II. rue Soiifiloi, IS
TABLEAU PHYSIQUE DE 1820 A !8o8
Bien qu'il reste encore à terminer des travai^x intérieurs, on peut dire aujourd'hui qu.' le Louvre est achevé. Malgré les difficultés d'une guerre lointaine, quatre ans ont suffi pour compléter ce mo- Dument splendide, que la France peut contempler avec un légitime orgueil, et auquel, depuis trois siècles, tous les grands règnes avaient mis la main sans pouvoir le terminer.
Aujourd'hui, ce monument, avoc sa grande galerie du midi entièrement restaurée en 18i9-18o0, et défendue, dans toute sa longueur, par une belle grille et un saut de loup ; avec sa gal.rie du. nord toute construit ' a neuf, ses somptueux pavillons, 'ses magnifiques grands corps intérieurs en retour; avec tout son luxe de trophées, d'allégories, de sculptures, de pierres fouillées ; avec ses squares de
TaiuLio
la place Napoléon, ses jnrdins extérieurs en face la Colonnade et en retour jusqu'au vieux Louvre; avec le palais des Tuileries et son jardin, ses places, ses cours, ses constructions, ses squares, ses parterres, embrassant l'emplacement d'une grande ville de deuxième ordre: ce monument, disons-nous, est le plus magnifique monument de l'univers. Les merveilles du vieux monde n'approchaient très certainement pas de celle-là.
Palais et j.uidin des Tuileries. On ferait un gros et curieux livre avec les métamorphoses des Tuileries depuis cinq
V LEYNADIER
transformations depuis
siècles, et ses soixante ans.
En voici le sommaire :
En 1 372, à côté de l'hôpital des Quinze- Vingts, qui était situé là où est aujourd'hui la rue Saint-Honoré, vis-à-vis celle do Richelieu, existaient trois tuileries.
Ces tuileries devaient donner leur nom et leur place au palais actuel.
En 1383, Pierre des Essarts et S4 femme, qui occupaient là une maison nommée la maiso7i des Tuileries, la cédèrent aux Quinze-Vingts, avec un terrain qui en dépendait.
En 1508", Nicolas Neuville de Villeroy y possédait une grande habitation, avec cour et jardin clos de murs. La mère de François l^^, Louise de Savoie, se trouvant incommodée de son palais des Tournelles, ayant résolu de changer d'air, vint habiter la maison de M. de Neuville.
En 1518, sa santé s'étant rétablie dans cet hôtel, François I«r en fit l'acquisition et en fit don à sa mère.
En 1527, Louise de Savoie, s'ennuyant de sa nouvelle habitation, en fit don à Jean Liercourt, maître-d'hôtel du Dauphin, et à Julie Dutroi, son épouse.
En 1563, Henri II, blessé dans un tcRirnoi par le comte de Montgomery, étant mort à l'hôtel des Tournelles, sa veuve, de sinistre mémoire, Catherine de Médicis, fit l'acquisiticD de la liaison des Tuileries, d'un grand terrain appartenant à l'hôpital des Quinze-Vingts, et)vironna les jardins d'un mur, et chargea Philibert Delorme de la construction de son nouveau palais. Il consista en un bâtiment, avec un pavillon au centre et deux aux extrémités. Un rez-de-chaussée, un premier étage, un pavillon du milieu, couvert d'une coupole, et dans lequel. fut bùti le grand escalier, composaient ces constiuctions.
Les troubles du règne d'Henri III ne permirent pas de les continuer.
Henri IV termina le palais. Il fit ajouter au plan de Delorme, et sur le même alignement, deux autres corps de logis avec deux grands pavillons, et vers l'an 1600 on ajouta la galerie qui du côté de la rivière joint les Tuileries au Louvre.
Sous le règLe de Louis XIII, l'architecte Cerceau, chargé de terminer les deux nouveaux corps de logis et les deux grands pavillons, en changea la décoration primitive.
Dus défau! s d'ensemble et de proportion résultèrent de la réunion de bâtiments de styles différents. Louis XIV, choqué de ces disparates, voulut les dissimuler et mettre de l'accord entre ces cinq parties. L'architecte Leveau fut chargé de cette restaurai ion.
Louis XIV ayant abandonné cette habitation pour aller résider à Saint-Germain et puis à Versailles, le palais des Tuileries resta inoccupé jusqu'en 1789.
Le 6 oci obre delà mêmeannée,LouisXVI, arraché de Versailles par le peuple de Paris, vint l'occuper.
Le 20 juin 1792 le peuple l'envahit, et le 10 août suivant il l'ensanglanta.
En 1793 il y pénétra un-- seconde fois le fer a la main. Louis XVI en sortit pour se rendre avec sa famille au milieu de l'Assemblée. Il n V rentra nl's.
Sous la République de 1793, les Tuileries prirent le nom de Palais-National^ la Convention y tint ses .-éances.
Sous le Directoire le conseil des Anciens y remplaça la Convention.
Sous le Consulat et l'Empire, ce palais fut l'habitation de Napoléon I^r, et ses salles servirent d'antichambre à tous les rois du continent qui vinrent y encenser le conquérant de l'Europe.
A cette époque Napoléon contribua plus que tout autre à donner aux Tuileries un aspect nouveau, en le dégageant des constructions dites du Manège^ en l'embellissant de celte jolie terrasse des Feuillants, le plus bel ornement du jardin, en faisant fermer sa cour d'une grille ot en décorant l'entrée de l'arc de triomphe, couronné par le beau quadrille des chevaux de Venise.
Sous la Restauration les Bourbons y fixèrent leur demeure.
Louis-Philippe s'y établit après eux: il y fit faire de grands travaux, fit construire une lourde galerie en pierre à la place d'une des anciennes terrasses et défigura l'œuvre de Lenôtre par ces petits jardins qu'on a tant critiqués et qui se terminent par des sauts de loup.
En 1848, le Goavernemeni provi.soire, pour sauver ce beau palais d'une destruction complète, le convertit en hospice pour les blessés civils des journées de février, et le destina à être un hôtel des Invalides civils.
En 1852, Napoléon III termina cette magnifique résidence par le nivellement de la cour du palais, de la place du Carrousel, et en joignant les Tuileries au palais du Louvre par de grands et splendides travaux.
Ceci n'est qu'une part des embellissements destines à ce palais. Daf rès des pians dressés et approuvés, il aurait à. subir sous peu une véritable transforn:ation.
Le pavillon de Flore et la partie de la galerie dite du bord de l'euu, et ([ui est comprise entre le paviliou de Flore et le guichet de la grille du Gariouscl, seront reconstruits.
Enfin daus la cour des Tuileries doivect être construits deux corps de bàtimenls. analogues à ceux de la place Napoléon III au Louvre. Ils partiront du pav:i!on du palais dit de Jeau Bulland , viendront, à druite et à gauche, ju>quau|)iès de la griile du Carrousel, et retournant à aDLles droits, gagneront au nord l'aile de la rue de Rivoli, et au midi celle du bord de l'eau. Ce sera ercore un moven de masquer le défaut de parallélisme dés deux plans.
Quant au jardin des Tuileries, d'après ces nouveaux plans la transformation sera compètc; on va en juger.
Les terrasses du bord de l'eau, des Feuillants et delà rue de Rivoli dispaniîtront. Une large avenue ouverte dans la traversée du massif, dans i'cxe de la place Vendôme et de la rue Castiglione, aboutira au quai. Au nord et au midi de cette avenue s'élèveront deux beJ/es erilles d'entrée, et, eu face, un pont en fer" pour les piétons comme le pont des Arts, pour communiquer directement avec le faubourg Saint-Germain.
Dix mille becsdegaz distribués danstnutesks parties de ce jardin l'éclaireront le soir a giorno. De nombreux ouvrages d'art seront ajoutés à ceux qu'on y voit ; *ous les sièges seront renouvelés e't aug-
entés de nouveaux.
En 1564, lorsque Catherine de Médicis vait fait élever ce pala s des Tuileries. ;. 1665 lorsque Loiiis XIV eu fit dessiner
jardin, ils étaient loin de prévoir qu'iis usaient les fondements de l'arène où des : i)ris de trônes et de dvnasties allaient re périodiquement jetts aux quatre vents par le souffle de la colère populaire. C'est en effet dans ce palais bâti par ts rois et pour des rois que se sont sancrnnées toutesles vie oiresdu peuple. uu', depuis le 10 août 1793 jusqu'au 28 'fevner 1848, oi.t mis aux prises le peuple et la royauté.
Rie de Rivoli. La première idée du percement d'une voie paroUeie a la Seine, et rtrhant la barrière de l'Etoiie a celle du Trône, remonte à l'an x. La portion de cette voie comprise entre l'hôtel de la Manne et la rue de l'Echelle fut alors inau-
gurée par une décision législative rendue sur la proposition des consuls, et qui autorisait 1 aliénation des terrains longeant la terrasse des Feuillants.
En frimaire an xi, deux architectes,
MM. Percier et Fontaine, furent charges d- dresser un plan de constructions uniformes à élever sur la nouvelle rue. Un décret du premier Consul du 30 pluviôse an XII approuva ce plan, et la mise en vente des terrains bordant la nouvelle voie publique' fut ordonnée.
Les reconstructions avançaient très lentement. Dans le but de l'es activer, le 1 1 janvier 18 H, Napoléon, alorsemnereur, rendit un décret qui dispensait p ndant trente ans les constri;ctions du iement de l'impôt foncier, et de celui des portes et fenêires.
Sous le règne de Louis-Philippe, celte partie de la rue de Rivoli fut achevée.
Sous !e Gouvernement provisoire de 1 8 48^ la question du prolongement de cette grande artère fut sérieusement mise sur le tapis : mais ce ne fut, on l'a vu, que sous l'administration de Louis-Napoléon, et puis Napoléon III, que ce projet fut définitivement repris et exécute. Aujourd'hui, cette magnifique voie est terminée dans presque tout son- parcours depuis le Louvre jusqu'à l'ancienne fontaine de Birague, où elle s'embranche dans la rue Saint-Auioine.
On ne saurait se faire une idée des immenses démolitions que nécessita le percement de cette rue et de ses accessoires; Une partie du vieux Paris fut démolie.
Avec ce vieux Paris qui disparaissait ainsi pièce à pièce, disparurent aussi des rues, des maisons où étaient écrits les grands souvenirs et les histoires du passé, des scènes presque oubliées des plus terribles drames de nos annales. Au front des cathédrales, le long de ces aiguilles à perte de %ue, dans ces riches et "profondes ciselures, était empreinte la vie des temps, annales de pierre qui avaient vu successivement défiler les hommes et les choses d'autrefois.