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SOLS LA SECONDE RACE

terent la Seine, et pillèrent, au-dessus de Pans, des contrées où ils n'avaient pas encore porté leurs ravages (1).

Arrivés avec leurs barques au-dessus de Pans, ils entrèrent dans la Marne, pillèrent 1 abbaye de Saint-Maur. puis la ville de Meaux: une partie de leur troupe alla prendre et ravager Melun. L'empereur

Saint- Merry.

Charles le Chauve restait à Senlis pendant ces ravages, ne pouvant ou n'osant point en arrêter le cours. ^

Ce prince, faible et dévot, après la retraite des Normands, ordonna dit-on, la

avec le consentement d'Enée, évèquede Pans, notre fidèle, de faire construire à

(1) Il est remarquable qu'aucun des moréparation dês"bâïïmen7;:"dë<r é-l'iS."' <je ^ m^î ^1°"" ^'"T" ''V"",«'=' ^'^ Nor-

; ulteneure, les pHes des ponts de cette^ ville pOes qui ne laissaient pas entre elles un es- : pace sufnsaut au passage de leurs vastes barques. C est pour faire disparaître cet obstacle qu'ils détruisirent le Grand-Pont; c'est , dans la suite, pour leur opposer le même , obstacle, que Charles le Chauve le lit réta- 1 bhr; c'est parce qu'ils trouvèrent ce Grand-

^ ■ , , -Saint-Ger

ma,n et, par un diplôme, la reconstruction du Grand-Pont, que les Normands \6m ^ ' ^°^^* ^ ^"^ porte ce di-

« Pour la tranquillité de tout notre . royaume, pour la défense de la .sainte - Eglise de Dieu, et pour être préservé des • ravages des Normands, il nous a plu^^

j| 4 4 HISTOIRE

« Paris, et sur le territoire du monastère « de Saint-Germain, monastère anciennec ment nommé l'Auxerrois (1), un grand « pont ( ou le Grand-Pont, majorem fa- « cere ponîem ) aux dépens de notre tré- « sor. » Charles le Chauve donne ensuite, pour l'amour de Dieu, de sainte Marie, mère de Dieu, et de saint Etienne, les produits de ce pont à l'évêque de Paris et à ses successeurs (2). Les notes chronologi- .ques de ce diplôme ne s'accordent pas entre elles. L'année où il fut donné est, suivant les uns, celle de 870, suivant les autres, celle de 861 ; de sorte qu'il n'est pas facile d'en déterminer l'époque.

Quoique ce diplôme porte, comme beaucoup d'autres, des caractères de fausseté, il est certain que le fait principal, la reconstruction du Grand-Pont, ne peut être révoqué en doute, puisque, dans la suite, lorsque les Normands firent une nouvelle incursion, ils trouvèrent ce pont reconstruit, ce qui rendait plus difficile et contrariait leur projet de remonter leurs barques au-dessus de Paris. Alors, pour vaincre cet obstacle, ils eurent recours à des moyens extraordinaires dont je parlerai.

De plus, Adon, dans sa Chronique, dit que a Charles le Chauve fit construire un pont « sur la Seine, pont dont les extrémités « étaient munies de forteresses, afin d'ar- « rêter l'impétuosité des Danois et des Nor- <t mands (3). » Ce passage confirme le fait de la construction d'un pont énoncé dans le diplôme, mais ne prouve rien au-delà. La situation de ce pont a fait naître de longues discussions. Des écrivains moder-

Pont rétabli et fortifié qu'ils assiégèrent Paris, et qu'après la paix honteuse conclue entre eux et Charles le Gros, ils mirent à terre leurs barques, et les traînèrent audessus de cette place. Leur désir constant était de franchir un obstacle qui s'opposait à ce qu'ils pussent piller les contrées arrosées par la partie supérieure de la Seine, par la Marne et par l'Yonne, etc.

(1) Ces mots : monastère anciennement nommé l'Aujerrois, prouvent la fausseté du diplôme. Sous la première et la seconde race, cette église se nommait Saint-Germain-le- Rond. Elle a porté ce nom jusqu'au douzième siècle.

(2) Recueil des Historiens de France, t. VIIÎ, p. 568.

(3) Recueil des Historiens de France, t. VU, p. 55.

nés, tels que les pères Félibien et Lobineau, auteurs de Y Histoire de Pai'is ; Bonami, dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions; dom Duplessis, dans ses Annales de Paris, et Jaillot, dans ses Recherches sur cette ville, ont prétendu que Charles le Chauve ne se borna pas à faire réparer le grand et le petit pont ; qu'il en fit, de plus, construire un troisième, qui aboutissait à l'île de la Cité, traversait les deux bras de la rivière, et se divisait en deux parties. Le plus grand nombre de ces savants placent ce pont un peu au-dessus du Pont-Neuf. Il s'étendait, disent-ils, du quai des Augustins jusqu'à celui de la Ferraille. M. Jaillot admet ce troisième pont, mais ne le place pas au même endroit. Il était, suivant lui, dans l'emplacement du pont Saint-Michel. Ces diverse.opinions des partisans d'un troisième ponl se détruisent réciproquement, et sont trop faiblement appuyées ppur être admises.

D'ailleurs, si ce troisième pont eut existé, il aurait eu, ainsi qu'en avaient les deux autres, des têtes-de-pont, des rues aboutissantes. On n'en trouve aucune trace sur les lieux, ni aucune notion dans les monuments historiques.

Dans un temps ou le gouvernement manquait de forces pour résister aux Normands, manquait de moyens pour fortifier Paris, il devait aussi en manquer pour construire un ouvrage aussi vaste que celui que l'on suppose (1). Il est évident que Charles le Chauve se borna à faire reconstruire le Grand-Pont, comme le portent le diplôme cité et la chronique d'Adon ; à le faire fortifier ainsi que le Petit-Pont, à placer des tours ou forteresses à leurs extrémités, afin d'opposer une barrière insurmontable à la navigation ultérieure des Normands.

Ce diplôme, d'ailleurs, ne fait mention que d'un pont, que du Grand- Pont, majorem pontem. C'est ainsi qu'on nommait le Pont-au-Change, parce qu'il était bâti sur le plus grand bras de la Seine ; et, par opposition, le pont qui traversait le petit bras de cette rivière était appelé Petit- Pont.

La Chronique d'Adon ne parle aussi que d'un pont, muni de forteresses à ses deux

(1) L'auteur d'un ouvrage récent, intitulé: Paris ancien et moderne, a, p. 76 et suiv., victorieusement combattu cette opinion de M. BonamiQt de ses partisans.

iOUS LA SECONDE RACE

extrémités, comme il Tétait lorsque, dans la suite, les Normands firent le siège de Paris.

En l'an 877, Charles le Chauve ordonna ijue la cité de Paris, les châteaux situés sur la Seine, et spécialement le château de Saint-Denis, seraient rétablis ou réparés 1 1 ) . Ces réparations mirent Paris en état ]e défense.

Vini:t-quatre ans s'écoulèrent, et Paris, )endant cet intervalle de temps, n'éprouva aucune insulte de la part des Normands; mais, en 885, on apprit que c^s brigands étrangers remontaient la Seine. Alors Goslifi, abbé de Saint-Vincent ou de Saint- Germain, et depuis peu évèque de Paris, guerrier prévoyant, se hâta d'ajouter de nouvelles fortifications aux fortifications déjà ordonnées par Charles le Chauve; ou peut-être ne fit-il que continuer celles que cet empereur avait prescrites.

Dès que l'on fat informé de fânisteDCe de ces fortifications et des disp<jWns faites par l'évèque Goslin pour râteler aux Normands, la confiance s'établit, et la cité de Paris, munie de murailles, de tours et de guerriers, fut considérée comme une place inexpugnable. Alors les églises, les monastères des environs de Paris et même de quelques contrées éloignées s'empressèrent d'y apporter ce qu'iîs possédaient de plus précieux, leurs corps saints et leurs reliques; Paris en fut surchargé. Mais, si cette ville devint pour ces reliques un asile assuré contre les dévastations des Normands, elle ne le fut pas contre la mauvaise foi d'autres personnages. C'est ce qu'on verra dans la suite.

Les Normands, montés sur leurs barques, dont le grand nombre couvrait la surface de la Seine dans l'espace de deux lieues, arrivent sous les murs de Paris. Ils demandent la faculté de remonter la rivière, et promettent de ne causer aucun ij dommage à cette ville si on leur laisse le i passage libre. C'était demander la rupture du Grand-Pont. L'évèque Goslin et Odo ou Eudes, comte de Paris, leur déclarent qu'ils ne peuvent accéder à leur demande. Alors les Normands se décident à faire le siège de Paris.

On demandera pourquoi ces étrangers, ayant déjà, en 861. franchi cette barrière en rompant le Grand-Pont, n'employaient pas en 885 le même moyen. Voici la ré-

(1) Baîuzii CapituL, t. Il, p. 267.

ponse. En 861 , Paris était sans défense, et en 885. il se trouvait muni de fortifications et de gens de guerre. Chaque pont présentait à ses extrémités deux tours, comme on le verra dans la suite ; ces tours protégeaient ces ponts, et en rendaient l'approche difficile et dangereuse aux Normands. Ils renoncèrent" à l'attaque du pont.

Le 25 novembre 885, au nombre d'environ trente mille combattants, commandés par Sigefride, ils donnent un premier assaut, et attaquent particulièrement une tour ou citadelle construite en bois, et montée sur un massif de maçonnerie. Cette construction n'était pas encore achevée:

elle le fut pendant la nuit suivante. Il est vraisemblable gue cette citadelle ou tour dépendait du palais du comte, aujourd hui Palais-de-Justice, et qu'elle s'élevait à la partie occidentale de l'île de la cité.

Les Normands donnèrent à cette place huit assauts .successifs, l'assiégèrent pendant plus de treize mois, et, pour se dédommager de l'inutilité de leurs efforts et du tenaps qu'ils perdaient à ce siège, ils ravagèrent et pillèrent tous les environs de Paris.

L'empereur Charles le Gros, un des successeurs de Charles le Chauve, pressé de porter des secours aux Parisiens, arriva à la tête d'une armé^, qu'il fit camper au bas de Montmartre; mais, n'osant risquer une bataille, il conclut . le 30 novembre 886, une paix honteuse avec les Normands, et consentit à leur donner quatorze cents marcs d'argent, payables en mars 887, à condition qu'ils lèveraient le siège.

Les Normands, moyennant cet engagement, renoncèrent au b^ége de Paris, mais ne renoncèrent pas au projet de piller les contrées supérieures arrosées par la Seine, la Marne et l'Yonne.

En conséquence, pour remonter la première de ces rivières sans violer le traité, ils n'abattirent point le Grand-Pont; mais ils prirent le parti extraordinaire de tirer leurs barques hors de l'eau, et de les traîner par terre dans un espace de deux mille pas, jusqu'au-dessus de Paris, où ils les remirent à flot. Après cette opération longue et pénible, ils allèrent porter plus loin leur courage destructeur.

J'ai passé sous silence les événements de ce long siège, sur lequel le moine Abbona compose, en style barbare et obscur, un poème fort détaillé; je me suis borné aux

résultats. Je dois cependant ajouter quelques faits les plus remarquables.

La tour en bois que l'évêque Goslin avait fait construire fut l'objet constant des attaques des Normands. Cet évêque guerrier mourut pendant le siège. Ebles, son neveu, abbé de Saint-Germain-des-Prés, pendant l'absence du comte Eudes, succéda à Goslin danslecommandement delà place, et ce comte, en l'an 887, du vivant même de Charles le Gros, se fit proclamer foi de France. L'étonnante mollesse des rois carlovingiens autorisait cette usurpation. Enfin, le 7 février 886, la moitié du Petit-Pont fut renversée par les eaux débordées de la Seine.

La tour qui se trouvait à l'extrémité méridionale de ce pont, étant par cette rupture séparée de la Cité.- et privée des secours qu'elle pouvait en recevoir, fut prise et brûlée par les Normands, qui égorgèrent ceux qui la défendaient.

Les Normands, ayant porté leurs barques par terre jusqu'au-dessus de Paris, après avoir pillé et ravagé les pays qu'arrosent la Seine et autres rivières supérieures, et vainement assiégé Sens, vinrent ponctuellement, au mois de mars 887, à Paris, pour y toucher la somme d'argent qui leur avait été promise par le traité ; après qu'elle leur fut livrée, les Normands retournèrent à leurs expéditions ordinaires.

En 890, avec leurs bateaux chargés de butin, ils descendirent la Seine jusqu'auprès de Paris, où ils rencontrèrent l'obstacle qui, quatre annéesauparavant,lesavait .si longtemps arrêtés. Pour le surmonter, ils eurent recours au moyen qu'ils avaient déjà employé : ils traînèrent leurs bateaux sur terre, et les remirent à flot au-dessous de cette ville.

Depuis cette époque, Paris ne fut plus inquiété par ces hordes de brigands ; cependant, en l'an 925, les Normands établis à Rouen, au mépris des traités, firent des incursions dans le Beauvoisis et dans l'Amiénois ; les Parisiens tombèrent sur ceux de ces étrangers qui habitaient le pays situé <in deçà de la Seine, brûlèrent leurs villages et enlevèrent leurs bestiaux (1).

D'autres brigands aussi funestes au bonlieur public, et honorés de titres imposants, firent encore des environs de cette ville le théâtre de leurs fureurs.

(1) Recueil des Historiens de France, t. VIII, p. 183 et 301.

L'empereur Othoa II, en guerre contre Lothaire, roi de France, au mois d'octobre 978, à la tête d'une armée de soixante mille combattants, s'avança jusqu'aux portes de Paris, brûla un faubourg de cette ville, qui ne peut être que celui du nord, et soutint un combat dans son voisinage, où il perdit beaucoup de soldats, et notamment son neveu ; mais il eut le glorieux avantage d'approcher d'une des portes de la Cité et de la frapper d'un coup de lance. Satisfait des ravages qu'il avait exercés sur le territoire parisien, satisfait de l'incendie d'un faubourg et d'avoir porté un coup de lance à une des portes de Paris, il monta triomphant sur la cime de Montmartre, et y fit chanter Alléluia. Bientôt cette fanfaronnade fut troublée par l'arrivée du roi Lothaire, qui, avec les forces réunies du comte Hugues Capet et de Henri, duc de Bourgogne, attaqua ce fier conquérant, le mit en fuite, le poursuivit jusqu'à Soissons, et s'empara de tous ses bagages.

Revenons aux reliques nombreuses qui furent apportées dans l'île de la Cité avant le siège qu'en firent les Normands, et parlons des chapelles et églises dont ces reliques occasionnèrent la fondation ou l'accroissement.

Lorsque le calme et la sécurité eurent succédé aux alarmes, et qu'on ne craignit plus les incursions des Normands, les chefs des églises et des monastères qui avaient abrité leurs reliques dans les églises de Paris vinrent les réclamer ; mais le comte et l'évêque, dépositaires infidèles, en refusèrent la restitution, et retinrent le tout ou la plus grande partie de ces reliques. Ce refus produisit dans l'état des églises et chapelles de cette ville des changements dont je vais parler.

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