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IV. Etat ci\-il de Paris

La France, circonscrite dans des bornes étroites pendant une grande partie de la durée de la seconde race, ne figurait dans l'empire que comme une province, et fut simplement qualifiée de duché.

Paris, cessant d'être la résidence d'un roi, la capitale d'un royaume, devint la résidence d'un comte, et le chef-lieu d'un comté et du duché de France (2).

(1) Michaelle Syncelle : VaUsii Notitia Gal^ liamm, p. 439.

12 i Plusieurs écrivains ont commis des erreurs assez graves en raisonnant dans 1 hy- Ipothèseque Paris était, sous la seconde race, le séjourdesrois et la capitale d'un royaume; jamais ces rois n'y résidèrent : ils y passèrent quelquefois.

Charlemagne^ dans tout le cours de son règne, s'y rendit uneseule fois, en Tan 770, et^en repartit bientôt. (11 existe cepenJant un capitulaire de Charlemagne, fait à Paris, et daté de l'an 803.) (B.) L'écrivain qui fait mention du passage de ce prince à Paris nomme cette cité Lutecia {Lute ia^, qux alio nomine Parisius tocaiur). Le séjour le plus ordinaire deCharlemagne dans la Gaule était Ratisbonne, et surtout Aix-la-Chapelle.

Louis le Débonnaire vint, en 814, à Paris ; il y visita quelques églises, et n'y sé-

journa point. En 834, son fils Loihaire le contraignit à passer par cette ville, pour le transférer à Saint-Denis. Le séjour ordinaire

Gérard était comte de Paris dans les années 759 et 760. Il eut, sous le règne de Pépin, un procès contre l'abbé de Saint- Denis, au sujet des contributions qu'il percevait sur le marché de cette abbaye. Etienne remplissait, sous le règne de Gharlemagne, la fonction de comte. Ce prince, en l'an 802, le nomma, avec Fa rdulfus, abbé de Saint-Denis, missus dominicus^ c'est-à-dire commissaire pour inspecter l'exercice de la justice dans les territoires de Paris, de Melun, de Chartres et autres lieux (1).

Gharlemagne, pour arrêter le cours des nombreux abus qui existaient dans l'administration des comtes, vicomtes et autres fonctionnaires, avait institué, en cette année, des commissaires appelés mmic^om^nici. Cette institution, pendant les dernières années du règne de cet empereur, suspendit les vexations qu'exerçaient ces fonctionnaires; mais après sa mort le mal reprit son activité première. En l'an 819, son fils, Louis le Débonnaire, ordonna aux missi dominîcl de destituer les comtes et vicomtes coupables de tyrannie envers leurs subordonnés ; de destituer ceux qui enlevaient les biens des particuliers, qui les privaient de leur liberté, qui établissaient des impôts et des péages arbitraires, onéreux pour le peuple et les commerçants (2).

Ce dernier prince fit beaucoup de lois qui furent mal exécutées.

Etienne est qualifié de comte de Paris dans un capitulaire de Gharlemagne, ou

de Louis le Débonnaire était Aix-la-Chapelle.

Charles le Chauve, dans les années 841, 842, pendant la guerre qu'il soutint contre son frère Lothaire, passa deux ou trois fois laSeineà Paris. Ce prince, en 871 et 872, résida à l'abbaye de Saint-Denis, et ne vint point à Paris, ville que les annales de Saint- Bertin nomment, en cette occasion, LotUia Parisiorum.

En 889, Eudes résidait à Paris en qualité de comte de cette ville ; il la défendit contre les attaques des Normands ; mais, dès qu'il fut élu roi, il n'y résida point. Voilà toutes les notions que l'histoire nous fournit sur les courtes apparitions des princes de la seconde race à Paris.

(1) Baluzii Capitul., t. I, col. 400, art. 17.

(2) Thegan., art, 13. Balusii Capitularia t. I, col. 614.

dans une addition que cet empereur fit à la loi salique, « Ces Capitules, y est-il dit. « furent signifiés au comte Etienne, pour « qu'il les fît publier dans la cité de Paris « et dans une assemblée publique (mallo «■ publico), et lire en présence des éche- « vins {coram scabineis); ce qu'il fit. « L'asemblée déclara qu'elle voulait tou- « jours observer ces Capitules; et tous les « échevins, les évêques, les abbés, les « comtes les signèrent de leur propre « main (1). »

Ce fragment donne une idée de l'organisation civile de Paris; on y voit quelle» était la forme des publications importantes ; que plusieurs comtes, évêques et abbés étaient convoqués pour y assister ; ou voit que les lois étaient consenties sans discussion. On aurait une fausse idée du régime intérieur de cette ville, si l'on prenait ces échevins ou scabins pour des officiers d'un corps municipal, pour les membres d'une institution populaire; ces échevins n'étaient que des assesseurs du comte, que ses auxiliaires dans l'administration de la justice.

Etienne existait encore en qualité de comte de Paris en l'an 811, époque où, concurremment avec Amallrude, son épouse, il donna des biens à l'église cathédrale de Paris, alors qualifiée de Sainte- Marie et de Saint-Etienne (2).

Bigon, Biegon ou Picopin fut, après Etienne, nommé comte de Paris par Louis le Débonnaire, qui, l'ayant pris en amitié, lui donna en mariage sa fille Elpheiden'Il mourut en 816 (3).

Gérard II fut aussi comte de Paris. On ignore s'il succéda immédiatement à Bigon; mais on est certain qu'en 837, lorsque, après l'assemblée d'Aix-la-Chapelle, Louis le Débonnaire eut donné une grande partie de la Gaule à son fils Charles, Paris et son territoire se trouvant compris dans cette donation, Hilduin, abbé de Saint- Denis (4), et Gérard, comte de Paris, vinrent prêter serment à leur nouveau sou-

(1) Baluzii Capitul., t. I, col. 391.

(2) Recueil des Historiens de France, t. V, p. 663, à la note b.

(3) Recueil des historiens de France, t. V, p. 16, 18, 35, 170,219.

(4) C'est ce même abbé Hilduin qui, étant chapelain de Charles le Chauve, composa ou fit composer la fausse légende de Saint- Denis qu'il qualifia d^Aréepagite.

sous LA SECONDE RACE

▼erain. Charles, surnomme le Chauve:

mais ce comte et cet abbé s'apercevant que, dans la siierre qui s'éleva entre les deux frcres Charles et Lothaire, ce dernier était îe plus fort, ils violèrent le serment qu'ils avaient prêté à Charles, se rangèrent, en l'an 840. dans le parti de Lothaire, son ennemi, et lui jurèrent fidélité {\).

Lothaire alors confia la garde du cours de la Seine au comte Gérard, qui. pour s'acquitter dignement de cette commission, détruisit tous^les gués, submergea toutes les barques, et démolit tous les ponts qui se trouvaient sur cette rivière (2).

Chuoarard ou Conrad, fils de Conrad,

comte d'Auxerre, était, en 879, après la

mort de Louis le Bègue, comte de Paris.

A cette époque. Goslin, abbé de Saint-Ger-

rri a in-d es-Prés, séduisit ce comte par de

flatteuses promesses, et le détermina à tra-

lin -on devoir, à renoncer au parti des fils

'Ju loi mort, et à favoriser celui de Louis,

'I de Germanie ou de Saxe. Cet abbé et

mte eurent alors assez d'autorité pour

oquer une assemblée d'evêques, d'ab-

• t d'hommes puissants. Dans cette as-

iilée, il fut décidé qu'on enverrait un

bjcssage auprès du roi de Germanie pour

l'engager à se rendre en France. Louis de

Germanie accepta la proposition, et passa

le Rhin à la tète d'une armée nombreuse,

armée qui ajouta de nouvelles dévastations

à celles qu'exerçaient alors les Normands

dans cette région.

D'autres com.tes. instruits des machinations de labbe Goslin et du comte de Paris, députèrent auprès de Louis de Germanie pour lui offrir la partie du royaume de Lothaire dont Charles le Chauve et Louis le Bègue avaient joui, et pour l'engager, en faveur de cet abandon, à se retirer en I Saxe. Louis se contenta de cette offre, et [. rejeta celle de l'abbé Goslin et de Conrad. Ceux-ci, couverts de honte, déchus de leurs espérances, revinrent de Verdun à Paris, et, en chemin, se livrèrent à des rapines, a toutes sortes de brigandages dans les lieux où il purent pénétrer (l).

(1) Recueil des Historiens de France, t. YJ, p. 70, et t.\ll, p. 17.

(2) Recueil des Historiens de France, t. VII, p. 19.

(3) Annales Bertinian., anno 879; Recueil dis Historiens de France, t. VIII, p. 33, 34, etc

L'abbé de Saint-Germain-des-Prés, Goslin, était, comme la plupart des abbés et des

On voit l'autorité des comtes , secondée par la faiblesse des rois, s'accroître par des usurpations progressives. Sous Charlemagne, et même so'us son fils Louis le Débonnaire, les comtes occupaient, dans l'ordre politique, un rang inférieur: ils devaient leur titre à des fonctions temporaires, révocables à volonté. Ces empereurs les considéraient comme des êtres vénaux , adonnes à plusieurs vices, et même comme des ivrognes, puisque, dans divers capitula ires, ils leur ordonnent d'être Èf jeun lorsqu'ils iront rendre la justice (1).

De cet état d'humiliation on les voit s'élever graduellement à la toute-puissance.

Aprèsia mort de Charlemagne.de concert avec les évêques, ils restreignent l'autorité des rois, se permettent contre eux des outrageset des trahisons, qui, pour la plupart, restent impunis. Leur comte n'était qu'une fonction amovible ; mais l'audace, les menaces et l'extrême faiblesse des rois valurent à ces fonctionnaires la faculté de posséder, pendant le cours de leur vie, les contrées qu'ils étaient chargés d'administrer.

Cette concessioij obtenue par des moyens illégaux, sans le consentement des peuples, qui ne furent pas même consultés, ne pouvait être considérée que comme une usurpation. Dans leur insatiable ambition, ces hommes, nommés graffes , graffions, ducs, comtes, vicomtes, etc., aspirèrent à la royauté ; plusieurs y parvinrent et envahirent les propriétés" particulières et la souveraineté dans leurs arrondissements respectifs ; enfin ils dépouillèrent les peuples et les rois. Ils se dépouillèrent ensuite l'un l'autre, s'arrachèrent les lambeaux du trône impérial, et, vers le milieu du neuvième siècle, succéda aux guerres

évoques de son temps, un homme de guerre, aussi fameux par ses intrigues et ses perfidies, que par son audace. Il joignait aux vices d'un courtisan les vices des militaires de ce temps. Il entreprit, en 880, de repousser les Normands qui ravageaient les bords de l'Escaut, et cette entreprise tourna à sa honte; il fut nommé évêque de Paris^ et défendit cette ville contre les attaques des Normands. Etait-ce pour de tels exploits que les princes fondaient et enrichissaient les églises ?

(1) Nec placitum cornes habeat nisi jejunus^ {Baluzii Capitul.^ t. I, col. 353, 393, 761^ etc.)

royales l'anarchie féodale, qui en Europe dura pendant plusieurs siècles. Après avoir

disposé des trônes

les avoir à leur gre

protégés et abattus, ils en élèvent de nouveaux, et s'y placent eux-mêmes. On verra le comte de Paris, successeur de Conrad, se faire proclamer roi de France ; mais je dois, avant d'en parler, dire quelques mots sur le duché de France et sur les vicomtes de Paris.

Vers la fin du neuvième siècle, à la faveur des grande désordres de cette époque, une partie de la Neustrie fut érigée en un duché, nommé duché de France. Son ter- Htoire, dans lequel se trouvait Paris, s'étendait en longueur depuis Laon jusqu'à Orléans inclusivement : dans la suite le royaume fut réduit au duché de France, qui s'étendait depuis Pontoise jusqu'à Montereau. Ce pays, qui, dans plusieurs mo-, numents historiques, est nommé la France du milieu, média Francia, forma les Etats des premiers rois de la troisième race.

Le plus ancien duc de France, mais dont l'existence en cette qualité n'est pas la mieux prouvée, est Hugues, comte d Anjou et d'Orléans, surnommé l'abbé i il portait le titre de duc en 8§4.

Robert, successeur et frère du roi Odo ou Eudes, était, en 922, comte de Paris et duc de France.

Hugues le Grand , fi.ls du roi Robert, obtint, en l'an 943, le duché de France, que lui conféra le roi Louis d'Outre-mer. En 954 le roi Lothaire le confirma dans la possession de ce duché (2). Ce duc mourut en 956. \\ dut le titre de Grand à une grande énergie de caractère , et non à des actions grandes et louables : il fut le fléau des peuples et surtout des rois.

Tous ces comtes de Paris et ducs de France s'emparèrent des plus riches abbayes, jouirent de leurs revenus , et prirent même le titre d'abbés.

Hugues Capet, fils de Hugues le Grand,

j hérita de son père, le remplaça dans son

comté de Paris et son duché de France,

ainsi que dans ses abbayes productives :

il fut de plus élu roi de France.

Ces comtes de Paris, devenus des personnages importants, devenus ducs, rois, abbés, dédaignèrent les soins de leur ad-

(1) ïxecueildes Historiens de France, t. VIII, p. 197, 292.

(2) Recueil des Historiens de France, t, VII; p» 209, 306, 323.

ministration , et en chargèrent des vicomtes. On connaît au moins trois de ce* fonctionnaires à Paris : Grimoard , qui. l'était en 900; Theudon, dans les. années 926 et 927 ; et Burchardou Buchard, comtes de.Melun, en 981. '

Odo ou Eudes fut celui qui offrit le premier exemple d'un comte de Paris devenu roi, et le premier exemple d'un roi qui fut, par la voie de l'élection, élevé sur i un trône jusqu'alors héréditaire. Deux au- ; très comtes de Paris, Robert, frère de Eudes, et Hugues Capet , eurent la même destinée. Tous ces ducs, ces comtes, se partagèrent, s'arrachèrent les lambeaux de l'empire de Charlemagne. Rodolphe, fils de Conrad, comte de Paris, dont la perfidie et les excès viennent d'être mentionnés, se rendit maître de la Bourgogne transjurane , et s'en fit proclamer roi.

Le comte, l'évêque, les abbés de Paris exerçaient dans leurs arrondissements respectifs, et sur les villages qu'on leur avait concédés, une autorité souveraine ; ils avaient leurs troupes, leur palais, leur cour, leurs officiers à l'instar des rois ; ils percevaient à leur gré des contributions, levaient des armées, et faisaient la guerre ('I). Toutes ces usurpations ont, dans la suite, reçu la qualification de légitimes , et se sont maintenues comme des droits.

La classe de ces seigneurs souverains ' était celle des nobles, des oppresseurs . et des hommes qui détruisent.

La classe des habitants non nobles, divisée en ingénus ou hommes libres, en serfs ou esclaves, était celle des opprinit-.et de ceux qui produisent.

On voit, par différents capitulaires, que les ingénus étaient , pour les nobles sei-

(1) Erchenrade, évêque de Paris, avait obtenu de Charlemagne des privilèges cocsidérables pour son église ; mais par la négligence des gardions, les chartes de ces privilèges et plusieurs autres qui contenaient les donations faites à l'église de Paris par des hommes nobles, pour le remède de leur âme, furent perdues ou brûlées. Inchadus, successeur d'Ercbenrade, réclama auprès de Louis le Débonnaire le rétablissement de ces titres et de ces privilèges. Cet empereur, plus facile encore que son père, par un diplôme de l'an 820 consentit à la demande de l'évêque, [Recueil des Historiens de France, t. VI. p. 522.)

sous LA SECONDE RACE

gpeurs, les objets dune peiacution continuelle. II5 les tourmentaient, par des vexations de toute espèce. Ils les forçaient è venir dans leurs maisons pour y faire un service pénible et humiliant (1). Possédaient-ils des richesses , les comtes, les vicomtes, les évèques, les abbés, ou leurs officiers, sous de vains prétextes, et par des moyens iniques, les dépouillaient de leurs biens. Etaient-ils peu fortunés , ils les choisissaient de préférence pour les faire marcher a la guerre ; ou bien, s'ils étaient dans l'aisance, ils les faisaient cond9mner à des amendes qui excédaient la valeur de leurs propriétés. Alors ces malheureux, pour subsister dans un pays et dans un temps oii l'industrie était étouffée, se voyaient réduits à renoncer pour toujours à' leur liberté, et à livrer leur personne et leur postérité aux chaînes de l'esclavage (2).

La condition des serfs différait peu de celle des animaux dome>tiques ; leurs maîtres les achetaient, les vendaient, pouvaient les battre et les tuer. Cent cinquante coups de fouet étaient la punition qu'ils leur infligeaient pour les fautes les plus légères. Commettaient-ils des fautes plus graves , on leur coupait les oreilles, le nez, un pied, une main: on leur arrachait les yeux ou la vie.

Sans nous arrêter aux actes tyranniques des comtes et d autres seigneurs féodaux, actes exercés ,sur la port'ion la plus utile de la société, remarquons qu'a mesure que la féodalité acquérait des forces, les calamités publiques croissaient et devenaient toujours plus graves. Jugeons ce régime d'après ce qu'il a produit, jugeons la cause d'après ses effets.

Les brigandages et les guerres continuelles des hommes puissants ruinaient le commerce, l'industrie et l'agriculture, tarissaient toutes les sources de prospérité, amenaient des famines fréquentes et horribles, suivies de maladies contagieuses et de la dépopulation. Or, voici, d'après des témoignages irrécusables, une notice des famines qui, pendant une grande partie de la seconde race, ont désolé la contrée de la Gaule qu'on nommait alors France.

Deux seules famines, l'une en 779, 1 1 l'autre en 793, se manifestèrent sous le règne de Charlemagne. Pendant la pre-

{l]Baluzii CaiAtul., t. I, col. 400, art. 17. J2) Baluzii Capitul., lib. I, col. 485,486.

miere, plusieurs personnes moururent de faim (1).

Sous le règne de Louis le Débonnaire, les écrivains ne signalent qu'une seule famine, arrivée en 820. Elle fut violente et suivie de mortalité. On lui donne pour cause l'intempérie de la saison (2).

Après ce règne, époque où les désordres politiques éclatèrent avec plus de fureur, les famines se multiplièrent. En 843, la disette était si grande que les habitants composaient du pain avec de la terre à laquelle ils mêlaient un peu de farine (3).

En 845, affreuse famine, où plusieurs milliers d hommes périrent de faim (i).

En 850, famine excessive, etentreautre> scènes horribles qu'elle produisit, on vit les mères tuer leurs enfants, et se nourrir de leur chair (5).

C'est la première fois que l'histoire de France mentionne l'acte horrible d'anthropophagie résultant d'une excessive disette. Cette épouvantable extrémité se renouvela souvent dans la suite.

En 855, famine qui fit périr une multitude d'hommes: leurs cadavres restaient sur la terre ; les bras manquaient, pour les enterrer ; on vit des particuliers tuer leurs compatriotes pour les dévorer (6).

En 860 et 861, très cruelle famine (7).

En S62, grande famine suivie de contagion : toute l'Europe est frappée de ce fltau (8) : toute l'Europe gémissait sous le même gouvernement.

En 867. famine qui fit périr un grand nombre de personnes (9).

Eu 868, famine horrible suivie de peste et de mortalité. On vit plusieurs villes,plu-

(1) Becueil dts Historiens de France^ t. V, p. 26, 49,70, 360.

(2) Recueil des Historiens de France^ t. VI, p. 225.

(3) Recueil des Historiens de France, i. VII, p. 62, 267.

(4) Recueil des Historiens de France, t. VII. p. 63.

(5) Becueil des Historiens de France, t. VII, p. 163, 187, 233, 250, 275.

(6) Recueil des Historiens de France, t. VII. p. 228.

(7j Recueildes Historiens de France, t. Vil, p. 174, 207, 228, 274.

[S)Recueil des Historiens de France, t. VII, p. 254.

(9j Recueil des Historiens de France, t. VII, p. 272.

sieurs contrées entièrement désertes, leurs habitants étant morts ou expatriés. Dans d'antres lieux, des hommes, des femmes devinrent homicides pour être anthropophages, et se nourrirent de chair humaine (1). " En 869, la même famine et la mortaUté continuent leurs ravages. Les morts restent sans sépulture faute de vivants pour les enterrer. A Sens, dans un seul jour, il mourut cinquante-six personnes (2).

En 873 , famine horrible : un grand nombre d'hommes périssent de faim ; plusieurs se nourrissent de chair humaine : îes hommes se dévoraient entre eux (3j.

En 874, grande famine et maladiescontagieuses qui enlevèrent, en Allemagne et dans la Gaule, un tiers de la population (4).

En 875, grande famine dans tout le royaume (3).

En 876, grande famine (6).

Dans l'espace de NÏngt-trois ans, les chroniques indiquent quatorze années de famine extrême. Et pendant quatre années, celles de 830, de 853, de 868 et de 873, la disette fut si grande, qu'elle porta les hommes à s'entr'égorger pour se nourrir de chair humaine. Ainsi, depuis 843 jusqu'en 876, le nombre des années où les hommes mouraient de faim surpassa celui des années où ils pouvaient vivre.

Si, à ce tableau des famines, je joignais celui des fréquents incendies de châteaux, de villes, celui des massacres de leurs habitants , enfin celui des dévastations causées par les guerres continuelles de l'anarchie féodale, on s'indignerait contre les orateurs, les écrivains et les fonctionnaires , assez ignorants ou assez periides pour louer, pour chercher à ramener ces temps si fertiles en crimes et en désolation, et pour regretter le régime qui les a produits.

On vit encore, pendant le reste de la période carlovingienne , un très grand

(1) Recueil des Historiens de France, t. VII,

(2) Recueil des Historiens de France, t. VII, p. 266.

(3) Recueil des Historiens de France, t. VII, p. 178, 236, 238.

(4) Recueil des Historiens de France, t. VII, p. 180, 236, 252, 276.

(5) Recueil des Historiens de France, t. VII, p. 288.

(6) Recueil des Historiens de France, t. VII, p. 229.

Pabis. — Typographie

nombre d'années de famines et de pestilences; mais, pour ne pas fatiguer les lecteurs, je ne citerai que les années 893, 899, et 940 , pendant lesquelles l'humanité eut encore à gémir de voir de malheureux affamés arracher la vie à leurs semblables pour les dévorer (1).

On a des exemples de famines presque aussi horribles qui ont désolé les habitants des villes assiégées depuis longtemps ; mais elles ne peuvent se manifester dans des lieux ouverts, dans de vastes régions, que sous le régime de la féodalité. i

La mauvaise nourriture, que prenaient i les peuples pendant ces disettes engendra cette cruelle maladie, inconnue dans les temps civilisés, et appelée le feu sacré, la maladie des ardents , le mal d'enfer. Le territoire des Parisiens fut, en l'an 945, désolé par cet horrible fléau : les malheureux qui en étaient frappés sentaient leurs membres dévorés par un feu intérieur, supplice qui se terminait par la mort. Quelques-uns de ces malades , pour être soulagés, allaient dans l'église de Paris ; et Flodoard dit que plusieurs y furent guéris : il ajoute que le duc Hugues les nourrissait à ses dépens ; cependant on en vit qui, n'éprouvant nul soulagement, retournaient dans leur pays ; mais le mal, dit ce chroniqueur, augmentait à mesure qu'ils s'éloignaient de cetteville. Ils étaient radicalement guéris lorsqu'ils retournaient à Notre-Dame (2). Tels furent les affreux résultats d'un gouvernement absurde et antipopulaire.

Commerce. Pendant les premiers temps, les temps prospères de cette période , le commerce, malgré les nombreuses entraves qui contrariaient sa marche, malgré la gêne toujours croissante des contributions et des péages, se maintint à Paris, comme il s'y était maintenu sous la première race ; mais, après la mort de Gharlemagne, les guerres intestines, causées par l'ambition ou la cupidité des princes, des ducs, des évêques et des comtes, et par les incursions fréquentes des Normands, le détruisirent entièrement. Les Annales de Saint-Bertin rapportent que ces brigands, après avoir, en l'an 861 , incendié l'abbaye de Saint-Vincent et de

(1) Recueil des Historiens deFrance, t. VIII, p. 56, 234, 259, t. IX, p. 27.

(2) Flodoardi Chronic. ; Recueil des Historiens de France, t. VIII, p. 229.

Lacour, rue Soufflot, 48.

sous LA

Saint-Germain (Saint-Germain-des-Pres), mirent en fuite les négociants, les naviiiateurs sur la Seine, et les firent prisonniers (\). Cette incursion des Normands fut suivie de plusieurs autres qui durent être encore plus funestes au commerce de Paris.

Depuis cette époque jusqu'au treizième siècle, le commerce sur la Seine paraît

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