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ucficiers. trop faibles ou craignant pour leur personne, prenaient des "champions à gage, qui, pour quelque argent, consentaient à se faire assommer, et s'ils étaient vaincus, à perdre un pied, une main, ou bien à être pendus. Lés ecclésiastiques n'hésitaient point à entrer dans le champ clos, et "à s'y distinguer par leur courage ou leur force. Geoffroi de Ven-

LOLIS VII jg.>

dôme parle d'un combat judiciaire qui de son temps, se donna entre un moine et un chanoine (I).

Les seigneurs ecclésiastiques ou laïque< retiraient des profits considérables de ce^ combats : ils avaient les amendes et autres menus droits. Les prêtres trouvaient, aussi dans les duels plusieurs avantages • les combattants, avant la lutte, prêtaient

Ruines de ^ain:-Jean-de-Latran.

serment sur les évangiles, faisaient bénir leurs armes : ces cérémonies leur étaient payées. Les champions faisaient au^si pour de 1 argent, dire la messe quon nommait missa pro duello. Ou en trouve le titre dans quelques anciens missels

Sauvai dit que Jean, duc de Bourbon établit une chevalerie dans une chapelle de leghse de Notre-Dame, appelée chapelle de grâce Notre-Dame, ou tous les dimanches se disait une grand'messe.

tous les jours une messe basse'et en outre un service et dix-sept autres messes pour chaque confrère mort en duel.

Quelquefois il se présentait des cas où un plaideur pouvait appeler au combnt non-seulement .sa partie adverse, mai»^ aussi tous les témoins et même tous le^^ juges, et les battre les uns après les auc'est ce qui arrivait lorsqu'un plai

très

deur voulait appeler de toute la procédure ou, comme on le disait alors, voulait fau>^ser la cour (2).

(1) Epistolœ Godefrid, lib. III, epi.t. 39.

(2j Des Français, ayant établi un Etat dans la Palestine, firent écrire, en 1099, les coutumes qu'ils suivaient en France ; ce cole

Ces luttes, presque toujours sanglantes, presque toujours terminées par un supplice, étaient les spectacles que les seigneurs ecclésiastiques offriient journellement aux habitants de Paris. L'attention de ces habitants était aussi de temps en temps réveillée par des processions oii figuraient forcément des hommes, des femmes en chemise, ou entièrement nus Parmi ces condamnés, les uns portaient, dans leurs chemises, des pierres enchaînées, d'autres, sans chemises, étaient flagellés ou piqués aux fesses avec des aiguillons. Ces scènes étaient la partie intéressante de la marche processionnelle (1).

Mais un spectacle qui s'offrait moins fréquemment à la curiosité des Parisiens, et qui par cela même devait la piquer davantage, consistait dans une cérémonie ecclésiastique nommée Fête des Fous. En voici la description.

Dans l'église de Notre-Dame on célébrait d'abord la Fête des Sous-Diacres, qu'on nommait par dérision Fête des Diacres soûls; puis suivait celle des Fous. La première avait lieu le 26 décembre," jour de Saint-Etienne, ancien patron de cette église; elle servait de prélude à la seconde, dont la célébration, commencée au 1er janvier suivant, se continuait jusqu'au jour des Rois.

Dans la première fête on s'occupait à élire, parmi les diacres et les sous-diacres de cette capitale, un évêque des fous; on le bénissait, et cette cérémonie consistait en actions et en paroles grossières et ridicules ; ensuite le clergé s'avançait processionnellement vers l'église, portant la mitre et la crosse devant le nouvel élu, qui, arrivé et installé sur le siège épiscopal, donnait avec une feinte gravité sa béné-

est intitulé : Assises et bonsusages du royaume de Jérusalem. Voici ce qu'on y trouve (c. 112, p. 77j sur ces bons usages : « Celui qui il veaut la cour fausser, il convient que K il se deffende et que il se corrjbatte à tous « cesiux de la cour... ou que il ^it teste court pée se il ne s'en veaut à tous combattre, « l'un aprez l'autre : et se il s'tn coa,b.;t et « que il ne les vainque tous, il sera pendu u pMr la goule. »'

(1) Voyez les Glossaires de Ducange et de Car^entier, aux mots Pcenitentiœ; processinnes, villàniœ, lapides aitenaios ferre, putagium, naltCCBj etc.

diction aux assistants, bénédiction dont la formule bouffonne était une véritable malédiction.

La seconde fête, celle des Fous, qui, comme je l'ai dit, se célébrait le premier jour de janvier, offrait un spectacle bien plus scandaleux que la première. Le clergé allait en procession chez l'évêque des fous, le conduisait solennellement à l'église, où son entrée était célébrée par le tintamarre des cloches. Arrivé dans le chœur, il se plaçait sur le siège épiscopal : alors commençait la grand'messe ; et commençaient aussi les actions les plus extravagantes, les scènes les plus scandaleuses.

Les ecclésiastiques figuraient sous divers costumes : les uns vêtus en habits do baladins, les autres en habits de femmes ; leur visage était barbouillé de suie, ou couvert de masques hideux et barbus, masques qui ont fait donner à cette fête, ou à des fêtes pareilles, le nom de Barbatoires (1).

Alors les ecclésiastiques, au milieu du chœur, se livraient à toute espèce de folies et de désordres : les uns y dansaient, sautaient ; d'autres, pendant la célébration de la messe, venaient sur l'autel même jouer aux dés, jeu alors sévèrement prohibé ; y buvaient, y mangeaient de la soupe, des boudins, des saucisses; les offraient au prêtre célébrant sans les lui donner; faisaient brûler, dans un encensoir, de vieux souliers, et le forçaient a en respirer la désagréable filmée.

Apres cette messe, le désordre, les extravagances, les profanations prenaient un nouveau caractère de gravité. Les ecclésiastiques, enhardis par l'usage et par

(1) Si la fête dite Barbatoire est la rnëme que celle des Fous, celle-ci est f(.rt ancienne; cm, dans le jugement prononcé, au eïx èma siècle, contre les religieuses de Poitiers, religieuses dont le dévergondag^^, le désordre et la rébellion éta'ent portés au dernier terme, on voit, entre autres délits, qu'eles sont accusées de célébrer les Barbatoires. ( Gregor. Tur. Hist., lib. X, cap. 46. ) On nom- Uiait aussi ces mascarades Bai-boires : on y représentait des faunes que les chrétiens appelaient des diables. Philippe de Mouskes en parie ainsi :

I ot d'après lui une B rboire, Com d.abie cornu et utire.

[Glossaire de Ducange, au mot Barbat&ria.)

les fumées bachiques, se livraient au délire d'une jpio grossière et bruyante, et offraient l'inraii- des antiques saturnales, qui se célébra eut à là même époque. Dos sauts, des danses lascives, des luttes, les gestes de la luxure, les cris, les chansons obscènes étaient les princi; aies actions de cette orgie ecclésiastique, mais n'en étaient pas les seules.

On voyait des diacres, des sous-rîiacres, aatlammes par le vin, se dépouiller et se livrer entre eux aux débauches les plu^ criminelles. D autres, chez lesquels la colère avait succédée la joie, augmentaient le vacarme en se querellant, en se batlant. Il arrivait quelquefois que le sol de l'église était ensiinglanté. Cet acciilent é'ait alors considéré comme très grave; il exigeait de notables expiations, éiant re-

qui at-

comme le plus grand des crimes. L'Eglise, qui a fait répandre tant de (lots de sang, l'abhorrait lorsqu'il était, même involoniairement, répandu dans le lieu *aint ; on avait moins d'horreur pour les infâmes sacrilèges dont le sanctuaire était le théâtre, La ftte ne se bornait pas là.

Les ecclésiastiques, sortis de l'église, se iépandaient dans les rues; les uns rrionlés sur des tomlK.'reaux chargés de boae et d'ordures, samus^iient à en jeter sur la foule du peuple qui les suivait, et marchaient ainsi en triomphe dans les places et les rues assez larges pour le passage d'un tombereau.

D'autres ecclésiastiques, confondus avec des séculiers libertins, dressaient des tréteaux en forme de théâtre, et représentaient les scènes les plus scandaleuses. La plus ordinaire était très digne du tenips. Des acteurs, vêtus en moines, attaquaient d'autres acteurs vêtus en religieuses : ces derniers succombaient, et alors, à la honte de ce siècle, on les voyait, dans des postures indécentes, simuler des actes dont la publicité est interdite chez tous les peuples civilisés (1).

(r) La représentation de ces scènes libidineuses, où l'on voit des moines aux prises »vec des religieuses, se rencontre assez fr.'tquerament dans les vignettes et autres miniatures des anciens manu-^crits. J'ai vu chez le savant antiquaire abbé de Tersan le collier et la ceinture du personnage comi • que, appel iî la mère sotte. Cs collier et tette ceinture étaient composés de plaques de

Ces fêtes profaîies et ordurière; testent la profonde ignorance, l'extrême corruption du clergé et du peuple, se célébraient non-seulement à Paris, mais dans presque toutes les cathédrales et collégiales de Fran'?e. Quelques-unes portaient des noms différents, tels que la Fête des Kaleudes, la Fête des Sots, la Fête des Innocents, la Fête de l'Ane, celles de l'abbé des Conards, de l'abbé des E^^claffanls, etc., etc. Dans chacune on observait des rites particuliers. Ces fêtes, qui se signalaient toutes par des actes ridi:ules et par une extrême licence, étaient imitées de plusieurs orgies du paganisme. Les nations de l'antiquité, qui avaient admis la religion astronomique , célébraient, à la même époque, par des fêtes joyeuses, la naissan edu Diôu du jour.

Quelques hommes sages (car il s'en trouve même dans les temps où régnent l'erreur et la folie) firent, à plusieurs reprises, de vaines tentatives pour abolir cette fête scandaleuse. Plusieurs conciles la condamnèrent ; des ordonnances royales la proscrivirent : elle existait encore aoi quinzième siècle, où elle trouva des défenseurs, même parmi les ecclésiastiques. Son entière extinction n'est due q Vaux progrès des lumières; car, comme l'expérience î'a prouvé, ce n'o,-t point avec des lois faiblement e.xécutées, avec des écrits et des sermons que l'on parvient à déraciner les habitudes invétérées (I).

Puisque à Pans on pouvait publiquement o'frir en spectacle des scènes aussi luxurieuses, le libertinage devait y être excessif, et surpasser celui des autres villes

bois, liées entre elles par des chaînons d« métal. Sur chaque plîique étaient sculptées en bas-relief drs scènes toutes pareilles, très variées, très obscènes, et où figuraient toujours des moines et des religieuses. L'indéc-nce de ces bas-reliefs, et surtout d'un phallus à ressort, adapté à la ceir.ture, détermina ce savant abbé à se défaire de ces objets curieux.

(11 Mémoires pour servir à l'histoire de la Fête des Fous, par Dutillot, p. 7, 8, 9, etc. ; Mémoires de l'abbé d'Ârtigny, t. IV, p. 273; Cérémonies et coutumes religieuses, édition de 1809, t. VIII, p. 295 et suiv. ; Glossaire di Ducange, aux mots Kalendce festum, et la Glossaire de Carpentier, aux mêmes mots. Voyez aussi, ci-après, article Droite et usages de l'église Notre-Dame.

de France. La rareté des écrivains , aux onzième et douzième siècles, laisse à désirer un plu= grand nombre de témoignages sur l'état moral de cette ville : mais, quoique j'aie réuni plusieurs traits sur cette matière, je dois en ajouter d'autres.

Pierre, abbé de Celles, représente Paris comme un séjour fort dangereux pour les mœurs ; dit qu'il s'y trouve en abondance du pain, du vin, des plaisirs et des sociétés joyeuses , que la débauche et la luxure y dominent, et s'écrie : « 0 Paris, « que tu es séduisant et corrupteur ! que « de pièges tes propres vices tendent à la « jeunesse imprudente! que de crimes tu « fais commettre (1) ! »

Un naturel pervers, des passions fortes, des exemples entraînants, l'absence, la partialité ou la faiblesse des lois, la misère, l'opulence et la servitude ne sont pas les seules causes du dérèglement des mœurs et des crimes des hommes ; l'ignorance et les impostures qu'elle engendre, auxquelles elle fait croire, sont aussi une source féconde d'immoralité. L'ignorance était extrême à Paris ; et, dans les écoles qui commencèrent à s'y former, on n'enseignait à peu près que des erreurs. Paris, comme le reste du royaume, ne présente à cette triste et nébuleuse époque que crimes et calamités, et le tlambeau qui dirigeait les études parmi ces ténèbres était un flambeau éteint.

Passons aux superstitions, aux croyances absurdes.

Chaque phénomène de la nature, dans ce temps d'ignorance , était considéré comme un présage sinistre, comme l'annonce de malheurs nouveaux. Les comètes, les éclipses de lune et de soleil devenaient des signes incontestables de mort, de désastre et de calamité. Apparaissait-il une aurore boréale, les peuples y voyaient tout ce que leur imagination lugubre et facile à effrayer leur faisait craindre; ils y voyaient des lances menaçantes, des armées se combattant , d'énormes dragons prêts à tout dévorer. Les chroniques de ce iemps abondent en récits de ces présages. Plus un conte était bizarre, épouvantable, plus il était facilement adopté. On n'examinait rien, on croyait tout.

Il pleuvait des pierres; il en plut pendant trois jours sur la maison d'un noble

il) Pétri abbatis Cellensis Kpistolœ, lib. IV, ç.\,V. 10.

de Bourgogne, et à Joigny une quantité énorme de petites et de grosses (1). Ailleurs il pleuvait du blé, des petits poissons, des petites étoiles (2), du miel, de la laine, etc.

Rion n'était plus commun alors que de voir tomber des pluies de sang. Le roi Robert, à la nouvelle d'une semblable pluie, au lieu de faire vérifier le fait, écrivit à plusieurs évêques pour savoir ce qu'il fallait penser de ce prodige. Fulbert, évêque de Chartres, et Gauzlin, archevêque de Bourges, répondirent à ce roi en citant chacun une longue série de prodiges de cette espèce (3).

Adhémar de Chabannes, en parlant des évêques qui élurent Conon empereur, au préjudice d'un autre Conon, surnommé le Jeune, dit que certainement ces prélats furent dirigés dans leur choix par l'aspect des étoiles (4). .

Jamais, clans ces temps barbares, aucun personnage ne fut plussouvent misen scène, ni plus calomnié que le diable : on lui attribuait tous les crimes des hommes. Hugues de Crécy, fameux par ses vols et ses crimes, en 1118, saisit par trahison son cousin Milon de Montlhéri, le promena de prison en prison, puis, pendant la nuit, l'étrangla lui-même, et jeta son corps enchaîné par la fenêtre d'une tour de bois. C'était le diable qui Vavait poussé à cette action atroce (5).

Ce fut encore le diable, l'ennemi du genre humain, qui sema la discorde entre les chanoines d'Etampes et les moines de Morigny, et qui suggéra à ces premiers l'idée de jouer aux seconds le tour le plus perfide, de les accuser d'actes scandaleux, et d'envoyer leurs concubines au devant de Henri, archevêque de Sens, afin de séduire ce prélat, et de le disposer à comdamner ces moines leurs enuemis (6).

Si le roi Philippe répudia sa femme Berthe, s'il la relégua à Montreuil-sur-Mer,

(1) Glaber. Badulf. Recueil des Historiens de France, t. X, p. 22.

(2) Recueil des Historiens de France , t. X, p. 271; t. XII, p. 3.

(3) Becueil des Historiens de France, t. X, p. 161.

(4) Becueil des Historieiis de France, t, X, p. 470, 496, 497.

(5) Recueil des Historiens de France, t. Xîl, p. 72.

(6) Recueil des Historiens de France, t. XII, p. 77, 78.

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