‹ Histoire de ParisChapitre 52 sur 261 · PARIS DEPUIS LOUIS VIII JUSQU A PHILIPPE IV DIT LE BEL · texte numérisé non relu

PARIS DEPUIS LOUIS VIII JUSQU A PHILIPPE IV DIT LE BEL

1er. Paris sous Louis IX, dit saint Louis.

Le 8 novembre 1226, Louis IX, à l'âge de douze ans, succéda à son père Louis VIII. , Blanche de Castille, sa mère, fut régenté , pendant sa minorité. Cette femme était . belle, impérieuse et douée d'un caractère | très énergique qui dégénérait quelquefois j en tyrannie ou en méchanceté. Elle ne \ pouvait souffrir que le roi, son fils, vît, j pendant le jour, sa femme Marguerite de : Provence. Cette contrariété détermina ces jeunes époux à user de plusieurs stratagèmes pour se réunir à l'insu de la reinemère (1).

Louis IX fut le premier roi de la troisième race qui montra dans sa conduite des mœurs régulières et des principes de justice et de probité. Il sentit les vices du gouvernement féodal, et voulut en abolir les plus odieuses coutumes, telles que les combats judiciaires et autres; mais, s'il n'eut pas assez de force pour faire ce bien, il

(1) Le jeune roi, confiné dans une dumbre située au-dessus de celle qu'occupait son épousa', profitait de l'absence de sa mère pour franchir la porte et appeler Marguerite, qui sortait aussitôt de la sienne ; les deux époux, sans se \oir, se parlaient par un escalier à vis. Quelquefois l'un se hasardait d'aller dans la chambre de l'autre ; alors les huissiers, placés aux portes des deux chambres, sentinelles gagnées, à l'arrivée de la reinemère, frappaient la porte avec leurs verges: à ce signal convenu, l'époux qui s'était déplacé se retirait promptement dans sa chambre.

Un jour Maguerite était malade ; Louis alla la visiter : la reine-n.ère le mit hors de sa chauibre. Vous ne fêtes riens ici, lui ditelle ; alors Marguerite s'écria : Vous ne me laisserez donc voir mon seigneur ni morte ni vive ! [Histoiie de saint Louis, édition de 1761 p. 126, 127.)

eut le courage de le proposer. Ses lois, connues sous le litre d'établissement, malgré les déplorables concessions qu'elles font aux usages désordonnés du siècle, tendent constamment vers un meilleur état de choses. Son courage égalait sa moralité. Ilaurait mérité d'être proclamé le meilVeur des rois, si la barbarie des institutions et celle des mœurs et des habitudes de son temps n'eussent rétréci ses coiTceptions, cooirarié ses projets louables, et s'il eut eu d'autres instituteurs que des moines. Ils en firent un superstitieux, un fanatique; ils en tirent presque un moine, et parvinrent à lui inspirer la plus aveugle confiance.

Dirigé par de tels maîtres, il disait : « On ne doit point discuter sur la loi « chrétienne avec ceux qui n'y croient pas; « cela n'est permis qu'aux ecclésiastiques « instruits : mais un laïque, lorsqu'il en- « tend médire de cette loi, ne doit répon- « dre qu'en enfonçant son épée dans le « ventre de son adversaire, tant qu'elle « peut y entrer (1). »

Ce trait, et quelques autres que je pourrais citer, prouvent que saint Louis, élève des moines, suivait leurs principes plutôt que ceux de l'Evangile, qui leur sont opposés.

Tous les vendredis, et tous les jours de fête, il se confessait, et se fai.sait ensuite donner le fouet par son confesseur, qui souvent traitait sans ménagement ses épaules royales (2J.

(1) Histoire de saint Louis, par Joinville, édit. de 1761, p. 12.

(2) Il avait eu des confesseurs qui le traitaient rudement, et lui déchiraient la peau; il ne s'en plaignit pas : mais, voyant que frère Geoffroi de Beaulieia agissait avec plus de ménagement, il lui en fit l'observation en badinant. [Annales de saint Louis, par Guillaume de Nang's. — Histoire de saint Louis, édition de 1761, p. 239, 369, 441.)

Ce roi portait toujours, dans son aumônière

sous LOUIS IX

Tous les jours, il veillait, priait, jeûnait, se macérait ets'abstenait comme le faisaient les moines. Il poussa si loin le zèle pour la vie monastique, que, tout roi quil était, il forma le projet de se faire jacobin. On lit, dans la vie de ce prince par le confessoar de la reine Marguerite, que Louis IX, plusieurs années ava'nt sa mort, « inspiré <i par son zèle religieux, prit la ferme ré- « solution, dès que son fils aurait atteint •' l'ùge de majorité, et si sa femme ne s'y « opposait point, d'entrer dans un cou- •< vent de moines. Il fit part de son projet « à la reine, en lui recommandant de le « tenir secret ; mais cette princesse lui « déclara qu'elle n'y consentirait jamais, « lui remontra qu'en renonçant à la cou- . ronne pour se faire moine, il se p rite vait de la faculté d'être utile, de main- •< tenir son royaume en paix, et de le « faire prospérer (1). »

Une iemme, nommé Sarrète, l'apostropha dans son palais, en lui disant qu'il était indigne d'être roi. < Tu es tant seulement roi des frères mineurs, frères pr cheurs, ce> prêtres et des clercs; grand dommage est que tu es roi de France, etc. »

pendue à sa ceinture, sa discipline, à c'nq chaînes de fer, afin de pouvoir s'en 3er\ir au besoin. Cette discipline, renfermée dans une boîte d'ivoire, a été longtemps conservée dans l'abbaye du Lis.

Montfaucon, dans ses Monuments de la 3ionarchie française, a donné la gravure d'une peinture d'un des vitraux de l'abbaye de Saint-Denis : saint Louis y était représenté nu, de la tête jusqu'à la ceinture, devant un moine qui le fustitreait. C'était alors l'usage général : les confesseurs frappaient, dans l'église même, le dos de leurs pénitents et de leurs pénitentes. Voyez le Glossaire deDucange, aux mots Pœnitentiœ, Flagellatio, etc. (1) Suivant d'autres monuments historiques, la reine ne garda point le secret sur le projet de son royal époux ; elle appela ses enfants, et, en présence du duc d'Anjou, frère du roi, leur dit : « Aimez- vous mieux être fils d'un prêtre que d'être fils d'an roi? Apprenez, ajonta-t-elle, que les jacobins ont tellement fasciné l'esprit de voire père qu'il veut abdiquer la couronne pour se faire presch^ur et prestre. " A ces mots, le duc d'Anjou s'emporta contre le roi et contre ces religieux ; et le fils aîné du monarque jura, par saint Denis, que, lorsqu'il serait roi, il ferait chasser tous les moines mendiants.

Saint Louis empêcha ses sergents de battre et; de chasser cette femme audac euse, et répondit avechumililé : « Vous dites vrai, je suis indigne d'être roi. »

Il fut souvent dupe de sa crédulité.

L'empereur grec lui vendit extrêmemenS cher de prétendues reliques, dont rjuelques-unes existaient déjà en France. La couronne dépines, si vénérée, se trouvait déjà dans l'abbaye de Saint-Deni=, et une grande partie de cette même couronne dans l'abbaye de Saint -Germain -des- Prés, comme je l'ai déjà fait observer.

Ce roi ne fut heureux dans presque a urune de ses entreprises; ses lois furent sans force contre les habitudes féodales ; celles qu'il fit pour la réforme des mœurs n'eurent qu'une exécution transitoire : il voulut faire des hommes pieux, il fit des hypocrites. Ses deux expéditions de croisades, toutes deux malheureuses, toutes deux funestes à son pays et à lui-même, si elles offrent des témoignages éclatants de sa persistance et de son courage, donnent aussi le droit de lui reprocher d'être venu, deux fois de suite, échouer sur le même écueil.

Ses ordonnances contre les juifs, contre les blasphémateurs, sont celles d'un tyran, d'un fanatique.

Il fonda un très grand nombre de monastères ; son règne fut l'âge d'or des communautés religieuses ; mais la plupart de ces pieuses fondations contribuèrent plus au scandale qu'à l'édilication publique.

Paris eut une bonne part à ce genre de libéralité. On doit aussi à ce roi quelques institutions utiles. Aucun de ses prédécesseurs n'avait donné autant d'exemples de sollicitude pour les pauvres. Il fonda divers hôpitaux, et augmenta les biens de plusieurs autres. Voici la notice des établissements faits dans cette ville pendant le cours de son règne.

Sainte - Catherine -dd-Val-des-Eco - LiERS, maison religieuse située rue Saint- Antoine sur l'emplacement du marché actuel de Sainte-Catherine. Cette institution a deux causes coïncidentes. La première se trouve exposée dans les inscriptions suivantes, qui se lisaient '=:ur l'ancien portai! de l'église de cette maison :

« A la prière des sergents d'armes, monsieur saint Loys fonda ceste église, et y mist la première pierre. Ce fust po'ir la joie de la vittoire qui fust au pont de Bovines, l'an 1214.

« Les sergents d'armes pour le temps gardaient ledit pont, et vouèrent que, si Dieu leur donnait vittoire, ils fonderaient une église en l'honneur de madame sainte Kalherine; ainsi fusl-il. »

Outre ces inscriptions, on voyait, sur le même porlail, un bas-relief représentant d'un côté Louis IX entre deux sergents d'armes, et de l'autre, un chanoine régulier revêtu de sa chape, entre deux hommes armés de la tête aux pieds.

La seconde cause résulte de la résolution formée, dans le même temps, par les chanoines du Val-des-Ecoliers, nu diocè::e de Langres, d'établir une maison à Paris, pour que les jeunes gens de leur ordre pussent suiyrelesleçonsdel Université. Ils s'étaient déjà fait donner en 1228, par un bourgeois de Paris, un terrain de trois arpents, situé près de la place Baudet. Pierre deBrenne leur concéda aussi un champ contigu.

Alors les sergenls d'armes, pensant à accomplir leur vœu, s'accordèrent avec les chanoines du Val-des-Ecoliers, et ils bâtirent, sur le terrain de ces chanoines, l'église de Sainte-Calherine. L'évêque de Paris, après quelques difficulté*, consentit, en 1229, à cet arrangement, et l'église fut bâtie vers cette même année. Elle servit aux sergents d'armes et aux chanoines réculiers.

Quoique la maison de la Culture-Sainte- Gatherine, comme on la nommait, fût riche par elle-même et par les bienfaits de saint Louis, ceux qui l'habitaient n'étaient pas fiers, et ne craignaietit pas d'aller chaque jour demander l'aumône dans les rues de Pans.

Rutebœuf leur en fait le reproche dans sa pièce des Ordres de Paris :

Li van des escaliers m'enclisnie, P«'i «|ui«TPnt pain ei si onl rauie.

ti vont è clie^ai ei à pied.

Il se plaint aussi de leur ingratitude envers 1 Université, qui les avait admis dans Bon sein, et qui n'en éprouva nue de mauvais procédés.

Cette maison, ayant cessé d'être collège, fut habitte par des prêtres dont le dérèlement eiait extrême Le cardinal de \a Rochefoucaud les reforma en 1629 et v in troduisit plusieu.s ihanoines de la réforme de Sainte-Genevieve. L'abbé du Val-des Ecoliers s'en plaignit; mais, en '1636 il consentit à la réunion de son ordre à celui de la congrégation de Sainte-Geneviève

Cette maison, gouvernée par un prieur, servait de noviciat à ceux qui aspiraient au titre de chanoines réguliers.

Son porlail, quoique dans de petites dimensions, était un modèle du vrai beau en architecture ; il fut élevé sur les dessins du célèbre François Mansiird.

Dans l'église fut inhumé Antoine Sanguin, cardinal, décédé en 1559 (1).

En 1767, on transféra les chanoines réguliers de cette maison dans celle des Jésuites, rue Saint-Antoine, et en 1782. les bâtiments de Sainte-Catherine furent démolis. Sur l'emplacement on a établi un niarché, appelé marché de Sainte- Catherine, dont M. d'Ormesson, contrôleur général des finances, le 20 aoiît 1783, posa la première pierre.

Au commencement du quinzième siècle près de l'église de Sainte-Calherine-du- Val-des-Ecoliers, un pionnier trouva deux petites figures d'ours en or (2).

Saint-Nicolas-du-Chardonnet, église paroissiale, située rue Saint-Victor, au coin de celle des Bernardins. Une chapelle, fondée en 1230 dans le clos du Chardonnet, donna naissance à cette église, qui, quinze ans après, fut érigée en paroisse.

En 1656, on entreprit la reconstruction de l'église; les travaux, bientôt suspendus, furent repris en 1705, et achevé::) en 1709, à l'exception du portail qui est resté sans être terminé.

L'intérieur est orné de pilastres composites dont les chapiteaux n'ont qu'un rang de feuilles d'acanthe, et dont les socles sont revêtus en marbre. Le chœur est pavé de ma-bre, et le maître-autel est surmonté d'une Gloire d'un bon effet.

Parmi plusieurs monuments sépulcraux, on remarquait, dans celle église, celui de Jérôme Bignon, mort en 1656; et, dans la chapelle de Saint-Charles, celui de la mère de Charles Lebrun, peintre célèbre. , Ces tombeaux furent transférés au Musée

(1) Cet Antoine Sanguin, grand aumônier de France, et qu'on nommait le cardinal de Meudon, avait eu un fils naturel, appelé Richard Sanguin. Dans les registres du parlement est mentionné un arrêt de cette cour, du 22 novembre 1560, portant que Pvichard Sanguin, fils naturel du cardinal de Meudon, sera payé de cent livres de pension, à lui léguées par ledit feu cardinal.

(2) Antiquités de Sauvai, t. III, p. 268.

des monuments français pendant la révolution ; en 1820, on plaça dans cette église les tombeaux de Lebrun et de sa mère.

Au mois de février 4 818, on a transporté dans cette église le corps du poète Santeul, mort à Dijon en 1697(1). Ce corps fut d'abord déposé à Saint-Etienne de Dijon, puis transféré à Paris, à l'abbaye de Saint-Victor, dont il était chauome. Lors de la démolition de cette abbaye, le cercueil de ce poète fut déposé dans l'église des ci-devant Jésuites, rue Saint-Antoine. Ce corps, après avoir souvent changé de place . obtiendra sans doute, dans l'église de Saint-Nicolas-du- Chardonnet, un asile stable. Son épitaphe, composée par RoUin, et gravée sur une table de marbre, a été rétablie.

L'église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet est la première succursale de Saint- Etienne-du-Mont, douzième arrondissement.

^ Jacobins de la rue Saint-Jacques.

J'ai parlé, dans la période précédent e, de l'origine de ce couvent de dominicains ou frères prêcheurs. Saint Louis vit avec satisfaction prospérer cette nouvelle colonie de religieux mendiants. Ils n'avaient point de bâtiments convenables; ce roi leur donna une partie de l'amende à laquelle il avait condamné Euguerrand, seigneur de Coucy, coupable d'avoir fait pendre trois jeunes é<:oliers qui s'amusaient à chasser dans ses bois : avec cette partie d'amende, il fit bâtir les écoles et le dortoir de ces religieux. 11 leur donna de plus l'emplacement d'un hôpital voisin et quelques vieux bâtiments pour accroître leur enclos; les autorisa à prendre dans ses forêts des bois propres à construire la charpente de leurs dortoir et réfectoire, et choisit pour son confesseur un des religieux de cette maison, Geoffroi de Beaulieu, qui, suivant l'usage du temps, le fustigeait avant de l'absoudre.

|1) Il avait suivi le duc de Bourbon dans son gouvernement de Bourgogne. Etant à table, le duc versa furtivement dans son verre une forte dose de tabac d'Espagne. Le poète, sana se douter de cette espièglerie de prince, BTala le vin et le tabac, et fut attaqué d'une violente colique dont on ne put le guérir. Qn'allait-il faire avec des princes ? Plusieurs écrivains attribuent cette méchanceté au prince de Condé, dit le Grand.

SOLS LOLIS IX

Ce

roi établit dans son royaume an grand nombre de couvents de cet ordre, qu'il affectionnait par dessus tous les autres. En donnant aux religieux jacobins des marques si éclatantes de sa bienveillance, il ne prévoyait pas que, dans la suite, un moine de ce couvent poignarderait un de ses descendants, le roi Henri IIL

Ces moines, fiers de la prérogative de prêcher, de confesser et de fustiger le roi. repoussèrent avec indignation lés injonctions qu'en l2o3 leur fit l'Université, frappèrent les bedeaux qui venaient leur signifier un décret de la part de cette corporation. Le recteur et trois maîtres èsarts se présentèrent ensuite dans le monastère des jacobins, ils furent battus et chassés comme leurs bedeaux : de là naquit entre les jacobins et l'Université une inimitié constante, qui, à chaque occasion, éclatait par explosions terribles et toujours scandaleuses. Nous en parlerons à l'article Université.

La fierté de ces moines ne les empêchait pourtant pas d'aller, tous les matins, solliciter à grands cris la charité des Parisiens, et demander l'aumône dans les rues. Une pièce de vers, intitulée le^ Crieries de Paris^ porte :

Aux frires Saint-Jacqne, pain, Pain, por Dieu, aux frère» inenor».

Le poète Rutebœuf, qui écrivait au treizième siècle, dans sa pièce intitulée les Ordres de Paris, nous représente les jacobins comme une communauté puissante et riche. « Ils disposent à la fois, « dit-il, de Paris et de Rome, et sont rois « et pape; ils ont acquis beaucoup de « bien, car ils damnent les âmes de ceu^ « qui meurent sans les faire leurs execu- « teurs testamentaires; ils veulent qu'on « les croie des apôtres, et ils auraient « besoin d'aller à l'école... Personne n'ose ■ dire la vérité sur leur compte, dans In « crainte d'être assommé, tant ils se mon- « trent haineux et vindicatifs. Il serait < dangereux d'en parler avec ma liberté « ordinaire ; je me borne donc à dire « qu'ils sont des hommes (1). »

Autorisés par la cour de Rome, eux et les cordeliers étaient les plus achalandés des confesseurs; mais ils se faisaient payer cher leur absolution. Dans un ouvrage du

(1) Fabliaux, édit. de 1808, t. II, p. 294»

254 HiSToir.E

quatorzième siècle, on parle d'une femme qui dissipe en folles dépenses les biens de son mari, « et les despend à moult de « manières, y est-il dit, tant à son ami,

« en vieilles raaq qu'à son confesseur,

« qui sera un cordelier ou un jacobin, « qui aura une grosse pension pour l'ab- « soudre, chacun an ; car tels gens ont « toujours le pouvoir du pape (1). »

La dissolution et les désordres s'introduisirent à plusieurs reprises dans ce couvent. On employait ordinairement contre ce mal un remède qui n'avait que des effets transitoires : on chassait les moines déréglés, et on les remplaçait par d'autres dont les mœurs plus recommanda blés finissaient pa ■ se corrompre : le vice était dans l'institution.

En 1501, on tenta d'introduire la réforme parmi les jacobins; ils refusèrent de s'y soumettre. On les chassa de leur couvent; ils y revinrent bientôt armés et accompagnés de douze cents écoliers qu'ils avaient recrutés : ils firent le siège de leur propre maison, « y entrèrent et y « commirent de grands excès, dit Jean « Danton; ils battirent leur gardien, qui « là se trouva. Grands murmures et scan- « dales furent pour cette affaire, lors à

« Paris Mais ils vidèrent la ville, et

« ainsi s'en allèrent les pauvres jacobins « vagabonds et dispers (2). »

L'église de ce couvent n'avait dans sa construction rien de remarquable : le portail offrait le genre d'architecture de ce temps, et n'était pas sans beauté. Cette église était ornée de quelques tableaux, et d'un très grand nombre de tombeaux en marbre couverts de la figure couchée des défunts : on y voyait ceux des chefs des trois branches qui ont régné en France, de celle de Valois, d'Evreux et de Bourbon, tels que le tombeau de Charles, comte de Valois, chef de la branche de ce nom qui a régné en France pendant deux cent soixante ans; celui de Louis d'Evreux, et celui de Roliert, sixième fils de saint Louis, qui fut oblige, en épousant Béatrix de Bourgogne, unique héritière de Bourbon, de prendre les armes et le nom de cette dernière famille. Il mourut en 1317.

Devant, le grand autel était le tombeau

(1) Les quinze Joies de mariage, 7^ Joie,

(2) Histoire de Louis XII. par Jean Dauton, p: 330, 331.

DE PAUIS

d'Humbort II de la Tour-du-Pin, dernier

dauphin du Viennois, qui, après la mort de son fils, abdiqua sa souveraineté en faveur des fils aînés des rois de France : c'est depuis cette abdication, faite en 1 340 que ces fils aînés ont porté le titre de dauphin. Humbert se fit moine et prêtre, fut ensuite élevé à la dignité de patriarche d'Alexandrie et d'administratpur perpétuel de l'archevêché de Reims. Il mourut à Clermont en Auvergne; et son corps, transporté à Paris, fut inhumé dans cette église, auprès de Clémence sa tante, reine de France.

Dans la nef était le monument funéraire et le buste de Passerat, professeur au collège Royal, auteur de plusieurs poésies latines et françaises, et d'autres ouvrages en prose. Il contribua, avec beaucoup d'autres, à la composition de la fameuse satire Ménippée : il qualifiait les ignorants de semi-hommes. Il composa son épitaphe qui se termine par ce vers :

Yeni, abii; sic vos venislis, ab bitis omnes.

Il mourut le 4 4 septembre 4602.

Dans la même partie de cette église était le monument de Georges Critton, Ecossais, savant docteur en droit civil et en droit canon, professeur au collège Royal.

Dans une chapelle particulière, on voy;iit les tombeaux et épitaphes de la famille de Dormi '^l).

La plupart des tombeaux de cette église ont été transférés au Musée des monuments français.

Dans le cloître fut enterre Jean de Meung, surnommé Clopinel, parce qu'il était boiteux ; il est auteur d'une p'jrtie du fameux Roman de la Rose, ouvrage fatigant à lire, mais très instructif pour ceux qui veulent connaître les mœurs, les usa-

(1) Le tombeau de Claude Dormi, évê^ue de Boulogne, était le plus apparent de cette chapelle : on y voyait sa figure en marbre, à genoux, les mains jointes, accompagnée d'une longue et très louangeuse épitaphe.

Au mois de juillet 1604. il fut soupçonné d'avoir fait quelques charmes et sorcelleries contre la vie de Henri IV. Les fréquentes et mystérieuses visites qu'il faisait à une demoiselle appelée Montpellier tirent naître ces soupçons. Cette demoiselle et lui furent arrêtés et conduits à la Bastille. On fit une exacte perquisition dans les papiers de l'un

sous LOUIS

. ges. et snrtput les opinions des treizième et quatorzième siècles (1).

Dans eelte église était la célèbre confrérie du Rosaire' ou du Chapelet, mode de prier inconnu aux premiers chrétiens, mis en vogue par saint Dominique, et que les croisés imitèrent des religions de l'Orient : depuis Constantinople jusquen Chine cette pratique est en usage. Les chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem et du Temple, ne sachant pas lire, au lieu de l'office au-

.quel ils étaient obhgés, récitaient le chapelet à l'imitation des musulmans. Cette manière d'intercéder Dieu, en répétant toujours la même prière, était fort ancienne, puisqu'on la trouve prohibée dans le chapitre VI de l'évangile selon saint Matthieu.

Ce monastère a produit quelques prédi-

mit le meurtrier au rang des

cateurs plus zélés que raisonnables : il aussi produit Jacques Clément, assassin du roi Henri III, et Edmond Bourgoing, prejr de cette maison, instigateur, apologiste de ce meurtre, et qui, de sa propre autorité siints.

En 1780, l'église, le cloître ut autres bâtiments des Jacobins menaçaient ruine : on transféra les objets les plus précieux qu'ils contenaient dans d'autres bâtiments, et on célébra l'office dans la salle de l'école de Saint-Thomas. .

et deTautra; on n'y trouva que des lettres d amour et de galanterie. Dès que l'on fut convaincu que Claude Dormi s'occupait de tcute autre chose que de sorcellerie, il fut, aiu.si que sa uraîcresse, mis en liberté. (Jowriû du règne de Henri IV, t. UI, p. 226, 227. > (1) Ce fut Jean de Meung qui, dans sou liojnan de la Rose (vers 1576!, fit, contre les dames, ces vers injurieux et grossièremeut exprimés :

Toules êtes, ierez ou fûtes lie fait ou (le vonleniez piitps. Et qu tïès bien vous ch< rci croit Toutes putes vous liouvt-iùii.

On raconte que, pour se venger de cette injure, les filles de la reine, chacune armée d'une poignée de verges, le saisirent et s'apprêtaient à Ini donner le fouet. Le poète les désarma en leur disant : J'y consens, à con- ■^dition que la plus grande pute de vous don- •nerale premier coup. Brantôme dit avoir vu une vieille tapisserie oii cette scène était représentée. ( Voyez Roman de la Rose, t. lY, ■p. 24 et 25.)

En 1790, l'ordre fut supprimé; remplacement, réservé pour des embeilis.sements projetés dansï oe quartier, u'a point été vendu : le gouvernement, pendant les années 4 816, 1817, ordonna des réparations aux bâtiments, \)our en faire une prison d'essai ou une maison de refuge pour les jeunes détenus.

Je parlerai des autres couvents de jacobins établis dans la suite à Paris.

CORDELIERS OU FRERES MINEURS Di;

l'ordre de Saint-François, situés rue dc^ Corde! iers, dite aujourd'hui rue de l'Ecolo de-Médecine, au coin de celle de l'Observance. Une colonie de religieux de Sainl- François-le-Séraphique vint en 1217 ;i Paris, et eut beaucoup de peine à s'y fixer convenablement. Philippe-Auguste, qui n'aimait guère les moines, \\i avec autant d'indifférence l'arrivée des frères mineurs de Saint-François qu'il avait vu celle des frères prêcheurs de Saint-Dominique.

Des frères de Saint-François, qu'on appela cordeliers, parce qu'à l'exemple de leur patron ils portaient une corde en guise de ceinture, parvinrent avec beaucoup de peine à obtenir de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés un emplacement qui lui appartenait. Cet emplacement ne leur fut point donné, mais prêté, en payant un prix de location, et à condition que les moines nouveaux venus n'auraient ni cloches, ni cimetière, ni autel consacré.

Les cordeliers passèrent plusieurs annéedans cet état précaire et assujettissant : ils s'adressèrent à saint Louis, le grand protecteur des religieux, qui parvint à déterminer l'abbé de Saint-Germain-des- Prés à se montrer moins rigoureux à l'égard des cordeliers : dès lors il leur fut permis d'avoir des cbches et un cimetière. En l'an 1234, le roi abandonna à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés une rente de cent sous que cette abbaye lui payait, a condition qu'elle céderait aux cordeliers un grand bâtiment où ils se logèrent. Cette concession leur permit, en I2i0, d'acquérir deux pièces de terre qui leur convenaient. Dans la suite, saint Lo, is. avec une partie de l'amende de dix mille francs qu'il fit payer à Enguerrand de Coucy.

fournit aux frais de la construction de l'église, et autori.sa les cordeliers à couper, dans ses forêts, les bois nécessaires a la charpente. Cette église fut dédiée, en 1262. sous le titre de Sainte-Madeleine.

Enfin, grâce à saint Louis, les cordeliers

BISTOIRE DE PARIS

furent solidement établis. En rapportant tous les traits qui caractérisèrent ces religieux, j'irais trop au-delà des bornes que je me suis prescrites ; en les passant sous silence, j'ôterais aux lecteurs les moyens d'apprécier le mérite de leur institution. Entre ces deux partis, j'adopte le terme moyen : j'indiquerai succinctement les traits principaux qui peuvent suffire à faire connaître les mœurs des cordeliers de Paris.

A peine furent-ils tranquilles possesseurs de leur établissement, que, de concert avec les jacobins, ils cherchèrent à empiéter sur les droits de l'Université, à envahir son autorité. Il s'éleva entre ces moines et ce corps enseignant des querelles très vives et toujours alors accompagnées de violences et de coups, querelles que l'entremise du roi saint Louis et celle de plusieurs papes ne purent jamais entièrement assoupir.

Les cordeliers, en guerre avec l'Université, le furent bientôt entre eux. Au commencemerit du quatorzième siècle, il s'éleva dans ce couvent, ainsi que dans plusieurs autres du même ordre, deux partis acharnés l'un contre l'autre : les spirituels et les conventuels. L'objet de cette grave querelle consistait dans la distinction des mots propriété et jouissance, appliqués aux aumônes qu'ils recevaient. Les spirituels soutenaient qu'ils n'étaient pas propriétaires du pain et autres choses qu'on leur donnait, parce que la règle leur défendait de posséder ; et les conventuels, au contraire, prétendaient que ce pain était leur propriété. On étendit l'objet de la question jusque sur les biens-meubles légués à ces moines. Les papes Nicolas III et Jean XXII la décidèrent tour à tour dans un sens opposé, et prouvèrent par leurs décisions contraires qu'ils n'étaient point infaillibles.

Cette question ridicule, née du défaut de raison, de l'oisiveté des cloîtres et d'une vicieuse rédaction de la règle des cordeliers, fut débattue avec toute la chaleur qu'on pourrait apporter dans des intérêts •le la plus haute importance. Les conventuels parvinrent, en 1318, à faire condamner au feu, dans la ville de Marseille, quatre frères spirituels.

Dans le même temps une question tout aussi grave agitait les cordeliers de France.

11 s'agissait des dimensions de l'habit qu'avait porté saint François, et surtout

des formes de son capuchon : il était rond suivant les uns, et pointu suivant les autres ; je crois même qu'il s'éleva un tiers parti qui soutenait que ce capuchon était carré. Les débats sur cet important sujet durèrent jusqu'au seizième siècle (1).

En 1401, le provincial des cordeliers s'avisa de faire, dans le couvent de Paris, bâtir une écurie. Cette construction fut un signal de guerre. Les religieux étrangers, qui étudiaient dans ce cx)uvent, voyaient dans la construction de cette écurie une infraction manifeste aux statuts de l'ordre; les religieux français alléguaient plusieurs raisons pour prouver que le provincial ne pouvait se passer d'écurie. Les têtes s'échauffèrent ; au lieu de s'entendre et de raisonner sur l'utilité de cette écurie, on se battit. A mort tous les Français! crièrent les étrangers partisans de }a règle. A ces mots, le combat commence; les moines, armés de pierres , de bâtons, s'assomment, s'estropient, se tuent.

Les cris des combattants, des blessés et des mourants jettent l'alarme dans le voisinage. Le roi en est averti ; il envoie des troupes pour rétablir la paix ; les portes leur sont fermées ; les soldats les enfoncent, entrent. Alors les deux partis ennemis se réunissent pour résister aux troupes du roi ; ils le font avec courage, blessent et sont blessés ; mais ils ne peuvent tenir longtemps. Quelques-uns franchissent ia muraille de la ville qui servait en partie de clôture à leur jardin : quatorze d'entre eux, pris dans les fossés, et vingt-six dans l'intérieur du couvent, furent conduits en prison ; le parlement les renvoya devant les juges criminels (1).

Les mœurs relâchées ou corrompues de

(1) A la fin des Annales des capucins, par Boverius, édition de Lyon, de 1632, on trouve un traité complet sur l'habit de saint François, et sur la forme de son capuchou, traité fort étendu, divisé en onze démonstrations, où l'auteur, pour prouver que le capuchon eu séraphique François était pointu, . déploie un3 érudition, une sagacité de ni- \ Bonnement dignes de la matière.

(2) Histoire de Paris, par Félibien et Lobineau, t. II, p. T22. — Begistres manwcrita de la Toumelle criminelle, cote 12. On y trouve que, le dimanche 26 novembre 1401, frère Martin de Rosaelles, cordelier de Paris, prisonnier à la Conciergerie , pour commotions, rébellions et ^éMbéissancea »asordr««

!►*»«. — Tjpograpbie Ucowb, m* Sooflto;, «8.

sors LOUIS IX

tes moines ont souvent nécessité des refoi mes dans ce couvent ; mais ce remède n'inail «ju'un effet peu durable: après (juo'.ques années de ferveur, on voyait les coi'deliers retomber dans leurs habitudes: le dérèglement et l'insubordination.

En ioOl, le légat du saint-siège entreprit de reformer tous les couvents de Paris. Pour qjérer la réforme dans celui de^ cor-

deliers. il commit Olivier Maillard, prédicateur célèbre par le cynisme de ses déclamations : l'éloquence du sermonneur échoua devant l'obstination des cordeliers. Alors les évêques d'Autun et de Castelmare, commissaires du légat , se présentèrent dans le couvent, et^ y furent reça=: de la manière suivante.

A l'approche de ces deux evèques, les

Xotre-r>ame.

: jrdeliers se retirèrent dans leur église, exposèrent le Saint-Sacrement sur l'autel, .s'agenouillèrent tout autour; et, dès que Jes évèques parurent dans l'église , ils se limant à chanter des hymnes : lorsque Tune était achevée, ils eu recommençaient aussitôt une autre. Les prélats attendaient toujours la fin de ces chants pour remplir leur mission; mais, voyant qu'ils ne finissaient plus , impatientés d'attendre , ils

des officiers du roi, fut élargi, à la charge par ]•.■ <;:irdieu de le ropréiCutcr.

ordonnèrent à haute voix aux chanteurs de cesser , et d'écouter les ordres qu'ils avaient à leur transmettre de la part du légat. Les cordeliers, sans s'étonner, chanté ent toujours, et chantèrent pendant quatre heures , jusqu'à ce que les évêques, perdant l'espoir de se faire obéir, sortirent de l'église, et allèrent raconter au légat le résultat de leur mission.

Le lendemain, les mêmes évèques, escortes du procureur du roi , du jirevôt de Paii< et de ses archers, se rendirent au couvent des cordeliers; ils trouvèrent les

moines dans leur église, dans la même posture, et employant le stratagème qui leur avait réussi la "xeille. Ils chantaient à tuetète, sans paraître faire attention aux ordres des évOqucs et des magistrats. Plus on leur ordonnait de se taire, plus ils élevaient la voix. Alors le procureur du roi, le prévôt et ses archers s'; \ancèrent sur eux, et leur commandèrent d'un ton menaçant de garder le silence.

Les moines, intimidés, suspendirent leurs ehiînts, écoulèrent les réformateurs, firent valoir leurs privilèges; et,apiès avoir défendu leur cause, i;s versèrent des larmes, et tonscnlirent à se soumettre à la réforme; maisilsse vengèrent de leur.soumifcsion forcée sur Olivier Maillard, qu ils regaidaient comme l'auteur de cette persécution, et le chassèrent avec violence et huées de leur couvent (1).

On lit dans le journal de l'Estoile, année 1577, que dans le couvent des cordcliers de Paiis fut découverte une belle femme déguisée en homime , et qui se faisait nomriier frère Antoine; elle servait entre autres fière Jacques Bcrson , qu'on appelait 1 Enfant de Paris et le Cordtlier aux belles mains. Elle fut arrêtée, mise à la questicn, et fouettée dans le préau de la Conciergerie (2).

Ces disordres et beaucoup d'autres déterminèrent le général de l'ordre à venir à Paris exprès pour réformer le couvent des cordeliers. Il s'y présenta dans le mois de juil.et lî.82, et éprouva, de la part de ces moines , la plus opiniâtre résistance ; ils se divisèrent en deux partis: l'un élut un gardien oj posé à la réforme que piojetait le général; l'autre, moins non breux, s'en plaignit amèrement; et, suivant l'iisage, ksdeux partis en vinrent aux mains. Alors le nonce du pape fit anéter les religieux les plus récalcitrants ; ils furent conduits et fustigés dans la prison de Sainl-Germain-des-Prés.

La tranquillité [arais.-ait rétablie; mais, le B juillet de la même année, s'élevèrent de nouveaux troubles; ce couvent devint un champ de bataille. Le parlement y en-

(1) Histoire de Louis XII, par Jean Dauton, ch. 86.

(2) Jacques Berson était l'aumônier du duc d'Aleiivon, Irère du roi. Ce fut ce cordelier qui, nprès la mort de ce prince, proiioiiva, le 26 juin 1584, sou oraison funèbre, vrai discours de moine, dit l'Estoile.

voya des commissaires qui s'y rendirent lorsque le calme était rétabli ; il ié.>ulta de leur rapportqueplusieurscordcliers étaient détenus dans la prison du couvent.

Dans les journées des 3 et 4 août suivant, le tumulte y éclata de nouveau, et les novices y prirent la jlus gianrie part. Ils dépa\èrent les cours, cnlcNèrLiit les tuiles des toits pour s'en faire des armes contre ceux du parti du général de l'ordre. Le combat s engagea avec chaleur, et dura pendant deux jours. Le parlement y envoya encore des commissaires qui lui rapportèrent que plusieurs rt ligieux étaient blessés par des coups de pierres, dépée et de dague. Le général de l'ordre s'était présenté pour calmer la fureur des combattants : mais il se trouva fort heu! eux de se sauver de la mêlée et de nionter promptement dans une coche que le duc de Nevers lui envoya. Il \int ensuite implorer l'assistance diu parlement ; et l'on remarque, dans les registres de cette cour, que, pour rendre sa* prière plus louchante, il se mit à genoux devant le président.

Une force armée imposante vint mettre fin à ces scènes scandaleuses. Les registres du parlement, qui rapportent ces faits, ne disent pas si les moines furent punis. On y voit seulement que, dès lorigine do cette sédition monacale, on d ce u\ rit, dans ce couvent, une femme qui fut arrêtée et dont on fit le procès (1),

On lit dans les mêmes registres que frcro Nicolas Cheuveil, maître des no\iccs des ccrdeliers, exerça contre deux bourgeois de Paris une vengeance toute monacale.

Sous de faux préiexl^'s, il les attira dans le couvent ; dès qu ils fuient à sa disposition, il les recommanda a ses no\ices et les livra à leur fureur. Ces bourgeois, l'uu nommé Roch Moret, et l'autre Jacques Huza, subirent une violente fustigation, après laquelle on les laissa sortir. Les bourgeois fouettés portèrent leuis plaintes: le parlement fil arrêter le cordel.er coupable. L'évéque de Paris le réclama ; mais le lailement, sans égard à cette réclamatioQ episcopale, fit le procès du moine, et , le 1 1 juillet io94, le condamna à venirdans la chambre de la Tourncll , pour y déclarer que, comme mal avisé et au mépris de l'autorité, il avait commis celte violence. Après cette amende honorable, le

(1) Voyez, dans les Beijistres du parlement^ les mois de juillet et d'août 1582.

moine fut interdit pendant trois uns.

Le dérèglement des cordeliers obli.^ea de nouveau le supérieur de Tordre dV établir la rèule et à leur fai:e sabir des reformes. Le 26 février 1622. on tenta de réformer ceux de Paris; mais ils opposè:ent à cette tentative une résistance dont les détails seraient longs et ennuyeux.

D'après ce tableau, dont j'ai orr.is plusieurs traits de même nature , oîi se demande quel service a rendu Louis IX en fondant ce monastère et plusieurs autres semblables: quel bien k's connaissances humaines, la. morale, la religion, ont retiré de cesét.iblissements religieux , qii presque génr.ilement ne présentent aux investigateurs de riiistoire que des manifestations d'erreurs, d'inutiles ou puériles discussions , des querelles scandaleuses et violentes, et de nombreux exemples d'immoralité ?

L'église de ce monastère, bâtie par saint Louis, dont la statue en pied se voyait à la principale outrée, adossée contre un pilier qui séparait les deux battants, fut, en 4580, entièrement consumée. Un novice, pvis de vin, s'endormit dans une stalle d.u choeur, laissant près de lui un cierge allumé. Le feu du ciergi at'eignit la boiserie du jubé, qui s'cntlimma ; et dans l'espace de trois heures, l'église, à l'exception de quelques murs, fut réduite en cendres. Le feu Ciilcina les marbres des tombeaux, fondit ItfS bronz:s et les cloches.

Les cordeliers aussitôt accusèrent les protestants d'être les auteurs de cet incendie, et les jacobins accusèrent les cordeliers d'avoir eux-mêmes mis le feu à leur église, afin d être autorisés h solliciter des aumônes , et obtenir de la faiblesse des pcr.-onnes dévotes d'abondantes libéralités ; mais on ne fut dupe ni de la méchanceté des cordeliers, ni de celle des jacobins. Cependant Henri lll, ce roi aussi renommé par la dépravation de sis mœurs que par sa drvotion superstitieuse, donna des sommes considérabl.s pour faire reconstruire le chœur ; et l'ordre du Saint-Esprit, nouvellement institué par ce roi, contribua, avec Christophe et Jacques de Thou, au rétablissement du reste de l'édifice..

Les cordeliers, pour éterniser les bienfaits de Henri IH, firent placer, au-dessus du grand autel, la figure de ce roi r [pjsenté à genoux ; mais on sait que li reconnaissance des moines est peu durable :

Page 1