TOME DEUXIÈME
PARIS
H. BOISGARD, 'l I B R AIR E-ÉDITE l R
i3. RUE SUGER, 13 185G
PHYSIQUE, CIVILE ET MORALE
PAR DULAURE
Hospice des Quinze-Vingts, autrefois ; pour fondateur. On ignore les daails et situé rue Saint-Honoré, au coin de la rue j l'époque précise de cette fondation ; on sait Saint-Nicaise, et depuis rue de Charen- j seulement que cette maison était destinée ton, no 30. Cette maison eut saint Louis ! à loger et entretenir trois cent? aveugles
Kglise Saint
pauvres ; quelie tut construite vers l'an j vêque de Paris, lequel il l'.llut dédorama- 4 290, sur une pièc-e de terre appelée ger: que la chapelle dé cet hôpital était Ch^rapourri, située dans le voisinage du ! dédiée à saint Rémi, et qu'en 1270, ce roi cloître Sainl-Honoré, et apparteDant"à l'é- 1 ajonra à ses bienfaits envers cet etabli*se-
li DUL.4URB i
ment, par le don de trente livres de rente, destinées spécialement au potage de ces trois cents aveugles.
Voici comment le confesseur de la reine Marguerite rapporte l'historique de cette fondation : « Aussi li benoiez rois fistache- « ter une pièce de terre de lez Saint-En- « nouré, où il fist fère une grant mansion « porce que les poures avugles demorassent « ilecques perpetuelement jusques à trois « cents; et ont touz les anz de la borse « du roi, pour potages et pour autres cho- « ses, rentes. En laquelle méson est une « église que il fist fère en Veneur de saint « Rémi, pour ce quelesditz avugles oient « ilecques le service Dieu. Et plusieurs « fois avint que li benovez rois vint as « jours de la feste Saint-Remi, où lesdits « avugies fdsoient chanter soUempnement « l'office en l't^glise, les avugles présents < en tour le saint roy (1). »
Clément IV, par une bulle de i 265, recommande cette institution aux évêques et prélats de France, les invite à favoriser leurs quêteurs, c'est-à-dire ceux qui demandaient l'aumône pour ces aveugles.
Guillaume de Villeneuve, dans ses Crieries de Paris, nous les présente demandant à grands cris du pain dans les rues de cette ville.
A pain cvier meuent grant peine, E li avugle, à hauie alaine Du pain à cels de champs porri, Dont moult sovent, sacbiez, me ri.
Rutebœuf, poète du treizième siècle, dans sa pièce des Ordres de Paris, ne se montre point l'admirateur de cet éiablissement. Voici, en substance, ce qu'il en dit :
« Je ne sais trop pourquoi le roi a réuni « dans une maison trois cents aveugles « qui s'en vont par troupes dans les rues « de Paris, et qui, pendant que le jour « dure, ne cessent de braire. Ils se heur- « tent les uns contre les autres, et se font « de fortes contusions ; car personne ne les « conduit. Si le feu prend à leur maison, « il ne faut pas en douter, la communauté « sera entièrement brûlée, et le roi obligé « de la reconstruire sous de nouveaux « frais. »
Les Quinze-Vingts sont restés dans leur habitation primitive jusqu'en 1779. A
(1) Vie de saint louts, 'i.lit. de 1761, p. 345, 346.
cette époque, le cardinal de Rohan, grand aumônier de France, fameux par ses nombreux bénéfices ecclésiastiques, par son luxe, sa crédulité, et par ses misérables intrigues de cour, transféra ces aveugles au faubourg Saint-Antoine, rue de Gharenton, dans l'hôtel des ci-devant mousquetaires noirs; il établit un nouveau système d'administration, augmenta le nombre des pauvres admis, et le porta à celui de huit cents. Ces pauvres, au lieu de treize sous six deniers par jour, eurent chacun vingt sous et, suivant les circonstances, vingt-six sous ; et chaque enfant provenu de leur mariage était nourri et recevait deux sous par jour jusqu'à l'âge de seize ans : alors on faisait apprendre ' un métier à ces enfants, qui ne sortaient de l'hôpital que lorsqu'ils étaient en état de pourvoir à leur existence.
Toutes ces améliorations cachaient, diton, des dilapidations immenses. Je ne prononcerai point sur la justice des nombreux reproches qu'a excités la partie financière de l'administration de ce cardinal ; et, il faut l'avouer, la réputation de ce prince de l'Eglise n'était guère propre à établir des préventions favorables à la fiidéiité de sa gestion.
Un arrètdu parlement, du 1 4 mars 1 783, établit dans cet hôpital un hospice pour vingt pauvres de province atteints de maux d'yeux, qui devaient y être gratuitement logés, nourris, habillés et traités, et où les pauvres de Paris attaqués de même maladie pourraient aussi recevoir un traitement.
Aujourd'hui cet hôpital se compose de trois cents aveugles de première classe, J nourris, chauffés, habillés, et qui reçoi- 1 vent en outre trente-trois centimes par jour;
De cent vingt aveugles de secoiiue classe qui ne reçoivent point cette somme journalière, mais qui sont entretenus et instruits, et qui ont l'espoir de parvenir à la première classe ;
Et des aveugles de tous les départements qui peuvent prétendre à l'admission, en faisant preuve de pauvreté et de cécité absolue.
Cet hôpital est au nombre de ceux qui sont aujourd'hui sous une administration particulière. Dans l'année 1815, on y a compté 116,940 journées (1).
(i) Expression administrative, employée
sous LOUIS IX
En l'an ix, on a réuni à l'hospice des Quinze-Vingts l'Institution des Jeunes- Aveugles, fondée par M. Haiiy. Cette institution a ensuite été transférée rue Saint-Victor. ( Voyez Institution des Jeunes- Aveucf les.)
Hôtel-DieÙ, hôpital situé île de la Cité, au midi de la place ou parvis de l'église cathédrale de Notre-Dame. Presque tous ceux qui ont écrit sur cet hôpital attribuent sa fondation à saint Landri, évêque de Paris, qui vivait au septième siècle. Cette opinion n'est appuyée sur aucun monument historique; quoique, depuis près de trois cents ans, on ait répété ce fait comme certain, on ne l'a jamais prouvé : on n'a fait que répéter une erreur.
Saint Landri, pendant une grande famine arrivée, dit-on, vers l'an 631, donna d'amples secours aux pau^Tes : c'est de cette action très louable qu'on a induit que ce saint évêque avait fondé l'Hôtel- Dieu.
n existait, près de la maison de l'évèque ou plutôt la maison de l'église de Paris, comme près de toutes les autres maisons d'évêques, un lieu destiné à la nourriture des pauvres inscrits sur la matricule de l'église. Ces pauvres étaient nommés matriculaires ; ils y logeaient pour la plupart, et y étaient soignés lorsqu'ils étaient malades : voilà Torigine des hôpitaux voisins des églises cathédrales, et certainement celle de THôtel-Dieu de Paris. On construisit, on ne sait à quelle époque, pour l'usage des pauvres matriculaires, une chapelle dédiée à saint Christophe, qui donna son nom à l'hôpital. La chapelle et l'hôpital de Saint-Christophe, dans un titre de l'an 829, se trouvent réunis et pour la première fois mentionnés.
Cet hôpital était peu considérable, non par le manque de pauvres malades, mais feute de lits pour les coucher. L'église de Notre-Dame y pourvut, en H 68, par un statut qui porte que chaque chanoine, en mourant ou en quittant sa prébende, sera tenu de donner un lit à cet hôpital ; ce statut a beaucoup contribué à l'accroissement de ses lits.
Cette maison n'était pas seulement destinée pour les pauvres malades : on y re-
pour représenter l'ônsemble des jours que, pendant une année, des malades ont séjourné dans cette maison.
cevait encore des- pauvres valides comme dans les temps primitifs. Adani^ clerc du roi, à la fin du douzième siècle, fit don à cet hôpital de deux maisons dans Paris, avec cette condition singulière, qu'au jour de son anniversaire, on fournirait, seulement aux pauvres malades, tous les mets ou comestibles qu'ils pourraient désirer (1).
En 1221, année fameuse par les nombreuses tempêtes, le tonnerre, vers la fin de juillet, tomba sur les bâtiments de cet hôpital et les endommagea. L'auteur qui rapporte ce fait qualifie ces bâtiments d'aumônerie située devant l'église de Sciinte.-Marie de Paris (2).
Philippe-Auguste est le premier roi connu qui ait fait quelques libéralités à cet hôpital. Dans ses lettres du mois de mars 1208, il est dit : •< Nous donnons à « la Maison de Dieu de Paris, située de- « vant la grande église de la bienheureuse « Marie, pour les pauvres qui s'y trouvent, « toute la paille de notre chambre et de « notre maison de Paris, chaque fois que « nous partirons de cette ville pour aller « coucher ailleurs (3). »
Cette paille foulée, triturée, salie, dont Philippe- Auguste gratifie l'hôpital, ne donne une grande idée ni de l'état où s'y trouvaient Tes pauvres, ni de la magnificence des chambres du roi, dont les planchers, au lieu de parquets et de tapis, n'étaient couverts que de paille.
Saint Louis mérita, plus que Philippe, le titre de bienfaiteur de cet hôpital. 11 le piit sous sa protection spéciale; il lui accorda en 1248 l'usage d'un prétendu droit que le roi, les princes, les officiers de la couronne et l'évèque de Paris exerçaient sur les marchés : ils prenaient les denrées qui leur plaisaient, et en fixaient euxmêmes le prix. Tel était le droit inique et attentatoire à la propriété dont saint Louis gratifia l'Hôtel-Dieu.
Ce même roi déclara cet hôpital exempt de toutes contributions, de droit d'entrée et de tout péage par terre et par eau ; il en augmenta les bâtiments, les étendit jus-
(1) Histoire de la ville et du diocèse de Paris. par Tabbé Lebeuf, tome I, pag. 26 et 27.
(2) Guill. Breton. Recueil desHist. de France, t. XVII, p. 775.
(3; Omne stratnen de camerd et domo riosirâ Parisieix^i, etc. Histoire de Paris, par Félibien, t. III, p. 249.
qu'au Petit-Pont. Â diverses reprises i! lui assigna des rentes considérables pour le temps. Il fut le premier roi qui se signala par des bienfaits envers cette maison , et lui donna une consistance dont elle n'avait pas encore joui. Ce furent sans doute les améliorât ";( ns qu'elle éprouva sous ce règne qui la firci i renoncer à sa dénomination de SaiBt-( ;hristophe, pour prendre celle d'Hôpital ( îeNotre-Dame ou de Maison de Dieu.
Les su( îesseurs de saint Louis imitèrent anoUjUofois son exemple : Charles V, en 13'^!, exempta cet hôpital du droit de prise, droit onéreux, vrai brigandage que les rois , les reines , les princes de la cour, etc., avaient coutume d'exercer sur tous les habitants de Paris, dont j'ai eu occasion de parler, et dont je parlerai encore. Par cette exemption la cour se réduisit à ne plus enlever à l'Hôtel-Dieu ses charrettes, ses chevaux, ses bêtes à cornes, ses pailles, ses grains, etc., qu'elle était en usage de prendre pour son service.
Il serait trop long de rapporter tous les bienfaits que cet hôpital reçut, à diverses époques, de la part des rois, et surtout des particuliers.
L'Hôtel-Dieu est composé d'une réunion de bâtiments irrégulièrement disposés , construits- et ajoutés les uns aux autres en différents temps. Il ne présente point, comme plusieurs établissements de ce genre, un ensemble régulier, ni des parties symétriques. Ce n'est que sur la place du parvis de Notre-Dame qu'on a cherché à donner à cet amas de bâtiments quelque régularité. En 1804, on exécuta, sur les dessins de M. Clavareau, le projet de procurer à cet hôpital une façade et une entrée plus caractéristiques et plus convenables. Un pavillon avancé, de 25 mètres de développement, d'un style sévère, couronné d'une frise dorique et d'un vaste fronton, et accompagné, à chacun de ses côtés, de deux grilles qui s'ouvrent sur deux cours, forme la seule façade régulière et Ventrée principale de cet hôpital.
Ses divers et principaux bâtiments s'étondaient le long de la rive méridionale du petit bras de la Seine; enfin, par le moyen de ponts établis sur ce hras de rivière, ils s'étendirent jusqu'à la rive septentrionale. Les deux ponts qui servent de communication d'une rive a l'autre se nomment, l'un le pont Saint-Charles, qui sert tout entier à l' Hôtel-Dieu , et qui fut bâti en 1 606;
et l'autre le Pont-au-Double , construit en 1634, et dont une grande partie de la largeur est occupée par l'hôpital ; l'autre partie est publique et sert aux piétons. Il doit son nom au double tournois qu'en y passant on était tenu de payer. Le double tournois équivalait à deux deniers. Lorsque cette monnaie cessa d'être en usage, on do!)na un hard pour le prix du passage, le:^uel est aujourd'hui gratuit.
En 1782, après qu'on eut démoli le Petit-Châtelet, on construisit sur la rive méri lionale, et sur une partie de ce vieil édifice, le corps de bâtiment que l'on voit à l'extrémité méridionale et à gauche du Petit-Pont, et devant lequel plusieurs boutiques ont depuis été construites. Depuis ce bâtiment jusqu'au Pont-au-Double était, le long de la rue de la Bùcherie, une suite de bâtiments de l'Hôtel-Dieu, dont les plus anciens furent bâtis sous Henri IV, en 1602, et dans les années suivantes. Ils gênaient beaucoup ce passage très fréquenté : on a fait abattre, dans les années 1816 et 1817, ceux qui s'avançaient le plus sur la rue. Les autres sont restés, et s'opposent à la continuation du quai Saint-Michel, à l'embellissement et à la salubrité de cette partie de Paris.
Les salles de cet hôpital sont au nombre de vingt-trois : onze pour les hommes et douze pour les femmes. On dislingue la salle de Saint-Charles, située à l'extrémité méridionale du pont de ce nom, bâtie en 1606 par Pomponne de Bellièvre ; la salle de Saint-Thomas, que Henri IV fit construire dans la même année 1606; la salle du Légat, due à la libéralité d'Antoine Duprat, cardinal et lég-it du pape, rnort en 1535. C'est à l'occasion de la construction de cette salle et de ce légat que François I" disait : « Elle sera bien grande si' elle contient tous les malheureux qu'il a faits. » Pourquoi ce roi laissait-il faire des malheureux à son ministre?
La chapelle de cet hôpital fut bâtie, vers l'an 1380, aux frais d'Oudart de Maucreux, changeur et bourgeois de Paris, comme le po'rtait une inscription gravée sur une table de bronze, placée dans 1« sanctuaire de cette chapelle.
Le chapitre de Notre-Dame avait, depuis les temps anciens, l'administration de l'Hôtel-Dieu. Il nommait deux chanoines proviseurs de cet hôpital; des frères le desservaient. En 1217. il fut réglé qu'il y aurait trente frères laïques, quatre prêtres,
sous LOUIS IX
quatreclercsetvillut-cinq sœurs. On voit, par ce ié£iieinenl, qu alors les bûL.iiieulsae cet hôpital étaient de deux espèces : i'Hùtel-Diea ou Maison-Dieu, proprement dit, et les Granges ; que ces Granges étaient, comme l'hôpital, peuplées de malades, puisqu'on y dit que les frères et les sœurs serviront tant à l'Hôtel-Dieu que dans les Granges. La paille qui couviait les planchers du palais de Philippe-Auguste, et que ce roi, en 1208, accorda à cet hôpital lorsqu'il irait coucher hors de Paris, était sans doute destinée à ces Granges; et cette paille, tlétrie et souillée, servait de lit aux malades qu'on y plaçait.
Oo voit aussi dans ce règlement que le maître, chaque semaine, donnait lui-même la discii^line aux frères, et la maîtresse aux sœurs. Si un frère ou une sœur, en mourant, était trouvé en possession de quelques objets qu'il n'aurait point déclarés à son supérieur, on ne faisait aucun service pour lui, et il était enterré comme excommunié.
La rigueur de ces règlements n'empêcha point les abus et les désordres de s'introduire parmi ces frères et ces sœurs. On n'en connaît point la nature; mais ils furent tels que le parlement, en 1505, se vit obligé de renvoyer les sœurs de cet hôpital, qu'on appelait alors les sœurs noires, de les remplacer par des sœurs grises, et de nommer huit bourgeois de Paris pour administrer l'Hôtel-Dieu. Plusieurs frères de cet hôpital furent auisi renvoyés. Le chapitre de Notre-Dame, ainsi que les frères et les sœurs, intriguèrent et résistèrent de tout leur pouvoir à cette réforme; mais leurs efforts furent inutiles.
Dans la nuit du 1er au 2 août 1737, le feu prit à l'Hôtel-Dieu, et ses ravages ne furent arrêtés que le 5 de ce mois. On transporta 2,500 malades dans la nef de Notre-Dame et dans la grande salle de l'archevêché. Dans la nuit du 29 au 30 décembre 1772, un autre incendie, plus violent, éclata dans cet hôpital. Plusieurs centaines de malades périrent dans les flammes ou sous les ruines des salles écroulées. Les détails connus de ces événements font frémir; une administration meilleure fait espérer qu'ils ne se renouvelleront point.
Cet hôpital, qui offre beaucoup d'irrégularité dons ses bâtiments, se trouve, de Élus, inconvenablement situé au centre de i ville et dans un quartier très populeux.
S'.s deux ponts, couverts de bâtiments, arr.^teLt le courant d'air du bras de la Seine ; il ne jouit point des aisances et de la salubrité dont il a besoin; il gêne et il est gêné.
Aces inconvénients s'en joignaient plusieurs autres ; aller à l'Hôtel Dieu, c'était presque aller à la mort : sur neuf malades admis, il en mourait toujours deux, encore faisait- on entrer dans ce calcul beaucoup de personnes qui n'étaient malades qu'en apparence. Voici, suivant le rapport fait en 1817 au conseil général des hospices, l'ancien état de cet hôpital :
« Les lits y étaient entassés dans les « salles, et les malades entassés dans les « lits : il y en avait souvent quatre et « quelquefois six couchés ensemble. Les < administrateurs de cet établissement « le rappelaient eux-mêmes dans un raé- « moire, publié en 1767; et plus d'un « siècle auparavant, en 1661, leurs pré- « décesseurs avaient consigné le même « fait dans un compte-rendu de l'Hôtel- « Dieu. On a même vu, dans quelques « occasions extraordinaires, placer les ma- « lades les uns sur les autres, par le moyen « de matelas mis sur l'impériale, à laquelle « on ne montait que par une échelle. La « portion d'air que le malade respirait était « de 3 ou 4 mètres; et le malade aurait eu « besoin d'en avoir 1 2 pour ne pas trou- « ver un danger de plus dans l'almosphèi"? « qui l'environnait. »
Le gouvernement restait indifférent à tant de maux, insensible aux cris des amis de l'humanité. Tous sentaient le besoin de transférer ailleurs cet hôpital, ou de le diviser en plusieurs maisons. MM. Chamousset, Duhamel, Petit, etc., avaient, à ce sujet, fait de vives représentations qui furent inutiles, lorsqu'en 1786 parut un mémoire sur l'urgente nécessité de cette translation On y proposait la construction de quatre hôpitaux qui seraient situés hors des barrières et remplaceraient l" Hôtel- Dieu. Ce projet trouva des opposants dans les administrateurs de cet hôpital, ils répondirent par un autre mémoire, auquel on répliqua avec succès. Louis XVI ordonna à l'Académie des sciences de faire un rapport sur l'état de l'Hôtel-Dieu. Ce rapport fut publié. En voici les principaux résultats :
« Nous avons d'abord comparé l'Hôtel- « Dieu et la Charité (l'hôpital de ce nom), « relativement à leur mortalité. L'Hôtel-
Dieu , en cinquante-deux ans, sur un millior œr*. huit mille sept cent quarante fc\ un malades, en a perdu aeux cent quarante-quatre mille sept cent vingt, à raison de an sur quatre et demi. La Charité, qui n'a qu'un mort sur sept et demi, n'en a perdu que cent soixante-huit mille sept cents : d'où résulte le tableau effrayant que l'Hôtel- Dieu, en cinquante-deux années, a enlevé à la France quatre-vingt-dix-neuf mille quarante-quatre citoyens, qui lui auraient été conservés si l'Hôtel-Dieu avait eu un emplacement aussi étendu que celui de la Charité. La perte de ces cinquante-deux années répond à mille neuf cent six morts par an, et c'est environ la dixième partie de la perte totale et annuelle de Paris... La conservation de cet hôpital, ou du moins de l'emplacementqu'il occupe, produit donc le même effet qu'une sorte de peste qui désolerait constamment la capitale. »
La construction des quatre hôpitaux proposés fut ordonnée par le roi qui, dans un prospectus, invita les bons citoyens à concourir avec lui, par des dons et des souscriptions, à cette œuvre de bienfaisance. Une généreuse émulation s'établit parmi toutes les classes de la population de Paris; des sommes considérables furent promises ou versées ; tout annonçait l'exécution de ce projet salutaire... Mais le ministre Calonne, mais les événements précurseurs de la Révolution, mais la disette des finances, firent disparaître une somme de quelques millions, fruit du zèle et de l'humanité de plusieurs citoyens de Paris. Pendant que ce projet excitait l'enthousiasme des hommes honnêtes, les administrateurs de l'Hôtel-Dieu ne négligeaient rien pour en empêcher l'exécution. Ils s'y opposèrent par la publication d'un mémoire, par le refus qu'ils firent d'abord de fournir aux commissaires de l'Académie des sciences les renseignements dont ils avaient besoin pour faire leur rapport; ils poussèrent avec plus de promptitude les constructions qui se faisaient alors de quelques bâtiments de l'Hôtel-Dieu, afin de diminuer en quelque sorte, pyr cet accroissement de localités, la force des reproches que l'on faisait à leur administration et au vice delà situation de cet hôpital.
A cet époque, il existait à l'Hôtel-Dieu douze cent dix-neuf lits ; et, par les agrandissements qu'on exécutait, on procurait à
cet hôpital un acx^roissement. de sept cent so.'^dnte-C'^-frep' lîts: ce cpji aurait îait monter le nombre total de ces lits à dixneuf cent quatre-vingt-seize, quantité insuffisante, puisque le nombre moyen des malades s'élevait à deux mille cinq cents, et le nombre extrême de cinq à six mille. Il aurait fallu maintenir encore l'usage meurtrier de faire coucher ensemble deux, trois, jusqu'à quatre personnes, qui s s seraient empoisonnées par leurs émanations mutuelles, et d'entasser dans le même lit le malade, le mourant et le mort.
Les sommes destinées à l'exécution du projet de construction de quatre hôpitaux ayant reçu une autre destination, et la révolution s'étant manifestée peu de temps après, l'Hôtel-Dieu se maintint dans son état ordinaire jusqu'en 1793; alors ce projet fut renouvelé, et reçut, par les effets mêmes de la Révolution, une exécution facile. On ne construisit point de nouveaux édifices; mais on distribua les malades, d'après la nature de leur maladie, dans divers hôpitaux déjà existants, et même dans les maisons religieuses évacuées, et dont on pouvait disposer. Les femmes en couches, les aliénés, les scrofuleux, et ceux qui sont atteints de maladies de la peau, les vénériens, eurent leurs hôpitaux particuliers et leurs médecins spéciaux. Le sort des malades et l'art médical doivent beaucoup gagner à cette sage distribution. L'Hôtel-Dieu se trouva déchargé de la quantité surabondante de pauvres, atteints de toute espèce de maladies, qui s'y rendaient autrefois.
Aujourd'hui, dans cet hôpital, il ne reste plus de traces de son ancien et affligeant état ; les salles sont vastes, bien aérées ; les lits convenablement espacés, chaque malade est couché seul. On y traite toutes les maladies internes et chirurgicales.
Le nombre des lits se monte à douze cent soixante-deux, dont six cent soixantequatorze sont destinés aux hommes, et cinq cent quatre-vingt-huit aux femmes.
Autrefois les lits étaient de plume , aujourd'hui ils se composent de deux matelas, d'un traversin et d'un ou deux oreillers.
On a exécuté et on exécute encore aujourd'hui un grand nombre d'améliorations dans les bâtiments et dans le service, qui font espérer que la mortalité , plus ! considérable à l'Hôtel-Dieu que dans les
autres hôpitaux de Paris, diminuera insensiblement.
L'administration les hôpitaux a, dan?
son rapport, réuni dix années, depuis le ^er janvier 1804jusqu'au 1er janvier 1814,
sous LOUIS IX 7
■ a été la moins abondante en malades : il n'en est entré à l'Hôtel-Dieu que sept mille huit cent quarante.
La mortalité, calculée d'après les dix années, donne pour résultat un mort sur
et a obtenu de la comparaison du nombre i cinq malades.
des malades et des morts les résultats sui- j En 1815, l'administration a compté, vants : ' dans cet hôpital, trois cent soixante-sept
L'année 1807 est celle qui a fourni à i mille deux cent cinquante-cinq journées, cet hôpital la plus grande quantité de c'est-à-dire la totalité des jours que, penmalades: leur nombre s'est élevé à douze dant cette année, chaque malade y a sémille quatre cent vingt-neuf. L'année 1811 journé.
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