michel, parce qu'on y déterra une stalue de ce saint qui, en 160o, fut placée sur le pignon de cette église. On dit, on écrivit que

(1) Dubreuil, Antiquités de Paris, p. 260; ^ïillin, Antiquité.f njitionales, t. III; ^uiat- Benoît, p. 9,

(2) Théâtre du Panthéon.

cette statue était celle d'une Cérès, d'une Isis, d'un Mercure ; enfin , il fut constaté qu'elle était la figure de saint Michel, tenant en main une" balance dont les bas>ins contenaient des tètes d'enfants . symbole des èmes. J'ai vu, dans divers cimetières, et même sur les cimes des églises, des figures de saint Michel avec de pareils attributs.

Les chrétiens attribuèrent à l'archange saint :Michel une des fonctions que le dieu Mercure remplissait chez les païens : l'un et lautre conduisaient les èmes dans le séjour des morts.

L'église de Notre-Dame , mentionnée dans "le testament de l'an 700 d'Erminethrude, n'est point , comme Ta pensé l'abbé Lebeuf, celle de Notre-Dame des- Champs ; mais c'est plus vraisemblablement, comme l'a écrit Jailiot, la cathédrale de Notre-Dame. Je reviendrai sur cet oratoire, aux époques des changiments qu'il a éprouvés.

Saint-Marcel , ou Saint-Marceau, église .-ituée dans le quartier de ce nom, au bout de la rue des Francs-Bourgeois, place de la Collcgiale , n» 3. J'ai parlé de saint Marcellusou Marcel, évèque de Paris :i! 'ut enterré, vers l'an 436, dans remplacement de cette église, sur une éminence nomnie Mona C( tordus. Son tombeau vcneré, illustré par des miracles, donna naissance à cette église, et à un bourg qui daus la suite se forma à l'enlour.

Ce bourg , en saccroissant , perdit le nom de Mous Cftcnùu . nom que la rue qui y conduit de Paris ce ^crva seule; de ]\lo7i.s 6e/a/r///.v,ouMont Célard, est provenu le nom de Mouftctard. Ce bourg lut ensuite nonmié ChamLois, eut sa juridiction particulière, et tut même entouré de fossés ; enfin il ^e trouva , par l'efiet de l'accroissement de Paris, engkîbe dans un , faubourg de cette ville, tauLourg apps 1; i Saini-}ùarcel. Voil; ce que j ai lu re- 'i cueillir sur l'origine de l'église et du i bourg.

Quant à l'histoire du saint patron et à celle de la fondât. ou de son église, ses premières époques sont tellement couvertes de t(nèLres ou du gurées ] ar des fable.diancs des temp^a\ pelésh» loïques.qu on a bien de la ^eme à réunir quelques faibles traits de vcrite.

Saint îkiarcel délivra les Parisiens, dit Greeoire de Tours, d'un énorme ciragon

DE PAniS

qui désolait leur territoire (1). Cette allé^ gorie a été souvent employée dans les légendes pour désigner la victoire remportée sur l'idolâtrie par un ; pr-tre zélé du chris* tianisme. Plusieurs villes de France conservent la mémoire d'un prétendu serpeni ou dragon vaincu par le céleste courage d'un saint ou d'une sainte.

La fondation de l'église ne put échapper au merveilleux ; elle fut attribuée à ce guerrier si fameux parmi les .omaociers, à ce pal din Roland, neveir vrai ou supposé de Charlemagne. Les écrivains du christianisme croyaient, à une époque de la barbarie, être obligés d'illustrer la mémoire de leurs saints par de fabuleux récits.

Sous la première race des rois francs, l'édifice de Saint Marcel ne con -istait qu'en un mémo'ial ou petit oratoire élevé sur le tombeau du saint. Gr goire de Tours en parle comme d'un tombeau renommé pa:

les miracles qui s'y opéraient. Il raconte' que Hagnemode, évèque de Paris, attaqué de la fièvre quarte passa près de ce tombeau une journée entière syn> boire ni maiger; qu'il s'y endormit le soir, et se reveilla le lendemain radicalement guéri (2).

Ce qui est plus certain, c'est qu en l'an 811 l'église de Saint-Manel était de- servie par unclergé. et qu'en l'an 817 ce clergé possédait une terre près d E-.sone.

Cette église eut sans doute beaucoup à >oulfrir des ra\ages des Noimands. Les prêtres de Saint-Marcel, pour sauver des mains de ces brigands le corps de leur pâli on, le tran.sféièrent dans l'église de Notre- Dame delà Cité, place qui se trouNait alors •n état de défense. Lorsejucî le dangexr fut passé, cespr.Hres réclamén nt cette reli>que p;écieuse; l'evèque et le chapitre de la ca- .ihédrale refusèrent, et ont constamment refusé de la restituer (3).

(1) Gloria Covfessorum, cap 89.

(2) Gregi-r luron Gloria Confess.^ CATp- S9. Cet e\ê4ue miraculé trst celui qui futlrcourlisan et peut-être le complice d'.me partie Hes crime;- de Chilpéiicet de Fr é^oude. Le t tre cie sacvrdo.x, que lui donn. ■ ré<ïoire de- '1 ours, biguitie lo jours, chtz cei éciivaiu, un evêq' e.

(3) Dissertation sur le temps auquel le corps de saint ^ arcei, é\êquede Paris, a été irans-

éré, tie l'église de son nom, caus ceiie de ^'utre-Dame, par Talbé Lebeuf. Disiertatioiis

sous LA PREMIERE RACE

L'éslise de Saint-Marcel, ruinée par les Normands ou parle temps, fat reconstruite vers le milieu du onzième siècle. Le caractère des parties les plus anciennes de cet édifice, celui des chapiteaux, des colonnes de l'église souterraine ou de la crypte située sous le chœur, convenait parfaitement à cette époque. Ces chapiteaux ont été transférés au Musée des antiquités nationales.

Au milieu du chœur de cette église se voyait le tombeau de Pierre Lombard, fame'ux théologien en son temps, surnommé le Maître des sentences. Il mourut en

Le corps de saint Marcel, n'étant plus dans son église, ne pouvait y opérer des miracles: la pierre de son tombeau y suppléa. Suivant un ancien usage, dont parle 1 Grégoire de Tours, on raclait cette pierrej

luiirieur de» Caiaco:nbes.

et sa poussière infusée dans un verre d'eau, dévotement avalée, passait pour un puissant spécifique contre plusieurs maladies. On cite l'exemple dun curé de Beauvais qui. se croyant empoisonné, trouva dans la raclure de la pierre de ce tombeau un antidote au prétendu poison.

En 1806, cette église fut démolie, et on recueillit, outre les chapiteaux dont je viens de parler, un bloc de pierre de Saint

sur l Histoire ecclésiastique et civile de Paris, t. I, p. 103.

Leu, de quatre pieds de long. Il était,, avant la démolition, placé à un des angles du clocher. Une de ses faces présente, en demi-relief grossièrement sculpté, un taureau couché. Cette figure a été diversement expliquée.

Suivant la tradition populaire, cette pierre fut placée en ce lieu comme un monument de la vertu miraculeuse de saint Marcel. Un bœuf échappé, dit-on. des boucheries, parcourait les rues de Paris, et y répandait l'effroi et la mort. Les Parisiens vinrent alors implorer l'assistance de saint

IirTORK DE PARIS

Marcel. Aussitôt accourut le saint, lequel, fortifié par ses habits pontificaux dont il s'était muni pour cette expédition, se présenta courageusement devant l'animal furibond. qui,"à son ajiproche, devint calme, docile, et même respectueux, car il se prosterna aux pieds du saint évèque. Celaici, profitant de son humble posture, lui passa subtilement son étole autour du cou, le conduisit en triomphe dans les carrefours de la ville, et de là sans doute à la boucherie.

L'abbé Lebeuf s'est plus approché de la vérité, en considérant ce tauVeau comme un objet sacré du paganisme. M. Lenoir, dans une dissertation qu'il a publiée à ce sr.jet, y voit le taureau céleste ou l image du printemps, et le signe du zodiaque qui représente cet animal.

Je me permettrai de fournir aussi ma conjecture.

.lamais , dans le zodiaque, le taureau n'est représenté couché. Toujours, dans les monuments mithriaques, ce quadrupède est. étendu à terre comme il l'est dans le bas relief de Saint-Marcel. Je présume donc que ce bas-relief était la partie inférieure d'un de ces monuments du dieusoleil Mithra, monument dont plusieurs f'xistent en France. On en voit deux dans les salles des antiques du Louvre. Un parf'il monument de Mithra a été découvert dans l'emplacement de Notre-Dame-des- Champs (1).

D'après le principe établi plus haut, que toujours . ans le même lieu un culte succédait à un autre, que sur la souche d'une ancienne religion était entée une religion nouvelle, et d'après la découverte de ce monument, étranger au culte chrétien, on pourrait en induire que là, sur le lieu appelé Mous Ceiardi/s, était un sanctuaire du paganisme, peut-être un sanctuaire de Mithra, auquel a succédé l'église de Saint-Marcel.

, Cette pierre, transférée au Muséum des monuments français, l'a depuis été dans les .ailes des antiques au Louvre.

L'tglise de Saint-Marcel, comme toutes les anciennes collégiales, avait un cloître. Ce fut, suivant l'abbé Lebeuf, dans ce cloître que des chirurgiens et plusieurs ecclésiastiques se réunirent pour vérifier un grand nombre de reliques ou ossements

(1) Voyez période 3, sect. 4, Champ des séfuilures.

do saints inconnus envoyés de Rome à Paris. Ces reliques furent toutes déclarées fausses (1).

in. Etat religieux dans la Cité.

Eglise cathédrale. On a cru que la

basilique de Sainte Croix et de Saint- Vincent, aujourd'hui Saint-Germain -des-Pres.

avait, sous la première race, été cathédrale de Paris, parce que le poète Fortunat la qualifie d'église, titre qu'alors. on donnait généralement aux basiliques épiscopales; mais un poète peut se tromper sur les qualifications. Grégoire de Tours indique i)lusieurs fois une église principale dans la Cité, et le testament d'Erminelhrude, d'environ l'an 700, y désigne d'une manière incontestable une église principale par ces mots : Sncrosancta ecciesia clvitatis Parisiorum,

La première cathédrale porta le nom de Saint-Etienne ; elle fut établie à peu près à la place où, sous le règne de Tibère, on avait élevé un autel à Jupiter. A cette basilique, qui devint sans doute insuffisante, on en joignit une seconde nommée, dans le testament d'Erminethrude, basilique de dame Marie; lasilicœ domnœ Muriœ.

Cette dernière reçoit pour legs un vase en argent en forme de conque, appelé gavata^ vase qui vaut douze sous, et une croix d'or valant sept sous. L'église de la Cité des Parisiens, que la testatrice qualifie de ,sacrosancia, et à laquelle elle donne un plat d'argent {missmio argenteo) valant cinquante sous (2), n'est autre chose que la réunion des prêtres, ou le clergé de la cathédrale (3).

Dans un diplôme de Charles le Chauve, de l'an 861, cette cathédrale est qualifiée de Saint-Etienne et de Sainte-Marie, mère de Dieu (4). Quoique ce diplôme soit entaché de faussetés, comme beaucoup d'autres, ces faussetés ne devaient consister qu'en des choses d'intérêt, et non dans les

(1) histoire de la ville et du diocèse de Paris, t. ill, p. 200.

(2) C étaient des sous tournois ou des sous d'or sîiliques. Vingt sous saliques d'or égalaient douze livres tournois ou quatre marcs d'argent.

(3| Diitloinata, Chartœ^ editoribus de Brequitiiiy et Laporte Dutheil, p. 362.

(Il Recueildes Historiens de France, t. VIII, p. 508.

sous LA PREMIÈRE RACE 75

appcilations locales: d'ailleurs, plusieurs j lui vient dune prison ou chartre située autres monuments bisloiiqucs concouru- . dans le voisinage.

rent à prouver que Téglise cathédrale était Les biens de cette église devinrent, peu double, et se composait d'une église ou ! de temps après, la proie des seigneurs laï-

cha pelle, dédiée à saint Etienne, et d'une autre dediee à la Vierge Marie. Le concile de Paris, de l'an 829, où assistèrent vingtcinq évèques, se tint dans l'église de Saint- Etienne, alors cathédrale.

On ne connaît ni les dimensions, ni la matière des deux édifices qui ( omposaient la cathédrale de Paris ; on ignore mémo les époques de la fondation de l'un et de l'autre; ils restèrent, à ce qu'il paraît, dans le même état jusqu a l'an 1 163, époque où Maurice de Sully, evèque, entreprit la construction de l'édifice qu'on voit aujour 1 hui, et dont il st'ra parlé en son lieu (1;.

Salnt-Denis de la Chartre, basilique située dans la Cite, à l'extrémité méridionale du pont Notre-Dame et au coin septentrional de la rue du Hajt-Moulin. C'est encore ici un établissement religieux dont l'origine est inconnue, mais qui semble remonter au temps de la première race. Il paraît que cette église de Saint-Denis était celle qui, en l'an 856. se racheta du pillage des Normands, Si elle était as.sez considérable pour leur payer une forte rançon, il est présnmable qu'elle existait bien antérieurement à l'époque de leurs incursions dans la Gaule. Suivant les traditions des légendaires, en ce lieu saint Denis fut emprisonné avec ses compagnons ; ils y endurèrent divers supplices dont, avant la démolition de cette église, on montrait encore, comme des témoignages incontestables, quelques instruments dont je parlerai dans la suite de cet article.

Le mcnjment le plus ancien qiii constate lexistencc de cette église est du onzième siècle. Alors elle était desservie par des chanoines. Deux chartes du roi Kobert, données en 1014, confirment I s donations qu'un chevalier, nomme Ansold, et S3i femme Ueitrude, avaient faites a celte église. Elle se trouve désignée dan l'une et l'autre par ces mots : Cvnonicis SanrH D unysii (h Parisiaco a canere, les chanoines de Saint-Denis de la Prison de Pans, ou de la Chartre (2;. Ce sumom

(1) Voyez^ ci-après, Ao<rg- Dame, cathédrale

[2 llcueil des Hisloiiens de Franc?, t. X, jff f 95, 596.

ques. Henri, fils de Louis le Gros, les possédait, et prenait le titre d'abbe de Samt- Denis <le la Chartre. Le roi son père, par un échange qu'il fit, en 1 133, avec les religieux de Saint -Martin -des -Champs, donna celte église à Etienne, évcque de Senlis, qui aussitôt en fit cession à ses religieux : elle reçut djs lors le titre de prieuré, et dépendit de Saint Martin.

Cette église éprouva depuis plusieurs changements peu intéressants. Son prieuré fut, en 1704. uni à la communauté des prêtres pauvres et infirmes, établie par saint François de Sales.

L'editice de Saint Denis de la Chartre fut rebâti aux quatorzième et quinzième siècles : le porta:! était certainement de celle dernière époque. Le bas-reliet placé au-dessus de la porte représentait des ligures charg-es de ventres très proémiients : c'était la mode, sous le règne de Louis XI, de porter des ventres postiches. Le ^ol do cJte église était beaucoup plus bas que celui de la rue. Un y entrait après a\oir descendu plusieurs marches. On y fit diverses réparations, et son principal autel fut reconstruit à neuf, en 166o, par les libéralités de la reine Anne d'Autr.che.

Comme toute-; les anciennes églises, celleci avait une crypte ou église souterraine: c'était dans cette crypte que, suivant une tradition, saint Denis fut emprisonne : on y montrait une grosse pierre carrée, ayant H son milieu un tiou circulaire. On disait que c< tte picire était un instrument de son supplice, et qu'on avait forcé le saint à passer la tète dans ce (rou, et à la porter sur ses épaules. Cette pierre était évidemment une table d autel à lusage du f aganisme, et son existence en ce lieu nous autori.se à conjecturer que leglise de la Chartre fut bâtie sur un endroit con.-acré à une divinité des anciens Romains.

L église de Saint-Denis de la Chartre fut démolie en 1810, Sur son emplacement et sur celui de ses dependaua?s est aujourd'hui 1 ouverture du quai delà Cité, ainsi qu'une belle maii=on particulière qui fait lace au quai aux Fleurs. Cette démolition a embelli et éclairé ce quartier, aulretois obscur et humide, i

Sal\t-Sy31iiior!en ou Chapelle de Saint-Luc, situe daLs la Cite, a cote et au

76 niSTOIllE DE PARIS

sud de Saint-Denis de la Chartre. rue du

Haut-Moulin, n» il. Jaillot pense que cette église doit son origin:^ à une chapelle de Sainte-Catherine, qui existait sous la première race.

Cette chapelle abandonnée tombait en ruines ; ses biens étaient envahis par des seigneurs laïques, lorsqu'un d'eux. Matthieu de Montmorency, comte de Beaumont, la céda à l'évéque de Paris en I 206. Ce comte fit cette cession pour se racheter de la pénitence qu'il avait encourue en n'accomplissant point le vœu qu'il avait formé d'aller en pèlerinage à Jérusalem. Eliénor, comtesse de Vermandois, fit à cette église don de cent marcs d'arge. t, pour qu'on priât Dieu pour l'àme d'Agnès de Meranie, seconde épouse de Philippe- Auguste. Garnier de Saint-Lazare et Agnès sa femme donnèrent aussi à cette église une maison située devant Saint-Julieu-le- Pauvre. et quatre arpents de vignes. Avec ces secours, l'évéque de Paris fit, en 1207, coiistruire l'église, et plaça quatre chapelains pour la desservir. Elle portait, en 121 i-, la dénomination dé Saint-Symphorien de la Chartre. à cause de la' pri-;o:i voisine. En 1618, l'évéque de Paris adjoignit à cette église la petite paroisse de Saint-Leu et Saint-Gilles, dont le service .se faisait à un autel de leglise de Saint- Denis de la Chartre. En 1698. M. de Noailles, archevêque de Paris, supprima cette paroisse ainsi que les chapela.ns devenus chanoines, et unit les biens et les paroi.ssieus à l'église de la Madeleine de la Cité. Enfin, en 1704, le bâtiment fut cédé à la compagnie des peintres, sculpteurs et graveurs, qui le rétablirent, le décorèrent, et placèrent sur l'autel un tableau représentant saint Luc, leur patron. Depuis ce changement, ce bâtiment a porté le nom de Chapelle de Saint-Luc. Devenu, en 1792, propriété nationale, il a été vendu, et sert aujourd'hui de magasin à un potier.

Saint-Martial, abbaye située dans la Cité et dans remplacement contenu entre les rues de la B.uallerie, de la Calandre, aux Fèves, et de la Vieille-Diapene. Celte circonscription a porte longtemps le nom de Ceinture de Saint-Eloi.'Daus cet emplacement, ou depuis fut établi le couvent des Barnabites, ttait une vaste maison avec un oraloi.e dédié a saint Martial. Cette maison et ses dépendances furent données à E igius, ou Eîoi, orfèvre, argt-ntier du

roi Dagobert, de plus évèqae, et depuis saint, il y fit construire un monastère où il plaça environ trois cents filles, présidées par une abbesse appelée Aurée, connue depuis sous le nom de sainte Aure. Cet t'tyblissement s'effectua vers les années 632 ou 633, et porta le nom de l'ancien oratoire de Saint-Martial. Sous la seconde race, époque oii presque tous les etablis-sements religieux de Paris changèrent de dénomination, il reçut celui de Saint-Eloi, son iondaleur.

Un incendie qui, en 1034, ravagea la cité de Paris, réduisit en cen 1res les bâtiments de cette abbaye ; ils furent retabli-s peu de temps après. '

Un autre événement vint changer totalement l'état de ce monastère. Les filles 'jUi l'habitaient se relâchèrent de la règle que saint Eloi leur avait imposée; leurs mœurs extrèmemeni débordées, et les désordres intiodu. > dans l'administratioa des biens de te maison, obligèrent, en 1 1 07, G . . évèque de Paris, d'en chasser toute- l - religieuses, de les repartir dans divers couvents, et de les remplacer par des moines de Saint-Maur-des-Fossés.

Je reviendrai dans la suite sur cet établissement.

Saint-Christophe, petite église, était située rue de ce nom, et à l'angle que cettej rue forme avec la ligne des bâtiments qui sont sur le parvis de Notre-Dame et en face de cette église. La chartre ou testament de Vandemir, datée de l'an 690.

con.ient une donation en faveur de cet établissement, qui s'y trouve qualifié de Monastère de tilles, duquel Landretude était abbesse. On ne sait rien sur le sort | des religieuses de ce monastère; mais on sait qu'au neuvième siècle cet établisse- j ment était converti en hôpital de pauvres. \

Au douzième siècle, cette petite église i fut érigée en paroisse. Entre le-; années ■ 1494 et 1510. les bâtiments furent rétablis Lorsqu en 1747 on construisit la mai-"» son des Enfants-Trouvés, on sacrifia à ce nouvel édifice la petite égl se de Saint- Christophe, qui fut alors démolie.

Saint-Jea?<-le-K(ind, chapelle située i au nord de l'église cathédraie ue Notre- j Dame, et presque dans 1 aligne ent de sa façade; elle avait servi de baptistère à l'église de Notre-Dame Un y voyait la cuve ou le bassin destiné au baptèn.epar immersion Cet édifice, dont 1 origine e.-t peu connue, mais qui semble remonter au temps

sors LA PREMIÈRE RACE

I p^enîi^^e race, fut démoli en 1 7 iS .

entrée de la rue du Cloître occupe au-

ourd hui son emplacement.

Il pouvait exister dans la Cité, sous la

nïere race, quelques autres petites ésli-

u chapelles dont l'origine et lexis-

e, à cette époque, sont fort incertaines.

V. Établissements relioriVnx dans la partie septentrionale de Paris.

^ vim-Germain-l'Ai-xerrois, église si-

uce sur la place de ce nom. entre cette

ilace et la rue de ^Ar^^e-^ec. la rue des

Prêtres et celle de Chilpéric. L'ignorance

)ù l'on a lonctt-^mps été sur l'origine de

:ettc église a ouvert aux conjectures un

• aste champ, où se sont égarés presque

ous ceux qui ont écrit sur Paris. Jaillot

I le premier fixé solidement cette origine.

) prouvé d'une manière incontestable

i" roi Chilpéric. et non Childebort. «st

ndateur de cette t-glise: que .«aint

lain de Paris, et non saint Germain

I Auxerre, en fut le patron.

Chilpéric. qui, dans sa conduite, savait •arfaitement allier les crimes les plus ttroces avec des actes de dévotion, pour -attirer la bienveillance et mériter linercession de saint G<'rniain, evèque de Paris, lui fit construire une basilique, -lans laquelle il -^e propo>ait de transférer •ion tombeau. En l'an 606, cette église •tait construite; le corps de saint Germain n'v était pas transféré: mais alors )n espérait qu'il le serait bientôt. C'est ce ]ue prouve le testament de Bertrand, •vèque du Mnns. qui donne, en cette année, des biens à cette basilique nouve'le. I condition que le coqis de siiint (iermain V sera placé. Celle église, pendant la première race, ne porta jamais le nom de -aint-Germain-l'Auxerrois, mais celui de Saint-Germain. Sous la s<^conde race, elle fut appelée Saint-Germain-le-Uond, parce que son édifice était élevé stir un plan rirculaire. Abbon.dans son poème, donne deux fois à cette église le nom de,V. Gerinanum tereiem ou rotufidum, suivant SI glose.

Le corps de saint GermaiiTn'y fut jamais transféré : ainsi la basilique dont nous parlons eut le nom de Suint-Germain sans en posséder le corps (\),

"[] Recherches critiques et historiques sur . par Jaillot, t. L p. 25 et suiv. Voici i

Au comm'-ncement de la troisième race, le roi Robert fit reconstruire cette église, ruinée par le- Normands, et, poui qu'on ne la confondît pas avec l'abbave de Saint- Vincent et de Sainte-Croix, qui avait pris le nom de Saint-Germain, elle fut alors, pour la première fois, dit-on , nommée Saint - Germain - 1' Auxerrois. Cependant une bulle du pape A'exandre III, de l'an 1 16.3. lui con-erve son vieux nom de Saint-Germain-le-Kond : monasterium sancti Germant rntundi i\).

Après ce qui vient d'être exposé, il est évident que cette église n'a point été fondée en l'honneur de saint Germain l' Auxerrois, comme on le croit vulgairement . et que son véritable patron est Saini-Germain de Paris.

Cette église, dans laquelle fut, en l'an 6'}6. enterré Landericua ou Landri, évèque de Paris, resta longtemps la seule paroisse d'une grande portion de la partie septentrionale de Paris. Ses prt'tres exercèrent sur ce vaste territoire un empire Nraiment fiMxial : ils prétendaient a\oir le •Iroil de s'opposer à l'établissement de nouvelles églises que l'accroissement de la population rendait nécessaires: à | lusieurs reprises, ils manifestèrent un esprit de domination et une opiniâtreté contrair s aux principes de la religion, et j'en fiarUrai dans la suite.

SAiNT-fîERVAis, église situtVj entre les rues du Monceau, du Pourtour, des Barres et de LoDgpont. On ignore .son origine, mais on est certain qu'elle exi-;tait sous l'épiscopat de saint Germain. Fortunat, qui la nomme basilique de Saint-Ger\ais et de Saint-Protais, raconte deux miracles qu'en .sa présence opéra .saint Germain. Le plus fort de ces miracles consiste dans l'ouverture de la porte de celte église, qui

ce que porte le testament de révêqTîc Bertrand : il donne à la basilique de Saint- Vincent, .. oii repo-e le petit corps ' corpusculum^ " de saint Gerrnuin, la terre de Bobane, .-i* u tu'.-e dans le territoire d'Etampes, snrlariu vière de Calla, terre dont l'avait p-atilié le « roi Clotaire ; et il la donne à cette condition « que le corps de saint Germain serait trans- " féiv, s'il était possible, dnns la basil'que " nouvelle qu'a fait construire le roi Chil- « péric. " (Diphrvata, Charlœ, editoribus B;equigny et Dutheil, p. 103.) (I) Annales de Paris, p. 101.

Fe trouvait fermée lorsqu'il vint la visiter.

Elle fut érigée, on ne sait à quelle époque, en église paroissiale. Au onzième Siècle, elle devint la proie des comptes de Meulan. Il est presumable qu'alors elle se trouvait hors de l'enceinte de Paris. Les produits de son autel appartenaient à divers \iarticuliers, puisque Guillaume, archidiacre de Paris, donna au chapitre de Notre-Dame la troisième partie des revenus de l'autel de Saint-Gervais : tcrtiam partem oiiaris Sancti Gervosii Parisiensh. Les revenus des autels étaient considérés comme ceux d'un immeuble ; on les vefidait, on les partageait, etc. Je reviendrai sur cette église qui existe encore.

Saint-Paul, église située dans la rue de ce nom, était, sous la première race, un 1 etit oratoire que fit bâtir saint Eloi, au milieu du cimetière destiné aux relicieuses de l'abbaye de Saint-Martial, qu'il avait fondée dans la Cilé. Saint Ouen, auteur de la vie de saint Eloi, nous apprend que ce petit édifice était recouvert de James de plomb. Cet oratoire suivit le sort de létablissem.ent dont il dépendait ; il fut, en '1107, réuni à l'abbaye de Saint-Maurdts-Fossés. Je pailerai en son lieu des changements que le temps lui fit éprouver.

S a^int-Laurent, située rue du faubourg Saint-Denis. L'origine et même la position de cette église sont peu connues. Elle existait au sixième siècle si c'est d'elle qu'a parlé Grégoire de Tours, lorsqu'il fait le récit d'un débordement de la Seine et de la Marne, arrivé en l'an 583 ; débordement si considérable, que l'eau couvrait tout l'espace qui s'étend depuis la Cité jusqu'à la basilique de Saint-Laurent, et qu'entre ces deux points il arriva, dit-il. plusieurs naufrages (1). Il en parle aussi à propos de Domnole, abbé de ceîte basilique, et depuis évêque du Mans (2).

On convient assez généralement que l'église de Saint-Laurent était située dans le iaubourg Saiut-Denis, et qu'elle occupait, dans les premiers temps, l'emplacement actuel de Saint-Lazare; on convient aussi que le cimetière de cette église était placé de l'autre côté de la route", et que, dans la suite , on éleva sur son emplacement une autre église de Saint-Laurent,

(1) Greg. Turon Hist,, lib. 6, cap

(2) Idem, lib. 6, cap. 9.

qui a subsisté jusqu'à nos jours. Cetteopinion est appuyée notamment sur la découverte qui fut faite, vers la fin du dix-septième siècle, dans l'emplacement actuel de Saint-Laurent, de plusieurs to;nbeaux en pierre et en plâtre, contenaiit des cadavres vêtus d'habits noirs, semblables à ceux des moines : tombeaux qui furent alors jugés avoir neuf cents ans d'antiquité (4). ^ '

Il paraît que l'église et le monastère de Saint-Laurent furent dévastés par les Normands. Il n'en est plus fait mention jusqu'au douzième siècle, époque où, dans les lettres de Thibaud, évêque de Paris, on voit cette église soumise à celle de Saint-Martin-des-Champs. Il est presumable qu'après sa ruine totale elle ne fut pas rétabHe au même endroit, mais qu'on la r^^édifia, comme je l'ai dit, sur | l'emplacement de son cimetière, h la place d'un oratoire qui, suivant l'usage, devait s'y trouver. Cette église fut ent èrement reconstruite au quinzième siècle, dédiée en i 429 , augmentée en \ 548 , en grande partie reconstruite en 1595, et considérablement réparée et enrichie d'un portail en 16:22.

Le dessin de l'autel principal a été fourni par Lepautre ; on remarque la chapelle des fonts baptismaux. Cette église est maintenant paroisse du cinquième arrondissement.

Saint-Martin-des -Champs, église et monastère situés rue Saint-Martin, entre les nos 208 et 210.

Saint Martin fut d'abord le patron des Français, et devint, après sa mort, le saint !e plus révéré et le plus redouté de son temps. Sa chape était portée aux armées comme le paltadium de la France, l'étendard de la victoire. L'abbaye de Saint- Denis, devenue puissante, jalouse de l'immense crédit de saint Martin, parvint bientôt à le diminuer ; et la chape de ce saint fut supplantée par l'oritlamme de Saint-Denis.

Saint Martin, pendant que sa puissance était encore prépondérante, dut avoir un culte à Paris. Sans parler d'une petite chapelle con#ruite en branches d'arbres dans la Cité, et dont Grégoire de Tours fait mention, il est certain qu'il existait

(J) Recueil des Historiens Je France^ t. X, p. 272, note g.

sous LA

au nord de Paris, sous le nom de ce saint m; cti'.blissement plus durable

Ddcobert I^^^ dans

un diplôme

de

:n6'i9, accorde une foire àlaSbiye ùe

-unf-IXnis. et en fixe \o cha.np sur le

l'-min qui conduit de la Ci'é dans un

u nommé le Pont ou le Pas Saint-Martin.

'ii)> lin plaid de Chiidcbert III, de

Page 1