‹ Histoire de ParisChapitre 200 sur 261 · SOLS LOUIS · texte numérisé non relu

SOLS LOUIS

tonnerre que l'absolulisme européen devait se préparer à compter tôt ou tard avec la légitimité mécoDDue des natioDs. II fut évident alors que cette révolution de 1789, qu'on avait ci ue un moment n'être qu'un accident, était un ternijs; que cette immense commotion qu'on avait crue D être qu'un événement était une éjjoque. Lne nouvelle révolution, dix-huit ans après celle de 1830, devait venir réduire ce fait à l'état de dogme.

PHILIPPE icr j|^,y

Pour apprécier sainement cette nouvelle lutte, où, avant même que la tempête eut tout emporté, il était évident pour tous, qu'alors comme avant, rien n'était possible en France que dans un certain ordre d'idées, il est nécessaire de résumer en quelques mots quelques-uns des grands faits qui, pendant le règne de Louis-Philippe, vinrent accélérer Texplosion.

La royauté nouvelle s'était mise à l'œuvre. Par malheur pour elle, elle commença

Arc de triomphe du Carrousel.

par une grande faute : ce fut de vouloir se rattacher, par quelque bout, au principe de la légitimité que la nation venait de renverser, et de se considérer comme I ui^^ royauté de transaction, tandis I quelle n'était en effet ^\imi^ royavté de transition, c'est-à-dire un temps d'arrêt entre le développement du principe national pur et l'accession plus ou moins prochaine au pouvoir de ce principe.

Des amis imprudents voulurent nier cette situation en disant que ce roi était un rot populaire avec des institutions

V LEYKADIER

répuôlicaines, que cette rovauté était une monarchie répul/licaitie'ima.ls cette logomachie n'en imposa à personne, et il fut évident pour tous qu'encore une fois on voulait arrêter la révolution de 17B9 au milieu social, c'est-à-dire faire de l'aristocratie bourgeoise comme d'autres avaient voulu faire de l'aristocratie nobiliaire ou cléricale. C'était toujours comme jadis la dépossession en principe des classes mférieures; c'était rentrer par un détour dans le cerc.'e vicieux d'où étaient sortis tant de bouleversements ; c'était

s'exposer à en voir sortir encore d'autres. Aussi lô' règne de Louis-Philippe allait n'être qu'une incessante lutte où devaient successivement' s'user ncw>-seulement toutes les nuances du parti libéral, mais encore la royauté constitutionnelle.

En effet, quelques mois à peine s'étaient écoulés depuis l'avènement au trône du nouveau roi, q,ue' La Fayette était obligé d'abandonner à elle-même mie royauté qu'il avait vainement essayé d'abriter sous le manteau de son nom républicain. Un premier ministère du 11 août 1830.

auquel l'un des vétérans de la liberté, Dupont (de l'Eure), servait de manteau, se retira le 2 novembre devant un ministère Laffitte; celui-ci, le 17 du même mois, devant un ministère Sébastiani, et enfin ce dernier pour faire place à Casimir Perler, c'est-à-dire à l'homme qui allait, en déployant contre les factions intérieures toute l'âprelé d'un caractère irritable, user, au profit d'une royauté à peu près impossible, les dernières nuances du libéralisme de la Restauration.

On était arrivé ainsi jusqu'en 1831.

A cette époque commença une longue série d'émeutes qui devaient avoir leurs batailles partielles, et plus tard leurs batailles décisives.

Dès le 11 février 1831, l'émeute semblait s'être établie en permanence à Paris, disciplinée, continue, tantôt dans un quartier, tantôt dans un autre, éclatant atout prétexte et ne se calmant sur un point que pour prendre des forces et du repos. Paris se trouvait ainsi livré à une sorte de fièvre intermittente qui menaçait de devenir continue et dont chaque crise en préparait une nouvelle par l'inquiétude qu'elle jetait dans les esprits, par la perturbation qu'elle apportait dans les affaires.

Si active à Paris, l'émeute n'était pas inactive dans les départements. Grenoble et d'autres villes eurent les leurs : Lyon eut une véritable insurrection des ouvriers qui avaient pris pour devise : Vivre en travaillant^ mourir en combattant l et la Vendée, en proie aux excitations légitimistes, commença une agitation inquiétante.

D'autre part se renouvelaient avec une déplorable persistance des attentats contre la vie du roi : phase singulière d'une époque où à des familles de conspirateurs succédèrent des familles de régicides. :

28 juillet 1835, Fîeschi :

25 juin 1836, Alibaud :

29 décembre 1*836, Meunier, Darmès, Quenisset, Lecomte, Joseph Henri, et d'autres tentatives auxquelles pour leur honneur les partis paraissent être restés étrangers.

Le gouvernement, de son côté, profitait de ces émeutes et de ces attentats pour poser do nouvelles entraves à la liberté.

Les dix premières années de ce règne offrirent alors deux caractères saillants : l'un, de résistance à tout progrès politique ou social ; l'autre, l'intronisation d'une sorte de gouvernement personnel en dehors de toute fiction constitutionnelle.

Par quelques succès plus apparents que réels, la royauté de juillet, s' étant fortifiée matériellement dans ce système de résistance et d'empiétement constitutionnel, ^ parut moins disposée que jamais à tenir' compte des besoins réels du pays, et chercha plus que tout à s'entourer de ministres qui pouvaient, la plupart, faciliter ses vues.

Les deux hommes principaux qui, dans les divers repl|itrages ministériels des dernières années de ce règne, résumèrent le plus ce système, furent MM. Thiers et Guizot.

Le dernier, à peine au pouvoir, laissa tomber du haut de la tribune un de ces mots malheureux qui pèsent pendant longtemps sur une situation : Enrichissez-voiis. Par ces mots le raiMislre voulâit-il dire : La voie est ouverte à tous : acquérez du bien-être ^iar le travail et la probité ? Tout le monde en douta et la conscience publique les traduisit par ceux-ci : Tous les moyens sont bons pour acquérir de la fortune. Enrichissezvous; vous serez électeurs, députés, vous aurez part à la curée.

De là, dans le sens moral public, une épouvantable perturbation qui devint le caractère spécial de cette époque; de là contre les hommes publics mille accusations de simonie ou de corruption qu'une sorte de fatalité semblait devoir justifier. Au milieu d'une incroyable sphère de corruption qui avait gagné tous les corps de l'Etat et où l'on semblait condamné à vif vre, cette intronisation du matérialisme acheva de dépraver un peuple qui, déjà instruit par ses malheurs passés, était préparé à recevoir une meilleure impulsion.

11 résulta de là contre le gouvernement

socs LA RÉPUBf.

une sorte de complicité morale de tous les méfaits qui se produisirent dans l'ordre administratif, et ces méfaits furent nombreux : on en fit remonter la responsabilité jusqu'à lui, et sous le poids de ces accusations, il était moralement mort avant même que la tempête qui grondait au loin deja l'eut renversé.

D'autre part, sa persistance dans le système arrêté de résistance et d'empiétement constitutionnel amena des protestations, des manifestations dans les corps parlementaires. Au début du rèene l'émeute avait été dans la rue; à la fin elle fut dans la chambre des députés.

Mais en dehors de la forme qu'avait prise le débat, entre l'opposition parlementaire et le ministère, s'étaient combinés inaperçus avec les éléments politiques, des éléments sociaux dont la gravité étai; à peine soupçonnée dans les régions législatives, où s'agitaient plus d'ambitions personnelles que de patriotisme. Aussi, avec un peu de per-^picacite, était-il aisé de prévoir que si le peuple intervenait de tout son poids dans ce débat porté si imprudemment devant lui, on pouvait voir se rialiser la fable des Deux plaideurs et V Huître, c'est-à-dire qu il prendrait pour bon compte le pouvoir que les autres semblaient se disputer.

L'événement justifia cette prévision.

La Restauration avait trôné 1o ans; Louis-Philippe en régna 18. Trois jours, les 27, 28, 29 juillet" 1830, avaient suffi pour abattre l'une; trois jours, les 23, 24, 2o février 1848, suffirent pour renverser l'autre.

La chute de ce dernier roi est même sans précèdent dans l'histoire. Il s'enfuit seul, pouvant à peine rejoindre dans sa fuite sa famille éparpillée, sans une seule épée prête à se tirer pour lui, sans un seul ami qui partageât sa disgrâce, sans qu'une seule de toutes ces harpies dont la rapacité avait miné sou trône lui jetât, par quelque éclatante démission, l'obole de la sympathie ou de la recou- Daissance. .

Au lieu de gouverner par les sentiments généreux, il avait voulu faire appel aux sentiments égoïstes. 11 s'était adressé aux cordes basses du cœur humain. 11 avait semé l'égoïsme, il recueillit l'ingratitude.

Ce roi cependant, doué de bonnes intentions, n'était pas un mauvais roi. Son devancier Charles X était tombe pour

IQLE DE 1848 479

avoir violé l'esprit de la Charte ; lui tomba pour en avoir trop respecté la lettre. Son erreur fut de croire que, par l'avènement au pouvoir de l'a-istocratie bourgeoise, la révolution de 1789 avait atteint son complément. Mais cette révolution s'étant trouvée arrêtée au milieu social, le trop de persistance à ce point d'arrêt avait son danger. Louis-Philippe ne le vit pas et son aveuglement amena sa chute.

Quelques faits d'un ordre réellement éclatant et qui caractérisèrent ce règne, ne purent lui faire trouver grâce devant l'irritation nationale. Tels furent :

L'expédition de Lisbonne en 4831 ;

Celle d'Italie en 1832;

Le siège et la capitulation d'Anvers en décembre de la même année;

Le bombardement et la prise de Saint- Jean d'UUoa (Mexique) en 1838.

L'invasion du Maroc qui se termina par la bataille d'Isly en 1844;

Et enfin la soumission à peu près complète de l'Algérie, ou les princes ses fils cueillirent leur part de gloire, et qui assura désormais à la France la conquête de cette partie de TAfrique occidentale.

Dans un autre ordre de faits on peut classer :

L'inauguration du musée de Versailles en 1837;

La translation des cendres de Napol on 1er de Sainte-Hélène en France en 1840;

Les fortifications de Paris, le travail le plus immense peut-être qui ait jamais été mené à terme;

Et enfin des conventions diverses avec plusieurs puissances et l'admission de la France dans ce qu'on appela le Concert ev/ropéen; c'est-à-dire que la France qui, depuis ses malheurs de 1815, avait été exclue des délibérations de l'Europe, se trouva relevée en partie de cette insolente humiliation.

IIL PARIS SODS LA RÉPUBLIQUE BE

Dès le 24 février 1848 un gouvernement provisoire avait été institué. Le premier acte de ce gouvernement fut de rendre la décision suivante :

Page 1