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PREMIÈRE RACE

exiguës. J'ai vu d'antiques oratoires dont l'intérieur pouvait à peine contenir lautel et le prêtre; et. si l'on excepte les églises et abbayes les plus richement dotées, et q li se trouvaient solidement bâties, le plus grand nombre de ces édifices pieux n'éiait construit qu'en bois; c'est pourquoi ils devenaient facilement la proie des flammes.

Paris, sous la première race, n'éprouva d'autres changements que ceux qui résultèrent des établissements que je viens de décrire. La Cité, comprise dans l'île qui porte encore ce nom, d-*vail, comme les j autres cites de la Gaule, être protégée par un mur d'enceinte. Il est vraisemblable que vers la fin de la domination romaine ce mui existait.

Enc.ei.nte de la Cité. On a découvert en \Si\) un grand fragment de la muraille de la Cité ; elli' paraît asoir été construite vers la fin du quatrième ou au commencement du cinquième siècle. Son existence, dans les siècles suivants, est atte-tée par

f)lusieurs témoignages authentiques. Dans e diplôme de la fondation de léglis de Saint-Vincent et de Sainte-Croix aujourd'hui Saint-Germain-des-Prés, diplôme de l'an 558, Childebert déclare qu'il a entrepris de bâtir un temple dans Paris, et non loin des murs de la Cité. Cœpit construire (ewpl'.nn in ur'je ParLsiacâ, propè murus Civf/nt's. Il donne à ce temple les moulins situés entre la porte de la Cité et la tour; cum molendinis inttr purtam CirUdtis et turrim posifis (1).

Bertrand, evique du Mans, donne, en l'an 615, à l'église de cette ville une maison qu'avait fait bâtir Eusèbe, et que le roi Clotaire lui avait donnée : cette maison était située dans les murs de la Cité, in(ra inin'os Cirilafis Parisionnn (2j.

Grégoire de Tours dit que Frédegonde, après l'assassinat du roi son époux, >oupçonnée d'en être l'auteur, se réfugia dans la cité de Paris et dans lasile de l'église de cette cité, y transfera ses trésors qu e^le avait cachés "dans l'enceinte des murs, qvos intrà rnurorum sepla concluserat (3).

(i) Diplomata, Charlœ, etc., edilori'jus de Bn-quiguy et La; orte Dutheil, 1. 1, p. 14. (2) Idtm, t. l; p. 104.

(3' Gre.j. Tar. Uist , lib. 7, cap. 4.

Ainsi voilà une enceinte, des murs, une porte, une tour, qui sont dans la Cité, ?t l'enNironuent.

Le mot t"rrim, employé dans le di

jjlôme de Childebert, présenté isolém.ent, désigne non une des tours engagées dans }es murailles des villes, mais une construction vaste, un chàteaj , une fortel'esse. Cette forteresse était certainement située à l'extrémité occidentale de l'île de la Cité. L'espace oii se trouvaient les moulins donnés par ce roi devait être celui qui existait le long d'une des rives de la Seine, entre une des deux portes de la Cité et la pointe occidentale de l'île où s'élevait la tour de la forteresse.

Il résulte de ces notions que l'île de la Cité était protégée par un mur d'enceinte, qu'une des portes était attenante à ces murs, et par conséquent placée en deçà des ponts, et non au-delà : et, comme les monuments historiques ne font mention que de cette encf^inte de la Cité, il faut en Conclure, malgré les assertions de plusieurs écrivains, que les faubourgs en étaient absolument dépourvus. Les événements que je rapporterai dans la suite appuieront cette conclusion.

L'île de la Cité, moins étendue qu'elle n'est aujourd'hui, était divisée en deux parties par la route qui la traversait, et qui du Petit-Pont allait aboutir au Grand- Pont, depuis appelé Pont-au-Change. Cette route suivait la direction du marché Palud, jusqu'au point où viennent y aboutir les rues Saint-Chri>tophe et de la Calandre. Là, tournant à gauche, elle suivait cette dernière rue, qui, dans un titre du treizième .siècle, est dé.-ignée par ces mots : Route qui du Petit-Pont va à la place Saint- ^ilichel (l). Au bout de cette rue de la Calandre était la place du Commerce, place qui dans la suite reçut le nom de >aint-Michel, à cause d'une chapelle ainsi nommée, bâtie sur cette place, du côté du Palais.

La route ensuite retournait à droite, suivait la direction de Saint-Barlhélemi, <*t aboutissait au Grand-Pont.

A 1 est de cette route étaient l'église cathédrale, la maison de l'église, le bap-

(1) Dans un titre d'échange, du mois d'août 1230, la rue de la ('alandre est ainsi désignée : Via nuâ itur a Parvo Ponlo ad plateam Suncli Mvhaelis. ^Recherches sur Paris, par Juiiiot, t. I, p. 36.)

tistère, l'école, l'hospice des pauvres matriculaires, hospice qui fut l'origine de l'Hôtel-Dieu; enfin l'ensemble des constructions contenues ordinai'-emenl dans l'enceinte épiscopale, qu'alors on nommait Âtr/um.

On arrivait à cette église et aux autre? édifices circonvoisins par la rue de Saint- Christophe, qui s'ouvre sur la rue du marché Palud, et par une ruelle appelée des Sablons, dont l'eiïtrée était proche de l'extrémité septentrionale du Petit -Pont et bordait le bras de la Seine. La ruo Neuve-de-Notre-Dame n'existait pas encore et ne fut ouverte qu'en l'an H64.

Du même côté delà Cité, et sur le bord septentrional de l'île, près de l'emplacement de Saint-Denis de la Chartre, sur une partie de l'emplacement actuel du quai aux Fleurs, était une prison que l'auteur des Gestes du roi Dagobert nomme carcer Glaucini , prison de Glauciu (I). C'est à cause du \oisinage de cette prison que les églises de Saint-Denis et deSaint-Symphorien ont reçu le surnom de la Chartre, qui signifie prison.

Il est vraisemblable que les restes des murs et ceux d'une tour, appelée d'abord tour de Marquefas, puis tour Rolland, appartenaient à cette ancienne prison.

Cette grande- partie de la Cite, située à l'orient de la route, était en outre occupée par des propriétés particulières, par des places, des cases, des maisons. Childebert, dans le diplôme de fondation de l'église de Saint-Vincent et de Sainte- Croix 2), donne à cette église, en o38, différents biens, avec des places et des cases situées dans la cité de Paris. Dans le testament de Bertrand, évèque du ^lans.

on lit qu'il cède à son église une maison située dans les murs de la cité de Paris, maison que Clotaire lui avait donnée, et qu'auparavant Eusèbe avait fait bâtir (3). Saint Eloi obtint du roi Dagobert, vers l'an 635, un espace de teirain assez considérable pour établir le monastère de Saint-Martial.

De l'autre côté de la route, et vers l'extrémité occidentale de l'île de la Cité, sur l'emplacement actuel du Palais, s'élevait une fortification qui, dans u: e charte

(1) Gesta Dagoberti régis, cap. 33.

[•J] Diplomata, Chartœ, editoribus de Breqi.igny et Dutheil, t. î, p 54.

(3 Diplomata, Chartœ, etc., t. I, p. 10 i. Paris. — Ty;)0gr3i.li!e Lacoib, rue Souflicit, 18. ^

que j'ai citée, est qualifiée de tour. Ce mot. dans les temps barbares, comme je l'ai dit, signifiait un château, une citadelle (1;. Sous la domination romaine, cet édifice «lut senir à l'ordre municipal, et sous celle des Francs, à la demeure des rois^ et dos comtes. Dans toutes le> anciennes cUés delà Gaule se trouvait, a a'tte époque, i!!*me ordre de cho?es. Une puil c'ait

sous LA PREMIERE RACE K|

destinée au culte, et l'autre aux. admiul-;trations civiles.

Cette partie occidentale de la Cité contenait encore une vaste place dont je viii< parler.

Place dc Com'.œrce. A l'ouest del;i route que j'ai décrite . entre l'église cathédrale et le château ou Pala'is . se trouvait une vaste place consacrée au coni-

Eglite Saint-Boioit.

mwce; elle était, à Test, limitée par la route qui partait du Petit-Pont , au nord )»ar cette même route , remplacée aujourd'hui par la rue de la Calandre ; à l'ouest par le château et ses dépendances , et au -iid par la rive septentiionale du petit bras de la Seine. Malgré le sentiment «le tous les écrivains qui m'ont précédé, je -\iis suffisamment autorisé ii fixer celte place dans ces limites. Les dénominatloas

(1} Voyez le Glossaire de Duc.Dge, au n.ot F'j ri*.

actuelles ou anciennes des parties qui !a composaient ou l'avoisinaient suffis»?ijt pour attester son existence en cette partie de l'île. La route qui, partant du Pvtll- Pont. s'avance dans cette île jusq'j'j la rue de la Calandre . a toujours pot l> et porte encore le nom de Marché-Palud, nom qui indique une place cootiguë où se tenait le marche, et le surnom Palud prouxe que celte j^artie de la place, situé j sui lu rive de la Seine, était fangeuse ou mar cageuse.

À l'o-îcsl d** celîe roule et de en ni:!r' ; •

est la place du Marché-Neuf , qui portait anciennement le nom de place ou rue de rOrberie. Ce mot Orberie signifie luimême une place (1). Le Marché-Neut est évidemment un reste de la place du Commerce.

La chapelle Saint-Michel , que Philippe le Bel enserra dans une enceinte qu'il fit construire, portait plus anciennement le nom de Saint-Michel-de-la-Place. Cette chapelle était donc située sur une place, comme l'indique son nom ; or. cette place ne peut être que celle qui s'étendait depuis le Palais jusqu'à la route ou rue dite Marché-Palud. De plus, on a vu que la vue de la Calandre était désignée par ces mots : rue qui va du .Petit-Pont à la PLACE Saint-Michel. Ainsi, voilà l'existence de cette place suffisamment démontrée. Quelques faits historiques vont prouver sa destination. .

En l'an 586, un habitant de la Cité de Paris entra, au commencement de la nuit, dans un cellier ; après y avoir pris ce qu'il venait y chercher, il en sortit, et laissa près d'une barrique d'huile la lumière qui i'éclairait. Cette barrique s'enflamma et la flamme dévora la maison. Celte maison était contiguë à la porte méridionale delà Cité. De proche en proche, le feu, favorisé par le vent, se communiqua aux maisons voisines, étendit ses ravages dans toute la largeur de l'île, et ne fut arrêté que par le bras septentrional de la Seine. La prison dont j'ai parlé, située sur le bord de cette rivière et sur l'emplacement du quai aux Fleurs, fut atteinte par les flammes : les prisonniers, profitant du désordre général, s'échappèrent, sortirent de la Cité et vinrent se réfugier dans l'asile de l'église de Saint-Vincent et de Sainte-Croix (Saint- G erm a in-des-Prés) .

L'incendie, commencé à la porte du sud de la Cité, s'était étendu jusqu'à la porte du nord : là était un petit oratoire consti'uit en branches d'arbres,, dédié à saint Martin ; il fut épargné ainsi que les églises et le palais. On voit que le vent, se dirigeant du midi au nord , ne poussait les flammes ni a droite ni à gauche, et qu'elles ne devaient porter leur ravage ni de l'un ni de l'autre côté.

Grégoire de Tours, dont je suis le récit en le dégageant du merveilleux dont il a voulu remi)ellir, dit, en rapportant les pa-

(1) Foyer Ducaiige, au mot Orbusvicus,

rôles d'une femme qui avait prophétisé cet incendie, que les maisons destinées à être brûlées seraient celles de négociants, domos negoiiantiiim. Comme, suivant cet écrivain , la prophétie fut accomplie par l'incendie, il résulte que les maisons des négociants furent brûlées , et que le feu parcourant l'espace q«i se trouve entre la porte méridionale de la Cité et sa porte septentrionale, ces maisons des négociants se trouvaient dans cet espace, et pouvaient border la place du Commerce, qui s'y trouvait aussi.

Le second passage de Grégoire de Tours est plus décisif encore.

En l'an 583, un jour de dimanche, Chilpéric et son épouse Frédégonde entendaient la messe dans l'égli'se sainte ( in ecclesiâ sanctâ), expression qui , dans le langage du temps, signifiait l'église cathédrale. Le comte Leudaste , accusé de divers attentats, s'y rendit, se prosterna, se roula tour à tour aux pieds de ce roi et de cette reine, et , versant des larmes, implora son pardon. Il fut repoussé et chassé de l'église. Dès qu'il en fut sorti (de l'église qui est remplacée par celle de Notre- Dame), il arriva dans la place {in plateam) ; et, sans s'inquiéter du sort qui le menaçait, il parcourut les maisons des marchands {domoarfue negotiantium circumiens)\ il s'informait du prix de divers objets , en marchandait plusieurs.

J'achèterai ceci, cela, disait-il, car il me reste assez d'argent. Pendant qu'il s'occupait ainsi, arrivent subitement les satellites (pueri) de la reine ; ils s'efforcent de le saisir, de le garrotter ; alors il tire son épée, se défend, blesse les uns, irrite lesautres par sa résistance. Les satellites se jettent sur lui les armes à la main , un d'eux lui porte sur la tète un coup d'épée qui lui détache une partie de la peau du crâne. Le comte blessé fuit, et, courant sur le pont de la ville, son pied s'engage entre deux pièces de bois entr' ouvertes ; il se casse une jambe et tombe entre les mains de ceux qui le poursuivent. Leudaste mourut bientôt dans les supplices que la reine lui fît subir, supplices dont je ne parlerai pas.

Il n'est pas possible de placer ces scènes ailleurs que dans l'île de la Cité, dans l'église cathédrale , sur la place où se trouvaient les maisons des négociants, et sur le pont par lequel on pouvait s'évader de cette île. Ainsi tous les doutes disparaissent : il est certain qu'il existait dans la

Cité une place du Commerce, et que celt place n'élait point au dehors :«r l'empla oement des rues de la Huchette et de la Bùcherie , comme l'ont avance plusieurs écrivains qui m'ont précédé , mais entre l'éslise cathédrale et le Palais.

Les négociants avaient besoin d'abriter leurs marcfaaudi>es dans un lieu sûr et fortifié comme l'était l'île de la Cité : ils pavaient fort cher celte protection, comme on le ferra dans la section suivante.

La ville de Paris et ses environs furent, en l'an 583. inondes par le débordement extraordinaire de la Marne et de la Seine: on aliiiit en bateau dans la partie septcntrionaie de Paris . et plusieurs nautraues eurent lieu, dit Grégoire de Tours, entre la Cité et l'église de Saint-Laurent ( I ). Si l'on considère que le sol dans cette partie a été, à diverses reprises, élevé de 12 ii 15 pieds, on trouvera moins elraiiee qu'un débordement ait envahi cet espace.

Paris éprouva, pendimt cette période, plusieurs accidents qui contribuèrent Id ruine des édi' ins: le roi Siue-

bert, en l'an une des poerres

qu'il fit à son n» \- . upéric, entra dans Paris et brûla une srande partie des quartiers de celte ville li).

En l'an :i86,la Ciléfut presque entièrement détruiLe par les flammes, comme il a été dit ci-de^sus. Voici ce que Grecnire de Tours rapporte à propos de cet accident : . On (lisait que cette TÏile avait « anciennement été consacrée . de telle « sorte que les incendies ne pou\ aient y « étendre leurs ravages, ni l^ loirs et les « serpents y paraître. Dernièrement , en « réparant les fondations du pont, et en .« enlevant la boue dont elles étaient rem- « plies, on déctuivrit un loir et un serpent *- de bronze ; dès que ces fiçures forent « enlevées, les loirs et les serpents se mon- « trèrent en grand nombre dans l;i a ille, " et l'on commença à y voir reparaître des « incendies (3).

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