SOIS LOUIS
s'il er.leTa Bertrade, épouse de Foulques- Rechin, comte d'Angers, ce fut le diable qui le porta à ces deux mauvaises actions (I).
Ermenoîde. Breton, homme méchant, sema la division entre le duc de Normandie et les seigneurs de ce pays. Voici, suivant la Chronique de J'erdun. la cause de cette méchanceté : Erménolde s'était donné au diable, et il avait des conférences fréquentes avec cet esprit malin, qui lui donnait des conseils et le dirigeait dans ses intrigues. On eut des preuves certaines de ses conversations avec le diable : le pauvre Erménolde persécuté fut obligé de se faire moine (2}.
On croyait aux enchantements, aux sortilèges, à la magie et autres opérations faites par le secours du diable. Un homme était-il supérieur par ses talents et son savoir, il était sorcier. Ainsi, Gerbert, qui devint pape sous le nom de Svlvestre II, et Beranger, qui eut sur l'Eucharistie des opinions extraordinaires, furent tous deux traités de nécromanciens.
Richilde, fille de la comtesse du Mans.
poursuivie par le comte Robert, lança sur
iui et sur c^ux de sa troupe une poudre
onchanlee qui devait les faire périr ; mais
'i^itôt, par la vertu divine, il s'éleva un
jt contraire qui fit tomber sur cette fille . -ur sa suite la poudre malfaisante; elle
t vaincue (3).
(Guillaume Passavant, évêque du Mans,
alifié par une chronique de vénérable, . -sedait un anneau qui portait le nom (i un certain roi Guiferus. Avec cet anneau ce prélat guérissait un grand nombre de maladies (4).
(1. Recueil des Historiens de France, t. XII, p. 122.
(2) Recueil des Historiens de France, t. XII, p. 143.
(31 Recueil des Historiens de France, t. XI, p. 298.
(4) Recueil des Historiens de France, t. XII, p. 556. Cet anneau était évidemment le '^^me que celui dont il est fait mention dans
chronique de Geoffroi, prieur de Vigeois.
■ici ce qu'elle porte : Gulpherius ou Gouf- •:r de Lastour, pendant la guerre de Jéru- -ilem, fit l'acquisition d'un anneau très précieux ; Adhémar III, \-icomte de Limoges, obligea ^Gulpherius à le lui céder. Gui, son neveu, aussi \icomte de Limoges, en hérita et le donna à son frère Adhémar, qui mou-
En l'an 1066. Eberhard, évèque de Trêves, persécutait cruellement les juifs de son diocèse. Un de ces Israélites, pour se venger de cette persécution, forma en cire une image de ce prélat, la fit dûment baptiser par un prêtre du monastère de Saint- Paulin, appelé Chrétien, qui se prêtait à cette pratique superstitieuse pour quelque argent. Cette image avait sans doute une mèche, puisqu'elle fut employée comme un cierge ; on l'alluma, on la plaça dans la lampe de l'église." L'évéque. en célébrant l'office, se sentit défaillir a mesure que l'image ardente se consumait, et expira lorsqu'elle s'éteignit (1).
Voilà le premier exemple que je connaisse de cette pratique superstitieuse et criminelle: il a été souvent imité. Les images de cire jouent un grand rôle dans notre histoire; on les y trouve en tout temps, jusque sous Louis XIII.
En 1 123, les juifs, dit-on, formèrent à Rouen une image en cire ; on ne sait contre qui cette opération magiq"ue fut dirigée (2).
En 1128. Guillaume, comte d'Angoulème. à son retour de la Terre-Sainte, tomba malade. On crut que .sa maladie était l'effet des maléfices d une sorcière qui avait fabriqué des images en lin ou en cire, sous le nom de ce comte, et les avait cachées dans des fontaines, dans des lieux arides, sous les ra<;ines des arbres et dans le gosier de quelques cadavres humains.
La femme accusée nia le fait; on ne put la convaincre; et, comme il était d'usage dans les cas douteux, on eut recours au jugement de Dieu. Deux champions furent choisis, l'un pour le comte malade, et l'autre pour la sorcière; ils se battirent
longtemps à
coup:
de bâton. Le
champion du comte fut vamqueur; et celui de la sorcière, moulu de coups, et couvert de sang, ne pouvait se mouvoir; il vomit un breuvage magique qu'il avait pris avant le combat. On l'emporta à demi
rut à Antioche. Gui le rapporta dans le Limousin. (Recueil des Historiens de France, t. XII, p. 437.1 On ne sait comment cet anneau passa à Tévèque du Mans. li n'était que précieux lorsque Guîphérius l'acquit : il devint miraculeux entre les mains de cet évêque,
(1) Amplissima coUectio veterum scripto* rum, t. IV, p. 172, 173.
[2) Recueil des Historiens de France, t. XII, p. 407.
mort ; ses partisans, toas magiciens ou enchanteurs, s'enfuirent (1).
Quand ies chefs d'une nation donnent des exemples d'une aussi stupide crédulité, tous les individus de cette nation doivent les imiter; toutes les tètes, vides de vérités, ne peuvent alors se remplir que d'idées mensongères, effrayantes, que de principes absurdes: une vicieuse éducation détruit et remplace dans l'homme jusqu'à riDstinct animal ; elle ne lui laisse que des erreurs et des vices.
Toutefois, pendant cette période, il se trouvait à Paris et en France quelques hommes estimables. On peut citer C' arles dit le Bon, com.te de Flandre, et quelques prélats qui connai-^saient les vertus, les pratiquaient sans doute, et qui se .sont distingués par leurs préceptes, par leur droiture, plus que par leur raison : ils ne sont pas nombreux. Plusieurs prêtres profitaient des excès contre lesquels ils déclamaient; quelques autres ne déclamaient point, portaient les arnîes, allaient à la guerre, et se montraient doués de tous les vices des militaires de ce temps.
En '1109. on avait introduit dans les écoles de Paris un livre sur la métaphysique, venu de Constantinople, traduit du grec en latin et attribui' à Aristote. Craignant que ce livre ne donnât naissance à quelque hérésie, les thcoiogiens le condamnèrent au feu, et défendirent, sous peine d'excommunication, de le transcrire, de le lire et d'en conserver des copies (2), C'est ainsi que la barbarie éteignait les lumières.
Les chevaliers, dont la valeur et la générosité sont si exaltées dans les romans, figiîrent dans les monuments historiques d'alors comme des brigands cruels, des voleurs et des tyrans exécrables.
Nulle raison, nulle justice, nul désintéressement : partout on n'agit que par des motifs bas et vils; beaucoup de dévotion aux reliques, beaucoup de cruautés, beaucoup de mauvaise foi, et des mœurs très corrompues tels sont les traits que nous présente l'histoire de cette ténébreuse et misérable période.
Cependant les écoles de Paris, accréditées par les talents d'Abailard. faisaient
(1) Hecueil des Historiens de France, t. X, p. 162.
j2) Villelmus Ârworic. Recueil des Historien de France, t. XVII, p. 84.
'naître quelques étincelles de lumière qui, encore trop faibles pour triompher des ténèbres de l'erreur, ne servirent d'ab'^^M qu'à égarer ceux qui suivaient leur dire*^tion. Mais, s'accroissant dans la suite, ces lumières firent apercevoir la route par laquelle l'homme pouvait sortir de son état de dégradation.
Il importe de connaître la marche qu'a tenue l'esprit humain, en passant d'un état de barbarie à un état meilleur : il e.<;t intéressant de signnler les premières voies par lesquelles la civilisation s'est introduite dans l'ordre social, et les causes qui lui ont imprimé le premier mouvement.
Le besoin fut la principale cause de cet heureux changement ; il ouvrit deux voies à la civilisation naissante : elle les suivit.
La première fut offerte par le régime féodal et par l'état peu fortuné des rois de France. Sans cesse harcelés, appauvris par les attaques continuelles des nobles, les rois, pour subvenir à leurs besoins pressants, vendirent aux habitants de plusieurs villes et bourgs des chartes de communes. En cédant quelque liberté à ces habitants, ils accrurent leurs finances épuisées, et, en diminuant la servitude de leur.^ sujets, ils diminuèrent la puissance nobiliaire. Des seigneurs, pressés par le même besoin, imitèrent l'exemple des rois. Dos lors la féodalité s'affaiblit; dès lors des hommes dégradés par la servitude s'habituèrent à exercer des droits, et à raisonner sur leur condition civile.
La seconde voie, moins connue que la première, ne fut pas moins efficace.
Vers le même temps, l'ignorance des nobles étant extrême, il ne fut plus possible, comme sous les première et seconde races, de les nommer aux évêchés, atix abbayes et autres bénéfices ecclésiastiques^ alors on commença à conférer ces bénéfices à des roturiers instruits Quelques exeniples de pareilles nominations suffirent pour enflammer l'émulation de la jeunesse non noble. Les écoles se remplirent d'étudiants de cette classe; lespoir d'être un jour admis à un prieuré, à une abbaye, à un évêché, leur fit braver les dégoûts de l'étude, la misère des collèges. Ci^ espoir contribua puissamment à l'accroissement des lumières.
A ces causes s'en joignit une troisième qui naquit des événenient-^. La folie des croi.'^ades, en éloignant les seigneur? de leurs forteresses , en leur montrant
socs LOUIS VII
dans des pays étrangers des scènes, des mœurs, des opinions nouvelles, rompit les liens de leurs habitudes, exerça leur juge-
les prêtres , qui vendaient leur ab.olution (1).
^ ^ Dans la même période, en 4148.rhis-
menl. et reculais étroites limites de^leurs j toire nous offre le premier exemple, je
crois , d une armée rangée méthodiquement en bataille, et à laquelle on fait exécuter des évolutions militaires. C'est Albéron, archevêque de Trêves, qui instruisit ses troupes à ces manœu\Tes, dans
peustes. .,
S'ils ne gagnèrent rien en moraUte, us revinrent la mémoire chargée d'objets de comparaison, et un changement heureux dut nécessairement s'opérer dans leurs facultés intellectuelles.
Des souvei-ains qui veulent maintenir leurs sujets dans leurs habitudes et leurs crovances originelles doivent bien se gnrder'de permettre à un grand nombre d'entre d'eux de séjourner longtemps en pays étranger. Ces déplacements sont toujours funestes aux vieilles habitudes.
Telles furent les causes .des premiers progrès de la civilisation, de ses premières conquêtes sur la barbarie. Le mouvement, une fois donné, quoique ralenti par les partisans des anciennes institutions, et contrarié par l'ignorance puissante, se fortifia, s'accéléra, et ne devint jamais plus rapid>' qu'après avoir surmonté les obstacles qu'on lui opposait (i).
Pendant cette période d'ignorance et d'erreurs, on commença à rendre un ruite aux images des saints, culte que Charlemagne avait rejeté. La confession, qui ti étail imposée qu'aux moines et aux membres du clergé, devint un devoir pour tous les fidèles, et une ressource financière pour
(1) Dès que les progrès des lettres eurent répandu quelques lu'nières inconnue^, il s'éleva pour le^ éteindre une nuée de partisans des ténèbres. Un professeur de Parié, auquel par dérision on donna le nom de CorMi^ctus, en s'élevant contre les doctrines nouvelles et contre ceux qui les professent, et en quaiiîaut ces derniers de bœufs d'Abraham, à'ânes de Balaam , se distingua dans cette lutte honteuse. Jean de Sali^l)éri (iletalogicus, lib. 4) frappa rudement le péiant CoruiHcius et tous ses parti- 8an>, qu'où nomma alors comific'ens ; il fit jai.lir snr eux des flot» de ridicule et de mépris.
Les partisans des vieilles doctrines, toujours bafoués, toujours battus, se son reproduits à diverses époques. Au commenceuient du dix-btiitièroe- siècle, on les nommait le régiment de la calotte, et au cxammencement du dis-nemièrne; les obscuranié, ks étvignoirs.
(1) La confession est plus ancienne que le christianisme. Les initiés à la plupart des mystères du polythéisme se confe.'^saient: et, ciaus ceux de Samotbrace, le prê.re chargé 'ie recevoir les confessions était nommé Koes. (Vovez le Dictionnaire d'Hesychius^ au mot Koes. ) Les chrétiens adoptèrt-nt cet usage; il y eut parmi eux des confessions pub'iques, •les confessions auriculaires. Les prêires, dès qu'il y en eut, se confessèrent entre eux; les abbés confessaient leurs moines, les abbesses leurs religieuses, et quelqueù^is les laïques des laïques; on se confessait aussi à Dieu. La confession était conseillée et non prescrite. Il est certain que, suivant Gréiîoire de Tours, on administrait, au septitm«^ siècle, l'eucharistie sans confession. iVoyez l'exemple du comte Eulalius, t. I, p. :s61, 36-1, la note.)
On sait que la reine Constance avait nn confesseur, puisque, dans sa colère, elle lui creva un œil de sa propre main. Louis VI, dit le Gros, mort en 1137, paraît être le premier roi de France qui se soit confessé avant de mourir. Tous les historiens du temps affectent de citer sa confession comme un fait extraordinaire.
Au douzième siècle, la confession fut ordonnée. Deux conciles de Toulouse, l'un de 112H, "l'autre de l'année suivante, tirent une obligation aux laïqu-^s de se soumettre à la conf-ssion auriculaire et sacramentelle. Cet ordre ne s'étendait que sur les habitants du diocèse de cette ville. Eudes, évêque Je Paris, donna en 1207 des statuts qui enjoignaient aux curés d'exhorter souvent leurs paroif sims d'aller à confesse, surtout au commeu. c-^ment du carême. Ces statuts u'e:&ient obligatoires que dans son diocèse. Le premier concile général qui ordonne à tous les tidèles de l'un et de l'autre sexe de se confesser au moins une fois 1 an, est le quatrième concile de Latran, tenu en 1215. (Traitt des superstitions, par l'abbé Thier*. t. 111, chap. 5. Voyez aussi Historia coufessionis auricu/aris. autore Jacobo Boileau )
la guerre qu'il se disposait à soutenir contre Hériman, comte palatin (1).
Dans la même année, Geoffroi Plantagenet fit, au siège de Mon treuil-Bellay, usage du feu grégeois, qui sans doute était une de ces acquisitions des croisades. Le même prince, pendant ce siège, consulta
un manuscrit de Végèce sur les moyens d'attaquer une brèche ; mais il ne pouvait ni le lire ni l'entendre (1). Il se trouva, parmi les moines de Marmoutier, un homme habile dans l'art de lire les manuscrits, qui lui expliqua le passage dont il avail besoin.
PÉRIODE VI