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II. Eglises et Ecoles de Paris

L'ÉGLISE CATHÉDRALE DE PaRIS, aujourd'hui église Notre-Dame, s'enrichit d'une grande partie des reliques que la crainte des Normands y avait fait déposer.

L'évêque ne voulut jamais restituer à l'église du bourg de Saint-Marcel lâchasse de son saint patron. Il garda pareillement le corps de saint Séverin , appartenant à l'église de ce nom, située hors de la Cité et près le Petit-Pont. Il en fut de même du corps de saint Justin de Louvres en Parisis , de celui de saint Lucain de Moisy, près de Corbeil, d'une partie des

sous LA SECONDE R.\CE

reliques de saint Cloud, et peut-être de celles de saint Denis.

Saint-Germalvle-Vieux, église située dans la Cité, place du Marché-Neuf. no3 6 et 8, était, à ce qu'on croit, un ancien baptistère dédié à saint Jean-Baptisteelle changea de nom, et reçut celui de ïsamt-Germain-le-Vieux ; voici à quelle occasion. ^

L'abbé de Saint-Germain-des-Pres avait, al approche des Normands, transféré la chasse de saint Germain dans cette chapelle, ou dans re-iise cathédrale, dont cette chapelle dépendait. Après la retraite de ces bngands, labbe demanda le corps de son patron: on ne consentit à le lui restituer qu a condition quun bras, détache de ce corps, resterait à la chapelle qui lui avait servi dasile. L'abbe se soul T^^ condition, et la chapelle, enlé'nôm "^^ '''""^ Germain, en ^eçut (

On ignore Tepoque cle son érection en paroLsse : elle portait ce titre en 1368 et

Son principal autel était décoré de quatre colonnes corinthiennes de marbre de Dinan, et d un t<ibleau représentant le

allT n^' ''^'^-^^'■'^*' par Stella. Un autre tableau du même maître ornait une de ses chapelles, et la sacristie offrait un ^^^;r^nent de pieds par Vouet. Les jours rte fête on exposait dans cette église une

r.H ^"^.'^'"^/n usage soas ce règne.

Cette eghse, démolie vers l'an 180^ futjemplacee par des maisons particu-

ChAPELLE de SaINT-LeUFROI sitUMP

tdS^EHê'r.'^^^P'^^^^^G^^^^^^^^ semblable jl"'"' °''Sine à une cause' ^ramawe. Les moines de labbavp Hp Sainte-Groixde Leufroi, au dfocèsed'Evreux, inquiétés par les mcursmns de^ Normands, voulant mettre à l'abri leurs précieuses reliques , transportèrent en ou de S^fn V""'"'"'^'? ^' Saint-Vincent Lenfrnf i'^'™^'°' ^'' ^°^P^ ^e saint Leufro, de saint Thuriaf et d'autres

ces Ln"''"/"'" tranquillité fut rétablie, hL?r ^' demandèrent la restitution de eurscorps saints. Cette demande fut retint it^Taf'"''"' '^''"" ^^'"° ^^^^ d^ .On ignore où furent alors déoosés ces I

corps saints; mais on sait qu'en 1 113 il e^f, pour la première fois, fait mention dune chapelle de Saint-Leufroi, qurévdemment contenait le tout ou partie de la

mie était alors desservie par un prêtrt«

sous le patronage des chanoines de Sain 1

Germain-l'Auxerrois.

' ^A '!?'^ "^^'^"^ dépendait à quelques

B^utn:.^^^'^^^'^^-^-^-^^

Son bâtiment, long de douze toiser large de cinq, était avoisiné en partie php une cour appelée cour Saint-Leufroi

On trouve cette chapelle mentionnée, en 1246, avec le titre de cure. Elle fut démolie en 1684 , pour faire place aux constructions exécutées alors aux bâtiments du Grand-Ghàtelet. Ses fondation^pieuses furent réunies à Téelise de Saint- I Jacques-de-la-Boucherie.

Saint-Magloire . église située rue baint-Denis, nM66, était dans l'ori-ine un oratoire dédié a saint Georges, et place au milieu d un cimetière que possédaient, es religieux ou chanoines de Saint-Barthelemi-de-la-Cité.Cet oratoire devint une église considérable; voici comment.

guelques religieux bretons, pour sauver plusieurs corps saints des ravages des Normands, lesdeposèrent, en lan 979, dansl'île delà cite de Paris. Le danger avant cessé même en Bretagne, les propriétaires vinrent reclamer leur dépôt. Hugues Gapet alors comte de Paris, se refusa ù leur juste réclamation. Enfin il ne consentit qu'a une restitution partielle ; il garda le corps de saint Magloire tout entier, et une portion de chacun des autres corps saints(l )

Les portions de ces cadavres mutiles turent d abord déposées dans la chapelle I du palais du comte ; puis, à cequ'on présume on en retira quelques reliques de saint Magloire pour les déposer dans l'oratoire de Saint-Georges, dont j'ai parle, qui des lors prit le nom de Saint-Ma-loire c ? i^^l'!^^ religieux ou chanoines de Sa.nt-Barthelemi-de-la-Cité quittèrent cette eg ise pour aller s'établir dans le ocal de 1 oratoire de Saint-Georce^ oratoire enrichi des reliques de saint Magloire et ou Ils avaient fait construire un monas^ tere, qui devint dans la suite considérable, et reçut le titre d'abbave

(1) AnnaUs bénédict., t. III, p. 719. Re^ cueil des Historiens de France, t. VIII, p. 324.

ns

Ce monastère de Saint-Magloire a subsisté dans le même lieu jusqu'en 1372, époque où Catherine de Médicis, pour y faire bâtir un hôtel, déplaça le couvent des religieuses Pénitentes, dont l'emplacement était nécessaire à ses projets de construction, fit démolir leur couvent et transférer les religieuses dans la maison de Saint-Magloire, dont les moines déguerpirent, et vinrent occuper la maison de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, rue du Faubourg-Saint-Jacques. Sur l'emplacement de ce monastère de Saint-Magloire , s'éleva d'abord l'hôtel de Soissons, puis la halle aux farines ('!).

Dans l'église du monastère de Saint- Magloire de la rue Saint-Denis, occupée par les religieuses Pénitentes , on voyait le monument d'André Biondel, intendant des finances, mort en '1538. Il était com.posé d'im grand bas-relief, qui représentait le défunt, vctu en guerrier, dans l'attitude du sommeil et tenant en main des pavots. Ce tombeau, ouvrage de Paul Ponce, fut transféré au Musée des monuments français. L'église et une partie du couvent ont été démolies. Ce qui reste des bâtiments est occupé par un aubergiste.

Saint-Bârthélemi , d'abord chapelle du Palais, puis église royale et paroissiale, située rue de la Barillerie , en face du Palais-de-Justice. Elle fut construite ou réparée vers les années 890, 891, par le comte Eudes, qui, élevé à la dignité de roi, V établit des chanoines : elle devint, en 893, le réceptacle d'un grand nombre de reliques, que lacrainte des Normands y fit apporter de différents lieux. En 965, ■Salvator, évêque d'Aleth, en Bretagne, craignant les effets ordinaires de la guerre que "faisait Richard , duc de Normandie, à Thibaut, comte de Chartres, vint déposer dans cette église une très grande quantité de reliques, parmi lesquelles on comptait dix-huit corps saints (2).

Hugues Capet, alors comte de Paris, refusa dans la suite la restitution de ces corps saints ; il en garda presque la totalité, et fit agrandir le bâtiment de cette église pour les y placer convenablement. Parmi ces reliques extorquées figurait avec distinction le corps de saint Magloire: la présence de ce corps saint fit changer de

(1) Voyez, ci-après, Hôtel de Soissons et Saint-Jacques-du-Haut-Fas.

(2) Annales bénédict., t. HI, p. 719.

nom à cette église. Elle fut appelée Saint- Magloire, et garda cette dénomination jusqu'à l'époque oii les prêtres ou religieux qui la desservaient, s'y trouvant trop resserrés, transférèrent le corps de ce saint dans leur oratoire de Saint-Georges, et s'y établirent (1).

Après cette translation , l'église donl '" nous parlons reprit son nom de Saint- Barthélem.i ; en i 1 40 , elle fut érigée e? paroisse.

Le bâtiment de cette église, réparé dans les années 1730 et 1736, menaçait ruine. Le roi, en 1772, en ordonna l'entière reconstruction, qui s'exécuta avec beaucoup de lenteur. On commença par élever le portail. Cependant l'ancien édifice subsistait, lorsqu'en 1787 quelques pierres, détachées de la voûte, tombèrent. On enleva promptement de cette église les objets les plus précieux, et peu d'instants après la voûte tout entière s'écroula. On travailla à reconstruire l'édifice. Le portail était terminé, et les piliers de la nef commençaient à s'élever, lorsque la révolution vint arrêter le cours de ces travaux , qui ne faisaient pas honneur aux talents de l'architecte, M. Cherpitel.

Sur l'emplacement de cette église on établit dans la suite le théâtre de la Cité, auquel succéda la salle des Veillées, enfin des loges de francs-maçons et le Prado.

On a pratiqué au rez-de-chaussée des passages publics en partie bordés de boutiques, mais obscures et peu habitées.

Saints-Opportune, église située sur h place qui porte encore ce nom. Elle doit son origine aux événements qui ont causé la fondation des églises précédentes.

Hildebert, évêque deSéez,pour sauver des ravages des Normands le corps de sainte Opportune, abbesse d'Almenèche, le transféra d'abord à Mouci-le-Neuf , près de Senlis ; ne l'y croyant pas en sûreté, il se décida à déposer ce corps dans la cité de Paris : il vint le réclamer lors que le danger fut passé ; mais il se trouva sans doute obligé, comme tant d'autres, d'en abandonner la totalité ou une partie, que l'on plaça dans une chapelle du faubourg septentrional de Paris, chapelle qui, à ce qu'il paraît, était nommée Notre- Dame-des-Bois, et qui, dotée par Louis le Bègue, et enrichie des reliques de sainte

(1) Voyez, ci-dessus, Saint-Magloire.

sous LA SECONDE RACE

Opportune, fut reconstniite sur mi plus vaste plan, pourvue de chanoines et devint collégiale. Le choeur fut, en 1154, démoli : la nef subsista dans son ancien état jusqu'à la fin du dix-huitième siècle.

On y voyait quelques tombeaux : celui de François Conan, maître des requêtes, et de Jeanne Henequin, sa femme ; et, dans la chapelle dite de Notre-Dame-des-Bois, celui de la famille Perrot. Cette église était de plus ornée d'un grand candélabre en bronze, donné par Charles-Quint pendant son séjour à Paris : d'une Présentation au Temple, peinte par Jouvenet, et d'une Mère de Pitié, par Champagne.

Elle a été démolie en 1797, et cette démolition a répandu le jour et la salubrité dans un quartier obscur, humide et composé de rues fort étroites. Une maison particulière, no 10, a été élevée sur une partie de son emplacement. .^

Saint-Landri, église paroiâsÉMe située dans la Cité, rue Saint-Landri, n^ 1 . On ne connaît point l'origine de cette église, et l'on s'étonne de voir Landericus ou Landri, évêque de Paris, patron de deux églises de celte ville ; il l'était de celle de Saint-Germain-l'Auxerrois, située hors de la Cité, où il fut enterré au septième siècle, et de celle de Saint-Landri. située dans la Cité. D'après les usages d'alors, ces deux églises devaient posséder des reliques de ce même saint. Pour expliquer l'origine de celle de Saint-Landri, il faut, dans la disette de monuments historiques, joindre les notions que nous fournit M. Jaillot aux conjectures très vraisemblables de M. l'abbe Lebeuf. 11 résultera de ce rapprochement que sur l'emplacement de cette église de Saint-Landri il existait une ancienne chapelle de Saint- Nicolas ; qu'au neuvième siècle et avant le siège de Paris par les Normands, les prêtres de Saint-Germain-le-Rond, depuis nommé Saint-Germain-l'Auxerrois, voulant sauver ce corps saint de la destruction, le transférèrent dans la Cité et dans cette chapelle de Saint-Nicolas; et que quelques parties de ce corps, ayant été retenues dans cette chapelle, lui procurèrent le nom de Saint-Landri, qu'elle a toujours porté depuis.

Le plus ancien monument qui fasse mention de cette église est de 1 160. On y trouve que le prêtre'de Saint-Landri est appelé Jean ; et, dans les lettres del'évêque

Maurice de Sully, de l'an M71, on lit que Jean, prêtre de Saint-Landri, et ses paroissiens vendirent une vigne située au territoire de Laas, moyennant vingt livres.

Les reliques de saint Landri, que devait posséder cette église, étaient perdues ou enlevées, lorsqu'en 1408, Pierre d'Orgemont, évêque de Paris, la gratifia de quelques ossements qu'il tira de la châsse de ce saint, conservée dans l'église de Saint-Germain-lAuxerrois.

Cette église était petite, presque aussi longue que large. On y voyait le tombeau du chancelier Boucherat, mort en 1686; tombeau établi pendant sa vie, et qui ne reçut point son ccrps après sa mort : le tombeau de Girardon, composé par les élèves de ce célèbre sculpteur : l'épi laphe de Brusselle, surnommé le patriarche de la Fronde et le père du peuple ; enfin, un bas-relief représentant une Descente de Croix, qui, transféré pendant la révolution au Musée des monuments français, l'a été, en 1817, dans léglise de Sainte- Marguerite.

Les fonts baptismaux de Saint-Landri pssaient pour les plus beaux de Paris; ils se composaient d'une cuvette de porphyre de grande dimension, enrichie d'ornements de bronze doré ; ouvrage de Lapierre, et don fait, en 1705, par M. Garçon, Curé de cette église.

L'église de Saint-Landri, supprimée pendant la révolution, et son bâtiment devenu propriété particulière, a été démolie; en 1828 et 1829 on a découvert dans ses fondations plusieurs antiquités dont j'ai parlé.

Telles sont les églises de Paris qui doivent leur origine, leurs riches.ses en reliques et leur accroissement aux ravages des Normands et au défaut de probité du comte et de l'évêque de cette ville. La fondation et les accroissements des églises dont je vais parler ne paraissent point mériter un semblable reproche.

Saint-Pierre-des-Arcis, église paroissiale, située dans la Cité, rue de la Vieille- Draperie. On conjecture qu'elle fut fondée, en 926, par Theudon, vicomte de Paris, à la place d'une chapelle ruinée qui portait aussi le nom de Saint-Pierre. L'origine de cette église est très peu connue, et son surnom des Arcis a exercé sans succès la sagacité des érudits. Dans une bulle du pape Innocent II, elle est

nommée Ecclesia Sanctî Pétri de Ar-

sio7iibus {]).

En 1 130, celte église fut érigée en paroisse. On reconstruisit son bâtiment en 1424, et son portail, en 1711 , sur les dessins de Lanchenu. Un tableau de Carie

Vanloo, représentant saint Pierre guérissant les boiteux à la porte du temple, décorait le grand autel. On y remarquait le monument sépulcral de Guillaume de Mai, capitaine de six vingts hommes d'armes, mort en 1480 : il était représenté avec le costume que portaient au quinzième siècle les officiers de son grade. Les monuments de celte espèce sont rares. Celui-ci fut transféré au Musée des monuments français.

Cette église fut démolie en 1800, et, sur son emplacement, on a ouvert une rue qui communique à celle de la Pelleterie. S.\int-Merri, église collégiale, située rue Saint-Martin, entre lesn^s 2 et 4. J'ai parlé de la chapelle de Saint-Pierre, où, vers l'an 700, fut enterré le corps de saint Méderic ou Merri (2). En l'an 884, ce saint lieu fut doté par un comte nommé Adalard : cette dotation, confirmée en 885 par le roi Carloman, et en 936 par Louis d'Outre-mer, procura de l'aisance aux desservants de cette chapelle, qui fut à peu près dans ce même temps érigée en collégiale. Alors l'édifice fut reconstruit aux frais d'un nommé Eudes Fauconnier, qui y reçut la sépulture. Lorsque, sous François I^r, on démolit ce bâtiment pour en établir un nouveau, on découvrit le tombeau et le corps de ce fondateur dont les jambes parurent revêtues de bottines de cuir doré. Sur ce tombeau était cette inscription . Hic jacet vir bonœ memorîx Odo Falconarius, fundator hvjus

(1) Outre l'église de Saint-Pierre-des- Arcis, située dans l'île de la Cité, on trouve une rue deSaint-Pierre-des-Arcis, située près de cette église ; une rue des Arcis, située hors de la Cité dans la direction de la rue Saint-Martin. Cenom dériverait-il d'arc/ifsia, archistes qui signifie archer ou fabricant d'arcs, ou d'arsitium, qui veut dire une arcade ou un édifice dont le plan a la forme d'un arc? On a conjecturé que ce nom venait des Assyriens, parce que, sous la première race, il a existé à Paris des marchands syriens: cette conjecture n*est pas heureuse.

(2) Voyez, ci-dessus, Chapelle de Saint- Pierre.

PARIS

ecclesise. M. l'abbé Lebeuf pense que cet Odo est celui qui, avec un nommé Godefroi, défendit vaillamment Paris contre les attaques des Normands.

Je parlerai dans la suite des changements que cette église a éprouvés.

Tels furent l'origine et les accroissements des institutions religieuses de Paris pendant la seconde race. Nous avons déjà remarqué l'immoralité des causes d'une partie de ces établissements ; ajoutons que les prêtres ne craignirent pas de changer les noms des églises, et de renoncer, pour ainsi dire, à leurs patrons primitifs pour en prendre de nouveaux. L'abbaye de Saint-Pierre et Saint-Paul , pendant cette période, reçut le nom de Sainte-Geneviève ; celle de Sainte-Croix et de Saint- Vincent prit le nom de Saint-Germain; l'abbaye de Saint-Martial, celui de Saint- Eioi; l'église de Saint-Barlhélemi, celui de Saint-Mc gloire ; celle de Saint-Georges prit aussi celui de Sain t-Ma gloire ; la chapelle de Saint-Pierre, celui de Saint- Merri; l'églisedeSaint-Germain-le-Rondfut nommée Saint-Germain-l'Auxerrois, etc.

Les auteurs de ces changements de noms croyaient donc que le crédit de leurs anciens patrons était usé, et qu'il devenait nécessaire de recourir à de nouveaux saints pour rallumer le zèle des fidèles.

Ecoles de Paris. Charlemagne, après avoir parcouru les contrées de l'Italie, s'aperçut que ses Francs étaient fort inférieurs aux nations chez lesquelles se conservaient encore quelques restes de l'antique civilisation; il prit la résolution de faire renaître dans la Gaule le culte des lettres et d'y établir des écoles. Pour le seconder dans ce projet, le clergé gaulois, dont l'ignorance, à peu d'exceptions près, était extrême, ne lui offrait que de faibles ressources. Il appela donc des savants étrangers, des chantres, des grammairiens, des arithméticiens. Il adressa à tous les évêques et abbés une lettre circulaire pour leur prescrire d'établir, dans leurs églises ou dans leurs monastères, des écoles particulières ou publiques : il se faisait obéir.

On enseignait, dans ces écoles, à lire, à écrire, l'arithmétique, Vastrologie, qui ordinairement se bornait au calcul appelé compnt, ou à la méthode de déterminer les fêtes mobiles ; enfin on y enseignait l'art déchanter au lutrin, art qui donnait une grande considération à celui qui le

sous LA SECONDE RACE

possédait parfaitement. Telle est l'espèce d'enseignement dont Charlemagne gratifia quelques parties de la Gaule. Cet enseignement, qui n'agrandit pas le foyer des lumières, du moins les empêcha de s'éteindre.

Paris dut avoir quelque part à ces établissements; mais des écrivains, enclins à louer sans mesure les institutions du

passe, et croyant illustrer leur origine en la plaçant bien avant dans les siècles de barbarie, ont considérablement exagéré le mérite de ces institutions, et ont affirmé que Charlemagne avait fondé une école dans son palais de Paris. L'histoire dit bien qu'il en fonda une dans son palais, c'est-à-dire dans le palais qu'il habitait le plus ordinairement : ce palais n'était

Monnaies mérovingiennes.

certainement pas celui de Paris, où il ne résida presque jamais, car sa résidence ordinaire dans la Gaule était, comme il a été dit, à Aix-la-Chapelle et à Ratisbonne. De ce fait supposé les mêmes écrivains en ont induit que Charlemagne était le fondateur de l'Université de Paris •. cette opinion n'est pas soutenable (1).

(1) Du Boulay, dans son Histoire de l'Université de Paris, t. I, et après lui, M. Bonami, dans le t. XV des Mémoires de l'Académie des inscriptions, citent un passage

Il existait dans cette ville quelques écoles pour les personnes qui se destinaient

d'une lettre du pape Nicolas I^r, adressée à- Charles le Chauve, d'où il résulterait que les prédécesseurs de cet empereur avaient établi des écoles dans la Gaule, et spécialement à Paris, specialiler Parisiis. J'ai parcouru avec soin toutes les lettres adressées par ce pape à cet empereur, et je n'ai pu y découvrir ces mots specialiter Parisiis, qui, s'ils s'y trouvaient, prouveraient seulement que des écoles furent établies à Paris, comme danff

au sacerdoce, et, conformément à l'ordre de Charlemagne, il dut en être établi dans la maison épiscopale, dans les abbayes de Sainte-Geneviève, de Saint-Germam-des-Prés, etc. Cependant les monuments historiques du temps n'offrent aucun témoignage de l'existence de l'école épiscopale"^ ni de celle de l'abbaye de Sainte-Geneviève. Néanmoins on a la certitude que, sous cette race, l'école de Saint-Germ,ain-des-Prés était en vigueur; on connaît quelques-uns de ses professeurs, de ses élèves; on connaît même les ouvrages qu'ils ont composés. L'on ne trouve aucune notion semblable sur les autres prétendues écoles de Paris.

On sait qu'Abbon, qui composa, en latin barbare, un poème sur le siège de Paris par les Normands, était élève de l'école de Saint-Germain-des-Prés; et cette production, il faut le déclarer, ne donne pas une idée bien avantageuse des talents de l'élève, ni des progrès de l'instruction dans cette école.

On sait qu'en l'an 900, Rémi, moine de Saint - Germain -d'Auxerre, vint à Paris pour ouvrir une école de philosophie ou plutôt de dialectique ; école qui fut, à ce quei'on croit, la première en ce genre. On ignore en quel lieu il professait ; peut-être son école fut-elle indépendante , comme dans la suite on en vit plusieurs à Paris. On sait aussi qu'il eut pour successeur Odon, son disciple.

Mais ces écoles isolées, n'étant point régies par la même loi, ni soumises à des principes, à des règles , à des méthodes uniformes, et ne formant point corps d'enseignement, ne pouvaient constituer une unnersité. Sous Charlemagne, et pendant plus de quatre cents ans après lui. il n'y eut à Paris ni la chose ni le mot : la chose ■commença à se former sous le règne de Phihppe- Auguste , et le mot d'Université ne figura pour la première fois, dans l'histoire, que sous celui de Louis IX. Oti a

les autres cités, mais non dans le palais de cette ville. Charlemagne ne fonda point l'Université de Paris. Les poètes et les peintres sont toujours disposés à consacrer les mensonges honorables, M. Gros, en peignant la coupole de Sainte-Geneviève, ouvrage qui accrcîtra sa réputation justement célèbre, a placé un groupe où Charlemagne est indiqué comme fondateur de l'Université de Paris ; il a propagé une erreur.

débité sur l'origine de ce corps enseignant plusieurs autres erreurs dont je parlerai plus loin (4).

m. Tableau physique de Paris.

L'enceinte de l'île de la Cité, la seule qui existât sous la première et la seconde race, reçut, en 885, lorsque les Normands vinrent en faire le siège, un accroissement de fortifications. Eudes, comte, et Goslin, évêque de Paris, firent travailler à ces fortifications, et construire notamment une tour ou citadelle en bois, établie sur un massif de maçonnerie; tour située à l'extrémité occidentale de la Cité, objet des attaques réitérées des Normands.

Les deux ponts en bois, les seuls par lesquels on pénétrât dans l'île de la Cité, furent, en cette occasion, fortifiés par des tours placées à leurs extrémités. Ces tours qu'Abbon, dans son poème sur le siège de Paris, désigne parle mot de Phalœ, étaient en bois, comme les ponts qu'elles protégeaient : « Cité de Paris! tues heureuse, « s'écrie ce poète, d'être placée dans une « île : un fleuve te serr^ doucement dans « ses bras, et circule tout autour de tes « murailles; à ta droite comme à ta gau- « chc, des ponts, qui s'étendent jusqu'aux « rives opposées, sent fermés par des por- « tes, et protégés par des tours élevées, « tant du côté de la Cité qu'au-delà des « deux bras de la rivière (1). »

Aucune enceinte ne protégeait les faubourgs du midi et du nord; rien, dans le poème d'Abbon, n'en fait soupçonner l'existence. Au-delà des têtes de pont situées à l'entrée de la Cité, il n'existait aucune fortification. L'histoire des églises et monastères situés dans ces faubourgs nous prouve, au contraire, que nul obstacle n'arrêta les Normands qui les pillèrent.

Les écrivains modernes qui ont soutenu que ces faubourgs étaient entourés de murailles se sont principalement appuyés sur le passage d'une charte de Lothaire et de Louis le Fainiant, charte confirmativedes biens de l'abbaye de Saint-Magloire, où on lit cette phrase : « Une chapelle, dédiée « à saint Magloire, située dans le faubourg

(IjFoyez, ci-après. Université.

(2) AbboniSj monachi Sancti Germant a pratu, poemata de Bello Parisiacai urbis, lib, I, vers. 15.

îOCS LA SECONDE RACE

MZ

. ^.^ Paris, non loin des murailles {liaud oad a mœmtus). > On pourrait m-

- e de ce passase que léclise samt-Ma- ''loire était située' en dehors, et près des murailles du faubourg du nord, eiquece faubourg était, en conséquence, défendu par une muraille : mais cette charte est maniement fausse, et a été fabriquée dans

- fpmps plus récents (1).

La Cité était partagée en deux parties - " un chemin qui. partant du Petit-Pont, ndait en tournant par la rue de la Gare jusqu'au Grand-Pont, aujourd'hui Pcut-au-Change. Dan? la partie occidentale dominait le comte, dont le palais était situé sur l'emplacement du Palais-de-Justice actuel: dans la partie orientale dominait 1 evèque, résidant dans la maison de l'église : c'est ainsi qu'on nommait alors 1 habitation de l'évcque et de son clergé : elle ne portait pas encore l'appellation fastueuse de palais episcopal. Semblable partage existaitalors dans toutes les cilès delà Gaule où résidaient un comte et un évèque.

Au-delà de l'île de la Cité s'étendaient, au nord et au sud, deux faubourgs souvent ravagés par les armées : et, au-delà de ces faubourss. on vcvait des groupes de chaumières d'ominés par les édifices de quelques églises ou monastères; tels étaient les bourgs de Saint-Marcel, de Sainte-Gene- ' viève^ de Saint -Germain -des -Prés, de Saintiîermain-rAuxerrois, de Saint-Martin-des-Champs, etc. .

On a vu qu une tour ou citadelle de la Cité, que le^ ponts et les tours qui les protégeaient étaient en bois. Il paraît que (ti l'on excepte la cathédrale, le palais, les

(1) Les chartes qtd nous restent de ces | deux rois portent toutes le nom du lieu où elles ont été données, la date de Tannée, le nom du notaire qui les a rédigées, et la signature de ces rois : ctrlie-ci est dépo^ir^^le de tous ces caractères d'authenticité Elles commencent toutes par cette in% ocation : In nornine sanctœ et inditiduœ Trinitatis ; et celleci commence par In nomine Dei et Sahntoris nostriJesu Christi. Dom Bouquet, qtii a inséré cette charte dans le vol. 9 de sa Collection des histoires de France, p. 644, a été frappé de cet indice de fausseté, et a mis en note : InsoUta invocatio. Les fausses chartes, les fausses légendes, et le désir d'illustrer le passé aux dépens de la vérité, ont répandu beaucoup de confusion et d'erreurs sur notre pau>Te histoire.

églises et les chapelles) les maisons des particuliers n'offraient pas dans leur construction une matière plus précieuse.

Paris souffrit beaucoup des grands changements indispensables qui. sous la seconde race, s'opérèrent dans le régime politique de la Gaule. La gloire de'Charlemagne, l'incapacité de ses descendants et les ravages des Normands contribuèrent à la ruine de cette ville. Elle cessa d'être la résidence des rois, la capitale d'un royaume, le centre des affaires administratives, et fut considérée comme la plus petite des cités de la Gaule. Mugnitudine cœtei'is urbibus itiferiorem, dit un écrivain de ce temps (4).

Il paraît que pendant cette période orageuse le palais des Thermes et l'aqueduc" qui V conduisait les eaux de Rungis, ouNTages'des Romains, furent en partie dévastés.

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