SOLS PHILIPPE-AUGUSTE
Ravy. maçon de l'église de Notre-Dame. ' et de son neveu, maître Jean Bouteiller, qui les termina en 1331.
Dans les chapelles situées derrière le chœur sont divers tombeaux remarquables. Je ne citerai que celui de Henri Claude, comte d'Harcourt, mort en 1769.
Sa veuve le fit élever, en 1776, sur les lessins de Pigalle. Il se compose de quatre figures en marbre, plus grandes que nature. On y voit le défunt à demi sorti du tombeau dont un génie lève le couvercle: il tend des bras affaiblis vers son épouse qui semble se précipiter vers lui. La Mort inflexible, sous la forme d'un squelette, annonce, en montrant son sablier, que le t^mps est écoulé. Le Génie éteintson flambeau, et la tombe va se refermer pour toujours. Cette scène poétique fut, dit-on, imaginée par la veuve. On avait, pendant la révolution, transféré ce mausolée au Musée des monuments français. En 1820, il fut rétabli dans la chapelle qu'il occupait primitivement, laquelle avait été concédée par le chapitre à la famille d Harcourt.
Dans une autre chapelle, située derrière le chœur, réparée en 4818, on a placé le mausolée en marbre du cardinal de Belloi, archevêque de Paris, qui mourut presque centenaire. Ce mausolée, composé de plusieurs figures, est l'ouvrage de Deseine.
Une autre chapelle , située au rondpoint de l'église, et correspondant à l'axe de l'édifice, est consacrée à la Vierge. On y a placé la belle figure en albâtre repré- .■*entant la Vierge Marie, sculptée à Rome par Antoine Raggi. d après le modèle du cavalier Bernin. Cette figure, avant la révolution, se voyait dansl'église des Carmes- Déchaussés de la rue de Vaugirard ; on la transféra au Musée des monuments français. Après en avoir donné une copie en plâtre à cette église, on l'établit, en 1818, dans cette chapelle de la Vierge.
La nef autrefois chargée d'une multitude de tableaux dont plusieurs offraient les hideuses imagesdes supplices, et dérobaient aux yeux les formes architecturales, commenceà s'en garnir de nouveau. On en voit aussi plusieurs sans cadre dans la partie extérieure du chœur.
Dans une chapelle du côté droit, est, sur l'autel, un tableau fort estimé, représentant le Saint-Esprit descendant sur les apôtres ; il est l'ouvrage de Blanchard.
Au premier pilier de la i,pf. à droite.
en entrant dans cette église, était adossée la figure colossale de saint Christophe : elle avait 28 pieis de proportion; Cette figure était représentée courbée sous le poids d'un enfant qu'elle portait sur ses épaule*, et appuyée sur un tronc d'arbre noueux. J'ai vu "dans plusieurs églises de France, même de Paris, notamment dans l'église de Saint- lacques-de-la-Boucherie, des statues pareilles, également placées près de la porte, sans doute pour en garder l'entrée : mais je n'en ai jamais vu d'aussi colossale. Hercule était souvent représenté portant sur son dos l'enfant appelé Amour ^ et paraissant, comme la figure de saint Christophe, succomber sous son poids. Ce n'est pas la seule fois que nos statuaires anciens ont reproduit, dan^leurs travaux, destinés à la décoration des églises , les allégories du paganisme.
Cette figure colossale fut érigée en \ 413, par AntoiTie Des Essarts, frère de Pierre, surintendant des finances, décapite en U14.
En 1772, lorsqu'on s'occupait des réparations à faire dans cet édifice, il fut question d'abattre cette figure monstrueuse et ridicule; mais Christophe de Beaumont, I archevêque de Paris, prit fortement la dé- I fense de la figure de son patron ; et le chapitre vota sa "conservation : elle ne disparut qu'en 1785, après la mort de ce prélat.
On voyait aussi, au bout de la nef. à droite de' l'entrée du chœur, une statue équestre de Philippe le Bel, grande comme nature, élevée sur un socle et supportée par deux colonnes. Le cheval était presque entièrement couvert d'un caparaçon, et le roi était représenté la visière de son casque baissée, l'épée ii la main, dans l'équipage où il se trouvait lorsque, après la guerre contre les Flamands, il entra à cheval dans l'église de Notre-Dame pour remercier Dieu et la Vierge Marie de la victoire qu'il avait remportée. Cette statue équestre n'intéressait que comme monument du costume et de l'état des arts de ce temps. Quelques savants ont cru qu'elle était celle de Philippe de Valois: mais une longue discussion, qui s'est engagée sur ce point peu important, a démontré qu'elle représentait Philippe le Bel.
L'église est tout entière pavée de carreaux blancs et noirs: le chœur et le sanctuaire le sont, comme je lai dit, en compartiments de marine de diverses eouleurs.
Les façades latérales de cette église, moins imposactes que la principale, sont hérissées d'ane infinité d'obélisques fleul'onnés, et d'autres orneiTi^nts qui appartiennent au genre de l'architecture sarrasine.
La charpente du comble, appelée la forêt, à cause du grand nombre de pièces de bois de châtaignier dont elle est composée, a 356 pieds de long, 37 de large, et 30 de hauteur ; elle est recouverte de 4236 tables de plomb, chacune longue de \0 pieds, large de 3, épaisse de deux lignes, et dont l'ensemble pèse 420,240 livres.
On se propose, dit-on, de rétablir la flèche et la croix autrefois placées au faîte de cette église.
DÉPENDANCES DE Notre-Dame. Devant la principale façade est une place nommée le Parvis Notre-Dam.e. Elle fut tvèi agrandie en 1748, lorsqu'on abattit les églises de Saint-Christophe et de Sainte Geneviève-des-Ardents pour construire l'hôpital des Enfants-Trouvés, dont le bâtiment fait face à l'église cathédrale. La rue où se trouve la principale entrée de cet hôpital, et qu'on nomme rue Neuve-Notre- Dame, fut ouverte, en 4164, par l'évcque Maurice de Sully.
Sur cette placé et près de l'Hôtel-Dieu s'élevait autrefois une grande statue de pierre, entièrement déformée. Cette statue, portée sur un piédestal, représentait, selon Dubreuil, le dieu Esculape, et selon Sauvai, Mercure ; suivant d'autres, Erchinoalde, comte de Paris. En un on a cru qu'elle représentait Jésus-Christ. Je n'ad mettrai aucune de ces opinions : il faudrait avoir vu la statue pour la juger. Piganiol nous apprend que le peuple la nommait maître Pierrele Jeûneur et M. Legris. Elle fut détruite en 1748, lorsqu'on agrandit le parvis de Notre-Dame.
Le sol de cette place a été fort exhaussé. Sous le règne de Louis XII, on montait treize marches pour entrer dans l'église cathédrale. Aujourd'hui on n'en monte pas une.
A droite en entrant dans la place du parvis, on voit l'hôpital de l'Hôtel-Dieu et sa façade moderne.
Il se trouvait anciennement autour de l'édifice de Notre-Dame plusieurs petites églises qui en dépendaient : telles étaient celle de Saint-Jean-le-Rond, ou baptistère delà cathédrale dont j'ai parlé, la chapelle
de l'Hôtel-Dieu, l'église de Saint- Denisdu-Pas et cell.' de Sainie-Geneviève-des- Ardents, dont je parlerai ailleurs. Il faut y /oindre la chapelle du palais archiépiscopal. Tout était sacré dans cette partie de l'île de la Cité, excepté le Val-d'Àmour ou la rue de Glitigny. peuplée, depuis un temps immémorial, de femmes livrées à la prostitution.
Le palais archiépiscopal ef^t situé au midi de l'église cathédrale. Maurice de Sully le fit bâtir \ers la fin du douzième siècle; il a été depuis plus magnifiquement reconstruit, et beaucoup agrandi dans les années 1773, 1812 et suivantes.
Au nord de l'église cathédrale était le cloître du chapitre. La clôture fut démolie, les maisons des chanoines restèrent ; elles laissaient entre elles et l'église une rue étroite, qui en 1812a été fort élargie : elle a conservé son nom de rue du Cloître- Notre-Dame, et sa continuation, qui aboutit au pont de la Cité, porto celui do rue de Bossuet. Au bout de cette dernière rue sont deux nouveaux quais : l'un, dit 1© quai de la Cité, est à gauche; l'autre, nommé le quai de Catin^t. est à droite. Ces quais furent terminés en 1813. L'élargissement de ce.'' rues, la construction d« ces quais, ont effacé de ce quartier le caractère sombre et gothique q l'il conservait depuis plusieurs siècles, et ont donné à l'île plus d'étendue, par l'adjonction d'un emplacement situé à son extré'.n.té orientale; emplacement qu'on appc^hut le Terrain, ou la Motte-aux-Papelards.
For-l'Evêque. L'évèque de Paris tenait sa cour de justice dans un bâtiment situé sur le territoire et dans la rue de Saint-Germain-l'Auxerrois. Ce bâtiment, nommé Forum Epi^copi, For-T Evoque, fut en grande partie reconstruit en 1652. Alors on le destina aux pers->nnes détenues pour dettes, aux comédiens réfractaires ou incivils. En 1780. devenu inutile, on lu démolit.
Le prévôt ou juge de l'évèque y faisait autrefois sa demeure. Les diverses peinequ'il infligeait par ses jugements étaient, suivant la gravité du délit, subies dan.des lieux différents. S'agissait-il de faire pendre ou brûler vifs les condamnés, l'exécution avait lieu hors de la banlieue de Paris. S'agissait-il de la bagatelle de leur faire couper les oreilles, le prévôt de l'évèque avait alors le droit incontestable d-:; faire exécuter ce jugement sur la place du
socs PHILIPPE-AUGUSTE
Trahoir (!). C'est ce que bous apprend Vahhè Lebeiif, qui prodL:it le texte mana- ^rit d'un acte authentique où ce droit du prévôt de levèque est reconnu.
Droits et usages de l'église de Notre-Dame. DiUîs cette église étaie t re!i- ^ieu;e:'.eut conservés uu grand nombre de reliques et de corps saints, la plupart illét gitimemenl acquis, comme je l'ai déjà prouvé aireurs. Je ne cita^i qu'un doigt de saint Jean-Ba; liste et une grande partie de la tête des.îint D.^nis, reliques dont rautlenticité a été vivement contestée par les moines de l'abbaye de ce nom.
Dans le trésor des châsses se trouvait aussi un couteau pointu, dont le manche d'ivoire portait une in^cription contenaul l'acte par lequel un nommé Guy investit le chapitre de Notre-Dame de plusieurs portions de terre situées devant 1 égi se cathédrale. Ce couteau avait appartenu à Foucher Dubeuil : il fut remis, sous le règne de Louis le Gros, comme signe d'investiture, à Dro^on, archidiacre de Notre- Dame. Cefle manière de constater les transactions était fréquente alors (2).
Dans les armoires de l'argcntefio de cette église, on consersait un morceau de bois long d'un demi-rpied, épais d'un pouce, et taillé à quatre faces ; sur ces faces on lisait une inscription [ ortant que deux serfs du chapitre, Ebmrd et Hubert, demeurant à EpoLe, au diocès» de Chartres, s'etant permis , sans l'autorisation des chanoines, de jouir d'une propritjlé que leur père avait acquise, font au chapitre cession de cet héritage paternel. Ce morceau de bois inscrit constate l'état misérable des serfs et la rigueur lyrannique des seigneurs ecclésiastiques (3).
Un monument pareil, mais plus riche, et conserve dons les armoires de cette église, consistait en une baguetle d'argent doré, longue d'environ deux pieds , q<:e les enfants de chœur portaient, dans certaines solennités, en guise de sceptre. Celte baguette était certainement le sipne d un hommage forcé rendu aux droits du cha-
(1 ^ A ''endroit où. la rue de l'Arbre-Sec déboiche "ians la rue Saint- Honoré. "
(2) Dissertations sur l'Histoire ecdèsiastique de Paris, par l'abbé Lebeuf, t, I, p. 86; et le Glossaire de DucangCy au mot Inre^titwra.
13] Dùsertations de l'abbé Ltbêuf, p. 89,
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pitre, comme le fut une semblable baguette que le roi Louis VII déposa sur l'autel de cette église. L'aventure qui donna lieu à ce dernier dépôt a été racontée ci-dessus.
Le chapitre de Noire-Dame avait une prison située dans le voisinage, ou peutêtre dans son cloître : elle fut le théâtre d'un événement dont je parlerai dans la suite (1).
On observ-ait dans cette église des usages qui peuvent être au moins qualifias de superstitions, sinon d'impostures.
« On piatiquait aussi à Notre-Dame, € comme ailleurs, dit l'abbé Lebeuf. l'u- « sage de jeter par les voiîtes des pigeons, « oiseaux, fleurs, étoupes enflammées et « oublie--, le jour de la Pentecôte, pendant « l'office divin (2). *
On faisiiit croiie au peuple que ces différents objets partaient de la voûte céleste; que leur diverse nature annonçait la satisfaction ou la colère de Dieu, et que l'étoupe enflammée représentait le feu du ciel. C'est ainsi qu'on abusa d'une pratique qui, dans son origine, ot'frait l'image de ce qui se passa lo. sque Dieu envoya son Saint-Esprit à ses apôtres.
M. l'abbé Lebeuf, infatigable investigateur des antiquités ecclésiastiques, a découvert qu'il existait, dans les temps barbares, à l'entrée de l'église de Saiut-Jeank^Rund, dépendante de celle de Notre- Dame, de grandes cuves, destinées, dit-il, ;'; rontenir l'eau bénite. licite un acte juridique qui se termine par ces mots :
« Fait dans régli^e de Paris, auprès des « cuves ; » et une autre pièce qui prouve que les m» decius s'assemblaient près de la cuve de Notre-Dame.
Ces cuves, près desquelles on passait des actes juridiques, et où s'assemblaient des médecins, n'auraient-elles pas servi plutôt aux épreuves appelées ordalies ou jugement de Dieu? N'ttalt-ce pas dansées cuves, remplies d'eau froide ou chaude, que l'on plongeait les accusés pour connaître leur culpabilité ou leur innocence? Je n'oserai contredire l'opinion de l'abbé Lebeuf, mais je sais que près de là s'exécutaient des combats nommés jugement de Dieu.
C'était dans la première cour de la mai-
(1) Voyez Tableau moral de la période suivante,
(2) Histoire du diocèse et de la ville de Paris, par l'abbé Lebeuf, t. I, p. 17,
son épiscopaie qu'avaient lieu les monomachies ou duels judiciaires. Là, les accusateurs et les accusés venaient, en pré- \ sence du tribunal de l'Eglise, plaider leur cause en se battant à coups de bâton ; et Jes juges ecclésiastiques devaient toujours l^rononcer en faveur du plus fort ou du plus adroit.
Ce droit défaire ainsi plaider les justiciables fut sollicité et obtenu, en 4109, par le chapitre de Notre-Dame. Déjà les abbayes de Saint-Denis et de Saint-Germain-des-Prés en jouissaient. Je ne m'étendrai pas davantage sur cette procédure barbare ; j'en ai parlé plus haut,
Un usage de la plus haute antiquité, qui pourrait bien remonter aux temps du paganisme, se pratiquait dans cette église cathédrale, comme dans plusieurs églises de France. Aux processions des Rogations, le clergé de Notre-Dame portait la figure d'un grand dragon d'osier , et le peuple prenait plaisir à jeter dans la gueule énorme et béante de ce dragon des fruits et des gâteaux. Cet usage a duré jusque environ l'an 1730 : alors le chef de la procession a borné la cérémonie à donner sa bénédiction à la rivière.
On croit que ce dragon est la figure de celui dont saint Marcel délivra, dit-on, Paris; mais les habitants des autres villes où cet usage se pratiquait avaient donc aussi un dragon qui les désolait et un saint qui les en délivrait ? Cette fable est partout la rnême (1).
On célébrait aussi, dans l'église de Notre-Dame, des fêtes appelées Fête des
(1) Le dragon appelé à Metz Graouilli; le dragon de saint Bienheuré, à Vendôme ; le dragon de la Roche-Turpin, près Montoire; le dragon de Saint-André, près Villiers, à deux lieues et demie de Vendôme; le dragon de Saint-Bertrand de Comminges ; le dragon appelé la Grande-Gueule, ou la bonne sainte Vermine, à Poitiers; le dragon qu'on nommait Gargouille à Rouen ; le dragon appelé la Tarasque, à Tarascon; le dragon, nommé à Troyes la Chair salée, etc., sont représentés à peu près de la même manière, et ont tous, comme celui de Paris, été vaincus par un saint qui a délivré le pays.
Toutes les églises de la Gaule avaient, au treizième siècle, leur dragon : Durand, dans son Rational, en parle comme étant d'un usage général. Ces dragons, suivant lui, signifiaient le Diable.
Fous, Fête aes sous-Diacres ou Diacres soûls, dont j'ai déjà donné la description. J'ajouteraiqu'EudesdeSully, successeur de Maurice, fut le premier èvêque de Paris qui en parut scandalisé. Ces espèces de saturnales, continuées par les chrétiens depuis les temps du paganisme, avaient donc été tolérées par tous les évêques ses prédécesseurs ; ou peut-être que, sous Eudes de Sully, leur licence fut-elle portée à un excès insoutenable ? « Il s'y commettait, « dit-il , d'innombrables abominations.
« des crimes énormes. Ce n'étaient pas « seulement des laïques qui y figuraient; « mais, ce qui est horrible à dire , ces « scènes scandaleuses , ces turpitudes se « commettaient par des ecclésiastiques, « dans l'église même , au pied des autels, « pendant qu'on célébrait les messes et « qu'on chantait les louangesde Dieu (t). »
Après avoir ordonné, en 1198, l'extinction de la Fête des Fous, cet évêque, l'année suivante , tenta d'abolir celle des Sous-Diacres, célébrée le jour de Saint- Etienne. Il eut l'adresse d'assigner une rétribution particulière aux chanoines et aux clercs qui assisteraient à la solennité de ce saint et à celle de la Circoncision ; à condition qu'ils en seraient privés, si les désordres de la fête des Sous-Diacres recommençaient. Il mettait ainsi l'intérêt personnel aux prises avec la routine. Il faut le dire : ce fut la routine qui triompha. Les fêtes des Sous-Diacres et d&« Fous, suspendues pendant quelque temps, reprirent leurs anciennes allures , et ne furent entièrement abolies qu'au quinzième siècle.
Eglise et cimetière des Innocents, situés rue Saint-Denis, à l'angle que formait cette rue avec celle dite aux Fers ou au Fèvre, dont il n'existe qu'un côté , et sur une partie de l'emplacement du marché des Innocents.
Geoffroi, prieur de Viegois,dit, dans sa Chronique, que l'Eglise des Saints-Innocents à Paris fut fondée à l'occasion d'un certain Richard , jeune homme que les juifs, en mépris du Christ , avaient fait mourir, et parce que , sur l'emplacement de cette église, il s'était manifesté des signes divins (2). Cet écrivain ne donne
(1) Voyez, période précédente, Tableau moral de Paris et Gallia christiana, t. VII, p. 80.
(2) Recueil des Historiens de France, t. XII, p 438.
Paris. — Typ. Lacour, rue Soufflol, 18.
sous PHILIPPE-AUGUSTE
point l'époque de cette fondation. Suivant la chronique de Lambert de Waterlos. ce fut à Paris, en Van 1163, qu'un adolescent V fut crucifié par les juifs (1). Une autre "chronique place l'événement dans la même année et dans le territoire pari- <.m (2). Enfin Robert Dumont dit que le l'^u de la scène fut à Pontoise et sous Tonnée 1171 (3).
Cofi traditions incertaines et contradic-
toires n'établissent que le doute. Je pense qu'un oratoire élevé dans ce cimetière de Paris, comme il s'en trouvait dans tous les anciens cimetières, a donné naissance à cette église.
M. l'abbé Lebeuf place sa construction primitive sous le règne de Philippe-Auguste. Tout porte à croire qu'elle avait alors le titre de paroisse.
Le bâtiment de cette église fut réparé à
Cimetière des Innocents.
plusieurs reprises , comme on le remarquait par les différences très apparentes de ses parties. Ce fut , sans doute, après une de ces réparations qu'en 1 445 Denis Dumoulin, évèque de Paris , en fit la dédicace.
(l) Recueil des Historiens de France., t. XIII, p. 520.
l2) Recueil des Historiens de France, t. XIII, p. 584.
(3) Recueil des Historiens de France, t. XII. p. 438, la note.
A la fin de juin 1437, il s'éleva, dans cette église, une querelle entre un homtue et une femme pauvres. La femme , duM coup de quenouille, fit une légère égratignure au visage de l'homme: il en sortit quelques gouttes de sang qui fournirent à l'évêque de Paris, Jacques du Chastelier, un prétexte suffisant pour interdire l'église. Pendant vingt-deux jours, toute.- cérémonies religieuses y furent suspendues, et les portes de l'édifice et du cimetière fermées ; aucun mort ne put y être enterre. Cet évèque exigeait une forte >c m me
pour réconcilier l'église; les paroissiens et les confréiies furent obligés d'aller prier à l'église de Saint-Josse (1).
Cet évêqae professait certainement une religion qui n'était pas celle de l'Evangile.
Son successeur, Denis Dumoulin, fit, en \ 440, fermer le cimetière des Innocents pendant quatre mois; « et on n'y enterrait « personne, petit ni grand, dit un contem- « porain ; on n'y faisait ni procession, ni « recommandation pour personne. L'évê- « que, pour en permettre l'usage, voulait « avoir trop grande somme d'argent, et « l'église était trop pauvre (2j. »
A côté de l'église était une chambre étroite oij des femmes et des filles dévotes s'emprisonnaient volontairement pour le reste'deleur vie; on les nommait recluses; elles en faisaient murer la porte et ne recevaient l'air et les aliments que par une petite fenêtre qui donnait dans l'église. On connaît les noms de deux dévotes qui se sont ainsi séquestrées du monde dans ce triste réduit. La plus ancienne est Jeanne la Vbdrière, qui s'y enferma le 11 octobre 1442 ; la seconde est Alix la Burgotte qui y mourut le 29 juin 1466.
11 s'y trouvait aussi des recluses forcées : telle était . Renée de Vendomois, femme noble, adultère, voleuse, qui fit assassiner son mari, nommé Marguerite de Saint-Barthélemi, seigneur de Souldai. Le roi, en 1485, lui fit grâce de la vie, et !e parlement la condamna a demeurer perpétuellement recluse au ciir.etière des Innocents (3).
Sur un des piliers de la chapelle de la Vierge était adossée la figure de la recluse Alix la Burgotte, figure en bronze que fit faire le roi Louis XI.
Sur le grand autel on voyait un tableau représentant le massacre des Innocents, peint par Pierre Corneille.
Le cimetière des Innocents fut longtemps
-^t (1) Journal de Paris, des règnes de Charles VI et Charles VII. L'auteur de ce journal dit que cet évêque était un homme pompeux, convoiteux, plus mondain que son ^tat ne le requérait. 11 mourut de la contagion, le 2 novembre 1438.
(2) Journal de Paris, des règnes de Charles VI et Charles VII, p. 187.
(3) Registres manuscrits de la Tournelle, aux 20 mars et 16 septembre 1486. Il y eut aussi des recluses volontaires ou forcées dans les autres éo;lise5 de Paris.
ouvert aux passants, et même aux animaux. En 1186, Philippe-Auguste le fit clore die murailles. D ms la suite, on construivit tout autour de la clôture une galerie voûtée appelée lesCharniers. C'est là qu'on entermit ceux que leur fortune mettait à même d'être séparés du commun des morts. Cette galerie sombre, humide, servait de pr.ssage aux piétons ; elle était pavée de tombeaux, tapissée de monuments funèbres et d'épitaphcs, et bordée d'étroites boutiques démodes, de mercerie et de bureaux d'écrivains publics. Cette galerie fut construite , à diverses époques, aux frais de différents particuliers. Le maréchal de Boucicaut, vers les premières années du quinzième siècle, en fit bâtir une partie, et le fameux philosophe hermétique, Nicolas Flamel, toute celle qui bordait la rue delà Lingerie. Il y fit placer le tombeau de son épouse, tombeau orné do plusieurs figures d'anges et de saints, d'inscriptions latines et en vers français.
D'un côté, la galerie occupait une partie de la largeur de la rue de la Ferronnerie (nommée autrefois, ainsi que la rue Saint- Honoré, rue de la Charonnerie) ; et sous cette partie de la galerie était peinte la fameuse danse macabre ou danse des morts. L'auteur du Jnurncil de Parî<^, sous les règnesde Charles VI et de Charles VIL dit qu'en 1429 un fameux prédicateur, nommé frère Richard, prêchait sur un échafaud haut d'environ une toise et demie. Il avait, dit-il, le dos tourné vers les charniers des Innocents, contre la Charonnerie, à l'endroit de la danse macabre (1).
Dans une partie du charnier, proche de l'église, on voyait un tombeau couvert d'une table sur laquelle était représenté un squelette en marbre blanc, sculpté par Germain Pilon. Ce monument fut, pendant la révolution, transféré au musée de la rue des Petits-Augustins.
Parmi les nombreuses épitaphes de ces charniers, on remarqua it^çgUe^i :
« Cy gist Yollande Bailly, qui trépassa « l'an 1 51 4, la quatre-vingt-huitième année «t de son âge et la quarante-deuxième de « son veuvage; laquelle a vu ou a pu voir, « devant son trépas, deux cent qitatre- « vingt-treize enfants issus d'elle. «
Parmi les morts les plus distingués enterrés dans le cimetière ou dans les charniers, en doit citer Jean Le Boulanger, premi >r président au parlement, mort enl 482 ;
(1) Journal de Paris, p. 120.
sous PHILIPPE-AUGUSTE -^ ^
:icol35 Le Fèvre, habile critique, mort ; de Fleury, mort en 1743, érigé d'après Il 1612: Fraiçois Eudes de Mézeray, j les dessins de LemolDe. Cette église, qui lèbre liisioriographe de France, et
Le cimelière était celai de la paroisse des iDDOcents et de plusieurs autres paroisses de Paris. On voyait au milieu uue croix ornée d'un bas-relief représentant le Triomphe du Saint-S.icrement, sculpté par Jean Goujon, et une lanterne en pierre, qui s'élevait à la hauteur d'environ quinze pieds, en fGrrae d'obélisque, telle qu'on en voit dms plusieurs cimetières de France. On y p.aç^it une lumière qui, pendant la nuit, faisait respecter le séjour des morts.
En 1736, l'église et les charniers des Innocents furent démolis. On enleva les
pendant plusieurs années a servi au culte protestant, est aujourd'hui entièrement démolie.
Saint-Nicolas-du-Louvre. Cette collégiale, située près et au sud de Saint-Thomas, fut, dans son orig ne, un hôpital pour les pauvres étudiants. Philippe le Dreux, mort en 1217, la nomme l'hôpital Jes pauvres CLtcs : il leur fait don, par testament, de cinqumte livres pour bâtir leur maison. Dans la même année, Pierre, évéque de Paris, leur permit d'avoir une chapelle et un cimelière. Une pièce de vers intitulée (I^s Mott.sfiers de Par s, nous apprend que
ossements et plusieurs pieds du terrain de i l'hôpital des pauvres Clercs de Saïut-Nico-
c^ cnnetière, et on les transporta, hors de la barrière Saint-Jacques, dans les carrières voisines de la maison dite la Tombe- Isoire (\).
La funtaine des Innocents, située à l'anele de la rue Saint-Denis et de la rue aux . i . » ■ Fers, ainsi que les précieux bas-reliefs que de Paris, supprima le maître de 1 hopidont Jean Goujon l'avait orné?, ont été j tal avec les boursiers, et mit à leur place transportés au centre de l'emplacement du " ' r .l «.»....,.,, „
las était situé à côté de Saint-Tho iias-du- Louvre.
El ?ainl Thomis de Lovre anssi.
El Saint N iculas de iez li.
En 1 541 , le cardinal Jean du Belley , évè-
cim^t'iere. qui a été converti eu un va^te marché. (/-Vj/yp^-Marrh-' des Innocents.)
Salnt-Thomas-du-Louvrë. depuis nommé Saint- Louis-DU-LonvRE, église collégiale, située dans la rue de ce nom. près du Louvre. Robert, comte de Dreux, fît, en 1 187. bâtir cette egli-e, sous le titre de Saint-Thomas, archevéiiue de Cantorbéry, et y fonda quatre canonicats : 1" nombre en fut augmenté dans la suite.
Le 15 octobre 1739, vers onze heures du matin, lorsque les chanoines se réunissaient pour tenir chapitre, la voûte de cette église s'écroula ; trois chanoines furent écrasés, deux purent échapper à la mort par la fuite, et sauvèrent, en le poussant dehors, un autre chanoine qui était près d'y entrer.
Cette église fut rebâtie, quelques années après, sur les dessins de Germain, o.févre célèbre, mais architecte sans goût ; elle reçut alors le nom de Saint-Louis-du-Louvre. On y voyait le tombeau en marbre, orné de ligures allégoriques, du cardinal
(1) Ce transport, exécuté saus précaution pendant les grandes chaleurs, devint funeste à la santé des habitants des rues où passaient les voitures chargées d'ossements et de cette terre sépulcrale : des fièvres malignes se manifestèrent abondamment dans ce- rues.
dix chanoines. L'hôpital utile devint alors une collégiale, qui 1 était moins, et qui subsista jusqu'après la chute de l'église de Saint-Thomas-du-Louvre, arrivée en 1739.
Alors ce qui restait du chapitre de cette eulise écroulée fut i^uni à celui do Saint- Nicolas; et de cette réunion se forma une .seule collégiale, sous le nom de Saint-Loui.'^du-LouMv. / oyez r;jiticle précéd ut.
Cette iglise de Saint-Nicolas, située au midi de celle de Saint-Thomas, et plus près qu'elle de h rive de la Seine, a donné son nom au pont voi.sin. Sainl-Xicolas est le patron des nautoniers ; il a remplacé Neptune.
Sainte- Madeleine , église paroissiale, située rue de la Juiveiie, en la Cité. Philippe-Auguste ayant, en 1183, chassé les juifs, ordonna que leur synagogue sérail Vonvertieen une église dédiée a sainte Madeleine. Celte synagogue de juifs, devenue église des chrétiens, fut réparée e; agrandie à diverses époques, et notamment en 17 i9, lorsqu'on y réunit les paroisses de Saint- Christophe et de Sainte -Geneviévc-des- Ardents.
Dans cette église fut instituée l^- grande confrérie des bourgeois de Paris, qui prit la place, à ce que conjecture l'abbé L.'beuf. de II confrérie des marchands par «au de la ville de Paris. Il fait mention, -our la première fois, ep 120o, de celte grande
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confrérie, qui avait des propriétés, une censive, et un clos situe aux environs des .lacobins, rue Saint-Jacques, qui évidemment était celui qu'on nommait clos des Bourgeois. Cette confrérie était présidée par un chef qui prenait le titre d'abbé ; elle est, dans un mémoire publié en 1728, pompeusement intitulée la grande confrérie de Notre-Dame aux seigneurs, prêtres et bourgeois de Paris.
Le bâtiment de cette église fut démoli au commencement de la révolution, et sur son emplacement on a établi un passage utile, dit le passage de la Madeleine.
Sainte-Geneviève, abbaye de chanoines réguliers, située sur le plateau de la montagne de ce nom. J'ai déjà eu occasion de parler plusieurs fois de cette abbaye et de son église, qui, fondées au commencement de la première race, presque entièrement ruinées sous la seconde, furent reconstruites, en '1 1 77, par les soins de l'abbé Etienne. Après l'an 1180, sous le règne de Philippe-Auguste, les travaux de cette église étant terminés, on put y célébrer les cérémonies du culte.
En '1 196, le pape Innocent 111 accorda à Jean, abbé de Sainte-Geneviève, pour orner sa dévotion et honorer son église, la faculté de porter la mitre (1).
L'époque de l'achèvement de la restauration de cet édifice me fournit l'occasion de le décrire entièrement, et d'en parler pour la dernière fois.
L'église, contiguë à celle de Saint- Etienne-du-Mont, s'élevait sur l'emplacement qui se voit au sud de cette dernière église, et sur lequel on a ouvert une nouvelle rue qu'on a nommée la rue dé Clovis.
La façade était aussi simple, aussi dépourvue d'ornements et de caractère que l'est celle de l'église de Saint-Germaindes-Prés. L'abbé Lebeuf a cru reconnaître, dans la construction de l'édifice de Sainte-Geneviève, quelques parties apparte*}ant au bâtiment primitif; il a remarqué, sur cette façade, un anneau de fer d'un volume considérable soutenu par une grosse pierre représentant une tète d'animal. 11 pense que, l'église Sainte-Geneviève étant un lieu d'asile, ceux qui voulaient s'y réfugier se trouvaient affrancliis de toutes poursuites dès qu'ils avaient
(1) Innocmtii Papœ III. Pegist. 5, p. 1079, eâitoribus de r.rcqnig-ny, etc.
passe
le bras dans ce vaste anneau : il
cite plusieurs autorités à l'appui de son opinion (1).
L'intérieur offrait le même genre d'architecture que celui de l'église Saint-Germain-des-Prés, mais il avait moins d'étendue. On y voyait une crypte souterraine dont la construction n'avait i^as échappé aux ravages des Normamis.
comme le prouvent diverses réparations faites à des époques postérieures: dany cette crypte étaient, disait-on, les tombeaux de sainte Geneviève et de sainte Prudence, dont les corps en furent retirés pour être placés plus honorablement dans des châsses posées sur \e grand autel.
La châsse de sainte Geneviève, objet principal du culte de cette église, fut, pour la seconde fois, fabriquée, au treizième siècle, par un orfèvre appelé Bonard, qui employa pour ce travail 193 marcs d'argent et 7 marcs et demi d'or.
Cette châsse, dont le mérite, aux yeux du vulgaire, semblait rehaussé par ces riches métaux, était, lors des grandes calamités publiques, solennellement tirée de son église et promenée dans les rues de Paris, 11 existe des témoignages de plusieurs de ces processions. « Moult hono- « rablement la faisait porter le roi Ghar- « les V, dit un écrivain cité par l'abbé
« Lebeuf (2) quart quand il la faisait
« porter, celx de Nostre-Dame, celx des « autres collèges, tant réguliers que sé- « culiers, allaient nuds pieds, et par ce il « en venait toujours aucuns bons of- « fices. "
Ces processions, faites les pieds nus, sont évidemment imitées de celles que pratiquaient les païens dans de pareilles cir-
(1) Une chronique, celle de Robert le Diable, attribue l'existence de cet anneau à une cause que je ne garantis pas.
Robert le Diable, séjournant à Paris, dont il était comte, suivant la commune opinion, fut attaqué d'une fièvre violente; pour se guérir, il fit demander à l'abbé de Sainte-Geneviève quelques reliques de son église. L'abbé lui envoya un reliquaire où il avait placé un os de chat. Le prince découvrit la fraude, et fit pendre l'abbé par les parties sexuelles à la porte de son église ; et cet anneau fut placé pour servir à C3 supplice.
(2) Histoire de la ville et du diocèse de Paris, t. Il, p. 370.
sous PHILIPPE-AUGUSTE
fODstauces, et qu'ils appelaient \((ffip<=dalia ; processions que les écrivains du christianisme blâmèrent d'aboni , qu'ils tournaient en ridicule et qu'ils adoptèrent bientôt «).
Vers la fin du mois de mai 1603. une ' ugue sécheresse détermina le corps de ; ville à faire descendre la chasse de (inte Geneviève, afin d'en obtenir de la pluie. On choisit fort prudemment, observe un écrivain de ce temps, pour aider au miracle désiré, la veille du jour où la lune devait changer de quartier ; mais ni la châsse ni la lune ne firent pleuvoir {i).
Entre un grand nombre de reliques conservées dans cette église, était une chasuble dont, suivant l'opinion vulgaire, «e servait saint Pierre lorsqu il disait si messe. Elle avait la réputation de guérir de plusieurs maladies ceux qui l'endossaient.
Le grand autel de Sainte-Geneviève était orne d'un tabernacle enrichi de pierres précieuses, supporté par des colonnes doriques de brocatelle antique, et rehaussé par des ornements de bronze doré : il fut donné par le cardinal de La Rochefoucaud, abbé de Sainte-Geneviève, dont le magnifique tombeau était un des sujets les plus apparents de cette église.
La châsse de Sainte-Geneviève, châsse très vénérée, plus riche que belle, offrait des formes barbares, une infinité de dé-
(Ij Sanctus Hyeronimusj lib. i, in Jovinianum ; Tertuliani Apologeticus, cap. 40, ad finem. — Glossaire de Ducange, au mot Nudipedalia.
(2) L'Estoile, qui rapporte ce fait dans son journal de Henri IV (t. III, p. 99), ajoute que les chanoines de Sainte-Geneviève, piqués de la nullité du succès de cette tentative, nullité qui compromettait la réputation de leur châsse, imaginèrent de lui faire opt'rer un mirac'.e propre à rétablir son crédit «branlé. « On suborna, dit-il, un pauvre " diable de galérien, lequel était enchaîné 1 comme les autres; on lui ôta les fers des * pieds, à la charge qu'il dirait partout M (comme il fit) qu'en invoquant madame t* sainte Geneviève, ils lui étaient tombés des
- pieds. Mais la fourberie, découverte par " sa confession propre, tourna en risée de " ce qu'on voulait faire un miracle d'une »« chose tout ordinaire et naturelle, et à la-
- quelle madame sainte Geneviève n'avait
- pensé, r
» tails. beaucoup d'or et de pierreries. Elle était supportée par quatre statues de vierges plus grandes que nature. Au-dessus "brillaient un bouquet et une couronne de diamants, deux présents faits, le premier par Marie de Médicis. et le second par Marie-Elisabeth d'Orléans, reine douairière d'Espagne.
Le tombeau du cardinal de La Rochc^ foucaud, que je viens d'indiquer, situe dans une chapelle du côté méridional dî' l'église, était en marbre. On y voyait sa figure représentée à genoux : derrière elle un ange soutenait la robe du défunt, et lui servait de page : ce qui a fait naître quelques plaisanteries contre l'orgueil du prélat.
Ce cardinal, ligueur, était doue dune crédulité et d'un fanatisme extrêmes. Son entêtement à soutenir et faire valoir les extravagances ou les fourberies de Marthe Brossier^ prétendue possédée du diable, a couvert sa mémoire de ridicule : j'en parlerai dans la suite.
Le 6 juin 1483, le tonnerre tomba sur l'église de Sainte-Geneviève, et y causa de grands dommages; il brûla le clocher, fondit les cloches et renversa plusieurs parties des bâtiments de l'abbaye. Le pape Sixte IV accorda aux religieux des indulgences qui devaient être distribuées pour les réparations à faire : moyen fort en usage dans les temps barbares (1).
L'abbé et les religieux de Sainte-Geneviève ont eu de fréquentes querelles d'intérêt avec l'evêque de Paris : je ne parle-
(1) Voici comment on procédait en pareil cas. On choisissait les plus audacieux, les plus imprudents des moines : chargés de la bulle des indulgences et de quelques reliques, ils parcouraient les villes et les campagnes, pér.rant en place publique, vantant l'eincacité de leur marchandise, employant souvent des moyens très méprisables pour tirer l'argent du peuple. Ces charlatans étaient fort nombreux pendant les quatorzième et quinzième siècles, et fort décriés par les écrivains de ces temps ; on les qualifiait de quêteurs de pardons, de porteurs de rogatons. (Voye: les Glossaires de Ducange et de dom Carpentier, au mot Reliquiœ, etc., etc.) En 1538 François P"" fit siisir treize cents et tant de livres que ces quêteurs avaient levées sur les personnes crédules, et les tit li\r<'r à l'Hôtel-Dieu de Paris. 'Rejistres manuscnts du pavUment y au 30 septembre 1538.)
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rai q .c' de celle qui se manifesta e!i 1202. Il s'agissait notamment des droits que l'évêqae Eudes ]>rétendait exercer sur l'église de Sainte-Geneviève et sur les habitants des environs : il fut conclu entre les parties un accord par lequel il était permis à l'évéque et à l'nrchidiacre de Notre- Dame d'excommunier à leur gré les habitants de la paroisse de Sainte-Geneviève, avec défense aux prêtres desservants de cette paroisse d'admettre dans son église ces habitants excommuniés. Cependant on mit vingt-six paroi-siens et leurs épouses à l'abri des coups des excommunicateurs. Ces privilégiés étaient des artisans, employés par les moines, et des domestiques de l'abbaye : on remarque, rarmi eux, quatre cuisiniers et trois écuyers de l'abbé (1). Les excommunications produisaient beaucoup, les malheureux qui en étaient frappés se trouvaient obligés d'acheter leur absolution.
L'abbaye de Sainte-Geneviève était le chef-lieu d'une congrégation composée de neuf cents maisons en France ; elle nommait à plus de cinq cents cures, dont elle disposait toujours en faveur de ses religieux. L'abbé était électif, poriait le titre de général, et jouissait du droit, bien glorieux '. our un abbé, de se parer, en officiant, de la crosse, de la mitre et de l'anneau.
La bibliothèque de cette abbaye était et est encore publique. Son plan présente une croix. Au centre, ou point d'intcisection, est un dôme dont le plafond fut peint, en 1730, par Restout p^ère. On comptait, dans cette bibliothèque*, près de quatrevingt mille volumes imprimés. Le nombre en est beaucoup augmenté depuis la révolution ; les quatre salles sont ornées de bustes et de plusieurs objets de curiosité.
L'église, réparée sous le règne de Charles VIII et de Henri IV, a été démolie en 1807. Avant d'opérer cette démolition, on ordonna des fouilles qui mirent à découvert, au-dessous du grand autel, environ quinze sarcophages, dans un état de désordre et de bouleversement. Quatre de ces tombeaux et leurs couvercles, de pierre franche, d'un grain fin, offraient extérieurement de petites croix gravées sans régularité; les autres étaient en plâtre ou en pierre tendre dite lambourde. Tous ces tombeaux avaient été ouverts ou spoliés,
(Ij Innocenti III Episiola, t. I, p. 682.
sans djule, par les Normands. Les tombeaux de Clovis, de Clotilde, ont dû éprouver le même sort; et le corps de sainte Geneviève paraît n'avoir pas été plus respecté par ces barbares (1 ).
Les squelettes que renfermaient ces tombeaux étaient couverts d'une superficie de phosphate de magnésie en eftlorescence, mêlé d'une grande quantité de petits cri&teaux. Les os, très friables, tombaient en poudre en les touchant. Ceux de deux squelettes avaient, depuis les côtes jusqu'à la moitié des jambes, reçu une couleur violette très foncée, couleur résultant évidemment de la décomposition d;s corps.
Dans cette démolition n'a pas été comprise une tour carrée fort élevée, qui se trouve engagée dans les anciens bâtiments de l'abbaye, aujourd'hui collège de Henri IV. Sa partie inférieure est d'un style qui appartient au onzième siècle, celui de sa partie supérieure est un ouvrage du treizième.
Le culte de Sainte-Geneviève a été transféré à Saint-Etienne-du-Mont, puis à nouvelle église nommée Panthéon.
Saint-Etienne-du-MoiNT, église paroissiale, située à côté de l'emplacement de l'ancienne église de Sainte-Geneviève. Elle doit son origine à une chapelle basse, attenante h. cette dernière église, et portant le nom de Chape/ /e du^Mont.
Si l'on en croit Guillaume le Breton, elle portait, en 1221, le titre d'église; elle était accompagnée d'une aumônerie. Domu s eleemosijnœ anle ecclesinm Sancti Stephani de Monte, la maison de l'aumiônerie devant Saint-Elienne-du-Mont. i Cette maison fut, à la fin de juillet 1221, \
(1) Suivant la lettre qu'Etienne, abbé de Tournay, écrivit à l'évéque de Londres, ce corps saint ne fut point respecté par les Normands. II fut brûlé avec l'église : « Ils « n'épargnèrent, dit-il, ni le lieu saint, ni " le corps de la vierge, ni ceux des autres « saints qui y reposaient, et ne montrèrent « aucune révérence pour eux. »
L auteur anonyme des Miracles de sainte Geneviève dit que le corps de cette sainte fut, pendant cinq ans, hors de son église, à cause des ravages des Normands, et qu'après ce temps il y fut rétabli. I equel croire? Un légendaire mérice-t-il plus de contiauce qu'un abbé qui écrit contidentiellement à un ésêqiie? [Recueil des Hislorieiis de France, t. VII, p. 72, note d.)
sous PHILIPPB-AUGDSTE
frappée parle tonnerre. Le nèiiiê jour, il tomba sur l'église Notre-Dame (\).
Ce fut après cet accident, qu'en 1222 on demanda au papeHonorius IH l'autorisation de faire reconstruire l'édifice de Saint-Etienne-du-Mont sous de plus grandes proportions, et de l'ériger en . :.'lise paroissiale, qui put servir aux habitants du quartier, dont le nombre s'augmentait depuis que Philippe-Auguste avait fait entourer Paris d'une enceinte.
Cette nouvelle église fut entièrement assujettie à celle de Sainte-Geneviève : elles différaient entre elles comme un vassal diffère de son seigneur. L'église vassale n'eut point la permission d'avoir une porte particulière. On ne pouvait y entrer qu'en passant par la maîtresse église.
En1i9i,le bourg de Sainte- Geneviève devenant toujours plus populeux, les marguilliers de- Saint-Etienne-du-Mont demandèrent à l'abbé quel pies toises de terrain et quelques vieux bâtiments voisins pour agrandir leur église; ils demandèrent aussi la permission d'élever leurs clochers, d'avoir quatre cloches et une porte partie eulière. L'abbé, moyennant une somme' d'argent, consentit a ces diverses demandes, k l'exception de la dernière qu'il refusa obstinément: ce ne fut qu'en 1517, époque où l'on construisit presque entièrement l'église, que l'abbé permit au curé et aux marguilliers de Saint-Elienne-du- Mont d'avoir une entrée particulière et d'ouvrir une porte.
La façade principale de cette église, qui affecte la forme pyramidale, et où se trouvent mélanges les' genres grec et sarrasin, offre un caractère étrange qui n'est pas sans agrément. La première pierre en fut posée, en 1610, par la première femme de Henri IV, MarguerMe de Valois, qui. pour avoir cet honneur, donna la somme de trois mille livres.
L'ensemble du bâtiment, construit au commencement du seizième siècle, est dans le style sarrasin qui sy montre avec tous les raffinements, toutes les gentillesses et les formes dilicales ou élégantes que les architectes de cette époque donnaient à leurs constructions. Le jubé , ses ornements, ses deux escaliers qui s'élèvent, chacun en contournant le fût d une colonne, jusqu'aux galeries supérieures ; ces
{l) Recueil des Historiens de France, t. XYU, ' p. 775.
galeries qui régnent autour du chœur, iont de^ muièles, sinon de bon goût, au moins de légèreté et de délicatesse.
La voûte très surbaissée de ce jubé est dans le goût du temps, où déjà on avait adopté cette forme opposée à celle de l'architecture sarrasine. Ce jubé a été achevé en 1600, comme l'indique ce millésime qui s'y trouve. Au milieu de la voûte de la croisée pend et descend de deux toises ce qu'on nomme vulgairement cul-de-lampe ou clef pendante. Cette construction est formée des nervures delà voûte qui, après en avoir suivi la courbure, redescendent en s'unissant, et présentent une masse suspendue et sans appui. Ce tour de force dans l'art de construire cause aux si^ectateurs plus d'étonnement que de plaisir.
Les fûts des colonnes, dont la longueur est démesurée, sont dépourvus de chapiteaux. Les nervures des voûtes naissent du nu de la colonne. L'église de Saint-Nicolasdes-("hamps offre un autre exemple d'une pareille construction.
Les arcades de la nef appartiennent au dix-septième siècle.
Les vitraux, qui sont du seizième, méritent do fixer l'attention des amateurs de la peinture sur verre.
Une seule tour qui s'élève au nord de l'édifice sert de clocher: elle est fort élevée, et son architecture est d'un genre peu ordinaire.
L'intérieur de celte église renfermait quelques objets intéressants : trois basreliefs de Germain Pilon, plusieurs tableaux, et notamment un de Lesueur. La chaire à prêcher, sculptée par Claude Lestocard, d après les dessins de La Hiré, peut servir de modèle en ce genre.
On y a placé un tableau de M. Abel de Pujol. représentant saint Etienne prêchant l'Evangile.
La chapelle de la Vierge , située- au rond-point de l'église, offre l'épitaphe latine du célèbre Biaise Pascal. Cet auteur des Lettres ^provinciales mourut en 1662, à l'âge de trente-ne-uf ans. Ce monument, qui ne consiste que dans une pierre gravée, est suffisamment orné par le nom du défunt.
Dans cette même chapelle, on voit quelques petits tableaux votifs. Il faut distinguer celui qui représente l'intérieur de cette église, peint, en 1808, par M. Gosse.
Dans !a croisée deux très grands tableaux, qui se tout lace, décoraient l'ancienne
église de Sainte-Geneviève ; ils furent votés par les échevins de Paris; l'un, à l'occasion de la famine causée par l'hiver de 1709, fut peint par de Troy; l'autre, à l'occasion de deux autres années de famine, fut voté en 1669, et peint par Largillière.
Vers la fin du seizième siècle, le curé de Saint-Etienne-du-Mont se plaignit à Pierre de Gondy, évêque de Paris, qu'un de ses paroissiens, nommé Michaud, qui venait de se marier, et dont il devait bénir le lit nuptial, l'avait fait attendre jusqu'à minuit. L'évêque , d'après cette plainte, décida qu a l'avenir la bénédiction du lit nuptial se donnerait pendant le jour, ou au moins avant le souper de noces (1).
La nouvelle église de Sainte-Geneviève, ci-devant le Panthéon^ où depuis 4822 le culte de cette patronne a été transféré, est la paroisse du douzième arrondissement.
Saint-André-des-Arts, église paroissiale, située rue de ce nom.
La nouvelle enceinte dont Philippe- Auguste ordonna la construction autour de Paris, en morcelant les propriétés et les terres seigneuriales, fit naître plusieurs querelles entre les seigneurs, notamment' entre l'évêque, l'abbé de Saint-Germaindes-Prés et l'abbé de Sainte-Geneviève. 11 fallut du temps pour concilier tant d'intérêts. Il fut enfin convenu, pour dédommager l'abbaye de Saint-Germain-des- Prés de ses pertes, que cette abbaye serait autorisée à faire bâtir pour elle deux églises dans la nouvelle enceinte de Paris; l'une fut celle de Saint-André-des-Arts,
(1) Les curés anciennement ne permettaient point aux nouveaux époux de coucher ensemble avant la bénédiction du lit nuptial, bénédiction qu'ils se faisaient toujours payer. D'autres curés, et même des évêques , ne se bornaient pas à exiger le droit de la bénédiction du lit nuptial; ils défendaient aux nouveaux époux de con sommer le mariage pendant les trois ou quatre premiers jours qui suivaient sa célébration à l'église. Pour s'exempter de cette servitude gênante, les plus pressés ou les plus riches payaient M. le curé ou M. l'évêque. Ces prêtres établissaient des règles prohibitives, afin de vendre la permission de les transgresser. On ferait des volumes si l'on voulait recueillir tous les exemples de cette exaction féodale, toutes les discussions^ procès et jugements qu'elle a occasionnés.
et l'autre de Saint-Damien. Les églises étaient alors considérées comme propriétés particulières , comme un domaine productif.
La construction de celle de Saint-André était commencée en 1210, sur le territoire appelé de Lias ou de Laas, nom d'où, à ce qu'il paraît, est dérivé celui des Ars que portait celte église, et que porte encore la rue où elle était située. On a écrit Saint-André- des- Ars , des Arcs, et enfin des Arts ; mais, pour conserver à ce mot son orthographe originelle, il faut écrire des Ars.
Au seizième siècle , une grande partie de cette église, et notamment la nef, fut reconstruite. Le chœur resta dans son état primitif. La façade principale était un ouvrage du dix-septième siècle. Sur le grand autel on voyait un tableau de Reslout, et aux côtés du sanctuaire deux tombeaux ; l'un d'Anne Martinosi, prin-cesse de Gonti , morte en 1672, exécuté sur les dessins de Girardon ; et l'autre, de François-Louis-Armand deBourbon, prince de Conti, son époux, décédé en 1683. Ce dernier tombeau est l'ouvrage de Coustou l'aîné, à qui l'on pouvait reprocher l'inconvenance de placer dans un sanctuaire des chrétiens la déesse Pallas, qu'on y voyait appuyée sur un lion, et tenant le médaillon du prince. Ces monuments ont été transférés au ci-devant Musée des monuments français.
Plusieurs personnes distinguées avaient leur tombeau dans cette église : Claude Léger, qui en fut le curé, et dont les vertus bienfaisantes recommandent la mémoire à la postérité ; Le Nain de Tillemont, savant historien; Nanteuil, habile graveur : Charles Dumoulin, Henri d'Aguesseau, deux hommes dont le barreau s'honore; La Motte-Houdard, de l'Académie française ; l'abbé Le Batteux, littérateur estimé ; sur le monument consacré à ce dernier, on lisait : Amiens amico.
La famille De Thou avait, dans cette église, une chapelle destinée aux tombeaux et à la mémoire de ses membres, dont plusieurs ont acquis une célébrité durable.
Ou y lisait une épitaphe en vers français de Mathieu Chartier , conseiller au parlement, surnommé le père des pauvres ; elle était remarquable par l'énergie i de la pensée et de l'expression. . I
Une chapelle de celte église avait appartenu à Jacques Coctier, et renfermait
sous PHILIPPE-AUGUSTE
ses cendres. Cet homme fut le médecin de Louis XI ; par ses prédictions menaçantes, iJ faisait peur à ce méchant roi qui, comme on sait, était l'effroi de tous ses sujets.
On voyait aussi dans une chapelle un ex-voto placé par Armand Arouet, frère de Voltaire.
Le vitrage d'une des chapelles représentait Jésus-Christ placé sous un pressoir; au bas de cette représentation on li-
sait ce passage d'Isaïe : Quare ruhrum est indumentum iuuin ? Torcular calcavi solvs.
Cette église, supprimée en 4790 , fut démolie dans la suite. Cette démolition a laissé vide un emplacement qui donne de l'aisance et de la salubrité aux maisons voisines et à plusieurs rues qui viennent y aboutir.
Saint-Côme etSALNT-DAMiEN, église pa-
CttKKLis Li. ^mç\jY;.
COTHAISOE.
Monnaies car]c\iumennes.
roissiale située au coin de la rue de La Harpe et de celle de l'Ecole-de-Médecine, ci-devant des Cordeliers, et fondée à la même époque et par le même motif que le fut l'église de Saint-André-des-Ars, dont je viens de parler.
Cette église resta assujettie à l'abbave de Saint-Germain-des-Prés jusqu'en 1345, époque d'une querelle très vive et même sanglante, qui s'éleva entre les étudiants de l'Université et les serviteurs de cette tbbaye. Par l'accord qui fut conclu, la
nomination de la cure de Saint-Côme fut attribuée à l'Université.
Les bâtiments de cette église existent encore et n'ont rien de remarquable.
Quoique ses dépendances fussent très circonscrites, il s'y trouvait un cimetière, des charniers, et un lieu où se rendaient, le premier lundi de chaque mois, des chirurgiens pour y visiter les pauvres malades, et leur donner des consultations gratuites. Un petit bâtiment était destiné à cette bonne œuvre.
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(envoyait, dans cette église, les iombeaux d'Orner Talon, de Nicolas de Bèze, dont l'épitaphe fut composée par son neveu, le célèbre Théodore de Bèze; de Claude d'Espence, docteur en théologie ; de M. de La Peyronnie, chirurgien du roi, mort en 1747.
Je ne dois pas omettre, en parlant des morts entecrés dans cette église, un fait qui constate à la fois les écarts de la nature et les coutumes odieuses de la féodalité. Dans le cimet.ën» de cetle église fut enterré François Trouillac qu'une étrange difformité rendit célèbre et malheureux. Dès l'âge de sept à huit ans, il lui était crû une corne au front, qu'il avait grand soin de cacher. Il travaillait à une charbonnière, dans la forêt du Maine, lorsque le marquis de Lavardin , étant à la chasse, le fit arrêter parce qu'il n'avait pas devant ce seigneur ôté son bonnet qui cachait sa corne. Ce malheureux fut ensuite conduit à la cour de Henri IV, comme une curiosité. Ce roi le donna à un de ses valets pour en tirer profit, dit l'Estoile dans son journal de Henri IV. François Trouillac, promené de foire en foire, devenu un objet de risée publique, en mourut de chagrin. On lui fit cette épitaphe ridicule :
Dans ce peUl endroit à part, Gisl un tiës singui er corn ird ; Car il l'eiaii sans avfir f mme.
Passants, priez Dieu pour son àme.
Cette église, supprimée en 1790, sert aujourd'hui d'atelier à un menuisier.
Saint-Hilaire, église paroissiale, située rue du Mont-Saint-Hilaire , n» 2. Elle existait, dans le douzième siècle, avec le titre d'oratoire. Vers l'an 1200, on la voit figurer en qualité de paroisse. La population, qui s'accroissait toujours dans Paris, nécessitait de pareilles érections. Le portail, construit au treizième siècle, fut, ainsi que l'édifice, entièrement réparé au comiîuncemênt du dix-huitième.
On y voyait le tombeau en marbre de Louis-Hercule Raymond Pelet , écolier, mort, âgé de dix ans, en 1747. Son épitaphe se terminait par ces mots extraordinaires : Sancte puer, ora pro nobis.
En 1513, cette église fut profanée par les coups que se portèrent deux peintres qui s'étaient vivement disputés sur la question de savoir si, dans un tableau d'Adam et d'Eve , ces personnages , qui
n'avaient pas eu de mère, dev^^ient êtr€ représentés avec un nombril.
Cette église a été démolie vers l'an 1795 ; elle est remplacée par une maison particulière.
Saint-Honoré , église paroissiale, située rue de ce nom. Vers l'an 1204 , Renold Chereins, boulanger, et son épouse donnèrent neuf arpents de terre qu'ils possédaient hors des murs de Paris , pour l'entretien d'un prêtre destiné à desservir une petite chapelle qu'ils se proposaient de bâtir. Le prieur de Saint-Martin leur céda un arpent de terre près de là , sur lequel ils firent élever la chapelle. Les fondateurs y établirent ensuite des chanoines; puis des personnes dévotes concoururent à ce pieux établissement , en augmentant les dotations et le nombre des chanoines.
Cette église, située près de la place aux Pourceaux, en porta le nom. Dans la pièce intitulée les Mousilers de Paris, on lit :
El saint Honoré aux Porciaux (1).
Et saint Huislace de Champiaux.
Il fallait aux fondateurs une dévotion robuste pour surmonter les nombreux obstacles qui s'offraient lors de pareils établissements, et pour satisfaire à toutes les prétentions des seigner.is ecclésiastiques qui avaient toujours des intérêts contraires, des droits à opposer, et des indemnités à exiger. La fondation de cette église, sa dotation, les élections des chanoines devinrent une source de discordes entre l'évêque de Paris et le chapitre de Sjint-Germain-l'Auxefrois : leurs querelles à ce sujet furent scandaleuses paf leur vil motif et par leur longue durée. Ellfs n'étaient pas encore terminées à la fin du dixrseptième siècle.
L'église de Saint-Honoré fut, en 1579>^ agrandie et réparée : l'édifice n'était ni beau ni vaste. On \oyait sur le grand autel un des meilleurs tableaux qui avait pour sujet une Présentation au temple.
Dans une chapelle, à droite, était placé le tombeau du fameux cardinal Dubois, tombeau exécuté sur les dessins de Coustou le jeune.
Ce monument, fait pour être placé à
(1) La place ou le marclié aux Pourciaux fut, après la construction de l'enceinte de Charles V, transférée au dehors de cett» enceinte, sur un emplacement que tra\er«Q
aujourd'hui la rue Suinte-Anne.
gauche de l'égU-:e , tfe put l'êire ri'' droite, de sorte que la figure du cardinal représenté î genoux sur son tombeau, au lieu de regarder l'autel , lui tournait le dos.
Lasituation inconvenante de ce tombeau fut cons; ^érée '^omme le symbole' de la coudui'^' peii religieuse du défunt.
M. toiture" recteur de l'Université, fut chai g j de faire l'épitaphe de ce cardinal. Il ne" pouvait décemment dire la vérité sur les faits et gestes du détunt ; il ne pouvait lui donner des éloges sans encourir le blâme public; il se tira avec adresse de celte difficulté. !l avait a parler d'un homme dont la conduite honteuse était couverte par le voile des fonctions éminentes qu'il avait retnplies, des titres et des dignités séculières et ecclésiastiques dont irfut gratifié : il s'attacha uniquement à dénombrer ces titres pompeux, et à démontrer toute leur vanité; il déchira l'enveloppe éclatante, et laissa à nu les vic^s dont il ne parla point. « Quel est « donc le mérite de ces titres? (s'écrie-t-il, « après les avoir énumerés ) Ils brillent « comme les couleurs fugitives de l'arc- « en-ciel ; ils ressemblent à la fumée qui « se dissipe et ne laisse rien après elle. » L'auteur finit par exhorter les passants à rechercher une gloire plus solide et plus durable, e^ nous apprend que le cardinal Dubois mourut en 1723.
Cette église a été démolie en 1792, et, sur son emplacement, ainsi que sur celui ■des maisons qui en dépendaient, onaétabli de.s passages couverts bordés de boutiques, et la rue Montesquieu.
Sai.nt-Nicolas-des-Ch.\5Ips, église paroissiale située rue Saint-Martin, et à côté de l'abbnye de ce nom. Elle dut, comme beaucouî "d'autres, son origine à une simple chapelle que Taccroissement de la population fit convertir m église paroissiale. Ce changement s'opéra un peu avant 1220, puisqu'en cette année le prieur de Saint- Martin accorda un cimetière à la nouvelle paroisse. Au seizième siècV, devenue trop étroite pour le nombre des habitants qui s'y rendaient, cette église fut considérablement agrandie.
Cet édifice est d'une longueur disproportionnée à sa 1 îrgeur. La nef, qui appartient à l'église primitive, a deux rangs de bas-cotes et des colonnes sarrasines dénuées de chapiteaux : de sorte que les nervures qui se déploient, en suivant les arê-
SO0S PKI LIPPE- AUGrSTE
tes de= vouées, prennent leur naissance au fût de la colonne, et n'ont aucune pièce intermédiaire pour séparer ce fut de la naissance de la voûte.
La construction de la croisée et du chœur est d'un temps beaucoup plus moderne que celle de la nef.
Le chœur était orné de plusieurs tableaux dj prix. Le grandi autel, décoré de colonnes corinthiennes et de quatre anges en stuc, exécutés par Sarrasin, l'est aussi par un tableau de Vouet, représentant ÎAs-somption de la Vierge. La chapL>lle de la commun.on doit sa décoration à l'archite:teB ulan.
Gui laume Budé, un des plus savants hommes de son siècle ; Pierre Gassendi, physicien célèbre; Henri et Adrien de Valois, frères, qui ont rendu de grands services à la science de l'histoire; Théophile Viaud, poète français, qui fut condamné à être brûlé vif, mais qui ne le fut qu'en effigie, pour avoir composé un ouvrage intitulé !e Parnisse français: Laurent Maguière, sculpteur, etc., ont leur sépulture dans celte église.
Saint-Nicolas-des-Champs est aujourd'hui l'église paroissiale du sixième arrondisse:i:('nt.
Saint-Gervais, église paroissiale, située rue du Monceau-Saini-Gervais. J'ai déjà parlé de l'oratoire qui existait sous ce nom en l'an 376. Cet oratoire, situé au milieu d'un vaste et ancien cimetière, mentionné au commencement de cette hi.-ioire, était sans doute productif pnr ses revenus et par les offrandes que les fidèles y portaient, puisque, vers le commencement de la troisième race, les comtes de M^ulan s'en emparèrent, i.t en jouirent penJant longtemps ; ils le donnèrent depuis au monastère de Saint-Nicaise de Meulan. On ignore à quelle époque il fut érigé en paroisse. En 1212. pour la première fois, Saint-Gervais ligure en cette qualité dans un acte contenant les redevances que le curé de cette église payait à l'église de Notre- Dame, je reviendrai dans la suite sur cet établissement.
Saint-Pierre ou Saint-Père, église paroissiale, située rue des Saints-Pères. C'est ainsi qu'était nommée une chapelle dont on ignore l'origine, et qui existait, sous le règne de Philippe-Auguste, avec la qualité de paroisse du bourg Saint-Germain. On construisit dans la suite, près de cette église, une raaladrerie, ou hôpital, qui a
depuis reçu le nom de la Charité. Nous en parlerons dans la suite.
Saint-Jean-en-Grève, église paroissiale, située derrière l'Hôtel-de-Ville, C'était, comme la plupart des églises de Paris, une chapelle que l'accroissement de la population fit ériger en paroisse. Vers l'an 1212, elle obtint ce titre, qui lui fut vivement disputé par le curé de Saint-Gervais, dont l'église était voisine. Je passe sous silence les longs et ennuyeux débats occasionnés par l'institution de cette nouvelle paroisse. Cette église fut rebâtie en 4326 ; j'en parlerai à cette époque. Il suffira de dire, quant à présent, que la salle Saint-Jean de l'Hôtel-de-Ville en faisait partie.
Couvent des Mathurins, situé rue de ce nom. Il existait depuis deux ou trois ans seulement, en 1209, avec le nom des Mathurins, parce qu'il remplaçait un hôpital dédié au saint de ce nom, saint qui autrefois était fameux par la guérison des personnes atteintes de folie. Les Mathurins étaient qualifiés de religieux de la Très- Sainte-Trinité, de la rédemption des captifs. Jean de Matha, docteur à Paris, et Félix de Valois, furent les auteurs de cette institution, dont le but, très louable, consistait à racheter des musulmans les esclaves chrétiens, et des chrétiens les esclaves musulmans qu'ils donnaient en échange.
Ces religieux vivaient d'une manière simple et austère. Ils ne se servaient que d'ânes pour monture, c'est pourquoi le peuple les nommait les Frères aux ânes.
Rutebeuf, dans sa pièce de vers intitulée les Ordres de Paris, donne à ces religieux des éloges qu'il est loin d'accorder aux autres monastères de cette ville. L'épitaphe suivante, que j'ai vue gravée sur une table de bronze fixée dans le mur du cloître de cette maison, tend à prouver que ces religieux se faisaient honneur des travaux les plus serviles :
Ci gist léal Malhurin, Sans reprouclie bon serviteur, Qui céans garda pain et vin, El fusi des portes gduvenieur.
Paniers ou licites, par honrieur, Au marchié volentier poiluit.
Fort diligent et bon sonneur ; Diea pardon à 1 àme lui soit.
Les marbres précieux abondaient dans cette église. Quatre colonnes composites de grande proportion, en brocatelle jaune antique, décoraient le grand autel. Le tabernacle était orné de dix colonnes de
marbre de Sicile; deux chapelles latérales l'étaient de colonnes de brèche antique, et six belles colonnes soutenaient la grille qui séparait le chœur de la nef.
Ce couvent et son église étaient le,'^ lieux où l'Université de Paris tenait ses assemblées et célébrait ses solennités religieuses.
Dans le cloître, on voyait- la tombe et les figures, gravées au trait sur la pierre, de deux écoliers, l'un nommé Léger Dumoussel, et l'autre Olivier Bourgeois, qui, ayant volé et assassiné des marchands sur un chemin, furent poursuivis, arrêtés et pendus par le prévôt de Paris. L'Université se récria de toutes ses forces contre cet acte de justice, fit valoir ses droits, ses privilèges, menaça de fermer les écoles de Paris, et parvint à faire condamner le prévôt de cette ville aux humiliations suivantes. Il fut contraint de détacher lui-même du gibet les deux écoliers pendus, de leui' donner à chacun un baiser sur la bouche, de les faire conduire sur un char couvert d'un drap mortuaire, escorté de ses sergents et archers, et suivi d'une procession de curés et de religieux, au parvis de Notre-Dame, pour les présenter à l'évêque, et de là dans l'église des Mathurins, où le cortège remit ces corps au recteur de l'Université, qui, le 15 mai 1408, les fit inhumer honorablement. Ainsi, par respect pour les privilèges de l'Université, le cours de la justice était interrompu et les* crimes restaient impunis.
Un prêtre de cette maison prêcha, en 1409, devant le roi Charles VI, et lui exposa le tableau des cruautés qui se commettaient sous son règne, lui disant qu'il était mal conseillé, et que des traîtres troublaient ce royaume. Le cardinal de Bar, qui assistait a ce sermon, croyant se reconnaître à ce portrait, au mot de traître, s'emporta vivement contre le prédicateur, lui donna, en pleine église, un démenti, et le traita de vilain chien.
Ce couvent, bâti sur une partie de l'emplacement du palais des Thermes, est devenu, dès l'an 1790, une propriété particulière. L'église est démolie.
CouvENTDES Jacobins, Dominicains ou Frères Mineurs, situé rue Saint-Jacques.
Cet ordre religieux eut, comme beaucoup d'autres, une origine merveilleuse. Saint Dominique, son fondateur, en priant Dieu dans l'église de Saint-Jean-de-Latran, fut gratifié d'une vision qui lui apprit sa mis-
sors PHILIPPE- AUGUSTE
sion apostolique. Le pape Innocent III, dit-on. fit un rêve qui le détermina à confirmer la mission de Dominique. Ainsi une vision et un rêve furent les causes de cette institution.
Saint Dominique, tout dégouttant du sang des Albigeois, qu'il prétendait avoir convertis par de? massacres, vint à Paris I en l'an 1219. Il vit avec plaisir que les ! sept moines de son ordre qu'il avait envoyés dans cette ville pour y fonder un couvent s'étaient fait beaucoup de prosélytes, et que ce nouveau monastère comptait déjà trente religieux. Ils s'étaient d'abord établis dans une maison destinée aux pèlerins, près de laquelle était une chapelle de Saint-Jacques. Les nouveaux desservants de cette chapelle acquirent une i telle réputation que son nom fut donné à la rue où elle était située, et que les religieux dominicains reçurent celui de Jacopins, puis de Jacobins, qui en dérive. Je continuerai, dans la période suivante, l'historique de ce couvent.
Abbate Saint -Antoine -des -Champs, aujourd'hui hôpital Saint-Antoine, situé rue du Faubourg de ce nom. Elle fut fondée en 1198. par Foulques de Neuilly, le plus célèbre prédicateur de son temps, qui, ^^n outre, faisait beaucoup de miracles. I! guéris.sait toutes sortes de maladies par l'imposition des mains et le signe de la <Toix, Il donnait la lumière aux aveugles. ) l'ouïe aux sourds, la parole aux muets, . dit l'auteur ^qs Grandes Chroniques de .' France^ qui ajoute que plusieurs n'y f '^royaient guère : aucun ne les croyent pas \ légièrement. Sar>s doute qu'alors il ne resta plus de malades à Paris. Il s'associa Pierre de Rous-y. autre prédicateur, qui, par ses sermons, convertit plusieurs usuriers et femmes publiques de Paris. « Et aussi, « ajoute-t-il, les folles femmes qui se met- * taient aux bordeaux et aux carrefours j « des voyes ( des rues), et s'abandon- « naient, pour petit prix, a tous, sans « avoir honte ni vergogne (1). »
Ces femmes prostituées, après avoir entendu Foulques de Neuilly, se coupèrent les cheveux et renoncèrent à leur infâme métier. Les unes firent des pèlerinages, nu-pieds et en chemise, les autres furent recueillies par le prédicateur, et devinrent les premières religieuses de ce monastère
(1) Grande Chronique de France, t. II, f. 25, verso.
qui. dans la suite, reçutaes accroissements considérables, et fut honoré du titre dabbaye royale,
L'abbaye de Saint-Antoine était environnée de' fortes murailles, et formait une espèce de bourg. Ce fut vers une partie des fossés de cette abbave que Louis XI conclut, en 1465, une trêve avec les princes armés contre lui, pendant la guerre dite du bien public. Cette trêve fut violée par ces princes rebelles: et, dans la suite, ce roi fit élever en ce lieu une croix dont, en 1.562. on déterra une pierre où se trouvait l'inscription suivante :
L'an M. CCCC. LA'/' fut ici tenu le landit des trahisons, et fut par une tresve qui furent données : maudit soitil qui en fut cause.
Ce monument ne fut dressé qu'en 1479, comme le prouve le compte du domaine de cette année, fol. 378. On y lit : « A Jean « Chevrin. maçon, pour avoir assis, par « ordonnance du roi. une croix et épita- « phe près la grange du roi. au lieu que « l'on appelle le Fossé des trahisons, der- « tiere Saint-Antoiue-des-Champs. »
Cette abbaye donna son nom à la rue qui y conduisa'it. et au faubourg où elle est située.
Les bâtiments de ce monastère et le sanctuaire de son église furent , vers l'an 1770. reconstruits sur les dessins de l'architecte Lenoir, surnommé le Romain.
Us sont vastes et commodes.
L'église était richement décorée. On y voyait plusieurs tombeaux de personnes distinguées par leur rang élevé, de princes, princesses, et notamment ceux de Jeanne et de Bonne de France, filles du roi Charles V.
Cette abbaye fut supprimée en 1790, et ses bâtiments' reçurent depuis une destination plus utile. Un décret de la convention nationale, du 17 janvier 1795. les convertit en un hôpital, assimilé à celui de l'Hôtel-Dieu. Il sera parlé de son état présent à l'article des Hôpitaux civils.
HÔPITAL DE LA Trinité. sltué au coin des rues Saint-Denis et Grenétat. Pendant que Foulques de Neuilly et Pierre de Roussy prêchaient , convertissaient des femmes publiques, et les réunissaient en communautés religieuses ; que Philippe- Auguste recevait, en 1198, des somme.considérables des juifs pour les rétablir. après les avoir chassés et s'être emparé de
leurs richesses en 4181 : pendant que ce roï, excommunié 'par le pape pour avoir chaugé d'épouse, chassait les évèques de leurs sièges, les abbés de leurs monastères, les curés de leurs paroisses, confisquait leurs revenus, mettait en faite Irsôque et les curés de Pans, qui avaient adhéré à la sentence du pape ; pendant que les écoliers de cette ville se- battaient contre ses habitants, que le prévôt Thomas maltraitait ces écoliers, et que le roi, à sou tour, maltraitait le prévôt; pendant que l'évèque de Paris se disputait scandaleusement avec l'abbé de Sainte-Geneviève, deux particuliers paisibles, obscurs, Jean Palée et Guillaume Estuacol, s'occupaient du malheur des pauvres, dont la multitude croissante accusait les vices du gouvernement. Ils essayaient de réparer quelques-uns de leurs funestes effets, en fondant un hôpital pour les pauvres malades.
Cet établissement fut d'abord nommé l'hôpital de la Groix-de-la-Keine, et dans la suite il 'reçut le nom de la Trinité. Il éprouva, de la part des seigneurs ecclésiastiques, degrandesdifficult', s : leursdroits et leurs privilèges étaient des obstacles continuels aux institutions les plus utiles.
Il fut établi, pour le service de cet hôpital, une communauté de frères, qui, peu fortunés eux-mêmes, portaient des secours aux pauvres, et donnaient l'hospitalité aux pèlerins. Il leur était défendu, par leurs statuts , de montrer à cheval ; ils ne voyageaient que sur des ânes : c'est pourquoi Us furent nommés frères àniers, ou frères de la Trinilé-aux-Anes, comme on le voit dans la pièce des Moustiers de Paris.
Et la Trinité aux Asniers,
Li saint du Mousiier aux Templiers.
Il fallait des prêtres pour desservir la chapelle : on y plaça des religieux Prémontrés d'Hermières, Cette iutroducticn fut très fatale à cet établissement. Les religieux ne tardèrent pas à s'emparer des propriétés de la maison : dès lors elle cessa d'être utile aux pauvres. L'hospitalité q'v fut plus exercée : ces moines se firent a eux-mêmes le bien qu'ils devaient faire aux autres
Rutebeuf, qui écrivait au treizième siècle, reproche à ces religieux d'être devenus riches, et d'avoir renoncé aux ânes et pris des chevaux pour montures.
Cil delaTriiilé.
Ont giande !ratPi'nité, Hien'sesont. ^inuitê; I>";!sn-< oni f'it rohcin ; riipr larl cl !)fî5t>iii.
Ont le siècle Ituni.
Vers la fin du quatorzième siècle, ces religieux louèrent la plus grande salle de cet hôpital à des comédiens nommés les confrères de la Passion, dont je parlerai dans la suite.
Ces comédiens y tinrent leur spectacle jusqu'à l'an loio, époque où le parlement destina les bâtiments de cet hôpital a l'éducation des orphelins des deux sexes, au nombre de cent garçons et de trente-six filles. Les artistes, qui s'y établissaient pour instruire ces orphelins, gagnaient leur maîtrise. Ces enfants assislaieut aux enterrements ; on les connaissait sous le nom d'enfants bleus, à cause de la couleur de leurs habits.
Les bâtiments de cet hôpital furent entièrement démolis dans les premières annéffs de la révolution : on a construit, sur leur emplacement, des maisonnettes disposées en rues régulières.
L'église, qu'on avait fait reconstruire en 1598, et dont le portail futélevéen 1671, sur les dessins d'Orbay, a été démolie
HÔPITAL DE Sainte -Catherine, situe rue Saint-Denis, au coin méridional de la rue des Lombards; fondé vers lan 1184.
Il porta d'abord le nom d'Hôpital des pauvres de Sainte-Opportune, et fut administré par des frères hospitaliiTS. Une bulle du pape Honoré III, du 17 janvier 1222. met cet hôpital sous la protection du saintsiége. et le nomme l'hôpital de la Maison- Dieu-Sainte-Catherine. Aux frères hospitaliers se joignirent des sœurs; et cette réunion, qui existait au quatorzième siècle, ne se soutint pas au seizième. On d sait quels désordres résultèrent de c . amalgame; mais, en 1521, François Ponoher, évêq^ue de Paris, renvoya les frères et conserva les sœurs.
Ces religieuses de l'ordre de SaintTAugustin avai'.nt, dans l'origine, pour principale obligation , celle de loger les pèlerins, de loger et de nourrir, pendant trois jours, les femmes ou filles qui cherchaient à entrer en condition, ou qui, venant à Paris pour d'autres affaires, n'avaient pas le moyen de se procurer un asile.
Les bâtiments de cet hôpital furent démolis pendant la révolution, et des mai-
sons particulières se sont élevées sur son empiacement.
A la suite de la notice des églises et des maisons religieuses, ilj convient de placer celle des établissement^ non moins utiles. des- collèges et des écoles qui. pendant dette période, commençaient à pre\aloir à Paris: j'y joindrai la notice des in titat ions civiles.
Collège de Constantin ople ou Colr.E Grec, situé cul-de-sac d'Amboise, - la place Maubert. On a dit sans preuve (\\i\i fut fondé en 1206. à l'occasion du projet de réunion des églises grecfjue et latine. Quoi qu'il en soit, ce collège existait au quatorzième siècle; et. en 1362, mal administre, il tombait en décadence, puisqu'il n'y restait plus qu'un seul boursier. Alors Jean de la Marche le prit a loyer. H en forma un nouveau collège qui , dans la suite, reçut le nom de Petite-Marche, et fut, en 1 420. réuni au collège de ce nom. Collège des Bons-Enfants, situé dans la rue qui porte ce nom, près du Pajais- Royal. C'est le second ou le troisième collège établi à Paris, et c'est le premier qu'on y ait fondé pour des nationaux : il fut en 1208, par quelques personnes 1 avaient contribué à l'établissement de -lise Saint-Hpnoré. Ce collège reçut d'a- ;d le nom d'hôpital des pauvres Eco- • rs; il« méritaient cette dénomination : car ces jeunes et malheureux élèves étaient obligés chaque jour, pour \ivre. de demander l'aumône dans la ville, comme le faisaient plusieurs communautés religieuses.
Dans la pièce intitulée les Crieries de Paris, on voit que chaque jour ils quO-taient du pain dans les rues de celte ville (1).
f» bons enfants orroz cripr, bu paio, nés vcuil p-j» i^ublicr.
Les libéralités de quelques personnes bienfaisantes, notamment celles du célèbre lacques Cœur, procurèrent à ce collège un venu suffissent: et les écoliers ne furent lUS réduits à implorer la chaEÏté des habitants de Paris.
(1) On a vu à l'article de Saint-Nicolaalti-Loi:vre que cet établissement était, dans on origine, qualifié d'hôpital des pauvTes vlercs ; nous voyons ici que le ' ;llége des 3ons-Enfants était nommé 1') '"pital des )auvres Ecoliers, ce qui me fait conjecturer ue Saint-Nicolas-du-Louvre était originaiement un collège, et que les collèges h lette époque recevaient \e titre d hôpitaux.
SOUS PHILIPPE- AUOrÇTE 22*^
Dès que ce collège eut obtenu de l'aisance, il devint la proie du chapitre de Saint-Honore . auquel ses biens furent, en I60o-, totalement réunis. Absorbée par ce chapitre, il ne resta de cette institution que le nom, encore porté par la rue où elle était située.
Collège des Bons-E.nfants , situé rue Saint-Victor, nos 66 et 68. 11 paraît qu'on donnait alors le nom de bons enfants aux jeunes gens qui se livraient à l'étude. C'est ainsi que par opposition on nommait mauvais garçons ceux qui vivaient dans la débauche et le brigandage. Il existe à Paris deux rues qui portent le nom de Mauvais- Garçons.
On ignore le nom des fondateurs et l'époque précise de l'établissement de ce collège. Il devait exister vers le lègne de Philqipe-Auguste, et avant l'an 1257, puisqu'en cette année le pape Innocent IV y autorisa la fondation d'une chapelle. Les bâtiments furent dans la suite occupés [)ar un séminaire d'ecclésiastiques, sous la direction des prêtres de la maison de Saint-Lazare , et nommé séminaire de Saint-Firmin.
Dans les premiers jours de septembre 1792, de prétendus patriotes, envoyés par le pouvoir municipal, autorite suprême à Paris, firent arrêter, enfermer dans cette maison plusieurs ecclésiastiques, et les firent massacrer. Les détails de cette horrible scène, je les passerai sous silence; ils révolteraient l'écrivain et ses lecteurs (1).
. En '.Slo, on a placé dans cette maison l'institution des Jeunes- Aveugles.
Ecoles de Paris. Philippe-Auguste sentit que les revenus de son fisc croissaient avec la population de Paris, et que cette population prospérait par la grande affluence d écoliers qui venaient étudier dans celte ville.
Il voulut, pour les y maintenir, l^r assurer beaucoup d'indépendance ; il If-ur accorda des privilèges : on ne savait pas alors protéger autrement.
Un événement porta ce roi à manifester
(1) Ces massacres rappellent ceux qu'au mois de juin 1418 les Parisiens du parti du duc de Bourgogne exercèrent à Paris dans ditFcrents quartiers de cette ville, et notamment dans les prisone. (^Journal de Paris, bOus Charles VI et Charles VU, l^e partie, p. 40.)
ses dispositions bienveillantes envers ces écoliers : cinq d'entre eux furent tués dans une rixe dont je parlerai dans la suite ; il voulut prévenir de pareils malheurs.
Par une ordonnance de l'an 1200, ce prince veut que les habitants de Paris, qui seront témoins d'une insulte faite à un écolier, viennent en rendre témoignac;e en justice ; que ces habitants, lorsqu'ils verront un écolier frappé avec des armes, des bâtons ou des pierres, soient tenus de venir à son secours, d'arrêter l'agresseur et de le livrer à la justice.
Si l'agresseur n'est pas pris en flagrant délit, on informera contre lui; et si, par l'enquête, il est trouvé coupable, quand même il nierait le fait, et offrirait de se purger par le duel ou par le jugement de l'eau, les officiers du roi en feront aussitôt justice.
Il est défendu au prévôt du roi, et à son officier, de mettre la main sur un écolier et, de le conduire en prison. Si, par la gravité de son délit, il mérite d'être arrêté, il ne pourra l'être que par la justice du roi. Elle l'arrêtera sur le lieu, sans le frapper, à moins qu'il ne fasse résistance ; et elle le remettra à la justice ecclésiastique.
En aucun cas, on ne peut arrêter un écolier hors du flagrant délit.
Les serviteurs des écoliers jouiront des mêmes avantages (i).
Ce privilège, et quelques autres de la même nature, ouvrirent un vaste cljamp aux désordres. Les écoliers, sans crainte du prévôt et forts de la protection du roi, se livrèrent à tous les excès qu'inspire la fougue du jeune âge, enhardie par l'assurance de l'impunité.
Les insultes, les attaques, les combats de ces aspirants à la prêtrise se multiplièrent ; ils se trouvent très défavorablement mentionnés dans l'histoire de ce temps, et restent presque toujours impunis. On a vu qu'un prévôt du roi, pour avoir fait pendre deux écoliers coupables de vol et d'assassinat sur un chemin, fut contraint de faire une réparation solennelle, aussi humiliante pour lui qu'outrageante pour la justice (2).
Ï4e.s écoles ont leurs vicissitudes. Celles
(1) Ordonnances du Louvre, t. I, p. 23,
[2) f'oye^, ci- dessus, Couvent des Mathurins.
de Paris s'étaient, du temps d'Abailard, rendues célèbres par une émulation admirable. Cette émulation, dit-on, ne se soutint pas. Le zèle pour l'étude se refroidit sous le règne de Philippe-Auguste ; plusieurs écrivains de ce temps s'en plaignent. Les cornificiens (c'est ainsi qu'on nommait alors les partisans de la barbarie) appelaient les hommes studieux bœufs d'Abraham, ânes deEaiaam; mais ces injures étaient-elies suffisantes pour arrêter la noble impulsion donnée à l'enseignement? Plusieurs autres causes durent concourir à ce refroidissement ; peut-être fut-il l'effet naturel de la marche de l'esprit hum.ain qui, après de grands efforts, se ralentit ; toujours est-il certain qu'alors le zèl3 pour l'étude parut s'éteindre.
« Ils sont plus adonnés à la gloutonne- « rie, disait, en parlant des écoliers, un « écrivain de cette époque, qu'ils ne le sont « à l'étude; ils préfèrent quêter de l'ar- « gent plutôt que de chercher l'instruction « dans les livres ; ils aiment mieux con- « templer les beautés des jeunes filles que
« les beautés deCicéron toute science
« est avilie; l'instruction languit, on n'ou- « vre plus les livres (1). »
Il se trouvait cependant à Paris des écoliers studieux ; mais il ne paraît pas qu'ils fussent en grand nonîbre. Philippe Harveng, abbé de Bonne-Espérance, dans; une de ses lettres, donne des témoignages d'estime aux étudiants de cette vilie, qui, dit-il, aiment mieux être dans les écoles que dans les foires, lire des livres que de vider les verres, et qui préfèrent la science à l'argent (2).
La culture des lettres, pour être négligée, ne fut pas abandonnée : les connaissances acquises ne sont jamais entièrement perdues pour l'humanité. Pans conserva le feu sacré, et ses écoles prédominèrent celles des autres villes du royaume. « Des savants les plus illustres « y professaient toutes les sciences ; on y , « accourait de toutes les parties de l'Eu- <r rope; on y voyait renaître le goût atti- « que, le talent des Grecs et les études de « 1 Inde (3). >
Tels sont les éloges que quelques con-
(1) Alanus, de Arte prœdicationis , cap, 36.
(2) Dissertation sur l'état des sciences e)i France, par l'abbé Lebeuf, t. II, p. 20, 21.
(3) Dissertation sur l'état des scit7ices en France, par l'abbé Lebeuf, t. II, p. 20, 21 .
Poris. — IniD. Lacour, rue Soiimof , 18.