XII
(1) Becueil des Historiens de France, t. XII, p. 93.
(2) A l'hôpital Saint-Lazare, à l'hôpital du Saint-Séjyulcre, à l'hospice de Saint-Ju- Uen-des-Ménétriers, à Saint-Jncques-de-l' Hô^ pital, à Saint-Jacques-du-Haul-Pas, etc., le bien des pauvres fut envahi par les prê:re3 chargés de desservir l'éj^lise de ces maisons. L'hôjtital de Saint-Gervais éprouva le même sort de la part des religieuses qui le desservaient.
faires d'intérêt de cet établissement, en fit le chef-lieu de sa congrégation des Missions.
Sur la façade de l'église était, au commencement du quinzième siècle, une statue en pierre représentant la Vierge Marie. Le tonnerre tomba sur cette image et la mit enpèces. « L'an 1409. le jour de « la mi-aoust, dit l'auteur du journal de "■ Paris, sous le règne de Charles VL « fist tel tonnoyre, entre cinq à six heu- « res du matin' que une image de Xotre- » Dame, qui estoit sur le moustier de « Saint-Ladre, de forte pierre et toute « neuve , fut du tonnoyre tempestée et « rompue par le milieu et portée bien « loin de là. »
Dans cette léproserie se retiraient les personnes atteintes delà lèpre. Cette maladie contagieuse, résultat de la malpropreté et de la misère extrême du peuple. - est maintenue à Paris, depuis les temps barbares jusqu'au dix-septième siècle. Il V existait encore beaucoup de lépreux ••Il 1632 , lorsque Vincent de Paul y lui installé , puisque l'archevêque de Paris lui imposa alors l'obligation d'y recevoir les lépreux de la ville et des fau-" bourgs. (Voyez ci-après l'article Prêtres • 1' la Mission.)
Saint-Lazare a servi longtemps de maison de correction. Aujourdhui on y renferme les femmes condamnées à la réclusion, et on y occupe ces prisonnières à des filatures, à la couture et ii la broderie.
Cette maison fut. en juillet 1789. pillée, dévastée, et une de ses granges incendiée jtardes brigands étrangers, pouss-s on ne sjitpar qui. La milice parisienne, instituée le même jour, vint le soir arrêter les pro- ^rès de ces dévastations.
L'enclos de cette maison, un des plus vastes de Paris, est depuis 1821 converti en rues et se couvre de maisons.
HÔPITAL DE SaINT-GeRVAIS OU HOSPI- TALIÈRES DE Saint-Anastase. Cet hôpital, situé dabord au parvis de l'église de Saint-Gersais, fut, en 1171, fondé par quelques particuliers pour héberger les pauvres passants. Tant qu'il fut gouverne par des séculiers, l'intention des fondateurs fut remplie : mais on y introduisit au quatorzième siècle des religieuses hospitalières, sous le titre de Saint-Anastase, qui s'y multiplièrent à tel point, que les pauvres n'y trouvèrent plus de place et que ces religieuses n'eurent pas assez de
socs Lons VII 157
bâtiments pour s'y loger elles-mêmes. Le but de l'institution fut entièrement détourné.
En 1 6oo, ces religieuses achetèrent l'hôtel d'O, dans la vieille rue du Temple, abandonnèrent leur bâtiment primitif, le vendirent, et ne conservèrent que la chapelle qui était située rue de la Tixernnderie. On y voyait encore , du temps d" Félibien. la figure d'un ancien hospitalier de cette maison, peinte sur la muraille de la chapelle, représenté à genoux au pied d'un crucifix : il était vêtu d'une chape et d'un chaperon ou capucc de couleur verte.
Quant aux hospitalières transférées à l'hôtel d'O, vieille rue du Temple, elles s'y maintinrent jusqu'en 1790, époque de leur suppression. Cet hôtel fut démoli , et sur son emplacement est un marché.
Le Temple. Des expéditions nouvelles amènent de nouvelles institutions. Les croisades produisirent l'ordre des Templiers : association bizarre de deux conditions opposées, de moines et de soldats. et qui prouve l'extrême dérèglement des idées dans ces temps de barbarie. Cet ordre, qui fut institué dans des intentions pieuses, changea bientôt le but de son institution. Les premiers membres étaient tenus de servir les pauvres malades dans l'hôpital du Temple de Jérusalem : ces garçons de salles devinrent des chevaliers. L'époque précise de l'établissement des Templiers dans Paris est inconnue. Certainement il existait une maison de Templiers à Paris avant 1147, puisqu'en cette année ils tinrent dans cette ville un chapitre où ils se trouvèrent au nombre de cent trente; mais il n'est pas certain que ce chapitre fût tenu dans le lieu aujourd'hui nommé le Temple. Les Templiers possédaient une autre maison plus ancienne, voisine de Saint-Gervais, où ils auraient pu s'assembler. On a la certitude qu'ils étaient établis dans l'emplacement actuel du Temple, avant l'an 1182. Je reviendrai sur cet article.
Saint-Jean de-Latran , situé rue de Cambrai, en face du collège de France.
Pendant le même règne , une autre maison de soldats-moines, connue sous les dénominations d'Hospitaliers de Saint-Jeande-Jérusalem, de Chevaliers de Rhodes, de Chevaliers de Malte, fut. en 1171, fondép à Paris dans un enclos de vignes appelé Clos-Bruneau. Cet établissement porta le nom de Commanderie de Malte; il oon-
1o8 HISTOIRE
sistait en un clos qui s'étendait depuis la place de Cambrai jusqu'à la rue des Noyers, et communiquait à la rae Saint- Jean-de-Beauvais,
On voyait, dans l'enceinte decette commanderie , une ancienne tour destinée, dit-on, au logement des pèlerins qui se rendaient à Jérusalem, et une église paroissiale desservie par trois religieux conventuels de l'ordre.
Cette église était ornée de plusieurs monuments sépulcraux. On y remarquait celui de Jacques deSouvré, commandeur de Saint-Jean-de-Latran. et grand prieur de France. C'est lui qui fit bâtir l'hôtel prieural du Temj le. Il mourut en 1670. Son tombeau, qu'il s'était fait élever de son vivant, ne reçut pas son corps, mais seulem.ent ses entrailles.
Cefom.beau, remarquable par sa magnificence, représente la figure de ce -commandeur, à demi couchée ^ur un sarcophage de marbre noir, et soutenue par un enfant en pleurs. Il fut composé et sculpté par François Anguier, arliste célèbre : il était placé dans le chœur. Il fut pendant la révolution transféré au Musée des monuments français, et taisait un des ornemenis de la salle de Louis XIV.
Dans la chapelle de la Vierge, on voyait le tombeau de Jacques Bethun de Balfour, archevêque de Glascow , ambassadeur d'Ecosse en France pendant quarantedeux ans. Il mourut en 1603, après a\otr éprouvé la clémence de Henri IV, qui, à cause de son grand âge, l'exempta de la proscription qu'il avait encourue en qualité de ligueur très actif.
Prosper Jolyot de Crébillon, poète tragique, mort le 17 juin 1762, reçut des honneurs funèbres dans cette église d).
L'enclos de cette commanderie était rempli par l'église, la vieille tour dont j'ai
(1) Le 6 juillet suivant, les comédiens français firent célébrer un ser\ice solennel pour le repos de l'âme de ce poète, qui, dans sa tragédie de Xercès, avait osé émettre ce vers admiré par Louis XV :
La crainte fit les dieux ; l'audace a fait les rois. Cette cérémonie funèbre se fit avec tme pompe extraordinaire : l'église était toute tendue de noir et très illuminée; on y vit nn catafalque, un dai?, une députation de l'Académie fratçaise, et tous les acteurs et actrices de l'Opéra, de la Comédie fran-
parlé, l'hôtel du commandeur, et par plusieurs maisons particulières bâties sans ordre autour d'une grande cour (1).
L'ordre de Malte ayant été supprime en 1792, cette propriété fut vendue à diffirents particuliers. L'église, démolie en 1824, servait de magasin à un tonnelier.
Saint-Médard, église paroissiale , rue ^'oiffetard, était. aN-ant l'an 1163, une chapelle dépendante de l'abbaye de Sainte- Geneviève, chapelle qui devint l'église paroissiale d'un bourg ou village appelé Richebourg, village -de Saint-Mard ou Saint- Médard.
Ce bourg ne se composait, au douzième siècle, que d'un petit nombre de maisons, et ne fut peuplé abondamment qu'au sei- , zième siècle. On y trouvait les clos du , Chardonnet, du Breuil, du Mont-Cétard. ' des Mors-Fossés, des Treilles, de Copeau, de Gratard, des Saussayes. de la Cendrée ou Loci/s c'merum, etc. On ignore l'éjjoque où la chapelle de Saint-Médard fui érigée en paroisse.
Le bâtiment de l'église, réparé, agrandi en divers temps, présente des échantillons de plusieurs genres d'architecture. Le grand autel fut entièrement reconstruit en 1655. Le sanctuaire est entouré de colonnes cannelées et sans bases, qui supportent des arcades à plein cintre, colonnes et arcades d'un genre bien différent de celui du reste de l'édifice. On a dérobé en partie le contraste de ces deux genres d'architecture, en masquant avec de la
çaise, de la Comédie italienne, qui se présentèrent à l'oflFrande avec dignité. Mademoisal.e Clairon, en long manteau, menait le deuil. L'Arlequin des Italiens ne manqua pas d'y assister. On rit bf^aucoup à Paris de cette cérémonie religieuse et comique, et surtout de la colère de l'archevêque Christophe de Beaumont , qui , n'ayant point de juridiction sur l'église de Saiat- Jtan-de-Latran, détermina l'ordre de Malte à puuir le curé de cette église. Il fut condamné à trois mois de séminaire et à deux cents francs d'amende.
(1) Le commaudeur pourvu de ce bénéfice avait de plus deux maisons d'agrément: l'une, située rue de Lourcine, faubourg Saint- Marcel; l'autre, dite la Tombe-hoire, célèbre dans les fastes romanesqut-s, et située au-delà de la barrière Saint-Jacques, dans le hameau dit autrefois Manje-Sovris, aujourd'hui MorU-Souris.
SOl'5 LOUIS
■--rie les piliers de la nef, qui sont d'une : litect ire sarrasîne.
la cha^ielle de la Vierge, au rond-point, j offr^' iv^ imitation mesquine des jour? ce\ n admire dans les églises de
Su et de Saint-Roch.
Iî,j..s celte eglii^ on voit plusieurs t^bk . i\ dont la^ plupart sont très médiocre-. ()n doit remarquer, à la croisée du côtv Mieiidional, une perspective représentai-1 !;i peinture d'un des bas côtés qui marn^ue a cette église. Cette perspective fait illusion.
Plusieurs hommes célèbres y ont reçu leur sépulture. Olivier Patru (4), habile avoat surnommé leQuintilien français, qui. en 16SI, mourut pauvre et honoré; Pierre Nicole, connu par ses Essnùs de Mo- ••'oh, etc.
Derrière le chœur est un petit cimetière
l'on voit une tombe qui s'élèNC un
. au-dessus de terre : c'est celle du fa-
... IX diacre François Paris, qui. après sa
mort, excita tant de convul-ions et d'é-
Irani^es miracles, dont je {parlerai dans la
..iî(2;.
•Jette église est aujourd'hui la troisième
-accursale de la paroisse de Sainl-Elienne-
lu-Mont, douzième arrondissement.
Saint-Hippolyte, église située rue de
liom, quartier de Saint-Marcel. Elle est
ir la première fois mentionnée en M 78,
cle titre de chapelle. Dans la suite, au
nmencemeot du treizième si«?cle, elle
érigée en paroisse. Reconstruite au
zienie siècle, réparée au dix-septième,
- n'en lut pas plus régulière. Elle contai', quelques tombeaux anciens. On l'a
nolie pendant la révolution.
^Al^TE-GE^■EVIÈVE. Cette abbaye fut
nme'i sous ce règne ; les dérèglements
- chanoines devinrent le motif de leur orme : l'événement suivant en fut loc-
i-ion.
Le pape Eugène III, chassé de Rome, iUl a Paris en \ 1 45. Quelques jours après
vn
(1| L'évêqne BotsHtt vint visiter PtUru dans sa dernière maladie, a On vous a regardé jusqu ici, lui dit-il, comme un esprit fort; songez à détromper le public par des discours religieux. — // taut mieux que je me taise^ réponiit le malade; on ne parie dam tes dirmers momtnts qtte par faiblesse ou par vanité. r>
(2i Voyez ^ sous le règne de Louis XV, article Origine et frogrès des convulsions.
son arrivée, il voulut célébrer la messe à Sainte- Geneviève. Les chanoines, !«oiir l'honorer, firent étendre devant l'autel un grand ta r>is de soie, sur lequel le p;»pe s'agenouilla pour prier. Ce pontife, aprè- la messe, s'étant retiré dans la sacristie . sis domestiques, prêtres ou laïques, s'emparèrent de ce tapis, prétendant qu'il U'ur appartenait, par cela seul que le ; ap? s en était servi. Les serviteurs des ch ino'nes, d'un avis contraire, arrachèrent le t.inis des mains des valets du pape. Le tapis, objet de la querelle, tiré d'un côt^", tiré de l'autre avec vio ence, est bien'.ôt mis en pièces. Aux injures s'iccèdent les coups de poing, les coup^ de b^ton. Le ni, présent à ce tumulte, s'avance pour le faire ces.ser : son autorité est impuissante contre les mouvements* furieux des combattants; il est même frappé dans la mMée. La victoire resta aux familiers de Sainte-Geneviève.
Ceux du pape vinrent, les habits déchirés, le visage ensanglanté, se présenter a leur maître, qui se plaignit au roi, et lui demanda justice d'une telle insulte. Le pape et le roi convinrent de réformer le monastère de Sainte-Geneviève.
Il fut d'abord résolu de renvoyer les chanoines de celte abbaye etdy substituer des moines «le Clugny ; mais on abandonna cette resolution pour adopter celle-ci : on nomma un nouvel abbé, et on introduisit douze chanoines nouveaux, tirés de l abbaye de Saint-Victor, lesquels furent solennellement installes dans l'abbaye de Sainte-Geneviève, au g-and déplaisir des anciens chanoines qui mirent tout en œuvre poir se débarrasser de ces étrangers. lis employèrent contre eux la calomnie, les menaces, les mauvais traiti^ments.
Dans l'exès de leur animosité, ils chargèrent leurs domestiques d'aller, pendant la nuit, enfoncer les portes de léglise. s'emparer de la place, et empêcher les nouveaux chanomes dy chanter matines, en poussant des cris qui ne leur permettaient pas de s'entendre. 11 fallut employer la force pour soumettre ces chanoines irrités. Ils retinrent, malgré les ordres de l'abbé Suger. une grande partie de leur trésor, détachèrent de la châsse de Sainte-Geneviève des ornements d'or qui pesaient quatorze marcs, dans le dessein de former une somme assez forte pour l'envoyer au pape, et l'engager à changer de résolution. On répandu même que ces chanoines furieux coupèrent la tête de sainte Gène-
viève, et renlevèreiit de sa châsse. Pour détruire ce bruit alarmant, on fit solennellement ouvrir cette chasse, et on montra le corps de la sainte, muni de sa tête: puis on chanta le Te Demn (1). Depuis longtemps il n'existait dans sa châsse ni le corps ni la tête de sainte Geneviève.
Ce monastère, ruiné depuis trois cents ans par le-: Normands, n'avait qu'imparfaitement été rétabli. L'église, brûlée par ces barbares, tombait en ruines. Etienne du Tournay, élu abbé de Sainte-Geneviève ' en 1177, ht réparer les murailles dégrajdées par incendie, reconstruire les voûtes et recouvrir la toiture de lames de plomb. Le chapitre, le cloître, le dortoir, la grande chapelle intérieure de la Vierge, le réfectoire, etc., furent pareillement rétablis par cet ablDé, qui remit la discipline en vigueur, et divisa l'école de ce monastère en deux classes: l'une, pour les religieux, était dans l'intérieur ; et l'autre, placée à l'entrée, servait aux écoliers du dehors.
Abbaye et Ecoles de Saint-Victor.
La ferveur de cette institution récente fut bientôt amortie. Fondée pendant le règne précédent, elle offrait déjïi, sous celui-ci, l'image du désordre et de l'immoralité ; l'inconduite, la débauche de l'abbé Erneise pervertirent presque tout le monastère.
Cet abbé se montrait le protecteur de tous les religieux qui favorisaient son penchant à la dissolution, et persécutait les hommes instruits et attachés à la règle. Un évêque de Danemark lui confia trois cents marcs d'argent. Erneise viola ce dépôt et mit de l'étain en place du précieux métal. Cette affaire cau.sa beaucoup de rumeur. L'abbé fut déposé et relégué dans un prieuré près de Chevreuse, où il continua de se livrer à ses habitudes dissolues.
Garin fut ensuite nommé abbé. Il rétablit l'ordre dans le monastère ; mais à cette régularité pas.sagère succédèrent bientôt le relâchement et la licence. L'histoire de presque toutes les maisons religieuses des deux sexes n'offre qu'une succession alternative de régularité et de débordement.
Eglise de Saint-Germain-des PRhs.
Cette église, dont j'ai eu occasion de parler plusieurs fois, fondée par Ghildebert au sixième siècle, ravagée à diverses reprises par les Normands au neuvième, fut. au
(1) Histoire de Paris, par Félibien, t, I, p. 175, 176, 177.
comm ncement du onzième, reconstruite, comme il a été dit, par l'abbé Morard. Sa reconstruction ne s'acheva entièrement qu'en 1163, époque où le pape Alexandre m en fit la dé licace et la consécration. L'évêque de Paris se pré.senta pour assister à cette cérémonie ; mais les religieux ne voulurent point le recevoir, et engagèrent le pape à lui ordonner de se retirer, parce que les évêques de Paris n'avaient aucune juridiction sur l'abbaye de Saint -Germain- des -Près. L'évêque fut obligé d'obéir, et le pape fit, en conséquence, un beau sermon au public, non pour l'instruire des vérités évangéliques, mais pour faire connaître les droits de cette abbaye. Pour justifier cette incivilité, je dois dire que saint Germain, évêque de Paris, avait accordé, en l'an 566, de grands privilèges à cette abbaye; il l'affranchit de toute autorité, excepté de celle des rois, et voulut que l'abbé s'opposât à ce qu'aucun évêque métropolitain ou suffragant n'entrât dans ce monastère, qui jouissait de la juridiction temporelle et spirituelle dans le bourg de Saint-Germain (1).
En 1108, Galo, évêque de Paris, avait, par des moyens de séduction, déterminé Guillaume, nouvellement éluabbé de Saint- Germain, à lui soumettre ce monastère.
En conséquence, cet abbé consentit à être solennellement institué et béni par l'évêque; mais, lorsqu'il revint vers sonabb^aye, il en trouva les portes fermées. Les elforts qu'il fit pour se les faire ouvrir furent inutiles : les moines, indignés de la condescendance de Guillaume, avaient résolu de ne pas le reconnaître pour abbé ; ils nommèrent à sa place Rainald, autrefois abbé de Saint-Germain, qui avait renoncé à cette abbaye par simplicité, ou plutôt pouise soustraire aux tracasseries qu'il éprouvait de la part de l'évêque et du chapitre de Notre-Dame (1). Ainsi Guillaume perdit son abbaye, et le monastère conservu son privilège.
La longueur, hors d' œuvre, de l'église de Saint-Germain, y compris l'espace occupé par la tour carrée qui s'élève à son entrée, est d? deux cent quatre-vingtdix-huit pieds. Sa largeur, sans y comprendre les chapelles qui l'entourent, est de soixante-dix pieds.
L'intérieur présente d'abord une nef,
(1) Diplomata^ Charlœ, etc., «ditorifm Brequigny et Dutbeil, p. 6.S.
PAP.rs. — Typrigrapliie Lacoir, rue SouffliM. 18
sous LOUIS vn
séparée des bas-côtés par cinq piliers à j a rextrémité du chœur, en est un autre droite et autant à eauche. Ciiaque pilier j consacre k la Vieiire, derrière lequel s'élève
se compose d'un massif où sont engagées
quatre colonnes de diverses dimensions.
Ces piliers supportent des arcades à plein
cintre.
Vers les deux tiers de la longueur de tte église est un grand autel, et plus loiu,
une construction en pierres d.? Conflans, nommée contre-retable, dont le dessin est d'une belle simplicité. Elle présente une niche couronnée d'un fronton, lequel c^t supporté par deux colonnes d'ordre corinthien. Dans la nich? on a place une figure
Porte de Bacî.
rie la Vierge. Les travaux de a-tte con- -Iruction, commencés en 1816, ont été irhevésen 18 i 9..
Le chœur est entouré de colonnes isolées, ijui. sur les côtés, supportent des arches à [jlein cintre, et, au rond-point du chœur, <\(^ arches en ogives. Les fenêtres du rondut, et même du chœur, sont aussi en ..ives : ce qui autorise à croire que cette partie de l'église est plus récente que les autres.
Les différences de caractère que l'on uve dans l'ensemble de cette construcuou indiquent les époques diverses aux- «jj^lles se? parties appartiennent.
La grosse tour carrée, simple et dépourvue d'ornements, qui s'élève a l'entr^je et qui lui donne l'aspect d'une forteresse ou d'une prison, plutôt qu'un caractère religieux, est évidemment la partie la plus ancienne de l'église. Quelques savants ont cru qu'elle datait du temps de la fondation, c'est-à-dire du sixième siècle. Je reproduis c.'tte opinion avec le doute qui doit l'accompagner; cependant, comme elle est évidemment plus ancienne que le clocher qu'on a élevé au-dessus et que ce clocher est du onzième siècle, il se pourrait que cette tour datât du sixième siècle.
Les deux tours latérales, pl^r'^ec à l'au- H
tre extrcmitéde l'église, offraient un genre de construction différent de celui de l'intérieur, et leur architecture était plus recheichée. Elles paraissaient appartenir au temps de l'abbé Morard, au commencement du onzième siècle. En 18^22 et 1823 ces tours, qui menaçaient ruine, ont été démolies.
Les piliers de la nef sont aussi du même temps : leurs colonnes engagées, leurs chapiteaux imités du corinthien, et chargés de figures et d'ornements bizarres, leurs bases doriques, les doubles arceaux séparés et soutenus au milieu par une coionne qui leur est commune, signalent l'architecture du onzième siècle.
La construction du rond-point du chœur, dont les arches sont en ogives, est d'un temps moins ancien. Peut-être, lorsqu'en 1 1 63 cette église fut consacrée et dédiée, elle n'était pas entièrement achevée. Nous avons beaucoup d'exemples d'églises consacrées, quoique n'étant qu'à demi construites. Ainsi, cette partie du chœur portant ce caractère de l'architecture sarrasiue appartiendrait au temps de Louis Vil, époque où se fit la consécration de cette église, et où ce genre d'architecture commença à s'introduire à Paris.
En '1633 et dans les années suivantes, on fit beaucoup de réparations au bâtiment de cette église; des murs, des voûtes, furent reconstruits : on reconnaît sans peine ces parties réparées à leurs formes régulières et aux chapiteaux pareils à l'antique. Cet édifice, aujourd'hui le plus ancien de Paris, a éprouvé quelques mouvements dans sa partie septeutrionale. On s'est empressé, au mo's de mai 1820, de faire étayer cette partie qui donnait des inquiétudes. On a rétabli, avec beaucoup de soin, une partie du uns-côlé septentrional. On a démoli en 1822 !a tour ( ou clocher ) placée du côté du nord, et en 1823 celle du m.idi, de sorte que, de trois clochers, il n'en reste qu'un, celui qui est à l'entrée de l'église. Ces deux tours terminées en forme d'obélisque, couvertes en ardoises, n'étaient pas d'une égale élévation.
On a remarqué, et le fait est certain, que l'axe de la nef et celui du chœur ne forment pas une ligne droite; que l'axe du chœur s'écarte de celui de la nef d'une manière peu sensible, et inchne du côté du sud.
J'ai parlé des rois et des reines enterrés dans cette église. Il serait trop long de
citer les noms des personnes considérables dont on y voyait les tombeaux.
Dans les journées des 6 et 7 prairial an VII (25 et 26 mai 1799), des fouilles furent faites sous le grand autel de cette église, où Montfaucon et dom Bouillord indiquaient un tombeau intact qu'ils croyaient être celui de Gharibert, roi de Paris. Après avoir creusé à sept pieds audessous du sol de l'église, on découvrit un tombeau de six pieds de long, dont I3 couvercle en marbre, en forme de dos d'àne, était orné de formes d'écaillés de poissons, de palmettes et d'une branche de vigne. Ce couvercle levé, on vit un squelette vêtu, à côté duquel était une lorgue canne, sceptre ou crosse en bois, terminé à sa partie supérieure par une pomme en ivoire en forme de béquille.
On jugea que ce tombeau était celui de l'abbé Morard, qui fit reconstruire le monastère et l'église, et qui mourut en 990. Voici la description du vêtement de cet abbé.
Il était double. Le premier présentait un manteau ample, dont les extrémités descendaient jusqu'aux pieds. Ce manteau était de satin, d'un tissu très fort, à grands dessins et d'une eoiJleur rouge foncé. Le second vêtement consistait en une tunique de laine, couleur pourpre brun, ornée d'une broderie aussi de laine, sur laquelle on avait gaufré des ornements. Des espèces de pantoulles d'un cuir noir et bien tanné lui ser.vaient de chaussure ; elles n'avaient ni oreilles ni boucles.
On découvrit un second tombeau et on conjectura qu'il était celui d'un abbé Ingon, mort en 102o. Son squelette était couvert d'un vêtement de taffetas violet, ressemblant assez à l'habit des bénédictins. Les coutures de chaque pièce de cet ample vêtement étaient couvertes d'un galon de soie verte, avec des étoiles en broderie d'or. Cette espèce de tunique avait pour bordure une large bande d'étoffe à grands dessins relevés en dorures sur le fond. Sa coiffure consistait en une mitre de soie blanche moirée. Ses mains étaient couvertes de gants d'un tissu de soie à jour, fait à l'aiguille. Il avait au doigt une bague d'un métal mélangé en cuivre et argent, dont le chaton, en forme de croissant, renfermait une turquoise décolorée. Sa chaussure consistait en une espèce de guêlres d'une
étoffe de soie, couleur violet tonce, ornées de dessins très yaries et du meilleur goût : on V voyait des cartels de forme polygone ou se trouvaient tracés en or des lévriers et des oiseaux. Ces riches étoffes se fabriquaient en Otient fl).
Le 26 février 1819, on transféra, en cérémonie, du Musée des monuments français, les cendres de Montfaucon, de Mablilon et de René Descartes, et on les déposa dans la chapelle dite de Saint- François-de-Sales. où des tables en marbre noir portent des inscriptions qui att-estent l'époque de leur mort et celle de leur translation en ce lieu.
Les cendres de Boileau Despréaux furent, le \i juillet 1819, pa^eillement 'éposées dans la chapelle de Saint-Paul.
îuèe en face de celle de Saint-Françoisle-Sales. Une inscription latine, gravée sur une table de marbre noir, marque ' '""poque de la mort et de la translation l^^s cendres de l'auteur de V Art puéUr/'/e ? du Lutrin. C^tte chapelle de Saint- Paul est destinée à contenir les restes de quelques autres illustres Français.
L'enclos du monaslèie contenait plusieurs édifices dont je parlerai bientôt. Il s'y opéra, après l'an 1368, de gi-ands changements. Charles V, craignant 1 attaque des Anglais, ordonna que cet enclos fût fortifié. On répara les murailles, les tours, et on creusa des fossés tout autour. Pour faire ces réparations, il fallut sacrifier plusieurs hùtimeuts, démolir la chapelle de Saint-Martiu-des-Orges, et faire l'^s transactions avec des voisins auxjiielslon prenait ou l'on abandonnait du terrain.
La principale entrée de l'enclos du Monastère était située à l'est, vers l'emplacement occupé aujourd'hui par la pri- -^on militaire de 1 Abbaye ; en cet endroit. ■il traversait le fossé sur un pont, et on irrivait à l'église par sa porte méridionale. Une autre entrée était à l'ouest de l'enclos, dans la rue depuis nommée de Saint-Benoît, presque en face de la rue les Deux-Anges, rue qui n'existait pas jlors. Cette entrée, nommée Porte papale, rarement ouverte, était flanquée de deux iours rondes, et on y arrivait par le moyen d'un ^ont-levis.
Vers l'endroit où la rue de Furstemberg
(1) Recueil des Hisloriens de France, t. XII, p. 122.
SOUS LOUIS vn 463
aboutit à celle du Colombier, s'élevait une
vieille tour ronde. De cette tour le mur de clôture très élevé s'étendait en droite ligne jusque vers le bas de la rue Saint- Benoît: à l'angle de cette rue était une seconde tour pareille à la précédente. A ce point le mur, retournant presque a anal? droit, suivait la direction de la rue Saint-Benoît, rencontrait la porte papale. et aboutissait à une troisième tour ronde. Là se présentait un angle rentrant, qui Lissait une petite place dont on voit encore un reste aux extrémités des rues Saint-Benoît et Sainte-Marguerite. Après cet angle, le mur suivait la direction de cette dernière rue jusqu'à la forteresse où se trouvait l'entrée principale du monastère. Ce mur était crénelé, soutenu par des piliei-s-butants, et, de distance eu distance, garni de tourelles élevées sur de^s culs-de-'ampe.
Ce mur était défendu par un fossé rempli par les eaux de la Seine, qu'y conduisait le fossé ou canal dit Petite- Seine.
L'intérieur de cet enclos offrait plusieurs places vides, plusieurs édifices construits à diver-es époques, dont voici la notice. Au sud et à l'entrée de l'église existait et existe encore la chapelle de Saint -Symphorien. que saint Germain avait fait construire, et où, en l'an 576. il fu' enterré. En l'an 754, on transfera son corps dans la grande église. Cette chapelle de Saini-Symphorien fut souvent reconstruite ou réparé».'.
Au nord de l'église étaient la sacristie, le cloître, le réfectoire et la chapelle delà Vierge.
La sacristie contenait la relique dite la ;iiure de sainte Marguerite, qui posséfiait des vertus miraculeuses dont l'abbé Thiers a parlé en incrédule.
Le réfectoire, remarquable parla beauté de son architecture, ressemblait plutôt à un vaste temple qu'à une salle à manger ; sa longueur était de cent quinze pieds, sa largeur de trente-deux, et sa hauteur de quarante-sept pieds sept pouces : il fut construit en 1230 par le célèbre Pierre de Montreuil. 11 servit de prison en 1793.
La chapelle de la Vierge, située au nord et à quelque distance de l'église, commencée en \ 244 sur les dessins du même Pierre de Montreuil, remplaça une chapelle de la Vierge tombant eu ruines: cet édifice avait, dans œuvre, cent pieds de
longueur et vingt-neuf environ de largeur. Sa hauteur était de quarante-sept pieds deux pouces. Dans le chœur de cette chapelle élsit la tombe de Pierre de Moutreuil, architecte de cette chapelle et du réfectoire, lequel enrichit Paris de pluiieurs beaux ouvrages; il y était repréienté avec une règle et un compas à la main. Autour de cette tombe on lisait son épitaphe, dont voici les deux premiers vers ;
Flo3 pif nus morum, vir doclor latomortim, Musterolo natus jacet hic Pctrus tumulalus.
Tout auprès était aussi inhumée son épouse Agnès, avec cette épitaphe : « Ici gist Annès, fanme jadis feu mestre Pierre de Montereul ; priez Dieu pour l'ame d'ele. »
La chapelle de la Vierge fut détruite pendant la révolution. Une rue, nommée rue Neuve-de-l' Abbaye, occupe ia place d'une partie des bâtiments du grand cloître, du chapitre, de la nouvelle sacristie, etc., et du côté septentrional de cette rue, ëes maisons particulières couvrent les lieux où s'élevaient le réfectoire et la chapelle de la Vierge.
Aux quinzième et seizième siècles, il s'opéra de grands changements dans l'intérieur de l'enclos de Saiut-Germain-des- Prés. Charles de Bourbon, cardinal, archevêque de Rouen et abbé deSaint-Germain-des-Prés, en 158o, céda les fossés aux religieux qui les enserrèrent dans l'enclos, et firent élever des murs sur le bord extérieur. Le même cardinal commença, en l'année suivante, la construction du palais Cardinal, orné de beaux jardins que le cardinal de Furstemberg, aussi abbé de Saint-Germain, fit, en 4699, considérablement embellir. Ce fut lui qui fit construire les écuries et la rue qui, de colle du Colombier, se dirige en face de ce
dais, rue qui porte encore son nom.
La bibliothèque, qui faisait partie d'un des corps de bâtiments du cloître, et dont l'extrémité septentrionale était adhérente au réfectoire, ne devint considérable qu'au commencement du dix-huitième siècle; elle était une des plus curieuses de Paris, et fut enrichie, en 1708, de celle de l'abbé d'Estrées ; en 1710, de celle de l'abbé Renaudot ; des bibliothèques de M. de Coaslin, évêque de Metz, etc.
Parmi les riches manuscrits qu'elle con-
tenait, on citait quelques ouvrages de saint Augustin écrits sur le papyrus , au sixième siècle. Le cabinet d'antiquités, établi par Moutfaucon, attenait à la sallo des livres ; il était précieux : ou y trouvait une collection de monuments égyptiens, grecs, étrusques, romains et gaulois, et une autre collection de morceaux d'histoire naturelle. Cette bibliothèque, ouverte tous les jours au public, fut on partie détruite par l'explosion de quinze milliers de salpêtre déposés dans le bâtiment du réfectoire ; explosion qui se manifesta le 2 fructidor an ii ('19 août 1794}. à neuf heures du soir. On put sauver les manuscrits, qui furent transférés à la Bibliothèque royale.
En 1699, l'abbé-cardinal de Furstemberg aliéna des parties de son enclos abbatial à divers particuliers, pour y bâtir des maisons à leurs frais. Par suite de cette aliénation furent établies les petite* rues Abbatiale et Cardinale. Dans l'enclos des religieux on fit ouvrir, en 1715, la rue Childebert, et celle de Sainte-Marthe qui est en retour, établir un porche et un parvis devant la principale entrée de l'église. Tous les fossés étaient comblés, et des masses de maisons s'élevaient à leur place. Tel fut l'effet des changements de l'état de la France et des progrès de la civilisation que les religieux de Saint-Germain, au lieu de faire des dépenses pour fortifier leur enclos, détruisaient \e\iThfortifications pour accroître leur revenu.
Au lieu de deux entrées, dont l'une ne s'ouvrait que très rarement, on y établit quatre entrées publiques : la porte de Bourbon-Château, en face de la rue de cfnom ; la porte Sainte-Marguerite, sur la rue du même nom; celle de Saint-Benoît, sur la rue de ce nom, qui est en face de la principale façade de l'église; la porte de Furstemberg, sur la rue du Colombier, qui servait d'entrée au palais abbatial. Depuis longtemps ces portes ne se fermaient plus.
Pendant la révolution, deux rues nouvelles furent percées dans cet enclos : celle de l'Abbaye et celle de Saint-Germain. La première, partant de la seconde, va. en longeant l'église et le palais abbatial, joindre l'extrémité de la rue de Bourbon- Château. La seconde naît de la place" située devant l'entrée principale de l'église, et, traversant l'ancienne grande cour et l'ancien grand jardin, va aboutir à la rue
du Colombier en face de celle des Petits- Augustins.
Au dehors de l'enclos étaient, au quatorzième siècle, divers objets que je dois faire connaître. A l'est de cet euclos, sur ia place située au devant de la porte qui alors était la principab entiée de l'abbaye, on voyait quelques maisons placées sans ordre, l'une desquelles était Ihôtelleriedu Chapeau-Rouge. Au milieu de celte place s'élevait le pilori, construction en forme de tour ronde, n'ayant qu'un étage. A cet instrument de supplice succéda, dans la suite, un corps-de-garde, appelé barrière des Serments , qui fut détruit sous Louis XV.
Au sud de l'enclos était un terrain vague, où l'on pratiqua un chemm qui
SOIS LOLIS >1I
établir la^ réforme, introduisit dans labbaye de Saint-Germain trente re!im ux du monastère de Chezal-Benoît, dont le régime austère déplut aux anciens religieux, qui préférèrent quitter le couvent. Lne bulle du pape, de février 1516, déclare excommuniés bs moines fugitifs, si, dans trois mois, ils ne sont pas rentrés dans l'abbaye.
En 1631 nouvelle réforme : on introduisit dans ce monastère la rèiïle de la congrégation de Saint-Maur. Cette réforme ne s'opéra pas sans beaucoup de résistance.
Celte abbaye tenait sous sa puissance fc-odale la grande moitié de la partie méridionale de Paris; elle poss^>dait, de plus, sur toute l'étendue du faubourg Saint-
apres163o, fut converti en une rue, ap- j Germain, la juridiction spiritueilo et la
pelée d'abord de Madame Valence, et puis de Sainte-Marguerite, à cause de la chapelle dédiée à celte sainte, chapelle placée a rextremité de la partie septentrionale de la croisée de l'église, et restaurée en 1675. En 1635 fut aussi conslruite, par l'architecte Gamart, la prison de l'Abbaye, située à l'extrémité orientale de cette lûe! f Voyez Prisons.)
A l'ouest s'étendait, depuis le passade du Dragon jusqu'à la rue Jacob, un clos de trois arpents et demi, entouré de murailles, appelé la Courlille o i le clos de l'Abbaye. Ce clos fut. en 1637, vendu à quatre par;iculiers, qui v firent dans la suite ouvrir la rue Taraiine. Au-delà de cet enclos était la chapelle de Saint-Pierre, qui a donné son non à un chemin voisin •pJ! conduisait à la rivière: ce chemin est devenu la rue des Saints-Pères.
Au nord, et au-delà du fossé, était un '•hemin qui longeait le petit pré aux Clercs, '■t qui reçut le nom de chemin aux Clerc;' N'Ts lan 1640, et dans les années sui-
iutes, ce chemin fut borde, de part et 1 autre, de maisons, et, à cause d'un colombier élevé sur le mur d'enceinte de l'Abbaye, on lui donna le nom de rue du Colombier.
Tel était, au quatorzième siècle, l'état physique de lenclos de l'abbavede Saint- Germain-d es-Prés; tels furent ïes changements qui s'y opérèrent dans la suite."
Les religieux de celte abbave s'étaient, au quatorzième siècle, affranchis du joug monastique; le désordre et la débauche avaient remplacé la régularité. L'abbé Guillaume Briçonnet, en 1513, voulant
juridiclion temporelle; elle perdit à peu près l'une et l'autre sous le règne de Louis XIV. L'abbé avait son grand vicaire, son officiai; était indépendant de l'évèque de Paris, ne relevait que du pape, fais^iit des mandements, enfin exerçait dans son faubourg la puissance qu'un évèque ex'crce dans son diocèse.
En novembre 1667. Hardouin de Péréfixe, archevêque de Paris, publia un jubile dans fous les lieux de sa juridiction et dans le faubourg Saint-Germain, qui n en dépendait pas. L'alarme fut au monastère. L'abbé Henri de Bourbon, qui vojLit se démettre de son abbaye pour se marier, se mit peu en peine dé cette invasion de pouvoir; son grand vicaire s'y opposa ; mais, n'étant point soutenu, il accepta comme les autres religieux les propositions de l'archevêque. La juridiction de l'abbé fut boinée à l'enclos de l'abbaye, et cette juridiclion fut encore resliviu'te!
La juridiclion temporelle de cette abbaye éprouva un sort pareil. Louis XIV, par un édit de mars 167-i, supprima toutes les justices particulières de Pans et les reunit auChàlelet. L'abbave de Saint- Germain, dont la justice s'étendait sur tout le faubourg, qui avait .son prévôt, ses archers, sa police, sa prison; qui jouissait des droits de déshérence, d'aubaine, de bâtardise, de confiscation, et autres droits feodaux.allaitètredépouillée d'une grande partie de ses revenus. Pélisson composa un mémoire où il détailla toutes les pertes
que l'édit du roi faisiiit éprouver à cette abbaye; il en résulta un arrêt du conseil d'Etat, du 21 janvier 1675, qui laissa la
haute justice à l'abbaye, mais dans son enclos seulement : on permit à l'abbé d'étabiir un bailli et autres officiers de justice. On lui laissa la haute justice sur les seigneuricsqu'ilpossédaithors de Paris, etc. Cet arrêt ne fut mis à exécution qu'en
Par décret du 14 février 4792, cette abbaye, comme toutes les autres, fut supprimée : snn église, par l'effet du concordat de 1802, devint succursale de la paroisse de Saint-Sulpice, et l'est encore.
Grande Boucheuie, située au nord et prociie du grand Chàtelet. Elle avait existé, sous Te règne précédent, dans la maison de Guehéri le changeur. Louis VI, en donnant cette boucherie à l'abbaye de Montmartre, excita le mécontentement et les réclamations des bouchers. Après de longues contestations, ceux-ci furent mis CB possession de cette boucherie, moyennant une i;ente de 30 livres parisis, qu'ils convinrent de p' yer aux religieuses de Montmartre. Cette boucherie" contenait alors vingt-trois étaux.
La description de la seconde enceinte qui enserrait les faubourgs du nord et du midi peut donner une idée d'une partie de l'état de cette ville (1). Voici quelques autres traits qui pourront en compléter le tableau.
Les événem.ents politiques delà France influaient puissamment sur le physique de ses villes. Les guerres privées, h s révoltes et les brigandages des seigneurs exposant les produits de la culture des terres a des ravages continuels, on sentit la nécessité d'enclore de murs les terres cultivées. Telle est évidemment la cause des nombreuses clôtures qui, sous le nom de Clos, se trouvaient alors aux environs de Paris. Voici la notice de ceux qui sont le plus connus.
Clos de la partie méridionale de Paris Les clos de Sainte-Geneviève, de Saint-Gerraain-des-Prés, de Saint-Victor, contenaient les églises, bâtiments, cours et jardins de chacune de ces abbayes, et occupaient une portion considérable dusol méridional de Paris. Il faut y joindre les
|1) Voyez § V, article Seconde enceinte, et le pU n fie Paris .sous Philippe-Auguste, où cette ettceinte est tracée.
clos Saint-Médard et Saint-Marcel, et plusieurs autres dont voici la nomenclature :
Clos des Vignes, oa Courtille. Il appartenait à l'abbaye de Saint-Germaiu-des- Prés ; il s'étendait depuis la rue des Saints- Pères jusqu'aux rues Saint-Benoît et de l'Egout.
Clos Saint-Sulpice. Il s'étendait sur une partie de remplacement du jardin du Luxembourg.
Clos Vignerai. Il occupait une partie du jardin du Luxembourg et de l'enclos des Chartreux.
Clos Saint -Etienne-des- Grés. Il était contigu à l'église de ce nom et au clos de Sainte-Geneviève. Près de ce clos était le Pressoir du Roi.
Clos de Mauvoisin et de Garlande. Ils étaient séparés par la rue Galande, qui en a pris son nom ; avoisinaient la place Maubert, et ont appartenu longtemps au même propriétaire.
Clos rE\êque. Il était situé près du clos Garlande.
Clos du Chardonnet, sur lequel fut construite l'église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. À l'est de ce clos était la Terre d'Alez, dont je vais parler.
Clos Bruneau. Deux clos portaient ce nom il Paris. Le plus considérable et le plus ancien contenait l'espace com[;ris ?nt.re les rues des Noyers, des Carmes, de Saint- Hilaire et de Saint-Jean-de-Bcaovais :
l'autre était situé dans le voisinage de rOdéon, entre les rues de Tournon et de rOdéon. La. rue de Conde a été ouverte sur ce dernier clos.
Clos Saint-Symphûrien. Il était planta en vignes et compris entre les rues des Choleis, de Reims, des Sept-Vo.es et de Sa i n t-Et ien ne-des-Grés .
Clos Tyron. Il appartenait à l'abbé du monastère de ce nom, et était compris entre les rues des Fossés-Saint-Victor et des Boulangers.
Clos Saint-Victor. Outre Ibs enclos. Làtiments, jardins de l abbaye Sainr.-Victor, il existait un clos de ce nom. compris -^^ntre les rues du Faubourg-Sain t-Victor. Neuve- Saint-Etienne, des Boulangers, et I emplacement du clos des Arènes.
Le bourg de Samt-Médard cor.tenait les clos du Breuil, du Moii'cétard, des Morsfossés, des Treilles, • de Copeau, de Gratard, des Saussayes, de la Cendrée (lac us cinerym, dont on a fait le nom de Lourcine), etc.
Clos des Arènes. Il était compris entre les rues Copeau, des Fossés-Saint-Victor et de Saint-Victor.
Cios-le-Roi. C'est sur son emplacement qu'ont été construits l'église et l'hôpital de Saint-Jacques-du-Haut-Has.
Clos des Mureaux. ou Francs-Mureaux.
plus anciennement nomme de Cuvron, situé faubourg Saint-Jacques, au sud du Clos-le-Roi. La rue de la Bourbe était sa limite méridionale.
Clos des Bourgeois ou de la Confrérie des Bourgeois de Paris. Il était, je crois, situé entre le- rues d'Enfer et Saint-Jacques, au nord du Clos-le-Roi.
Clos des Jacobins. Au-delà des murs de l'enceinte de Philippe-Auguste, les jacobins possédaient un terram assez vaste, entoure de murailles; il était situé au nord du clos des Bourgeois, borné par les fossés de la ville, par la rue d'Enfer et la rue Saint- Jacques.
Clos des Poteries ou des Métairies. On y entrait par la rue des Postes, qui, comme on le conjecture, doit son nom de Postes à cdui de Pots. Le cul-de-sac des Vignes a été ouvert sur son emplacement.
Il existait encore, dans cette partie de P^is, le clos Drapelet, le clos Eotechelière ; mais on ignore leur emplacement.
La Terre d'Alez était un vaste territoire qui s'étendait depui> le clos du Chardonnet jusqu'au point ou la Biévre se jetait dans la Seine. Il comprenait originairement l'emplacement de l'abbaye Saint-Vi -tor et ses dépendances, l'emplacement duJardindes-Plantes, etc. Il existait, au quatorzième siècle, une rue parallèle à celle des Fossés- Saint-Bernard , depuis cul de-sac , qui portait le nom d'Alez, nom qui signifie terre limitante.
Clos de la partie septentrionale de Paris. On t;ou\ait a l'est de la Grève, dont l'emplacement était beaucoup plus étendu qu'il ne l'est aujourdhui, les clos suivants :
Clos de Saint-Gervais, situé entre les rues Saint-Oervais, du Temple, etc.
Clos oj cimetière Saint-Eloi. et ses dépendances, situe dans remplacement cù 1 on a depuis bâti l'église, la rue et Ihôtel de Saint-Paal, ainsi que l'Arsenal.
Auuo:vldececlos setrouvaitle clos Margot, sur lequel on a ousert, en 1481, la rue Saint-Cidude au Marais.
Les enclos du Temple et de l'abbaye Saiut-Martin, de Sam'-Merri et de Sjin\-
Magloire. etc., occupaient une grande portion de l'espace qui se trouve entre la rue Saint-Denis et la portion orientale de Paris.
Les Ch impeaux, en latin Campelli, qui occupaient l'espace contenu entre la rue Saint-Denis et le Palais-Royal : les halles, l'église de Saint-Eustache, les rues Croixdes-Petits- Champs et Neuve-d es-Petits- Champs, furent établies .«ur ce vast ^ territoire.
Grands Marais. Au-delà e'v .^u nord des lieux que je viens d'indiquer, était un vaste marais, situé entre Paris et Montmartre: il s'étendait, suivant une charte de l'an 1 176. depuis ïe Pont-Petrin (Pont- Perrin, rue Saint-Antoine) jusqu'au-de-sous du village de Chaillot (1). Ce marais, arrosé par les eaux pl'jviales venant de Paris et par le ruisseau de Ménilmontant , fut en 1154, concédé par les chanoin^'s dfe Sainte-Opportune à divers particuliers, pour être défriché, à raison de douze deniers par arpent.
La Ville- l'Ev-'-que, ferme ou séjour champêtre de l'évèque de Paris, qui devint dans la suite un village, était située audelà de ce marais. On voyait aussi entre Paris et Montmartre les clos suivants :
Clos de Malevart, depuis connu sous le nom de la Courtille.
Clos Georgeau. situé au bas de la butte Saint-Roch, et dont une rue, qui communique de la rue Traversière à celle Sainte- Anne, a conservé le nom.
Clos Gauthier ou des Masures, sur lequel a été ouvert la rue Saint -Pierre-Montmartre.
Clos du Hallier, où se trouve aujourd'hui la rue du Faubourg-Poissonnière.
Tels étaient les clos," les territoire; et l'état du sol des environs de Paris sur lequel cette ville s'est depuis étendue : il s'y opéra, pendant cette période, un changement dont je vais parler.
Canal de BiÈVRE. Le cours de la rivière dece nom av lit, jusqu'aurègnede Louis VII, suivi son lit naturel ; et ses eaux se versaient dans la Seine au point ou elles s'y versent aujourd'hui, lorsqu'en 1148 les chanoines de Saint-Victor, désirant avoir
[Ijifarisium qui jacet inler Parisios et montem Martyrvm, et protenditur a ponte Petrino usqus subtus villam quœ apj^ellntur Challoel. [Histoire de Paris, par FeLbien, preuves, t. 111, p. 34.)
dans leur enclos un moulin a farine et un courant d'eau pour le faire mouvoir, par- > vinient, par l'entremise de saint Bernard, '■ ;i déterminer l'abbé de Sainte-Geneviève à leur accorder, pour une somme d'argent, la permission de creuser un nouveau canal à cette rivière. Ce canal, large de neuf pieds, recevait les eaux de la Bièvre à cent quarante toises environ au-dessous du point où le cours de cette rivière est traversé par la rue du Jardin-des-Plantes. Là, une digue arrêtait les eaux et les faisait entrer dans le nouveau canal qui, traversant l'endos de Saint-Victor, passait près et au nord de l'église, y faisait tourner un moulin; puis, sortant de l'enclos, traversait l'emplacement de l'extrémité méridionale de la rue des Fossés-Saint-Bernard, se prolongeait parallèlement à la rue Saint- Victor, derrière les maisons qui la bordent au nord, passait devant l'église de Saint- Nicolas-du-Chardonnet, puis entre la rue des B.Tuardins et celle de Bièvre qui a retenu le nom de ce canal, et allait se jeter dans la Seine, vers l'endroit dit des Grands- Degrés (]).
Ce canal, malgré les injustes querelles que les abbés de >ainle-Geneviève firent aux chanoines de Saint-Victor pour leur en ôter la jouissance, malgré le mur d'enceinte que dans la suite fit élever, à travers son cours, le roi Philippe-Auguste, subsista jusqu'au seizième siècle ; mais, au quatorzième, sous le lègne de Charles V, une partie de sa direction était changée; et, au lieu de verser ses eaux dans la Seine à l'endroit des Grands-Degrés, les eaux, détournées vers la partie méridionale de la rue des Fossés-Saint-Bernard, se rendaientdansla Seinevers l'extrémité opposée de cette rue. Je parlerai dans la suite de ce canal, de sa nouvelle direction et de ses graves inconvénients
Ruts DE Paris. Des rues étroites, tortueuses, telles qu'on en voit encore dans les plus anciens quartiers de cette ville, et notamment dans celui qui est au nord du parvis Notre-Dame, bordées, si l'on en excepte les édilices publics, de tristes chaumières; des rues qui, dénuées de pavé, jamais nettoyées, dcNaient être bourbeuses, pleines d'immondices, puantes, hideuses à voir, pénibles à pa courir et malsaines à
(1) Mémoires de l'Académie des Inscriptions, t. XIV, p. 267.
habiter, offraient l'unique moyen de communication qu'eussent les Parisiens.
Leurs noms grossiers , ridicules , mêma obscènes, se trouvent en harmonie avec ^ leur mauvais état. Les uns désignent 1;] malpropreté de ces rues, comme les nom'-, de Merderais, Merderet, Merderiaux,Mer~ derel, Orde-Rue, rue Breneuse , il s'en trouvait plusieurs de ce nom ; Trou-Punais, ce dernier nom était celui de plusieurs cloaques, ainsi que ceux du Trou-Bernard, de la Fosse-aux-Chiens , autrefois nommé Fosse-aux-Chieurs ; rues Tire-Pet, du Pet, du Petit-Pet, du Gros-Pet , du Pet-au- Diable, du Cul-de-Pet, etc.
D'autres dénominations ne sont que ridicules, com.me celles des rues, Pavée-d'andouilles , Trop-va-qui-dure , ou Qui-mitrouva-si-dure; du Puits-qui-parle, Bertrand-qui-dort, Brise-Miche , Taille-Pain, Jean-Pain-Mollet, Trousse- Vache, etc.
D'autres noms indiquant les intentions ou les habitudes malfaisantes de ceux qui les habitaient. De ce nombre sont les rues de ]Maudeslour, Mauconseil, Maldésirant, Malparole, Malivaux, Mauvoisin ou Mauvais-Voisin, et deux rues dites des Mauvais-Garçons, etc.
D'autres noms de rues caractérisaient les dangers qu'y couraient les passants, ou les événements fâcheux dont elles furent le Ih'àtre : telles sont la rue dite du Coupde-Bàton , les rues Tire-Chappe , Vide- Gousset, Coupe-Gorge, Coupe-Gueule, etc.
Il en était d'Liatres qui attestaient la misère publique, comme celles de la Grande-Truanderie, de la Pelite-Truanderie.
On sait que le mot truanderie indique l'action de demander l'aumône , la Vallée-de- Misère, etc.
Plusieurs autres rues indiquaient par leurs noms la débauche dont elles étaient les repaires; telles que les rues Pute-y Muce, Putigneuse, le cul-de-sac Putigneux, etc. Ce serait blesser toutes les bienséances que de reproduire les noms orduriers que portaient anciennement lesruesTians-Nonain, Tire-Boudin, Deux-Portes-Saint-Sauveur, du Pélican, de Marie-Stuart, etc.
Ainsi, les malheurs, les désordres et l'immoralitédessiècles passés avaien laissé leur empreinte jusque sur les noms des rues de Paris (1).
(1) M. l'abbé Lebenf, à la fin du tome II de son Histoire de la ville et du diocèse de Paris, a, le premier, publié le Dit des rues
Petit-Pont. Ce pont, en grande partie détruit en l'an 885 par un débordement de la Seine, fut sans doute rétabli dans la suite et détruit de nouveau. Puis, suivant Geoffroi de Saint-Victor . Jean de Petit- Pont et ses disciples le reconstruisirent en pierres de taille, à leurs frais et de leurs propres mains , vers la fin du xii^ siècle.
Ils construisirent de plus, pour chacun
sous LOUIS VII if 69
d'eux, de petites maisons situées sur ce même pont ; ils y demeuraient, et v enseignaient le peuple. Geoffroi de Saint- Victor fait un grand éloge de la magnificence de ces constructions, qui n'étaient pas toutes en pierres de taille, puisque cet écrivain dit que des piles recouvertes en airain le soutenaient; donc il y entrait du bois. Il ajoute que la route de ce pont était
Costumes d'hommes aux viiie, ix* et x« siècles.
pavée, et prédit qu'il durera longtemps ; mais cette prédiction ne s'accomplit
<f« Paris, par Guillot, avec des notes explicative ; mais il alaîssé en blanc les endroits trop in'lécents de ceUe pièce. M. }féon, moins timide, dans sa nouvelle édition des Fabliaux de Barbasan, l'a publié sans lacune; et M. Lalynna, dans son utile Dictionnaire des rues de Paris, a montré le môaie courage.
Trois aut es nomenclatures anciennes des rues de Paris se trouvent, l'une dans le
point (1). Le Petit-Pont fut encore abattu
même volume de l'abbé Lebeuf, copiée d'après un manuscrit de Sainte- Geneviève du quinzième siècle; l'autre, plus ample, dans la seconde édition des Antiquités di Paris, par Corozet, publiée en 1561 ; et la troisième, qui n'est à peu près que la réimpression de la liste donnée par Corozet, est contenue dans un ouvrage publié ea 161.3, intitulé les Cris de Paris, etc.
(1) Dissertations sur l'Histoire de PariSf par l'abbé Lebeuf, t. II, p. 257,260.
par un débordem?nt et reconstruit en 1 1 80 . J'en parlerai dans la suite.
Jean, surnommé de Petit-Pont, parce qu'il l'avait construit, et qu'il y demeurait, était chef d'une secte philosophique de ce temps. Ses sectateurs et ses disciples étaient, pour la même cause, nommés Parvipontains.
Paris, pendant cette période , s'accrut de quelques églises ou chapelles, d'un hôpital et d'un collège qui fut le premier établissement de ce genre. Cette ville fut détruite deux fois par des incendies.
Le premier se manifesta en 1034,1a troisième année du règne du roi Henri.
Les chroniques disent le fait , sans parler de ses causes ni de ses résultats (1).
Le second incendie eut lieu en 4059.
Une des chroniques qui annoncent cet événement semble faire entendre que les maisons de la Cité furent seules dévorées par les flammes. Une autre chronique, plus récente, porte que la Cité fut brûlée par accident, par feu de meschef. Ces chroniques saccordent à dire que la France, dans la même année, fut désolée par une famine excessive qui dura pendant sept années (2).
Dans l'hiver de 1119, la Seine, débordée par les pluies continuelles, dévasta ses rivages, engloutit les maisons et les cultures qui s'y trouvaient. Paris et Rouen éprouvèrent de grandes pertes. Quelques mois après, un ouragan furieux dessécha, pendant quelques moments-, les eaux de la Seine, de sorte que, si l'on avait osé , on aurait pu franchir à pied .sec la largeur de celte rivière. « Paris , dit Orderic Vital, « fut témoin de ce spectacle, et en fut « épouvanté (3). »
Vin. Etat civil de Paris,
Les comtes de Paris, devenus rois, furent remplaces par un prévôt, qui résidait dans la forteresse du Grand-Llhàtelet. Les prévôts s'occupaient moins alors de leurs devoirs que de leurs prétendus droits; ils achetaient cette fonction des rois, et esn letiraient le prix par le moyen des
[\]Recveil des Historiens de France, t. XI, p. 371, 393, 409, 412.
(2) Recueil des Historiens de France, t. X, pr216; t. :SI, p. 213, 276, 384.
{^■Recueil des Historiens de France, t. XII, p. 719.
vexations arbitraires qu'ils exerçaient sur les habitants de Paris.
Louis VI, ou le Gros, avait concédé, ou plutôt vendu à plusieurs villes et bourgs de France des chartes de commune ou de franchise. Son fils Louis VII ne l'imita point : il refusa cet avantage aux habitants d'Orléans, et n'en accorda point à la ville de Paris. Les rois ses successeurs ne furent pas plus généreux envers les habitants de cette capitale, qui n'eut jamais de charte de franchise. Les finances du roi et son autorité en auraient souffert; il se serait privé des produits de plusieurs exactions; les Parisiens furent donc maintenus dans leur état de servitude. Mais ce roi, sans doute pour les dédommager, leur accorda, par une ordonnance de l'an 1134, des droits dont ils ne jouissaient pas, et qu'on nommait alors des privilèges. En voici les principaux articles.
Louis VIconcède h la partiedes habitants de Paris qui sont ses justiciables et non aux justiciables des seigneurs ecclésiastiques, la faculté de poursuivre leurs débiteurs, de saisir leurs meubles ; et, dans le cas où ces Parisiens ne pourraient pas prouver leur créance, ils étaient , malgré ce défaut de preuve, exempts d' une amende envers le roi, qu'ils auraient encourue sans ce privilège.
Ces Parisiens justiciables du roi pouvaient en outre recourir au prévôt de Pans, qui devait leur fournir des secours dans leur poursuite contre leurs débiteurs (I).
Ces articles semblent prouver qu'avant cette ordonnance de Louis VI, l'autorité du roi et celle de son prévôt n'agissaient sur les sujets que pour lever des amendes, et exercer de violentes 'exactions dont je vais parler ; que ces autorités ne se mêlaient nullement de la justice distributive: qu'avant l'an 1134 les Parisiens n'avaient pas le droit de poursuivre leurs débiteurs ; et que, lorsqu'ils s'avisaient de réclamer sans preuves ce qui leur était dû, on les condamnait à une amende envers le roi.
Par cette ordonnance le roi autorise en même temps s?s bourgeois justiciables à saisir eux-mêmas les biens de leurs débiteurs, partout et de quelque m.anière
(1) Q-cl^nnances du Louvre, t. I, p. 6, et Recueil des Lois et Ordonnances par MM. Isambert, etc., t. 1", p. 143.
sous LOUIS VU
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qu'ils pourront le làWQ : ubicumque et qvoLumque modo poterunt , pourvu qu'ils ne saisissent pas des valeurs excédant leur ciéance. Voilà l-s bourgeois de Paris érigés en sergents, saisissant, sans jugements préalables, tout ce qu'ils pourront saisir de leurs créances : voila l'arbitraire et le desordre ériges en loi.
En ac^rordant ce prét-^nda privilège à ses justiciables de Paris, Louis le Gros se garda bien de les exempter du droit de prise, vrai brigandage qu'il exerçait sur eux, et qui livrait L-s habitants de cette ville à la merci d'une bande de pillards royaux appelés chevaucheurs et preneurs.
C^ preneurs, lorsque le roi rentrait dans Paris après quelque absence, enlevaient dans les maisons des Parisiens, pour le ser\ice du roi, de la reine, des princes et des grands officiers, les meubles, les denrées, les provisions qu'ils y trouvaient, sans paiement, sans coaipcnsntion Lou s VII rendit, en 4165. une ordonnance oii il restreignit cette exaction féodale : il défendit d'enlever les meubles. Voici une partie du préambule de cette ordonnance : « Chaque fois que nous ve- « nions à Paris, nos sergents étaient en
• usage d'entrer dans plusieurs maisons,
• et d'y enlever, pour notre service, les
• matelas, les lits de plume qui s'y trou- « vaient (\). »
Malgré cette ordonnance, le droit de prise, que Louis VU qualifie de mauvaise coutume, d'exaction illicite, se maintint encore longtemps: et j'aurai occasion d'en parler dans la suite avec de plus grands détails.
Pendant c^tte période fut établie, surtout dans les justices ecclésiastiques, la coutume barbare des combats judiciaires.
g' est-a-dire la cojtume de se battre devant les juges au lieu de plaider. Je parlerai plus en détail de celte jurisprudence brutale (2).
Cependant quelques traits de lumière commençaient à briller au milieu de ce chaos de désordres et d'erreurs. En \ 135, on découvrit, à Anialfi, un vieux manuscrit des Pandectesde Juslinien.
L'étude de la jurisprudence , déjà en vigueur à Bologne, reçut, par cette décou-
(1) Ordonnances du Louvre, t. II, p. 434 ; et t. IV, p. 268.
(2) Ueyez ci-après, §IX, TabUau moral de .Paru.
verte, une forte impulsion : le droit romain fut enseigné dans plusieurs villes d'Italie, et même dans quelques-unes de la Gaule. Les moines, et presque tous ceux qui savaient lire, se livrèrent à cette étude lucrative : et l'on vit figurer au barreau un grand nombre d habitants des cloîtres. Cette nouveauté excita les plaintes de saint Bernnrd : et, en M 6 1 . le pape Alexandre III. dans le concile de Tours, fît défendre aux mojnes d'étudier le droit.
Le droit romain fut enseigne a Paris ; mais un décret du pape Honorius III, d'environ Tan i220,y prohibe cet enseignement, et ce ne fut qu'au 18 février 1563 qu'il fut établi dans cette ville une chaire spéciale de ce droit (1 j.
Si, au douzième siècle, le Code de Justinien résista aux déclamations de saint Bernard, aux prohibitions des papes et des conciles, il ne put échapper à l'ignorance de ses commentateurs, ni à l'usage établi par les légendaires d'envelopper de mensonges merveilleux les plus simples verit-és. Les premiers commentateurs crurent illustrer ce Code en l'accompagnant de contes ridicules {2j.
(1) Histoire de Paris, par Fé'iibien, preuves, t. IV, p. 809.
(2) Poar paraître savants, ces premier»
commentateurs écrivirent que la loi Hortensia avait pour auteur un certain roi, appelé Hortensias ;
Que la loi Fusia Caninia se rapportait a un chien de jardinier qui ne veut pas permettre à d autres animaux de manger de« herbes dont lui-même ne peut se nourrir;
Que la loi des Douze-Tables avait pour origine l'aventure suivante Les Romains, désirant avoir de bornes lois, firent demander celles des Grecs. Ceux-ci, avant de satisfaire à cette demande, envoyèrent à. Rome un sage, chargé de prendre des renseignements sur l'état civil et religieux des habitants de cettp ville. Les Romains opposèrent au sage grec uu fou de leur pays qui parvint, par des signes, à lui démontrer le mvstère de la sainte Trinité. Alors ce £«ge editié jugaa les Romains dignes d'a'oir les lois des Gre's. Rabelais a parodie ce conte dans son chnpiirr; intitulé : Comment Panurye frt quinaud l Anglais qui arguait par signes.
Au quatorzième siècle, Barthole imngina de décrire un procès fort extraordinaire, et dont voici l'exposé succinct. Le diable in-