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TABLEAU POLITIQUE ET MORAL

une petite bourgade dont le nom Zuièce a exercé la sagacité des savants. De toutes les étymologics mises en avant , la plus probable est de faire dériver ce nom du mot Zutum (boue), c'est-à-dire ville de boue, parce qu'elle était située dans les marais.

Apres plus de dix-neuf cents ans, à la vue de cette Athènes du xix« siècle, de cette capitale de l'esprit, des arts et des plaisirs, sortant si pompeuse et si magnifique d'un bourbier fangeux, le philosophe se mire avec orgueil dans les merveil-

les qui la décorent; mais comme rien ne s'anéantit complètement dans le monde, comme tout se perpétue sous une forme ou sous l'autre, comme, en fin de compte, la destructionn'est qu'une transformation, il se demande, eu même temps, si, au vil amas de boue d'où elle est sortie, la Babylone moderne ne doit pas les vices qui la déparent.

Quoi qu'il en soit, l'an 700 delà fondation de Rome , cinquante-quatre ans avant J.-C, la nation des Parisis ou Parisiens figure pour la première fois dans l'histoire.

Sa première apparition sur la scène historique est "fort modeste et conforme à son peu d'impohance. Elle se composait d'une population de bateliers {nautœ), émigrants venus, à ce qu'on croit, de la Belgique et qui avaient pour ville principale Luièce.

Cette Lutèce, à qui nous donnons le nom de ville, n'était alors qu'un amas de huttes et de chaumières, bâties entre deux bras de la Seine, dans une des îles qui ! forment aujourd'hui la Cité.

Moins grande d'un cinquième environ que ce qu'elle est de nos jours, cette île s'étendait depuis le chevet de l'église Notre- Dame jusqu'aux environs de la rue de Harlay.

Les Parisiens ayant figuré avec leur faible contingent dans la grande ligue gauloise contre Jules César et son lieutenant Labi^nus, Lutèce fut détruite, puis rebâtie.

A partir de cette époque et pendant quatre siècles, l'histoire se tait sur les Parisiens et leur ville. On y adorait alors Jupiter a la pointe orientale de l'île; Mars à Montmartre, là où fut la trop célèbre abbaye de ce nom ; Mercure sur le mont Zeucoticius, là où est aujourd'hui Sainte- Geneviève; Isis à la pointe occidentale

de l'île, là où est aujourd'hui Notre-Dame- On eût dit que les dieux du paganisme n'y avaient devancé les saints de 1a foi chrétienne que pour leur garder la place.

Vers 4'an 245, saint Denis, dit-on, vint y prêcher la foi chrétienne : il y fut martyrisé. En 365, sous le règne de Valentinien, on éleva près le temple de Jupiter une petite basilique dédiée à saint Etienne. Ce fut la ^première église chrétienne des Parisiens.

L'an 27 avant l'ère chrétienne, dans le nouveau partage de la Gaule que fit Auguste, Lutèce se trouva comprise dans la quat'/'ièriie Zyonnaise : elle fut le siège de la diète générale de cette province et la résidence des gouverneurs.

Des empereurs romains y passèrent et s'y fixèrent momenianément. Constantin et" Constance la visitèrent. En 360, Julien dit ï Apostat, l'un des plus grands hommes et des plus dignes empereurs de la période impériale romaine, y fut proclamé César. Il y passa plusieurs hivers, l'appelle sa chère Lutèce et vante ses raisins et ses figues qui ont bien dégénéré depuis.

Dans ce même siècle, Lutèce paraît avoir reçu le titre de cité et le nom de /*«mu d'où est venu le nom de Paris.

Pendant ce laps de temps elle avait été agrandie, au nord, d'un faubourg; au midi, de quelques églises et du palais des Thermes dont on voit encore les restes sur le boulevard de Sébastopol (rive gauche). Tout le reste du territoire de son enceinte actuelle n'é'ait que des marais, des bois, des vignes, des prés et ce qu'on appela plus tard des cultures., c'est-à-dire des lieux propres à être cultivés.

L'an 465, Childéric I^^"^ fijg de Mérovée et chef des Francs, chassa les Romains de Paris. Ils avaient possédé Lutèce pendant 570 ans.

Vers l'an 500, Clovis, fils de Childéric, fit de Paris la capitale de ses conquêtes^.

Des établissements religieux dans la Cité et dans la partie méridionale et se{>tentrionale caractérisent l'établissement des Francs à Paris; mais sous leur sauvage et brutale domination tout ce qui restait, dit-on, des anciens monuments civils romains disparut.

Après la mort de Childebert, qui le premier avait pris, en 524, le titre de toi de Paris, cette ville passa successivemen sous la domination de cette horde de rois mérovingiens, pendant plusieurs eéuéra-

tiens ivres de crimes et de sang, et puis (cn.bs si bas qu'il n'est resté d'eux que le titre de rois fainéants, que l'histoire leur a conservé, faute d'un mot plus honnête pour caractériser leur nullité.

Sous ces chefs francs dépossédés en 752 par le maire du palais Pépin le Bref, le langage celtique avait à Paris remplacé la langue latine. Les coutumes saliques avaient été substituées aux lois romaines, et la civilisation fit place à la barbarie. Les édifices, les monuments dont Paris s'était embelli sous la domination romaine furent abandonnés ou détruits. Les arts que les Romains y avaient introduits disparurent. La misère, l'ignorance, la superstition, le peu de commerce qui avait suiyécu, pillé, persécuté, habitèrent des maisons couvertes de chaume, séparées par des ruelles boueuses, obscures, malsaines, coupées par des cloaques d'où s'exhalaient des 'vapeurs méphitiques, sans j^avés, sans quais, sans lanternes, sans fontaines. La conquête avait marqué la prise de possession de Paris par l'introduction de toutes ces misères.

Les rois de la seconde race résidèrent peu à Paris. Charlemagne y vint plusieurs fois, mais il n'en fit jamais son séjour habituel. Ce prince ayant établi dans les églises cathédrales et dans les monastères des écoles publiques où l'on apprenait aux enfants, la grammaire, un peu d'arithmétique et le chant d'église, Alcuin, l'un des plus savants hommes du viiie siècle, en établit une par son ordre à Paris, dans l'abbaye de Saint-Martin, vers 780. Ce fut la première.

Sous cette seconde race, l'absence de Pans des rois carlovingiens, les ravages des Normands qui l'assiégèrent plusieurs fois, accrurent encore l'état de misère et de faiblesse de cette capitale. La religion était alors dans son ère de ferveur; l'oppression féodale dans son ère de recrudescence. Paris, souslejong des comtes et des seigneurs ecclésiastiques, s'enrichit ^?J^l'ques et d'oratoires et s'appauvrit d habitants et de garanties civiles. Toutes les chrcmques peu falsifiées du temps s accordent à présenter alors Paris comme ia plus misérable cité des Gaules. Les comtes ^héréditaires en dépossédèrent les lâibles successeurs de ChariemaGue et en firent leur patrimoine particulier^ En 855 educ de France, Robert ler^ lerigea en omté, et un quart de siècle ;;prè,3 en

987, lorsqu'avec Louis V, le dernier des Carlovingiens, tomba le colosse que Charlemagne avait élevé sous le nom d'empire d'Occident, la couronne de France devint héréditaire dans la famille d'Hugues Capet, premier roi de la troisième race, et Paris fut réuni à la couronne.

Sous les premiers rois de cette troisième race, l'état de misère de Paris, qui semblait ne pouvoir s'accroître, s'accrut. L'anarchie devint l'état normal de la société. La guerre fut partout : l'ordre, la sécurité, le bien-être ne furent que dans l'avenir. Le présent devint atroce; une fièvre de tuerie sembla s'être emparée de l'espèce humaine. Pour en arrêter les ravages on rédigea, en 1001, une trêve, dite Trêve de Dieu, qui, défendant le combat du mercredi soir au lundi matin, ne permit de s'égorger légalement que soixante heures par semaine. Ce fut en vain. Les massacres ayant leurs jours licites continuèrent. Chacun alors chercha à se fortifier, le bourgeois dans sa maison, le seigneur dans son château, les moines dans leurs couvents, les prêtres dans leurs églises, les communautés religieuses dans leurs monastères^ Les classes commerçantes, ou industrielles, ou», comme on disait ^\oYs,\Qsgens de métiers, quiavaient le plus à souffrir des violences de ces batailleurs et tueurs privilégiés, formèrent des associations pour se protéger mutuellement contre les ravages de la féodalité et peu à peu, ceg associations devinrent ces célèbres corporations d' arts et métiers de Paris, dont l'industrieuse activité a, plus que tout, contribué à l'agrandisse-* ment, à la richesse, à la splendeur de la capitale.

Ce ne fut là qu'un jalon pour l'avenir, mais ce jalon, le temps devait se charger de le féconder.

En attendant, à cette époque et pendant longtemps encore, ces corporations, abeilles industrieuses de la ruche, ne travaillèrent que pour les frelons. Dans ce terrifiant ordre social, tout était marteau ou enclume et les classes utiles par le travail n'étaient pas le marteau.

Cet état de misère et d'abjection dura plusieurs siècles : une ignorance complète des erreurs les plus absurdes et les plus révoltantes joignirent leurs maux à ce régime séculaire de pillages, d'extorsions et de tueries : des famines effroyables s'ensuivirenc; aux famines succédèrent ^ s

T VfîI.^ÎAU POLITÎO'-'E ET ?JOR

pestes, des bandes de loups affamés qui vecaient causer jusque dans Paris d'épouvantables ravages. Enfin, en 1466, la mortalité causée par les guerres, les pestes, les famines, les hommes et les loups, y

était devenue si grande qu'on s'était vu obligé, pour le repeupler, d'y ouvrir un asile aux malfaiteurs de tous les pays.

A tous ces fléaux dans l'ordre matériel, s'étaient joints, dans l'ordre moral des fléaux non moins terribles, et cette brutale et sauvage forme sociale, qu'on appelle le hon vieux temps, fut, dans toute l'acception du mot, l'intronisation à Paris du malheur, de la violence et du vice.

Malgré tout cela cependant Paris s'était ag andi.

Voici ce qu'il était sous les premiers rois de la troisième race.

Dans l'espace compris au nord de la Cité, entre l'Arsenal, les Tuileries, la rivière et le boulevard, étaient les restes d'un bois marécageux, des petits champs, des cultures, des haies, des fossés, les bourgs TJiihoust, VAbbé, Beau-hourg, Saint-GermaÀn-VAuxerrois, plus ou moins éloignés les uns des autres; quelques rues bien boueuses autour du Grand- Châtelet et de la Grève; un grand pont pour arriver dans l'île ; un petit pont pour en sortir du côté du midi ; au-delà de ce dernier pont quelques monastères, des

trois parties : la Ville au nord de la Seine, la Cité au TnWknel Y Unirersité au midi. Chacune de ces trois divisions de Paris avait son caractère distinct et ses monuments sp;t''ciaux. Dans la Cité abondaient les églises, dans la Ville les palais, dans l'Université les co?/^'(7^.î. Le commerce qui, pour ses assemblées et ses rendez-vous d'affaires, a aujourd'hui le splendide palais de la Bourse, avait alors le modeste Parloiier-av.x-Bourgeois.

Sous Philippe-Auguste, en 1190, une quatrième enceinte agrandit considérablement Paris du côté du nord et du coté du midi. Sous ce même prince, en 1214, fut construite la tour du Louvre, monument féodal d'oii relevèrent, dès ce temps, tous les fiefs dont les rois de France furent suzerains.

Sous les rèsnes de Charles V et de Charles VI, de 1364 à 1422, Paris prit de nouveaux accroissements. On bâtit dans l'intérieur de l'enceinte de PhiUppe-Auguste; on entoura la clôture de fossés et de contre-fossés, de remparts, de tours. La nuit on fermait les portes. On barrait la rivière aux deux bouts de la ville avec de grosses chaînes de fer et Paris dormait tranquille.

Paris s'accroissant toujours, en 1549, Henri II forma le dessein de donner des bornes à cette capitale au moyen d'une

abbayes, des églises, trois ou quatre cents i nouvelle enceinte qui renfermerait les fau-

maisons éparses çà et là sur le bord de la rivière et dans les vignes de la montagne Sainte-Geneviève.

Tel était Paris en l'an 1000.

L'île constituait la Cité, tout ce. qui était en dehors, les faubourgs.

Cette île de la Cité, berceau de Paris, avait la forme d'un grand navire enfoncé da:is la vase et échoué au fil de Teau vers le milieu de la Seine. De là le navire qui blasonne le vieil écusson de Paris.

Diverses clôtures agrandirent successivement cette' capitale^

L'une, qui dans l'intérieur de l'île renfermait l'ancienne ville, paraît avoir été l'ouvrage des Romains.

La seconde clôture, qui enclavait une partie du faubourg au nord, paraît être due aux derniers carlovingions.

Une troisième enceinte, dont rien ne fait présumer l'existence sous la seconde race, paraît avoir été construite par Louis le Gros, vers H 20.

Dès cette époque, Paris fut divisé en

bourgs dans l'état où ils étaient, « sans « qu'il fut permis de faire bâtir de neuf « days l'intérieur, à peine de coufiscatioa « du fonds et du bâtiment. »

Ce projet ne reçut son exécution que sous Louis XIII ; mais alors déjà la ville s'était considérablement agrandie au nord et au midi, et à peine cette nouvelle clôture fut-elle terminée qu'une autre devint nécessaire. Elle eut lieu sous Louis XIV. Seulement cette fois, au lieu de rempart-, de fossés, de courtines, de bastions, de portes fortifiées, de tout cet attirail de terreur et de guerre, les portes de Paris furent changées en arcs de triomphe ; les fossés comblés, plantés d'arbres devinrent promenades, et Paris n'eut plus d'enceinte.

Louis XV, par une déclaration de 1727, essaya, comme Henri II, de borner la ville de Paris ; mais Paris se rit de cette nouvelle tentative royale qui voulait renouveler pour lui le lit "de Procuste et contiaaa de s'aurandir.

Dos huit cnceinlos qui avaient suc- 1 cessivement étendu, cerné Paris, sept avaient été construites dans un but de défense, la huitième dans un but d'agrément. Sous Louis XVI il s'en construisit une neuvième ayant un but tout fiscal.

Pour arrêter les progrès de la contrebande et assujettir aux droits d'entrée un plus grand nombre de consommateurs, les fermiers généraux obtinrent en 1784 de renfermer Paris dans une vaste muraille. Les travaux commencèrent cette même année.

Les Parisiens, s'apercevant qu'on les emprisonnait, firent éclater leur mécontentement selon l'usage par des vers ou des .ieiîx de mots tels que

Le mur mur&'.il Paris rend Taris murniiiranl.

ou bien :

Pour ûi'gmonler son ntimérairo El raccourcir notre horizon, La Ferme a jugé nécessaire De mettre Parisien prison.

En 1787 les travaux furent suspendus.

En 1791, les droits d'entrée étant abolis, ces barrières et ces murailles devin- ?îîit inutiles.

EîSTCTRS DE PARIS

Vers l'an v, le Directoire ayant établi à l'entrée de Paris, sous le nom d'Octroi de bienfaisance, une légère perception, on répara les barrières.

Sous le règne de Napoléon 1er, on acheva les murailles.

Trente-six ans plus tard en 1840, Paris fut entouré de sa nouvelle enceinte continue, bastionnée, l'un des travaux les plus gigantesques qui aient jamais été entrepris.

Alors on put mesurer d'un coup d'œil l'immense accroissement de cette immense ville. Paris qui, au viii^ siècle, borné à l'enceinte de la Cité, avait une étendue de oOO toises de long sur 1 40 de large en un endroit et 4 2o à l'autre, avait par le mur d'enceinte d'octroi de 1787 une superficie de 34 millions 396 mille 800 mètres carrés, et par l'enceinte continue, bastionnée, de 1840, sa superficie fut de 267 millions 558 mille mètres carrés.

Cet accroissement de Paris à diverses époques ressemble à ces cercles formés par la chute d'une pierre dans un bassin et qui vont toujours en s'agrandi-:sant -.

En voici le calcul approximatif :

Ire enceinte, Sous Jules César (56 av. J.-C.). . .

île — Sous Julien (350 ans depuis J.-C). .

Ille — Sous Louis le Gros (H 80;

ÏVe — Sous Philippe-Aususte (1211). .

Ve — Sous Charles Y et^ Charles VI (1371) .

Vie — Sous Henri II (1550)

Vile — Sous Henri IV (1593)

VII^- — - Sous Louis Xni et Louis XIV (1605)

iXe .— Sous Louis XIV et Louis XV (1728),

Se -» Sous Louis XVI (1788)

Xl^ — Sous Napoléon 1er (1804). , ^ ^

XlJe Sous Louis-Philippe (1840). . . .

44 arpe utils —

Des institutions d'utilité publique et des embellissements progressifs- avaient suivi cet accroissement.

En 1260, sous saint Louis, avait été établie par le prévôt, Etienne Boileau, la police de Paris.

En 1264, sous le même roi, avait été instituée pour la garde et la sûreté de Paris, de jour et de nuit, le guet de Paris, a pied et à cheval.

Plus tard on institua les garde-pompes du roi pour les incendies.

Plus tard encore, en 1666, on commença le nettoyage des rues de Paris de ces boues noires et puantes « qui laissaient de si fortes taches sur l'étoffe,

qui brûlaient tout ce qu'elles touchaient et qui avaient donné lieu à un proverbe : Il tient comme houe de Paris. » C'est Sauvai qui le dit.

Cette même année 1666, les rues commencèrent à être éclairées par de simples chandelles que les habitants étaient tenus de mettre sur leurs croisées, puis par de.^ réverbères, et aujourd'hui' par le gaz.

La poste aux lettres, dont l'Université avait conçu le projet et que Louis XI mit à exécution en 1 404, resta pendant près de deux siècles à l'usage seul du gouvernement et ne commença qu'en 1630 à servir à Paris aux particuliers..

En 1728, pour faciliter les étrangers à

se reconnaître dans les rues de Paris, le lieutenant de police Hérault fit mettre au coin de chaque rue deux feuilles de ferblanc sur lesquelles leurs noms étaient marqués en gros caractères. Cette même année on adopta pour les maisons un numérotage qui fut jugé défectueux, et rectifié en 4806, tel qu'on le voit aujourd'hui.

Les carrosses qu'on nommait coches et qui étaient fort rares avant le règne de Louis XIII y dLevinrent en peu de temps très nombreux. Aujourd'hui après moins de deux siècles et demi on y compte plus de sept mille voitures particulières, plus de cinq mille voitures publiques, cabriolets de remise, de place, fiacres, omnibus, faisantchacun une recette moyenne de 4 5 francs, soit dans la journée 75 mille francs et, par an, un mouvement d'argent de près de 40 millions.

Jusqu'au xiu^ siècle, l'école épiscopale de Paris était restée inférieure à celle des autres cités de France. Au commencement de ce siècle elle parut sortir de son état d'obscurité. Quelques maîtres, Guillaume Champeaux et surtout le célèbre Abeilard son disciple lui donnèrent une réputation dont elle n'avait pas encore joui. Les talents, la méthode nouvelle de ce dernier attirèrent à Paris un nombre considérable d'étudiants. Bravant la routine, Abeilar-d améliora son siècle et contribua simultanément à l'accroissement de la science et à celui de la population de Paris. Double accroissement qui n'a cessé depuis lors de faire des progrès plus ou moins rapides.

Une fois l'impulsion donnée, le mouvement s'arrêta peu.

Les études, bien que alors très bornées, ayant ouvert à plusieurs les trésors de la science antique, accrurent une source dont les eaux coulèi-ent sur un sol aride que le temps devait féconder.

En 1 250, avait été fondée la Sorbonne, par Robert Sorbon qui avait voulu, par là, faciliter aux écoliers sans fortune l'ob- . tention du grade de théologie. Les bénéfices de l'église étant alors plus généralement devenus la récompense du savoir, chacun pour en obtenir brava le supplice des études.

Dès le xv^ siècle la découverte et l'usage de l'imprimerie rendirent plus facile la propagation des lumières. Elles éclairèrent presque subitement les vices et les erreurs qui corrompaient toutes les par-

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ties du corps social. Dès ce moment toutes

les chaînes des préjugés qui régissaient le monde furent moralement brisées.

Deux causes vinrent en aide à cette révolution morale : la réformation qui purifia les mœurs et consacra le droit d'examen : la prise de Constantinonle par les Turcs qui refoula dans l'Occident les irts et les lettres bannis de l'Orient.

Dès ce moment l'impulsion donnée à la pensée, à l'activité humaine, devint si forte, qu'il ne fut plus au pouvoir des hommes de l'arrêter, et que tout ce qui jusqu'alors avait constitué la grandeuret la puissance humaine, devait se briser à vouloir mettre un frein à leur développement.

Avant le xiiie siècle, les marchands et les artisans s'étant réunis en corps de communautés, distinguées les unes des autres par des privilèges, des usages, des statuts particuliers, formèrent a Paris ces corps de ma-rcho/nds qui devaient si puissamment contribuer à la splendeur de cette immense ville.

Un corps municipal commença à s'y établir, ainsi qu'un tribunal souverain appelé fjo/rlernent .

Pa.is éprouva plusieurs divisions municipales.

Dans l'origine la ville était divisée en quatre parties qui de leur nombre avaient pris le nom de quartiers. Sous Charles YI. ces quartiers furent doublés : leur nombre s'augmenta successivement. Sous Henri III, la ville fut partagée en 4 7 quartiers, et Louis XIV, en 1702, en porta le nombre à 20. Paris était régi par un gouverneur nommé par le roi et par deux magistrats, l'un pour la police, l'autre pour le fait des marchandises et navigations. Le premier avait le titre de lieutenant civil du prézOt de Paris, le second celui de prévôt des riurcàands.

En 4789 lorsqu'il fallut procéder à la nomination des électeurs aux états-généraux, le bureau de la ville divisa Paris en %0 districts ou assemblées primaires pour l'élection des députés du tiersétat.

Le 21 mai 1790, un décret de l'Assemblée constituante substitua, aux 60 districts 48 sections, qui reçurent chacune un nom de localité.

Un décret de la Convention du 49 vendémiaire an IV (14 octobre 4795) divisa Paris en 4 2 arrondissements ou municipalités et en 48 quartiers^ dont l'admi-

ûisiration fut confiée au département de la Seine composé de sept administrateurs.

Une loi de pluviôse an viii (février \ 800) substitua à ces administrateurs douze ma/res et deux préfets, l'un chargé du département et l'autre de la police. Le premier prit le titre &e préfet de la Seine et l'autre celui de préfet de police.

Cette division et cette désignation subsistent encore aujourd'hui.

Depuis le xm^ siècle l'administration municipale de Paris a été régie par 129 magistrats ^prévôts des marchands, maires, administrateurs ou préfets).

Paris, depuis sa fondation, a vu bâtir ou s'élever dans ses diverses enceintes 350 églises ou communautés religieuses d'hommes ou de femmes. Aujourd'hui on y compte 50 églises ou chapelles, 8 temples consacrés aux divers cultes et 40 communautés religieuses.

11 renferme en outre : 10 palais;

20 jardins publics plantés d'arbres et 24 avenues ;

58 institutions relatives aux sciences, aux arts et à l'instruction publique;

40 principales bibliothèques publiques ou établissements spéciaux contenant

I million 900 m.illo volumes ou manuscrits;

50 halles ou marchés; 14 ports; 22 abreuvoirs; " 27 hôpitaux ;

12 musées;

100 fontaines monumentales ou de puisage, sans compter 1780 bornes-fontaines, 105 bouches d'eau sous les trottoirs et

II i poteaux ou boîtes d'arrosement;

18 théâtres et 30 jardins à divertissements;

36 quais;

22 ponts;

58 barrières;

24 boulevards;

1170 rues pavées ou macadamisées sur une superficie de 4 millions de mètres : 32 mille maisons ^ plus de 1 60 mille mètres d'égouts maçonnés et voûtés ;

La conduite des gaz oflVe une longueur de 485,000 mètres, et 13,000 poteaux ou consoles qui sont autant d'appareils pour l'éclairage public ;

Comprise entre les fortifications, la suiperficie de Paris est de 257,558,000 mèitres;

Lqs piétons peuvent y circuler sur ^,038,000 mètres de trottoirs.

Au XII* siècle sous Louis le Gros, les droits des deux portes du Nord et du Midi de Paris ne rapportaient que 12 livres par an, soit 405 francs de notre monaie. Aujourd'hui la ville de Paris a un budget de plus de 60 millions. Elle est l'égale d'un royaum.e du troisième ordre. Son revenu dépasse 50 millions. Elle verse annuellement au trésor 11 millions poule dixième de l'octroi et le remplacement de la contribution foncière. Elle n'envoie dansles provinces que pour environ 50 millions de sa fabrication; mais elle cousomme annuellement, en produits des départements, la somme énorme de 6 13 millions dont 325 millions en cousomm;i tiens industrielles et 318 millions en consommations alimentaires. A cette importation des provinces il faut ajouter les frais de transport, d'expédition répandus sur les routes et dont on peut calculer l'importance en pensant que les produits importés annuellement dans la capitale pèsent trois millions de tonneaux, soit 75 millions de quintaux, c'est-à-dire plus que la totalité de ce que la France reçoit en importations annuelles par transport de mer.

La dépense totale des habitants de Paris, y compris le paiement des contributions, dépasse un milliard, presque le budget de la France.

Il existe à Paris 325 industries, classées en 1 3 groupes comprenant chacun les industries diverses qui se rapprochent les unes des autres, et concourent ensemble à la production dans les différentes branches de l'industrie générale parisienne.

L'importance annuelle des affaires de ces treize groupes d'industries est de près de 1,500 niillions, effectuées par soixantedix mille entrepreneurs employant trois cent cinquante mille ouvriers.

La population de Paris, qui daprès un chiffre approximatif n'a pas dépassé cinq à six mille âmes sous les premiers rois de la première race, dépasse aujourd'hui avec celle de la banlieue 1,700 mille habitants.

Voici le tableau de ce prodigieux accroissement à diverses époques.

Sous les Romains . . 6,000 h.

Les derniers Mérovingiens 10,000

Les Carlovingiens . . . 15,000

Les premiers Capétiens . 30 000

En 1313 ...... 'iO,000

/147.i. 1oO;000

TAGLKAU POLITIQUE ET MO.lAL

Mais c'est surtout de 1851 à 1856 que l'accroissement de la population a été quelque chose de fabuleux. En voici le résultat.

En 1851 Paris . . 1,053,262 h. Banlieue, Sceaux, Saint- Denis ..... 368,803

Total

En 1856 Paris . . 1,174.346 Banlieue, etc. . . . 553,073

Total. 1,727,419

Augmentation pour Paris 121,034 Pour la banlieue, etc. . 181,270

Total de l'augmentation de 1851 à 1856 . . . 303,354

D'après ce résultat officiellement constaté, la population de Paris, banlieue.

Sceaux et Saint-Denis, a augmenté de près d'un cinquième en cinq ans.

Ainsi, bitn que depuis l'arrivée des Francs dans les Gaules, jusqu'au xiii^ siècle, la civilisation eût fait des pas rétrogrades et eût été remplacée par la plus horrible barbarie, à ce même xiii^ siècle, elle commença à renaître, et dès ce moment, maigre les horreurs du régime féodal et ses iniques droits ; malgré les vices des gouvernements antérieurs et postérieurs, les privilèges abusifs de l'Université, les pestes, les famines, les guerres civiles et étrangères des règnes des rois Jean, Ciiarles VI et Charles" VII; malgré les bûchers de François 1er et de Henri II, les massacres de Charles IX, les crimes de la Ligue et de ses prédicateurs ;• malgré les guerres ' civiles des minorités de Louis XIII et de Louis XIV ; malgré les débauches et les dissolutions de la régence du duc d'Orléans et du règne de Louis XV ; malgré la terrible secousse de la révolution de 1789, le mouvement de la popuîaiionde Paris ainsi que celui de la civilisation, depuis Abeilard et Philippe-Auguste, parfois rapide, parfois ralenti, a toujours été progressif.

Jusque sous Louis XIV, la civilisation avait à Paris surmonté la barbarie, mais ne l'avait pas détruite. Colbert avait donné à la marche des arts et des sciences une impulsion qui, bien que peu durable, fut très efficace. Suosce rèç;ne on modifia des lois, on régularisa des codes, oa réglementa '"es coutumes et la justice reprit ses droits. Il fut défendu aux tribunaux de condamner des accusés comme sorciers. Les sorciers disparurent et le j bon sens reprit à son tour ses droits. Oa établit des séminaires, les aspirants à la prêtrise y puisèrent de l'instruction et de bonnes mœurs, la morale reprit les siens, j Comme au xvi^ siècle, des controverses I s'élevèrent sur les matières religieuses, et ! les discussions qui en résultèrent tournèrent encore au profit de la raison et de la vérité. La philosophie fit le reste; et un jour, moinsd'unsiècleaprès que LouisXIV, sur les débris de la puissance ecclésiastique féodale et de îa féodalité seigneuriale, eut intronisé son pouvoir absolu, Paris, qui jusqu'alors n'avait fait des révolutions que pour le compte des rois, des princes, des grands seigneurs, du clergé, du parlement ou de l'Université, en fit une pour son propre compte.

Sous rinfluence de celle introuisatioa successive de la justice, du bon sens, de la morale, de la raison et de la vérité, pesant dans la balance du droit naturel, son culte, ses institutions, ses mœurs, ses lois, le pouvoir et les prérogatives de ses chefs, il livra ses destinées aux expériences de la philosophie. Brisant les liens qui l'attachaient au passé et se fiant aux lumières des temps modernes, il s'aveutura à la recherche d'un nouvel ordre pohtique et social.

Ce fut Paris en 4789.

Ici pendant plus d'un demi siècle, les révolutions s'y pressent, les - gouvernements succèdent aux gouvernements. Paris put voir défiler successivement :

Les EtoAs-GénérauXf du 5 mai au 17 juin 1789;

U Assemblée nationale, du 17 juin 1789 au1«r octobre 1791 ;

VAsseriiblée législative, du 1^' octobre 1791 au 21 septembre 1792;

La Conventio7i nationale^ da 21 septem.bre 1792 au 26 octobre 1795 (première république) ;

Le Directoire exécutif, du 23 octobre 179q au 9 n9vembre1799;

La Commission consulaire^ du 9 lovembre au 24 décembre 1799;

Le Consulat temporaire, du 25 décembre 1799 au 2 août 1802;

Le Consulat à vie, du 2 août 1802 au 18mnrs1804;

VEm^nre, avec Napoléon I^r^ fondateur de la quatrième dynastie, du 18 mai 1804 au 11 avril 1814 (première abdication de Napoléon) ;

Un gouvernement provisoire, du 2 avril au 3 mai 1814;

Louis XVIII (première restauration), du 3 mai 1 81 4 au 20 mars 1 81 5.

Napoléon I^^ fCent-Jonrs), du 20 mars au 22 juin 1815 (deuxième abdication);

Un gouvernement provisoire, du 22 juin au 8 juillet 1815;

Louis XVIII (deuxième restauration), du 8 juillet 1815 au 16 septembre 1824;

CJiarles X, du 16 septembre 1824 au 29 juillet 1830,

Louis-Philippe I^^ (deuxième branche des Bourbons), du 9 août 1830 au 25 février 1848;

Un gouvernement provisoire (deuxième république), du 26 février au 6 mai 1848;

Commission executive, du 6 mai au 24 juin 1848;

Présidence provisoire du général Cavaignac, du 2 4 juin au 20 décembre 1 848 ;

Présidence de Louis-Napoléon Bonaparte, du 10-20 décembre 1848 au deuxième dimanche de miai 1 852 ;

Dictature temporaire de Louis-Napoléon, du 2 au 21 décembre 1851 ;

Présidence décennale de Louis-Napoléon, du 21 décembre 1851 au 2 décembre 1852;

Napoléon III (deuxième empire), du g décembre 1852-

Pendant que s'étaient succédé, dans l'espace de 63 ans, ces 23 gouvernements, Paris avait vu successivement disparaître une dynastie fondée sur les siècles, une deuxième fondée sur la gloire, une troisième fondée sur la nécessité de Tordre, deux républiques et plus de vingt assemblées législatives.

Le rétablissement avec Napoléon III de 'la deuxième de ces dynasties, celle fondée sur la gloire, devait être pour Paris ce que fut pour le vieil Eson l'eau magique où des mains pieuses essayèrent de le rajeunir.

€'est ce que le lecteur aura occasion de

r)E TARIS

voir dans le Tableau p)liij si que de Paris I de 1820 à 1858.

: Maintenant que, dans ce lableau d'eni semble, le lecteur a pu d'un coup d'oeil ' embrasser le terrain qu'il a parcouru, un ! mot sur les gouvernements qui ont suc- : cessivement dominé Paris et la France

pendant cette dix-neuvièmej^jmo^^ qu'il : nous reste à dérouler.

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