XX
OO
-5^ OJ
o o -5-' 00 -S-* oo
<=^ :-0 -^ oo
o o o o »«!; -^ oc Ti
oc '^^
t^ îH X î?5
o oc
sap
^ C5 I-tî fO
xr^ -!^
it
•Sa9V13
Sôp
s:oiiY-VOiS3a
te
[grande salle...
[petite salle...
grande salle...
petite sallo....
Saint-Paul grande salle...
petite salle....
Saint-Joseph grande sallo...
petite salle....
SI sf
es -.3 es -JS
lî §
< ca
Saixt-Hustacîïe, ^di^e p^'^oisbia'e. v;- V3ée c^'^'Cre ià rue T^a;D-^; et c* li-: du .lo .- Souvent dans un Lieu où jadis quelque divinité païenne recevait un culte, est venu s'implanter un culte du christianisme. L'emplacement de Saint-Eustache paraît avoir été anciennement consacré à h déesse Gybèle. Cette conjecture s'appuie sur la découverte, à l'entrée de la rue Coquillière, d'une tête colossale en bronze ; tête qui était celle de cette divinité. On établit eo ce lieu, on ne sait à quelle époque, une chapelle de Sainte-Agnès.
Pour la première fois, en 1213, il est fait mention de cette chapelle, qui dépendait du doyen et des chanoines de Saint- Germain-l'Auxerrois; elle est qualifiée, dans un jugement de cette année, de chapelle neuve de Sainte-Agnès, et pour la première fois, en 1223, les monuments historiques désignent un prêtre de Saint- Eustache.
Un bourgeois de Paris, nommé Guillaume Poin'-l'Asne, y fonda deux chapellenies; quelques autres dévots ajoutèrent à cette fondation. On croit et il est probable que, dès cette année 1223, le vocable de Saint-Eustache prévalut sur celui de Sainte-Agnès; mais il est fort douteux que cette chapelle fiit alors érigée en église paroissiale. On ignore pourquoi elle reçut le nom de Saint-Eustache, saint très peu connu (1).
Le prêtre qui la desservait voulut, plusieurs années après, prendre le titre de curé ; le doyen de Saint-Germain-l'Auxerrois le lui disputa très vivement. Cette querelle se termina, en 1254, par un accord dont voici les principales clauses.
Au seul doyen de Saint -Germain l'Auxerrois appartiennent toutes les offrandes faites à l'église de Saint-Eustache, et tous les profits des messes qui s'y diront, les jours des fêtes de tous les saints, de Noël, de Pâques et de la Pentecôte. Cependant ce doyen laissait au
(1) Le docteur Jean Delaunoy, surnommé l« Dénicheur de saints, parce qu'il avait démontré la fausseté de plusieurs de leurs légendes, était redouté par les curés dont les égli>es avaient des patrons suspects. Le curé de Saint-Eustache (.lisait : •< Lorsque j'aper- « çois M. Delaunoy, je lui ôte mon chapeau « bien bas, et lui tire de grandes révérences, « afin qu'il laisse tranquille le saint de ma « paroisse, » •
cuf" to'is les profit'.! des messes des morts, L ,0'ïto.-^ 1?^- -itrdDdb.^ îar,9ï; iors de? cérémonies tunebres, le corps du mort présent ; quant aux messes des pèlerins, aux messes des relevailles, dites en ces mêmes jours de fête, le doyen devait n'avoir que la moitié de leur profit. Il fut aussi convenu que le doyen et le curé partageraient entre eux les offrandes des premières messes, et tous les émoluments de la paroisse, tels que les produits de la confession, des baptêmes, des visites faites aux malades, et de l' extrême-onction ; les legs des meubles et immeubles, le produit de la bénédiction des lits nuptiaux, l'argent donné aux portes de l'église lors des mariages, etc., etc. Par cette convention, on voit quel était alors le trafic honteux que les prêtres faisaient des choses saintes, et quelle était la dépendance des curés établis dans le vaste arrondissement de l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois.
Ici le doyen agit avec le curé comme un propriétaire avec son fermier, comme u<i seigneur avec son vassal, et partage avec lui les produits des sacrements. C'est sans doute l'état de sujétion de ce curé qui a donné naissance à ce proverbe :
Il faut être fou pour être curé de Saint- Eustache.
En 1250, un moine de l'ordre de Gîteaux, appelé Jacob, joua en France le rôle d'imposteur avec un succès que l'ignorance générale rendait facile : sa longue barbe, son visage. décharné, sa voix de Stentor, contribuèrent beaucoup à lui assujettir la multitude. Il disait avoir vu les anges, la Vierge Marie, qui lui avaient ordonné de prêcher une -croisade composée de bergers et de gens du peuple. Ce moine Jacob, qui se faisait nommer lo maître de Hongrie, avait réuni à sa suite environ cent mille hommes tous armés, qu'on nommait les pastoureaux. Ces hommes confessaient , cassaient les maria-
ges, etc.
Jacob, considéré comme l'homme de Dieu, après avoir quitté Amiens, vint à Paris, établit le lieu de ses prédications dans l'église de Saint-Eustache, en chassa les prêtres comme il avait fait ailleurs, et en fit même massacrer quelques-uns. Il parut dans cette église vêtu avec des habits d'évêque, et en 'exerçait les fonctions. Les prêtres fuyaient à son approche ; il était leur persécuteur le plus acharné. Les maîtres de l'Université de Paris, effrayés,
SODS LOUIS IX
se iw-ncsdè ^*nt d3n?lp'jr':y?î'>£re Enfin, le DTK' '>e .^'-■■^^t- 3T ■«à su>> >■:? rr;rir-^r.: r»t a Orîédus, au grand contentement du ciergé de Paris, qui eut la précaution de ne lancer contre eux son excommunicattion que lorsqu'ils furent éloignés de cette ville; 1).
Le 9 août 4 532, le prévôt de Paris posa la première pierre de l'église actuelle. Cette construction devait être avancée en 1519, puisqu'en cette année quatre autels furent bénits. Le chœur ne fut commencé qu'en 1624; en 1637, on consacra l'église entière, quoique imparfaite; elle ne s'acheva qu'en 1642.
Cette église, très vaste et très élevée, offre le bizarre assemblage de l'architecture sarrasine, qui, lorsqu'on entreprit sa construction, passait de mode, et de l'architecture grecque, qui commençait à préraloir Elle offre un genre neutre qui ne servira jamais de modèle.
Le portail de la face occidentale, construit sur les dessins de M . Mansa rd de Jouy , continué sur ceux de M. Moreau, architecte delà ville, n'a été terminé qu'en 1788 : il est formé de deux ordres, l'un au-dessus de l'autre, le dorique et l'ionique. Aux extrémités s'élèvent deux tours carrées en campaniles. Voici le jugement que M. Legrand a porté de ce morceau d'architecture : « Cette composition n'a pour « tout mérite que d'être exécutée sur une « grande échelle ; la largeur beaucoup trop « considérable de ses entre-colonnements, « surtout au second ordre, entraînera sa « destruction : et déjà le poids énorme de « la plate-bande qui supporte le fronton « l'a fait se rompre, et semble écraser les « maigres colonne> qui la soutiennent. Le « genre de cette architecture massive, qui « n'est ni antique ni moderne, n'a aucune « espèce de rapport avec le reste de l'édi- « fice : on peut en dire autant du bâtiment « de la sacristie, pratiqué au rond-point « de cette église (2). »
A cette juste critique, M. Legrand aurait pu ajouter qu'une façade composée de ) deux ordonnances, l'une sur l'autre, indique un edii ce dont la hauteur est divisée en deux étages. Cette église n'en ayant point deux, sa façade offre une inconvenance qui; quoique autorisée par un très
(1) Histoire de France, par Vellv, t. V, p. 10, 11, 12.
(2) Des rijtio7i de Paris et de ses édifices, t. I, p. 79.
aranl nombre d'exemples, n'ea est pois moins choquante.
A la partie orientale, -ii dans rintériear de l'église, est une crypte ou chapellesouterraine, dédiée à sainte Agnès.
La chaire à prêcher fut exécutée sur les dessins du célèbre Lebrun, et l'œuvre sur ceux de Cartaud. Le duc d'Orléans, régent, ayant acheté de cette église, au prix de vingt mille francs, un tableau de saint Roch, dont il désirait enrichir son cabinet, cette somme fut destinée à la fabrication de cette œuvre.
Plusieurs personnes distinguées ont leurs monuments funèbres dans cette église, ou y furent inhumées : tels sont Bernard de Girard, seigneur du Haillan, historiographe de France, mort en 1610; Marie Jars de Gournay, fille adoptive de Michel de Montaigne, qui a rassemblé et publié ses Essais; "Vincent Voiture, poète, courtisan, bel-esprit, mort en 1648; Claude Faure, sieur de Vaugelas, célèbre grammairien, mort en 1650; François de La Motte-le-Vayer, de l'Académie française, qui n'a pas craint, au dix-septième siècle, d'écrire avec liberté contre des préjugés encore fort respectés de son temps ; Isaac Benserade, poète; Antoine Furetière, de l'Académie française; Charles Lafosse, peintre, élève de Lebrun ; François d'Aubusson de La Feuillade, pair et maréchal de France, fameux par son idolâtrie pour Louis XIV ; Anne Hiiarion de Constantin, comte de Tourville, dont la mémoire a été honorée par une statue publique. Je ne citerai que l'épitaphe très remarquable de Chevert, composée par d'Alembert.
« Ci-gît François Chevert, commandeur, « grand'croix de l'ordre de Saint -Louis, « chevalier de l'Aigle-Blanc de Pologne, « gouverneur de Givet et de Charlemont, « lieutenant-général des armées du roi.
« Sans aïeux, sans fortune, sans appui, « orphelin dès l'enfance, il entra au ser- « vice à l'âge de onze ans: il s'éleva, mal- « gré l'envie, à force de mérite ; et chaque « grade fut le prix d'une action d'éclat. « Le seul titre de maréchal de France a « manqué, non pas à sa gloire, mais à « l'exemple de ceux qui le prendront pour « modèle.
« II était né à Verdun sur Meuse, le « 2 février 1699 : il mourut à Paris le « 24 janvier 1769. »
Cette épitaphe offre la preuve de la précision dont notre langue est susceptible, et
l'exemple d'un grand mérite loué par un §Tand la'cLit.
Un autre monument, qui, quoique plus somptueux, était aussi le monument d'un grand homme, décorait l'intérieur de cette église : c'est celui de Golbert, auquel le règne de Louis XIV doit presque tout ce qu'il eut de grandeur. Ce ministre est représenté à genoux sur un sarcophage de ma:bre noir; devant lui est un livre ouvert que supporte un Génie ; la Religion et l'Abondance, figures grandes comme nature, se dessinent sur un fond noir, et accompagnent d'une manière heureuse le groupe principal. Cuizevox a sculpté les statues de Co'bert et de l'Abondance, et Tuby, celles de la Religion et du Génie. ' Dans des cartouches de bronze doré, on voit, en bas-relief, Joseph distribuant du blé en Egypte, et Daniel donnant des ordres aux satrapes de la Perse. Au bas du sarcophage on a placé l'épitaphe latine de Golbert.
Ce tombeau, ainsi que le précédent, fut transféré au Musée des monuments français.
On voyait aussi, en face du monument de Golbert, le tombeau, beaucoup plus simple, de Martin Gureau de La Ghambre, médecin ordinaire de Louis XIV, membre de l'Académie française, mort en ^669, âgé de soixante-quinze ans. Il est auteur de plusieurs ouvrages sur son art et sur la physionomie, tels que les Caractères des passions, en 4 volumes; l'Jrt de connaître les hommes, où parmi plusieurs erreurs, qui sont celles de son siècle, se trouvent quelques observations curieuses, que doWent rechercher ceux qui se livrent à la même étude.
Louis XIV consultait Gureau de La Chambre sur le choix de ses ministres. Il existait entre ce roi et lui une correspondance secrète sur cet objet. On y lisait cette phrase du médecin : « Si je meurs « ayant Sa Majesté, elle court grand « risque de faire à l'avenir de mauvais choix. »
Le 23septembre 1726,1e tonnerre tomba devant le grand portail de Saint-Eustache, pénétra dans celte église, atteignit le bout du bras de la croix placée sur le 'ubé, et le mmpit, puis sortit par la porte" collatéperbonne(l).
raie à droite, sans blesser
(1) Mercure p; 2366.
dt France, octobre 1726,
Saint-Eustache est l'église paroissiale du ■ :„:ième arrondissement; elle a deux succ.i:;va'es : celle de Notre-Dame-des-Txtoires et celle de Notre-Dame-de-Bonfie- Nouvelle.
S Aixf -Sauveur, église paroissiale, située rue Saint-Denis, au coin de celle Saint- Sauveur. Dans le même temps que Saint- Eustache fut signalé par les monuments historiques comme église paroissiale, on vit paraître l'église de Saint-Sauveur avec le même titre. Elle n'était auparavant qu'une chapelle, appelée chapelle de la Tour, parce qu'elle se trouvait contiguë à une tour qui ne fut démolie qu'en 1778.
Le doyen de Saint-Germain-l'Auxerrois s'opposa, comme à son ordinaire, à l'érec^ tion de cette chapelle en paroisse, et mit dans sa conduite cette ténacité qu'il avait montrée contre l'établissement de l'église de Saint-Eustache; il fit valoir ses droits prétendus, et exigea une part semblable dans les offrandes et les produits des sacrements.
Le bâtiment de cette église, en partie reconstruit en 1537, sous le règne d« François I^r, ne fut jamais achevé.
Gette église était remarquable par l'état des personnes qu'on y enterrait. Elle contenait les sépultures de plusieurs anciens acteurs comiques, fameux à une époque oii la scène française était encore dans un état voisin de la barbarie ; tels étaient Turlupin, Gautier-Garguille, Guillot-Gorju et Raimond Poisson, inventeur du rôle de Grispin (1). On y trouvait aussi celles de quelques poètes : Guillaume Golletet, dont Boileau a éternisé la médiocrité ; Jacques Vergier, auteur de contes en vers. Ge dernier, pris pour le poète La Grange-Ghancel, fut, dans la rue du Bout-du-Monde, assassiné d'un coup de pistolet, par ordres supérieurs; l'assassin, malgré sa méprise, obtint pour récompense, dit-on, la croix de Saint-Louis.
En 1787 cette église fut démolie, et on travaillait à la reconstruire sur les dessins de M. Poyet; mais la Révolution vint eu arrêter les travaux. Elle est devenue pro< priété particulière, et sur son emplacement on a établi des bains publics recommandablés par leur agrément et leur commodité.
Saint-Josse, église paroissiale, située à l'angle des rues Aubry-le-Boucher et Quin-
(1) Nous parlerons de ces acteurs dans la suite de cet ouvrage, article Spectacles.
Giimpoix. Lorsque Phi lippe- Auguste eut fait construire le mur d'enceinte de Paris, une partie du territoire de la paroisse de Saint-Laurent s'y trouva comprise. Les habitants de cette partie, ainsf renfermés, gênés dans l'exercice de leur culte, demandèrent, en 1260, et obtinrent, après les difficultés ordinaires, que la chapelle de S-iint-Josse fût érigée en paroisse.
Cette chapelle, devenue église parois-
sous LOUIS IX 43
siale, fut reconstruite en 1679; elle ne contenait rien de remarquable. On l'a démolie en 1791 ; et une maison particulière est élevée sur son emplacement.
Collège des Prémontrés, situé rue Hautefeuille, au coin de celle des Cordeliers, ou de l'Ecole-de-Médecine. Jean, abbé des Prémontrés, près de Coucy, crut procurer un grand avantage à son ordre en établissant à Paris un colléiie destiné à
Plan de Paris sons Charles V.
l'in:-truction des jeunes religieux de son abbaye. En conséquence il fit, en 12o2. acheter plusieurs propriétés, et notamment une maison appelée Pierre Sarrasin, dans la rue Hautefeuille, et y fit élever des bâtiments ainsi qu'une chapelle qui fut, en 4 618, reconstruite sur un plan plus vaste. Cette chapelle ou église, depuis la suppression de l'ordre, n'a'pas été démolie ; mais. eo 1817,. on l'a convertie en maisons particulières; et, du rond-point du sanctuaire, on a formé un joli café appelé la Rotonde.
Collège de Cluny, situé sur la place Sorbonue. Yves de Vergy. abbé de Cluny,
l'institua en faveur des jeunes religieux de son ordre qui devaient étudier en phi-
losophie et en
Il fut fondé en
1269. Cette église était remarquable par l'élégance de sa construction. Dans l'intérieur on voyait, au-dessus de la porte, le reniement de saint Pierre, que l'on croyait peint par Valentin : ce tableau, d'un très bel effet, n'avait rien de pieux, et ne rappelait qu'une scène de corps-de-garde.
Devenu propriété nationale, ce collège et son église furent vendus. Le bâtiment de cette dernière ne fut démoli qu'en 1 833: il servait de magasin à un marchand de papiers. Auparavant le célèbre peintre
David l'avait choisi pour atelier : c'est là qu'une grande partie des habitants de Paris est venue admirer son vaste et poétique tableau de Léonidas, où de jeunes Sp rtiates se disposent à mourir en défendant le passage des Thermopyles.
Collège de Calvi, ou la petite Sorbo. ne. 11 était voisin du collège de la Sorbonne, dont j'ai déjà parlé, et reconnaissait pour fondateur Robert de Sorbon, parce que la maison qu'il occupait provenait de ses libéralités. On y réunit le collège des Dix- huit, qui suit.
Collège des Dix-huit, situé d'abord près de Notre-Dame, U fat fondé après l'an 1171, en faveur de dix-huit pauvres écoliers, qui, pour gagner quelque monnaie, se chargeaient de jeter l'eau bénite sur les corps morts de l'Hôtel-Dieu. Ce collège fut ensuite transféré dans l'emplacement du collège de Calvi, et lui fut réuni.
Lorsque le cardinal de Richelieu fit reconstruire et agrandir la Sorbonne, il envahit l'emplacement du collège des Dixhuit : il avait le projet de le rétablir ailleurs ; mais ce projet resta sans exécution.
Collège du Trésorier ou des Trésoriers, situé rue Neuve-de-Richelieu, près de la Sorbonne, n» 6. H fut fondé, en l'année 1268, par Guillaume de Saône, trésorier de l'église de Rouen, qui constitua une rente de 120 livres 17 sous pour la nourriture et l'entretien de vingt-quatre pauvres écoliers : chacun d'eux devait toucher 3 sous par semaine. Ce collège fut, en 1763, réuni à l'Université. Un hôtel garni, qui porte encore le nom de collège des Trésoriers, indique son emplacement.
Tels furent à Paris les nombreux établissements qui signalèrent le règne de Louis IX, dit saint Louis, et auxquels ce roi eut la plus grande part. Quelques-uns portaient un caractère incontestable d'utihté publique; mais la plupart, étaient essentiellement inutiles ou nuisibles. Les habitants de cette ville, déjà accablés sous le joug des seigneurs ecclésiastiques, épuisés par les curés qui avaient perfectionné l'art de tirer un grand profit de leur ministère, en mettant à contribution presque toutes les circonstances delà vie, devaientils encore être surchargés par cette multitude de moines mendiants qui vivaient à leurs dépens; de ces moines qui, par le scandale de leur conduite, contribuèrent à
îltSTOiaE DE P.iaiS
troubler l'ordre, à maintenir la corruption des mœurs, et peut-être à l'augmenter?
Saint Louis, dans ces nombreuses fondations de couvents, consulta moins soi:
jugement 'et sa justice que son aveugle admiration pour tous les ordres monastiques. Ce roi mourut davant Tunis, le 25 aoijt 1270, victime d'un zèle indiscret.
IL Paris sous Philippe III, dit le Hardi.
Philippe III succéda, en 1270, à son père Louis IX. Simple et crédule, il se laissa gouverner par Pierre de La Brosse, barbier ou chirurgien de son père. Philippe avait eu de sa première femme, Isa- J belle d'Aragon, un fils appelé Louis, qui I mourut en 1276. On répandit le bruit que le poison avait causé sa mort, et l'on accusa de ce crime Marie de Brabant, seconde épouse du roi, femme qui aimait et cultivait la poésie; on en accusa aussi Pierre de La Brosse, chambelhu de Philippe le Hardi, lequel, par la faveur dont il jouissait auprès du roi, excita la jalousie et la vengeance des princes et seigneurs. qui saisirent cette occasion pour le perdre. On dit que La Brosse accusa la reine d'être l'auteur de l'empoisonnement, et que les seigneurs en accusèrent La Brosse. Le roi, fort crédule, et d'un esprit faible et borné, aimait son épouse, et aimait aussi La Brosse. Dans sa cruelle incertitude, voulant découvrir l'auteur de cet attentat, il envoya des abbés, des évêques dans la Brabant pour y consulter une béguine ou religieuse de Nivelle, qui avait la réputation d'être prophétesse ou magicienne. On n'obtint par ce moyen rien de positif.
Pierre de La Brosse, innocent ou criminel, fut sacrifié : tous les barons se concertèrent pour demander sa mort. Voici le jugement qu'en porte la Chronique de Saint- Magloire :
L'an mil deux cens septanle et huit.
S'accordèrent li baron tuit
A Pierre di La Brosse pendre :
Pendu fu sans raençon prendre;
Contre la volonté le roy.
Fu il pendu, si.com je croy,
Mit-n eiicieiit(danà mon opinion) qu'il fut des fel.
Plus par envie que par fel (1).
Le Chroniqueur parisien pense que La Brosse était innocent, et qu'il mourut victime de la haine des princes, qui ne pouvaient supporter à la cour un riche vilain, comme l'était ce favori.
(1) Chroniques de Saint-Magloire. Fabliaux deBarbasan, édition de Méon, tora, II, p. 228.
sons PHILIPPE III
Il fut pendu, le 30 juin 1278, au gibet de MoDtfaucon, qu'il avait fait rétablir quelques années auparavant. Les ducs de Bourgogne et de Brabaiit, Robert, comte d'Artois, assistèrent à son supplice.
Ce roi vivait en moine, comme son père; son juron était par Dieu qui me fit. n mourut le 3 octobre 1285, en faisant la guerre à Pierre III, roi d'Aragon, excommunié par le pape.
Le règne de Philippe III fut signalé par quelques^ institutions utiles.
Boucherie de Saint -Germ\in -des- Prfs. Elle fut établie en 1274. par Gérard, abbé de Saint-Germain, qui permit aux bouchers de sa terre d'avoir >?;2e etaux dans le chemin qui conduit :>^ cette abbaye au couvent des frères Mineurs (Cordeliers), à la charge, par ces bouchers, de payer la somme de vmgt livres tournois, dont la moitié appartiendrait à l'abbé, et l'autre au prévôt de l'abbaye. Cet établissement s'fôt à peu près maintenu dans le même lieu, et a donné son nom à la rue dite des Boucheries-Saint-Germain.
Confrérie des Chirurgiens. Jean Pitard, chirurgien de saint Louis, avait proposé à ce rot d'établir une corporation ou confrérie de chirurgiens qui seraient soumis à des règlements propres à prévenir les nombreux abus qui se commettaient dans la pratique de leur art. On ignore les causes qui portèrent ce roi à refuser son consentement et son appui à cette institution ; mais on sait que, vers l'an 1278. sous le règne de Philippe le Hardi, elle fut légalement autorisée par ce dernier roi, qui confirma ses règlements. En voici la substance. Cette association portait le nom de Confrérie de Saint-Côme et de Saint- Damien ; les confrères étaient tenus, tous les premiers lundis de chaque mois, de visiter les pauvres malades qui se rendaient ou se faisaient transporter à Saint-Côme. Tous les confrères devaient s'assujettir à la théorie, et à la manière d'opérer, ainsi qu'aux maximes établies par le règlement. Cet article, essentiellement nuisible aux progrès de l'art , détermina plusieurs chirurgiens étrangers à déserter Paris. Il n'y resta qu'un nommé Lenfranc, de Milan, qui consentit à se soumettre au règlement.
En 1437, cette confrérie fut agrégée à l'Université; et, en 1561, on lui permit d'avoir un bâtiment, contigu à l'église de Saint-Côme, pour y placer les malades qui,
au premier lundi de chaque mois, venaient s'y faire panser.
Les membres de cette confrérie étaient chirurgiens de longue robe, et lesbirbierschirurgiens, établis en communauté sous la direction de Jean Pracontal, premier barbier du roi, étaient chirurgiens de robe courte. Les étudiants de cette dernière classe parvinrent à se faire admettre par la faculté de médecine en quaht- d'écoliers de cette faculté. Cette admission fut, au seizième siècle, la source de soixante années de procès entre les chirurgiens de robe longue et le? chirurgiens de robe courte. Malgré ces obstacles que, dans ses premiers pas, rencontra l'art chirurgical, il a suivi la marche progressive de toutes les autres connaissances humaines.
Collège d'H.a.rcourt, situé rue de la Harpe, n» 94. Raoul d'Harconrt, docteur en droit et chanoine de l'église de Paris, fonda, en 1280, ce collège pour les pauvres écoliers des diocèses de Coutances, de Bayeux, d'Evreux et de Rouen, diocèses où il avait été revêtu de dignités canoniales. Pour le bâtir, il acheta "quelques maisons situées entre l'église de Saint- Côme et la Porte d'Enfer, mais il mourut avant l'achèvement des constructions. Son frère, évèque de Coutances, les fit terminer; aux dons qu'avait faits Raoul, il en ajouta d'autres, et voulut que ce collège fût destiné à vingt-huit pauvres écoliers étudiants aux arts et en philosophie, et à douze théologiens. Il assigna à chacun de? premiers trois sous par semaine, et aux seconds cinq sous depuis le jour de Saint- Michel jusqu'à l'octave de Saint-Pierre.
Dans la suite, les bourses de ce collège se multiplièrent.
Les bâtiments ont été démolis , et sur leur emplacement on a commencé , en 1 81 -4, un vaste édifice, d'abord destiné à un lycée ou collège, puis, en 4 815, à une maison de correction pour les jeunes gens; enfin, en 1 820, on lui a rendu sa première destination , et il est de nouveau consacré à l'enseignement.
Les travaux de cette construction, suspendus pendant quelques années, reprirent, en 1819, une nouvelle acti\-ité, et se continuèrent de manière à faire croire que l'édifice serait bientôt terminé. II l'a été en 1822, sous la direction de M. Guiguet, architecte; ce collège est aujourd'hui en plein exercice.
Université. Ce n'est que sous le règn»
de saint Louis qu'on voit, pour la première fols, la corporation des écoles de Paris prendre et recevoir le titre d'Université, mot qui signifiait l'universalité des sciences enseignées dans ces écoles. Depuis longtemps on divisait la totalité de ces sciences en deux parties : le trivium et le quadnvium. Le trivium, fort anciennement connu, puisc^u'on en trouve des traces au septième siècle, comprenait la grammaire, la logique ou dialectique, et la rhétorique; h^quadrîviuyn, expression aussi fort ancienne, employée même par Boëce, signifiait la réunion de ces quatre sciences ou arts : l'arithmétique, l'astronomie, la géométrie et la musique. S'il arrivait qu'un homme possédât le trivium et le quadrivium, il était considéré comme ayant atteint le suprême degré du savoir. Le plus grand éloge qu'on ait cru faire d'Abeilard fut de lai attribuer la connaissance parfaite du trivium et du quadrivium. On sait que de chacune des sciences comprises sous ces deux mots, les savants des douzièhie et treizième siècles ne possédaient que les éléments; que leurs connaissances très bornées étaient souvent dégradées par des erreurs, des absurdités et de la magie.
Lorsqu'on eut, vers Ife milieu du treizième siècle, commencé à faire un plus fréquent emploi de la langue vulgaire dans les ouvrages agréables ou instructifs, on abandonna ces mots de trivium et de quadrivium, pour leur substituer ceux de clergie ou des sept arts libéraux.
Jean de Hauteville classe ces sept arts dans l'ordre suivant : l'astronomie, la musique, la géométrie, la rhétorique, la logique, la physique, la grammaire.
Gautier" de Metz a composé, en 4 24S, un livre dans lequel se trouve un article intitulé : Comment clergie vint en Franche, et un autre article sur les sept arts, qui sont les mêmes que ceux du trivium et du quadrivium; mais ces arts ou sciences ne s'y trouvent pas entièrement rangés dans le même ordre : il place au dernier rang l'astronomie :
La seplièmo est astronomie, Ki est fins de toute clergie.
Quant à la musique, il la considère comme se composant de l'arithmétique. Il y joint la médecine ; mais il déclare que cette dernière science ne fait point partie des arts libéraux, et il en donne une assez
mauvaise raison. C'est un métier, dit-il, qui consi.^te uniquement à guérir les maladies, et à préserver l'homme des maux qui peuvent le tourmenter pendant sa vie. La médecine n'est utile qu'au corps, et les arts qui servent à l'àme sont les seuls qui méritent le titre de libéraux (1).
Dans le manuscrit de Gautier de Metz, au-dessous de son passage sur la musique est une miniature qui représente le maître, tenant de chaque main un marteau, dont il se sert pour frapper quatre cloches de diverse grosseur, rangées parallèlement devant lui; on voit auprès une harpe et un violon.
J'ai déjà, dans les précédents articles sur les écoles de Paris, annoncé qu'on employait, comme un puissant moyen d'enseignement, les mauvais traitements, les coups de fouet ou de verges. Les professeurs, en effet, se conduisaient avec cruauté envers leurs disciples; on en voit ici une preuve. Au-dessous de l'article Gramrn-i ire, dans le manuscrit de Gautier de Metz, est une miniature représentant le maître, la tète nue et tonsurée comme celle d'un pvètre, assis et vêtu d'une robe et d'un capuchon bleus. Sa main levée est acmée d'une poignée de verges, et semble en menacer une troupe d'enfants, dont chacun tient un livre ; ces enfants sont nus dv:^)»ui.-la tête jusqu'à la ceinture, afin qaa ley coups de verges, portant sur la pean^-^oiciil plus douloureux.
Le même auteur nous apprend <»iu':i comment clergie vint en France :.
Clergie règne ore à Paris, Ensi cora elle fu jadis Allienes qui siet en Grèce, Une cilé de grant noblece.
C'est-à-dire qu'à Paris l'enseignement florissait, au treizième siècle, avec autant d'éclat qu'autrefois il avait fleuri dans la ville d'Athènes. C'était certainement faire
(1) Elle n'est mie del nombre Des sapt ars de philosophie ; AiDS est un meslier qui s'alie A cors d'omf, de mal setor El de maladie garder.
Tant comme il s» maintient en vie, Et por clie lihtraut n'est mie ; Car elle »crl d'elle cors gairir, Qu'isBfcune fois pareil périr,
tl nule riens liberaus n'esi, l par eue science qui sert A cors humain f.ancbise pert; Mais celles qui àt lame servent Libéral njm au monl deservent.
Pabis. — Typ.
Dissertations del' abbé Lebeuf, t, II, p. 333>^ LiXKtuR, rue Soufflot, 18.
sous MliLII'PE m
li^aucoup d'honneur à l'Université de V:m< (1). .
Gautier de Co.nsy, dans un poemo sur viinte Léocade, se plaint de la décadence des écoles de Paris, et l'attribue aux évèoMPs et au clergé, qui, au lieu d'encoura-
'S' Cette comparaison des écoles d"Athèiir»à.à celles de 1 Université de Paris a fait nîijîre l'étrange opinion de ceux qui ont
ger, d'j stimuler les étudiant;, en fenr donnanl quelques bénéfices, préféraient en gratifier leurs parents et leurs amis, qvi deviennent, dit-il, chanoines avint de saroir lire^ et sur lesquels on accumule les prélx^ndos ; tandis que les pauvres
appris que cette université avait et-'' tran?-
féri-e d'Athènes ii Rome, et de Rome à Pari.--.
On lit, dans les Annales de saint Louis
Saint-Kicolas (p. 169), que l'Université « était venue de ! Grèce à Romme, et de Romme en France, avec le titre de chevalerie... - Et plus bas : « L'estude des lettres et de philosofie. qui vint premièrement de Grèce à Romme, et de Romme en France, avec le titre de chevalerie, en sivant sain Denis, qui prescha la foi en France, etc. «
Ecoutons les Chroniqws de France ; >< Le cîergie. dans l'ancien temps, demeura à Athènes, et chevalerie en Grèce; après s'en partit et alla à Romme ; et tantost le clergie, par l'orgueil des Rommains. s'en partit de Romme, et s'en vint en France, et tantost chevalerie après, i {Chroniquts de France, vol. 2, fol. 55.)
II DULAUaK
-des-Cbamp<:.
Dans un procès que l'Université soutint en 1469, contre les habitant? de Bourges, les professeurs de Paris dirent dans leur plaidoyer que « ladite Université de Paris fut anciennement à Athènes, de là vint à Rome, et, du temps de Charlemagoe, lui fut donnée ; il la fit venir, et la doua de beaux privilèges. - [Registre^^ du parlement de Paris, au 4 janvier 1469, 1470.) Nicolas Gilles, qui écrivait sous Charles VIII, dit, dans ses Chroniques, p. 63, que l'empereur Charlemagne -^ translata l'Université qui était U Rome, laquelle par avant y uv,ait été translatée d'Athènes, et la fit venir à Paris. "
Ces homme? ont confondu les moaèies qui nous vicriiieut .;fTocriveuiC"..t ù? Va (.rice et
clercs, fatigues por l'étude et la misère, comme le piouve assez leur face pâle et blême, ne trouvent personne qui les protège Il ».
« Et, s'ils se présentent à leur évoque, « ils en sont reçus très durement. Qui es- « lu? ;.e ne te connais pas, leur dit-il : « aussi les clercs quittent Paris pour aller « à Bologne, où l'on devient habile dans « l'art de tromper. Si Paris y perd, si cette « ville dirçinue de population, c'est l'evè- « que qui en est cause; car on n'obtien- « drait rien de lui, à moins qu'on ne soit « de sa famille, qu'on ne lui donne del'ar- « gcnt, ou qu'on ne soit un grand hypo- « crite ("2). »
Philippe-Auguste avait accordé aux écoles de Paris des privilèges qui n'étaient point calculés d'après la faiblesse des instruclionsp-xistnn!'^-. Lpiit ^^endue, disproporlionnc'e à ces institutions, devait être funesle à la tranquillité publique : elle le fut ('minemmcnt.
En 4 103, les écoliers eurent une vive qucrd'e contre l'abLayedeSaint-Germaindcs-Prcs ; m 1192. ils en eurent une autre conlre Ks hahitjintsdece bourg; en 1200, ils livrèrent bataille à une partie des habitants de Paris; en 1229, nouvelles scènes scandaleuses, dont voici quelques détails.
Des écolieis vont au faubourg Saint- Marceau; après avoir joué, ils entrent dans un cabaret, y disputent ensuite sur le prix du vin qu'ils ontbu, injurient et frapient violemment le cabarelier. Les voisins viennent à son secours, dégagent celui-ci des
de Kome avec les méthodes et les institutions qui se sont formées dans notre pays. Au siirplup, on voit ici un exemple de Li manière dont les erreurs naissent et se propagent, un exemiple de la crasse ignorance des hommes les plus savants de ce bon vieux temps.
(1) Jean de Hauteville, dans son Archiîrenius, )ib. 5, cap. 1, intitulé rfe J/j^erifs ichclisticorum, fait un tableau épouvantable, sans doute ex-igéré, de la misère et des supplices qu'enduraient les écoliers; les pauvres étaient les j^lus maltraités par les mdtres. 11 les peint con.me des êires torturés, mourant de ^iim, dont le visage jale, livide, décharné, présel)te l'impge de la mort, ayant les cheveux en désorore, le corps dans" une extrême malprojreté, couchant sur la paille, etc.
(2) Fabliaux Je liarbasan^ édition de Méon 1808, t. 1, p. 304 etsuiv.
et m.cttont en fuite les écoliers, dont plusieurs furent battus et même blessés. Le lendemain ces étudiants, irrités, pensent à h vengeance, s'attroupent, s'arment de bâtons, vont au faubourg Saint-Marceau, dévastent entièrement la maison du cabarelier, brisent ses meubles et répandent tout son vin ; puis, comme des furieux, parcourent les rues, frappant, blessant, tuant même tous ceux qu'ils rencontrent, sans distinction, ni d'âge ni de sexe.
Le prévôt de Paris, averti, vient avec ses archers, longtemps après le délit, pour arrêter les coupables. Il trouve des écoliers qui jouent ; il fond sur eux avec sa troupe. Les écoliers résistent, et plusieurs d'enlro eux sont dépouillés, blesséi, et quelquesuns tués.
L'Université alors suspendit ses exercices ordinaires, demanda réparation, no l'obtint point, et cessa entièrement les cours d'études. Les professeurs et écoliers sortirent de Paris, et se dispersèrent en divers pays. Deux années s'écoulèrent, et ce ne fut qu'en 1231 que cette corporation fut rétablie dans sa précédente activité. Pendant cet intervalle de temps, les droits, les privilèges de rUniver-ité furent en proio à l'avidité de ses ennemis : lévêque do Paris, les jacobins de celte ville, 1 archevêque de Sens, le roi même aggravèrent ses malheurs en se partageant ses dépouilles. L'Université dut sentir la vérité de co proverbe vulgaire : Qui quitte la partie la peid.
En 12o1, quelques désordres violents avaient eu l eu dans Paris entre les écoliers de l'Université et les bourgeois do Paris; mais on en ignore les détails. On sait seulement que la reine, mèredesaini Louis, fit prêter serment aux étudiants et professeurs, ainsi qu'aux bourgeois, do vivre en paix entre eux, et de dénoncer secrètement ceux qui commettraient des désordres.
En 1252, quatre écoliers clercs et un laïque leur serviteur furent, pendant la nuit, arrêtés dans les rues de Paris par les archers du prévôt. Sans doule ils commirent quelques délits, et opposèrent de la résistance, puisqu'ils furent dépouillés, battus, et mis en prison : un d'eux y perdit la vie. Le lendemain on fit relâcher ces prisonniers. L'Université ne fut point satisfaite : elle demanda une plus ample réparation, et fit fermer les écoles. Tout
exercice fut suspendu, pendant sept semaines, jusqu'à ce qu'Alphonse, frère de saint Louis, eût fait condamner ceux dont rUniversilé avait à se plaindre, les uns au bannissement, les autres au supplica de la potence.
Celte affaire fut suivie d'une autre plus grave qui s'éleva entre l'Université et les •acobins, et dont le récit serait trop long. Je me bornerai à dire que le pape Alexandre IV s'en m Ma, suspendit tous les membres de l'Université de leurs fonctions; qu'il donnn, en faveur des moines mendiants, plus de quarante bulles, qui n'éteignirent point le feu des dissensions; qu'il s'ensuivit des actes da perfidie et de violence, et que tous les ordres mendiants de Paris prirent ensuite parti contre L'Université. Djs privilèges envahis, réduits, des privilèges en guerre contre d autres privilèges, la désertion des écoles, des accusa
lions réciproques d'heresie, des conflits de juridiction, et des reproches vifs contre la conduite des ordres mendiants, furent les aliments et les effets d'une querelle qui dura prèsde sept ans. Commencée en 1252, elle ne fut term.née qu'au mois de février 4 260 \l). Au milieu de tant de passions, des manœuvres sourdes et des violences éclatantes qui signalèrent cette l:ngue querelle, un seul homme montra un caractère digne de figurr?r honorablement dans l'histoire , c'est Guillaume de Saint- Amour. En défendant la cause de l'Université, i! arracha le voile d'hypocrisie qui couvrait la conduite des moines mendiants. Son ouvrage intitulé: des Périls des dtrniers temp^^ fut condamné et brûlé par l'ordre du pape. Fort des vérités qu'il avait proclamées, il demeura insensible aux persécutions do la cour de Rome, et aux récompenses qu'elle distribuait à ceux qui servaient ses projets d'usurpation.
Le caractère turbulent des écoliers, toujours autorisé par des privilèges encore trop étendus, quoique depuis peu dete.Tips restreints, se manifesta souvent avec un éclat funeste à la morale et à la tranquillité publique.
Un règlement que fit à Paris, au mois de décembre 1275, Simon de Brie, légat du saint-siége, porte que les écoliers, au lieu de célébrer les fêtes de l'Eglise par des
(1) Voyez, stir toutes ces querelles et ces rioiences, l Histoire de Paru, par Félibien, t. I,p. 341,358.-
sons PHILIPPE in ^9
exercices de piété, s'adonnaient aux excès du vin et à toutes sortes de dissolutions; qu'ils prenaient les armes, et couraient par troupes dans les rues de la ville pendant la nut, troublaient le repos des habitants, et s'exposaient eux-mêmes à plusieurs dangers. Il ajoute qu'il se trouvait des écoliers qui pous>;iient i'im, iité jusqu'à jouer aux d.^s sur Ls autels, en blasphémant le nom de Dieu (l).
En 1278, nouveaux désordres, fruits amers des privilèges de l'Université. Gérard de Morel, abbé de Sainl-Germain-des- Prés, pour se mettre en garde contre les atteintes des écoliers, qui allaient, comme je l'ai dit ailleurs, se promener au Préaux-Clercs, fit bâtir quelques murailles sur le chemin qui conduisait à ce pré. Les écoliers Irouvèr.^nt que la construction do ces murailles rétrécissait leur chemin ordinaire; ils les démolirent. L'abbé, irrité, fait sonnerie tocsin, et lesdomestiques do l'abbaye, ainsi que tous les habitants du bourg" de Saint- Germain, s'assemblent, prennent les armes, et fondent sur les démolisseurs. L'abbé et les moines exhortaient à la vengeance leurs s::jets armés, en leur criant -"Tue, tue. Par.ià les écoliers, plusieurs furent pris et conduits dans les prisons de l'abbaye; d autres furent blessés mortellement, ou estropiés pour la vie. L'Université déclara que si elle n'obtenait pas, dans l'espace de quinze jours, une réparation éclatante, elle suspendrait tous ses exercices. L'abbé, les religieux do
Saint-Germain-des-Pres, et leur prévôt, furent condamnés à différentes peines.
Plusieurs autres querelles, plusieurs autres scènes de celte nature se manifestèrent entre l'Université et diverses corporations ou autorités- de Vz:'s; niais elles sortent des limites de la péi:i':>de qui nous occupe.
Il est triste, au lieu de progrès dans les sciences, de n'avoir, à l'egird de ce corps enseignant, à raconter que d^ erreurs, des disputes et des combats. Oa voit que. par la faute de Philippe-Auguste. l'Université devint une puissance redoutable au public et auxautrescorporalions, redoutable même aux rois.
Foire du Lendit. Une foire, appelée Lendit, se tenait chaque année, en juin, le mercredi avcint la fête de Saint-Barnabe,
(1) Ce dernier reproche ra]>pelîe une des scènes de la fête des fous. Voyes ci-dessus.
ït ceux qui vendent des chevaux, Ronsins, palefrois et destriers.
Les meilleurs qut Ton peu trouver, Juments, poulains et palefrois.
Tels comme por cornes et por roys.
Le poète parle même des femmes publiques qui suivaient les foires.
(1) Ce nom dérive du mot indictum, par lequel on dési-nait plusieurs foires. Vovez le Ol'/s.'aire de Ducange à ce mot.
et les jours suivants, près du Nillaae de la Chapelle et Saint-Denis, dans uq lieu appelé le Gharnp-du-Lendit ('!). Le lieu de réunion était désigné par un arbre appelé l'orme du Lendit.
On en ignore l'origine, mais on la fait remonter au temps du roi Dagobert, qui, en effet, établit une foire en faveur de l'abbaye de Saint-Denis, dont il a été parlé ci-dessus, foire qui a pu être transférée dans la plaine de Saint-Denis.
En 1215, Philippe-Auguste fit un règlement pour les places que chaque espèce de marchands devait y occuper. L'abbé de Saint-Denis, qui percevait des droits considérables sur les marchandises, y avait un logement, et y jugeait les différends survenus entre les marchands. L'évêque de Paris, avec grande solennité et grand nombre de reliques, ouvrait la foire, et donnait une bénédiction qui lui était payée à raison de dix livres parisis. Ce droit de bénédiction, et les dix livres, somme considérable alors, qui en étaient le prix, devinrent le sujet de longues et vives querelles entre l'évêque et l'abbé.
Les écoliers de Paris se rendaient a cette foire avec leurs professeurs, et y causaient mille désordres.
La foire du Lendit, au treizième siècle, a inspiré la verve d'un rimeur, qui en a fait une description ; en voici quelques passages : Les marchandises qu'on y apportait consistaient en tapisseries, en" merceries, en parchemins, en vieux habits, en hngerie et en pelleteries : on y vendait aussi de la tiretaine, étoffe destinée aux pauvres gens; des cuirs , des chaudrons, des souliers, des instruments aratoires, des i'offres, du chanvre, des ustensiles de ménage en étain ; et il s'y trouvait des changeurs, des orfèvres, des marchands de draps, des épiciers, des regrattiers, des taverniers, des marchands de bièr>- et de vin.
Je n'i doi mie oublier
Les belles dames que Dieu saut (sauve)
<^ui demeurent en pipensaut lî).
En 1336, cette foire^etles marchandisequelle contenait devinrent la proie deflammes : c'était grande pitié à voir, disent les Chroniques de France; plusieurs marchands qui étaient riches se retirèrent pauvres.
Les désordres résultant des guerres civiles sous Charles VII ne permirent pas aux marchands de se rendre à cette foire ; elle fut interrompue dès 1426, et reprise en 1443. Il s'éleva, en cette dernière année, un violent débat entre l'évêque de Paris et l'abbé de Saint-Denis sur la question, anciennement agitée, de savoir si ce serait l'évêque ou l'abbé qui ferait la bénédiction de la foire; la somme de dix livres revenant au bénisseur animait la querelle. L'abbé disait : La foire se tient dans ma seigneurie, je la bénirai. L'évêque soutenait que, depuis plus de trois cents ans. ses prédécesseurs évêqucs avant bénit 1;» foire, il la bénirait. L'abbé fit aussitôt publier, par ses officiers, défense, sous peines graves, k qui que ce soit de bénir la foire: alors l'évêque se retira furtivement il une extrémité du champ de foire, et la fit bénir par maître Jean de Lolive, maître en théologie (2). On ne dit pas qui des deux contendants obtint le prix de la bénédiction. Cette foire, en 1 444, fut transférée dans le bourg de Saint-Denis.
IIL Ktat physique de Paris.
Pendant cette période, Paris éprouvit peu de changements. L'enceinte de Philippe-Auguste contenait plusieurs champs cultivés, des places vides, qui furent en partie remplies par les douze monastères que fonda saint Louis, et par neuf collèges qui furent établis sous son règne et sous celui de son successeur, par quelque^ églises paroissiales fondées, et par des chapelles érigées en paroisses.
Un débordement de la Seine, en jan vier 1280 (1281), détruisit tous les ponts
(1) Je n ai jamais pu découvrir le lieu que ce nom désigne ; peut-être est-ce pissesov^ ou pisseclio ou piscop, près du village de Saint-Brice. (Histoire du diocèse de Paris, par Lebeuf, t. XV, p. 114.)
(2) Journal .de Paris, sous Charles VI et Charles VII, p. 196.
KTAT CTVIL
la C/n'o
de Paris, comme on le voit dannique de Saint-Magloire :
L'an mil deux cenU et quatre vins Rompirent li pont de Paris, Four Sainne qui crût k ooirage.
Kifi.-.t,en main leu grand domage (1).
Les portes de Paris, envahies par les eaux, rendirent cette ville inaccessible. La grande arche et plusieurs autres parties du Petit-Pont furent emportées. Le Grand- Pont eut six grandes arches détruites. Ces ponts ruinés étaient en bois; dans la suite on les rétablit en pierre ; mais n'étant pas assez élevés, ils furent, seize ans après, renversés par les eaux (2).