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C5 LOUIS IX

En travaillant iiniqnoment pour ses intérêts, ce cardinal affermit la puissance monarchique. Sans le vouloir, et même sans y penser, en réfrénant la féodalité, comme l'avaient fait Philippe -Auguste, Philippe le Bel et Louis XI. il pro'^ura quelque calme à la France : il intimida la noble-se, rabaissa l'orgueil et refroidit la turbulence de plusieurs tyrans subalternes, qui souvent avaient inquiété le règne de Henri IV, et asité les commencements de celui de Louis XIII.

Si Richelieu, au lieu de petitess«.^s, de perfidies, de passions basses, d'actions criielles et révoltantes, eiat mêle à son ambition quelques vertus magnanimes, des vues plus étendues eu politique, une administration nouvelle et mieux réglée, on pourrait le comparer à ces ambitieux télëbrès auxquels on a donné le titre de grands hommes; mais tous ses droits à la renommée ne sont appuyés que sur de sanglants succès, sur une ambition favorisée par les circonstances, et soutenue par une raideur de caractère qui triompha de tous les obstacles. Il eut le talent d'envahir, de conserver le pouvoir et d'en abuser impunément. Il mourut le 4 décembre 1642: et chaque récipiendaire de l'Académie Française, que Richelieu avait fondée, fut. depuis, condamné à prononcer l'éloge de ce terrible homme.

Dans "l'église de la Sorbonne, qui contenait son tombeau, on voulut, pendant la Révolution, établir lEfole normale. Ou commença la construction d'un amphithéâtre pour les séances de cette école, mais ce projet fut bientôt abandonné. Le bâtiment éprouva quelques dégradations qui ont. depuis, été réparées. Son intérieur fut ensuite presque entièrement occupé par des ateliers de sculpteurs et n'a cessé de l'être qu'au mois daoùt 1819, époque oii plusieurs de ces artistes reçurent l'ordre d'évacuer cet édifice. Le gouvernement en mit une partie a la disposition de la commission d'instruction publique, qui la destina à une section de l'Ecole de droit.

Les autres bâtiments de la Sorbonne étaient aussi occupés par divers artistes, qui. autrefois loges au Louvre, se virent obligés d'en sortir lorsque Bonaparte entreprit l'achèvement de ce palais. En 1821 . ils furent encore expulsés de cette maison et remplacés par de nouveaux docteurs de Sorbonne; mais ils conservèrent leurs ateliers dans réalise. L'école de droit v fut

établie, et occupa le chœur. Quatre sculpteurs avaient encore leurs ateliers dans les chapelles, lorsqu'en 1822, cédant au vœu de l'Université, ils furent forcés de quitter les lieux. On pensait en 1820 que cette église devait être entièrement rendue au culte. Les bâtiments ont depuis été occupés par l'Académie de Paris, les trois facultés de Théologie, des Sciences et des Lettres.

Collège des Bern.vrdins . situé près de la Place-aux-Veaux, sur l'ancien clos du Chardonnet. entre le quai des Miramiones et In rue Saint-Victor. Etienne Lexington, Anglais de naissance, abbé de Clairvaux . rougissant de l'jgnorance des religieux de son ordre, et piqué du mépris qu'ils éprouvaient de la part des moine> mendiants plus savants qu'eux, demanJa et obtint la permission d'établir ce coilége. afin que les religieux b rnardins fussent à portée de prendre des grades dans l'Université. Il fut fondé vers l'an I 244. On s'occupa d'il bord de la construction des bâtiments propres à loger les religieux étudiants. En 1320, l'abbe et les religieux de Clairvaux cédèrent à l'ordre de Cîteaux cet établissement et ses dépendances. Le pape Benoît XII, qui avait été religieux de ce dernier ordre, voulut faire rebâtir à ses frais le collège et l'église: la première pierre fut posée le 24 mai 1338. Ce pape ne vécut pas as?ez longtemps pour voir l'église achevée. Le cardinal Curti en entreprit la continuation, mais il mourut avant qu'elle fût terminée. Cet édifice, resté imparfait, présentait l'image d'une ruine très pittoresque. On y voyait l'architecture sarrasine perfectionnée et se rapprochant un peu du genre grec. Les colonnes qui séparaient'la nef de ses bas-côtés avaient à peu près les proportions corinthiennes. .

On a ouvert quelques rues sur l'emplacement de ce collège : le bâtiment de l'égli-^e a été démoli "pendant la Révolution, et l'ancien dortoir de ce collège sert de dépôt aux farines.

Collège et hôtel Saint-Denis. Il était situe dans l'espace compris entre les rues Contrescarpe, Saint-André-des-Ars , et une partie des rues Dauphine et des Grands-Augustins. On ignore l'époque précise de la fondation de ce collège et de cet hôtel : l'auteur du livre intitule /^a- Miracles de sahit Louis parle de la maisou que l'abbé de Saint-Denis avait, en 1274, à Paris. Matthieu de Vendôme, un

des abbé>, acheta en 128o plusieurs emplacements et iardins qui agrandirent cette propriété. Rabelais dit que Pantagruel était logé a l'hôtel Saint-Denis, et qu'il se promenait avec Panurgedans le jardin de cjt hôtel M).

C'est à cause de cet hôtel et collège que la rue des Grands-Augusti ns a porté les noms de rue à l'abbé Saint-D:nis, rue du Collège de Saint-Denis, des Ecoles et des Ecoliers de Saint-Denis, des Charités de Saint-Denis. Cette rue portait auparavant le nom de rue de la Burre.

Ce collège et cet hôtel de Saint-Denis, lorsqn'en 1607 Henri IV fit percer la rue Dauphine, furent en partie démolis et vendus. Il en restait encore des bâtiments qui, avant la Révolution, appartenaient aux dames deSaint-Cyr. Cette rue fut établie sur une partie de leur emplacement et de celui des Grands-Augustins.

Sainte-Marie-l'Egyptienne , et par corruption la Jussienne, chapelle silu'''e au coin des rues Montmartre et de la Jussienne, no 25. Elle existait sous le règne de saint Louis, Ce fut près de cette chapelle que les religieux augustins eurent leur premier établi-soment à Paris; ils y demeuraient en 1239.

Cette chapelle servait à la communauté ou confrérie des drapiers de Paris, une des plus anciennes confréries d? cette ville. On y remarquait la p-'inture d'un de ses vitraux, où sainte Marie l'Egyptienne était représentée sur un bateau, troussée jusqu'aux genoux, devant le batelier; audessous de celte peintureon lisait ces mots: Comment la sainte offrit son corps au batelier pour son passage. Dans la vie de cette sainte, on lui fait ainsi confesser cette action: « N'ayant pas de quoi payer « mon passage, il me vint en l'idée d'ex- « poser ma personne à l'impureté de ceux « qui voudraient payer pour moi. En « effet.,., j'entrai dans le navire, provo- « quant les passagers h la dissolutioû par • des actions peu honniMes, etc. »

En 4 060. le curé de Sainl-Germain- I Auxerrois fit enlever celte peinture indécente.

Cette chapelle , reconstruite au quatorzième siècle, fut démolie en 1792 ; elle a étéremplacée par une maison particulière, I ES Frèhes Sachets, ou Frères de la Pénitence de Jesus-Christ. Leur couvent

(î) Pantagruel f liv. 2, chap. 18,

situé sur le bord de la Seine, à l'endroit ou s'établit depuis le couvent des Auguslins. et où est aujourd'hui la halle à la volaille, fut fondé, en 1261, par saint Louis, qui acheta, de l'abbé de Saint-Germain-des- Prés et du curé de Saint-Ândré-des-Ars, un emplacement situé au territoire do Laas, ainsi que la permission d'y établir les Frères Sachets,

.îoinville dit que ce roi « pourvut aux « frères de Saz , et leur donna place sur « Seine , pardevers Saint-Germain-des- « Prés, où ils se hébergèrent ; mais ils « n'y demourèrent guerres, car ils furent « abatuz assez tost, »

Ces moines, que l'on nommait aussi Frères au sac, recevaient ces noms parco qu'ils étaient vêtus d'un sac.

• Comme la plupart des religieux de Paris, ils allaient, tous les matins, dans les rues de cette ville, quêter du pain. C'est ce qu'on lit dans les Crieries de Paris. pièce du treizième siècle :

ïcil vint rriant p'^r rmlin

Du pain uus sas, paiaauà D.irrés.

Dans une autre pièce du même temps, intitulée les Monsliers de Varia, on mentionne le Monstier des Frères aus sas.

Rutebœuf, dans sa pièce des Ordres de cette ville, paile de ces frères, dit que leur couvent est pauvre, qu'ils se sont établis trop tard à Paris ; qu'ils doivent leur existence d'abord à leur habit, qu'ils disent être semblable à celui que Dieu portait, et à un homme qui les soutient ; cl dès que cet homme, ajoute t-il , aura cessé de vivre, les Frères aus sas seront réduits à retourner à leur charrue d'où ils sont venus (1).

Le même poète , dans une autre pièco intitulée Chanson sur les ordres, nous représente les Sachets comme des gens grossiers, maladroits et très propres à garder les vaches.

En 1293, les frères sachets firent un acco:d avec les augustins. par lequel ils leur cédèicnt le tout ou |-artie de l'emplacement de leur maison. Ils furent supprimés dans la suite; on ignore à quelle époque.

Soeurs Sacuettes. Il existait en même temps à Paris des sœurs du même ordre.

(1) Cet homme qui soutenait les Frères aus sas était sans doute le roi saint Louis.

sors LOUIS IX

On sait que leur couvent était situe rue du Cimetière-Saiiit-x\iidré-des-Ars, rue qui, au treizième siècle, portait le nom de rue des Sjchettes. A l'instar des autres communautés religieuses de Paris, tous les matins ces sœurs allaient dans les rues de cette ville qujter du pain. C'est ce que prouve la pièce des Crkries de Paris :

Çà du p'iin, pir Dieji, aux Sacli esses ; Par cci rues âjiit guuz Its pifS^es.

Ces espèces de dévotes, vêtues d'un sac,' sont, dans quelques écrits du temps, qualifiées de pauvres femmes des sacs, /ji/uperes mulieres de saccis. On n'a aucune autre notion sur l'état de ce couvent, qui fut sans doute supprimé en même temps que les frères sachets.

GuANDS-AuGUSTiNS. Monastèrc situé sur le quai dit des Augustins ou de la V^allée, dans l'emplacement occupé aujourd'hui par la rue du Pont-de-Lodi et par la halle ou marché de la volaille et du gibier. Diverses congrégations d'ermites formées en 1200, en Italie, furent réunies en 1246 par le pape Alexandre IV; quelques-uns de ces ermites réunis vinrent ensuite à Paris, attirés par la protection et la faveur que le roi saint Louis accordait à toute espèce de moines. Ils s'établirent d'abord rue Montm?îrtre, au-delà delà porte Saint- Eustache, dans u:i lieu environné de bois, et où se trouvait une chapelle dédiée à sainte Marie l'Egyptienne. Joinville parle ainsi de cette établissement : « Il (le roi) « pourvut les frères augustins, et leur « acheta la grarcheà un bourjois de Paris « et toutes les appartenances, et leur fi>t « fere un monstier dehors la porte Mont- « martre (Ij. » Ils y demeuraient en 1259. Méconients de leur.-, logements, ils allèrent s'établirent dans le clos du Chardonnet, et dans l'emplac^-meut qu'a depuis occupe le collé|je du cardinal Lemoine. En 1293, ils traitèrent avec des moines mendiants, appelés frères sachets, qui occupaient un couvent élabli sur le bord de la Seine et sur le territoire de Laas, et se maintinrent dans ce dernier lieu. Pendant longtemps ils se contentèrent des bâtiments qu'avaient occupés les frères sachets; mais, devenus riches, ils en firent construire de plus vastes et de plus coma.odes.

(1) Histoire de saint Louis j édit. de 1761, p. 152.

Charies V ; elle était vaste, sans avoir rien de remirquable dans sa construction. On y voyait plusieurs tableaux, relatifs aux réceptions des chevaliers d^ l'ordre du Saint-Esprit, peints par Vanloo, de Troy et Philippe de Champagne. On y distinguait un tableau de Jouvenet, représentant saint Pierre dont l'ombre guérit les malades.

Dans une chapelle à droite était le tombeau de Nicolas de Grimcnville, seigneur de Larchant, et de Diane de V'ivonné de la Ch itaigneraie, son épouse. Sur ce tombcHiu étaient représentées à genoux ks figures des deux épo jx. Le mari mourut, en 1592, d'une blessure qu'il reçut au siège de Rouen, et la femme en 1603. Larchant, cjipitaine des archers de la garde du roi Henri III, fut souvent employé à des expéditions secrètes, à des meurtres co.mmandés par ce roi ; il figura parmi les assassins de la Saint-Barthélemi.

On voyait aussi, dans cette égli.^e, le monument funèbre de Bernard "Chérin, généalogiste et historiographe des ordres du roi, mort le 21 mars 1785.

Une chapelle contenait le tombeau de Philippe de Comines, historien, qui, .supérieur à son temps par ses vues politiques, ne l'était point par ses mœurs fort corrompues : il admirait dans Louis XI son habileté à tromper. A côté de ce tombeau était celui de sa fille.

On y voyait aussi les tombeaux et épitaphes de Jérôme l'Huillier et de Charîe.s Brulard.

Le principal autel, décoré d'après les dessins de Charles Lebrun, offrait huit belles colonnes d'ordre corinthien de brèche violette, supportant une demi-coupole ornée avec goût.

Germain Pilon avait sculpté les menuiseries de la chaire et des stalles, et une belle figure de saint François, en turre cuite, qu'en avait placée dans le cloître de ce monastère. Cette figure, à genoux et les bras déployés, représentait ce saint dans le moment d'extase où il reçut les stigmates de Notre-Seigneur.

Les ouvrages de sculpture que contenait cette église et dont je viens de parler, furent transférés au Musée des monuments français.

En 1428, le tonnerre frappa le clocher de cette église et le brûla. Le 30 mai 1 U9, sur les quatre heures après midi, il tomba

. ~^~ HISXaiRE

encore sur ce clocher, dit un écrivain du temps, en découvrit toute la couverture, ainsi que presque entièrement celle de l'église, brisa un gros chevron, et pénétra jusqu'au grand aulel où il rompit le bras du crucifix (I).

Dans les salles de cette maison se tenaient, aepuis 1579, les assemblées de l'ordre du Samt-E-prit. Ces salles, ornées de boiseries, l'étaient aussi de portraits, du blason de tous les chevaliers et commandeurs reçus dans cet ordre.

Les assemblées du clergé de France se sont tenues, depuis 1605, dans une des salles de cette maison. Ce clergé y avait ses archives et ses registres.

Le parlement, en diverses circonstances a siégé dans les salles do ce couvent.

L'emploi de ces diverses salles prouve

le les bâtiments des Augustins étaient

moire de cette réparation solennelle firent exécuter un ba^-relief où l'on voit les huissiers subissant leur condamnation, et le firent poser dans un lieu très apparent Ce bas-relief, placé sur le quai de la Vallée, à l'angle de la rue des Grands- Augustins, est curieux pour les costumes et comme monument de l'histoire et de l'état de la sculpture ; il fut déposé dan«^ la cour du Musée des monumenls français.

Les désordres introduits dans ce cou-

\astes et excédaient les besoins de ses ha bitants ordinaires.

Le couvent des Augustins a été le théâtre de quelques événements qui caractérisent les mœurs de ces religieux, et peuvent faire juger du mérite de leur institution.

En UiO, ou en l'année précédente, Nicolas Aimery, maître en théologie, s'était réfugié, on ne sait pourquoi, dans l'église des Augustins, comme dans un asile inviolable. La justice, qui le poursuivait, commençait alors à ne plus respecter les asiles : des huissiers entrèrent dans le couvent pour se saisir de cet homme. Les religieux augustins s'y opposèrent; les huissiers repoussèrent la force par la force- un augustm, appelé Pierre Goueis, fut ' tué dans le combat. L'Université^ réunie aux augustins, fit valoir ses privilèges, et suivant son ordinaire, menaça le gouvernement de fermer les écoles ; alors le prévôt de Pans, effraye, condamna, par sentence du 13 septembre 1440, les huissiers à faire trois amendes honorables, sans chaperon nu-pieds, tenant chacun une torche ar-^ dente du poids de quatre livres, et demandanta tous pardon et miséricorde. Une de ces amendes honorables fut faite au Çhatelet, en présence du procureur du roi, la seconde au lieu où le délit avait été commis, et la troisième à la place Mau-

Les augustins, pour éterni-er la mé^

(1) Journal de Paris, sous les rèones de ChHrlcs VI et de Charles VII, p. so'?.

ent turent portes a un tel excès que le procureur général du parlement en fit le 16 février 1544, l'objet d'un réquisitoire. Il demanda pour réformateurs deux religieux augustins réformés de Toulouse plusieurs prieurs de Paris et deux conseillers en la cour, qui pussent requérir la force armée, s'il en était nécessaire. On Ignore quels obstacles les augustins opposèrent a cette réforme.

Le 26 août 1588, ces religieux, s'occupant de l'élection d'un vicaire, furent divises dans leur choix Cette division échauffa les têtes monacales ; bientôt le^ deux partis en vinrent aux mains, et ce-, misérables s'entre-tuaient dans leur couvent. Le procureur général du parlement en fut instruit; il en fit sa plainte, et la cour ordonna à un huissier de se transporter aux Augustins pour mander le prieur du ce couvent. L'huissier, avant rempli sa mission, vint avec cinq religieux à la cour du parlement ; là il raconta de vive voix-ce qu'il n'avait pas osé écrire dans son procès-verbal. C étaient des injures proférées par ces religieux contre les membres du parlement, qu'ils accusaient notamment d'être fauteurs des hérétiques, reproche très grave alors. La cour du parlement prit quelques mesures tendant à rétablir la paix dans ce monastère, défendit au prieur de faire aucun acte de sa tonction, et ordonna la réforme des religieux (1).

En 1629, nouveaux désordres dans ce couvent. Le cardinal de BéruHe fut chargé d'en reformer les religieux, et s'y prit d'une manière très violente : les augustins se plaignirent au parlement. Le roi'ne voulut point que cette cour se mêlât de cette affaire, et dit à ses membres : « Il me déplaît fort que vous délibériez .sur l'affaire

(]) Registres manuscrits du parlement, au 28 aolu 1583.

sous LOIIS

ce sont de mauvais moines

• !«•> augijslins, ,

(|iii vivent licencieusement ; j'approuve fouf Ci'qup fait le cardinal Bcrulle (1). »

En Ifiil, les an.£;ustins, pour des motiîs ignorés, q,rou\èrent encore une ré- .ormc •- on le^s soumit à la juridiction des reformés de Bourges; mais bientôt ils «liercîièrcut à s'affranchir de cette dépend;! nce. Leur indocilité, dont je vais

ajouter des preuvesnouvelles, porte à croire qu'ils secouèrent d'eux-mêmes et violemment le joug qu'on venait de leur imposer. En 1657, les bâtiments du Chàtelet menaçaient ruine. Il fut arrêté que, pendant les réparations, cette cour siégerait au\ Grands-Augustins, et qu'elle y louerait quelques salles pour y rendre la justice. Des arrêts du parlem'ent. des ordres

La tour du Temple.

du roi réitérés furent inutiles auprès de ces moines obstinés. Pendant un an entier ils refusèrent d'obéir : il fallut enfin recourir à la force.

L'année suivante, ces moines manifestèrent avec éclat leur indocilité et même leur humeur belliqueuse: ils soutinrent un siège dans leur couvent! Voici la cause, le? détails et les résultats de cet événement mémorable.

(l) Registres manuscrite 8 Jinvier 1629.

du parlemvU,

Gelestiu Villiers, prieur de ce couvent, ayant fait une nomination illégale, ceux dont elle blessait les intérêts obtinrent du parlement un arrêt qui ordonna qu'il serait procédé à une nouvelle élection. Les religieux refusèrent d'obéir à cet arrêt ; ei le parlement employa les movens de force pour les y contraindre.

Les augustins se disposèrent sérieusement a se défendre et à soutenir un sié^e : ils firent des provisions d'armes, de cailloux, et murèrent leurs portes.

Lesarcfiers de la ville, ne pouvant en-

27 i HISTOIRE

trer dans ce monastère fortifié, résolurent (l'en escalader les murs. L'assaut fut donné et repoussé avec une égale vigueur: en se battait avec fureur sur un point, tandis que sur un autre une troupe d'archers faisait une brèche au mur de clôture qui se trouvait du côté de la rue Christine. Les moines assiégés, voyant le péril de celte dernière tentative, tirèrent de son sanctuaire l'objet le plus sacré de la religion, le Saint-Sacrement, et le posèrent sur la brèche, afin de désarmer les assaillants, ou de forcer la Divinité à opérer un miracle en faveur des assiégés. Cette ressource avait quelquefois, dans des cas semblables, été mise anciennement en usage avec succès; mais alors on était au dixseptième siècle. L'objet vénéré, placé entre les combattants, n'en imposa point aux archers; ils s'indignèrent de cette lâche et sacrilège ruse de guerre, et redoublèrent de courage. Les moines, vo^'ant l'inutilité de leur stratagème, demandèrent à capituler. « On donna des otages de « part et 4' autre, dit l'historien de ce < siège mémorable (âL Brossette); leprin- « cipal article de la capitulation fut que « les assiégés auraient la vie sauve : alors « ils abandonnèrent la brèche, et livrèrent *■ leur poste. Les commissaires du parie- « ment, étant entrés, firent arrêter onze * de ces religieux mutins, qui furent « m2ncs pii onniers a la Conciergerie. *

Au bout de vingt-sept jours, ces moines, protégés par le cardinal Mazarin. qui n'aimait pas le parlement, furent mis en liberté.

Cette guerre monacale, où deux religieux furent tués en combattant, et deux autres grièvement blessés, occupa toutes les bouches de la Renommée ; et Boileau la rappelle dans ce vers qu'il fait prononcer à la Discorde, énumérant ses exploits dans les monastères :

J'aurai faii soatenir un siège aux augustins.

La rue Dauphine, ci-devant Thionville, a été en grande partie ouverte et bâtie sur l'enclos et les jardins du couvent des Augustins. Lorsque le projet de tracer cette rue à travers cet enclos fut arrêté, ces religieux réclamèrent fortement contre cette entreprise; Henri IV rejeta leurs réclamations, en di;^ant que les loyers des maisons qu'ils bù tiraient sur cette nouvelle rue vaudraient mieux que le produit de leijrs choux.

Sur l'emplacement de l'église des Grands-Augustins ona construit, en li^ll, une vaste et magnifique halle, destinée au marché de la volailie et du gibier : marché beaucoup plus utile aux habitants de Paris que ne l'était le couvent des Augustins.

On a aussi, sur une partie de l'enclo.> de ces religieux, établi, vers l'an 4797, la rue du Pont-de-Lodi; de sorte qu'il ne reste plus rien des bâtiments de leur monastère.

Couvent des Béguines, depuis nomme l'Ave-Maria, situé rue des Barrés. Il fut fondé, vers l'an 1264. par saint Louis, qui acheta d'Etienne, abbé de Tiron, un emplacement pour y établir des béguines.

Dans la l'ie du roi par le confes.-eur de la reine Marguerite, on lit : « De rechief « il fonda la méson des Béguines de Paris, « de lez la porte de Barbéel. » 11 fonda plusieurs autres maisons de cette espèce dans son royaume, et même à Paris. Ces béguines, n'étaient pas cloîtrées; elles pouvaient quitter leur maison pour se marier, et ne faisaient point de vobux ; elles composaient une communauté de filles dévotes, soumises à une règle que l'on ne connaît pas.

Thomas de Chantpré parle de leurs mœurs et de leur pitte avec des éloges que mérit. nt presque toujours les insliiutions naissantes. D'autres auteurs . qui ont ccrit uu peu plus tard, sur la fin du treizième siècle, feraient croire que la première ferveur de ces béguines était déjà éteinte. Rutebœuf nous les représente comme des femmes inconstantes, qui renoncent facilement à leur communauté pour prendre un époux. Il suffît, dit-il, d'avoir le visage baissé et de porter de très larges robes pour être béguine. Il parle, en divers endroits, peu avantageusement de leurs mœurs, je rapporterai d« ce poète le couplet suivant :

Béguines a ou mont {au monde) Qui larges rubes ont; UeîSuus lor iob&> funt Ce que pas ne vous dis; Papelard el beguia Ont ie siècie tioui (1).

Sous Louis XI, ces béguines n'étaient pas en meilleure réputation. Le poète Villon leur fait, dans son testament, ainsi

(1) Fabliaux de Barbasan, 2e édit.,.t. II, p. 300.

sous LOUIS IX

<]n'aux moines mendiants, un legs que voici :

l'em, aux fère* nipndnnls.

Aux <l(v '«»< e' atix ln-^nines, Taiil lie l'a is q ip d"Ori"an<, T.ni turl pi i- 'r:c liirlu|i;u*s.

De 3-as<Hs s •iip'»-^ j ic 'biiej»

Et fl<ns leur fjii o».l:ition, El it.iis ai.rè!. s iib' l«*s coiirlinet Parier de coiuemiilat on (I).

Ces béguines, qui dans l'orig'ne étaient, dit-on, au nombre de quatre cents, se trouvèrent, en 1471, réduites à trois. On ne connaît point la cause de cette étranse Ijpopu'.alion. Louis XI, qui commettait -iutant de crimes qu'il faisait d'actes d.' dévotion, qui croyait expier les uns par les autres, saisit là circonstance de la presque viduité de- cette maison pour y établir un nouvel ordre de religieuses appelé de la Tierce ordre pénitence et observance de monsieur saint François, et ordonna que cette nouvelle communauté serait nommée l'Ave-Maria ; dénomination bizarre, conforme au génie du fondateur.

qui. zélateur de la Vierge Marie, institua h' premier la prière dite V Angélus ou le salat.

A peine ces religieuses furent-elles installées, que rDniver.>îilé, les ordres mendiants, etc., se réunirent pour lès proscrire et mettre à leur place les filles de Sainte-Claire. Le parlement rendit, en 1482, un arrêt qui porte que les filles de la Tierce ordre pénitence et observance de monsieur saiut François seront maintenues.

L'église du couvent de l'Ave-Maria n'avait de remarquable que les tombeaux ou monuments de personnes qualifiées ; tels que celui qui ren'"ermait le cœur de dom Antoine, roi de Portugal, cbassé de son royaume, et mort à Paris en 1595:

celui de Charlotte-Catherine de La Trémouille, femme de Henri de Bourbon, prince de Condé, morte le 28 août 1629. Elle fut empri-on-^ée pendant sept ans.

parce qu'étant grosse d'un page appelé Belcastel, et craignant les reproches de son époux, qui, parsa longue absence^ ne pouvait être l'auteur de sa grossesse, elle le fit empoisonner. Il est certain qu'il mourut de poison le lendemain de son arrivée auprès d'elle, le 5 mars 1588.

IJeuri IV, qui avait eu part aux faveurs

(l) OEuvres de François Villon, édition de Constelier, p, 57.

u • coite dame, fit. lors 7u' il fut roi. supprimer toute la procédure, déclara et fit déclarer par la cour du parl.^ment cette femme innocentp. et son fils L\!?iiime.

Son mausolée, en marbr". était plaçai dans le chœur; il fut tran-^féré au Musée dos monuments frmç^i-. C"lte princcs.se.

dont la vie fût très peu exemMliirc, est représentée à genoux sur son tombeau, les mains jointes.

D ms une chapelle était le mausolée, aussi en marbre, avec la figure ii genoux de Claude-Catherine de Clermonl , fameuse, sous le règne de Cha:les iX, par son esprit et son érudition; possé lant parfjitement les langues savantes, elle fut choisie pour répondre en latin aux ambassadeurs de Pologne qui apportèrent au duc d'Anjou le décret de son élection à la couronne de ce pays.

Dans la même chapelle on vovait aussi le mausolée en marbre et la figure a genoux de Jeanne de Vivonne, fiile d? Claude de Clermont, seigneur de Dampierre.

On conservait dans cett« église le corps de saint Léonce, donné par madame Guénégaud en 1709.

En vertu d'un privilège obtenu du pape. Matthieu Mole, garde-des-sceaux , et Renée Nicolaï, sa femme, furent enterrés dans le «^hapitre de ces religieuses. Matthieu Mole, distingué par sa fermeté pendant les troubles'de la Fronde, mourut en 1656.

Ce couvent, supprimé en 1790. a ét^ converti en caserne.

Les Cahmes dd cr.4Nd couvent. Ils furent situés d'abord sur l'emplacement dos Célestins, port Saint-Paul, et puis près de la place Maubert, entre la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève et celle des Carmes, à l'extrémité orientale de h rue des Noyers.

Ces moines ont, plus que tous les autres, cherché à relever la gloire de leur ordre par l'antiquité de son origine. Les généalog-stes les plus intrépides à braver les vérités et les vraisemblances n'ont jamais porté l'audace de leur métier aussi loin que l'historien des carmes.

Il fait descendre cet ordre, en ligne directe, du prophète Elie. qui fut, dit-il. premier s'jpérieur des carmes. C'est en raison de cette descendance que ces moines portaient un manteau tout semblable à celui quo ce prophète jeta, du haut du

ciel, à son disciple Elisée. L'auteur, dont l'imagination ne connaît aucune borne, range dans l'ordre des carmes tous les prophètes successeurs d'E'ie, tous les chefs de secte, tous les instituteurs de culte dont sa mémoire lui fournit les noms.

Pvthagore fut, suivant lui. un carme très célèbre. Le révérend père Xuma Pompilius ne quitta le scapulaire, signe caractéristique de cet ordre, que pour prendre le sceptre. Zoroastre fut aussi un carme très dévot. Les druides de la Gaule n'étaient que des carmes, et les vestales de Rome que des carmélites.

L'auteur montre quelque hésitation sur la question de savoir si Jésus a été moine de cet ordre ; après avoir balancé les raisons pour et contre, il se décide enfin pour l'affirmative, et soutient que le législateur des chrétiens était un père carme.

Voici ce qui, sur l'origine de ces moines, est plus conforme à la vérité. Quelques ermites habitaient différents points du mont Garmel. Albert, patriarche latin de Jérusalem, les réunit en 1112, et en forma un ordre religieux qu'il assujettit à une même règle. Le pape Honoré III, en 1171, confirma cette réunion et cette règle. Les ermites portaient des manteaux semblables, non à celui du prophète Elie, n.a s à C3UX des chefs des Sarrasins.

Ces chefs, ne voulant pas être confondus avec ces moines, leur ordonnèrent de se vêtir d'habits moitié noirs, moitié blancs. Leur vêtement était ainsi bigarré lorsque saint Louis, en 1253, de retour de sa prcm ère expédition en Palestine, amena cinq ou six carmes avec lui, et en gratifia la ville de Paris. Ce fut en grande partie à ses frais qu'il les établit dans un emplacement sur le port Saint-Paul, que les célestins ont occupé dans la suite. « Il « pourvut, dit Joinville, les frères du « Carme, et leur acheta une place sur « Seinne devers Charenton, et leur fîst « fere leur méson, et leur acheta veste- «' mens, calice, etc. (1). «Une chapelle et quelques cellules étant bâties, ces nouveaux venus s'y établirent; le peuple de Paris, qui ne s'attachait alors qu'à l'extérieur, leur donna le nom de Barres, à cause de b bigarrure de leur vêtement ; et la rue des Barrés, qui conduit au port

(1) histoire d-: saint Lcuis. édition Je 1764,

Saint-Paul, doit ce nom à l'établissement de ces moines.

Ces Barrés ont été l'objet des satires de quelques poètes du treizième siècle. Rutebœuf, dans sa pièce des Ordres de Paris, semble tirer du voisinage de leur maison et de celle des béguines des conséquences peu avantageuses à la continence des habitants de l'un et de l'autre couvent :

Li Rarré sont prè- des béguinos ; Neuf ^ in»: l en ont ; à lur voisines Ne Ihf faut que passer la porte, Que par auciuritez devines, Far essamples et par doctrines Que li uns d'aus à l'autre pot te (I .

Philippe le Bel consentit, en 1309, à donner aux carmes la maison du Lion, située au bas de la rue de la Montagne- Sainte-Geneviève et près de la place Maubert, maison d'où dépendait une petite chapelle. Ces moines quittèrent alors leur première demeure , et trouvèrent dans Jeanne d'Evreux, troisième femme de Charles le Bel, une protectrice zélée. Elle vendit en 1349 ses joyaux, ses pierreries, pour leur procurer les moyens d'étendre l'enclos du nouveau monastère, et de construir.' son église et ses autres bâtiments. Cette église, achevée en 1353, fut dédiée en la même année.

Au quatorzième siècle, les carmes étaient, à Paris, les religieux en faveur. Ils acquirent l'emplacement et les bâtiments du collège de Dace, et obligèrent les écoliers ij chercher un autre logis. La reine Blanche, veuve de Philippe VI, leuilégua, en mourant, un superbe reliquaire d'or, enrichi de pierreries, qui contenait un petit morceau de fer qu'on disait être une partie d'un des clous qui avaient servi à la passion de Notre-Seigneur.

L'église était vaste, mais sa construction n'offrait rien de remarquable, si ce n'est le portail, situé sur la rue des Carmes, autrefois nommée rue Saint-Hilaire. On y voyait les statues de quelques reines, et notamment celle de Jeanne d'Evreux.

principale bienfaitrice de ce couvent.

Celte église contenait plusieurs tombeaux: celui de Gilles Corrozet, libraire, qui !e premier a publié une description dtla capitale de France, intitulée les antiquités, Chroniques et Singularités de Paris. La seconde édition est de l'an 1 561 .

(l'j Fabliaux de Barbasa^^, 2^ édit., t. II, p. 293.

Son l'pitaphe. composée de huit rimes ] françaises, nous apprend qu il mourut à six heures du soir, le 4 juillet 1568, âgé de cinquante-huit ans. Le tombeau du cardinal Michel du Beq, qui, mort à Avignon le 29 août <318. voulut néanmoins que son corps fût transporte dans l'église des Carmes de Paris, et enterré dans le chœur, près du grand autel. Pour obtenir cette faveur, il donna au couvent vingt livres tournois et sa bibliothèque à condition que les livres seraient enchaînés. On enchaînait les livres dans la crainte qu'ils ne fussent volés. Il donna de plus mille livres pour servir à la construction de l'église. Le tombeau de FélixBuhy. qui, en •1681 . soutint une thèse en faveur des libertés gallicanes, où il prouva solidement que le pape n'était ni infaillible ni audessus aes conciles. Le commissai-e de l'ordre, d'après le vœu du pape, déclara ce père déchu de tous ses privilèges, incapable de toute fonction ecclésiastique.

Louis XIV, qui n'était pas encore mené par les jésuites, protégea ce persécuté.

Un monument , le plus apparent de ceux que renfermait cette église, y fut placé en 1784 , c'est celui que" M. BouUenois fils et d'autres membres de sa famille firent élever à la mémoire de M. Boullenoispère, avocat et auteur du Traité de la personnalité et de la réalité des lois.

Ce monument, placé dans cette église vingt-deux ans après la mort de celui dont il devait honorer la mémoire, fut fabriqué en Italie, et coûta plus de cent mille écus à la famille. C'était le tombeau le plus fastueux de Paris, et celui où le bon goût était le plus outragé. On pourrait appliquer à son auteur ce mot d'Apelles: 0 mon ami. tu n'es pu le faire beau, tu Tas fait riche ! En effet les matières les plus précieuses, les marbres les plus rares, le jaune et le vert antiques, le lapis-lazuli, des portraits en mosaïque, le bronze, l'argent, furent employés pour la composition mesquine de ce tombeau, transféré depuis au cloître du Musée des monument- français, mais dans un état de iegradation.

Les carmes de la place Maubert ont moins que les autres moines mendiants, fondés par saint Louis, figuré sur la scène historique. Cependant. le 4 décembre 16.'54, un carme nomme Ferdinand d'Ascallano, Romain, s'avisa de prêcher qu'en France

sous LOI is i\ 277

on ne devait obéir qu'aux lois religieuses. La Sorbonne censura cette doctrine ultramontaine. Le parlement manda à sa barre le supérieur et le régent des carmes. etle> admonesta en présence des docteurs de la Sorbonne (\).

Ces moines ne jouissaient pas d'une réputation de chasteté , et leur nom était presque un reproche d'incontinence; cependant on n'a que peu d'excès y imputer aux carmes deParis. Peut-être observaientils cette maxime : Si non caste, tamen cautè. Tout ce que l'histoire me présente sur bs mœurs de ce couvent se borne au fait suivant.

Pendant le carême de 1658, une grande partie de ces moines s'était réunie dans un lieu secret, et s'apprêtait, à la faveur des lérièbres de la nuit, malgré la règle de l'ordre et celles de l'Eglise, à faire bonne chère, et même à faire gras dans ce temps dabstinence. Le supérieur, instruit de ces dispositions, en fit avertir l'autorité. A deux heures après minuit, deux exempts, suivis de leur escorte.se présentent, pénètrent dans le couvent, troublent la fête, saisissent douze moines, et les mènent en carrosse au For-l'Evêque. On trouva, dans le lieu du festin, vingt-deux perdrix, des pâtés, des jambons et force bouteilles de vin (2).

Ils furent condamnés, par la cour du parlement et parl'official de Paris, à sortir du couvent des Carmes où ils étaient rentrés, et à se retirer dans diverses maisons de leur ordre. Ils refusèrent d'obéir, et se mirent en état de rébellion •. un nouvel arrêt, du 28 juin 1659. les condamna, sous des peines graves, à se retirer dans d'autres couvents, et ordonna aux chefs de ces couvents de les recevoir , etc. (3 .

L'ordre des Carmes fut supprimé en 1790, et l'église de ceux de la place Maubert démolie en 1812. Sur l'emplacement de ce couvent on a commencé, en 1813, à bâtir une halle destinée au marché de la place Maubert. Sa construction , suspendue en 1815. et reprise en 4816, fut terminéeen 1823.

Les Chartreux, situés rue d'Eu fer.

On était persuade, dans les monastères du

(1) Registres manuscrits du parlement dt Paris, aux 4 et 11 décembre 1654.

(2) Lettres de Guy Patin, t. 1, lettre 118.

(3) Registres manuscrits du parlement dt Paris, 28 juin 1659.

278 msTOîRE

treizième sirc^e, que pour illustrer un foudaleur d'ordre on ne pouvait se dispenser d'orner rhi.-toire de sa vie de quelqvies fables merveilleuses. Cette façon d'écrire l'histoire était qualifiéede mensonge pieux: pro pirlale mcnfiri. On inventa donc, pour emb'jllir la vie de saint Bruno, fondateur des Chartreux, une fiction lugubre, faite pour jeter l'effroi dans les espiits faibles, fiction digne de la sombre imagination deà solitaires encloîtrés.

Bruno assistait, dans l'église de Notre- Dame de Pa'-is, à l'office des morts, célébré pour l'àme d'un chanoine nommé Raimond Diccre, qu'on allait porter en terre.

Le défunt avait une grande réputation de sainteté; mais on va voir qu'il ne la méritait guère. Lorsque le clergé en fut à ces paroles : « Responde mi/ii, qnanhis habeo iniquiiafpn? » on voit aussitôt le mort lever la tête au-dessus de son cercueil, et répondre à cette question: « Justo Dei jnriicio accusât us sum. » A ces mots les assistants, saisis d'effroi, prennent la fuite; la cérémonie funèbre interrompue est remise au lendemain.

Le jour suivant, le clergé, voulant continuer la cérémonie , entonne le même chant: le mort se lève et répond qu'il est jugé. A ces mots l'épouvante saisit les assistants, qui désertent aussitôt l'église et remettent la partie. Pour la troisième fois, le mort interrogé déclare qu'il est condamné par le juste jugement de Dieu.

■ On ajoute que saint Bruno, témoin de cette scène effrayante, renonça au monde, et résolut de faire pénitence. Lesueur, chargé de peindre, dans le cloître des Chartreux, les principales actions de ce fondateur, en reproduisant ce fait, a donné des preuves de la supériorité de son talent, sans prouver la vérité du sujet. Le doctei T de Launoy, persuadé que de pareilles fictions devenaient plus nuisibles a la religion dans un siècle éclairé, que profitables dans des temps d'igncraDce, a solidement démontré la fausseté de cette tradition. Le père Bonaventure d'Argonne, chartreux de la maison de Paris, a dans ses Mélanc/fs hiatoriques , publiés sous le nomdeVigneul de Marville, réuni un grand nombre de passages d'écrivains qui ont parlé de saint Bruno, lesquels concourent à prouver jusqu'à l'évidence que cette aventure est une fable inventée par

l'éditeur des œuvres de ce fondateur (1),

L'ordre des Chartreux était établi depuis cent quatre-vingts an^ lorsque saint Louis fit venir, en '12!o7, cinq moines de celte espèce à Paris, et les plaça d'abord a Gentilly, village voisin de cette ville, où ils restèrent jusqu'en 1258.

Au midi et hors des murs de Paris, vers l'entréedela grande avenue qui, du parterre du Luxembourg, sedirige à l'Observatoire, s'élevait, au milieu des prairies, un ancien chat: au entouré de hautes murailles, et appelé le château de Vauvert. Ce château était pour les habitants de Paris un objet d'effroi, et réveillait en eux d'épouvantables et sinistres pensées. Des revenants y apparaissaient ; des diables, chaque nuit^ y tenaient l'assemblée du sabbat; on y entendait des bruits affreux. Depuis longtemps ce séjour d'horreur était inhabité ; on se détournait même du chemin qui conduit de Paris à Issy, pour éviter la rencontre des esprits infernaux. La terreur qu'inspirait ce lieu s'était si puissamment emparée des imaginations que le souvenir s'en est conservé longtemps après, et a donné naissance à cette phrase proverbiale : Aller au diable Vauvert , pour signifier faire une course pénible et dangereuse ; et aujourd'hui, par corruption, on dit encore: aller au diable auvert. Plusieurs écrivains des quinzième, seizième et dixseptième siècles ont souvent parlé de la puissance de ce diable (2).

(1) Mélanges historiques, t. II, p. 186 et suiv.

(2) Le poète Villon parle d'un carme appelé frère Bande, qui portait les armes comme

S'il ne quille ses armes

C'est bien le diable de Vauvert.

Guillaume Coquillart, dans sa p'èce,itf« Droits nouveaux, à propos du babil de plusieurs femmes réunies chez une accouchée, s'exprime ainsi :

Que le grand diable de. Vauvert A peine se peut démesier.

Rabelais dit : « Cet Ang^ia est un autre diable de Vauvert. " [Pantaguel, lib. 11, chap. 18.)

Dans une pièce intitulée le Franc Taupin, publiée en 1614, on lit, p. 7 : .< Dieu sait « comme les moines crieront : c'est bien les^ « toucher où il faut ; pour nous donner be-

La voie romaine qui conduisait à Issy, appeléien 1210 chemin d' Issy, et ensuite rue de VauvcTt, a peut-être, à cause des récils épouvantables que l'on dcbiluit sur ce château et son diable, reçu le nom de rue d'Enfer, qu'elle porte encore aujourd'hui. Il faut ajoi t-T que de vastes carrières qui s'ouvraient sur celte rue servaient, et servirent encore longerais d'asile aux malfaiteurs, aux brigands qui avaient intérêt à maintenir l'épouvante publique.

Les chartreux avaient, à ce qu'il paraît, oonnaisiaff^e de la vraie cause de la terreur p^pilai.e: tn 1258, ils demandèrent à «a;ut Loui^ e château de Vauvert, afin do se trouver plus à portée de profiter des leçons de l'Universit^. Ce roi. toujours libéral envers les nouveaux établissements monas'iques, leur (if,eii 1259, don de ce château, et eu même temps y ajouta de nouvelles libéralités.

Dans les annales du règne de saint Loui<, on lit que ce roi « fit fere la mai- « son de la Chartrouse qui est au dehors • de Paris, qui a nom Vauvert (l). »

On a dû remarquer que chaque nouvel établissement religieux à PariS causait quelques querelles, et trouvait des oppositions de la part des seigneurs ecclésiastiques ou des curés : celui de Saint-Séverin s'opposa de tout son pouvoir à ce que les chartreux eussent une église, un c metière et des clocher ; à ce qu'ils les fissent sonnera volonté, œlebrassent l'office divin, et reçussent les offrandes aux messes : ces usages attentaient à ses droits curiaux. En 1261, un accord mit fin à ces débats. et le curé de Saint- Séverin fut apaisé moyennant une rente de dix sous parisis que lui promirent les "chartreux.

Ces religieux n'eurent d'abord, pour célébrer l'office, que l'ancienne chapelle du château de Vauvert. Saint Louis sentit kl nécessité de leur procurer un local plus

« sogne, on parle du diable de Vauvert, et de

■ la Ligne, etc. "

Le rimeur d'Assoncy, dans des vers adres-

iés au duc de Savoie, dit :

Bref, lani en esté qu'en brrer On fjiii \e diable de Vauvert.

Dans la pièce intitulée le Poète crotté, de Saint- Arnaud, on lit :

Je le le jure par la garbe.

Par i„ii (Ifiu -j i<'d de U.xrbf,

f^r le grand d aàle de \ ouvert, eic.

(1) Ànnalesy édit. de 1761, p. 241.

Vaste : en 1260, il fit commencer la construction dune nouvelle église, et en po'-a la première pierre. Ce roi étant mort dans sa seconde expédition d'outre-mer, les chartreux ne trouvèrent point dans son successeur un protecteur aussi zélé. Le.s travaux, peu avancés, restèrent suspendus, et ne furent repris qu'en 1276 : ik n'étaient pas terminés en 1310, et la charpente ne fut entièrement posée qu'en 132i. Le célèbre Pierre de Montreuil fournit les plans et les dessins de cet édifice ; mais il mourut sans le voir terminé.

La chapelle du château de Vauvert fut convertie en réfectoire ; plusieurs personnes pieuses contribuèrent à la construct on des autres parties des bàtimLnts.

J^'église, qu'on pouvait citer comme un chef-d'œu\Te d'architecture sarrasine, était ornée de plusieurs tableaux d'habiles maîtres, tels que Louis et Bon Boullogne, Jouvenet, Philippe de Champagne. Antoine Coypel. etc. La menuiserie du chœur avait coûté trente années de travail à un frère convers de ce couvent, appelé Henri Fuzelier.

Cette église contenait plusieurs phylactères précieux. Au quatorzième siè:le, le duc de Berri lui fit présent d'un reliquaire du poids de vingt-cinq marcs d'argent : il contenait la sandale de saint Jean -Baptiste. Le même duc promit aux chartreux un autre reliquaire plus riche encore, pesant sept à huit cents marcs d'argent, et contenant le mentcn du même saint Jean; mais il ne tint pas cette promesse. On

image en vermeil de saint Louis. Ce roi était représenté avec une couronne enrichie de diamants, tenant d'une main le sceptre royah et de l'autre une épine, extraite delà sainte couronne. Le l^' janvier '1716, des voleurs entrèrent par les fenêtres dans l'église, prirent deux reliquaires et cette image de saint Louis, que quelques jours après on retrouva dans le jardin du Luxembourg; mais il lui manquait la couronne et le sceptre : dans la suite, et dans le même jardin, ce demie» objet fut retrouvé.

Le chapitre était décoré de plusieurs ta bleaux de La Grcnée, de Jollain, de Lesueur : on y remarquait un superbe tableau représentant le Christ crucifié, un des meilleurs ouvrages de Philippe de Champagne, qu'en mourant il légua aux chartreux.

Cette église renfermait les tombeaux de Pierre de Navarre, fils de Charles le Mauvais, mort le 29 juillet 1412; de Jean de la Lune, neveu de l'anti-nape Benoît XIII, mort en 1414; de Louis Stuart , seigneur d'Aubigny, mort à Paris en 1665; du <3ardinal de Dormans, évèquede Beauvais, dont on voyait la figure en bronze, couchée sur un marbre noir, etc.

Cette communauté avait deux cloîtres, le grand et le petit ; ils étaient entourés d'appartements composes chacun de deux ou trois pièces, et d'un petit jardin. On comptait dans ces deux cloîtres quarante logements de cette espèce.

"c'est dans le petit cloître qu'à diverses époques on peignit les principales actions de la vie de saint Bruno. En 13o0,* elles furent peintes sur le mur; en loOO. sur la toile, et dom Zachari Benedicti composa des vers latins pour chaque tableau ; enfin, en 1648, le célèbre Lesueur les peii^nit sur bois, et les distribua en vingtcinq tableaux, qui sont autant de chefsd'œuvre'. Il employa trois années ii cet ouvrage. Dans la suite, les chartreux en firent présent au roi, et ces tableaux furent transférés dans la galerie du Luxembourg : aujourd'hui on les voit au Louvre, dans le musée des tableaux.

Les vitraux de ce cloître étaient remarquables par la beauté de leurs peintures, ouvrages de Sadeler.

On peut désigner la situation du grand cloître en faisant observer que le pavillon, entouré d'arbres, situé dans la grande pépinière du Luxembourg, était placé au centre de ce cloître.

On voyait aussi, dans ce grand cloître , quelques vieux tableaux : un d'eux avait quinze pieds de longueur, et représentait la fondation de quatorze cellules pour autant de moines, faite par Jeanne de Chàtillon, comtesse de Blois, qui épousa, en 1272, Pierre, comte d'Alençon,fiis de saint Louis. Ce tablcxiuétait originairement peint sur le mur, mais, en 1712, les seigneurs de Chàtillon, qui se prétendaient issus de <:ette princesse . quoiqu'il soit prouvé qu'elle mourut sans enfants, firent copier sur toile ce tableau tel qu'il était sur la muraille : c'est ce qu'apprenait une in- ."^cription placée au bas de ce tableau , inscription où labbé Lebeuf a découvert plusieurs erreurs historiques (1).

(1) Variétés histor., t. I, Ire p.i.rtie. p. 46,

On y voyait Jeanne de Chètillon devant une image de la Vierge , lui offrant quatorze chartreux à genoux, et sur un rouleau qui partait de sa bouche on lisait ces mots : « Vierge mère et pucelle , à ton « chier fieus présente XIÎII frères qui « prient pour moi. »

L'enfant Jésus, placé sur les genoux de sa mère, répondait , par le moyen d'un autre rouleau : « Ma fille, je prensle don « que tu me fais, et te rens tous tes mé- « faits. »

Ainsi tous les méfaits de la donatrict* étaient expiés par la fondation de quatorze cellules, et leur absolution se trouvait garantie par les paroles mêmes dn l'enfant Jésus en peinture; ainsi, en donnant des biens aux moines, suivant la religion de ces vieux temps , on était dispensé d'avoir des vertus . Si les prière.-, achetées pouvaient alors procurer le salut des âmes, aux riches seuls devrait appartenir le royaume des cieux mais l'Fvangile dit tout le contraire.

Dans le même cloître, on voyait un autre tableau, représentant Pierre de Navarre à genoux devant la sainte Vierge, récitant le premier verset du Miserere, et offrant à cette sainte Vierge quatre chartreux à genoux devant lui , et pour lesquels il avait fondé quatre cellules. Mais il n'obtenait pas , comme avait obtenu Jeanne de Chàtillon, fondatrice de quatorze, l'entière absolution de ses péchés.

Ces moines s'érigeaient donc en distributeurs des faveurs célestt s. et en proportionnaient rétendue à la valeur des biens qu'on leur donnait.

Il existe encore un bâtiment moderne, bâti en 1623. que l'on voit à l'est de la grande avenue du Luxembourg : il servait, de troisième entrée à cette maison, la première étant sur la rue d'Enfer. Après avoir passé sous les portiques de ce bâtiment, on trouvait en face, au bout d'une cour, un second bâtiment d'une construction plus ancienne. Sa façade était ornée de figures et d'ornements m.oresques précieus'ement travaillés. Au-dessus des arcades en ogive, on voyait un grand basrelief dont le fond ét*^ait semé de fleurs de lis. Ce bas-relief représentait une Vierge Marie , et au-dessous d'elle, trois saints avec leurs attributs : saint Hugues avec son cygne, saint Jean-Baptiste avec .son agneau , saint Antoine avec son cochon. On y remarquait aussi un

sors groupe, composé de la figure de Louis XI et de cinq ou six moines à ij;enoux. Ce roi semblait offrir à la Vierge ces moines payes pour prier pour lui"; et la Vierge, tournée de son côté . semblait , en faveur de ces prières achetées, lui promettre le pardon de tous ses crimes.

Les écrivains qui ont parlé de ce monument singulier ont tous dit que la figure

LOIIS 1\ 2hJ

du roi était celle de saint LoUis: nviis iU n'ont fait attention ni à rarchilecture ni a la sculpture, ouvrag's qui appartenaient évidemment au quinzième siècle : ils n"ont pas vu. ce qui doit dissiper toutes les incertitudes, ils n'ont pas vu que lu figui»du roi étafit caractérisée par le collier dil'ordre de Saint-M ichel . ordre que Louis X I institua au mois d'août 1469. Ainsi cet

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Détails d'arcliitecture du vi' au xi*^ siècle.

édlticeet ces bas-reliefs étaient postérieurs à cette année, et du temps de ce roi.

La maison des chartreux de Paris était une des plus riches de l'ordre. Ses bâtiments et son enclos avaient eu superficie environ soixante mille quatre cent cinquante toises carrées. Cet enclos n'était pas, dans l'origine, aussi étendu qu'il l'a été depuis. En 161.3, Marie de Médicis, pour former le jardin du Luxembourg, acht'la plusieurs parties de celui des chartreux, et leur donna en échange de vastes terrains situes au-delà du chemin qui conduisait à

Issy. Cette route, ancienne voie lomain.passait autrefois devant l'église de ce cou vent; elle fut alors détournée, et. comprise dans l'enclos de ces religieux , il u"\ en resta plus aucune trace. Cette vasl> clôture, placée dans l'intérieur de Pari-, gênait la population environnante . rendait les communications difficiles . et faisait depuis longtemps désirer l'éloignement de ses propriétaires. Elle est aujouid'hui en partie OLCupée par deux pépinières.

Les chartreux ont ete supprimés en

1790: leur église et leur couvent ont été démolis dans la suite. L'emploi qu'on a fait de leur emplacement est un bienfait, une source d'agréments pour les habif.-Hits du voisinage ; des rues nouvelles ont été ouvertes, et des communications désirées se sont établies. Le jardin du Luxembourg s'est agrandi du côté du sud ; une longue et large avenue, plantée de quatre rangs d'arbres, tracée entre deux pépiîiiëres, et qui, du parterre du palais des Pairs, s'étend jusqu'à une vaste grille, et se prolonge au-delà jusqu'à l'édifice de l'Observatoire, remplace avantageusement les sombres et tristes demeures de ces solitaires inutiles.

Sainte - Croix -DE - LÀ - Bretgnnerie.

Cette église de chanoines réguliers, située rue de ce nom, entre les nos -12 et 16, fut, en 1258, londée par saint Louis, dans l'emplacement de la maison de l'ancienne Monnaie. Voici comme le sire de Joinville parle de celte fondation : « Revint une « autre manière de frères qui se fai.^aient « appele'r Frères de Sainte-Croiz, et por'.ant « la croiz devant leur piz ( poitrine ) et « requistrent au roy que il leur aidast. Le « roy le fist volen tiers et les herberga en « une rue, appelée le quarrefour du Tem- « pie, qui ore est appelée la rue de Sainte- « Croix (1). »

Ces frères, nommés d'abord Porte-Croix, Croisiers, quoique riches des bien'a^tsde saint Louis, ne laissaient ])as d'aller tous les matins demander l aumône dans les rues de Paris, comme on le voit dans la pièce intitulée les Crieries de Paris .

Aux f ères des pies demandent, E 11 croisiè pas lies aiemieiii, A pain cner meUenl grani peine.

Leur église fut bâtie par le célèbre Pierre de Montreuil : c'était un des plus beaux ouvrages de cet architecte. Sous cette église étaient seize caveaux qui ont servi de sépuLures à plusieurs familles de Paris. Le [résident Barnabe Brisscn.un des hommes les plus instruits de son temps, et une des victimes des fureurs de la Ligue, y fut enterre en 1o9l. On v vovait quelques monuments funèbres et quekpies tableaux de Vouet et de Philippe de Champagne. Le réfectoire était aussi orné de tableaux; on y remarquait un élégant ta-

\l) Histoire de saint Louis, édit. de 1761 p. 152.

DE P\R1S "JS^

hacrum, exécuté d'après^^s dessins d- Servandoni.

Quoique ces chanoines fussent qualifiés de réguliers, ils ne l'étaient guère dans leurs mœurs. On tenta, à plusic^urs reprises, d'introduire parmi eux la réforme : mais ces tentatives furent toujours sans succès. Souë le règne de Louis XIII, de nouveaux désordres réveiller, nt l'attention du gouvernement. Le cardinal de La Rochefoucauld, pour régénérer cette communauté, voulut y placer des chanoines de Sainte-Geneviève; mais ceux de Sainte- Croix repoussèrent ces reformateurs. Enfin ils résolurent de travailler eux-mem! s à leur propre reforme, et de se soumettre à la règle de saint Augustin.

Cette communauté fut supprimée en 1778. Sur l'emplacement qu'elle occupait, on a bâti diverses musons particulières, et on y a établi un passage.

Les jurés-crieurs pour les inhumati'ons avaient leur lieu de réunion dans la maison de Sainte-Croix-de-la-Brctonncrie. Ils fo'irnissaient tous les objt^s nécessaires aux enterreinenîs, m^me les habits et les l)illetsde faire part. Si l'un de ces crieurs mourait, tous ses confrères assistaient à la cérémonie funèbre, vêtus en robes et armés d'une clochette qu'ils faisaient retentir sans interruption, depuis la levée du corps jusqu'au moment où son cercueil était déposé en terre.

Blancs-Manteaux, couvent de moines, situe sur la rue qui porte encore ce nom, entre les numéros 12 et 1 6 ; nom qu'ils durent à la couleur de leurs manteaux.

Ils se qualihaient de serfs de la Vierge Marie. Ils vinrent, en 12-';8, de Marseille à Paris, pour profiter de la grande faveur dont jouissaient les religieux de toute espèce sous le règne de saint Louis, et participer aux libéralités de ce roi, qui, en effet, contribua avec quelques particuliers à l'établissement de leur maison. Joinville en parle ainsi : « Revint une autre ma- « ni ère de frères que l'on appelle l'ordre « des Blancs-Manteaux, et requistrent au « roi que il leur aidast que ils peussent « demeurer à Paris. Le roi leur acheta « une meson et vielz places en tour pour « eulz herberger, de lez la viex porte du « Temple à Paris , assés près des lissa- « rans (1). »

11) Vie de saint Louis, édit. de 1761, p, 152.

sous I.

Leur imnso© fut bMif -ur un emplact'nviil situe en dednn.s cl près du mur d'enceinte de ia ville. Le roi fut, comme à l'ordinaire, obligé de vaincre les difficultés que les seigneurs ecclésiast qucs opposaient à cet établiNsement, et d'acheter leur consentement.

En 1274, le pape Grégoire X, dans le second concile de Lyon, supprima tous les ordres religieux mendiants, excepté les «armes, les cordeliers, les jacobins et les augustins. N'étant point compris dans l'exception, les serfs de la Vierge Marie cessèrent d'exister en communauté ; mais Paris n'y perdit rien.

En 1297, d'autres mendiants, autorisés

r un autre pape, remplacèrent les serfs ela Vierge Marie : ils se nommaient Guillemites ou Guillemins. Le public, sans avoir égard à ce changement, les nomma, comme il avait nomme leurs prédécesseurs, Blancs- Manteaux.

Tant que les guillemins se bornèrent à

)iis IX 283

n'être que guillemins, ils furent des hommes sans reproche: mais dès qu'ils ot-vii.rent riches et favorisés, ils cessèreiît de mériter la confiance publique. Ce juge»nent est la substance des vers que Rutebœuf a consacrés à ce couvent.

En 1618. les guillemites furent reformés et réunis aux bénédictins, suivant la réforme de Saint-Vannes de Verdun.

Le monastère fut reconstruit ; et, le 26 avril 168o. le chancelier Le Tellier et son épouse en posèrent la première pierre.

On voyait dans l'église le tombeau de Jean Le Camus, lieutenant civil. Ce magistrat, représenté à genoux, avait devant lui un ange qui lui servait de pupitre. Ce groupe fut .sculpté, en 1719, par Simon Mazieres.

Ce monastère fut supprimé en 4790; mais l'église, conservée, a été érigée en succursale ds la paroisse de Saint-Merry, dans le septième arrondissement, sous le titre de Notre-Dame-des-Blanc-^-Manteaux.

Pm DU PREMIER VOLOMB

tattft, — Typographie Laoovb. me SoufBot, IS.

p^ , — Typ. Lacour, rue Souffle;, 18.

PAR DULAURE

Nouyelle Édition

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