‹ Histoire de ParisChapitre 203 sur 261 · PARIS SOUS NAPOLEON III · texte numérisé non relu

PARIS SOUS NAPOLEON III

Dès

avènement du nouvel empire, un de ses traits caractéristiques fut le vigoureux ensembleavec lequelseprodui5it,50us toutes les formes, le développement du travail et de l'industrie de Pans et de la nation. Sous la prodigieuse impulsion donnée par le gouvernement impérial, toutes les branches de la grandeirr et de la prospérité nationales, agriculture, commerce, industrie, travaux publics ou privés, arts, armée, marine, entrèrent avec une puissante émulation dans une ère nouvelle de progrès et d'amélioration telle, que les plus hardis n'auraient pas osé le rêver.

Paris, pour sa part, vit s'exécuter en quelques années des travaux qui dépassaient ce que vingt règnes des plus féconds réalisaient naguère, et dont nous aurons à nous occuper dans la section du T«bleau 2jhysique de Paris.

Dans loutes les branches d'industrie, le travail et la production prirent, nous l'avons dit, une activité immense, la fut le bien ; mais une fièvre de spéculation s'empara des esprits, et la société matérialisée n'eut qu'un Dieu, l'or : là fut le mal. Un besoin plus naturel que réfléchi de surcroît de bien-ètre et de luxe s'empara de toutes les classes : le travail, malgré sa prodigieuse activité, ne pouvant suffire a le satisfaire, on le demanda à la spéculation.

De là cette âpre avidité d'or pour bien vivre et pour briller.

Ce fait n'était pas nouveau. Il était le résultat des tendances des régimes antérieurs. L'empire de l8o2 "en hérita :

triste héritage ! Le défaut de sécurité l'avait seul empêché jusqu'alors de se pro

t86 HISTOIRE

duire dans son intensité ; la sécurité revenue, il pat se développer. Tel le feu couvant sous des matières combustibles, étouffé par le manque d'air, se trahit à peine par quelques flocons de fumée ; mais un courant s'établit et un vaste incendie se déclare.

Une fois la vie civile enveloppée dans cette écorce matérielle de l'amour de l'or, tout fut tarifé, les obligations et les sentiments. Au nom de je ne sais quel esprit de progrès, le dévoùment ne se paya plus par le dévoùment, la confiance par la confiance, l'honneur par l'honneur, l'argent par l'argent. Tout se paya par l'argent : le genre de service ne décida plus du genre de salaire.

De là une incroyable perturbation dans les habitudes et les mœurs, une lice ouverte à toutes les passions individuelles. Le nouveau gouvernement avait voulu ne l'ouvrir qu'aux bonnes, les mauvaises s'y précipitèrent. Alors plus de généreuses émotions dans la pensée, plus de fraternel dévoùment dans les cœurs : la vie devint un combat, non-seulement contre les hommes, mais encore contre le monde moral; l'esprit de l'homme devint la guerre, non pas une guerre héroïque, sainte, pour venger l'honneur ou l'humanité; mais une guerre épouvantable, ignoble, impie, ayant le bien-être pour prétexte; l'or pour but, Tégoisme pour mobile, et pour nerf, l'immoralité.

Le résultat de cette intronisation de l'intérêt a été d'une part un abâtardissement moral individuel presque général, «t de l'autre , un développement prodigieux de la puissance sociale de production.

Dans une seule sphère d'activité sociale, les chemins de fer et la télégraphie, la France, l'Europe, le monde se sont cou-

verts de voies ferrées,

télégra-

phiques, pour servir de viabilité à cette incroyable activité. Aujourd'hui la peasée est transmise d'un bout du monde à l'autre en moins de temps qu'on n'en met à faire une course d'omniàus d^ns Paris.

Grâce à la vapeur et à l'électricité, la civiUsation n'aura bientôt plus un coin de l'univers où elle ne puisse pénétrer. La France, pour sa part, a atteint, dans cet immense développement de viabiUté, le chiffre de près de 190,000 kilomètres de voies de communication de toute nature, €t Paris à lui seul y figure pour près .jde 4,000.

Ce règne se poursuivait au milieu des immenses travaux accomplis ou à accomplir dans Paris, dans les départements, dans le monde, lorsqu'une question brûlante était venue mettre le sort de l'Europe aux chances des batailles. En 1855 la guerre éclata entre la France et la Russie au sujet des empiétements de cette dernière puissance en Orient, et cette guerre mit en relief l'un des traits les plus remarquables du tableau politique de cette dixneuvième période: c'est que le nouvel empire ayant dissipé les craintes des peuples et des rois, la France eut des alliances de rechange qui lui avaient manqué depuis la chute de la première ère impériale. Elle reprit en Europe le rang qui lui était dû, €t qu'elle avait perdu depuis ses malheurs de 1845. Sans réveiller les susceptibilitéset les rancunes d'aucunepuissance, elle put porter ses armes victorieuses jusqu'aux confins de l'Europe en Orient, et sur ces débris de l'antique civilisation grecque et romaine , semer les germes de la civilisation moderne. La mer Noire et la mer d'Azof, la mer Baltique et le golfe de Bothnie, ces deux extrémités du monde européen, furent témoins de ses triomphes. Son drapeau y brilla glorieux de ce même éclat des grandes guerres du premier empire, et cette fois au lieu de lui faire escompter ses victoires, l'Europe s'y associa. Bien plus Paris vit revenir les armées triomphantes de la France sans pleurer sur leur gloire. Il vit la plupart des souverains de l'Europe venir même dans ses murs accueillir ses hommages non pas en vainqueurs insoleots comme aux jours néfastes de 1814 et 1815, maison amis fiers et glorieux des ■acclamations d'un grand peuple.

Bien plus eflGore, chose remarquableet qui pourrait au besoin'servirà prouver combien sont impénétraWes les vues de la Providence,et combien sont fragilesiesprojetsdes hommes : le 26 septembre 1815, jour de la signature de la Sainte-Alliance, en Allemagne, dans un congrès de rois que présidait un Alexandre, empereur de Russie et i»eprésentant le principe de la légitimité par droit divin, un Napoléon et sa dynastie représentant le principe de la légitimité par droit national étaient rayés à tout jamais des trônes de l'Europe : 42 ans après, jour pour jour, le 26 septembre 1 857, un autre Alexandre, empereur de Russie, 1 et un autre Napoléon, empepeur deFraoee,

TADLEAD PHYSIQUE DE 1820 A 1858

eprésentant l'un et l'autre les deux mêmes principes rivaux, se réunissaient dans cette même Allemasne, dans une

entrevue solennelle, pour se donner à la fece du monde des témoignages de bienveillance et d'amitié. Que de choses dans ce seul fait!

Tel est le point où était arri^-é le règne de Napoléon III . lorsque nous avons clos cette période du Tableau politique et moral de Paris de 1820 à <858,

Paris a 1 ,S00 rues oceupant une longueur de 74 myria-mètres de développement. Si on les mettait au bout les unes des autres, elles franchiraient la frontière et iraient jusqu'à Turin.

Lorsque le vieux Paris fut construit, les rues et les monuments répondaient aux besoins d'une population restreinte. Aujourd'hui, dans le système de rénovation et d'embellissement dont la capitale est le théâtre, le nouveau Paris se substitue si rapidement à l'ancien, qu'à peine a-t-on le temps de classer ce qui tombe de la vieille cité et ce qui s'élève de la nouvelle.

Quelle variété d'aspect et d'histoire dans ces ruelles successivement disparues, qui se sont survécu comme rues, qui se survivent aujourd'hui comme monuments :

les ruines elles-mêmes ont péri et périssent; et c'est de ce temps que semble avoir voulu parler le poète Lucain, lorsqu'il, va dix-huit siècles, à l'époque où Paris n'existait pas encore, il écrivait son célèbre hémistiche: etiam periere rvAnœ! (les ruines elles-mêmes ont péri!)

L'immtnsitè de ces tra^vaux fait de cette page de l'histoire de Paris l'une des plus intéressantes et des plus curieuses, et l'objet du Tahleœu physique de Paris pendant cette dix-neuvtème période.

Voici d'abord, règne par règne, le résumé des travaux exécutés à Paris depuis un demi-siècle.

Sous l'empire de 1804, Napoléon ïe^avait

?rcdigué à Paris les édifices que réclamait utilité. Dans un espacededix à douze ans, -fl fit élever dans cette-seule Tille un grand *«ombre de monuments plus magnifiques -les uns que les autres.

D'abord tontes les maisons qui exis-

taient encore sur les ponts et sur les quais disparurent. On puf jouir dans son ensemble de l'aspect et du cours de la Seine, 3,000 mètres de nouve;iux quais prolong'-'renl ^enc3is^ement de ses eaux. Des ports beaux et commodes y facilitèrent le commerce. Quatre nouveaux ponts, d'Austerlitz, de la Cité, des Arts et d'Iena, rendirent les communicat.ons d'une rive à l'autre plus aisées. De toutes part> furent percées de nouvelles rues. Un brillant quartier s'éleva de la rue de "Rivoli aux vieux boulevards. On commence le canal de l'Ourcq pour amener les eaux de cette rivière, de 60 kilomètres, sur le plateau de la Villette. Dix fontaines principales sont construites, celles de Desaix, de TEcolede-Médecine, de l'Esplanade des Invalides, du marché Saint-Honoré, du Chàtelet, de Popincourt, du Gros-Caillou, du marché Saint-Germain, de la place Royale, du rnarché aux Fleurs. De vastes halles s'élèvent pour le commerce des vins, de la volaille, du gibier et la vente des effets de hasard. Les marchés Saint-Germain, des Blancs-Manteaux , Saint-Martin et des Carmes, sont construits. Cinq abattoirs placés aux extrémités de la ville la déhvrent du dangereux passage des animaux de boucherie et des miasmes délétères s'exhaiant des tueries. "Cn vaste grenier de réserve se construit, une aile du Louvre s'achève et reçoit dans son musée les chefs-d'œuvre de peinture et de sculpture produit des conquêtes de la France sur l'Europe, et dont une seule victoire de l'Europe sur la France devait le dépouiller. La place du Carrousel, débarrassée en partie des masures qui l'encombraient, s'embellit d'un arc de triomphe et d'une grille qui permet de considérer dans son ensemble le palais des Tuileries. Une nouvelle aile du Louvre est commencée. Au milieu de la place Vendôme s'élève à la gloire de l'armée française une colonne en bronze conquis sur l'ennemi: et à la barrière de l'Étoile, l'arc de triomphe colossal que ce règne ne devait pas voir finir. Sur le boulevard de la Madeleine commence à se dresser le temple de la Gloire, aujourd'huil'église Sainte- Madeleine. Les fondements d'un palais pour la Bourse et le Tribunal de commerce sont jetés. Le jardin des Tuileries est embelli ; celui du Luxembourg est uni à l'Observatoire par une longue avenue, et son palais restauré est magnifiquement orné à l'intérieur. Le

4 88 niSTCIRE

Panthéon est restauré- Le Conservatoire de musique, l'hospice des Incurables sont fondés, etc., etc.; et tout cela au milieu de guerres continuelles, sans aucun emprunt, la dette publique diminuant tous les jours, et les taxes allégées de près de 50 millions.

Tel fut l'ensemble des grands travaux exécutés à Paris sous le règne de Napoléon 1er.

D'autres restèrent à l'état de projet, et ne devaient être repris et achevés que quarante ans après par un continuateur de sa dynastie, tels que la rue de Rivoli, le déblaiement complet du Carrousel, l'achèvement du Louvre et sa réunion aux Tuileries, le boulevard Malesherbei, le boulevard Mazas, etc»

Sous le règne de Louis XVIII, quelques-uns des grands travaux commencés sous l'empire furent achevés. De ce nombre furent les canaux de l'Ourcq, Saint- Denis et Saint-Martin ; les marchés Saint- Germain, Saint-Martin, des Blancs-Manteaux, des Carmes. La construction de l'Entrepôt général des vins dont les frais s'élevèrent à 2< millions, celle du Grenier de réserve, se continuèrent. Un nouveau grenier pour l'entrepôt des sels et une halle de déchargement pour la visite des marchandises soumises à l'octroi furent construits. On augmenta de nouveaux bâtiments les collèges d'Henri IV et de Saint- Louis : on fit l'acquisition du collège Sainte-Barbe, Cinq millions furent dépensés pour subvenir aux frais des hôpitaux et des hospices. On améliora les anciennes prisons et l'on en construisit de nouvelles.

Sous le règne bigot de Charles X, la sollicitude de l'administration se porta d'une manière plus spéciale sur les édifices religieux. On les décora de tableaux et de statues. D'immenses travaux préservèrent d'une ruine imminente la vieille basilique de Saint-Germain-des-Prés. De nouvelles basiliques remplacèrent les vieux bâtiments des paroisses de Bonne-Nou- Telle, du Saint-Sacrement, de Notre- Dame-de-Lorette. L'église de Saint-Vincent-de-Paul fut commencée. Saint-Pierre s'éleva pour le quartier du Gros-Caillou. Sur la place Royale, on éleva la statue de Louis XIII, sur la place des Victoires celle de Louis XIV. Le pont de la Concorde fut orné de 1 2 statues de grands hommes dans les arls, l'administration et

la guerre. De 1827 a 1830, les ponts d'Arcole et de l'Archevêché furent construits. Deux nouveaux quartiers s'élevèrent aux Champs-Elysées, l'un, la Nouvelle-Athènes, sur l'emplacement de l'ancien jardin Beaujon, à droite de l'avenue de Neuilly ; l'autre, le quartier de François I^^r, sur l'espace compris entre le Cours-la-Reine et l'allée des Veuves. Une maison qui porte f le nom de ce roi y fut transportée, et l'on donna à ses rues les noms des artistes les plus fameux de son règne.

Sous le règne de Louis-Philippe, furent entrepris et exécutés des ti'avaux importants d'assainissement et d'embellissement. Les quais Pelletier, de la Mégisserie, de l'École, naguère trop étroits pour la foule qui se pressait incessamment vers le centre de la capitale, devinrent les plus beaux de Paris. Le quai du Port-au-Ble fut achevé. Quatre ponts furent construits, un pont de construction élégante entre le pont Royal et le pont des Arts : trois ponts suspendus à Bercy, aux Champs- Elysées, au Port-au-Blé. L'église de la Madeleine, celle de Saint- Vincent- de- Paul furent terminées ; sur la rive gauche de la Seine commença de s'élever celle de Sainte-Clotilde. Sur le quai d'Orsay furent conduits presque jusqu'à leur confection, l'hôtel de la Cour des comptes et du conseil d'État, et celui du Ministère des affaires étrangères. L'arc de triomphe de l'Étoile fut achevé. Le Jardin des Plantes s'embellit d'importants travaux, de la galerie de minéralogie et de nouvelles serres. Les travaux du palais des Beaux- Arts, du Conservatoire des Arts-et -Métiers sont achevés. Le bâtiment de l'établissement des Sourds-et-Muets est restauré. De nouveaux amphithéâtres sont construits au collège de France. Le monument de juillet sur la place de la Bastille est achevé. Le Panthéon est l'objet de constructions importantes pour compléter certaines parties accessoires : au nord de la place du Panthéon, s'élève la bibliothèque Sainte-Geneviève. La statue de Napoléon est replacée sur la colonne de la place Vendôme, et, dans l'église des Invalides, se construit un magnifique tombeau pour y déposer ses restes. L'Hôtelde-Ville est achevé ; la restauration complète de l'église Notre-Dame est commencée. La place de la Concorde, où s'élève un magnifique obélisque égyptien, est embellie et décorée de fontaines. La plaça

Saiflt-Sulpice, la place Louvois, !a rue Richelieu, l'emplacement de rArchevèché, /a rue Cuvier sont ornés de fontaines monumentales. La barrière du Trône est achevée et décorée de statues co'ossales de saint Louis et de Philippe-Auguste.

L'établissement des Jeunes-Aveugles est construit. On édifie de magnifiques gares pour les chemins de fer de l'Oaest, .de Lyon, d'Orléans, du Nord, de Strasbourg. Le puits artésien de Grenelle donnant environ trois mètres cubes d'eau par minute est foré. Divers musées sont formés au Louvre, et un musée du moyen âge est formé dans les anciens bâtiments de l'hôtel de Cluny. Enfin la ville de Paris est entourée de fortifications, et protégée par quatorze forts, travail gigantesque qui a nécessité une dépense de 500 millions.

La république de 1848, tout occupée de ses luttes intestines, n'eut pas le temps d'entreprendre de grands travaux ; mais elle les vota : tels furent l'achèvement du Louvre, la prolongation de la rue de Ri- ' voli. la construction des halles centrales. Napoléon III, qui lui succéda, hérita de ces votes, et jamais exécuteur testamentaire n'a rempli plus dignement et plus irgement sa mission. En cinq ans l'aiievement de la rue de Rivoli et du Louvre : la construction des halles centrales; !a rectification des rues qui les environnaient ; la construction de deux nouveaux ponts, et la reconstruction de plusieurs autres ; l'ouverture du boulevard Sèbastopol sur les deux rives, du boulevard

De l'an vi à 1815 (l^e époque napoléonienne) De 1816 a 1830 ipériodede la Restauiation). De 1831 à 1848 (monarchie de juillet). . . De 1849 à 1850 (république de 1848) . . De 1851 à 1858 (â^ époque napoléonienne) .

Saint-Germain et de la rue des Écoles sur la rive gauche; des boulevards de l'Impératrice, Victoria, Malesherbes et autres sur la rive droite ; l'embellissement et la transformation de la place de la Concorde et du bois de Boulogne ; les magnifiques squares de la tour Saint-Jacques!^^ la Boucherie et du Temple. L'agrandissement du Champ-de-Mars et de l'École Militaire ; les casernes Napoléon, du Chàteau-d'Eau et autres ; les innombrables améliorations apportées dans la \iabilité publique ; les assainissements par la construction d'égouts et le blanchiment des maisons ; la construction du petit bras de la Seine ; la restauration complète des quais et des gares ; les œuvres artistiques pour l'embellissement des monuments ; la restauration de la cathédrale et de plusieurs églises, du ^aUlis de Justice, et de la Sainle- Chapelle ; l'immense Palais de l'Industrie, rendez- vous du monde entier industriel en 1855 ; tous ces travaux et mille autre; prirent en quelques années une si prodigieuse extension, qu'ils ont littéralement Transformé Paris.

C'est de ces grands et successifs embellissements que nous allonssuccinctement rendre compte. Un simple aperçu de l'ensemble des travaux exécutes à Paris depuis un demi-siècle pourra con^mencer par en donner une idée, ^e n'est pas une des pages les moins curieuses de cette immense restauration de la vaste capitale :

En voici la récapitulation générale groupée suivant les époques.

4 U>, 25 1,09 2 fr.

76 cent.

Total.

2,316,994,039 fr.

Ainîi dans une période de cinquantetrois ans, Paris a absorbé pour ses embellissements ou travaux de grande voirie la somme énorme de deux milliards, trois cent seize millions.

Là ne sont pas compris la plupart des travaux partiels du règne de Napoléon III, tels que les travaux du bois de Boulogne, du boulevard de l'Impératrice dont nous fectuees, savoir n'avons pu nous procurer les chiffres, les Les halles pour , . 39,000,000 fr travaux du Champ-de-Mars et de l'Ecole Rue de Rivoli. . . 65,000,000 Militaire, les casernes, les ponts, le Palais , Boulevard de Sébastopol 90,000,000 de l'Industrie mis en commandite et d'au- , Palais du Louvre. . 54,000,000

très monuments dont les capitaux particuliers ont fait en totalité ou en partie les frais, ou dont les dépenses ne sont pas encore définitivement arrêtées. Dans ce chiffre la rue de Rivoli, les halles centrales, le boulevard de Sébastopol, l'achèvement du Louvre,figarent seuls et n'ont été compris que pour les dépenses aujourd'iiui ef-

490 RISTOIBE DE PARIS

Un mot maintenant snr les monuments I sèment de 4 m. de hauteur.

spéciaux qui ont embelli Paris pendant cette xix^ période.Nous commencerons par les établissements religieux.

J, Établissements religieux, et de bienfaisance.

Eglise de la Madeleine. En 1493, Charles VIII avait lait poser la première pierre d'une chapelle de confrérie, qui fut érigée en paroisse en 1639. L'accroissement de la population du faubourg Saint- Honoré ayant rendu cette église insuffisante, en 1660, fut posée la première pierre d'une église plus vaste qui, vendue comme bien national en 1795, fut démolie et convertie en chantier. Cetle église était située au coin des rues de Suresne et de la Madeleine.

A côté d'elle, sur l'emplacement où est aujourd'hui l'église de la Madeleine, on avait po.sé, en 1764, la première pierre d'une autre église, dont les constructions continuées jusqu'en 1789 avaient coûté deux millions lorsque la Révolution les fit suspendre.

En 1806, le grandiose de ces constructions donna l'idée à Napoléon pr de les convertir en un temple dédié a la gloire des armées françaises. A l'intérieur devaient être placées les statues des maréchaux et des généraux qui s'étaient le plus particalièrementdistingués. Les murs devaient être revêtus de tables d'or, d'argent, de bronze et de marbre, pour y inscriie, suivant le mérite de leurs actions, les noms des braves des armées françaises. Cette même année 1806, les travaux furent repris et le nouvel architecte, M. Vignon, pour approprier cet édifice à sa destination nouvelle, en modifia presque totalement les dispositions primitives.

La chute de l'Empire interrompit les travaux du Temple de la Gloire.

En 1816 sa destination fut encore changée. D'abord église latine, puis temple grec, elle devint une basilique chrétienne que consacra l'inscription suivante placée au bas du fronton,

D. 0. M. SUB INVOCATIONE SANCTiE MAGDELENiE,

e vaste monument, imitation correcte et savante de l'architecture antique, forme un parallélogramme de 100 mètres de long sur 42 de large. Il s'élève sur un soubas-

52 coloanes cannelées, d'ordre corinthien, de 15m..

de hauteur et de ^ m. de circonférence, l'entourent. Un double rang de colonnes forme le péristyle ; on y monte par un perron de 30 marches, divisées en deux parties par un palier. L'intérieur est éclairépar en haut. C'est une nef simple où l'on arrive par un porche intérieur, dont les extrémités sont occupées par la chapelle des fonts baptismaux et celle des mariages. Un petit ordre ionique orne les divisions de la nef, qui a six chapelles latérales, trois de chaque côté.

Rien de plus magnifique que le coup d'oeil que présente ce monument à l'extérieur; rien de plus riche que celui qu'il off"re à l'intérieur. La sculpture, la peinture, la dorure en ont fait un magnifique objet d'art qui parle aux yeux et à l'esprit, mais qui laisse le cœur froid. On y voit Dieu partout, on ne l'y sent nulle part. Dans ce temple où tout, jusqu'au genre de pénitentes qui le fréquentent, parle aux sens et rien à l'âme, on admire l'œuvre de l'homme et l'on y oublie Dieu.

Egli e Sainte - Geneviève ou Panthéon. Comme l'église de la Madeleine, l'église Sainte-Geneviève a eu aussi à subir de grandes vicissitudes. La première, d'abord basilique chrétienne, puis temple de la Gloire est redevenue basilique sous le vocable de la patronne des pénitentes. L'autre, d'abord basilique aussi, puis Panthéon consacré aux grands hommes de la France, est redtvenue aujourd'hui église sous l'invocation de la patronne de Paris.

L'église Sainte-Geneviève est de tous les édifices modernes le plus magnifique. Le plan est une croix grecque formant quatre nefs se réunissant à un centre commun où est placé le dôme. Un perron de 11 marches et un portique en péristyle présentant un ensemble de 22 colonnes, composent la façade principale.

Les quatre nefs sont bordées de bascôtés séparés par des colonnes du même ordre au nombre de 130, ce qui forme unensemble plein d'élégance et de majesté.

La coupole est enrichie d'une magnifique apothéose peinte par M. Gros.

Le plan de l'édifice a 340 pieds de long sur 250 de large. La hauteur du dôme, dont le poids est de 10,865,954 kilogrammes, est de 243 pieds.

Ce monument fut commencé en 1757 sur les dessins de l'architecte Soufflet.

Sept 3US furent employés à préparer le terrain et à en jeter les fondements En 1764, Louis XV posa la première pierre d'une des piies du dôme. L'église devait être consacrée à sainte Geneviève, patronne de Paris.

Treize ans après sa construction, le monument menaça de s'écrouler dans les catacombes. On parvint à le consolider au moyen des contreforts qui sont sur ses flancs.

Le 4 janvier 1791, l'Assemblée nationale changea la destination de cet édifice et le consdcra. sous le nom de Panthéon, à la sépulture des Français illustrés par leurs talents, leurs vertus ou leurs services rendus à la patrie. Les cendres de Mirabeau, de A^oltaire, de Michel Lepelletier, du gênerai Beaurepaire, du tambour Barra, de Marat, de J.-J. Rousseau, furent déposées au Panthéon du 4 avril 1794 au 4t octt)bre 1794. Tous les signes qui caractérisaient une basilique chrétienne furent remplacés par des symboles de la liberté et de la morale publique. Sur la frise on grava cette belle inscription en grands caractères de bronze :

AUX GRANDS HOMMES LA PATRIE RECON- NAISSANTE

En 1822 elle fut rendue au culte. Cette inscription disparut et fit place à celle-ci:

D, A. 3I,6ub invocat. S.Genovefœ.

Liid. XVconsecmvit. Zud. XVIII restitwlt.

En 1830, le Panthéon reprit la destination que lui avait assignée l'Assemblée nationale et son inscription primitive.

En 1837, le sculpteur David fut chargé de sculpter le fronton qui, dans la nouvelle destination de l'édifice, devait décorer la façade principale et traduire la grande pensée inscrite sur le monument.

Au milieu du fronton, montée sur un autel, est une figure majestueuse : une couronne étoilée ceint son front : c'est la Patrie : elle distribue des couronnes à ceux qui Font honorée. L'Histoire et la Liberté sont assises a ses pieds. L'une inscrit les noms des grands hommes sur ses tablettes, l'autre tresse les couronnes que la Patrie décerne. A droite sont les illustrations de l'ordre civil: à gauche les gloires militaires. Aux deux angles aigus du fronton, des groupes de jeunes gens se pr-éparent par desérieuses éludes à se ren-

dre dignes des récompenses nationales.

Par la vigueur de l'exécution, par l'énergie de ses proportion'!, ce magnifique morceau de sculpture était digne de décorw ce remarquable monument.

Cet édifice n'était pas au bout de ses vicissitudes. Par un décret du 6 décembre 18.51, LouiS'Napoléon, aujourd'hui Napoléon III et alors président de !a République, le rendit au culte, sous le même vocable de Sainte-Geneviève. Les travaux d'appropriation intérieure de b nef, du chœur et du sanctuaire pour cette nouvelle destination n? tardèrent pas à commencer. Ils furent poussés avec tant d'ac^ tivité que l'exercice public du culte y fut inauguré de nouveau le jour de la fête de l'Assomption de Tannée suivante, le 15 août 1852. Ce jour était sous le premier empire l'une des grandes solennités où l'office canonial était célébré dans l'église Sainte-Geneviève, parce que ce jour la fête de l'Assomption tombait concurremment avec celle du chef de l'Etat.

La place où est situé ce splendide monument, élargie, recti^ée, embellie, ayant, a l'est, la jolie église de Soint-Etiennè-du- Mont et les bâtiments de l'ancienne al>baye de Sainte-Geneviève avec sa massive tour : à l'ouest. l'Ecole de droit et la mairie du XII^ arrondissement flanquant à droite et à gauche la belle rue Soufflot qui aboutit à une des grilles du jardin du Luxembourg : au nord, la bibliothèque de Sainte-Geneviève au style sévère; au midi, d'élégants hôtels, cette place, disons-nous, au milieu de laquelle se dresse le Panthéon avec l'ensemble de son architecture magistrale, est une des plus belles et des plus imposantes de Paris.

Notre-Dame-de-Loi\f.tte. Aux premières années du xix^ siècle, il existait, dans la rue du Faubourg-Montmartre une église sous le \oc^h\\i àe Xotre-Dame-de- Lorette. Cette église suffit quelque temps à ces quartiers à peine alors peuplés. Mais bientôt les champs, les cultures, les terrains ma écageux qui les composaient s'étant peu à peu couverts de maisons, ce quartier devint l'un des plus riches et des plus populeux, et une nouvelle église dut remplacer lancienne.

Le 25 avril 1823. la premier»^ pierre ea fut posée: 13 ans après, en 1836, le temple fut consacré.

Cette église offre cela de particulier, qu'elle fut ^entièrement décorée en même

temps que bâtie. Les travaux. architecturaux, ceux des arts furent conjointement commandés et exécutés. Pendant que les maçons posaient les pierres, les peintres, les sculpteurs travaillaient dans leurs ateliers et le jour de la consécration (15 décembre 4836), les fidèles purent admirer la brillante décoration de ce nouveau temple, élevé sur les dessins de rarchitecte Hippolyte Lebas.

Dans sa plus grande longueur cette église a 212 pieds; dans sa plus grande largeur 98; sa hauteur prise de ïa coupole est de 56 pieds. Elle peut contenir 3,000 personnes et coûta la somme de 5,050,000 francs.

Pour le portique l'architecte a suivi l'ordre corinthien; pour l'intérieur, l'ordre ionique. On y remarque quatre ranes de huit colonnes chacun qui séparent la nef des deux côtés, et le poli donné aux pierres est si parfait que l'on croirait que ces colonnes sont en marbre.

Depuis quelque temps l'ancien bureau des cultes et beaux-arts, qui avait dans ses attributions la construction des églises, leur entretien et leur décoration, avait eu la pensée de faire chauffer les églises de Paris pendant les mois les plus rigoureux de l'hiver. Cette pensée fut pour la première fois réalisée à Notre-Dame-de- Lorette. Un iliode de chauffage approprié à cette destination réunit tou's les suffrages, et la nouvelle église fut chauffée à la vapeur comme les salles de spectacle.

Cette innovation mondaine appliquée là pour la première fois avait été précédée par d'autres. 42 artistes peintres et sculpteurs avaient concouru à son embellissement. 65 tableaux, statues, groupes avant coûté 252,750 fr., des dorures à profusion firent de cette église un vrai musée religieux, et Dieu chercha vainement sa place dans un temple que les arts avaient envahi. Mais, à cette époque, pour arrêter la foi qui s'en allait, on avait imaginé de faire îles églises autant de musées. Fausse idée de l'immensité de Dieu qui à elle seule doit remplir les temples et les cœurs ; faux calcul que de prétendre l'y faire entrer par les œuvres des hommes. Les anciens avaient donne un bel exemple à ce sujet, en défendant d'une manière expresse que sur des statues représentant des dieux fussent inscrits les noms des statuau-es. On croyait alors que rappeler dans un temple l'œuvre derhomme, c'était

profaner la majesté divine. Aujourd'hui c est tout le contraire : la principale chose que l'on cherche dans une statue ou un tableau, c'est le nom de l'artiste, et Dieu ou le saint qui s'y trouvent représentés ne sont que l'accessoire.

Eglise Notre-Dame-de-Bonne-Nou- VELLE. Au milieu du xvi^ siècle, en i 551 , sur l'emplacement où est bâtie cette église , existait une chapelle dédiée à saint Louis et à sainte Barbe. Pendant les troubles de la Ligue en i593, cette chapelle fut rasée pour construire les fortifications lors du siège de Paris par Henri IV. En 1624 une nouvelle église fut construite pour remplacer cette chapelle, sous l'invocation de Notre-Dame-de-Bonne-Nou- VELLE. Elle a été remplacée elle-même par l'église actuelle, presque entièï-ement reconstruitesous la Restauration. Le portail, d'ordre dorique, est décoré de pilastres, de deux colonnes, et ne présente qu'une lourde masse. L'intérieur est divisé en trois nefs non voûtées, séparées par des colonnes d'ordre ionique. Le maître-autel est placé dans une abside. Rien de remarquable ne caractérise ce monument.

Eglise Saint -Vincent-de-Paul. Située rue et place Lafayette, cette église est construite sur une éminenc; que'dominait autrefois un belvédère dépendant du clos Saint-Lazare, où se retirait souvent saint Vincent de Paul.

Elevé à plus de huit mètres au-dessus du sol de la place Lafayette qui elle-même s'élève en terrasse, le monument domine tous les quartiers qui l'avoisinent. Pour arriver plus commodément au parvis de l'église, deux larges escaliers de 60 marches et de vastes rampes disposées en amphithéâtre forment un double fera cheval, et leurs pentes douces en facilitent l'abord aux piétons ainsi qu'aux voitures. La façade de l'édifice, de 37 mètres de largeur, est précédée d'un porche de six colonnes de front d'ordre ionique sur une profondeur de trois entre-colonnements.

La porte principale est revêtue de fonte ornée des figures des douze apôtres, au milieu d'enroulements de fruits et de fleurs. Les symboles des quatre évangélistes et du Saint-Esprit décorent la frise et l'imposte : au-dessus, entre deux riches compaitinients àjour est la figure du Rédempteur. Sur le fronton, au centre, entre les statues de la Foi et de la Charité, est l'image de saint Vincent de Paul.

Des deux côtés de la colonnade deux clochers en tours carrées s'éièvent a 24 mètres au-dessus de la place Lafayelte : cha- 1 cun porte un cadran, l'un indiquant les heures, l'autre le quantième du mois. Entre les deux clochers, au-dessus du fronton, est une vaste terrasse d'où le regard domine sur toute la capitale et voit se dé- ' rouler un magnifique panorama. Les sta- j tues des évangélistes décorent le parapet j entrecoupé de quatre piédestaux et ornent |

DE 1820 A 18o8 103

les niches pratiquées entre les deux clochers.

A l'intérieur, la largeur du monument est partagée en cinq parties |:>ar quatre rangs de colonnes distribuées deux par deux. La 'partie centrale forme la nef; les deux divisions intermédiaires, les bascôtés, et les deux dernières forment les chapelles au nombre de huit.

L'abside occupe à la fois la largeur de la nef et les bas-côtés. Tout autour de la

Tt-luià ùe rin.<uiut.

nef et de l'abside se développe, sur une longueur de 170 mètres, une frise de 3 mètres de haut environ. Au-dessus, sur les deux parties latérales delà nef, un second rang de colonnes corinthiennes forme de hautes tribunes. Ce second ordre est décoré par une suite de médaillons sur une frise de 2 mètres de hauteur.

La longueur intérieure del'égiise est de 90 mètre's. La hauteur du plafobd de la nef approche de celle des voûtes des cathédrales gothiques. Survant dans sa forme les deuxrempartsducomble, ce plafond est divisé en douze compartiments décorés de

V LEY.NADiER

caissons en forme de croix et d'étoil>}s, incrustés en bois de chêne sur sapin, rehaussés par des fonds rouges et azur ornementés d'or.

De grandes verrières décorent cette église qui, commencée en 1828, ne fut livréeau culte que vingt ans après en 1846.

En 18ol,ellereçut'd'importants embellissements. La coupole, le chœur et les bas-côtés furent couverts de peintures murales, et un grand et bel orgue du prix de 100.000 fr. fut placé à l'intérieur, audessus de la porte principale.

Depuis quelques années d'importantes

réparations avaient été faites aux grandes orgues des principales églises de Paris, et da'ns le cours de 1850 et 1851 à celles de Saint-Paul, Saint-Louis, Saiule-Elisabeth et Saint-François d'Assise. Le diocèse de Paris pouvait se flatter alors de posséder quelques-uns desinstrumentsles plus complet'^ en ce genre. Les dimensions de celles de Saint-Vincent-de Paul sont inférieures aux grandes orgues de Saint-Denis, de Saint-Sulpice, de Notre- Dame-de-la-Madeleine, de celles qui furent détruites par un incendie en 1844 à Saint-Euslache, mais elles soût néanmoins d'une rare perfection.

Eglise Sainte - Clotilde. Dans le xe arrondissement où est l'édifice religieux le plus ancien de Paris, l'église Saint-Germain-des-Prés, est aussi le plus récent, l'église Sainte- Clotilde.

Dès l'année 1827, l'administration municipale avait songé à élever une église sur l'ancien couvent de Belle Chasse. La nécessité reconnue de remplacer Sainte- Valère, l'Abbaye-aux-Bois, 1 s Missions- Etrangères, succursales de va paroisse de Saint-Thomas-d'Aquin, par une basilique dont l'étendue fût en rapport avec la population du quartier, motivait suffisamment cette détermination ; d'ailleurs les bâtiments de ces succursales n'étaient occupés par la ville qu'à tilre de location, et l'on n'était pas toujours certain d'obtenir le renouvellement des baux : c'était là une situation précaire et peu convenable.

Toutefois, l'acquisition des terrains pour construire une nouvelle église ne tut réalisée qu'eu 184C, et ce ne fut qu'eu 1845 que, par une délibération du 1 9 décembre, le conseil municipal approuva les plans de l'église projetée.

Ces plans avaient été conçus dans le style ogival des xiii« et xive siècles. L'architecte, M. Gau, s'était inspiré surtout de l'étude des cathédrales qui s'élèvent sur les bords du Rhin, et il avait en même tem' s emprunté à l'église Saint-G. rmain^ des- Prés les dimensions et les dispositions géiiéraies. En 4 846 les travaux furent commencés.

Le crédit affecté à l'érection de l'édifice n'ayant été au début que de 3,766,000 francs, la partie artistique fut généralement sacrifiée à l'insuffisance des fonds. L'en«emble de la construction offrait des parties fort remarquables, m.ns on regrettait que l'architecle eiît couloudu la sim-

plicité du style architectural avec une désespérante sécheresse, qu'il eût banni de sou édifice ces ornements multiples et variés dont le moyen âge était si prodigue. .

L'administration municipale ne put te- i nir compte de cette nécessité de position, '. et le 24 aoiit 1853, de nouveaux fonds furent votés pour couvrir les insuffisances du premier devis, combler les lacunes qui s'y rencontraient, harmoniser autant que possible toutes les parties de l'édifice, accentuer davantage son caractère, et enfin le compléter par une ornementation plus riche, appropriée au style général. Deux millions furent ajoutés aux 3,766,000 francs déjà votés, ce qui porta a près de 6 millions la somme totale consacrée au nouvel édifice.

Cette église se développe sur une longueur de 95 mètres et sur 29 mètres environ de largeur. La façade principale est percée de trois grands portails donnant entrée dans un porche qui précède l'église. Deux tours surmontées de flèches en pierre et percées sur chacune de leurs faces de fenêtres géminées s'élèvent -à une hauteur de 75 mètres. Au-dessus des parties lati raies et au bas de chacune des tours, la façade présente deux fenêtres géminées et, au-dessus du portail du centre, une grande rose à compai timents trilobés. A l'intérieur, à droite et à gaucho de la grande nef, sont deux nefs latérales plus étroites et deux chapelles, celle des fonts baptismaux et celle des morts.

Sur le transept dont les extrémités sont closes par un grand mur, s'ouvrent une fenêtre et une rose à vitraux en mosaïque, La sont les chapelles de Sainte-Clotilde et de Sainte- Valère. Le chœur, dont l'abside est de forme pentagone, est entouré d'un bas-côté et d'un rang de chapelles demicirculaires rayonnant dans son pourtour.

La façade, fouillée comme les plus belles mosaïques du moyen âge, est ornée de douze grandes statues représentant les saints et les saintes du vi« siècle, sainte Clotilde, sainte Valère, saint Sigismond, saint Denis, saint Martial de Limoges, saint Martin de Tours, saint Remy, sainte Geneviève, saint Ctoud, sainte Radegonde, sainte Batilde,

La place d'honneur est occupée par sainte Clotilde comme patronne de l'église et reine de France.

La statue du roi Clovis sert d'amortissement au grand pignon central. Des bas-

TADLEAU PHYSIQC

reliefs surmontent les trois portes ainsi que les frontons des trois entrées du porche. Les stalles et les confessionnaux sont en chêne sculpté.

Saint-Dems - dd - Saint -Sacrement, Saint-Dems-Saint-D£M<, Sai>t-Pierrbdu-Gros- Caillou, Salnt- Augustin, Sai.nt-Joseph, laïrlnite, Saint-André, Salnt-Eugène. Depuisun demi-siècle treize églises paroissiales ont été élevées ou reconstruites dans l'enceinte de Paris. Hait sont achevées, ce sont : la Madeleine, le Panthéon, Notre-Dame-de-Lorette, Xotre - Dame -de- Bo7ine - Xoia-eUe, Sain t- Vincen t-de-Paul, Sam te-Clotilde, dont nous venons de parler, Sxint- Denis-du- Saint - Sacrement ^ Saint- Lenis-Saint-Denis et S •int-'Pierre-dun Gros-Caillou, qui n'offrent rien de remarquable.

Un décret de 1854 établit cinq autres paroisses qui n'ont encore que des églises provisoires : ce sont celles de Saint-Aurgustin, Saint- Joseph, la Trimté, Saint-André et Saint-Eugène.

L'église définitive, qui doit porter le nom de cette dernière, est située sur les terrains de l'ancien garde-meuble des menus-plaisirs.

La pose de la première pierre eut lieu le 24 juin '1854. L'église occupe environ 1 ,500 mètres de superficie. Sa façade principale donne sur la rue Monthyon prolongée ; sa façade latérale sur la rue nouvelle communiquant de la rue Richer à la rue Bergère.

Les charpentes de fer que l'on emploie depuis quelque temps dans la construction des édifices ont été appelées à jouer un grand rôle dans le nouveau monument. En effet, la clôture du pourtour est en maçonnerie; mais tout le reste, colonnes intérieures, arcs et galeries des tribunes, meneaux des fenêtres sont en fonte de fer. Les arcs ou nervures de la voûte, d'un système tout particulier, sont en fonte de fer avec remplissage en maçonnerie à doubles parois, renfermant one couche d'air qui conserve l'égalité de la température.

L'architecte, M. Boileau, à qui l'on doit les plans qu'il a fait exécuter sous sa dilection, s'est inspiré du style ogival des xiiie et xiv« siècle. Ayant à obéir aux nécessités que lui imposait l'emploi de nouvelles ressources industr elles, mises eu œuvre pour ia première fois dans une

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église, il ne s'est pas borné à une imitation servile.

La longueur de la construction est de oO mètres, la largeur de 27, ia hauteur de 25. A l'intérieur, la nef, sans les absides, compte une longueur de 40 mètres; ia largeur totale dans œuvre est de 25; la lareeur de la grande nef d'axe en axe de 10: celle des "nefs collatérales de 5; enfin les demi-nefs collatérales avec tribunes de 2 mètres, 10 centimètres.

La hauteur de la grande nef est do 23 mitres, 4 mètres 30 centimètres de plus que celle de Sainte-C'otilde.

Soii par l'effet de cette disposition, soit grâce à la ténuité des colonnes en fonte dont le diamètre n'est que de 32 centimètres, et qui permettent à l'œil d'embrasser toutes les pa*ies du vaisseau, quelque point ;de vue que l'on prenne, riutérieu: de l'église offre des perspective? nouvelles.

L'egliso est éclairée par iG fenêtres garnies de vitraux coloriés. Son grand orguo a 12 mètres de hauteur avec une moncro des jeux en menuiserie sculptée représentant une cathédrale. Quatre escaliers élégamment contournés et découpés à jour conduisent aux tribunes. Le maitre-aule!, les autels destinés aux chapelles absidiales et autres, la chaire, le banc d'œuvre, les stalles et toutes les décorations accessoires sont du même style que l'église.

Eglise Notre-Dame, Saint-Eustache, Saint-Solpice.Saint-Germain-des-Pres, Saint-Severîn, Saint-Laurent, Salnt- Louis-Salnt-Paul, Chapelle des Capu- CLNS, etc. indépendamment de ia construction de ces nouvelles églises paroissiales, d'autres chapelles ont été élevées sur divers points, telles que la Chapelle des Capucins sur le boulevard Mont-Parnasse, une autre, derrière les Invalides, d'un style des plus élégants, une troisième sur le boulevard de l'Hôpital, etc. Enfin, d'anciennes églises ont été complètement restaurées, telles que Saint-Eustache aujourd'hui entièrement dégage par la construction des halles centrales, Saint-Seve- I rin, dégagé par le percement du boulevarù Sébastopol sur la rive gauche, Saint-Germain - des - Prés, Saint- Laurent, Saint- Louis-Saint-Paul, qui ont été l'objet d'importantes léparations, etenfin Notre-Dame, dont la restauration complète a coûte plus de deux millions.

Cultes réformes et autres. — Oha- ToiRE. — Temple protestant. — aué-

mSTOiRE DE PARIS

PtE LUTHÉRIEN. — TeMPLE ISRAÉLITE.

Parmi les temples consacrés aux cultes non catholiques, re.-taurés ou élevés dans la premièie moitié du xix^ siècle, on peut mettre en première ligne YOratoire de }a rue Saint-Honoré, ancienne église des Oratoriens qui fut concédée aux protestants de la Confession de Genève en '.802; ]e teïi'ple luthérien de la rue des Billettes, affecté en 1812 à l'exercice du culte réformé de la Confession d'Ausbourg; le ier/qile protestant de la rue Chauchat; le tam'/ile israélite, qui fut inauguré en 1852. La synagogue de la rue de Nazareth a été reconstruite presque entièrement avec une certaine élégince. E:le présente en longueur et en largeur les dimensions moyennes des églises de Paris. Une large porte à plein cintre donne entrée dans le temple doist le vestibule est éclairé par des fenêtres géminées de style jncresque, tandis que le pignon assez élevé ost décoré d'ornements qui ra[ipellent le style des monuments de l'ancienne Egypte.

Le MONUMENT DE Louis XVL En 1 81 5, à laseconde Restauration, loisquelesétrangers eurent replacé les Bourbons sur le trône de France, Paris se couvrit de monuments expiatoires. La plupart de ces monuments ont disparu ou sont tombés dans l'oubli. Le plus considérable d'entre eux subsiste encore : c'est la chapelle expiatoire où sont les restes de Louis XVI €t de Marie-Antoinette.

Au no 48 de la rue du Faubourg- Saint-Honoré , était le cimetière de la Madeleine de la Ville-l'Evèque, qui s'étendait jusqu'à la rue de l'Arcade.

En 4770 les victimes étouffées dans la nuit du 30 au 31 mai après le feu d'artifice tiré sur la place Louis XV, à l'occasion des fèles célébrées à Paris [ our le mariage de Louis XVI, alors dauphin, et de Marie- Antoinette, furent inhumées dans ce lieu. Vingt-deux ans après, en 1793, les restes tîe ce roi et de cette reine, enfermés dans

une m.ani'tte d'osier, y furent conduits sur une charrette et placés entre do;;x lits de chaux vive. En 1815, Louis XVIII fit faire des recherches pour retrouver ce qui restait du roi son frère et de la reine. Les quelques débris que l'on retrouva furent transportés à Saint-Denis, et une chapelle expiatoire fut élevée sur le lieu même.

Ce monument est situé au bout d'une allée de cyprès formant une e.-pèce de cour. On y entre par trois issues. Des deux côtés régnent deux sortes de galeries représentant deux suites de tombeaux où l'on parvient par un portique formaul l'entrée d'une chapelle en forme de croix, éclairée par le haut, dont les trois branches sont terminées par des hémicycles.

Dans l'hémicycle du milieu est placé un autel en marbre blanc, ayant pour tout ornement un christ en cuivre doré et six flambeaux. Un groupe en marbre blanc, par Bosio, représentant l'apothéose de Louis XVI; un autre groupe en marbre blanc aussi représentant Marie-Antoinette et la Religion, sous l'emblème d'une femme voilée tenant une croix, ornent l'hémicycle-de droite et de gauche. Sur le socle de l'hémicycle de droite est gravé le testament de Louis XVI ; sur le socle de gauche est gravée la dernière lettre de Marie- Antoinette à madame Elisabeth". A droile el à gauche, des escaliers conduisent à des caveaux souterrains, éclairés par une lampe sépulcrale, où l'on voit deux cénotaphes érigés à la mémoire du roi et de la reine. Un caveau particulier renferme les nombreux ossements exhumés lors de la construction de ce monument.

La façade principale est percée d'une porte en bronze ornée de deux cippes funéraires et surmontée d'un fronton. Elle donne entrée dans un vestibule élevé de sept degrés au-dessus du sol extérieur.

Cette porte est à panneaux de bronze à jour; sur le fronton de la façade principale est gravée l'inscription suivante :

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