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AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

c La royauté sous quelle forme que ce « soit est abolie.

« Le gouvernement actuel de la France € est le gouvernement républicain.

« La n'ation sera immédiatement appert lée par son vote à ratitier la résolution «t du gouvernement provisoire et du peu- « pie de Paris, *

Le lendemain, Paris, qui s'était couché monarchique la veille, se leva républicain.

Le contre-coup de cette révolution remua l'Europe presque dans ses fondements. Dans l'année qui la suivit des révolutions éclatèrent dans 28 Etats ou villes souveraines de l'Europe, et dix souverains furent forcés de sortir de leurs Etats.

Cette simultanéité de commotions révolutionnaires est incontestablement le fait le plus caractéristique des temps modernes et doit bien donner à réfléchir.

Après cette révolution, Paris encore une fois souverain put ramasser, pour la troisième fois en un demi-siècle, la couronne tombée du front de trois rois.

Cette fois comme toujours, la Franco suivit sa capitale dans cette arène de révolutions, encore sillonnée des traces des bouleversements antérieurs qu'un demisiècle n'avait pas eu le temps d'effacer.

Lorsque s'était ouverte cette révolution Ce 1848, où, sous la lave du volcan populaire, venait de disparaître ce nouveau trône, la France offrait un singulier spectacle. On aurait pu se croire transporté à celte époque de Kome caduque que flétrit saint Augustin par ces mots : « Que leur « importait à ces Romains dégénérés ce «r qu'on appelait la corruption? Ce qu'il « leur fallait, c'est que chacun put aug- « raenter ses richesses. Tous les moyens « étaient bons, et dans cet effrayant dé- « vergondage moral, la fin justifiait tou- « jours les moyens. »

En effet, en France, en 4848, comme à Rome dans sa décadence, pauvres et riches étaient atteints de la même infirmité : ces derniers, trop occupés de jouir, les autres trop désireux de la jouissance, tous atteints de la manie de briller. Celui qui avait voulait encore avoir. Celui qui n'avait pas mourait séchant d'envie devant celui qui avait.

Et un jour, en 1848, comme dans l'empire romain aux premiers siècles de notre ère, au ïrilieu de cet enivrement, de cette fascination d'hommes qui fermaient les yeux sur leur décadence, avait éclaté la lein[ête£Cudaine qui, ébranlant le £ol.ju£-

que dans ses fondements, voua l'avenir aux chances terribles de l'inconnu.

En essayant d'apprécier les éléments qui, à Paris, allaient se débattre sur C8 champ de bataille tout fumant encore de sang on trouve :

D'une part, une petite minorité d'hommes probes, voulant sincèrement le bien des classes souffrantes, le développement de leur intelligence et de leur bien-être, l'ordre, la réhabilitation delà dignité humaine, et enfin une égale part de soleil à tous.

D'autre part, on voit l'excès de doctrines mal digérées servant de motif aux uns pour rechercher l'influence; l'art de conspirer érigé en art gouvernemental servant de prétexte aux autres pour briguer ouvertement le pouvoir ; ailleurs, les derniers par l'intelligence travaillant à être les premiers par le rang ; des fractions modérées n'ayant au service de leur cause que de bonnes intentions et des paroles pleines d'images, mais vides d'idées ; enfin des hommes sincères mais ardents jusqu'à la passion, qui croyaient pouvoir fonder un ordre social sur la violence, comme si la violence avait jamais fondé quelque chose de stable. 'En un. mot, à part quelques rares exceptions, c'était un désordre incroyable de l'intelligence individuelle et sociale qui, vu au grand jour de la froide raison, montrait sous sa pauvre et vulgaire réalité quelque chose d'humiliant pour l'orgueil de la France.

Un fait incontestable, c'est que lorsque la révolution de 1848 avait, par son triomphe, jeté dans l'arène tous ces éléments, un mal réel existait dans l'ordre i social, celui de la suprématie de l'argent sur le travail, sur l'intelligence. L'argent était le maître absolu de l'idée, du bras : de là le malaise de ceux qui vivaient de leur travail, les impatiences de ceux qui, voués aux professions libérales, se disaient déshérités.

Ces derniers, journalistes, littérateurs, artistes, avocats, médecins, avaient été les promoteurs les plus tenaces à renverser ce qui était; les autres ouvriers ou prolétaires, les agents les plus actifs de ce renversement, la tète et le bras.

Deux nuances d'opinions libérales ou républicaines, plus ou moins renforcées, représentaient ces deux éléments révolutionnaires alors maîtres du terrain. Après le Iricmphe, laissant de cùtè les interôti

SOLS LA RÉPCBLIQUE DE ISiS

qu'ils semblaient devoir représenter, ces deux nuances se réduisirent en deux coteries alliées un moment pour faire la part du butin, mais prêtes à se désunir f.our le partager.

A ia vue de ces intérêts égoïstes exclusivement occupés d'eux et ne tenant compte des intérêts généraux que pour les tourner à leur profit, on put croire que la plupart de ces hommes sans passions généreuses dans le cœur n'avaient, en n'asitant les bas-fonds de la société, fait en tout temps d'autre métier que celui des pêcheurs d'anguilles qui, pour prendre les [ oissons par centaines, troublent l'eau des lacs et amènent à la surface la vase du fond. C'était triste, mais c'était vrai. Alors à ces âmes d'élite, à ces hommes rares, qui jusqu'à ce moment avaient aimé le peuple, non pour eux, mais pour lui, avaient travaillé à son bonheur avec persévérance et désintéressement, il ne resta, comme au sage, qu'à s'envelorper dans leur manteau pour laisser passer cette avalanche de passions égoïstes.

En effet, dès la chute de Louis-Philippe, de toutes les classes, de tous les rangs, mille passions mauvaises s'étaient dressées en face du nouveau pouvoir, couvant de l'œil ou étendant la main sur toutes les charges, tous les emplois. On vit arriver des départements tout ce qui, de près ou de loin, avait plus ou moins longtemps caché des vues sordides ^ousun patriotisme d'emprunt. Chaque jour amenait de nouveaux prétendants h la curée, les uns et les autres couvrant d'une blouse leur habit de solliciteur. Ici, on soldait un créancier récalcitrant avec une place. Là, un fournisseur complaisant était récompensé par un emploi. Tous les genres de service se croyaient le droit d'être payés de la même manière. A tous les degrés de la hiérarchie s'affichait, comme aux plus mauvais jours des temps antérieurs, le népotisme le plus effronté.

Aussi, à la vae de tant d'impudentes bassesses pour donner ou s'arracher un lambeau de la défroque du monarchisme, les républicains sincères désespéraient de la fortune de la France. Ils la croyaient descendue au niveau des empires enfouis. Ils la voyaient prête à expirer dans l'amour de l'or et des places, comme Rome • jadis dans l'amour de là volupté. Ils disaient hautement que si, devant Rome mourante dans l'orgie, un sage s'était ja-

dis den andé : Où sont les citoyens ro^ mains? s'il eût vécu en i848, à la vue de cet âpre intérêt qui assiégeait toutes les avenues du pouvoir, et qui ne se retirait que plus ou moins repu, il aurait pu se demander : Ou sont les rérjublicains français?

S'il n'avait eu à satisfaire que tous ces grossiers appétits, le gouvernement provisoire, né de la révolution de février, aurait pu, peut-être, ram.ener au port et sans avaries un vaisseau à la fois battu des vents et des courants. Mais en dehors des rapaces ego'ismes qu'il eût pu repaître en jetant à Tun un os, à l'autre un gâteau, il y avait le peuple, le peuple qui avait vaincu, qui, dès le début, loin de demander quelque chose, avait, dans son naïf désintéressement , mis trois mois de souffrances au service de la République. Il y avait là, non pas des mauvaises passions couvrant d'un vernis républicain la vase des bourbiers monarchiques dont elles étaient issues, mais des besoins impérieux, des exigences légitimes d'existence et de position au bout desquelles se dressait menaçante la faim, et qu'il fallait satisfaire. Chaque jour avait rendu de plus en plus grave cette grande difficulté du moment. Mais pour résoudre ce formidable problème a la solution duquel était forcément attaché l'avenir de la République, qui eût demandé la coopération sincère, incessante de toutes les volontés, de toutes les intelligences, le pouvoir ne trouvait à sa portée que des intérêts mesquins, des petits ego'ismes qui, comme les eunuques des sérails, se mouvant dans leur impuissante suffisance, ne voulaient ni faire ni laisser faire.

On marchait cependant. La République avait été proclamée le 23 février, un peu à l'improviste, un peu à la sourdine, mais enfin on s'en contenta.

Dans ce nouvel ordre social, ainsi vicié déjà dans sa base, la capacité électorale avait été étendue aux dernières limites du possible. Tout citoyen était électeur et élig'ble. On avait espéré que, des élections, sortirait une majorité qui aiderait le nouveau pouvoir à meLer à bonne fin une œuvre jusqu'alors conduite avec plus de courage que de bonheur. Ce fut le contraire qui arriva. Entre autres produits imprévus des élections, on eut à constater celui de deux grands éléments de réaction monarchique et révolutionnaire, c*est-à

dire d'hommes qui ne Toulaient pas d'une république modérée, et d'autres qui ne voulaient de république d'aucune sorte.

Ce résultat fut plus qu'un embarras : il fut un malheur. En effet, l'arène ainsi ouverte à toutes les ambitions, toutes s'y étaient jetées. Les hommes d'Etat des régimes antérieurs, roués politiques s'il en fût, vieux chevaux de harnais qui depuis vingt ans n'avaient su s'atteler au char de l'Etat que pour l'enrayer ou le faire verser, y avaient trouvé accès comme les autres. Ils y apportèrent leurs habitudes d'intrigues et de partis parlementaires.

Alors, au cœur de la République à peine assise, recommencèrent ces courses aux portefeuilles ou au pouvoir, caractère distincLif des régimes déchus, vraies courses au clocher, d'autant plus furieuses, cette fois, que la force et la violence étaient de nouveaux éléments entrés en scène. Aussi, cette période gouvernementale de trois ans ne fut qu'une violente lutte dont le bien public fut le drapeau, la domination le but, l'ambition le mobile, la violence le moyen, le peuple la dupe, et la Republique la victime.

Les intentions purent être bonnes, tes actes furent détestables , et le résultat le plus évident de ce cabotage gouvernemental, fut que toutes les popularités anciennes ou nouvelles s'usèrent à donner une impulsion quelconque à une machine gouvernementale dont l'engrenage se composait des ressorts les plus vicies.

En outre, on en était revenu au système des journées de la révolution de 4789, et le gouvernement ne marchait que par soubresauts.

Le 1 6 mars 4 848, sous le prétexte d'une ridicule question d'uniforme, la garde nationale essaie un mouvement de réaction.

Le lendemain 47, en opposition à ce mouvement, cent mille ouvriers en armes vont assurer au gouvernement provisoire une force qui commençait à lui échapper.

Un mois après, le 47 avril, autre manifestation des ateliers nationaux pour appuyer une doctrine toute nouvelle qui s'était produite en dehors de la sphère gouvernementale.

Le 45 mai, invasion violente de l'Assemblée nationale, sous prétexte d'iMie pétition en faveur de la Pologne.

Du 21 au 26 juin, journées sanglantes dont les rues de Paris furent le champ de

bataille, et où onze généraux furent tués ou blessés.

L'émeute, on le voit, avait sa périodicité. Chaque mois avait régulièrement la sienne, et chaque fois avec un degré de violence de plus.

Au milieu des tiraillements et des luttes de tant d'éléments anarchiques, on ne pouvait trop prévoir ce qui sortirait définitivement de ce chaos, lorsque intervint un nouvel élément qui, bien qu'imprévu, était cependant au fond des choses, mais dont les hommes d'Etat à courte vue du temps ne surent pas apprécier l'importance.

Le 4 juin 4848, le nom de Louis-Napoléon Bonaparte était sorti de l'urne électorale à Paris et dans trois autres collèges électoraux.

Ce nom était un principe.

Le 27 mars 4845, après le retour de Napoléon I^r de l'île d'Elbe, le conseil d'Etat l'avait relevé de sa déchéance par . la déclaration suivante, l'un des grands titres de la légitimité du droit national, alors représenté par le nom qui venait d'entrer en scène :

« Le conseil d'Etat, en reprenant ses fonctions, croit devoir faire connaître les principes qui font la règle de ses opinions et de sa conduite.

« La souveraineté réside dans le peurpie; il est la source du pouvoir.

« En 4789, la notion reconquit ses droits, depuis longtemps usurpés et méconnus.

« L'Assemblée nationale abolit la monarchie féodale, établit une monarchie constitutionnelle et le gouvernement représentatif.

« La résistance des Bourbons amena leur chute et leur Jjaunissement du territoire français.

« Deux fois le peuple ccmsacra parises actes la nouvelle forme de gouvernement établie par ses représentants,

« En l'an viii, Bonaparte, déjà couronné par la victoire, se trouva porté au gouvernement par l'assentiment national; " une constitution créa la magistrature consulaire.

« Le sénatus-consulte du 4 6 thermidor an s. nomma Bonaparte consul à vie.

« Le sénatus-consulte du 28 floréal an XII conféra à Napoléon la dignité impériale, et la Tendit héréditaire dans sa famille.

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