‹ Histoire de ParisChapitre 26 sur 261 · RACE · texte numérisé non relu

RACE

moigne (I

Ilconsc^^'a, dans son gouvernement, plusieurs coutumesque les Francs tenaient de leur barbarie originelle, et notamment celle qui autorise les fils à partager entre eux It'S Etats de leur père. Cette coutume avait, sous la première race, allumé , entretenu le feu ues guerres civiles, et elle ne fut pas moins fatale sous la seconde.

Charlemagne ne se doutait pas qu'il pût exister un régime préférable à celui que ses aïeux avaient adopté dans les forêts de la Germanie ; il ne connaissait que le despotisme, si commode pour les chefs de nations, et qui serait le meilleur des gouvernements si les rois étaient les meilleurs des hommes. Charlemagne était plus propre à réparer qu'à construire un édifice politique.

Cet empereur fut le premier prince franc qui, malgré plusieurs taches de barbarie qui ont souillé sa mémoire, offrit un caractère d'héroïsme , de magnanimité, et montra du génie. Il fit de'grands efforts pour ramener dans ses Etats le culte des lettres. S'il ne réussit pas complètement dans l'exécution de ce noble projet, il faut en accuser son siècle et les vices du gouvernement. Il rétablit des écoles depuis longtemps abandonnées; elles ne répandirent pas de grandes lumières, mais elles préservèrent les lettres de leur ruine totale.

Charlemagne promulgua un très grand

(1) Voyez, ci-après, le Tableaumoral.

nombre de lois, et eut la force de les faire exécuter. Ses successeurs en publièrent beaucoup, mais elles ne furent pas toujours suivies de leur exécution.

Le 28 janvier 814. Charlemagne mourut dans son palais d'Aix-la-Cha"pelle , et laissa une renommée de grandeur qu'il devait à sa vaste domination et à la supériorité de son génie. Je ne parlerai point ici de ses successeurs, de ce Louis le Débonnaire, si dévot, si doux , si faible, et si cruellement outragé par ses fils ; ni de Charles le Chauve , dont la méchanceté, la faiblesse et l'impérilie hâtèrent la ruine de la dynastie carlovingienne. Ces princes, guidés ou plutôt trompés par la noblesse et le clergé, livrèrent la Gaule aux plus affreux désordres, et se laissèrent entièrement dépouiller de l'autorité souveraine par ces deux classes.

Ainsi l'absence de fortes institutions, l'usage des souverains de partager leurs Etats entre leurs fils , le caractère faible des successeurs de Charlemagrie, l'ambition des ducs et des évêques, toujours prêts à profiter de cette faiblesse, répandirent sur la Gaule un torrent de calamités , et procurèrent aux dépens des rois et des peuples une désastreuse consistance au régime féodal, le pire de tous les régimes.

A ces malheurs, il faut joindre les nombreuses incursions des Normands, qui pendant près d'un siècle vinrent, h diverses reprises et sur différents points, piller et dévaster la Gaule. Ces brigands, à la faveur du désordre général, purent souvent, sans rencontrer d'obstacles , assouvir leur barbare cupidité.

Paris eut sa part des événements désastreux qui affligèrent les autres lieux de la Gaule, et cette ^ille fut aussi une notable victime de la faiblesse des rois et du brigandage de ces étrangers.

Les pertes de Paris sous la seconde raco ne furent compensées par aucun avantage, si ce n'est que ses églises s'enrichirent d'un liés grand nombre de reliques, objets alors d'une haute importance pour le clergé. Je dirai, dans la suite, comment ces richesses furent acquises ; mais je dois auparavant expo-er sommairement l'historique des incursions des Normands et des maux qu'ils causèrent à cette ville.

Dès l'an 808, ces barbares commencèrent à infester les côtes de la Gaule. En 820, ils firent remonter leurs barques par la Seine, et tentèrent de pénétrer dans

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l'intérieur de la Neustrie; ils en furent repoussés.

En 841 , ils remontèrent sans obstacle cette rivière, pillèrent tous les lieux d'habitation situés sur l'une et l'autre de ses rives, puis se retirèrent chargés de butin.

Encouragés par ce succès facile, en 845, les mêmes étrangers, conduits par Rageïiaire, montés sur cent vingt barques, font une nouvelle expédition , et s'avancent jusqu'à Paris. Ils s'y présentent la veille de Pâques. Rien n'était disposé pour la défense, tant était faible et vicieux le gouvernement d'alors. On ne leur opposa aucune résistance. Les Parisiens désertèrent leur ville ; les prêtres et les moines, avec leurs trésors et leurs reliques, prirent brusquement la fuite. Tout ce qui restait de biens dans cette place sans défense devint la proie des Normands.

Cependant l'empereur Charles le Chauve, à la tête d'une armée , s'avance jusqu'à l'abbaye de Saint-Denis ; mais, n'osant pas combattre ces ennemis, il s'arrête dans cette abbaye. Là, il traite avec eux, et, pour s'en débarrasser, il leur donne la somme de sept mille livres pesant d'argent (1).

A la fin de décembre 856, nouvelle incursion de ces barbares ; nouvelles alarmes, nouvelles pertes, même imprévoyance.

Sans éprouver la moindre résistance, ils pillèrent Paris pour la seconde fois, et continuèrent leurs dévastations pendant tout le mois de janvier 857 (2). Voici ce que portent les Annales de Saint-Bertin : oc Les pirates danois envahissent la Lutèce « des Parisiens {Lotitiam Parisiorum),

et y mettent le feu... Les Danois, qui « séjournent sur les rives de la Seine, dé- « vastent tous les lieux voisins ; ils en-

%) Recueil des Historiens de France, t. VII, p. 41, 63, 348.

(2) Pendant cette incursion, les Normands firent prisonniers Louis, abbé de Saint-Denis, et son frère Goslin, abbé de Saint-Germain : le premier de ces abbés fut obligé de payer pour sa rançon six cent quatre-vingt-cinq livres d'or, trois mille deux cent cinquante livres d'argent, et en outre de livrer plusieurs serfs avec leurs femmes et leurs enfants. Cette somme exorbitante, qui s'élèverait aujourd'hui à environ dix millions de notre monnaie, fut tirée des trésors de plusieurs monastères. [Annales béné- Jt-t., t. III, p. 60.)

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« trent dans la Lutèce des Parisien.-.

« brûlent la basilique du bienheureux « Pierre et de Sainte-Geneviève (t) ; et • d'autres basiliques, telles que l'église de « Saint-Etienne, celle de Saint-Vincent « et de Saint-Germain, et celle de Saint- « Dcnis-de-la-Chartre), se rachetèrent de « l'incendie moyennant des sommes con- « sidérables (2). "

Les dégâts qu'ib commirent alors dans le monastère de Saint-Vincent ou Saint- Germain, et dans Paris , sont plus détaillés par l'historien de cette abbaye. Ces brigands, dit-il, pénètrent sans obstacles dans ce monastère et dans l'église , où ils trouvent les moines occupés à chanter matines ; ils les mettent en fuite, ouïes réduisent à se cacher, pillent les vases sacrés et tous les objets précieux contenus dans le couvent, incendient le bâtiment du cellier, et tuent quelques familiers de l'abbaye, qui n'avaient pas eu le temps de fuir. De là ils abordent dans l'île de la Cité. A leur approche, les négociants épouvantés s»pressent de transporter leurs marchandises sur leurs bateaux, et cherchent à échapper aux pillards ; mais ceux-ci s'emparent des marchands et de leurs richesses, et réduisent en cendres les habitations de la ville (3).

Pour la troisième fois, au mois de janvier 861, les Normands envahissent Paris, le brûlent ainsi que la basilique de Saint- Vincent ou de Saint-Germain-des-Prés et quelques maisons voisines.

Enhardis par ces exploits sans obstacles, ces brigands, auxquels se joignaient plusieurs nobles ou princes francs, conr-!rentle projet de chercher, dans les pc^ situés au-dessus de Paris, des richesse > qu'ils ne trouvaient plus dans les contrées situées au-dessous de cette ville, contrées et ville où il ne restait plus rien à prendre. Je pense qu'alors, maîtres de cette place ,

(1) Etienne, abbé de Tournai, parle d ; l'église de Sainte- Geneviève, brûlée à ce'.î'j époque par les Normands, qui ne respect rent point le corps de cette sainte. Il dit quf cet édifice, de construction royale au dedans et au dehors, était décoré de mosaïques et de peinturf^s. [Recueil des Historiens de France, t. Ill, p. 72, note d.)

(2) Recueil des Historiens de France, t. Vil, p. 72, 153.

(3) Recueil des Historiens de Fronce, t. \n, p. 76, 154, 351.

ils rompirent le Grand-Pont, ou Pout-au- Change, afin que leurs barques pussent facilement remonter la Seine. Ils durent le rompre, parce que ses piles, trop rapprochées les unes des autres, opposaient a leurs barques un obstacle qui les empêchait de porter leur brigandage plus loin. Toutefois, il est certain qu'alors ils remon-

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