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SOLS LA PREMIERE RACE

If luxe, pour la richesse des vêlements, pour les bijoux et les armes en métal précieux, ne contrarièrent point le débit de telles marchandises. DesJuifs, des Syriens, des hommes du midi de la Gaule et d'autres pavs figuraient parmi les priucipaux nésociants.Il ne paraît pas que les habitants de Paris prissent une part considérable à ce genre d industrie.

Les incursions du commeuceraent du cinquième siècle, les désordres qui en furent la suite , durent causer aux négociants des pertes immenses : mais dès que l'état politique devint plus calme, ils re-

f)rirent un commerce , sans doute fort ucratif. Quelques-uns firent de grandes fortunes. Un de ces marchands juifs, appelé Salomon, devint receveur général des revenusdu fisc du roi Dagobert. Un Syrien, nommé Eusèbe, acquit assez de richesses |)0ur acheter l'épiscopat ; et, après la mort de Ragncmode, en lan 591, il fut nommé évêaue de Paris (4).

L espoir du gain fait braver bien des périls. Le plus ordinairement les marchan- «lises étaient transportées par eau ; sur mer, elles avaient à redouter les attaques des pirates ; sur la Semc, celles des riverains puissants; mais les transports par tfrre étaient exposés à des dangers plus grands encore. Des troupes de brigands, commandées par des chefs francs, des familles les plus distinguées, infestaient les routes : tels étaient le ducChildéric, surnommé le Saxon, qui, dans la lutte scandaleuse qui se manifesta dans l'abbaye de Poitiers, fournit sa troupe de brigands à la religieuse Chrodielde , et mit en fuite tous les évèques assemblés en concile dans l'église de Saint-Hilaire de cette ville (2),

Les guerres cisiles, sous la première race^ désolaient continuellement la Gaule ; et les armées étaient en usage , sans distinguer pays amis ou ennemis, de piller et dévaster tout sur leur passage. Les marchands qu'elles rencontraient" ne devaient pas être affranchis de cet usage.

Wadon, maire du palais de Chilpéric, qui pilla les trésors de la fille de ce roi en 1 escortant dans son voyage, ne devait guère respecter les marchands. Ses fils , dienes

dépouillaient

chauds sur les chemins, les et les égorgeaient (1).

Ces dangers n'étaient pas les seules entraves qu'éprouvait le commerce : sur les routes, il était gêné par des exactions, des péages et des avanies. Voici le dénombrement des contributions que le fisc percevait à Paris sur les marchandises . avant d'être débarquées et logées, felles sont au nombre de quinze, et se trouvent dénommées dans un diplôme, donné en 629 par le roi Dagobert, en faveur de l'abbaye de Saint-Denis.

Ce roi établit une foire dans un lieu situé entre l'église de Saint-Martin et c.Mle de Saint-Laurent, lieu nommé le Petit-Pas ou le Petit-Pont de Saint-Martin (Pacellus Sancti Martini (2), et en cède les revenus à l'abbaye de Saint-Denis . qu'il venait de fonder. Ce roi. en ronsi-quence, défend à trois comtes, Leuthon, Vulfion et Raucon, ii leurs vicaires (ou vicomtes), aux centenierset autres agents, de percevoir, pendant trois ans, aucune contribution sur Ks march inds de son royaume, ni sur ceux qui, de Rouen et du port de Vick, se rendent à Paris pour y acheter des vins, du miel et de la garancié. Il déclare que^ pendant cet espace de temps, il les exempte de tous impôts. Ce temps révolu , il sera perçu, par les agents de l'abbaye de Saint- Denis , deux sous sur chaque charretée (quarrada) de miel ; deux sous sur chaque mesure de garance. Il veut aussi que* les marchands saxons , ceux de Vick et de Rouen paient douze deniers pour ch:ique charretée {quarrada) des mêmes marchandises, qu'ils paient en outre les droits appelés navigios, vultaticosclpassionaticos. Il permet , à ces conditio-^s. aux marchands de Lombardie, d'Esp^igne.

de Provence et d'autres relions , de se rendre à cette foire ; il défenH à ceux du territoire parisien d'établir, pendant sa durée, leur commerce ailleurs que dans le marché qu'il fonde en faveur de l'ab-

(1) Gr«y. Tur. Hist., lib. 10, cap. 21, ^2) Le Petit-Pas, ou le Petit-Pont, près duquel cette foire fut établie, devait Gtre situé non loin de la porte actuelle de Saint-

d'un tel père, faisaient le métier de bri- j Martin, et sur le ruisseau qui descendait de

gands dans le Poitou : à la faveur des fteiièbres de la nuit, ils arrêtaient les mar-

(\)Greg.

Tur. Hist., lib. 10, cap. 26.

M, Grey.

lu/. Hut.,]xh. 10, cap. 21.

Ménilmontant, ruisseau tari par l'exploitation des carrières, et dont le lit servait et sert encore d'égout dans cette partie de Pari?. Il est aujourd'hui couvert par une voûte, et porte li nora do Graul-Kgout.

baye de Saint-Denis. Il ordonne à tous ses officiers de ne porter aucun empêchement au marché, soit dans la cité de Paris, soit au dehors, et de ne percevoir sur les marchandises transportées aucun des droits en usage, qu'il dénombre ainsi qu'il suit :

A'«r/<7io.s, le droit que paient ceux qui naviguent sur la Semé ;

Poriaficos, droit perçu sur le port au débarquement des marchandises ;

Ponîaflcos^ \}CdiS^e en passant sur ou sous les ponts ;

Rivatkos, droit payé pour être autorisé à laisser les barques sur le rivage :

Roiaflcos, pour les dommages que les voitures peuvent faire en détériorant la voie publique ;

Vvltaticos, droit inconnu : peut-être était-il le prix d'une autorisation pour loger les marchandises dans les celliers ou dans les caves voûtées ;

Temonaticos , droit de timon : peutêtre ce droit avait-il pour motif la permission accordée au marchand de conduire lui-même sa voiture, ou de vendre sa marchandise sur cette même voiture ;

Chespetaticos, impôt pour la réparation des terres qui bordaient les chemins, ou pour dédommager les propriétaires des terres voisines des dégâts que pouvaient faire les voitures ;

Fidveraticos , droit inconnu -.peutêtre avait-il pour prétexte la poussière occasionnée par le transport des marchandises ;

Foraticos, contribution à laquelle on assujettissait les vins forains ;

Mestaticos,\)evii-hve niisicdicos, droit qui autorisait le mélange des vins , ou mutât icos, droit de mouvement ;

Lavdaticos, droit inconnu : peut-être avait-il pour motif la permission d'annoncer publiquement les marchandises portées sur le dos des bêtes de somme ;

Salutaticos, c'était un présent fait au roi ou au comte en lui faisant le salut ;

Passionaticos, droit de passage, qui devait être perçu sur les marchandises qui passaient par la Cité pour se rendre au champ de la foire ou ailleurs (1).

Ce diplôme en faveur de l'abbaye de Saint-Denis fut confirmé plusieurs fois par les successeurs de Dagobert ; mais, dans

(1) Diplomata, Chartx, editoribus de Brei.uigny etLaporteDutheil, p. 131.

leur charte de confirmation, ces droits ne sont point tous dénommés. Dans celle de Ghilpéric II, de l'an 716 , on ne trouve que les suivants : portaticus, ponlaitcus, ro/cr//c i/6' ; il ajoute, en latin barbare: « Et les autres redevances que les juges publics sont en usage de percevoir (1) »

Ce commerce, entravé par le brigandage des Francs, par les exactions du fisc, consistait en objets de luxe, tels que bi- ; joux, ornements, armes, baudriers et ceintures , garnis d'or , de pierreries ; en objets utiles, tels que vins, huile, miel, garance, etc.

Les étoffes propres aux vêtements et aux meubles étaient manufacturées dans le pays. Chaque roi, chaque homme puissant avait sa manufacture, son c/^/WcTCf'^/w, où des femmes esclaves filaient et tissaient le lin et la laine. Ces gynécées , que les Francs trouvèrent établis dans les Gaules, devinrent, en quelque sorte , des sérails pour les rois, les princes, les ducs, etc. C'était de ces ateliers qu'ils tiraient leurs concubines , et quelquefois leurs épouses (2).

Les gynécées étaient, du temps des Romains, nombreux dans la Gaule, ainsi que les ateliers de teintures appelés baphiœ, dont on ne voit plus de traces pendant cette période. Hors les fabriques domestiques des gynécées , on ne découvre aucune autre manufacture remarquable. La plupart des objets de luxe et raê.ie de nécessité venaient de l'étranger.

On employait ordinairement pour écrire le papyrus ou papier ; les vaisseaux des marchands le transféraient d'Egypte dans la Gaule par Marseille. Grégoire (le Tours, se plaignant des calomnies répandues contre son frère par Félix, évêquede Nantes, lui écrivit pour les" repousser ; et dans sa réponse on lit cette phrase : « Si tu poste sèdaisl'évêché de Marseille, tu n'exige- « rais des vaisseaux qui débarquent dans « son port ni huile ni autres marchandi- « ses ; tu ne voudrais que du papier, afin « de pouvoir, tout à Ion aise, l'employer à « diffamer les gens de bien : il est "malce heureux que la rareté du papier mette « des bornes à tes calomnies (3). »

(1) Vel reliquas redebecionis quod àjudicibus publicis exigetur de carra eorum. (Idem, p. 407.)

(2) Voyez le Glossaire de Ducange, au mot Gynœceum.

(3) Greg. Tur. Hist., lib. 5, cap. 5. ♦•

sous LA PREMIERE RACE

MI. Tableau moral de Paris.

trop

La moralité des eouvernants sert ouvent de modèle a œlle des gouvernes; Q peignant les mœurs des premiers . ou pourra en tirer des induction?, obtenir des certitudes approximatives sur les mœurs des seconds. L'histoire, presque toujours muette sur le caractère des peuples, l'est beaucoup moins sur celui de leurs chefs. Les notions qu'elle laisse a désirer sur les uns seront remplacées par celles qu'elle me fournira sur les autres. Je commencerai toujours par les rois, puis je continuerai par les personnes qui. après eux, exercent le plus d'influence sur la multitude. Je suivrai cette méthode dans le cours de cet ouvrage.

L'histoire nous présente l'exemple de quelques nations subjuguées par des conquérants qui adoptèrent leurs lois et leurs habitudes, où la civilisation des vaincus triompha de la barbarie des vainqueurs.

Il n'en fut pas ainsi dans la Gaule, soit parce que les mœurs des Francs étaient d'une nature peu flexible, soit parce qu'en s' établissant dans cette région, ils y trouvèrent la civilisation penchant vers son déclin ; la barbarie parvint facilement à y fonder son empire.

Ghlodovech ou Clovis et ses succe&çeurs justifient, dans leur conduite, tout ce que les écrivains de l'antiquité ont dit sur le caractère des Francs : anieur du pillage, férocité, mauvaise foi , telles sont les habitudes vicieuses dont ces écrivains les accusent. L'*s Francs, dit V'opiscus, mé-

f)risent leurs serments et rient en les vioant (1). SalM'jn les traite de nation sans foi, g/^ns Franconim infidp/is . il les loue d'être hospitaliers, et les blâme d'être menteurs (2). « Les Francs, dit Libanius,

• ne peuvent supporter la servitude ; ils se « croient réduits à ce fâcheux état dès

• qu'ils ne trouvent personne à piller f.3). . Un proverbe grec , cite par E.i:inhard,

porte : « Vous pouvez avoir un Franc « pour ami ; mais ne l'ayez jamais pour « voisin (4). »

(1) Uisloriœ Augustœ scriptores, Vopiscus, de Proculo, t. 11, p. 7 62.

(2) De Gubernatione Dei, lib. 4, p. 86; lib. 7, p. 169.

(3j Oratto 3, p. 137. . (4) Viia Caroli Majni, cap. 16.

Isidore cite l'opinion de quelques écrivain- qui pensent que les Francs doivent leur nom a la férocité de leur caractère. « Il est certain, ajoute-t-il, que leurs « mœurs sont corrompues , et que leur « naturel est très féroce' \naturalhque « ferocitas animorum\ (1). »

Nazaire, dans sonpanégvrique de Constantin, nous représente les Francs comme les plus cruels de tous les barbares iprœter cœtera inwes). Il ajoute que cette nation est adonnée îj toutes sortes de vices [fecunda ma/is suis îioiio) (2).

Eusèbe dit que les mœurs des Francs ressemblent à celles des bètes féroces (3).

Sidoine Apollinaire docrit la stature élevée de leur corps, leur force, leur agilité, leur ardeur dans les coinbats. Agathias parle avec quelque éloge de la civilisation des F'rancs, dominateurs de la Gaule, et s'étonne de voir régner entre eux la paix et la justice (4). On va juger si le témoignage de ce dernier écrivain méuite plus de confiance que celui des précédents.

Chlodovech ou Clovis, chef de la dynastie de la première race , favorisé par la fortune . par les circonstances et par le clergé, parvint à s'élever à un degré de puissance qu'il n'avait sans doute pas espère; mais les silccès ne justifient pas les moyens employés pour les obtenir. Ce roi se rendit coupable d'actes iniques et atroces; et l'histoire de sa vie, si l'on en excepte ses exploits guerriers , n'offre pas une seule action digne d'éloges.

Sa réputation de mauvaise foi était établie jusqu'en Orient. L'empereur Justinien, dans une lettre qu'il adressa à Théodebert, petit-fils de Chlodovech , accuse ce dernier de parjure et d'impiété. Cette lettre de Justinien nous manque : mais la repoase de ïheodebert est restée. Il y repousse cette double accusation en taisant v;rloir surtout les succès militaires de son aïeul (5) ; comme si la fortune aveugle ne couronnait pas trop souvent les pîus exécrables forfaits, surtout ceux des conquérants!

(1) Isidor. Origiii., lib. 9, col. 1042.

(2) Veteres Panegyr, Nazarius tu Cûnslautin., cap. 16.

I3i Tt/a C'o7i.ç/an/t/ii, lib. 1, cap. 25.

(4) Arjathiœ Hi.i!. ,hh. 1, p 13.

(5) Recueil des JUsloriens de Frince, t. IV,

IlISTOlUii DE PAIIIS

Le crime que commit ce roi après son l>aj)tême, et que rauteur de la vie de saint l'ileuthère n'ose pas nommer à cause de son enormité (I); les meurtres qu'il exécuta de s:î propre main, sa complicité dans la perfidie • de Godégèsile qui trahit et livre Gondeuch, son frère, roi des Bouri^iiignons, ne sont que des fautes légères on comparaison des crimes dont Grégoire de Tours et tous les historiens de son temps ont chargé sa mémoire.

Il existait dans la Gaule , du temps de Chlodovech. cinq ou six petits rois barbares, tous ses parents. Il devait respecter en eux les liens du sang; il leur devait de la reconnaissance, parce quelous l'avaient aidé dans ses conquêtes ; mais les princes barbares méconnaissent tous les devoirs.

Dès qui': ;dt puissant , et qu'il eut fixé sa résidence à Paris, Ghlodovech conçut l'abominable projet de faire périr tous ces rois, ses parents, ses bienfaiteurs , et de s'emparer de leurs trésors et de leurs Etats : voici comment il le mit à exécution.

Chararic était roi des Morins. Ghlodovech vint auprès de lui, se saisit par trahison de sa personne et de celle de son tils, les chargea de chaînes, et leur coupa la chevelure qui, chez ces barbares, était le signe de la royauté, et en était aussi le titre ; puis il ordonna que le père serait fait prêtre, et le fils diacre. Chararic et son fils, indignés de leur état d'humiliation, résolurent de laisser croître leur chevelure. Ghlodovech en fut instruit, fit couper la tête à tous les deux , s'empara de leur Etat, de leurs trésors et de leur peuple [regnum eorum cum thesauris et populo adquisivit) (3).

Sigebert, autre parent du fondateur de la monarchie, était roi de Cologne : en aidant Ghlodovech à combattre les Allemands, il avait reçu une blessure au genou, blessure qui le faisait boiter. « Ghlo- " dovech. dit Grégoire de Tours, envoya - secrètement auprè» du fils de Sigebert '.un affidé qui lui dit : — Votre père « ( ommence a se faire vieux : il boite d'une « jambe •. rursa mort, vous seriez assuré « de son royaume et de notre amitié. — « Séduit par ces promesses et par le désir « de régner, ce fils, qui se nommait Ghlo-

(1) VitasanrAi Eleulheri, n° 15, apiid Bol- /md., 20 febr.

(2) Gregor. Turon, llist.,\\h. 2, c:i^). 41.

« déric, résolut de tuer le roi son père. « Sigebert sortit un jour de la ville de Go- « logne pour aller au-delà du Rhin se pro- « mener dans la forêt de Buconnie ; et « pendant que, vers le milieu du jour, il « dormait dans sa tente, des assassins en- « voyésparson fils regorgèrent. >>

Ghlodovech ne borna point ses projets criminels à faire assassiner le père par le fils ; écoutons encore Grégoire de Tours.

" « Ghlodéric envoie aussitôt des ambas- « sadeurs auprès de Ghlodovech . et les « charge de lui dire : — Mon père est « mort, son royaume et ses trésors sont à « ma disposition. Envoyez quelques per- « sonnes auprès de moi ; elles pourront <c choisir dans ces trésors ce qui pourra le « mieux vous plaire : je le leur remettrai « volontiers. — Ghlodovech lui fit répon- « dre : — Je vous remercie de votre offre. « et vous prie de montrer à ceux que je « vous envoie toutes les richesses que « vous possédez. — Les envoyés de ce roi « étant arrivés à Cologne, Ghlodéric s'em- « presse d'étaler à leurs yeux les trésors « de son père ; et, pendant qu'ils les e^^a- « minaient, il dit : — Mon père était e« '< usage d'entasserdans ce petit coffre plu- « sieurs pièces de monnaie d'or. — Alors « les envoyés dirent à Ghlodéric : — Por- « tez la main jusqu'au fond, et vous le.^ « trouverez toutes. — Pendant que Chlo- « déric s'inclme dans le coffre pour cher- « cher ces pièces, un d'eux lève sa hache, « lui en décharge un coup sur la tète, et « le tue.

« Ghlodovech, instruit que Sigebert et « son fils étaient tués, vint à Cologne, y « assemble le peuple, et dit : — Ecoutez « ce qui est arrivé. Je naviguais surl'Es- « caut, lorsque Ghlodéric , fils de mon « parent, poursuivait son père, et disait « que je voulais le tuer. Fendant que le père « fuyait dans la forêt de Buconnie , il fut « tué par des voleurs , que son fils avait « envoyés contre lui. Ce fils ensuitie , en « parcourant les trésors de son père, a été « tué par je ne sais qui. Quant à moi, je « suis fort innocent, et incapable de faire « répandre le sang de mes parents : ce « qui serait un crime. Mais, après un tel « événement , je vous le demande , vous « parais-je digne de vous comman- «: der ? Unissez-vous à moi, afin que vous « soyez sous ma protection. — Le peuple « applaudit par des cris et par le bruit

sous LA PREMIERE RACE

€ des armes. On l'éleva sur le pavois, et il t fut proclamé roi (I). »

Ici les movens de déception, la perfidie, le mensonge^ servent d'auxiliaires aux envahissements, aux assassinats. La vie de c^e prince offre d'autres preuves de cette réunion de vices.

I! existait aussi un Etat de Cambrai, et hagoachaire en était roi. Chlodovech,

dan^ le dessein d'envahir ce royaume, et de justifier ses projets régicides", prétexta les mœurs déréglées de ce prince, s'erisea en vengeur de la morale publique : puis il corrompit secrètement les leudes ou fidèles de Ragnachaire . les détermina h trahir leur roi: et, pour prix de leur future trahison, il leur donna des bracelets, des baudriers d'or en apparence, mais qui n'é-

Église Saiut-Germain-rAuxerroij

taient que de cuivre doré. Tout étant disposé. Chlodovech marche contre le roi de Cambrai. Celui-ci 5^'appi-ète à la défense : mais, voyant ses fidèles l'abandonner, il veut prendre la fuite. Alors ces mêmes fidèles l'arrêtent, Ip» lient les mains derrière le dos. et en cet état le livrent à Chlodovech. Richjire, frère de ce malheurc^ roi, éprouva le même sort.

'En voyant ces deux princes Karrotlés.

Chlodovech, avec une feinte colère, dit au

.(1) (jr$gor. Tur^n. Hùl., lil». 2, cap. 40.

roi Ragnachaire : « Pourquoi t'es-tu ainsr laissé garrotter? tu déshonores notre famille: il vaudrait mieux que tu fusses mort. » Alors il lève sa hache, et lui fen** la tète. Puis, se tournant vers Hichaire : « Malheureux! si tu avais secouru ton frère, lui dit-il, il n'aurait pas eu l'hamiliation d'avoir été conduit les mains liées. » En disant ces mots, il lève sa hache et 11' tue de même.

Les leudes ou fidèles de ces deux princes s'aperçurent bientôt que Chlodovech les surpassait en perfidie; ils leconnurent

[ue ce roi n'avait payé leur crime qu'avec

que ce roi n avaii paye leur cnme qu a^e< de l'or faux : ils vinrent s'en plaindre Chlodovech leur répondit avec sa duplicité accoutumée : « Ceux qui volontairement livrent leurs maîtres à la mort ne doivent i être récompensés qu'avec de la fausse monnaie. » Les leudes n'insistèrent pas; et, dans la crainte des supplices, ils se retirèrent.

Ces deux princes trahis et assassinés avaient un frère nommé Rignomère, roi du Mans. Cette victime avait jusqu'alors échappé à la fureur ambitieuse du roi des Francs. • Rassuré par le succès de ses crimes précédents, il ne crut pas devoir employer ses moyens ordinaires ^ il envoya tout simplement à la cour de ce roi des assassins qui regorgèrent. Chlodovech alors s'empara de son royaume et de ses trésors.

Grégoire de Tours, qui avait le courage de faire le récit des crimes de ce roi, quoiqu'il n'eût' pas celui de les blâmer, et qui semble plutôt les offrir à la postérité comme d'honorables succès, va, par un dernier coup de pinceau, compléter cet horrible portrait.

« Chlodovech, ayant fait mourir ces « princes et plusieurs autres rois ( ah'is « rnultis regibus ), et surtout ses plus « proches parents, parce qu'il redoutait « leurs entreprises, étendit sa domination « sur toutes les Gaules. Un jour ayant « rassemblé ses fidèles, on rapporte qu'il « leur fit part du chagrin qu'il éprouvait « d'être privé de sa famille, que lui-même « il avait fait périr, et leur dit : — Je suis « bien malheureux; me voilà réduit à l'éc tat d'un voyageur qui se trouve au mi- « lieu d'une nation étrangère : je n'ai pas c un seul parent dont en cas de malheur « je puisse attendre du secours. — Ce n'é- « tait pas qu'il fût fâché de la mort de ses c parents ; mais il parlait ainsi par ruse € pour engager ceux qui l'écoutaient à « lui découvrir quelques parents, s'il en « existait encore, afin de les faire « tuer (1). »

On voit par ces traits que ce prince barbare, aussi cruel que dissimulé, cherchait, par de vaines raisons, à justifier ses crimes, accusait injustement ses victimes, en les immolant, comme le loup de la fable accuse l'agneau : que son avarice bravait tous les devoirs, tous les principes

(1) Gregor. luron. Hist.^ lib. 2, cap. 42.

sociaux et religieux. Les évêques, qui tenaient de ce roi leurs richesses et leur autorité, lui prodiguèrent les éloges.

Les quatre fils de Clovis, Théodoric, Chlothachaire, Childebert et Chlodomère, héritèrent de ses Etats et de son naturel fourbe et féroce.

Théodoric ou Thiéri , sollicité par Hermenfred, roi de la Thuringe, de l'aider à tuer son frère Beauderic, consent avecjoie d'être le complice, même le principal acteur de ce meurtre, à condition qu'il lui sera donné la moitié des Etats du prince assassiné. Mais Hermenfred, étant seul parvenu à tuer son frère, refusa de partager avec Thiéri le fruit d'un assassinat auquel ce dernier n'avait pris aucune part. Thiéri, furieux, prend les armes contre Hermenfred, engage son frère Chlothachaire à le seconder; puis, s'adressant à ses Francs, il leur débite un discours où il trace le tableau des cruautés exercées dans la Gaule par les rois de la Thuringe ; tableau horrible que j'épargne à mes lecteurs. Après ce discours, prononcé pour allumer la vengeance dans le cœur des Francs, il part, met Hermenfred en fuite, et la Thuringe à feu et à sang.

Thiéri, quelque temps après, rappelle Hermenfred, lui promet sûreté, l'engage à venir près de lui et lui envoie des présents considérables. Rassuré par des invitations fréquentes et par ces dons, le roi détrôné se rend auprès de son vainqueur. Un jour qu'ils se promenaient ensemble sur la cime des murs de Tolbiac, Thiéri pousse et précipite du haut en bas Hermenfred, qui meurt dans sa chute. Ce digne fils de Clovis ne se borne pas là ; il ordonne regorgement des enfants de celui qu'il venait de faire périr (i).

Thiéri, pour déterminer son frère Chlothachaire à l'aider dans la conquête de la Thuringe, lui avait promis la moitié de ce royaume. Il fallait tenir cette promesse, ou soutenir une guerre contre Chlothachaire. Pour ne faire ni l'un ni l'autre, il trouve un expédient, celui d'assassiner son frère. Il l'invite avec instance à se rendre auprès de lui ; des assassins sont cachés sous des tentes dressées le long d'un mur, dans un endroit de sa maison ; mais ces

(1) Gregor. Turon. Hist., lib. 3, cap. 7, cap. 8. Gesta regum Francorum, cap. 22. Adonis Chante. Recueil des Historiens de France^ t. 11, p. 667.

sous LA PREMIERE RACE

tentes trop courtes laissent voir les pieds des hommes embusqués. Clilothacliaire, j-nstruil du piège, entre chez son frère accompagné dune nombreuse escorte, lui demande le motif de son inflation. Thiéri, iecoDcerté, hésite à repondre: et. pour -orlir de son embarras, il donne à son frère un plat d'argent, qu'il panint dans la suit^ à lui enleNtr {\).

Thiéri se rendit coupable de plusieurs autres criuies; il tua de sa main son parent SiL'isvald. et chargea son fils Theodeberî g «issassincr Givald, fils de ce parent. '..;iis ce dernier assassinat ne fut poirt ' ^ Cité (2).

Chioiiomère. autre fils de Clovis, pour ser\ir b vengeance de sa mère Chrothechilde, porte la guerre dans les Etats de Sigismond, roi des Bourguiiinons, son parent, le fait prisonnier. !«' lue, tue sa femme, tue ses enfants, et fait jeter leurs corps dans un puits à Orléans i'î). Dans la suite, Chlodomère, trahi par son frère Thiéri, qui avait épouse la fille de Sigismond, fut pris par les Bourguignons, décapité, et l'on vit sa tète portée au bout d'une lance (4).

La mort de Chlodomère occasionna des scènes atroces dont Paris fut le théâtre : scènes qui peignent fortement le caructère de Chlothacaire et de Gliildel)ert, autre fils de Clovis. et dont le récit me dispensera den rapporter d'autres du môme genre.

Chloflomère, en mourant, laissa trois fils en bas âge : Théodovalde, l'aîne, avait atteint ta dixièmeannee ; le second, noniméGonthaire, sa septième, et Chlodovalde était plus jeune encore. Ces enfants vivaient a Paris auprès de leur graudmère Chrothcchilde ou Clotilrle.

• Childebcrt voyait avec jalousie cette « reine, sa mère, prodiguer toute son af- « fection aux seuls fils ide Chlodomère : il « craignait de plas qu'elle ne pa^^•înt à • leur conserver l'héritage et le trône de « leur père. Agité par ce doublesentiment, « il envoya un messager à son frère Chlo- « thachaire et lui fit dire : — Notre mère « garde auprès d'elle les fiLs de notre frère ; € elle veut qu'ils soient rois; viens promp- « tement à Paris, afin que nous nouscon-

(1) Gregor. Turon. Uist., lib. 3, cap. 7. h) Idem, lib. 3, cap. 23.

(3) W«m, lib. 3. cap. 6.

. (4) Eyilomata Gregorii Turon., cap. 36.

• CL-riions ensemble sur cequ'il convient de « faire, ncms déciderons s'il faut, en leur « coupant la chevelure, les réduire à la « condition des personnes du peuple, ou ■ bien s'il faut les tuer; en ce cas nous « .partagerons, à portions égales, le royau- « me de notre frère. — Très content de « cette proposition Chlothachairc part « pour se rendre à Paris. Childebert avait- « déjà fait circuler parmi le peuple que « son entrevue avec le roi son frère n'a- « vait pour objet que d'élever ces enfants « sur le trône de leur père.

*« Chlolhachaire étant arrivé , il fut re- « solu entre lui et Childebert qu'ils adres-

• seraient un message à leur mère, qui « demeurait alors à Paris. Ce message por- « tait: — Envoyez-nous ces enfants afin « que nous en fassions des rois. — A ces

• mots, Chrothcchilde, transportée de joie « icarelle ignorait le piège qu'on lui teu- « dail), fait manger et boire ces enfants,

• les livre aux envoyt's de leurs oncles, et « leur dit en les quittant : — J'oublierai « que j'ai perdu mon fils Chlodomère. si « vous êtes élevés au rang des rois(I). >•

Aussitôt que ces enfants sont arrivés près de leurs oncles, on les .saisit, on saisit leurs serviteurs, on les renferme dans des prisons séparées.

Arcadius (Gaulois, fils d'Apollinaire, sénateur d'Auvergne) est envoyé par Childebert et Chlothachaire aupiès de leur mère Chrothechilde. « Il se présente de- « vanl cette reine, tenant d'une main une « paire de ciseaux, et de l'autre un poi- « gnard nu. — 0 reine très glorieuse ! « dil-il. vos fils, nos maîtres, attendent « que vous manifestiez votre volonté et « que vous prononcez sur le sort de vos « petits-enfants. Voulez-vousquils vivent « privés de leur chevelure, ou bien vou-

• iez-vous qu'ils soient égorgés ? A ces « mots, et surtout a la vue des deux instru- « mcnls de la dégradation ou de la pro- « chaîne mort de ses enfants, elle est tour

(1) Si les Francs étaient familiarisés avec les crimes, il faut avouer qu'on parvenait facilement aies tromper. Chrothechilde devait connaître la scélératesse de ses lils ; mais elle s'y confie, parce qu'ils ont flatté son oro^ieil en Wi promettant d'élever les fils de Chlodomère au rang des rois. On trouve dans Grégoire de Tours plusieurs autres exemples d'hommes qui se laissent aussi facilement décevoir.

« a tour agitée par des sentiments de « terreur et de colère ; dans l'excès de sa « douleur, ne sachant trop ce qu'elle de- « vait répondre , elle dit ingénument : « — Puisqu'ils n'en font point des rois, « j'aime mieux que ces enfants meurent, « que s'ils vivaient privés de leur che- « velure (1).

• « Arcadius, peu touché delà douleur de « cette reine et sans prévoir les suites de « la réponse qu'il allait transmettre, se «' rendit promptement auprès des rois ses « maîtres, et leur dit : — Faites ce que « vous avez projeté, la reine y consent, 1 elle-même approuve votre résolution, et « veut qu'elle soit exécutée.

« Aussitôt Chlothachaire saisit par le « bras le plus âgé de ses neveux, le ren- « verse à terre, et lui plonge son poignard « dans le sein:, l'enfant expire en pous- « sant des cris.

<c Le second enfant, effrayé, se jette aux « pieds de son oncle Childebert, embrasse K ses genoux, et dit en pleurant: — Se- « courez-moi, mon cher oncle, que je ne « périsse pas comme mon frère! — Chil- - debert, touché jusqu'aux larmes, dit à «Chlothachaire: —Mon cher frère, je <' t'en prie, laisse la vie à cet enfant,

(1) Trois observations sont à faire sur cette partie du récit de Grégoire de Tours. D'abord il faut remarquer l'usage des symboles propres à frapper les yeux, à servir de supplément à la parole ; la vue de la paire de ciseaux et du poignard nu fit sur Chrothechilde plus d'efiet que le discours d' Arcadius. Il paraît que cet homme ne parlait pas le langage des Francs, puisqu'il est obligé d'employer des symboles pour se «faire entendre par Chrothechilde.

On voit avec peine cet homme, d'une famille romaine et illustre à plusieurs égards, fils d'ApolHnaire, sénateur d'Auvergne, et sénateur lui-même, s'avilir jusqu'à être domestique dans la maison de ces rois, jusqu'à les servir dans leurs projets abominables, La barbarie s'était rapidement propagée; elle avait étouffé dans ce Gaulois tous les sentiments généreux.

Grégoire de Tours cherche à justifier la fatale et cruelle décision de Chrothechilde; mais, à travers tout ce qu'il dit pour excuser sa réponse, on voit distinctement percer l'orgueil et la fierté d'une femme barbare, disposée à leur sacrifier tous les devoirs, toutes les affections de la nature.

< accorde-moi cette grâce, et je t'accorde- <■ rai ce que tu désireras. Je te le demande.

< ne le tue pas.

« Ces prières mettent Chlothachaire en :< fureur : — Repousse cet enfant de tes « bras, ou tu vas mourir avec lui, s'écria- « t-il ; c'est toi qui as formé le complot, t et tu manques si promptement à ta « parole! — Childebert repousse son ne- « veu; Chlothachaire s'en saisit, lui en- * fonce son poignard dans le côté, et le tue ï comme il avait tué l'aîné. Puis les deux K rois vont égorger les serviteurs et les « nourriciers de ces enfants. Après ces '< exploits, Chlothachaire, sans s'inquiéter « des meurtres qu'il venait de commettre, K monte à cheval et quitte Paris, et Chil- « debert se rend dans une maison decam- « pagne voisine de cette ville (1).

« La reine Chrothechilde fit ensevelir « les corps de ces deux enfants ; leur con- « voi funèbre fut célébré avec magnificence « et beaucoup de chants. Ils furent inhu- « mes dans l'église de Saint-Pierre et da « Saint-Paul (depuis Sainte-Geneviève).

« Quant au troisième enfant, nommé « Chlodovalde, des hommes puissants (des « leudes) l'enlevèrent, et le ravirent à la « mort. Il s'adonna à la religion, coupa de « ses mains sa longue chevelure, devint <t prêtre, et se distingua par de bonne> « œuvres (2). »

Childebert et Chlothachaire se partagèrent, à lance égale, l'héritage de leur frère Ghlodomère, dont ils venaient d'égorger les enfants (3).

Ces scènes se passèrent en l'an 533 :

elles révolteraient des cannibales ; elles ne portèrent alors nulle atteinte à la réputation des deux rois qui y jouèrent les principaux rôles. Childebert fut un princ» très pieux, très charitable, parce qu'il

(1) Peut-être au lieu appelé CUpiacum, aujourd'hui Clichi, ou bien Savies, maison royale située à l'entrée de Belleville, du côté de Paris, et à droite en montant. [Dissertation sur V Histoire ecclésiastique de Paris^ par l'abbé Lebeuf, t. II, p. 100 et 112.)

(2) Ce prince, échappé aux poignards de ses oncles, fut considéré comme un saint, et de son nom Chlodovalde on a fait celui de Cloud. Saint Cloud fut inhumé dans le bourg qui porte son nom, bourg situé à deux lieues et à l'ouest de Paris, sur la rive gauche de la Seine.

(31 Gregor. Turon. Hist., lib. 3, cap. 18.

sors LA PREMIERE RACE

fonda leglise de SaiQt-Vinceut et de S:iinte-Croix. aujourd'hui Saint-Gerraain- .ies-Pres ; Chlothachaire. un prince très grand, parce qu'il réunit les quatre royaumes de la Gaule sous sa domination.

Chlothachaire termina, en l'an 561.

une longue carrière remplie de succès et de crimes bas ou atroces. Il s'étonna . en mourant, de voir que la puissance de Dieu Citait supérieure à la sienne. « L'ca! uva ! » riait-il ; quelle est donc la puissance du Dieu du ciel , puisqu'il peut abattre un aussi grand roi que moi I) ? »

Ceroi eut de ses quatre épouses ou concubines sept fils : Charibert , Gunthaire, Chramn , Childéric , Guntchramn . Chilpéric et Sigebert, qui , élevés à la même •^cole, eurent les inclinations et la férocité de leur père.

Charibert se chargea, en l'an 556. de faire la guerre à son propre frère Chramn. Après la mort de son père, il fut roi de Paris ; il eut quatre épouses vivantes en même temps.

En l'an 562, Honorius, nommé évêque de Saintes, vint à Paris demander à ce roi la confirmation de son élection ; Charibert le reçut avec colère, le chassa de son palais, le fit attacher sur un chariot rempli d'épines, et en cet état, l envoya en «xil (2). Charibert mourut en 567.

Gunthaire fut, en l'an 533. envoyé contre les Goths ; il arriva jusque dans le Kouergue, et, s'y arrêta sans poursuivre -on expédition. Il revint, et l'histoire n'en parle plus.

Chramn , envoyé en Auvergne par son père, s'y livra à toute espèce de violences ; il enlevait les filles et les femmes des sénateurs de Clermont, et, après en avoir abuse, il les livrait à ses compagnons de débauche. Il se révolta plusieurs fois contre son père, qui chargeait ses autres fils d'aller le combattre. Chlothachaire marcha lui-même contre ce fils, qui, n'osant lui résister, prit la fuite et fut arrête; sa femme et ses filles éprouvèrent le même

(1) Greyor. Turon. Hist., lib. 4, cap. 21. i'ksta Francorum^ lib. 1, etc. Uca, ou Wa, est une exclamation d'étonnement, d'admiration ; le vieux mot français ouais, que l'on trouve encore dans Molière, semble être la traduction d'ura ; ou bien c'est le même que le cri de détresse si souvent poussé par les juifs allemands à Metz ; Ovaie-ocaie .'

;2) Gregor. Turon. Iiist.^ lib. 4, cap. 36.

sort : Chlothachaire ordonna qu'ils fussent tous brûles vifs. Cet ordre cruel fut exécute (I).

Guntchramn ou Gontran, roi d'Orléan< et de Bourgogae. dont le nom figure encore dans le calendrier, au 28 mars, parrai les saints que l'Eglise révère, offrit, dans sa conduite, un mélange de dévotion et d'actions scélérates. Il fit longtemps la guerre à ses frères Chramn . Sigebert et Chilpéric. Il quittait tour à tour, et suivant ses intérêts, un parti pour embrasser le parti contraire. Il fit souffrir dhorribles tourments aux ambassadeurs de Gundovalde, malheureux prince, victime de la perfidie de plusieurs ducs, et qui, à ce qu'il paraît, était le frère du roi Guntchramn (2). Il fit périr dans les supplice.^ l'évêque Épiphane. qui, chasse de son siège par l'armée des Lombards, n'avait commis d'autre faute que celle de s'être réfugié chez l'évêque de Marseille (3).

11 égorgea ou fit égorger les deux fils de Magnachaire.son beau-pere, pour quelques paroles indiscrètes qui leur étaient échappées contre la reine Austrechilde, son épouse (4).

En l'an 580, Austrechilde, sa méchante épouse, près de rendre son àme scélérate a Dieu , comme s'exprime Grégoire de Tours, exigea de Guntchramn que les médecins qui lavaient soignée pendant le cours de sa maladie fussent mis à mort. A peine est-elle expirée, que ce roi, voulant remplir les dernières intentions de son épouse, fit souffrir plusieurs tortures à ses médecins, les fit égorger et enterrer ave» elle (5).

Il fit attacher à un poteau et lapider son chambellan Chundon , accuse , mais non convaincu, d'avoir tué un bufde dan~une forêt (6).

Son frère Charibert avait laissé une veuve, appelée Theudechilde. Cette veuve, encore jeune, fit savoir à Guntchramn son désir de vivre à sa cour, et même d'y vivre en qualité de son épouse. Ce roi répondit : « Qu'elle vienne auprès de moi, « qu'elle vienne avec ses trésors. J'accept*.»

(I) Gregor. Turon. Hist., lib. 4, cap. 20. (21 Idem,\\h. 7, cap. 32.

(3) Idem, lib. 6, cap. 24.

(4) Idem, lib. 5, cap. 17.

[5j Gregor. Turon. HUt., lib. 5, cap. 36. Epitomata Aimonius, eodem anno.

(6) Idem, lib. 10, cap. 10.

« l'offre qu'elle me fait ; je la ferai grande « aux veux du peuple , et elle sera avec « moi plus honorée qu'elle ne l'était avec « mon frère. » Theudechilde , transportée de joie, se met en marche, et arrive avec ses trésors. Guntchramn les regarde et dit : « J'ai droit à ces trésors ; je peux en « disposer : ils viennent d'une femme qui « s'était rendue indigne de partager la « couche de mi on frère. » Après cet accueil brutal, Guntchramn lui prit la plus grande partie de ses richesses , et la fit conduire dans un couvent à Arles, où, soumise aux austérités de la règle, étroitement resserrée, elle fut en butte aux rigueurs et même aux coups de l'abbesse ; et où elle passa le reste de sa vie, tourmentée par ses passions et par les châtiments qu'elles lui attiraient (1).

Je pourrais ajouter sur ce saint roi plusieurs autres traits qui contribueraient* à prouver que sa dévotion ne tempérait point son naturel barbare, et ne le rendait pas plus homme de b,ien. Ce prince fourbe, lâche et cruel, ne manquait guère d'assister aux offices divins. îl donna du bien aux églises, voilà ce qui le fit proclamer saint.

Chilpéric, roi de Soissons et ensuite de Paris, fut inspiré par son caractère lâche et féroce et par son infernale épouse. Sa vie n'offrit qu'une suite de crimes ; je ne parlerai point des guerres longues et cruelles qu'il fit pour envahir les Etats de ses frères ; de l'assassinat de Sig^bert, l'un d'eux, ni de la mort de son épouse Galswinde, qu'il consentit àfaire étrangler 4ans son lit pour épouser Frédégonde, sa concubine (2); je n'oserai exposer les horribles supplices qu'il fit subir à Sigila, serviteur de son frère Sigebert : ce serviteur était coupable d'avoir'défendu le roi son maître contre les sicaires que sa bellesœur Frédégonde avait envoyés pour l'assassiner (3)." Je me bornerai a dire, qu'après avoir appris avec joie l'assassinat de ce frère, Chilpéric vient à Pans , où résidait la reine Brunichilde, veuve de Sigebert: sans avoir égard à sa douleur , il la chasse de cette ville, l'exile à Rouen, et veut égorger le fils de cette veuve , son propre neveu, qui avait à peine atteint l'âge de cinq ans ; mais le duc Gundovalde

(1) Gregor. Turon' Hist., lib. 4, cap. 26.

(2) Gregor. Ttiron. Hist , lib. 4, cap. 28,

(3) Wem, cap. 52.

DE PAîlîS

parvient à l'arracher de se.-, mains, et à le mettre en sûreté à Metz (1j.

11 persécute son fils Mérovée, qui, réduit au dernier désespoir, se fait poignarder par un de ses domestiques. Par les ordres de Chilpéric, on arrête tous les serviteurs de ce fils ; on les torture, et ils expirent dans des tourments qui font frémir d'horreur (2). Il exerce de pareils actes de cruauté contre le préfet Mummolus; et après l'avoir fait longtemps souffrir, il ordonne sa mort (3).

Grégoire de Tours le qualifie d'Hérode et de Néron de son temps. « Souvent, « dit-il, à l'exemple de ce dernier, il pre- « nait un grand plaisir à dévaster et à in- « cendier des régions entières... Souvent « il fit injustement périr des hommes pour « envahir leurs biens. Adonné à la gour- « mandise, il faisait un dieu de son ven- « tre... Il serait difficile d'imaginer tou- « tes les recherches qu'il employait pour « sa luxure, d'imaginer tous les excès de « sa débauche. Il s'occupait sans cesse à « inventer de nouveaux moyens d'oppri- « merle peuple. L'évulsion des yeux était « la peine ordinaire qu'il infligeait aux « condamnés; et les ordonnances, que « pour ses intérêts particuliers il adres- « sait aux juges, se terminaient, comme « je l'ai dit, par ces mots : « Si quelqu'un 'c s'écarte de mes ordres, qu'on lui arra- « che les yeux (4). »

Ghilpérïc, perfide et cruel , tyran exécrable, était surpassé en scélératesse par son épouse Frédégonde, qui, en l'an 584, le fit assassiner à Chelles. Ce roi méritait certainement la qualification d'Hérode et de Néron que Grégoire de Tours lui attribue; mais pourquoi cet écrivain blàme-til dans Chilpéric des crimes qu'il n'a pas blâmés dans Guntchramn , dans Childebert, etc., et qu'il a presque loués dans Clovis? C'est parce que Clovis, Childebert et Guntchramn avaient comblé le clergé de richesses et de pouvoir, fondé des monastères, enrichi des églises; parce qu'enfin Chilpéric se récriait contre le luxe, l'orgueil, les richesses et le pouvoir des évêque?.

Sigebert, roi de Metz , céda trop souvent aux inspirations de sa vindicative

(1) Gregor. Turon. Hist., lib. 5, cap. 1.

(2) Idem, lib. 4, cap. 52.

(3) Idem, \ih, 6, cap. 35.

(1) Jdmi, lib. 6, cap. 46.

SOfS LA PREMIERE RACE

épouse Brunichilde OU Brunehaut, et fut presque toujours en guerre centre ses frères. Actif, courageux, plus malheureux que criminel, il resTsta souvent , avec un succès inattendu, aux attaques de sa famille, mais succomba à la perfidie de son frère Chilpéric , ou plutôt à celle de sa belle-sœur Frèdégonde : il mourut , au milieu de son camp, poignardé par les émissaires de cette femme.

Dans la conduite et le caractère des rots qui succédèrent aux quatre fils de Chlothacaire,se trouvent le même mépris pour tout ce qui constitue l'ordre social, pour !a justice, pour la foi promise ; les mêmes outraees aux lois de la nature, les mêmes actes de férocité, et la même bassesse dans leurs motifs.

Childebert II appelle auprès de lui le duc Magnovalde, l accueille, et le fait assister à un combat d'animaux. Le duc considérait un animal poursuivi par des chiens et riait aux t-clats, ainsi que les autres spectateurs , lorsqu'un homme, aposté derrière lui , lève sa hache et lui abat la tête. Son corps mort est jeté par les fenêtres. Aussitôt le roi fait saisir le trésor de celui qu'il venait de faire assassiner (<).

Je passe une infinité de traits de cette nature ; les guerres scandaleuses entre les membres de la même famille ; le tableau des frères armés contre les frères , qui cherchent à se ravir leurs richesses, à s'arracher réciproquement la vie, dont l'un égorge les enfants de l'autre ; une reine âgée d'environ soixante-dix ans (Brunichilde) , suppliciée pendant trois jours, enfin écartelée par les ordres de son neveu, qui l'accuse d'avoir fait périr dix rois francs (i). Telle est l'esquisse des scènes horribles qu'à la fin du sixième siècle offrit la Gaule asservie sous la domination des Fi-ancs.

Dagobert, ledernier desrois decetterace qui aient par eux-mêmes exercé lepouvoir absolu, voit avec impatience son frère Charibert posséder dans le midi de la Gaule une petite portion de Ihéritage de leur {ère. Il place" auprès de ce frère un de SOS afiidés appelé -Ega. Il fait tuer Brodulfe, oncle de Charibert, qui lui portait ombrage, parce qu'il employait plusieurs moyens pour maintenir le loi son neveu

(1) Gregor. Turon. Hist., lib. 8, cap. 36.

(2) Fredegarii C/ironic, cap. 42.

sur sorv trône. Bientôt Charibert mourut de mort violente, et, peu de jour? après, son fils Chil; oric éprouva le même sort. On rapporte, dit Frédégaire. que Charibert fut tué par la faction de Dagobert (I).

Ce roi envoya aussitôt au palais de son frère, pour reconnaître ses trésors . et les faire transporter à Paris. Le duc Baronte, chargé de cette commission, s'appropria une partie des richesses de cette succession (2).

Il fit couper la tête à Bozon. fils d'Audolénus, à Ghrodoald, auquel il avait promis pardon et amitié, etc. Ces exécutions, qui ne se faisaient point par le bourreau, mais par des ducs qui s'en chargeaient avec empressement, étaient alors et'furent longtemps après considérées comme les actes ordinaires et légitimes de la royauté, comme les prorogatives du trône.

Dagobert porta la guerre chez les Saxons, tua leur duc Berthoald, dévasta toute la Saxe, et fit massiicrer tous les habitants dont la stature surpassait en hauteur la longueur de son épée (3). Ce trait e?t conforme au génie des kirbares; le suivant est bien plus atroce.

En l'an 631 , neuf à dix mille Bulgares, sans y comprendre leurs femmes et leurs enfants, chassés de la Pannonie,leur patrie, vinrent demander h Dagobert un asile dans les terres de sa domination, et la permission de s'y établir. Ce roi leur fit répondre qu'il allait prendre des arrangements relatifs à leur demande, et qu'en attendant il les autorisait h passer l'hiver dans la Bavière, et ii se répartir dans les maisons des habitants de ce pavs. Les Bulgares obéissent. Bientôt après, Dagobert ordonne aux habitants qui logent des étrangers dans leurs maisons de les égorger tous dans la même nuit, sansexcepterles femmes et les enfants. Cet ordre est exécuté . près de vingt mille personnes de tout î'igc, de tout sexe, furent égorgées dans leur lit et dans les maisons" ou ils avaient reçu l'hospitalité. Sept cents hommes avec leurs femmes et leurs enfants

\l] Fredegarii Chronic, cap. 52-57.

[2') Idem. cap. 47.

(3j Gesta regum Francorum, cap. 41. L'anonyme, moine de Saint-Gall, rapporte que Charlemagne usa de lu n.ême cruauté envers des nations barbares qui attaquaient la France du côté du levant.

purent, suivant Frédégaire (1), échappera ce massacre ; suivant d autres, ils périrent tous.

Cette boucherie d'hommes fut ordonnée froidement, sans motif , si ce n'est celui de se débarrasser d'une population dont Dagobert ne savait que faire, trop inhabile pour l'utiliser.

Les successeurs de Dagobert n'eurent de roi que le titre, furent placés sous la tutelle des maires du palais, qui exercèrent le pouvoir absolu. Sous ces nouveaux maîtres, les mêmes erreurs , la même barbarie, les mêmes vices dans l'état politique produisirent de semblables désordres et des crimes aussi nombreux , aussi révoltants.

Si l'on m'accusait d'avoir charge ce tableau, d'avoir montré les crimes, et caché les actions vertueuses, je répondrais que j'ai textuellement, et avec fidélité, traduit et cité mes autorités ; que j'ai même sacrifié, à la nécessité d'abréger, à la crainte d'exciter des sentiments pénibles, une infinité de traits odieux qui auraient contribué beaucoup à mettre en évidence les vices de la barbarie, ceux de l'absurde* régime que les Francs apportèrent dans la Gaule ; je répondrais que je n'ai pu parler de leurs actions louables, puisque l'histoire ne leur en accorde aucune ; que je n'ai pu faire un choix , puisque les historiens originaux sont unanimes sur tous ces princes ; ils nous les présentent chargés de vices bas et atroces, et dépourvus de toutes vertus sociales; ils nous les représentent comme la honte et le fléau de l'espèce humaine.

A celte esquisse sur les rois de la première race il faudrait joindre celle de la vie des reines et princesses ; il faudrait peindre le dévergondage de Basine , les vengeances et l'orgueil de Chrothechilde ou Clotilde , la cruauté de Marcatrude, , celle d'Austrechilde , deux femmes de ' Guntchramn ; la première qui fit empoisonner le fils de son époux, la seconde, qui, en mourant, exigea de ce roi le supplice de ses deux médecins.

Il faudrait parler de cette Chrodielde, fille du roi Childebert, religieuse au couvent de Poitiers, qui, apportant dans le cloître toutes les passions tumultueuses d'une princesse barbare, tout l'orgueil qui dominait dans les cours des Francs, fit

(1) Fredegarii Chronic, cap. 72, Gesta Dagoberti, cap. 28.

Paris. — Typographie

DE P.\R1S

naître de si longs désordres, de si étranges scandales, et transforma les vierges du Seigneur en bacchantes furieuses.

Û faudrait réciter la longue série de guerres , d'assassinats , d'empoisonnements, de crimes de toute espèce, excités, commandés et commis par deux reines, épouses de deux frères ennemis, par deux femmes qu'animait l'une contre l'autre 1m plus violente des haines féminines etroynles. Brunichilde, vulgairement nom.mee Brunehaut, et Frédégonde sont ces furie<. qui semblent vomies par les enfers pour le malheur de leur siècle. La première fit couler des torrents de sang, couvrit une partie de la Gaule de ruines. On peut l'accuser d'assassinats, d'intrigues criminelles: l'accuser, comme fitleroi son neveu, d'avoiidonné la mort à dix rois; mais, au milieu de ses forfaits, on distingue quelques actes dignes d'éloges. On présume qu'elle fit dans ses Etats réparer les voies romaines, qui portent encore aujourd'hui le nom de chaussées de Brunehaut. Un motif louablo la poussa dans la carrière des vengeances : sa sœur, la reine Galswinde , fut étranglée dans son lit, à l'instigation de Frédégonde. Le seul trait vraiment héroïque qui figure dans l'histoire de la première rare lui appartient. Le voici :

Trois ducs, Rauchin , Ursion et Bertefred, ligués contre Loup , duc de f Champagne, veulent lui arracher ce duché et la vie. Loup se dispose à la défense. Les deux armées s'approchent , le combat va s'engager ; alors , entre les deux armées on voit s'avancer, montée sur un cheval, vêtue en habit de guerre, la reine Brunichilde. « Arrêtez, guerriers! s'ecrie-t- « elle, arrêtez ! épargnez un innocent : « pour an seul homme faut-il livrer une « bataille, exposer les intérêts d'une pro- « vince? » Le duc Ursion lui cria : « Fem- « me, retire-toi : tu as régné du temps « du roi ton époux : c'est maintenant ton « fils qui règne, ce n'est pas à toi, c'est à « nous à le défendre : retire-toi, ou crains « d'être foulée aux pieds des chevaux. « Brunichilde ne se retira point, et parvint, après de longs débats, a obtenir une suspension d'armes (1).

La vie de Frédégonde n'offre aucune action pareille ; ses forfaits ne sont compensés par aucune action louable. Ghex elle les crimes se montrent dans leur

(1) Grerjor. Turon. Hist. lih. 6, cap. 4. L\couB, TUP Soiirnot, 18.

sous LA PF.

horrible nudité. Cette femme ne rêvait que /rieurtres . empoisonnements , supplices, hllle fit égorger les fils de son mari ; elle tenta plusieurs fois de faire assassiner ses frères, et Sigebert ne put éviter le poiiiinard des émissaires de cette furie.

I.e timide Guntchramn la redoutait, no-aitlui déplaire, et l'avait en horreur. Dti'vant les évèques qui. en 588. vinrent lui

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