‹ Histoire de ParisChapitre 208 sur 261 · I»K PARIS · texte numérisé non relu

I»K PARIS

grands et petits appartements préfectoraux. Dans le soubassement sont les cuisines : à l'entresol les petits appartements où lo.ue le préfet. Au premier étage oii l'on monte par un magnifique escalier, construit dans le pavillon sud-ouest, sont les grands appartements municipaux communiquant avec les anciens, meublés et d corés avec un luxe inouï. On n'y voit qii dorures, peintures, sculptures et tentures ; que lustres et girandoles d'or; que divans, fauteuils, sophas dorés ou de palissandre. Tl y a la salle d'entrée, le salon rougp, le salon bleu, le salon des saisons; la salle à mr.nger est tout en stuc. Lesplafonds, les murs et les panneaux sont chargés de peintures exécutées par H esse , Schopier, Vauchelet, etc.

Le plafond des bas, dans les appartements d'honneur, a été peint par M. Picor. C'est une composition magistrale au milieu de liquelle, sur un trône éclatant de lumière, devant le péristyle d'un temple, est assise la Ville de Pans sous les traits d'une femme. A droite sont : la Concorde, le Commerce^ la Garde civique, V Armée, y Agriculture, V Industrie: à gauche y Abondance, la .Paix, VArt médical, les Arts intelectuels, les Arts lahorinix, YEnseignement. Les deux extrémités du tableau laissent entrevoir des paysages: dans l'un s'élèvent au loin les tours de Notre-Dame, c'est l'ancie .Paris ; dans l'aulre on aperçoit le somm de la colonne qui rappelle l'époque g!

rieuse de l'Empire; c'est le Paris modem' Dans les airs et formant comme une auréole autour de la ville apparaissent souun jour affaibli et avec les costumes de leur temps, les grands hommes nés à Paris, et qui ont illustré la France.

En ISoi cette immense restauration d'intérieur et d'extérieur fut complètement terminée. En 1855, et plus tard, l'édilité parisii nne put y donner des fêtes avec son luxe réellement féerique à des rois, des reines, des princes impériaux, venus des quatre coins de l'Europe, dans ce Paris qui moins de quarante ans auparavant était au ban des nations.

La place de l'Hôtel-de-Ville a été ellemême agrandie de plus de moitié ; età droite et" à gauche de l'avenue Victoria qui y débouche, sont deux splendides hôtels destinés l'un à remplacer le Parvis- Notre-Dame qui sera démoli pour dégager, la place de l'église ; l'autre à être un an-

nexe de l'Hôtel-de-Ville où seront les octrois, la cai>s3 municipale, etc.

Palais et jardîn du Luxembourg.

Le palais et le jardin du Luxembourg ont eu aussi leur grande part d'agrandissements et d'embellissements.

Depuis Marie de Médicis, cette royale d'^meure avait été richement dotée d'œa-

-; d'art plus ou moins remarquables,

: par les propriétaires qui s'y étaient

cédé, soit par les divers gouvernements

rAÏs 1789.

Pendant la Révolution ce palais avait été transforme en prison.

En 1795 il devint le palais Direcio-

£n 1799, \q paloAs du Cooisidat ; En 1804, \q 2^alais du Sénat cons^r-

îin 1814, \Qj[jalais de la Chambre des .rs ;

En 1848, \q palais de la commission Luxeùlhourg ;

En 1851, \q palais du Sénat.

Après la révolution de 1830, ilfutques- 1 d'agrandir le palais du Luxembourg lout un corps, sans altérer l'harmonie ses lignes et le caractère du monu- :jt. Cette témérité fut couronnée d'un in succès. M. de Gisors, architecte du xemboura, avait été chargé de ce travail.

Les bâtiments du palais appelé le Pe- ^ ^-Luxemlourg ont aussi été l'objet à .sieurs reprises d'une restauration spé- !e.

En 1622, le cardinal de Richelieu avait

' construire un charmant petit palais

il habita quelque temps. Il en fit don

.:.:uite ri la duchesse d'Aiguillon sa nièce.

Ce palais ayant passé par héritage au

rrince Henri-Jules de Bourbon, reçut à

te occasion le nom dC hôtel du, Petit-

jUrho7i.

La princesse Anne Palatine le choisit ir sa demeure. Cette prince-se y fit exécuter des réparations considérables. Elie fit construire le délicieux peiit cloître situé entre l'h'ôtel et l'orangerie.

En 1720, la Société des Arts, fondée sous la protection de Louis de Bourbon- Conde, co-ntedeClermont, t-jnait ses séances au Petit-Luxembourg. Sous le Directoire quatre de ses membres habitaient ce palais.

Bonaparte l'habita pendant les six premiers mois de son consulat. Le frère de

l'empereur Jcseph et la reine d'Espagne l'occupèrent successivem -nt.

En 1852, il devint la demeure officielle de l'ex-roi de Westphalie, le prince Jérôme Bonaparte, président du Sénat.

Lorsque'le Petit-Luxembourg était occupé par la princesse Anne Palatine de Bavière, dès augmentations considérables furent- faites à ce palais, sous la direction de Germain Boffraud, son architecte, qui construisit le cloître subsi-tant aujourrhui entre les bâtiments d'habitation et l'orangerie. Ce cloître, formé par des arcades surbaissées, -offre un curieux spécimen de l'architecture capricieuse et tourment'^e de cette époque. En 1851 , il fut l'objet d'une restauration complète. On y ajouta quelques appendices construits dans le style de la Renaissance et qui sontd'as.-ez bongoùt. Ces constructions nouvelles s'élèvent sur un terrain de l'ancienne chapelle de la congrégation des dames boned.ctines du Calvaire, fondée par le fameux père Joseph du Tremblay, capucin, et dotée par la reine-mère Marie de Médicis.

Le portail de cette chapelle, qui faisait saillie en dehors de l'aligiiement de la rue de Vaugirard, fut démoli il y a quelques années pierre à pierre, et reconstruit S'jîoa l'alignement nouveau de cette voie publique.

En 1834, dans les bâtiments de l'ancienne congrégation des Bénédictines du Calvaire, on établit une prison pour les accusés politiques renvoyés devant la juridiction exceptionnelle" de la cour des pairs. Quelques jours après la révolution de 1848, le Gouvernement provisoire fit procéder à la démolition de c 4te prison, et la chapelle, dont peu de personnes connaissaient l'existence, éprouva le même sort. Cette chapelle, dont il ne reste plus que quelques fragments de sculpture, possédait des fresques curieuses ainsi que plusieurs peintures da Pbili;tpe de Champagne. La Commission des monuinents historiques, ayant visité c?s fresques, les jugea clignes d'ère complètement restaurées et soigneusement conservéys comme modèie de peinture muraie.

Quant au jardin attenant au palais, il est devenu le pi is magnifique d? Paris par les œuvres d'art qui y ont » tè accumulées, par les embellissements dont on l'a décore et les accroissements successifs dont il a été l objet.

Palais Da l'Elysée-Bourbon. Ce pa-

2(2 nisTOiRE

lais, qui n'a cessé d'être embelli depuis soixante ans environ qu'il est devenu propriété nationale, a eu d'étranges vicissitudes. Bâti en 1718 par le comte d'E- . vreux, il avait porté le nom d'hôtel d'F- ' treux. Acheté par une des maîtresses de Louis XV, madame de Pompadour, et conservé par elle jusqu'à sa mort en 1764, il passa au financier Beaujon qui le vendit à Louis XVL II fut alors nommé \E- \ lysée-Bourbon. Devenu propriété nationale sous la république de 1792, il changea de nom encore sans recevoir d'affectation. ; Sous l'Empire, le roi de Naples Murât en ! fit l'acquisition. Sous la Restauration, en | vertu de la loi de spoliation du 12 jan- j vier 1816, le domaine de l'Etat s'en empara ?ans tenir compte des droits de la famille Murât. Aprèsla révolution de 1830, la loi qui fixa la liste civile de Louis-Philippe l'affecta à la résidence de la reine Marie-Amélie, dans le cas où elle survivrait au roi son époux. Ce palais, qui avait repris le nom d'Elysée-Bourbon, devint alors un lieu de généreuse hospitalité pour les voyageurs princiers. Mais la plus remarquable de ses vicissitudes, ce fut dans ce palais que le 24 juin 1815, après Waterloo, descendit Napoléon I*-'!"; ce fut sa dernière demeure avant de partir pour ic lieu d'exil, et ce fut la première habitation de celui de ses héritiers que les suffrages du peuples devaient 35 ans après appeler au pouvoir et qui devait ensuite régner sous le nom de Napoléon IIL

Parmi les édifices construits à Paris pendant la première moitié du xviii^ siècle, ce palais, dont le plan est très heureux et îa disposition intérieure très remarquable, jouit avec raison d'une sorte de réputation. Il a cela de particulier que tous les travaux qui y ont été faits successivement, loin de le déformer comme c'est l'ordiîiaire, n'ont servi qu'à l'embellir.

Gares des chemins de fer. —Chemin DE FER SOUTERRAIN. Depuis 1835, huit gares de chemins de fer ont été construites à Paris ; sept sont terminées, une est j»€u voie d'exécution.

Les sept gares terminées sont celles du chemin de fer de Rouen, de Saint- Germain à Versailles, du Nord, de Strasbourg, de Lyon, à' Orléans, de SceoMX, de ['Ouest.

La gare du chemin de fer de Vincennes et Saint-Maur est en voie de construction.

DE PABÎS

La gare du, chemin ae fer de Rouen fut la première construite. Elle le fut d'abord sur la place de l'Europe pour le chemin de fer de Saint-Germain. Aujourd'hui cette gare multiple, située rue Saint- Lazare, sert à l'exploitation de quatre chemins de courte distance, Saint-Germain, Versailles, Argenteuil, Auteuil, e^. à deux grandes lignes, Rauen et l'Ouest. Les bâtiments d'administration, gares, halles, cours, voies principales et de croisement terrains vagues, etc., occupent ensemble une superficie de 43,000 mètres.

La gare du chemin de fer du No7'd, construite d'abord au compte de l'Etat, fut augmentée par l'administration après concession. Elle a aujourd'hui avec ses appartenances une étendue de i4,000 mètres.

La gare du chemin de fer de Strasbourg^ l'un des édifices les plus remarquables de ce genre et l'une des têtes aujourd'hui du boulevard de Sébastopol, se distingue par son aspect monumental et ses beaux détails d'exécution. Liaugurée dès 18i9, elle ne fut entièrement terminée qu'en 1852. Son étendue est de 52,000 mètres.

La gare du chemin de fer de Lyon présente plus d'étendue. Elle occupe une superficie de 60,000 mètres. Assise sur un terrain élevé, elle a nécessité des travaux de remblais et de soutènement à 6 et 8 mètres de hauteur. Elle n'a'été achevée qu'en 1852.

La gare du chemin de fer d'Orléans, commencée en 1835, a subi depuis de nombreuses modifications. Elle occupe une superficie de 46,000 mètres.

Le petit chemin de fer de Sceaux est en dehors des murs d'octroi à la barrière d'Enfer. Sa gare couvre un espace de 9,000 mètres.

Celle du chemin de fer de l'Ouest, la dernière construite, a nécessité, comme < celle de Lyon, de grands travaux de rem- j biais et de soutènement. Son étendue est de 24,000. mètres.

I A cela il faut joindre le chemin de fer ; dit de ceinture qui, dans l'enceinte des ' fortifications, peut desservir à la fois les V principales gares pour le transport des marchandises et quelques barrières depuis Auteuil jusqu'à la gare du chemin de fer de Rouen.

A l'intérieur de Paris il ne reste main- 1 tenant à terminer que la gare du chemin

de fer de Vincennes et Saint-Maur qui doit se rattacher à la ligne de Mulhouse.

A ce système de voies ferres en pleine activité qui, de Paris, vont sillonner la France entière d'une mer à l'autre et du Rhin aux Pyrénées, se rattachait un projet de voie terrée spécial à Paris, qui devait changer l'aspect de îa capitale et donner à la locomotion des personnes et au transport des choses leur caractère normal : c'était la création de voies souterraines projetées, mais non encore exé* cutées.

Le projet comprend six lignes principales :

La 1îe,dela Madeleine à la Bastille par les boulevards:

La 2^, du chemin de fer de Rouen aux halles par le boulevard des Italiens et la rue Montmartre;

La 3^, du bassin de la Villette à la rue de Rivoli par le boulevard de Strasbourg;

La 4^, de Bercy à la place de la Concorde par les rues de Lyon, Saint-Antoine et Rivoli ;

La 5^, de la gare du chemin de fer de rOuest avec embranchement sur la gare du chemin de fer de Sceaux aux halles;

La 6^ enfin, de la gare du chemin de fer i'OrlJans venant s'embrancher sur la ligne

vcédente à la hauteur ou plutôt dans la

jfondeur du carrefour Bussy.

Ces six lignes auraient formé un parcours souterrain de 28 kilomètres environ. Elles seraient desservies par 41 stations, et leurs constructions, en y comprenant toutes les dépenses d'indemnité de terrain, Liuraient coûté d'après les auteurs du projet 64 millions de francs.

Ces galeries souterraines auraient été éclairées o. giorno et auraient parcouru tous les quartiers de Paris. Les trains des voyageurs n'y auraient pas été remorqués par des locomotives, mais attirés par des machines fixes, ce qui aurait débarrassé .:s souterrains de toute fumée et permis d'y établir un système de ventilation à l'air chaud ou à l'air froid suivant les exigences de la température.

A ce temps de merveilles monumentales où rien ne saurait plus ttonner, si jamais ce plan passe de letat de projet à l'état d'exécution, on pourra se rendre en quelques minutes, de la Madeleine, par exemple, au chemin de fer de Lyon ou d'Orléans, beaucoup plus agréablement qu'on ne -s'y rend aujourd'hui eu voiture à tra-

DE 1820 A 1833 2fi3

; vers un dédale de rues et des milliers i d'obstacles.

i Bien plus, jamais l'admirable invention j des railvays n'aura reçu une application j plus profitable aux intérêts d'une grande I métropole. Cette voie -outerraine mettant j les halles centrales en communication avec I tous les marchés extra riuiros, les habitants de Paris verront abonder dausleurs^ murs les produits des campagnes environnantes à trente lieues à la ronde, sans se douter des moyens de transport employés pour les leur obtenir.

Grâce à la féerie industriell-', la dévorante Babylone pourra satisfaire discrètement tous ses appétits. N'ayant plus dans ses rues l'encombrement que causent les produits alimentaires des marches, elle pourra rester toujours en grande tenue de reine, toujours belle, toujours splendide, toujours cachant dans les méandres de ses canaux souterrains le va-et-vient de ses j alimentations quotidiennes et de ses exuj toires de toutes sortes.

I Fortifications de Paris. Un travail plus gigantesque encore que celui du chej min de fer souterrain qui n'est qu'en prcK I jet a été exécuté à Paris -. ce sont les for- ! tifications, ce travail cyclopéen que quatre ! années ont vu commencer et finir.

Avant 1789 Paris avait vu successivement démolir ses anciennes portes gothiques, transformer en boulevar Js ses remparts et ses fortifications du xiv^ siècle. On ne lui avait laissé pour limite que de grosses murailles de terre, et ça et là des cloisons de planches ou de faibles palissades. Cet état de choses devait nécessairement favoriser la contrebande. Aussi vers 1784, sous l'administration de Calonne, les fermiers généraux obtinrent-ils de ce ministre d'enfermer la ville et ses vastes faubourgs dans un mur d'enceinte qui fut achevé en 1787 et qui reliait entre eux tous ces petits monuments d'un style original et bizarre, appelés barrières, dus au talent de l'architecie Doux et dont la construction avait coûté 3o millions.

En 1791, les droits des fermes ayant été abolis, le mur d'enceinte et les barrières étaient devenus inutiles.

En 1793, il fut sérieusement question de les démolir; mais la Convention nationale prit sous sa protection les monumentsbarrières, et par un décret du 13 messidor an II, les classa auj-nombre des monuments publics.

2i4 HISTOIRE DB PARIS

L,e *9 ventôse an xn, tous les droits d'octroi avant été rétablis et réglementés, l'Etat céda à la ville de Paris les barrières et murailles d'enceinte qui forment sa clôture, et peu après ce mur fut successivement réparé et consolidé sur plusieurs points.

Tout cela n'était fait qu'en vue de la contrebande et ne constituait pas un système de fortifications.

Avant Napoléon I^r, on n'imaginait pas que, dans les guerres d'invasion, ce grand capitaine trouverait moyen de braver et de franchir les jilaces fortes. Vauban, lorsque la Flandre eut été réunie à la France, couvrit nos frontières du nord d'un triple rang de places fortes, et à l'abri des remparts de Lille, de Valenciennes, de Metz, de Maubeuge, Paris s'étendit imprudemment hors des siens et ne soupçonna le danger de son imprudence qu'en 1792 lorsque lEurope entière eut déclaré la guerre à la Révolution.

Alors seulement on commença à fortifier Paris. Quand la Champagne fut envahie, quand le roi de Prusse eut pris Verdun, on éleva quelques fortifications au pied de Montmartre et dans la plaine Saint-Denis. Dans un accès de zèle patriotique les citoyens de chaque section sortaient à tour de rôle de Paris pour y travailler; ^A^semblée nationale encourageait Cts travaux et chaque jour une députation de quinze membres venait y assister.

Après la victoire de Valmy le bruit du canon prussien s'étant éloigné, les craintes, se dissipèrent, le zèle se ralentit, et les travaux furent abandonnés.

Napoléon parut. Dix-sept ans de conquêtes assirent Paris au milieu d'un camp immense qui embrassait presque toute l'Europe occidentale, et la capitale de la France eut ses grandes gardes rayonnant du Tage à la Vistule, de TE beii l'Adriatique, les quatre angles des conquêtes du grand empereur.

A des succès inouïs succédèrent des revers plus mouïs encore. Napoléon avait appris à ses ennemis le secret de ses conquêtes. Il (tait entré dans toutes les capitales de l'Europe continentale sans tenir compte des places fortes qu'il laissait derrière lui. En 1814 et 1815 l'Europe se leva en armes et Paris fut deux fois envahi. Cet exemple prouva que le gage le plus sûr de rmdepeudance de la France, de

l'autorité avec laquelle elle pouvait désormais faire entendre sa voix, était Paris à l'abri d'un coup de main. C'était l'opinion de Napoléon, c'était celle de Vauban. En 1840 on l'adopta et le système de fortifications fut rés lu.

Ce ne fut pas sans peine et la postérité > se fera difficilement une idée de ce qui fut amoncelé de plates inepties dans les journaux et dansle? discours des Chambres pour empêcher les fortifications de Paris. On sembla ne pas tenir compte du fait le plus rationnel et le plus logique, savoir: que la France étant le champion le plus avancé de la cause du progrès et de la liberté du monde, et Paris le cœur de cette cause, du jour où lEurope réactionnaire se croirait assez forte pour l'attaquer ouvertetement, mettre le cœur à l'abri de ses attaques, c'était en quelque sorte sauver la cause. On peut cependant douter, soit dit en passa nt,^ que ce soit dans ce but que M. Thiers, ministre de Louis-Philippe, ait assuré l'exécution des fortifications, ce qui, du reste, n'ôte rien à l'importance capitale de la mesure.

Le projet adopté fut celui-ci : autour de Pans une enceinte continue et terrassée de 10 mètres au moins d'élévation d'escarpement, bastionnée avec fossé en avant et glacis couvrant le mur d'escarpe des coups éloignés de l'artillerie ennemie, > puis fortifier les principales po-itions stratégiques qui défendent les abords de Paris', tels que Saint-Denis, Charenton, le mont Valerien, Garches, Meudon, Fontenay, tout le plateau de Nogent-sur-Marne à ïlomainville, etc.

Ces forts détachés sont au nombre de seize.

L'enceinte continue a 94 points de développements; Metz, une des plus fortes places de France, n'en a que vingt. Elle enalobe dans son pourtour une superficie de"2o8,000,000 de mètres.

Quatre ans, de 1840 à 1844, suffirent pour faire ces gigantesques travaux auxquels ont été consacrés plus de 140 mili lions de francs.

Musées. La riche collection de monuments d'art rassembles au Louvre se composait de deux musées : 1^ le Musée dfs antiques dw'isé en deux classes, l'une pour les ouvrages de sculpture auLiques, l'autre pour les^jroductions des XYi^, xvii« et xviii^ siècles, seulement formée depuis ■1824 avec une grande partie des objets

TABLEAU PHYSIQDE

d'art que contenait l'ancien rausée des

Petits-Augustins: 2» le Musée des écoles

'^îietr/ie, flamande ci française, di-

-e en neuf parties, faisant saillie sur la ,oùte et occupant la grande galerie du Louvre de 444 mètres de longueur sur 4 0 de largeur.

^ Depuis quelques années ces monuments d'art se sont accrus d'une manière considérable et l'on compte aujourd'hui au Louvre onze musées nouveaux.

4° Musée anglais;

Jo Musée égyptien;

30 Musée de "la Renaissance ;

40 Musée espagnol;

50 Musée naval;

6° Musée des dessins;

70 Musée des antiquités me-sicaines;

8° Mu;?ée des antiquités assyriennes;

9° Musée des antiquités amer:cames ;

IO0 Mu^ée des antiquités égyptiennes;

il» Musée impérial et royak

Le Musée anglaii provient d'une collection léguée au roi Louis-Philippe en 1838, par le chevalier Standish. La salle contient environ 200 tableaux des écoles française, flamande, italienne, espagnole. Il porta d'abord le nom de son donateur Musée Standish. Le nom de Musée anglais a prévalu, ce qui manque à ]a fois de justesse et de justice.

Le Musée égyptien a 'été ouvert le 4 novembre 18ii7. 11 contient les antiquités grecques, romaines et égyptiennes. Il se compose de neuf salles de plain-pied, decoréesde peintures communiquant entre elles par de larges ouvertures ornées de pilastres coniques, surmontées d'une archivolte.

Lqs quatre dernières salles renferment des antiquités grecques ei romaines, ei entre autres beaucoup d'ob.ets trouvés dans les fouilles d'Herculanum et de Pompeia.

La partie égyptienne corn, rend cinq salles. Là sont reunis des objets de toute nature pouvant peut-être un jour fournir à la science assez d'éléments pour jetcT quelque lueur sur cette antique eivilisation égyptienne.

Outre uu grand nombre de manuscrits en ^ajjyr«5' écrits la plupart en écritures hiéroglyphiques, ce musée a une division consacrée aux mumies et à tous les objets relatifs à l'embaumement des corps h u mains. Une autre est consacrée aux images des divinités égyptiennes, statueties et ligurines, sorte d amulettes objet d'un culte prive qui y sont classées suivant le

DE 1820 A IS:jS 215

rang de chacune d'elles dans le système théogonique.

Des figurines représentant des rois égyptiens, des scarabées portant des images ou des légendes de plusieurs princes; des contrats originaux datés- du règne des rois grecs d'Eg.pte, des statuettes représentant des mr-mbres des diverses ca-tes égyptiennes : des instruments du culte, des objets d'habilement, de parure, etc., forment une autre section.

Le Musée de l'a Renaissance. Ce musée se compose de neuf grandes salles décorées de plafonds etde \oussures. Il renferme divers meubles curieux et des objets d'art fabiiqués au moyen àg\ Il contient aussi une assez grande quantité de tableaux de grands maîtres.

Eu 1831, cinq salles dans lesquelles étaient réunis les chefs-d'œuvre de la sculpture furent ouvertes au public. Ces salles portent le nom des cinq plus illustres sculpteurs des xyi^ et XYii^ siècles. Ce sont, par ordre chrooolog que, ceux de Michel Colomb, Jean de Douai dit de Bolo.sne, Jean Goujon, Auguier et Francheville.

On peut y admirer des produits d^ cet art depuis foOo ju-qu'en 1670. Les œuvres d'artistes aussi illustres à ditïerents titres enrichissent également ces nouvelles galeries. Telles sont celles de Michel- Ange, Germ-iin Pilon, Jean Cousin, Paul Ponce, Barthélémy Prieur, Sarrazin, de Marsy, etc. Une salle est consacrée aux émaux, aux majolir^s, aux faïences et autres curieux produits du xvi^ siècle.

Musée es2}'xgnol. Ce musée, ouvert au public en 1837, contient plus de 400 tableaux de maîtres espagnols et oO tableaux de maîtres étrangers à l'Espagne et appartenant aux écoles allemande^ hollandaise et italienne.

Parmi les tableaux de maîtres de l'école espagnole, ou compte 80 ouvrages d© Z-iriiaraU; 40 de Murillo, 2 5 de Ribera dit l'Espagnolet, 18 de Vé'asquez de Silva. etc. Parmi ceux appaite laot aux écoles étrangères, on voit des peintures d'Albert D rer,de Van-Dick, du Titien, d'André dei Sarte, de Gaspard de Crayei, da Scbastit'n del Piombo, etc.-v#tc.

Musée-naval. Ce rausée qui se composa de doaze salLs est riche et carieux. Il renferme des modèles de toutes les espèces de navires de guerre, d'un 48* delà grandeur naturelle; des machines à i'u-

sue SiSTOltlE

sege des vaisseaux, des plans en relief des ports et arsenaux maritimes, forges, usines, ateliers, etc. Dans des armoires vitrées on y voit aussi une grande quantité d'objets de toute espèce fabriqués chez les peuplades des îles de la mer du Sud, des mers de l'Inde, de la côte d'Afrique, de l'Islande, du Groenland, du Canada, etc.

Musée des dessins des grands maîtres. Ce musée renferme plus de 1 ,300 dessins appartenant aux écoles d'Italie, française, allemande, flamande, hollandaise et même espagnole. Il se compose de 41 salles. Dans les unes sont des dessins, pastels, esquisses, etc., de Lagneau, Nanteuil, Bellangé, Dupré, Mellan, Dumoustier, Rosalba,Carriera, Chardin, Guyart, Joseph Vien, Quantin de la Tour, Ducreux, Raphaël, Corrége, Dominiquin, Carrache, Giorgione, Titien, etc.

Dans d'autres sont exposés des dessins de Prudhon, Géricault, Granet, Gros, Gérard, Girodet, Isabey, Guérin, et l'ébauche du fameux serment dv, jev, de Paume ^ par David, tableau qui n'a jamais été achevé. On y voit aussi des dessins persans et chinois et une salle où sont les costumes de l'empire par Isabey.

Les musées à' antiquités égyptiennes et assyriennes sont une collection assez restreinte, unique cependant dans le inonde, et ces rares débris de civilisations éteintes laissent dans l'àme une impression pénible.

La collection à' antiquités américaines est plus importante : ce sont des vases, des figurines, des étoffes, des armes découvertes dans les anciens tombeaux du Pérou. Dans cette collection, il y a un certain nombre de vases appartenant à l'époque la plus reculée de la civilisation américaine. Par leur fabrication et la couleur des ornements dont ils sont décorés, ils ressemblent aux vases que l'ou trouve dans les sépultures étrusques des environs de Viterbe.

Ces divers musées furent ouverts ou réorgani.^és en '1851 .

Lannie 18o2 ajouta sa pageà ces belles pages d'art. Le 15 janvier un décret de Louis-Napoléon, président de la République, créa sous le titre de Musée ir/ipérial et royal un nouveau musée destiné à recevoir les objets ayant servi à l'usage personnel des dilIereutssouYtrainsqui avaient régné sur la France.

A l'iot^tar de ce qui avait été pratiqué

dans plusieurs capitales de l'Europe, na dépôt commun et public devait réunir ces objets, qui avaient à tirer leur valeur,. non de l'intérêt artistique qui s'y attachait, mais d'un souvenir historique qui rappelait leur présence.

Parmi les objets réunis figurent les insignes Je Childéric; le fauteuil de Dagobert; les insignes, la main de justice, ks éperons de Charlemagne; les bijoux de plusieurs rois, ses successeurs ; les tentures de la chapelle du Saint-Esprit d'Henri III ; l'épée que François 1er rendit à la bataille de Pavie ; celle d'Henri II, d'Henri IV ; l'arbalète de Catherine de Médicis, que l'on devrait bien marquer d'un signe par-/ ticulier, pour rappeler à tout le monde la reine qui fut à la fois la honte et le fléau de la France ; une épée, travail d'art précieux, ayant appartenu à Louis XVI : l'épée de la religion de Malte, donnée à Napoléon I^f, son manteau impérial; la table sur laquelle Louis XVIII écrivit h Charte; la décoration du sacre de Charles X; mille autres objets encore qui sont incontestablement mieux placés dans un musée spécial , que déposés comme ils l'avaient été j usqu'alors dans quelque coin du gardemeuble de la couronne.

Musée de Cluny et palais des Thermes. Il manquait à la France artistique un musée du moyen âge: un simple particulier, M. Dusommerard, en avait rassemblé à grands frais et à grand'peine les éléments dans l'ancien hôtel des abbés de Cluny, rue des Mathurins-Saint- Jacques. En 1844, l'Etat fit l'acquisition de ce musée, qui, ouvert la même année au public, combla une regrettable lacune. Alors l'œil du visiteur put parcourir cette belle et riche collection de mille objets usuels, qui firent la joie et la richesse de nos pères, meubles, bahuts, tentures, armes admirables, faïences de Bernard de Palissy, ouvrages d'ivoire d'un fini précieux, etc.

Ce musé, placée dans le monument du moyen âge le plus élégant et le plus ccni plet qui reste à Paris, est dans l'hôtel qui fut au xiv« siècle la résidence des fameux abbés de Cluny. Pierre de Chartres, abbt de Cluny, le ht bâtir sur une partie du palais des Thermes qu'il avait achetée. De là cette curieuse singularité d'architecture du moyen âge implantée sur des murs de maçonnerie romaine qui se trouve en plu sieuis endroits de cet hôtel.

TADLEAU PHYSIQUE

La légèreté, la coquetterie des sculptures, les décorations variées des fenêtres et des mansardes, le travail précieux, l'aspect élégant et pittoresque des ornementations, le travail délicat et souvent aventureux des détails, font de ce joli monument un type tout spécial des dernières inspirations du gothique et des premières de la Renaissance.

La chapelle du genre gothique nous offre une construction aussi remarquable que singulière : à un seul pilier de forme octogone élevé au milieu, viennent aboutir toutes les arêtes de la voûte surchargée de sculptures.

En 1854, la formation d'une grande place pour l'ouverture de la rue des Ecoles, en 1857 l'ouverture des boulevards Sébastopol et Saint-Germain, ont totalement dégagé l'hôtel de Cluny et le palais des Thermes des petites rues qui les entouraient, et des vieilles maisons qui les obstruaient.

Ces deux monuments, l'un le plus complet du moyen âge qui reste à Paris, l'autre l'ancien palais des Césars, le seul dont Paris puisse se glorifier pour répandre quelque jour sur son antiquité, placés à l'angle des deux boulevards Sébastopol et Saint-Germain, vont se trouver, par suite des travaux qui s'y poursuivent, entièrement isolés. Entourés de deux square», Tun au nord et l'autre au midi, ils seront un des plus curieux embellissements de la riye gauche du Paris reconstruit.

En octobre 1 857, l'hôtel de Cluny a été en outre agrandi d'une aile de bâïiment élevé d'un étage, donnant sur la rue des Mathurins-Saint-Jacques du côté du midi et sur le square du palais des Thermes au couchant. Cette construction permettra au musée de Cluny de s'étendre.

Palais des Beaux-Ârts, ancien musée

DES MONUMENTS FRANÇAIS. Le palais

des Beaux-Arts est situé rue des Petits- Augustins, sur l'emplacement de l'ancien couvent des Petits- Augustins.

En 1791, lors de la suppression des couvents, la commission des monuments arrêta que le couvent des Petits-Augustins servirait de dépôt aux divers objets d'art qu'on avait enlèves des églises. Le 1er septembre 1793, ce dépôt fut ouvert au public sous le nom de Musée des mO' numeyits français.

Quatre à cinq cents monuments mo-

narchiques formaient cette collection. Oq les classa chronologiquement danshuit salles construites elles-mêmes de débris d'anciens monuments. Dans les trois cours de l'édifice on voyait les façades principales des châteaux d'Anet et de Gaillon, les façades de portes, de balcons et d'autres décorations historiques. En sortant des cours on entrait dans un jardin dessiné et planté en façon d'Elysée. Là dans des sarcophages de forme antique posés sur des pelouses d'un gazon toujours vert, sous des peupliers et des platanes, reposaient ombragés par des lauriers, des cvprès, des myrtes, des rosiers, les restes d'Héloïse et d' A bailard , de Descartes, de Turenne, de La Fontaine, de Boileau, de Mabillon, etc. Il y avait dans l'idée de cette réunion un sentiment de piété nationale élevé qui eût fait de ce lieu ainsi approprié à cette destination un de ces monuments uniques dans le monde qui parlent à la fois à l'àme et à l'imagination. En 1816, la Restauration, qui ne comprenait rien et qui ne respectait rien, eut l'idée sauvage de détruire ce musée des monuments français et de ce précieux et magnifique dépôt, dispersé çà et là ou brisé dans le transport, il ne resta rien ou presque rien.

En 1819, on commença sur cet emplacement l'école ou palais des Beaux-Art=, spécialement destiné à l'enseignement de la peinture, de la sculpture, de l'architecture et de la gravure. Entrepris d'abord sur un plan beaucoup trop restreint, il fut continué en 1833 sur un plan plus vaste, qui permit d'en faire un lieu central ou la réunion des modèles les plus précieux et les plus propres à faciliter les travaux des élèves, leur offrit constamment les meilleurs guides dans les diverses directions que chacun d'eux doit suivre. Depuis lors on n'a cessé de l'embellir, et par des améliorations successives magnifiquement appropriées à ses destinations artistiques diverses, ce palais est devenu l'un des monuments de Paris les plus curieux et les plus dignes d'être visités.

On connaît l'origine bizarre de l'e.aplacement sur lequel il a été bâti. Par suite de l'assassinat de son favori dans l'hôtel de Sens, la reine Marguerite de Valois, femme de Henri IV^ avait fait bâtir en ce lieu un palais et une chapelle sous l'invocation de Notre-Dame de Losanges. Elle fit desservir cette chapelle par des carmes déchaussés auxquels elle donna une nuison,

24 s HISTOIUE DK PARIS

dD jardin et 6,000 livres de renie, à la seule condition de chanter des cantiques sur des airs faits ^ar son ordre. Soit qu'ils n'aimassent pas la musique, S)it toute autre cause, ces moines s'obstinèient à psalmodier sans vou oir chanter sur les airs faits par ordre de la reine. Celle-ci, outré de leur peu de reconraissance, les chassa, et en Î612 mit à leur place des augustins, qui, ayant chanté sur tous les tons qu'il lui plut, restèrent là jusqu'à la suppression des couvents en 1791.

Palais du quai d'Orsav. — Macadamisage des boulevards intérieurs. — Trottoirs. —Télégraphie électrique.

— Eclairage au gaz. — Jardin des Plantes —Canalisation DU petit bras DE LA Seine. — Ecole militaire et Champ-de-Mars. — Ponts. — Fontaines. — Prisons- — Casehnks, etc.

Pendant cette xix^ période Paris a été en outre l'objet de prodigieux embellissements soit partiels, soit généraux.

Peut-être aurons-nous occasion d'en parler plus loin ; mais resserré que nous sommes par l'espace qui nous est limité, nous De pouvons en attendant que les mentionner ici. Tels sont :

Les deiix palais du quai d'Orsay, l'un occupe par la Cour des comptes et le conseil d Etal, l'autre par le Ministère des affaires étrangères;

Le macadamisage et l'empierrement des boulevards intérieurs et des grandes voies de communication;

La télégraphie électrique appWqnée à Paris pour la transmission des nouvelles .et des ordres;

L'éclairage au gaz substitué partout dans les rues et les magasins à l'écldirage à l'huile;

Le Jardin des Plantes agrandi et embelli;

La canalisation du petit Iras de la Seine commencée en 1847, terminée en 4 851;

L'Ecole militaire et le CJiamp-dc- Mars considérablement agrandis;

De nouveaux 2J6'??i'5 jeiés sur la Seine, d'autres reconstruits ; de nouvelles casernes construites, les casernes Napoléon, de la carde municipale derrière ITiôtelde-Ville, la caserne du Chàteau-d'Eau et d'autres; de nouvelles prisons construites, celles de Clicliy, Mazas, de la Roquette, dés Jeun es- F rétenus, etc ; des fontaines monumentales, du C hâte au- d.' Eau, de la

place de la Concorâ.e, de la place Lou^ Tois,(\\y rond- point des Champs-Elysées^ du carrefour Gaillon, de Molière, de la place Saint-Sulpice. de Cuvier,Q\x:,.^ ont a;outé de nouveaux monuments à ceux dont pouvait s'enorgueillir Paris ; < mais tous ces travaux n'approchent pas | de ceux exécutés de 4852 à 1858 sur l'é- ' chelle la plus immense dont les annales du monde fassent mention.

Nous leur consacrerons une notice spéciale.

Aperçu de l'ensemble &es travaux, embellissements et démolitions que la ville de paris a été amenée a faire depuis la révolution de février 1848.

L'histoire du monde n'offre pas d'exenaple des travaux prodigieux exécutés à Paris en quelques années. On a vu des capitales rebâties et transformées après. quelque grand bouleversement: Londres après son incendie de 1666; Lisbonne après sa destruction par un tremblement de terre en 1531 ; Copenhague après son bombardement par les Anglais en 1801 ; Moscou après son embrasement de 1812; mais jamais, à nulle époque, sans aucune de ces nécessités impérieuses qui forcent à rebâtir une capitale, l'œil de l'homme n'aura vu transformation pareille à celle que nous offre aujourd'hui Paris.

Un seul exemple peut-être en existe-til dans le vieux monde si l'on veut prendre à la lettre ce mot d'Auguste; J'ai trouvé Rome de pierre, je la laisse de marbre. Ce mot n'est-il qu'une flagornerie de l'histoire? c'est possible. A pliqué au Paris du xixe siècle et à Napoléon III, il devient une vérité.

L'immensité des travaux exécutés à Paris depuis 1848 fait de cette page historique de cette capitale l'une des plus intéressantes et des plus curieuses.

Le percement et le prolongement delà rue de Rivoli, l'achèvement du Louvre, la régularisation de la place du Palais- Royal, le nivellement de la place du Carrousel, l'agrandissement de la place de Grève, la construction des deux casernes Napoléon et du Génie derrière cette place, le dégagement de la place du Cliâtelet, l'isolcmest de la tour Saint-Jacquesla-Roucherie, l'ouverture de l'avenue Victoria, avaient nécessité la démolition du vieux Paris sur une ligue parallèle à la

TABLEAU PHYSIQï:

Seine qui s'étendait des Tuileries au centre de la rue Saint-Antoine et qui, sur quelques points, atteignait une grande largeur.

Dans ce vaste emplacement que devait niveler le marteau du démolisseur, d'élégantes et somptueuses constructions devaient peu à peu remplacer de hautes lignes de maisons bordantdes rues étroites et boueuses, tortueux méandres où s'étaient passés des drames plus, ou moins connus., plus ou moins oubliés, et qui, la plupart, ajouteraient de curieuses teintes à la physionomie du vieux Paris.

Il en était de même des démolitions nécessitées pour la consiruction des halles centrales, la rectification des rues qui devaient y aboutir, le boulevard Sébastopol sur la rive droite et la rive gauche, l'isolement de l'hôtel de Clnny^et du palais des Thermes, l'ouverture de la rue des Ecoles et du boulevard Saint-Germain et d'autres grandes voies de communication, sur les deux rives. La Cité, ce vieux berceau de Paris, avait elle-même été transformée presque en entier par le percement de la rue de Constantine, le dégagement des abords du Palais de Justice, l'élargissement de la rue de la Cite, la démolition de l'îlot de maisons du Marché- Neuf, etc., etc.

Dans cet ensemble de démolitions récentes, \ û7 rues, des halles, des marchés, des places avaient disparu ou allaient disparaître, en tout ou en partie, soit pour en percer sur leur emplacement de nouvelles, soit pour rectifier l'alignement des anciennes.

Des grands souvenirs, des histoires du passé étaient écrits sous ces monceaux de pierres. La vie des temps y était empreinte. Il serait inléres-^^ant, instructif et curieux à la fois de faire défiler devant les yeux du lecteur ces hommes et ces choses d'autrefois, générations parisiennes éteintes qui ont vivifié le sol sur lequel se meut la génération présente appelée à la vivifier à son tour pour les g^r-nérations futures. Une course à travers ces immenses bouleversements, en réveillant tant de souvenirs, offrirait mille sortes d'attraits; mais l'espace nous manque et nous ne pouvons que classer ici les grands traits qui caractérisent cetlepéiiode remarquable de l'histoire arcùéoiogique et monunieutale de Paris.

•Un mot d'abord sar l'ensemble des tra-

E DE i820 A 4 838 n9

: vaux des embell'S^emenfes et démoli 'i^ins. que la ville de Paris a été «^ucc^s^iveTipnfcj amenée à faire depuis larèvolation de février 4 848.

Lorsque éclata la révolution de 4 848 , xm quartier populeux était bâti aox abords; du Louvre entre la place dn Carrou^H et' ce qu'on appelait alors la pïa^'e du Mu» sée. Sur la place m 'me du Carrousel, l'hôtel de Nantes, les Ecuries-Rovales, le Chàteau-d'Eau, la rue du Doyenné, 'a me Saint-Thomas-du-Louvre, etc.. encombraient l'espace aujourd'hui libre et couvert par les magnifique'? constructions qui relient le Louvre aux Tuileries.

A cette époque deux décrets du gouvememect provisoire, des 24 mars efc

3 mai 1848, ordonnèrent l'achèvement da Louvre et la prolongation de la rue de Rivoli depuis l'Oratoire jusqu'à la rue Saint- Antoine.

Ces deux décrets ne furent pis exécutés, et le percement delà rue de Rivoli ne commença qu'en vertu de la loi votjelo

4 octobre 1849 par l'Assemblée constituante.

Aux termes de cette loi la rue devait être continuée depuis la rue de Rohau jusqu'à la rue de la Bibliothèque. Oa devait en même temps élargir les abords du Louvre, dégager la place du Carrousel, et enfin arrêter le système des arcades uniformes au coin de la rue de l'Echelle.

Cette première partie de l'opération était faite pour deux tiers au compte de l'Etat et pour un tiers au compte de la ville, qui devait pourvoir à cette dépense avec ses ressources ordinaires.

Bientôt après, une loi du 4 août 1851 autorisa la ville à emprunter 50 millions pour prolonger la rue de Rivoli jusqu'à 1 Hôtel-de-Ville et pour achever lesUalles centrales.

L'Etat ne donnait cette fois aucune subvention. 11 se contentait d'exempter d'inapôt pendant vingt ans les maisons qui se- I raient con^-truites eu façade sur la rue pro- : longée. Mais la rue de Rivoli avec ses i 2â Qiètres de largeur ne pouvait avoir pour affluents les ignobles ruelles des quartiers des Bourdonnais et des Arcis. Aussi le gouvernement sentit bientôt la nécessité- ; d'ou^ rir de nouveaux débouches aux i abords de cette magnifique voie. Deux ' décrets, du 26juiileL l6'o2eLl 2;e\ ner l8o3, I ordonnèrent l'élargissement de la rue 1 Saint- Martm, le degagem^t de la tour

aO HISTOIRE

Saint- Jacques-la-Boucherie, et de l'Hôtelde-Ville, le nivellement du quartier Saint- Martin, etc., etc.

Une subvention de 1 ,500,000 francs fut accordée à la Ville pour ces diverses opérations.

Dans l'intervalle un décret, du 23 décembre 1852, ordonna l'achèvement de la rue nouvelle entre la rue de la Bibliothèque et la rue des Poulies, en même temps que la continuation des Arcades depuis le passage Delorme et en retour sur la place du Palais-Royal.

Ce n'est pas tout, un dernier décret du 15 novembre 1853 ordonna l'élargissement des rues de l'Echelle, de Rohan, du doq, de l'Oratoire, des Poulies et le dégagement du Théâtre-Français, de la place du Louvre et de celle Saint-Germainl'Auxerrois.

Dès 1854, la ville fut entraînée parla force des choses à suivre le système qu'elle avait adopté en 1851 et 18o2. A peine la rue de Rivoli est-elle prolongée jusqu'à l'Hôtel-de-Ville, qu'un décret du 27 septembre 1854 déclare d'utilité publique

] sa continuation jusqu'à la fontaine de Bif rague. La place de l'Hôtel-de-Ville est en I partie dégagée : aussitôt uu décret du 29 juillet 1854 ordonne le percement d'un boulevard ou avenue de 30 mètres, entre la place du Chàtelet et le palais municipal, l'avenue Victoria.

Le 10 décembre 1853,. le boulevard de Strasbourg, aujourd'hui de Sébastopol, est inauguré entre Tembarcadère et le boulevard Saint-Denis. Bientôt après, un décret du 29 septembre 1854 prescrit la continuation de ce boulevard de Sébastopol entre le boulevard Saint-Denis et la Seine, et le remaniement complet de toutes les voies publiques situées entre la rue Saint- Denis et la rue Saint-Martin. Un décret postérieur ordonr.e enfin la prolongation de ce même boulevard sur la rive gauche ^jusqu'à l'Observatoire.

Ces travaux divers et d'autres, qui se rattachent au système complet d'embellissements terminés ou en cours d'exécution ont amené en sept ans, de 1852 à 1858, l'immense mouvement suivant dans les démolitions et la construction :

En 1852

Démolitions effectuées par la préfecture de la Seine-

250 maisons pavées sur expropriation 27,31 9, 9i0 fr.

En 1857 100 maisons expropriées.

Dans ce même laps de temps les constructions nouvelles et agrandissements de construction ont donné pour résultat :

nnées. Xon

ibre de maisons.

Valeur locative.

. 1,100,000 fr. .

Valeur approximative^ . 28,000,000 fr.

Un recensement officiel de 1 856 constate que les travaux de bâtiment qui n'étaient en 1850 que de 22 millions, en 1851 de 26 millions, en 1852 de 28, ont pris dans ces cinq dernières années un essor qui les a portés pour 1 856, non compris les monuments publics, à 250 millions.

De nouveaux et successifs embellissements étaient encore projetés. A la section

des services publics de son budget de 1 858, la ville de Paris a porté une somme de deux millions de francs destinés à l'amélioration des promenades publiques, notamment aux Champs-Elysées, et une somme de 1 ,200 mille francs pour l'achèvement des travaux du bois de Boulogne.

Bien plus, au 1er janvier 1858, Paris devait être reculé du côté de Montn^arti^

TABLEAU PHYSIQUE DE 1850 A fSoS

et de? Batigoolles jusqu'aux fortifications, et du c jte du bois de Boulogne et de Neuilly jusqu'à la Seine, et le boulevard du Trône, du boulevard du Temple à la barrière du Trône, devait être mis eu voie d'exécution.

On ne saurait calculer la somme des travaux qu'jimèuera forcément cet agrandissement de Paris.

Palais du Louvre. sa restauration.

SA RÉUNION AU PALAIS DES TuiLERlES.

Au-dessus de l'entrée du grand pavillon du Louvre faisant face aux Tuileries on a pose l'inscription suivante :

François I^^ commença Je Louvre.

Catherine de Médicis commença les

Tuilerie^s.

Napoléon III réunit les Tuileries au

Lo'wtre.

C'est dire à la postérité : ce que n'ont pu faire François I^'. Henri IL Henri IV, Louis Xin, L^uisXlV, Louis XV, la Republique, le premier empire, aidés des architectes Pierre Lescot, Androuet du Cerceau, Etienne Dupérac, Jacques Lemercier. Louis Leveau, Brrnin, Claude Perrault, Gabriel, Souftlot, Percier, de Fontanes. en .tant de siècles, Napoléon III, seconde par les architectes Visconti et Lefuel, Ta accompli en cinq ans.

En effet, l'achèvement du Louvre était une œuvre nationale dont s'étaient préoccupés tous les gouvernements précédents.

Le nom de Louvre provient d'un ancien mot saxon Louvear, qui signifie château. Le roi Dagobert y mettait ses chiens, ses chevaux de chasse et ses piqueurs.

Les rois /a ^/^?(^w^î, ses successeurs, y allaient assez souvent après leur dîner, en se promenant en coche traîne par des bœufs dans la /or^^ des Charbonniers qui couvrait tout ce côté de la rive droite de la Seine. Le soir, ils revenaient en bateau et en péchant souper à Paris.

Sous la seconde race et même sous la troisième, jusqu'au xiiie siècle, il n'est pas parlé de cette maison royale. En 4 204 un château, à la fois forteresse, palais et prison, y fut fondé par Philippe-Auguste.

Ce ne fut d'abord au milieu d'une vaste enceinte que la grosse tour du Louvre, centre de l'autorité féodale, où venaient faire la pres'ation de foi et hommage les

hauts barons, les feudataires de la couronne. Les appartements en étaient tristes * et obscurs. Ou eût dit que ce prince avait affecté de ne laisser régner dans ce lieu qu'une clarté sombre, afin que ce donjon de la souveraineté annonçât aux grands feudatair^s, quand ils venaient y faire la prestation de foi, que c'était une prison toute préparée pour eux s'ils manquaient à leurs serments. Plusieurs en effet en firent la triste expérience.

En 1373, Charles V répara et accrut beaucoup les bâtiments du Louvre. L'ensemble de ces bâtiments offrait alors un parallélogramme entouré de fossés alimentés par les eaux de la Seine et n'ayant dans sa plus grande dimension que 61 toises et 58 dans sa moindre.

Au centre de cette cour principale était la grosse tour, environnée d'une infinité de tours, tourelles, de hauteurs, formes et dimensions diverses, ayant pour noms : la tour du Fer-a-cheval, di^?, Porteaux, du Windal, de \ Etang, de VHorloge,àQVArmoirie,àç la Grande- Chapelle, delà Petite-Chapelle, de la Joute du roi, de la Tournelle^ de VFcluse , de YOrgueil , de la Librairie^ etc., etc. C-tte dernière éla-.t l'une des plus renommées parce qu'elle conte-, nait la bibliothèque de Charles V, la plus considérable du temps, et dont le nombre des volumes allait jusqu'à 900. Aujourd'hui, le plus mince bourgeois qui aime les livres en aie double.

Dans cette même enceinte, il y avait un grand nombre de bâtiments design ?5 suivant leur spécialité: la maison du Four, la Paneterie, la Saucerie , \' Epicerie, la Pâtisserie, la Fruiterie, le Gardemanger. ÏEchansonnerie, la Bouteille rie, la maison de V Hypocras, etc.

La partie de ce palais qu'on nomme aujourd'hui le vieux Louvre fut commencée sous François l^f. Achevé sous le règne d'Henri II , cet édifice ne fut cependant point habité par ce roi, mais il le fut par Charles IX, son fils.

Sous ce dernier rci, ce palais devint le théâtre sanglant des cruautés atroces que le temps n^elfacera jamais de la mémoire des hommes. Je veux parler des hDrreurs de 'la Sain'-Barthélemy. « Quand il fit « jour, dit Brantôme, le roi mit la tète à « la fenêtre de sa chambre qui donnait « sur la grève de la rivière, et voyant « aucuns dans lefaubourg Saint-Germain

« qui, pour éviter la mort, se remuaient « et se sauvaient, il prit une grande arc quebuse de chaise qu'il avait, et en ti- « rait (out plein de coups à eux, criant « incesj^amment : tv.ez, tuez. *

Henri IIÎ, Benri IV et Louis XIII demeuièrent au Louvre, et y firent bâtir. Il ne resta plus rien alors du vieux château de Philii pe-Auguste que Charles V avait fait réparer.

Une grande partie des bâtiments de la cour, la façade principale connue sous le nom de colonnade du Louvre, furent élevées sous Louis XlVet restèrent iiiachevées.

c Sire, disait un jour Dufreny à ce « dernier roi, je ne regarde jamais le nou- « veau Louvie que Votre Majesté a fait « commencer sans m'écr^er : Swperbe mo- « miment de la mignijicence d'un des « plus gmnds rois qui de son nom ait « rempli la terre, palais digne de nos « monarques, vous seriez achevé si Von « vous eût donné à Vun des quatre or- « dresmendiantspov/r y tenir ses chat pitres et y loger son général! »

Contuiués pendant quel jue temps sous Louis XV, les travaux furent abandonnés jusqu'en 1804, où ils furent repris avec une grande activité par ordre de Napoléon 1er.

Abandonnés de nouveau en 1815, ils restèrent à l'état de ruine pendant les règnes de Louis XVIII, de Charles X et de Louis Philippe. Il était réservé à Napoléon III d'achever ce Louvre toujours à l'état de projet depuis trois siècles.

Après la révolution de février 1 848, sous la date du 24 mars, le gouvernement provisoire rendit deux décrets dans ce sens.

Le premier de ces décrets posa le principe de l'achèvement du Louvre et ordonna que la bibliothèque nationale y serait transportée. Il décida les questions relatives aux expositions périodiques, ainsi qu'au prolongement de la rue de Rivoli et à des dispositions qui n'étaient pas susceptibles d'application actuelle.

Le second décret instituait une forme sommaire d'expropriation.

Conformément à ces décrets, le ministre des travaux publics fit commencer l'estimation des maisons à démolir. La prepaialiou des plans ne fut pas négligée. Il existait une série de projets dont l'application était facilitée par un trace comparatif déj osé aux archives de l'Assemlée. L'administration chercha les movens

de réunir les avantages des études entreprises à diverse? époques. Un arrêté ministériel, en date du 25 juillet 4 8 i8, chargea deux architectes du gouvernement, MjI. Visconti et Trelat, derétudedes projets.

Les plans qu'ils présentèrent au comité des bâtiments civils furent agréés; mais l'embarras des finances, le défaut de ressources les firent laisser à l'état de projet.

On les reprit en 1832.

Le 12 mars, la réunion du palais du Louvre et des Tuileries, depuis si longtemps projetée, fut décrétée ainsi qu'il suit :

«c Considérant que la réunion du palais du Louvre à celui des Tuileries, commencée sous le règne de Louis XIV et continuée par l'empereur Napoléon, est une œuvre nationale qu'il importe d'achever;

« Que les abords de ces monuments et la place du Carrousel sont déjà presque entièrement dégagés, et que rien ne s'oppose à la continuation de l'aile septentrionale des Tuileries qui joindra ce palais au Louvre ;

« Considérant que le plan projeté offre l'avantage de réunir dans la même enceinte, indépendamment d'un local destiné aux expositions annuelles de peinture, plusieurs des auxiliaires essentiels du pouvoir, les ministères de l'intérieur et de la police générale, les télégraphes, l'imprimerie nationale et des forces militaires suffisantes;

« Décrète :

« Les palais du Louvre et des Tuileries seront réunis. »

En exécution de ce décret du 1 2 mars 1832, le 7 juin eut lieu l'adjudication publique des travaux de maçonnerie, et le 23 juillet suivant eut lieu la pose de la première pierre de la grande galerie qui devait achever de relier les Tuileries au Louvre.

La médaille commémorative contenait la mention suivante :

« L'an 1832, le prince Louis-Na poléon étant président de la République française^ la première \yierrc pour l' achèvement du Louvre et sa jonction aux Tuileries a été posée par M. le comte Xavier de Casabianca, ministre d'Etat. M. Visconti, architecte.

Uce médaille d'un fort beau module

consacra cette cérémoni'?. Elle représentait d'un cùté l'effigie du prince-président, et de l'autr^ elle coQtena.t c?tte inscription :

Achèvement

des TiUleries

et du Louvre

pose

de la première pierre

^b Juillet

Quatre aùs après le nouveau Louvre, débarrassé de tous ses écbafauda.nes, put se montrer dans tout son majestueux ensemble. Le 1o aoiit ^857, le même prince Louis-Napoléon, alors empereurdesFrançais sous le nom de Napoléon III, en fît l'inauguration en grande pompe et au milieu d'une cour brillante par le discours suivant, dans lequel montrant les souverains du moyen âge s'entourant de forteresses, tandis que ceux d'aujourd'hui se gardent par des chefs-d'œuvre, il célébra la supériorité de la civilisation et des arts sur la force.

« Messieurs, dit-il, je me félicite avec c vous de l'achèvement du Louvre. Je me « félicitesurtout des causes qui l'ont rendu a possible. Ce sont, en effet, la stabilité « rétablie et la prospérité croissante du « pays qui m'ont permis de terminer cette « œuvre nationale. Je l'appelle ainsi puis- « que tous les gouvernements qui se sont « succédé ont tenu à honneur de finir la « demeure royale commencée par Fran- « cois pr, embellie par Henri II.

c D'où vient cette persévérance et même « cette popularité pour l'exécution d'un « palais? C'est que le carac'ère d'un p3u- « pie se reflète dans ses institutions comme « dans ses mœurs, dans les faits qui l'en- « thousiasment comme dans les monu-

« rem liaça les créneaux: et les arm3s oar « les proiuils des sciences, d.^s lettres et « des arts.

« Aussi l'histoire dei monuments a- « t-elle sa philosophie co nme l'histoire « des fiits.

« De 'même qu'il est remarquable qae, « sous la première révolution, le comité de « Salut oublie ait continué à son insu « l'œuvre de Louis XI, de Rich'^-'ieu, de « Louis XIV, en portant le dernier coup « à la féodalité, et en poursuivant le sys- « tème d'unité et de centralisation, but a cons'ant delà monarchie; de même n'y « a-t-il pas un grand enseignement à voir « pour le Louvre, la pen~ée d'Henri ÎV, c de Louis XIII, de Louis Xl'\\ de « Louis XV, de Louis XVI, de Ni )aléon, « adoptée par le pouvoir éahérnère de « 1848? -

« L'un des premiers actes, en effet, du « Gouvernement provisoire fut de décréter « rachèvement du palais de no-; rois. Tant « il est vrai qu'une nation puise dans ses c antécédents, comme un individu dans « son éducation, des idées que les passions a du momentané parviennent pas à dé- « truire, lorsqu'une impulsion morale est « la conséquence de l'état social d'uQ « p3ys, elle se transmet à tnvers les slè- « clés et les formes diverses de gouverne- « ment jusqu'à ce qu'elle af teigne là but « proposé.

« Ainsi l'achèvement du Louvre n'est « pas le caprice d'un moment, c'est la réa- ". lisation d'un plan conçu pour la gloire « et soutenu par l'instinct du pays pen- « dant plus de trois cents ans. »

Voici maintenant quelques détails et quelques chiffres sur ce spleniide monu» ment national.

La réunion des Tuileries au Louvre comprenait sur la rue de Rivoli le pavillon de

ments qui deviennent l'objet de son 1 Rohan; le pavillon du milieu sur la place

intérêt principal. Or la Fracce monarchique depuis tant desiècles, qui voyait sans cesse dans le pouvoir central le représentant de sa grandeur et de sa nationalité, voulait que la demeure du souverain fût digne du pays, et le raeil-

du Paiais-Royai; le pavillon d'angle sur rancienne pface de l'Oratoire; les bâtiments qui relient ensemble ces divers pavillons; deux immenses avant-corps à l'intérieur de la place du Carrousel et deux squares plantés d'arbres pour cacher le dé-

leur moyen de repondre à ce sentiment i faut de parallélisme entre le pavillon du

était d'entourer cette demeure des chefs d'œuvre divers de l'intelligence humaine.

« Au moyen âge le roi habitait une for teresse hérissée de moyens de défense Bientôt le progrès de la civilisation I

milieu du vieux Louvre et celui des Tuileries; l'abaissement et le nivellement de la place du Carrousel; et enfin l'appropriation, l'ornementation, la décoration de cet immense ensemble de travaux.

Les grosses constructions ont nécessité :

224 nrsToiRE

295,000 mètres cubes de foailles et déblais ;

4,000 mètres cubes de béton;

47,000 mètres cubes de pierres, moellons, meulières, granit.

1,230 mètres cubes de briques;

85,000 mètres superficiels de planchers en poterie;

4,000 mètres superficiels d'ouvrages en piètre;

11, 000 mètres cubes de bois de eharpente ;

8,000 mètres superficiels de couvertures ardoise et zinc ;

250,000 kilogrammes de plomb en tôle.

280,000 kilog. de plomb orné;

3,150,000 kilog. de fer pour combles et planchers ;

94,000 kilpg. de fonte;

8,000 kilo§^. de bronze pour candélabres;

15,000 mètres superficiels de menuiserie;

78,000 mètres superficiels de peinture à l'huile;

3,500 mètres superficiels de vitrerie;

1,700 mètres superficiels«de dallage et bordures en granit;

37,000 mètres superficiels d'enduits en asphalte.

Il y a eu : ^

En 1852, '59,000 journées d'ouvriers.

En 1853, 470,000 —

En 1854, 947,900 —

En 1855, 685,000 —

26 millions 944 mille francs avaient été dépensés.

Les dépenses des ravalements, ornementation, sculptures, peintures, aménagements intérieurs, devaient compléter le chiffre de 50 millions prévus pour l'exécution de ce projet.

La sculpture a eu une part considérable dans les travaux du Louvre. Les bâtiments qui donnent sur le Carrousel et sur la place Napoléon, qui s'étend entre les constructions nouvelles, la place du Carrousel et la façade du vieux Louvre, sont surmontés d'une balustrade et de soixantetrois piédestaux, qui portent" autant de groupes allégoriques , représentant les Sciences, les Arts, l'Agriculture, l'Industrie, le Commerce, les Saisons, etc.

Soixante statues d'hommes illustres, dans la politique, les sciences, la littérature, les arts, décorent une partie de l'appui des galeries du premier étage, et rap-

pellent la plupart au public des noms glorieux pour la France.

Ces statues sont celles de :

Suger, Colbert , Montesquieu , saint Bernard, Abailard, Froissart. La Rochefoucauld, Corneille, La Fontaine, Poussin, Rigaud , Combiche , Bernard Palissy, Coustou, Sully , Turgot, Bossuet, d'Aguesseau, Rabelais, DeThou, La Bruyère, Molière, Voltaire, Lebrun, Androuet Ducerceau , Lemercier , Jean Goujon, Houdon, Richelieu, Matthieu Mole, Vauban, Fénelon, Montaigne, Descartes, Mézerai, Boileau, J.-J. Rousseau, Lesueur, Philibert Delorme , Duperas, Mansard, J. Sarrazin, Mazariu , Ambroise Paré, L'Hôpital, Grégoire de Tours, Bourdaloue, Pascal, Cassini, Malherbe, Racine, Buffon, Pierre Lescot, Philippe de Champagne, Jean Bulland, Perrault, Puget.

Sa façade sur la rue de Rivoli est décorée de huit statues, qui rappellent combien la France aime à consacrer le souvenir de ceux qui ont combattu pour elle : ce sont celles des généraux de la République : Marceau, Hoche, Desaix, Kleher, et celles des maréchaux de l'Empire, Masséna, Soult, Ney, Lannes.

Les frontons, les cariatides, les statues, les groupes et guirlandes qui décorent les nouveaux pavillons, sont l'œuvre de nos principaux sculpteurs.

Les sculptures d'ornementalion des constructions nouvelles, après avoir été modelées par des artistes habiles, ont été exécutées par un grand nombre d'ornemanistes qui avaient fait leurs preuves.

Outre les travaux importants réservés aux peintres dans la décoration intérieure des constructions nouvelles, la sculpture forme à elle seule deux cent soixante et uii morceaux. Jamais l'art, en France, n'avaireçu de tels encouragements à la fois. Les dessins niodelis en sont au nombre de plus de huit cents. Ils ont été reproduits par la photographie, et classés avec ordre. Avec l'aide de la partie graphique, exécutée dans les bureaux des études, ils permettront en tout temps de faire, sur les travaux du Louvre, un ouvrage complet, qui sera du plus haut intcrèt pour l'histoire des arts.

Cent cinquante-cinq artistes ont exécuté les sculptures.

Les deux architectes qui se sont sucadé dans la direction de ces travaux sont MM. Visconti et Le fuel.

Page 1