‹ Histoire de ParisChapitre 210 sur 261 · BOULEVARD SÉBASTOPOL. — AVENUE VIC- TORIA. — BOULEVARD SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

BOULEVARD SÉBASTOPOL. — AVENUE VIC- TORIA. — BOULEVARD SAINT-GERMAIN

— MALiZSHEKBES.— BOURDON - M \2AS.

— SAINT-MARCEL. — BOULEVARD DD TRÔNE.— RESEAU GÉ?(ÉRAL DES COMMU- NICATIONS POUR LA RIVE GAUCHE.

Boulevard Sébastopol. Sur le parcours de la rue de Rivoli, à ses abords et aux grandes voies qui lui servent d'afflijeuis. a ete faite fa majeure partie des demoUtions.

g53 liîSTOînE

Le percement du boulevard Sébastopol qui doit couper Paris du nord au sud, du dtbarcndère du chemin de fer de Slrasbour? à l'Observatoire, a nécessité ia démolition en tout ou en partie de 26 rues, ^() sur la rive droite, 10 sur la rive gauche. Celles qui a voisinaient les deux rives de la Seine étaient de ces rues sales et sombres du vieux Paris, où l'antique ville vivait en entier dans les souvenirs, réseau serré, enchevêtré, dédale inextricable au milieu duquel l'air et le jour avaient peine à se frayer un passage.

C'étaient sur la rive droite :

La rue du Petit-Marivaux, qui portait au XYi« siècle le nom de rue des Pr^- ^r^5 parce que ceux de Saint-Jacques-la- Boucherie l'habitaient;

La rue des écrivains, dont le nom rappelait Nicolas Flamel et Pernelle sa femme, deux noms du passé que celui d'une rue nouvelle rappelle maintenant seul aux souvenirs;

La rue de la Vieille-Monnaie qu'avait brutalement écornée déjà la rue de Rivoli et qui avait porté plus tard le nom de rue de la Passementene;

La rue des Lomhards, qui au xiie siècle prit son nom de banquiers italiens qui >?inrent s'y établir, et où en 1 1 69 se tenait le jjois du roi, c'est-à-dire les étalons matrices, poids et mesures en usage dans la ville de Paris et que Louis le Gros mit le premier en ferme;

La rue Quincam2)oiû),qm fut la Bourse au temps de la Régence, le coupe-gorge qu'établit Law, le tripot financier le plus infâme qu'ait jamais ouvert l'impudence à l'avidité et à la rapacité humaines;

La rue de la Meynie, primitivement rue Trousse-Vache,o\x est né le plus infatigable vaudevilliste de notre temps, Eugène Scribe;

La rue des Cinq-Diamants, jadis la rue de la Courarie, où était né et où mourut Chapelain pour n'avoir pas voulu payer deux ■ lards à un laquais qui tenait une planche qu'il lui fallait passer pour se rendre à l'Académie. C'était en ettet dans cette rue malproi re et sale que siégeait parfois l'Académie au temps où elle n'avait pas encoie de demeure fixe ;

La rue Aubry-le-Boucher,\d.vuQ aux Ours qui devait son nom aux oies {oues en vieux langage) qu'on y faisait rôtir alors en quantité et qui faisaient les délices de nos pères j

DK PARIS

Les rues Bovrg-VAhbé, du Grand- Hurleur, Greiiéiat et autres qui perdent de leur importance hb^toriquc, au fur et à mesure qu'elles s'éloignent de la Seine, antique centre où a vécu le vieux Paris.

Sur la rive gauche, à partir de la place du pont Saint-Michel où s'ouvre la deuxième grande section du boulevard Sébastopol, nous retrou\ons le vieux Paris avec son antique physionomie.

La place et la rue Saint-André des- Arts ou plutôt des Arcs, où était une église bâtie au commencement del'an 1000 à la place d'un ancien oratoire sous le vocable de Saint-Andéal;

A droite, la rue de Y Hirondelle, où était l'ancien hôtel de la duchesse d'Etampes, qui communiquait avec le petit palais que François I^r avait fait bâtir au coin de la rue Gît-le-Cœur et de la rue du Hurepois. Le salon d'apparat de François ler'est aujourd'hui une écurie, et le boudoir de la duchesse d'Etampes quelque chose de pis.

A l'est de la place, était une petite rue qui vient de disparaître et qui a eu sa célébrité d'un autre genre : c'était la rue de la Huchette, qui faisait partie des dépendiinces de l'antiqueabbaye de Saint-Germaindes-Prés. Son nom lui venait d'une ancienne enseigne de cabaret. On l'appelait aussi rue des Rôtisseurs. « Les « Turcs, dit Mercier, dans son Tableau « de Paris, qui vinrent à la suite du « dernier ambassadeur ottoman, ne trou- « vèrent rien de plus agréable dans tout « Paris que la rue de ia Huchette, à rai- « son des boutiques des rôtisseurs et de « la fumée succulente qui sen exhalait. « Ou dit que les Limousins y viennent « manger leur pain à l'odeur du rôt. C'est « peu substantiel, mais c'est appétissant. « A toute heure du jour, on y trouve des « volaillescuites au tourne-broche éternel, « qui ressemble a la roued'Ixion. >

L^svuQ?> Percée, Serpente, des Deicx- PorteSy Saint-Severin, Pierre-Sarrasin, des Mathurins et autres, que vient d'absorber en tout ou en partie celte section du boulevard Sébastopol, ont bien aussi leurs intéressantes pages d'histoire, mais le temps nous presse, et l'espace nous manque. Nous mentionnerons cependant un des résultats de cet abattit de rues et de miaisons sur la rive gauche; c'est la réunion du palais des Thermes so

TABLEAU PHYSIQU

da musée de Cluny, ainsi que leur isolement comnian de toutes autres habitations, par la démolition d'une trentaine de maisons rue Saint-Jacques, rue des Mathurins Saint-Jacques et cloître Saint- Benoit. Le curieux palais de Julien, dont on a fait habilement rec-onstruire une par* tie des ruines, se trouve ainsi avoir la façade en alignement avec le boulevard Sebastopol, flanquée au nord par le boulevard Saint-Germain, au sud parla rue des Ecoles.

Pour compléter l'achèvement du boulevard Sébasto.pol, il ne restait, à la fin de l8o7, qu'à démolir quelques maisons près du boulevard Saint7Denis. Il devait être ouvert dans tout son parcours de la rive droite et une partie de la rive gauche, au commencement de 1858.

Boulevard Saint-Germain. — Boulevard Saint-Marcel. — Rue des Eco • LES. Le projet d'établissement de boulevards intérieurs de Paris remonte au commencement du xviiie siècle. Suspendue pendant plus de cinquante ans, cette mesure d'amélioration ne reçut son exécution qu'eu 1760. Un arrêté du conseil du 9 août de la même année ordonna la plantation de deux nouveaux boulevards sur quatre rangées d'arbres, l'un à partir de la butte dite du Mont-Parnasse jusqu'à la rue d'Enfer, l'autre depuis la rue Mouffetard jusqu'à la Seine. Le premier de ces boulevards porte le nom à! Enfer et a .«on côté droit bordé en grande partie par le mur d'enceinte. Le deuxième appelé, boulevard de V Hôpital, doit sa dénomination à l'hôpital de la Salpétrière.

A ces deux boulevards va être joint sur la rive gauche le bovAe^ard Sai'/it Marcel qui n'est encore qu'en état de projet, et le boulerard Sai'/it-Germaùi, en exécution sur une partie de son parcours.

Le boulevard Saint-Germain, partant du quai de la Tournelle, traversera la rue du Carëinal Lemoine, celle des Fossés-Sjint-V'ictor, passera au-dessus du marché aux Veaux, coupera les rues de Poissy, de Pontoise, suivra la rue des Bernardins, supprimera une partie de la rue de Bièvre, celle des Noyers, traversera la rue Saint-Jacques, celle du Foin, à l'extrémité de la juelle il rencontrera le boulevard de Sebastopol à la hauteur du palais des The; mes. Coupant ce boulevard à angles droits, il reprendra son cours à travers les rues des Poitevins, Mignon,

E DE%JS20 A 18.d8 229

du Jardinet, l'impasse du Paon, la rue Larrey et arrivera au carrefour formé par les rues de l'Ecole-de-Médecine et de l'Ancienne-Comédie. De là il aboutira à la place Sainte-Marguerite en face de la rue du Four, qui sera élargie et portée à It mètres dans tout son parcours.

Le boulevard Saint-}farcel continuera le boulevard du Mont-Parnasae jusqu'à la rencontre du boulevard de l'Hôpital, eh face du chemin de fer d'O.^léans.

Le tracé de cette voie publique e-t celuici : Partant du carrefour de l'Observatoire, il prend en passant environ un mette sur le jardin de la maison d'accouch?rLient; mais il emporte toutes les habitations de la rue de Port-Royal, traverse la rue du Faubourg-Saint-Jacques, le champ et marché des Capucins, longe les murs du jardin du Val-de-Gràce qui lui ser\ent de limite au nord, absorbe au-delà toute la rue des Bourguignons, traverse la rue de Lourcine et la rue Pascal, et franchit la rivière de Bièvre pour arriver enfin à la rue Mouffetard par les rues des Trois-Couronnes et Pierre-Lombard.

A partir de la rue Mouffetard il fléchit à gauche^ supprime sur son passage la place de la Collégiale, une partie de la rue des Francs-Bourgeois-Saint-Marcel, traverse les rues du Coudrier et du Marché-aux-chevaux, ne laisse au marché qu'une f.\ible partie de son emplacement et vient aboutir boulevard de l'Hôpital, sur le promenoir de la Vieillesse-femmes, en face la gare du chemin de fer d'Orléans.

La rue des Ecoles entre ces deux boulevards est destinée à relier l'Ecole de Médecine, la Sorbonue.lecollégede France et le Jardin des Plantes. Elle est déjà ouverte en partie et forme une des quatre grandes voies ouvertes sur la rive gaucha pour compléter le système d'améliorations projeté pour ce quartier.

Pour le complément de ce réseau gé^ néral il est d'autres projets à l'étude, mais rien n'est encore arrêté d'une manière définitive.

Boulevard ou avenue Victorla. De la place de THôtel-dc-Ville a cvlle du Chàtelet, tout l'amas d'immondes ruelles qui formaient ce quartier a été jeté à bas. L'avenue Victoria et les hôtels spKn- \ dides qui vont la border, le magnifique ! square au milieu duquel se dresse lavieiHe

tour Saint-Jacques-la-Boucherie; la place du Chàlelct agrandie et avec sa façade monu/Lcntale de la chambre des notaires; le quai de Gèvres totalement rebâti à neuf, le boulevard de Sébastopol qui vient déboucher là pour continuer à travers la Cité son parcours sur la rive gauche, viennent de faire disparaître les dernières tiaces d'un quartier témoin de bien de mit-ères, de bien de bruit et de bien de joies du vieux Paris.

Là, d'une part, était l'ancien Châtelet avec ses quinze horribles geôles, dont le nom est resté comme un épouvantail et une accusation permanente contre ce temps de barbarie qu'on ose encore appeler le bon tieux temps : ces geôles étaient les Chaînes, la Boucherie, la Griesche, la Motte, la Salle, Beauvoir, Barbarie et Gloriette.

Dans ces huit geôles qui étaient les moins terribles on pouvait, moyennant deux deniers par place, se coucher, sinon dormir. Les sept autres, où l'on avait à peine assez de place pour s'accroupir, se nommaient : Y Èoitre-denx-huis , le Berseuil {herceaii)M Courdaine, la Fosse et la Fin-d'aise, horrible et affreuse ironie digne des bourreaux du temps.

Tout autour de ce réceptacle de misées et de souffrances, étaient la boucherie du Châtelet et un vasle marché « où, redit un auteur de l'époque, vendait-on « fruits et herbes, et aussi y faisait-on « tout l'an, chapeaux de diverses fleurs et « de verdeurs, et dans des bouticles d'em- « près (bovAiques d'auprès) de la joail- « lerie et de la brocante de toute sorte. »

Là ont été succ?ssivement les rues de [ la Vieille-Place-aux-Veaux , de la Tue- \ rie, de VEcorcherie, de la Triperie, i du Pied-d'-Bœuf, de la Tannerie, de la Mégisserie^ Pierre-à-Poisson, de la Poulaillerie, de la Vieille- Laoïteroie, de la Saunerie, et autres dont les noms seuls indiquent la destination.

C'était là aussi qu'à partir du cimetière Saint-Jean, étaient les plus îameuxcQhaiTQ{s6e?aTls \\e Mouton-Blanc, où s'était si souvent grisé Saint-Amant j et où Racine composa une grande partie de sa comédie des Plaideurs; la Croix- Bluncle, où s'enivrait de préférence Chapelle; le Veaii-qui-Tette et le Fra?ic- Pineaîo\)Tes de la rue de la Vieille-Lanetrne, où s'est pendu Gérard de Nerval.

De tout cela il ne reste rien aujour-

DE PARTS

d'hui, et à la vue du magnifique quartier qui a remplacé C€s immondes rues, on a quelque peine à se rendre compte d'une si féerique transformation.

Boulevard Malesherbes. Ce boulevard, qui doit ouvrir une grande atèie du boulevard de la Madeleine à la barrière Monceau, n'a eu qu'un commencement d'exécution.

Partant de la Madeleine à la jonction des rues de la Madeleine, de Suresne et de Y Arcade, il entame la rue de la V'illel'Evêque, coupe en deux la rue d'^;?/ow, va joindre la rue Ramfort en traversant la rue Latoisier, coupe la rue de la Pépinière, laisse à droite la caserne de ce nom, traverse la place Lavoisier, s'enfourche dans la rue Malesherbes qu'il absorbe presque en entier en ébréchant à droite et à gauche les rues de la Bienfaisance, de Lisbonne, de Madrid, de Hambourg, et aboutit à la barrière Monceau en laissant le parc à gauche.

Voici par quelles modification^ successives avait passé le plan primitif de ce boulevard.

Le 19 pluviôse an vu, Lucien Bonaparte, ministre de l'intérieur, approuva le projet de la formation de ce boulevard.

Un décret impérial du 40 septembre -i 1808 en décréta l'établissement.

Par une décision ministérielle de 1819, ce boulevard en projet prit le nom de Malesherbes.

Deux ordonnances rovales, l'une du 22 juin 1821, l'autre du 2 septembre 1829, confirmèrent cette dénomination.

Enfin, en 1852, Louis-Napoléon, président de la République, ordonna la continuation de ce boalevaid d'après le plan grandiosedu décret du 10 septembre 1808,

Boulevard Mazas. La même année 4832 vit l'achèvement du boulevard Mazas, destiné à relier le pont d'Austerlitz à la barrière du Trône.

Ce projet , successivement repris et abandonné sous la Restauration et pendant le gouvernement de Juillet, datait du premier empire et de la Restauration. Un décret de l'empereur, du H février 1S06, ordonnait la création d'une place située vis-à-vis le Jardin des Plantes, sous le nom de place- J/<ï2fl5, en mémoire du colonel de ce nom, tué à la tête du 1 4e régiment d'infanterie de ligne à la bitaille d'Austerlitz. Ce décret, n'ayant pas reçu son exécution en 1814, une ordounanc»

TABLEAU PHYSIQUE DE 1820 A l8o8

rovale outorisa le percement de cette nouvelle voie publique, sous le nom de boulevard Mazas, qui ne devait être exécute que trente-huit ans ap-ès.

Boulevard Bourdon. A l'exemple du boulevard Miiza?, qui porte le nom du colonel du 1 je régiment d'infanterie de lisrne tué à Au?terliiz, le boulevard Bourdon porte celui du colonel du 1 1* réaiment de dragons, tué à la grande Armée. Il n'a été exécuté aussi, dans tout son parcours, qu'en 1852. C'est là où. la dernière semaine de carême, se tient la foire aux Jambons.

Boulevard du Trône. Un autre boulevard, le boulevard du Trône, encore en projet, pour ouvrir une voie entre le bou ■ îevard du Temple et la barrière du Trône, devait transformer heureusement une partie du quartier du Temple, de Popincourt et du faubourg Saint- Antoine.

L'exécution de cette grande artère devait suivre immédiatement l'achèvement du boukvard de Sebastopol, dont le dernier tronçon, entre la place du Chàteiet et le boulevard Saint-Denis, devait être ouvert dans les premiers mois de 1858.

PLACES DU PALAIS-ROTAL, DE SAINT-GER- MAIN-LAUXERROIS, BU CHATELET. — SQUARES DE SALN'T- JACQUES-LA- BOU- CHERIE, DU TEMPLE. — HALLES CEN- TRALES.

Dans ce grand percement ^e voies de communication, de vastes places ont été ménagées, d'autres entièrement remaniées.

Parmi ces dernières sont celles du Palais- Roy al, à^ Saint Germai7i-l'Auxe7'rois, du Châtelet, du Marché ■Sai7it -Jean et diQVHotel-de-Ville.

La place du Palais-Royal, entièrement refaite , a été considérablement agrandie par la démolition de toutes les petites rues qui en cbslruaieut les abords, et aujourdhui eile forme un vaste carré, ayant, sur ses deux côtés, deux rangs darcades en retour des hôtels de la rue de Rivoli ; au sud, la rue de Rivoli et un des plus speniides pavil'ons du Louvre; au nord, le Pal lis-Royal, dont la façade, entièrement dégagée, ne laisse rien perdre des détails de la gracieuse architecture de Lemercier.

La place Sa in t-Germain-V A uxerrois, encore en cours d'exécution, a ete foimee par la demolitrion de treize maisons, quai

de VEcole, rue Jean-Tison, rue des Fossés:- d ''S - Prêt^'es et de l'ancienne place Saint-Germain , les rues Chilpéric et du Demi-Soint, les impasses de la Treille et de Sourdis. Ou a également démoli toutes les maisons de ki phice du Louvre, en face de la Colonnade. La ' vieille église Saint-Germain-l'Auxerrois, f dont le porche si artistique a été entièrement restauré après 1830, va se trouver ainsi complètement isolée et flanquée de nouvel es constructions, élevées sur un plan régulier.

Sur fa place du Châtelet, qui forme un magnifique carrefour où aboutissent le Pont-au-Change, le quai de Gèvres, l'avenue Victoria, la rue Saint-Denis, le boulevard de Sébastopol, etc., on \oit le bel hôtel de la Compagnie des Notaires, d'une architecture sévère. Il a la forme d'un trapèze, dont le sommet regarde la place du Chàtflet et dont les deux côtés s'allongent sur la rue Saint-Denis et sur le boulevard Sébastopol. Sur les tables de pierre, entre les colonnes, on a gravé l'indication des quatre actes souverains qui ont constitué les droits de l'org-anisme du notariat : les capttulaires de Charlemagne, en 805 : l'édit de Louis IX, en 1270 ; l'ordonnance de François I^f, en 1559, et la loi du 25 ventôse an xi.

A l'est, on voit le square de Saint- Jacqv.es-la-Boucherie, dont la vieille tour, au milieu de ce quartier entièrement renouvelé, se dresse, comme un géant d'un autre âse, dans toute sa sombre et majestueuse hauteur.

Cette tour a sa curieuse page du passé.

En 954. sous le règne de Clolaire I^^ au lieu où est cette tour, existait une chapelle, dédiée à sainte .4.nne. En 1119, une église paroissiale, sous l'invocation de saint'jacques, remplaça cette chape. le.

En 1240, cette église fut rebâtie, et, en 1520. fut élevée'la haute et belle tour iso.ée, seul reste de l'église de 1240.

Sur l'emplacement de ces trois églises, dont la dernière fut démolie pendant la Révolution, en 1824, on inaugura un marché au linge et aux habits. En 1852, la rue de Rivoli devant traverser cet ancien emplacement, et le nivellement conduisant a baisser le sol de plusieurs mètres, le déplacement considérable des terres nécessité par ces nouveaux travaux a amené de curieuses découvertes archéologiques, et, entre autres, un petit caveau,

que l'on considère comme la sépulture du wmeux Nicolas Flamel. On sait que cet homme célèbre n'était qu'un simple écrivain public, qui avait, à ce qu'il dit, trouvé la pierre philosophale. Ayant amassé de grandes richesses dont on ne connaissait pas la source, il aurait probablement été briîlé comme sorcier, s'il n'eût eu l'heureuse idée de doter richement plusieurs églises, et entre autres l'église Saint-Jacs^ues-la-Boucherie, sur le portail de laquelle était sa statue et celle de Per- Delle, sa femme. Les légendes le font encore vivant, errant çà et là, à peu près comme le Juif-Errant. Si cela est, et s'il avait occasion de passer à Paris, il aurait quelque peine à reconnaître le lieu de son ancienne habitation.

La tour, qui subsiste encore, et qu'on a isolée au milieu du vaste square qui décore la rue de Rivoli, a o2 mètres de hauteur.

Par suite de la vente de l'église, en l'an IV, cette tour était devenue une propriété particulière. Le 27 août 1836, la ville la racheta 250,000 francs. En 1854, on entreprit de grands travaux de restauration pour assurer la conservation de ce beau monument, l'un de ceux qui frappent le plus l'imagination par son isolement, la hardiesse de ses formes et l'originalité de ses détails.

La réparation de ce vieux débris des siècles pgcssés est complètement terminée. On y entre de deux côtés par des escaliers à pilastres. Sous le porche est la statue de Pascal, en souvenir des expériences qu'il y fit sur la gravitation. On aurait pu mieux choisir, non pour le mérite de l'homme, mais pour l'appropriation du monument. Au sommet figure la statue de saint Jacques, avec les animaux des évangélistes, semblables à ceux qui autrefois y existaient comme gouttières. Elle est entourée d'un jardin, divisé en allées, en plates-bandes, en pelouses, en massifs d'arbres. Le tout, allées, plates-bandes, pelouses, massifs d'arbres, venus là comme par enchantement en quelques jours sur l'emplacement du vieux marché Saint- Jacques, de la ruo des Arcis, de la place du Chevalier-du-Guet, avec ses si boueux tenants et aboutissants, est clôturé d'une éîé gante grille. ;

Puis, diins la continuation de la rue de Rvoli, viennent la place de XHôiel-de- Ville et du marché Saint- Jean, l'une

et l'autre complètement remaniées, et où il n'existe. plus rien du vieux Paris.

Square du Temple. Parmi ces places nouvelles, il en est une qui ne tient pas au système d'embellissement des affluents de la rue de Rivoli, et qui mérite néanmoins d'être mentionnée : c'est la palace ou square du Temple, tracée sur le terrain du couvent des Bénédictines de l'Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement.

Ce couvent était lui-môme construit sur l'emplacement de l'ancien palais du Temple, concédé, en 4814, par ordonnance de Louis XVIII, à la princesse de Condé, ancienne abbesse de Remiremont.

En 1834, par décision du conseil d'Etat et sur les instances du domaine, les Bénédictines furent dépossédées de ce terrain qui devint propriété domaniale.

L'édilité parisienne resta longtemps indécise sur le parti qu'elle tirerait de ce terrain. Puis à la suite de quelques projets successivement adoptés et rcjctés, comn^e ce quartier manquait totalement de promenade, on arrêta le plan d'une vaste pkice cngazonnée, plantée et qui contribuerait a la fois à l'assainir et à l'embellir.

Le 9 avril 1837, les déblais commencèrent et les travaux furent poussés avec activité.

Cette place ou square forme un carré long bordé à l'ouest par la rue du Teflip!e, à l'est par le lavoir et bains publics fondés par Napoléon III en 1834, au sud par !a rue de Bretagne et au nord par les baraques (fu Temple. Sa longueur au nord et au sud est de 137 mètres; sa largeur a l'est de 68 mètres et à l'ouest de 48 mètres.

L'ensemble forme un jardin anglais de prèsde8;000 mètres dedéveloppemcnt avec bassin, cascade, pelouses plantées d'arbres verts, et un élégant canal sinueux pour l'écoulement- des eaux de la cascade. Au centre à l'extrémité d'une des pelouses est une s'atue. Un engazonnement sinueux et irregulier, coupé dansson pourtour de massifs d'arbres verts, le borde. Le tout est clos d'une grille en fer.

Pour ne pas déparer cette belle promenade qui manquait à ce quartier populeux, les ignobles baraques du Temple disparaîtront et seront remplacées par deux immenses hangars ce des Halles centrales.

Sur toute la longueur de la rue de Bretagne a été ménagé un vaste trottoir pour un marché aux tleurs qui remplacerait

probabIeT;ent alors celui du Ghàteaud'Eau.

Paris compte ainsi une promenade de plus et l'un de ses squares les plus pittoresqu?s.

Ainsi ont disparu les derniers vestiges du Temple, l'un de ces vieux monuments du vieux Paris, sur lequel huit siècles en passant avaient laissé l'empreinte de leurs péripéties et de leurs dramatiques annales.

Nous les rappellerons sommairement conme une vie du pa-^sé qui vient rappeler au présent qu'il sera passé k son tour.

Sur l'emplacement où est aujourd'hui ce square, au xiF siècle, les Templiers se bâtirent une demeure qui, de leur nom, prit celui de Teûijjîe.

C'était une habitation importante et fortifiée, dont l'ensemble et les dépendances se nommèrent peu après la Ville-yeucedu- Temple.

A la fin de ce même xii^ siècle, Philippe-Auguste, partant pour la croisade, ordonna qu'on y déposât ses recenus, services et altérations, comme dans un lieu plus sur que la tour du Louvre.

Au xni^ siècle, Henri, roi d'Angleterre, traversant Paris, préféra la maison du Temple au logement que lui offrit saint Louis dans son palais de la Cité.

Au xive siècle, en 1313, lorsque Philippe le Bel et le pape Clément V furent parvenus a exterminer l'ordre des Templiers pour s'emparer de leurs biens, le Temple, donné à l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, nommé depuis ordre de Malte, devint la maison provinciale du grand prieuré de France.

Au xviii^ siècle, au temps du grandprieur Philippe de Vendôme, le palais du "Temple devint un séjour de plaisirs et de débauches que Ghaulieu a célébré dans ses vers.

Reste de l'anarchie féodale, le Temple, dont l-'onclos était un lieu privilégié, a été aussi le dernier lieu d'asile ouvert aux criminels, aux prévenus politiques, aux débiteurs et aux banqueroutiers.

En nao, lorsque fut supprimé l'ordre de Malte, la tour du Tem.ple fut affectée aux archives. Cette tour, construite au xuie siècle, était un bâtiment carré, l'un des plus solides édifices du royaume, dont les murs avaient trois mètres d'é; aisseur et qui avait une hauteur de 50 mètres, non compris le corabie.

'En 1792, le roi Louis XVI y fut en-

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