ET DES MEMBRES DE LA COMMISSION MUNICIPALE
Après cette lecture, le préfet remit cette plaque aux architectes qui la placèrent ainsi que les médailles et monnaies réunies à l'avance, dans le coffret que devait contenir la première -pierre.
Celte boîte, dans laquelle on coula ensuite de la cire préservative, fut posée dans le trou pratiqué dans la pierre et scellée d'un couvercle en plomb.
Le président de la République procéda ensuite au scellement des branches d'une croix en bronze, destinée à hxer la boîte plus solidement. Puis il prononça le discours suivant :
Messieurs,
« Voici quarante ans que l'on songe à :« élever un vaste m.onument destiné à « préserver de l'intempérie des saisons « cette classe nombreuse qui souffre jour- < Bellement pour alimenter Pans de ce « qui est nécessaire à son existence. Mais m grâce à la direction éclairée du miuis- « tre de l'intérieur, grâce au concours « énergique du Conseil municipal de Paris c et de son digne chef, grâce aux deci- « sions de l'Assemblée nationale, cette c oeuvre que j'ai tant souhaitée s'accomc plit eifiu. La construction de ces halles, « véritable bienfait pour l'humaulié, fac cilite l'approvisionnement de Paris etap- « pelle un plus grand nombre de déparc tements à 5 concourir.
« Ce n est donc pas une œuvre purec ment municipale, car Paris est le cœur € de la Fraiice, et plus sa vie est active et « puissante, plus elle se communique au « reste du pays.
« En posant la première pierre d'un « édilice dont la destination est siéminem-
« ment populaire, je me livre avec coQ- « fiance à l'espoir qu'avec l'api ..i des bons « citoyens et avec la protection du ciel, il « nous sera donné de jeter, sur le sol de « la France, quelques fondations sur les- « quelles s'élèvera un édifice social assez « solide pour offrir un abri contre la vio- « lence et la mobilité des passions bu- « maines. »
Six ans après, avant la fin de 4837, ou put admirer dans son ensemble ce magnifique monument d'utilité publique, dont les dépenses s'étaient élevées à près de 40 millions. Dans ce prodigieux ensemble de travaux publics de ceUe "époque, les Hylles centrales peuvent figurer comme un des monuments à la fois les plus brillants et les plus utiles. L'inauguration devait avoir lieu le 15 août 1837, en même temps que celle de l'achèvement du Louvre. Renvoyée pour quelques faits de détail au 43 octobre suivant, elle le fut avec la pompe digne de ce colosse architectural des temps modernes. Le peuple de Paris eut alors son palais. Quant à Paris, il n'eut plus rien a envier, sous ce rapport, a Londres, dont les) marches de Covent- Garden, Hay-Markett et Fish-Maikett, si vantés jusqu'alors, sont enfin éclipsés par les Halles centrales.
AVENUE DE L'IMPÊRATRICE. — EMBELLIS- SEMENTS DU BOIS DE BOULOGNE. — HIPPODROME DE LONGCHAMP. — PRB CATELAN.
Le bois de Boulogne a eu aussi sa large part d'embellissements. C'est maintenant la plus splendide promenade de Paris et peut-être du monde. Les travaux on été
à peu près terminés en 4857. Les trois années précédentes avaient été utilisées à creuser et terminer les lacs ; à couvrir le bois d'un réseau d'allées sinueuses et de ruisseaux; à macadamiser les chaussées principales, à créer les cascades, les chalets, les débarcadères des îles et de la rivière ; à planter, engazonner de vastes surfaces ; à ouvrir de belles percées ombreuses où pendant des heures entières on peut côtoyer à l'ombre et sur des sentiers sablés une eau limpide et courante. Aujourd'hui de toutes les allées rectil ignés qui coupaient le bois, il y a quatre à citq ans à peine, il n'en reste que trois, celle de la reine Marguer1*te, de Neuilly à la porte de Boulogne, l'avenue de Locgchamp et celle d'Auteuil à Boulogne.
On arrive à ce magnifique parc sans rival en Europe par Vavenue de l Impératrice, belle et vaste chaussée de \ ,300 mè ■ très de longueur sur 100 de largeur. Une allée centrale de 16 mètres pour les voitures; deux contre-allées parallèles de 42 mètres chacune pour les piétons et les cavaliers; deux zones de 17. mètres converties en pelouses, plantées de 8,000 pieds d'arbres et arbustes groupés en massifs; deux rues latérales de 8 mètres pour le service des rues riveraines; sur toute l'étendue de l'avenue des maisons closes par une riche grille d'un modèle uniforme, s'ouvraiit sur des parterres de 1 0 mètres au moins : telle est la voie splendide qui, •de l'arc de triomphe de l'Etoile, s'étend jusqu'au bois.
En mémoire de l'impératrice Eugénie quil'a inaugui-ée avecNapoléon III eu 1 855 , on lui a donné le nom d^ avenue de l'Impératrice.
Dès l'entrée du bois commence la transformation de l'ancienne promenade pou dreuse d'autrefois. La nouvelle s'est accrue de 200 heclares de terrain, comprenant la plaine de Longchamp et l'ancien parc de Madrid-iMau repas. Cette acquisition, faite par la ^ille de Paiis en 1854, a porté les nomelles limites du bois: à l'est, aux fortifications; à l'ouest, à la rive droite de la Seine depuis Boulogne jusqu'à Neuilly; au nord et au sud, à deux vastes boulevards, bordes d'une grille élégante d'un modèle uniforme, et qui s'eteudtnt sur une longueur de plus de 8 kilomètres des fortifications à la Seine.
Au bout du bois, à l'ouest à l ancienne porte de Longchamp, est une cascade de
M mètres de hauteur sur 60 de largeur. Il est entré dans sa construction 2,000 mètres cubes de blocs de grès de t mètres chacun, pris dans les carrières de Fontainebleau. Le trop-plein des lacs et les ruisseaux du bois alimentent cette cascade qui, pouvant débiter par heure 2,000 mètres cubes de liquide, fournit à son tour l'eau nécessaire à un ruisseau et à trois pièces d'eau de la plaine de Longchamp convertie en hippodrome et en champ d'entraînement.
Dans une plaine comprise entre Boulogne et le pont de Suresne, on a exécuté d'immenses travaux. Un bras de la Seine inutile à la navigation la coupait. Un mur de clôture et un mamelon élevé au sommet duquel se trouvait l'ancien cimetière de Boulogne, la séparaient du bois. Pour l'y réunir et y créer un vaste hippodrome qui pût répondre à toutes les exigences pour les courses du gouvernement et celles de la société d'encouragement, on a fait disparaître le mur et l'on a tiré du mamelon 420,000 mètres cubes de déblais qui ont servi à niveler la plaine et à- combler le bras du fleuve. Seulement pour économiser les remblais, on a conservé quelques parties de ce vaste bras pour en faire trois pièces d'eau réunies par un p-'tit ruisseau qui, après avoir serpenté dai:^ la plaine, aboutit à la porte de Longchamp.
Un ancien moulin à vent converti en ruine pittoresque coupe seul cet hippodrome qui a deux pistesde 30 miètres de largeur, l'une de 2,000 mètres, l'autre de 4,000 mètres de longueur. La première est tracée dans la plaine , l'autre se développe sur un plateau en pente douce qui relie la plaine au bois. Adossées à la Seine et faisant face au nois, sont construites de vastes tribunes pouvant contenir près de 5,000 spect teurs.
Cet hippodrome a été ouvert au printemps de 1857. Le 7 mai, jour de la dernière course à laquelle assistaient l'empereur, l'impératrice, le grand duc de Russie Constantin, la recette a dépassé 60 mille francs.
Autour des pistes et sur les rives de la Seine ont été disposés 12 kilomètres de routes de 20 mètres de largeur. La plaine nivelée, ensemencée, otfre l'aspect d'une verdoyante pelouse, plantée de 200,000 pieds d'arbres et d'arbustes formant des massifs isolés et disposés de manière à ménager des perspectives sur les peints divers
fQvironn.ints, le Mont-Valérleu, Saml- Cloud, Meudon, le chemin de fer de Versailles, le pont de Suresne, le cl»>cher de Boulogne, N,^M'ly» ^^c.
Ces'embehissements ne doivent pas se borner là. Il est question de l'acquisition j par la ville de Paris de l'île de buresne, ; qui fait face au nouvel hippodrome. Ce serait l'occasion de travaux considérables dans cette partie de la banlieue de Paris. Ces nouveaux embellissements, concourant avecceux duboisde Boulogne, feraient plus I que jamais de ce lieu le plus beau parc de j toutes les métropoles européennes. Boulogne, Longchamp, Auteuil, Passy formeraient amsi une promenade continue de huit kilomètres de longueur jusqu'à la place de la Concorde. D'après ce plan grandiose, Chaillot serait presque entièrement reconstruit.
Quoi qu'il en soit, tel qu'il est avec son immense arène, son lac, sa rivière, ses ruisseaux, ses cascades, ses allées sinueuses, ses gro;tes, son pré Cate'an, ses frais ombrages et ses délicieux points de vue, le bois de Boulogne peut maintenant rivaliser avec ce que l'art a jamais, en fait de promenades publiques, élevé de plus féerique dans le monde antique et dans le monde moierne.
Pré Catelan. Je viens de mentionner le Pré Catelan exclusivement du à l'industrie privée. Tout le monde connaît cette merveille dans une merveille. Ce que l'art connaît m^ins, c'est l'origine de son nom. C'est une curieuse et touchante histoire du passé.
Au xiiF siècle, brillait à la cour de Provence un troubadour célèbre, Arnaud Catalans, selon Crescimbeni, TrémoUta Ca^flZ^w, selon le moine de Montaudon. Il nous reste de lui quelques chansons roulant presque exclusivement sur l'amour, et une entre autres où, exaltant la beauté de sa maîtresse Beatrix de Savoie, femme du dernier Raymond Béieuaer, il dit...
« Quand je suis auprès d'elle, je fais le t signe de la croix, tant je suis émerveille « de la voir. Elle est sotte avec les sots, \ bonne avec les bons, de sorte que tout « le mondela trouve à son gré. »
Ces choses-là passaient alors pour admirables.
La réputation de Catelan s'était étendue jusqu'à la cour de France. On commençait alors à s'y dégrossir, à y dépouiller cette rude écorce de barbarie qui, peudant
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tant de siècles, avait été son caractère spécial. On y prisait les vers et les troubadours de Provence à l'égal des parfums de ce pays.
Philippe III y régnait. Il avait épousé en secondes noJes Marie de Brabant, fille d'Henri III, duc de Brabant, qui avec le fameux Thibault, comte de Champagne, compte parmi nos premiers poèîes. Sa fille avait hérité de sou inclination et de ses talents, et avait apporté le goût des lettres à la cour de France.
Elle avait pour amie et pour confidente Blanche d'Artois, qui avait le même goût qu'elle pour les lettres. Sous leur influence les poètes qui avaient brillé au temps de saint Louis étaient en plus grande considération encore sous Philippe le Hardi.
Marie et Blanche passaient une partie de leur temps à faire des vers et à encourager ceux qui en faisaient. Ellesvoulurent avoir Catelan à la cour de France et le demandèrent à Beatrix de Savoie.
Flattée de cet honneur rendu à son troubadour favori, Beatrix accéda sans peine à leur demande.
Pour le faire plus favorablement accueillir par h reine, elle le chargea de lui remettre un don de ces essences si renommées de Provence dont elle lui annonçait l'envoi par une lettre où on lisait :
« Il vous remettra de ma part qua-
« tre boîtes d'essences et de parfums les « plus exquis que j'ai pu trouver, maisqui « le sont moins encore que ses vers »
Sur les ordres de sa souveraine, Catelan partit à pied ayant pour ses deux protectrices, Marie et Blanche, des parfums dans son bissac et des vers dans son calepin.
Ces deux sortes de produits de Provence, vers et parfums, étaient alors fort renommés à la cour de France. Les parfums surtout y étaient un grand objet de luxe, et ceux' de Provence y étaient tellement prisés qu'on s'y faisait une sorte de va- ' nité à les reconnaître au flair, comme aujourd'hui les gourmets pour les vins.
Les routes étaient alors peu sûres. Cej pendant allant de castel en castel, chan- I tant ses ditSQi ses tensons, choyé par ci, \ aimé par là, hébergé partout, Catelan était parvenu jusqu'à Boulognesur-Seine sans mauvais accident. Il ne lui restait, pour arriver au terme de sa route, qu'à traverser le bois qui, alors encore, était un reste ' ÙQQQ\.\.Q^Vi\\(\MQ For et des Charbonniers^
qui, au nord et h l'ouest, enserrait Paris daijs son noir massif de verdure.
C'était l'époque de la foire de Saint- Cloud : celle de Saint-Germain à Paris de^ait la suivre immédiatement.
Tiois seigneurs de la cour, trois de ces nobles hommes du temps qui vivaient de j roie comme leurs faucons, s'étaient apostés dans le boisde Boulogne, à l'affût de quelque porte-balle isolé, qui de la foire de Saint-Cloud se rendrait à celle de Saint- Germain.
Catelan arrive au lieu où ils étaient en embuscade. La vue du bissac rebondi du troubadour tente les trois seigneurs, et au moment où, tout joyeux, il répétait tout haut un chant d'amour qu'il venait de composer pour la reine Marie, au moment où dans sa tête exaltée son ardente imagination lui retraçait les honneurs, les dons, les faveurs que pourrait lui valoir ce chant, ils se jettent sur lui et le percent de kurs dagues.
Le pauvre Catelan tombe et la mjort cloue son dernier vers dans sa bouche.
Les trois seigneurs fouillent son bissac; ils y trouvent quelque menue monnaie, des parfums et des vers. Ils prennent les pariumjs et la monnaie, dédaignent les Ters et laissent aux loups et aux oiseaux de proie le soin d'enterrer leur victime.
Le hasard voulut que, ce jour même, la reine Marie avec son amie Blanche et sa suite avait été au calvaire du Mont- Valérien faire ses dévotions à une chapelle qui commençait à jouir alors d'une certaine vogue.* A son retour, arrivée au lieu où gisait le pauvre Catelan, elle voit à côté du cadavre un calepin, l'ouvre, y lit des vers provençaux qu'elle connaissait déjà de réputation et, à son grand élonnement, une lettre à son adresse.
C'était la lettre que Béatrix avait donnée à Catelan pour la reine Marie.
A ces indices, Marie reconnut sans peine le troubadour qu'elle attendait.
Elle donna des ordres pour que son cor[,s fut enterré avec honneur, et sur ie lieu même de l'assassinat, lui fit élever cette croix en pierre à trois marches que l'on voit encore à l'entrée latérale nord du Pré et qui, depuis six siècles, a conservé jusqu'à nos jours le nom de croij; Cat:lan.
De là aussi est venu le nom du jardin féerique que tout Paris conn-àît.
La reine cependant avait à coeur de ven-
ger son troubadour. Elle fit faire les recherches les plus actives pour découvrir les auteurs de sa mort, elles furent infructueuses. 4;^
Mais, un jour, l'un des assassins s'étant présenté à la cour parfumé avec les essences volées à Catelan, le doux arôme qu'il exhalait attira l'attention. Sans le soupçonner en rien du crime com i is, toutes les dames se pressaient autour de lui, s'informant où il avait acheté ces délicieux parfums. La reine Marie elle-même lui dit:
— Chevalier, tontes les dames voussom- . ment par ma voix de nous dire le nom du fournisseur d'essences si exquises.
A cette question faite par la reine sans arrière-pensée, soit que le moment marqué par la Providence pour la découverte du' crime fut venu, soit toute autre cause, le chevalier se troubla.
L'assassinat de Catelan et les parfums qu'il lui apportait de la part de Béatrix, revenant en ce moment en mémoire à la reine, elle eut des soupçons ; elle fil interroger le chevalier; le crime fut découvert et les trois assassins furent punis.
L'emplacement où avait été élevée la croix en mémoire du pauvre troubadour étant devenu dans la suite un rendez-vous de chasse princière, cette circonstance a sauvé de la destruction la croix Catelan qui a pu ainsi le conserver pendant six siècles avec son intéressante légende.