‹ Histoire de ParisChapitre 55 sur 261 · SOL> L0U1> IX · texte numérisé non relu

SOL> L0U1> IX

Les prêtres desservants de cette Sainle- Chapelle, comblés de richesses, durenl s'éloiizner bientôt des principes de leur fondateur. Le relâchement et le désordre s'introduisirent en effet parmi eux (1). Le service divin était fort négligé: les chapelains affectaient de se vêtir d'habits séculiers et magnifiquife : ils portaient des collerettes, des souliers à longues pointes,

>uivant la mode du temps, s'absentaient -le Paris, etc. Charles VL en 1401, fut obligé de réformer ces chapelains.

En 1520, les mêmes dérèglements nécessitèrent une nouvelle réforme; les chapelains, les chanoines, les clercs étaient entre eux dans un état de guerre : ofi renouvela les anciens statuts ; on en dress;i de plus sévères pour contenir ces prêtres-

^ iiiinilllii--''^

Objets avant appartenu à Charlemagne.

dans les limites de leur devoir. Entre autres défenses, ou remarque celle-ci :

fl) En 1379, maître Pierre de Beaune, chancre et chanoine de la Sainte-Chapelle, reçut plusieurs coups de couteau qui lui furent portés par Jacques Bardelle , dit de Chartr-, charpei.t'vr du roi. Ce charpentier prétendait que le clrantre avait fait des propositions s'éiuctrices à sa femme, lui avait adressé des lettres et des mess.iges ; et , comme il était jalo :x, trouvant ce chfsntre dans la cour <iu Pi.lais, nu bas de l'escaler de la Saiuie-Cliapel.e, il le blessa ; mais la

« Il est défendu à tous de porter des « chausses retroussées sur les genoux, à « la façon des paillards, et de se servir de « souliers à la poulaine ; » mode ridicule

mort ne s'ensuivit pas. Le charpentier fut coudamné à faire amende honoraol-^ à Pierre de Beaune, au trésorier et autres chanoine.<i de la Sainte-Chapelle, sans . ceinture, sans chaptron, à genoux, au lieu mC-ne où il avait frappé le chautr-i; à 500 liv. d amende envers lui et 1,000 liv. envers le roi, avecdéfense de demeurer dans l'enclos du Palais. [Reyislres crimineU^ U-g. coté ii» 9.)

qui consistait en des souliers dont la pointe s'élevait à sept ou hait pouces de hauteur.

Le premier dignitaire de la Sainte-Chapelle ne porta d'abord que le titre modeste de maîtie chapelain, ensuite celui de maître gouverneur, puis de trésorier, et enfin d'archuhapelaiti. Ciénient Vil accorda, en 4379, à ce dignitaire, le privilège d'officier avec la mitre, l'anneau et autres ornements poniificaux, et même de donner la bénédiction au peuple pendant les proce-sions qui se faisaient dans l'enclos duPabis. •

Cette éminente prérogative enfla prodigieusement l'orgueil de 1 archichapebin : il prit le titre de prélat; et, dans les registres du ; arlemcnt, on le trouve quaUfié de pape de la Sainte-Chapelle (l).

C'est un de cesdignitaire^ dont Boileau, dans son Lulrin, a peint avec tant de talent la vie voluptueuse, l'orgueil et l'ignorance.

Les règlements obligeaient trois clercs et un chapelain de passer la nuit dans la Sainte-Chapelle pour veiller à la garde des reliques et du trésor. La Nigilance de. ces sentinelles fut sans doute en défaut, puisque, dans la nuit du 19 au 20 n.ui lo7-j, le plus grr.nd morceau .de la vraie croix fut vo'.é. Ce \ol jeta l'alarme dans Paris ; on fit plusieurs iicherchcs pour découvrir l'objet \olé et le voleur. La commune opinion de ce temps, suivrint l'Estoile, élait que le roi Henri lll avait lui-même enlevé cette relique, et l'avait mise en gage chez les Vén. liens pour une somme considérable.

(1) Dans ces repjslres, sous la d.ite du 14oc:o;ire 1525, on lit ce qui suit : » Sont « venues, dans la cour du Vu n's, quatie per- « sonuts à chfcVîd, déguisées , contrefaisi.ni « le.s p<.ctes (les coumcrs), avitnt des chai^e- « TOUS verds en leurs tt-stes, qu'on dit estre •< montées à th< val à la perce Saint Michel. •< et sont Aenues courant par Ks rues jus " qu'au Palais. Ils ont crié et publié ccrtai- •< lies rimes, contenant en substance que le .< roi (Frsinoois l^r), alors prisonnier, était " mori, que niaiiaii.e en avait grand descon- « fort, que les sages le celaient, et qu'il f.J- « Un que ks fous le déclarassent et publias- « sent, ot plusieurs autres chos.s contre « l'honneur du r. i, de madame et de li mai- « son de France, et leur a été répondu par « le pape de la Sainte-Chapelle. Us se sont «< après retirés. »

L'année suivante, ce roi fit publier aux prônes des paroisses de Paris qu'il avait fait fai)riquer une croix no iveile dans laquelle était enchâssé un grand morceau de bois de la vraie croix, afin que le peuple put venir l'adorer, suivant l'us^ig', pendant la semaine-sainte.

La Sainte-Chapel!^ est aujourd'hui consacrée a l'utilité publique; on n'y \oit plus ni reliques, ni phylactères enrichis dor et de pierreries, ni ces chapelains opulents et inatiLs, qui, comme le dit Boibau :

Vfillnipnl h l)ien dînor, et laissai*»nl fn leur lieu A (ieà (.baiiliea gi<geb lu Soin de- iuufr bieu.

Depuis une trentaine d'années, ce bâtiment a reçu une auire d..'sti!iatiou : il contient des archives dont les diverses pièces sont placct^s avec un oidre adnnable. Les armoires oii elles sont déposées occupent une grande paitie deia hauteur de l'cdifice, et présentent, par leur objet et leur décoration, l'heureux mélange de 1 utile, à l'agréable.

Pendant la nuit du vendredi au samedisaint, il se célébrait, dans celle Sainte-Chapellé, une cértmonie dont je dois faire connaître les détails.

Tous les possédés du diable y vcnoient régulièrement chaque année à cette c,)oque pour êti'e affranchis de l'obsession de cet esprit immonde; ils y faisaient n»ille contorsions,'poussa ienl des cris et d'afneux hurlements. Bientôt le giand chantre du chapitre apparaissait, arme du bois de la vraie croix. A cette apparition, tout rentrait dans l'ordre, et aux mouvements convu'si's, aux accents de. lage succédait un calme [ arf.iit.

Les incrédules paraissaient persuadés que ces possédés étaient des mendiants payés pour en jouer le rôle, et que les chanoines offraient lespccta;:le de ces gui ridons piétenducs miracu'euses, pour alimenter la c;edu!ité publique et raviver la foi des fidèles envers le bois de la M'aie croix. Cette cérén.onie se pratiqua t encore sous le règne de Loais XV : elle eut lieu en l'année 1770.

CoLLÉGi:: DE SoRBoNNS. Pxobert So: bon, chapelain durci saint Louis (I), conuais-

(1) Joinville raconte sur ce fondateur de la Sorbonue l'anecdote suivante. La cour de saint Louis étant à Corbeil, Jlobert SorLon djt à Joinville : « Si lu l'oi était assis en ce « pirael (jardin), et que vous aliicz vous as-

-ant les difficultés qu'éprouvaient les écoliers sans fortune pour parvenir au grade le docteur, établit, en 1253, une maison qu'il destina à un certain nombre d'ecclésiastiques séculiers qui, vivant en commun et tranquilles sur leur existence, seraient entièrement occupés d'études et d'enseignement. Saint Louis, bientôt après, voulut participer à cette fondation utile; il acheta et lui donna, en 12o6, une maison située rue Coupe-Gueule, devant le palais des Thermes, et, en 1258, deux autres maisons, l'une située rue des Deux- Portes et l'autre rue des Maçons : il les fit rebâtir convenablement. Le prix des locations fut destiné à l'entretien des pauvres écoliers. Le roi donna de plus à ces pauvres écoliers ou pauvTes clercs, aux uns deux sous, aux autres un sou, ou même dix-huit deniers par semaine, pour les aider à vivre. Le nombre des pauvres écoliers admis dans ce collège, du t^mps de saint Louis, s'élevait à cent.

Ce collég? prit d'abord la dénomination très modeste* de pauvre maison, et les maîtres qui enseignaient, celle de pauvres maîtres {pauperes magl'^tri). C'est tour jours avec cette attitude d'humilité que se présentent, dans leur commencement, les institutions de cette espèce. Les maîtres du collège de Sorbonne, enrichis, fortifiés par le temps, oublièrent enfin leur humble origine, troublèrent souvent par leurs décrets l'ordre social, furent presque toujours les plus forts soutiens du fanatisme, et quelquefois devinrent la terireur des rois.

« seoir sur un baac plus élevé que la sien,

- ne seritz-vous pas blâ-nable? — Oui, lui " dit Joinvjlle, je le' senis. — Vous êies « donc blâmable de vous vêtir plus noble- .« ment que le roi ; car vous portez des ha- « bits de vair et de vert (de diverses cou- « leurs), et le roi n'en porte pas. — Maître

- Robert, répliqua JoinvUie, je ne suis point " à blâmer ; car cet habit, j i le tiens de mon «• père et dv> ma mère. C'est vous qui êtes <' blâmabl*^; vous, fils de vi!aia et de vilaine, M qui avez laissé l'habit de votre père et de " voire mère pour vous vêtir d un camélia X plus fin que celui que porte le roi. » Alors, dit Joinville, je pris le pan de son surcot et de celui deroi, et je lui dis: Regardez si je dis \Tai. Alors le roi prit la défense de maître Robert; mais il avoua ensuite à Joinville qu'il n'était pas fâché de la leçon qu'il lui a\ait donnée. {Joimilk. p. 8.)

Cette association de docteurs formnli un tribunal redoutable qui jugeait sars appel tous les ouvrages et les opinions théoîrjgiques, condamnait le pape et les rois, et disposait de leur trôns et même de leur exist^Eice (1j.

L'histoire de nos temps barbares offre des preuves nombreuse di d,?spotisme audacieux de la Sorbonne, de s.'s querelles, de ses décrets séditieux, et surtout de ses soins à entraver la marchs do la civilisation et à étouffer les lumières croissantes (2).

(l! L'Estoile, dans son Journal de Ilenn III, p'îrle peu respectueusement de la Sorbonne, et nous donne la mesure de l'opinion 'que les g.^ns judicieux en avaient de son temps. Sous les premiers jours de décembre 1587, il dit : « Là-dessus la Sorbonne, c'est-àu dire trente ou qu irante cédants , maistres es u arts crottés, qui, après grâces ^ traitent des u sceptres et couronnes, firent en leur cuLége, *« le 16 du présent mois, un ^é^ult.vt secret « qu'on pouvait ôter le gouvernement aux « princes qu'on ne trouvait pas tels qu'il fidu lait. »

Le. même écrivain, sons le 16 janvier 1589, dit encore : " Kn ce même temps la Sti>rbonne •< et la ftiCnlté de théologie, c'est à- dire huit « ou dix sôupiers et marmitons , comme « porte-enseignes et trompettes de sédition, " dcCiarèrent tous les sujets du roi absous u du serment de fidél té ei obc'ssance, qu'ils " avaient juré à Henri de Valois, naguère. K leur roi. "

(?) On lit, dans les r?gistres du parle^nent de Paris, le fait suivant : Pierre Gringoire l'ou plutôi Grégoire), héraut d'armes di duc (io Lorraine, et poète du temps de François I", demanda, le 25 août 1525, au parlement, la permission de faire imprimer ies Heures de Notre-Dame, qu'il avait traduites du latin en français, pour l'usage de la duchesse de Lorraine. Ces heures avaient déjà été imprimées «n Lorraine et en AKemagne. Le parlement appela maîire Duchesne, docteur rég<^.nt de la faculté de théologie, c'est-à-dire docteur en Sorbonne. Ce docteur .dit que la faculté de théologie était bien loin d'approuver les traductions qui ont été faites, tant de la Bible que d autres « livres de théologie; qu'elle les abhorrait, u comme pernicieutes el dangereuse*, parce u que les livres de la Saiute - Ecriture ont .< été apprbu\és en langage lutin, et doivent « ainsi demeurer, m

C'était. dans le collège de Sorbonne que résidait la faculté de théologie. Un provi-

seur élu chaque année présidait cette faculté. Les écoles se divisaient en intérieures et extérieures. Les premières se tenaient dans les bâtiments contigus à l'église, et les secondes dans un corps de logis qui se voit encore sur la place de ce collège. M. l'abbé Duvernet, qui a publié une Histoire de In Sor bonne , en deux volumes, nous parle ainsi de cette institution : '< Pour être en droit de porter le titre de « docteur de Sorbonne, il fallait avoir fait « ses études dans ce collège, y avoir, pen- « dant dix ans, argumenté^ dispute et « soutenu divers actes publics ou thèses. « qu'on distingue en mineure, en majeure, « en sabatine, en tentative, en petite et « grande sorbonique. C'est dans cette « dernière que le prétendant au doctorat « doit, sans boire, sans quitter la place, « soutenir et repousser les attaques de « vingt assaillants ou ergoteurs qui , se « relayant de demi-heure en demi-heure, « le harcellent depuis six heures du matin « jusqu'à sept heures du soir.

« L'habitude de s'escrimer en théologie « sur des objets d'une inutile et souvent « dangereuse curiosité, ou sur des matiè- « resq,i demandent la plus profonde sou- « mission, n'a pas peu contribué à répan- « dre dans la nation cette humeur querel- « leuse qui, en retardant le règne de' la « vérité, a tant de fois troublé la tranquillité « publique et engendré tant d'erreurs, « pour l'extinction desquelles une politique « barbare et maladroite s'est crue endroit « de dresser des potences , de creuser des * cachots, d'allumer des bûchers , et de « faire de la nation la plus douce un peu- « pie de cannibales. »

Les bâtiments et la chapelle de la Sorbonne étaient peu remarquables et tom-

Sans doute le parlement ne se contenta point d'abord de cette mauvaise raison : il «n-donna à maître Duchesne de provoquer une décision de la Sorbonne sur cette traduction. La Sorbonne, consultée, décida qu'elle ne pouvait admettre la traduction de ces heures ni les traductions qu'on avait faites de la Bible, et qu'on devrait les supprimer toutes. Le parlement, adoptant cette décision, le 28 août 1525, défendit à tous les imprimeurs du royaume d'imprimer les Heures de Notre-Dame, ainsi que toute traduction en français des livTes de l'Ecriture-Sainte.

baient de vétusté, lorsque le cardinal de Richelieu, devenu tout puissant en France, se rappelant avec intérêt ces écoles où il avait fait son cours de théologie, et désirant laissera la postérité un monument de sa munificence, fit construire cesb^'t'ments sur un plan plus vaste et plus magnifique. En 1629 fut commencée la con^ruction du collège, et, en 1635, celle de l'église, qui ne fut achevée qu'en 1659.

Une rue assez large mais • peu longue, nom.niée rue de Richelieu, communique de la rue de La Harpe à une place carrée qui précède la façade de l'église de la Sorbonne. Cette façade est composée de deux ordres, l'un sur l'autre, dont le supérieur est couronné par un fronton. Au-dessus do cette façade s'élève, du centre de l'édifice, un dôme accompagné de quatre campanilles, et surmonté par une lanterne. Le Mercier, architecte de ce cardinal, et architecte très médiocre, est auteur de cette composition, où l'on remarque plutieurs défauts de goût.

Sur le côté septentrional de cette église est une autre façade qui donne sur la grande cour du collège. Elle est aussi chargée de deux ordonnances, et a le même mérite.

L'intérieur de cette église était entièrement pavé en marbre. La peinture d^ lacoupoledu dôme, ouvrage dePhilippedeChampagne, est encore assez bien conservée.

Au milieu de la nef on admirait le tombeau en marbre du cardinal de Richelieu. Cette belle et simple composition, ce chefd'œuvre de Girardon a été conservé, et s'est vu longtemps dans la première salle du Musée des monuments français (1). Ici les talents de l'artiste tempèrent un peu le sentiment pénible qu'inspire la mémoire^ de l'homme auquel ce monument est consacré. Richelieu, dévoré par une excessive ambition, se trouva placé dans de.< circonstances propres à la satisfaire. Un roi très faible, et qui sentait son incapacité, lui laissa sans obstacle envahir l'autorité suprême. Des hommes puissants et jaloux, par des plans mal combinés, par des tentatives partielles, essayèrent de lui ravircette autorité. Ils ne firent qu'irriter sa passion dominante et que -fortifier sa tyrannie, en le meitant dans la nécessité de déployer, pour les soumettre, toute l'energie de son caractère vindicatif.

(I) Il a depuis été replacé dans l'église de la S.rbonne.

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